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10 mars 2008

« Algérie, histoires à ne pas dire » : un film de Jean-Pierre Lledo


Oublions un peu les rivages tourmentés du Moyen- Orient et parlons d’autres rivages, plus proches mais hélas ravagés il y a quelques décennies - et dans un passé proche - par d’affreux conflits : l’Algérie !

J’avais intitulé une émission diffusée en juin 2004 « Souvenirs d’ Outre Méditerranée », et mes deux invités étaient Lina Hayoun (fondatrice de « l’Association des Anciens Élèves du Lycée Carnot de Tunis », le lycée de mon enfance, voir en libellé) et Jean-Pierre Lledo. Ce dernier est une personnalité originale, et il témoigne par son parcours et ses engagements de la diversité de ceux que vous avez pu entendre à « Rencontre ».

Il se présente en effet comme un cinéaste algérien, et c’est déjà un paradoxe vu son nom. Moitié d’origine catalane, moitié d’origine juive, il était un tout jeune adolescent au moment de l’indépendance de l’Algérie, et sa famille a choisi, comme une tout petite minorité de ceux que l’on appelait « les Pieds Noirs », de rester dans ce Pays qu’il considérait comme sa patrie. Mais l’Histoire l’a rattrapé : intellectuel connu là bas, il a été menacé de mort par les tueurs islamistes et il est venu vivre en France en 1993. Il avait fait un téléfilm bouleversant intitulé « Algérie mes fantômes », qui est passé sur la chaîne francophone TV5, et dans ce film 17 témoignages d’originaires d’Algérie, de toutes confessions et de toutes convictions, tournés tous en France, recomposaient le puzzle d’un pays métissé qui n’aura jamais pu voir le jour. De ce film nous avions parlé, donc, à mon émission.

Aujourd’hui Jean-Pierre Lledo, avec qui j’ai conservé depuis le contact, m’a informé de la sortie de son nouveau film, « Algérie, histoires à ne pas dire ». Vous en saurez plus en visitant le site de présentation, qui est très bien fait. Ce film fait témoigner des Algériens, et les interroge sur les représentations que l’on a fait - et qu’ils se sont construites - de la guerre d’indépendance. Je ne l’ai pas encore vu, mais les nombreux extraits vidéos que réunit le site sont d’une grande sensibilité ... Jean-Pierre Lledo a eu, aussi, le mérite d’évoquer à nouveau le déracinement du million de Juifs et Pieds Noirs, et la mémoire d’une Algérie multiculturelle que le FLN victorieux a voulu éradiquer totalement.

J.C

09 mars 2008

La "Fraternité musulmane contre l'antisémitisme" réagit après l'agression odieuse de Bagneux

Introduction :
Décidément, la semaine écoulée a donné l'impression d'une histoire qui n'en finit pas de bégayer. Jeudi soir, c'était le terrible attentat de Jérusalem qui nous a rappelé les années noires du début de la décennie, au moment de la grande vague d'attentats suicides. La veille, on avait appris la séquestration et les sévices subis en banlieue parisienne par un jeune homme, qui n'appartenait même pas à la communauté juive mais qui allait être torturé en tant que juif par une bande de jeunes à la fois antisémites et homophobes ; et, bien sûr, nous avons tous pensé au malheureux Ilan Halimi torturé à mort dans la même ville de Bagneux. Didier Bourg, le fondateur de la "Fraternité musulmane contre l'antisémitisme" qui avait été mon invité début janvier avec Émile Moatti dans une belle émission (cliquer sur son nom en libellé), a publié un communiqué très ferme dénonçant la permanence de sentiments antisémites chez une partie de la population musulmane de notre pays. En voici un large extrait.
J.C

Le premier anniversaire de la Fraternité musulmane contre l'antisémitisme est marqué par un nouvel acte odieux perpétré à Bagneux
Le premier anniversaire de la création de la Fraternité musulmane contre l'antisémitisme est marqué par un nouvel acte odieux, à la fois antisémite et homophobe, perpétré à Bagneux, dans les Hauts-de-Seine, que l'association dénonce avec force.
A l'issue d'une année d'existence, la Fraternité musulmane contre l'antisémitisme constate que les résistances à la lutte contre l'antisémitisme au sein des communautés musulmanes restent très vivaces. Elles se confondent bien sûr avec l'identification de nombreux musulmans et musulmanes au peuple palestinien. Mais elles cachent souvent mal un profond ancrage de l'antisémitisme en milieu musulman.
Notre association reste malgré tout persuadée que c'est au sein même de ces communautés musulmanes que se trouve le « contrepoison » à ces postures antisémites. Les nombreuses rencontres effectuées cette première année avec les acteurs de terrain sont à la fois sources d'indignation et d'espoir. Indignation car les propos ou attitudes antisémites sont une réalité largement répandue. Espoir car de nombreuses personnes sont très sensibles à notre discours, y adhèrent et sont prêtes à s'engager dans le combat contre l'antisémitisme.
Dans les tout prochains mois, la Fraternité musulmane contre l'antisémitisme lancera, via son site internet actuellement en construction, un appel aux musulmanes et aux musulmans à signer une charte d'engagement contre l'antisémitisme, à titre individuel ou au titre de leur association ou mosquée. Elle ouvre actuellement des délégations en régions, en a déjà suscitée une en Belgique et pourrait en créer une au Maroc et dans d'autres pays du monde musulman.

08 mars 2008

Les pogromistes de Gaza

Photo Reuters, 4 mars 2008

Photo copyright Avi Ohayon, 6 mars 2008

Deux images choc valant souvent mieux qu’un long discours, j’ai pensé qu’il était d’abord utile de rapprocher ces deux photos récentes.

Vous connaissez peut-être celle du dessous, prise dans la Yeshiva « Merkaz Harav » juste après l’attentat de jeudi soir : un livre hébraïque dégoulinant du sang d’un jeune juif criblé de balles ; elle a été reprise sur de nombreux sites, y compris celui du journal « Le Monde » pourtant si habile à toujours trouver des circonstances atténuantes aux islamo-fascistes ... Elle évoque irrésistiblement la réalité de l’évènement, qu’il faudrait être aveugle pour ne pas voir en face, celle d’un pogrom - les adolescents juifs ayant été tué dans la bibliothèque d’un lieu d’études religieuses et payant, symboliquement, pour le fait d’être des Juifs « estampillés comme tels » ; exactement comme les trente tués du Seder de Pessah du Park Hôtel de Netanya en mars 2002, attentat qui allait déclencher l’opération « Rempart défensif ».

La photo du dessus a été prise lors d’une manifestation du Hamas dans la bande de Gaza, deux jours avant, le 4 mars 2008. Les deux femmes sont donc, elles, « estampillées bonne musulmanes » par les dirigeants du Califat établi sur ce confetti de territoire : musulmanes modèles à la sauce islamiste, elles portent le niqab ... et elles font irrésistiblement penser à des corbeaux, ou plutôt à des vautours : des vautours tout excités par l’odeur du sang, le sang de tout le monde d’ailleurs : celui des victimes civiles collatérales des incursions de Tsahal, comme celui des jeunes Juifs sacrifiés en holocauste ; la mort, la mort, toujours la mort, comme s’il n’y avait rien de beau sur Terre à vivre - et quand on s’habille (ou quand on est forcé à s’habiller) comme cela, effectivement il ne reste pas grand-chose !

On a écrit, un peu partout, que le gouvernement israélien allait lancer, enfin, une opération de « relations publiques » pour mieux faire connaître la face immonde des ennemis qu’il doit affronter. Je me dois d’aider, même à mon très modeste niveau, cette campagne et je profite donc de ce petit article pour vous donner un certain nombre de liens à visiter ou à revisiter.
1) Cet enregistrement vidéo qui date déjà de quatre ans, d’un prêche du vendredi dans une mosquée de Gaza, où il est clairement dit que les Juifs - « ces fils de porcs et de singes » - méritent la mort, voir le clip de "memritv" (langue arabe, sous-titres en anglais).
2) Cette page du Ministère israélien des Affaires Étrangères, en langue française, avec liens sur le site Internet du Hamas et ses messages très clairs à la population juive du pays : « nous vous voulons morts » (aller sur le lien).
3) Enfin le texte en français de la charte du Hamas, tiré du site des « Amitiés Québec Israël » : un petit monument de fanatisme religieux et de haine antisémite !

J.C

06 mars 2008

Après l'attentat de Jérusalem : Djihad, l'horreur en face

Après un attentat en Israël, photo d'archive

Voici encore revenu le temps des sales nouvelles en provenance d'Israël ... alors que Jérusalem avait repris l'habitude de vivre avec un sentiment de sécurité, une attaque terroriste dans une yeshiva a fauché les vies des 8 jeunes, tandis que plusieurs autres ont été grièvement blessés. Déjà, on imagine que de nombreuses organisations islamistes vont revendiquer l'attentat, et elles gagneront - hélas - en popularité dans les pays arabes voisins, tant les massacres de civils ont toujours constitué un mode normal pour s'opposer à l'existence de l’État juif !
Si on laisse de côté l'Irak où les massacres de civils au nom de la "résistance" sont quasi quotidiens, le pays qui a le plus souffert du terrorisme islamiste reste, bien sûr, le petit Israël : plus d'un millier de tués et des dizaines de milliers de blessés depuis la deuxième intifada des années 2000 - la plupart des victimes étant des civils, massacrés lors d'attentats suicides à l'intérieur des frontières internationalement reconnues de l’État. Si l'on tient compte du rapport des populations, cela représenterait en France l'équivalent de plus de 9000 tués. Cela, pour ne pas parler des milliers de victimes d'avant, les centaines tués par le Hamas alors que l'on espérait encore après les accords d'Oslo, ou les milliers assassinés par un terrorisme qui ne se disait pas encore "islamiste" dans les années 50 à 80 ... la "belle époque" des mouvements dits "laïcs" qui avaient, déjà et toujours, la sympathie de la gauche tiers-mondiste (voir sur le blog mon article en date du 10 février après la disparition de Georges Habash). Il est vrai que tuer, tuer et encore tuer reste le seul acte irréversible pour ce genre de révolutionnaires : cela ne change rien à l'ordre des choses, mais la destruction des victimes et le désespoir de leurs familles révolutionne - pour de bon - le cours de pauvres existences.

Mon ami Alain qui vit là bas et dont j'ai mis le blog en lien permanent ("A frenchie in the Holy Land") avait publié il y a déjà deux ans trois articles sur cette actualité douloureuse. Dans celui titré "Putain de terreur", il évoque les morts oubliés, ces blessés dans un état critique qui finissent par succomber des semaines après l'attentat comme ce jeune touriste américain de 16 ans victime d'un attentat à Tel Aviv. Dans "Le malheur a frappé si près", il évoque ses voisins de palier, un jeune couple qui vient de perdre ses parents dans un attentat, des sexagénaires qui n'auront jamais pu profiter d'une retraite bien méritée et dont il ne reste qu'une photo souriante.

Et enfin, dans "juste mesure", il pose la question qui n'est pratiquement jamais posée dans les médias européens et français en particulier : pourquoi cette absence totale de scrupules dans le camp d'en face ? Pourquoi les crises de conscience, les débats dans la presse après chaque bavure de l'armée - et Tsahal en fait comme toutes les armées du monde, et cela lui a été amplement reproché la semaine dernière à Gaza - n'ont jamais leur équivalent chez les Palestiniens ? Et il écrit : "Le monde islamiste ne ressemble pas à cet Occident démocratique, libéral tel que nous l'avons construit au cours du vingtième siècle. Les valeurs morales semblent différentes et il va falloir l'assimiler rapidement. Sinon on est très, très mal barrés ..."

J.C

05 mars 2008

Le Maroc, entre idées reçues et réalité : Pierre Vermeren sera mon invité le 9 mars


Mon invité le 9 mars prochain sera Pierre Vermeren, un invité que mes auditeurs fidèles commencent à connaître car c’est la quatrième émission de cette série à laquelle il participe. Il est historien, maître de conférence en Histoire du Maghreb contemporain à l’Université Paris I. Orientaliste il l’est vraiment, et pas un « orientaliste de salon » comme hélas on en lit beaucoup dans les grands médias. En effet il est arabisant et il a vécu longtemps en Afrique du Nord où il a été enseignant, en particulier au Maroc où il a été professeur pendant plusieurs années au lycée Descartes à Rabat. Ce pays lui est cher, il y a consacré déjà plusieurs ouvrages et il y compte, d’ailleurs, de nombreux amis, intellectuels et universitaires marocains : mais il s’agit d’une affection exigeante, et rien ne l’agace plus que les clichés, les idées reçues, sur ce pays comme sur d’autres du monde arabe. Cela, les auditeurs qui ont déjà lu ses livres le savent déjà, comme ceux qui ont lu des tribunes libres sous sa signature, et je rappelle qu’il a eu la gentillesse de figurer parmi les contributeurs du blog (cliquer sur son nom en libellé en fin d’article).

Son dernier ouvrage correspond parfaitement à ma petite introduction, puisqu’il s’intitule « Le Maroc » et qu’il est publié dans la collection « idées reçues » aux Editions « Le Cavalier bleu ». C’est un petit livre très dense de 120 pages qui se lit très facilement, et qui est construit, justement, à partir d’une collection de clichés que l’on a sur ce pays, clichés qu’il analyse, dont il confirme parfois en partie le bien fondé, mais qui doivent beaucoup à des représentations anciennes dont les racines plongent souvent dans le passé colonial.

Parmi les « idées reçues » sur le Maroc dont nous parlerons donc le 9 mars, un petit florilège tiré des titres des chapitres de son livre :
- « La France est l’amie du Maroc »
- « Le Maroc est sorti de la colonisation sans heurts »
- « Tous les Marocains parlent français »
- « Le Maroc est un carrefour de civilisations »
- « Le Maroc vit du tourisme »
- « Le vrai Maroc, c’est celui des villes impériales, pas Casablanca » ...

Rendez-vous dimanche prochain à 9 heures 30 sur le 94.8 FM ! 

J.C

04 mars 2008

"Le Marocain" de nouveau en selle ?

Introduction :
Une nouvelle rubrique cette semaine sur le blog !
Tous les mardi ma correspondante Isabelle-Yaël Rose nous écrira, depuis la capitale d'Israël, un "vrai journal juif français de Jérusalem". Je ne doute ni de son talent ni de sa persévérance pour alimenter cette série, et ce alors que l'actualité politique, dans l’État juif et tout le Proche-Orient, risque d'être particulièrement agitée. Une petite précision à propos du titre : "le Marocain" dont il sera question à la fin est Amir Peretz, ancien Président du Parti Travailliste qui eut une carrière éphémère de Ministre de la Défense dans le gouvernement Olmert, ayant démissionné suite aux ratés de la guerre de 2006. Il est d'origine marocaine, et fier de l'être ! Je l'ai ainsi entendu discourir en hébreu parmi les invités d'honneur de la "Quinzaine du judaïsme marocain" (voir sur le blog, entrée du 3 février), en parlant des "Marokim" sans qui Israël n'aurait pu être construit ... et cela, sous le regard amusé de l'Ambassadeur du Maroc à Paris, qui devait prononcer la conférence inaugurale.
J.C
 
L’échiquier politique israélien est singulièrement déroutant pour tous les étrangers : à la traditionnelle distinction droite-gauche, telle qu’on la connaît par exemple en France, se superposent d’autres lignes de fractures inconnues en Occident. Ainsi, les partis dit « religieux » se déclinent non seulement selon leurs options politiques, mais aussi selon leurs choix « idéologiques et religieux » : Yahadout Ha-Torah est le parti des religieux traditionnels (haredim) ashkénazes. Le Shas est le parti des haredim séfarades. L’Union nationale - parti national religieux - est celui des religieux non haredim nationalistes. Si les différences sont déjà abyssales au niveau du simple rite, elles le sont plus encore au niveau idéologique et politique.
Cependant, il serait très difficile, voire abusif, de tenter d’appliquer la grille de lecture droite-gauche au niveau de ces partis. Par exemple, si le Shas est un parti conservateur socialement, il fait en revanche preuve de pragmatisme quand on aborde les autres questions. Inversement, les partis religieux nationalistes, qui ont mis la main sur toutes les questions sociales « chaudes », font montre d’une idéologie butée dès qu’on aborde la question palestinienne. Pour faire court, le Shas est à droite socialement, tandis que les partis religieux nationalistes - qui sont à l’extrême-gauche socialement - sont à l’extrême-droite dès qu’on aborde les thèmes politiques liés aux Arabes. Le conflit palestinien étant le catalyseur de toutes les tensions en Israël, on comprend alors comment les partis religieux nationalistes ont pu faire une alliance avec le Likoud et surtout le parti Israël Beitenou. Celui-ci étant favorable à des réformes laïques de la société - en gros, son objectif est de ramener à une peau de chagrin l’influence des rabbins sur la vie sociale en Israël - la seule chose qui maintienne son alliance avec les partis religieux nationalistes est la vision qu’ils partagent sur le conflit israélo-palestinien. Israël Beiténou est la face laïque des partis religieux nationalistes. Les deux sont utilisés par le Likoud de Benyamin Netanyahou pour porter des coups contre la coalition qui gouverne Israël.

Netanyahou est très proche d’Israël Beiténou culturellement. Lui même ashkénaze, il est plutôt favorable à une laïcisation de la société israélienne. Sa manière de comprendre le monde arabe - en Israël ou dans le Moyen-Orient en général - ressemble comme deux gouttes d’eau à celle d’Avigdor Lieberman. Ce qui est somme toute logique, si on se rappelle que Lieberman est un ancien du Likoud et qu’il ne l’a quitté qu’à cause d’un conflit personnel et d’ambition avec Netanyahou : il n’y avait pas de place pour ces deux fortes personnalités dans un même parti. Tout en étant favorable à une laïcisation et une modernisation de la société, Netanyahou a cependant fait une alliance avec les partis religieux nationalistes : d’une part, parce qu’ils partagent la même approche du conflit israélo-palestinien. D’autre part, parce que les partis religieux nationalistes se sont accaparés tous les mouvements sociaux populaires en Israël : celui des réservistes après la Seconde guerre du Liban, celui des enseignants, celui du « panier de santé », et surtout, tous les problèmes auxquels sont confrontés les habitants de Sdérot et du sud d’Israël. Comme toujours dans l’Histoire, l’extrême-droite se faufile dans les brèches de l’État - dans ses échecs - et prend possession des questions sociales.

Ce qui nous amène au parti travailliste. Contrairement aux socialistes français, que l’on peut en gros qualifier de « pacifistes », les travaillistes israéliens ne sont pas des colombes : d’abord, leurs dirigeants sont souvent issus de l’armée mais aussi des services secrets. Ils ont donc une très forte formation sécuritaire et sont tout à fait sensibilisés aux dangers qui menacent Israël. Ensuite, la ligne de partage droite-gauche ne se fait plus d’emblée sur les questions de sécurité : c’est ce qui permet à la coalition du premier ministre Ehoud Olmert de persévérer. Sans doute doit-on y voir l’un des effets « positifs » de l’échec des accords d’Oslo : les travaillistes ont compris leur leçon. Si la distinction ne se fait plus sur les questions de sécurité, où passe la ligne de partage qui distingue la droite de la gauche ? La ligne de partage est maintenant sociale. Parce que les questions de société sont devenues la seconde priorité des Israéliens, quand ces problématiques étaient encore quasi-inexistantes il y a encore quelques années (toute la vie politique israélienne était alors totalement absorbée par les questions sécuritaires ).
Avant la seconde guerre du Liban, Amir Peretz avait réussi non seulement un coup de génie, mais surtout une première historique : il a été le premier chef d’un parti politique à se faire élire sur un agenda exclusivement social. Peretz avait compris que les Israéliens étaient maintenant préoccupés par les questions de société, et non plus seulement par celles touchant à leur sécurité. Sa faute capitale a été de l’oublier et de se laisser enfermer dans le rôle de ministre de la Défense. Actuellement, Ehoud Barak lui a succédé au parti travailliste mais aussi au poste de ministre de la Défense. Son passé militaire - il fut chef d’état-major - lui a valu cette promotion en pleine après guerre. Vécue d’une manière très traumatique par les Israéliens. Mais Barak, responsable des questions de sécurité, embarqué dans ce qu’il faut bien appeler une « guerre » dans le sud d’Israël, est en train, malgré lui, de préparer l’enterrement de son parti aux prochaines élections, détruisant toute possibilité de coalition centre-droit ou centre-gauche. Dit autrement, il prépare à son insu la venue au pouvoir d’une coalition d’extrême-droite conduite par Benyamin Netanyahou. Comment ?

Benyamin Netanyahou a appris de Peretz que la société israélienne était soucieuse d’elle même et de son bien être. Les partis religieux nationalistes sont sa carte sociale auprès de l’opinion publique. Il a aussi appris de Peretz que les Israéliens doutaient d’eux même d’un point de vue sécuritaire. Son alliance avec Lieberman a pour objectif de les rassurer. Il cherche maintenant la caution morale du Shas pour atteindre les traditionalistes et les séfarades. Mais le Shas résiste à ses manigances - parti conservateur, il a en horreur la laïcité et les réformes sociales telles que le mariage civil, l’adoption des enfants par les couples homosexuels, la liberté sexuelle.
De son côté, Barak est enfermé dans les problématiques touchant à la sécurité d’Israël. Contrairement à Olmert, plus doué pour la diplomatie, Barak est l’homme fort du gouvernement qui a la confiance de l’establishment militaire et sécuritaire. Mais le point faible de ce gouvernement sont les problèmes sociaux : le terrain est quasiment abandonné à l’opposition, les tentatives du Shas étant stoppées net par le caractère conservateur du parti qui n’atteindra jamais tout un secteur de la population.

La radio Kol Israël a rapporté dimanche 2 mars une entrevue entre Barak et Peretz grâce à l’initiative de Marciano. Olmert à la diplomatie, Yishaï aux affaires morales, Barak à la défense, Peretz aux affaires sociales - la perspective est intéressante pour tous ceux qui aiment l’équilibre, la démocratie, la pluralité, la tolérance. Pour tous ceux qui aiment un Judaïsme sans complexe et qui va de l’avant.

Isabelle-Yaël Rose,
Jérusalem le 3 mars 2008

03 mars 2008

"L'islamisme, ce nouveau totalitarisme" par Thierry Wolton

Introduction :
J'ai utilisé récemment et à plusieurs reprises, le terme "islamo-fascistes" pour parler des combattants du Hamas avec qui Tsahal est engagé dans de durs combats. L’utilisation du terme « islamo-fascistes » par le Président Georges W. Bush, à propos de la nébuleuse d’Al-Qaïda et de ses supporters, avait aussitôt suscité une levée de boucliers, aux États-Unis comme en Europe. On peut voir dans ce rejet une allergie globale au personnage, devenu un tel repoussoir que n’importe laquelle de ses propositions (par exemple qu’il fait jour à midi) serait contestée. Mais l’expression a pu paraître, aussi et avec raison, comme maladroite dans la mesure où le fascisme est une idéologie bien ancrée dans une période historique (l’entre deux guerres) et un lieu (l’Europe), ce qui interdirait les extrapolations ailleurs et à une autre époque. Reste par contre la notion de « totalitarisme », qui a été déjà utilisée il y a plusieurs années par l’orientaliste Alexandre Del Valle dans son livre « Le totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties » (Éditions des Syrtes). Cet auteur avait été d’ailleurs mon invité quelques mois après la sortie du livre, le 12 janvier 2003. Auteur de l’ouvrage « Quatrième Guerre mondiale » aux Éditions Grasset, Thierry Wolton a repris ce concept à propos de la mouvance islamiste qui affronte l’Occident. Et il avait donné quelques clés pour démontrer la nature profondément totalitaire de son idéologie, dans un article publié dans « le Figaro » il y a déjà plus de deux ans, le 6 septembre 2006. 
J.C

" Lancé par les néoconservateurs américains avant le 11 Septembre, repris par le président Bush, le débat fait toujours rage aux États-Unis sur la nature totalitaire ou non de l'islamisme. Pour George W. Bush, on assiste aujourd'hui à un combat stratégique du «monde civilisé contre les successeurs des nazis, des fascistes, des communistes et autres totalitaires du XXe siècle».

Peut-on souscrire à une telle analyse ? Parler d'un totalitarisme islamiste nécessite de préciser ce qu'est une idéologie totalitaire, par essence religion séculière ; de voir s'il est possible de parler d'idéologie en ce qui concerne l'islamisme, qui prétend s'inspirer d'Allah et, si oui, en quoi cette idéologie serait totalitaire et quelle fonction remplit-elle auprès de ceux qui y adhèrent ou la subissent.

Pour aller à l'essentiel, le totalitarisme se distingue de la dictature ou du despotisme par l'adhésion populaire qu'il a toujours suscité. Mussolini fut longtemps le héros d'une majorité d'Italiens, Hitler sut mener les Allemands à la guerre, des millions de Soviétiques ont pleuré Staline à sa mort, nombre de Chinois sont toujours en deuil de Mao ... La terreur n'est pas une explication suffisante pour comprendre comment les ressortissants des régimes totalitaires ont fini par aimer leurs bourreaux. L'idéologie est la raison essentielle de ce soutien populaire. Elle a pour fonction d'unir par des sentiments identitaires des citoyens isolés, de donner sens à leur communauté par un mythe absolu et exclusif, de leur faire reconnaître pour chef celui qui sait traduire ces impératifs en émotions collectives. Support du totalitarisme, l'idéologie doit revêtir un caractère utopique et postuler le règlement radical des problèmes de la société. On retrouve ces caractéristiques dans l'islamisme qu'on peut définir comme une interprétation politique de l'islam.

Les idées d'Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans et le maître à penser de l'islam fondamentaliste, sont apparues en même temps que les autres idéologies totalitaires du XXe siècle, après la Première Guerre mondiale. On y retrouve le fond commun à toutes les pensées totalitaires : anti-occidentalisme, antilibéralisme, anti-individualisme et une explication globale du monde, de son fonctionnement et de sa destinée, en l'occurrence par la gnose islamiste.

Ce n'est pas un hasard si les islamistes ont embrasé les sociétés musulmanes dans les années 1970 quand les conditions socio-économiques ont été favorables à l'expansion de leur idéologie. Exode rural, urbanisation massive, boom démographique, alphabétisation des jeunes, tous ces bouleversements les ont servis. Ils y ont puisé leur énergie, ils y ont trouvé leurs militants en offrant un débouché idéologique à ceux qui se sentaient déboussolés par la poussée de la modernisation. Comme hier le communisme et le fascisme, l'islamisme sert de refuge dans un moment de transition où sont bousculées les hiérarchies, les solidarités traditionnelles. La religion des oulémas, des docteurs de la loi, avait du mal à suivre les transformations en cours. La nouvelle génération d'islamistes a considéré qu'elle n'avait plus besoin d'eux pour commenter les textes sacrés, et elle a cultivé sa vision politique de l'islam. À l'intérieur des pays musulmans comme à l'extérieur, dans les communautés éparpillées dans le monde, l'expansion de l'islamisme a correspondu au phénomène de globalisation, elle en a été, en quelque sorte, la réponse. Pour faire face à la destruction des sociétés traditionnelles, l'idéologie islamiste propose en effet de refonder une communauté imaginaire (utopique) où les identités qu'elle permet de (re)construire n'ont plus besoin de territoires. Une planche de salut pour des individus déracinés et acculturés.

En tant qu'idéologie totalitaire, le communisme visait à atomiser les individus en les arrachant de leurs racines sociales, politiques, culturelles, voire familiales, pour mieux les dominer, les contrôler. L'islamisme, lui, propose des repères (codes) à des individus déjà déracinés. La démarche est différente mais le résultat est le même : il s'agit dans les deux cas d'unir par des sentiments identitaires - la communauté socialiste, la communauté des croyants - des personnes isolées, de donner sens à leur communauté grâce à un mythe absolu et exclusif, le parti ou la Oumma. Pour cette raison, l'islamisme tient de l'idéologie politique et non de la croyance religieuse.

La conception totalitaire de l'islamisme apparaît pleinement quand l'idéologie s'impose à l'échelle d'un pays. Comme dans les autres variantes du totalitalisme, il se propose de construire une société idéale, de réaliser l'Utopie à partir de l'infaillibilité de l'idéologie, dans ce cas le Coran. Les talibans, qui ont imposé leur loi sur l'Afghanistan de 1996 à 2001, interdisaient notamment les oiseaux chanteurs parce qu'ils pouvaient perturber la prière, les cerfs-volants furent bannis car en allant les décrocher des arbres, on risquait d'apercevoir des femmes non voilées chez elles, la taille des barbes était calculée au centimètre près pour ressembler au Prophète ... En son temps, l'Iran de Khomeyni a offert un sanglant exemple du rôle de l'islam en idéologie totalitaire dans la guerre qui a opposé son pays à l'Irak de Saddam Hussein dans la décennie 1980. Sur le brassard que portaient les jeunes gens ou les enfants envoyés sur les champs de mines pour frayer un passage à leurs aînés, au prix de leur vie, c'est le mot «islam» qui était inscrit. «L'islam est en danger», répétait le régime. Il n'était pas dit que la patrie, l'Iran, le peuple, la liberté étaient en cause. C'était l'islam qui tenait lieu de pays, de famille, d'éthique, ce qu'ont repris ensuite les terroristes islamistes qui ensanglantent le monde. Tout cela est le propre d'une idéologie totalitaire."

Thierry Wolton
« Le Figaro », 6 septembre 2006

02 mars 2008

"A ceux qui me disent : et les Palestiniens ? Je discuterai avec eux mais je ne leur céderai pas ma place." (Herbert Pagani)

Voici donc revenu, hélas, comme un vieux cauchemar récurrent, une période "chaude" au Proche-Orient. Une période de guerre ouverte où la plupart des médias prennent partie - encore et toujours - pour les ennemis d'Israël au motif qu'ils seraient "les plus faibles". Comme si, par exemple à l'hiver 1945, "les plus faibles" n'étaient pas les troupes nazies en déroute avec leurs pitoyables cohortes d'enfants soldats : on ne souvient guère d'élan de sympathie pour les vaincus de l'époque, au motif qu'ils avaient été écrasés par plus forts qu'eux. Comme si, définitivement épargnés de toute ombre de critique sous prétexte qu'ils ne posséderaient ni blindés, ni aviation, les islamo-fascistes du Hamas avaient acquis le droit de bombarder de leurs missiles de plus en plus perfectionnés et ad-vitam aeternam le territoire israélien, avec l'objectif non dissimulé d'anéantir totalement leur adversaire ... qui en plus n'aurait même pas le droit de se défendre !
Me reviennent alors en mémoire les paroles brûlantes du "Plaidoyer pour ma terre" d'Herbert Pagani, de cette chanson qui date de novembre 1975 - la date de l'infamante résolution de l'Assemblée Générale des Nations Unies assimilant le Sionisme à une forme de racisme.
La chanson commence par "L'autre jour, j'étais dans le métro et j'entends deux dames dire : 
"Encore ces Juifs avec leurs histoires de l'ONU, quels emmerdeurs !". Vers la fin, il y a ce passage, "A ceux qui me disent : et les Palestiniens ? (...) Je discuterai avec eux mais je ne leur céderai pas ma place. Il y a là-bas de la place pour deux peuples et deux nations". 

J.C

01 mars 2008

Le ministre des affaires étrangères lituanien en visite à Sderot

Les Ministres des Affaires Etrangères lituanien et israélien
(photo Reuters, 28 février 2008)

Introduction :
Juste quelques lignes de présentation pour ce nouvel article, très fort, que m’envoie Isabelle Yaël Rose, ma correspondante à Jérusalem. Un lecteur juif pressé pourra trouver sans importance un tel reportage, alors qu’une nouvelle guerre menace au Sud d’Israël et il aura bien tort : les sites communautaires débordent, trop souvent, d’éditoriaux écrits par des « pleureuses professionnelles » rabâchant sur notre sempiternelle solitude ... raison de plus pour saluer ce ministre en exercice, venu prendre des risques physiques en allant à Sderot. Un lecteur ne sentant pas directement concerné par ce qui se passe à la frontière de Gaza n’en comprendra pas non plus l’intérêt et il aura également tort : car il y est question de l’amitié entre deux tout petits états, pour qui la survie nationale - une notion presque totalement étrangère aux Français - veut dire quelque chose. Bonne lecture !
J.C


Près de 100 roquettes ont été tirées sur Sderot et Askhelon en deux jours, provoquant la mort d’un étudiant et père de famille mercredi 27 février. Jeudi, pour la première fois dans l’histoire d’Israël, une katioucha a frappé de plein fouet un bâtiment d’Askhelon, d'où 17 personnes ont été hospitalisées à l’hôpital Brazilaï lui même devenu cible des lanceurs de roquettes. Alors que le petit Osher Twito - et d’autres - sont toujours à Brazilaï pour recevoir des soins médicaux, le ministre des Affaires étrangères lituanien a tenu pourtant à visiter Sderot le jour de la fête nationale de son pays. Plus qu’un symbole : une véritable prise de risque qui marque la solide amitié liant les deux pays.

La Lituanie, pays balte issu de l’éclatement de l’Union soviétique, fêtait jeudi 28 février les 90 ans de sa « restauration ». Le ministre des Affaires étrangères lituanien, Petras Vaitiekunas, a saisi l’occasion de cet anniversaire pour venir en Israël. Comme l'a declaré la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni lors de la cérémonie organisée au Centre culturel Einav de Tel-Aviv, « il n’est pas indifférent que la Lituanie ait choisi de venir célébrer un événement aussi important de son histoire avec nous en Israël ». La soirée s'est caractérisée par un vrai climat de solidarité, palpable dans la liberté que Vaitiekunas et Livni se sont accordés : celle de sortir du cadre fixé par leur discours officiel pour s’autoriser une improvisation plus personnelle. Oubliant l’espace de quelques minutes les contraintes du langage diplomatique, l’un et l’autre ont en effet livré au public leurs impressions.

Le ministre des Affaires étrangères lituanien a précisé que cette visite était sa première rencontre avec la Terre Sainte. L’émotion, quoique retenue, était évidente. Vaitiekunas est revenu sur les liens particuliers qui lient la Lituanie à Israël : d’abord, les deux pays sont petits, d’une taille semblable. Ensuite, le ministre a confié que de la même manière que la fin de l’Union soviétique a permis la « restauration » - et non pas la création - de la Lituanie, la déclaration d’indépendance d’Israël a marqué celle de l’État juif. L’identification entre les deux processus de retour et de « réparation » était donc très forte.

Vaitiekunas a également rappelé l’importance de la contribution de la communauté juive à l’histoire lituanienne. Vilna, « capitale » du Judaïsme européen jusque la Seconde Guerre Mondiale, est restée marquée par l’empreinte de cette présence. Depuis la liquidation du ghetto de Vilna pendant la Shoah, la Lituanie a été sensibilisée à la haine et à l’antisémitisme. Le nouvel État, décoré du titre de « Juste parmi les Nations », n’a cessé de participer activement à toutes les initiatives développées par Yad Vashem. Vaitiekunas, tout en revenant sur la longue histoire qui rattache la Lituanie aux Juifs et l’État lituanien à Israël, pense que le futur est devant nous et nous appartient. Il a terminé son intervention en faisant le vœu que « la paix soit sur nous et que la bonne volonté soit présente pour tous ».

Livni a commencé sa prise de parole en expliquant les conditions dans lesquelles Vaitiekunas a visité Sderot l’après-midi même : alors qu’ils étaient en train de déjeuner, les services de sécurité du ministère des Affaires étrangères ont informé la ministre qu’il serait plus prudent d’annuler la visite à Sderot. Le matin même, alors que le ministre de la sécurité intérieure Avi Dichter avait fait le déplacement à Sderot pour visiter le collège Sapir - où un homme a été tué et un autre blessé la veille - une attaque de roquettes a frappé la ville, blessant l’un de ses gardes du corps aux jambes. Celui-ci, blessé légèrement, a été hospitalisé à Brazilaï. Dichter se tenait seulement à quelques mètres.
Pourtant, malgré les circonstances ; malgré les représailles d’Israël dans la bande de Gaza où les frappes aériennes de l’armée ont tué une vingtaine de Palestiniens, la plupart des terroristes du Hamas - Vaitiekunas a refusé d’annuler. Livni a confié qu’un tel courage n’était pas évident parmi tous les dirigeants internationaux. Elle a également souligné le contraste entre leur empressement à s’exprimer sur le conflit qui oppose Israël aux Palestiniens, et la limite de leurs interventions quand il s’agit d’en venir aux actes et non pas seulement de s’en tenir aux paroles.

Le ministre des Affaires étrangères lituanien a expliqué qu’il était venu à Sderot « pour être avec nous ». Il a rencontré le maire de la ville Eli Moyal, les habitants de Sderot, pour exprimer « sa solidarité et parler pour la paix ». Il a souligné que l’engagement de son pays à lutter contre le terrorisme était total. Livni est revenue sur la nature du combat : « Nous nous battons contre le terrorisme. Nous gagnerons, car nous nous battons pour les bonnes valeurs et pour la bonne cause. » Livni a rappelé qu’elle était engagée dans les pourparlers avec l’Autorité Palestinienne, mais elle a précisé qu’elle était pareillement engagée dans le combat contre le terrorisme : Loin de s’opposer et d’être contradictoires, ces deux objectifs se complètent. Enfin, elle est revenue sur la situation paradoxale de Gaza : « Nous avons quitté Gaza pour faire avancer la paix, non pas pour y revenir ». Sans exclure la possibilité, elle a confié qu’elle espérait que « nous n’aurons pas à y revenir ». Livni a terminé en soulignant la frustration d’Israël qui n’est pas toujours compris par la communauté internationale. Pour insister sur le fait que la Lituanie ne reconnaît pas seulement Israël en tant qu’État, mais « comprend Israël comme étant la patrie des Juifs ».


Isabelle Yaël Rose

Le Hamas recherche la confrontation avec Israël : un petit rappel indispensable

Nous sommes, probablement, à la veille d’une nouvelle guerre au Sud d’Israël, une guerre voulue froidement par les « islamo-fascistes » du Hamas prêts à tout pour faire capoter les négociations avec l’Autorité Palestinienne - manoeuvre qui a, au moins temporairement, réussi, puisque le gouvernement de Ramalah vient de les suspendre. Les bombardements, maintenant réguliers, de la grande ville industrielle d’Ashkelon (plus de 100.000 habitants) ont marqué cette semaine un tournant, que le plus modéré des gouvernements de Jérusalem va être obligé de prendre malgré tous les risques ... et toutes les critiques qu’il ne manquera pas de subir. Déjà, et même s'il ne s'agit que d'opérations ponctuelles, les incursions de Tsahal à l'intérieur de Gaza se sont traduites par de lourdes pertes côté palestinien, avec hélas un pourcentage important de victimes civiles non souhaitées (contrairement aux tirs de roquettes et missiles visant délibérément des aglomérations de l'autre côté de la frontière). Etablissant froidement un bilan des victimes, les agences de presse jouent - volontairement ou non - pour la propagande du Hamas, dont les pertes sont beaucoup plus élevées que celles d'Israël : d'où l'importance de rappeler le contexte de cette escalade.
Je reproduis donc ci-dessous le dernier communiqué, très clair et synthétique, publié par l’Ambassade d’Israël à Paris ; un communiqué illustré, en lien, par un diaporama de photographies montrant l’ampleur des dégâts, déjà subis dans les localités limitrophes de la bande de Gaza.
J.C 

Communiqué de l’Ambassade d’Israël
Durant les dernières 24 heures, des Palestiniens de la bande de Gaza ont tiré 15 roquettes de type Grad 122 mm sur la ville israélienne d’Ashkelon. Ces roquettes, également connues sous le nom de Katiousha, ont une portée d’environ 20 km et contiennent une tête chargée d’un explosif puissant. Cette nouvelle escalade place quelque 250.000 Israéliens sous la menace constante et quotidienne de tirs palestiniens.
Parmi les derniers tirs, une roquette a explosé près de l’hôpital Barzilai d’Ahskelon, une autre a détruit une maison de la ville, une a creusé un cratère dans la rue et une autre a touché le cimetière municipal. Plusieurs civils ont été blessés

Les roquettes de type Grad proviennent vraisemblablement d’Iran et sont introduites dans la bande de Gaza par des tunnels creusés entre l’Egypte et Rafah. L’Etat d’Israël ne cesse d’alerter la communauté internationale de ce qui est en train de se passer dans la bande de Gaza : un armement massif et offensif.Ces 15 roquettes Katiousha s’ajoutent aux 50 roquettes Qassam tirées durant cette même période sur Sdérot et les localités alentours, dont l’une a tué le 27 février un Israélien, Roni Yihye.
Nous rappelons qu’Israël s’est totalement retiré de la bande de Gaza il y a deux ans et demi. Avec ce retrait auquel s’est ajouté la prise de pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza (élection de janvier 2006 + expulsion brutale du Fatah de juin 2007), ce territoire est devenu la base d’une escalade terroriste du Hamas.
Le Hamas vise délibérément les civils israéliens, ne laissant pas de choix à Israël.
Diaporama


28 février 2008.

29 février 2008

La lutte pour la réforme et la démocratie dans le monde arabe : une compilation exceptionnelle de Memri TV, sous-titrée en français



J’avais évoqué sur le blog, il y a déjà plus d’un an, une compilation d’interventions télévisées d’intellectuels libéraux du monde arabe (relire l'article du 31 janvier 2007) réalisée par MEMRI (voir aussi en lien permanent le « memriblog »). Hélas, cette vidéo était sous-titrée en anglais, ce qui a du rebuter pas mal d'Internautes ...

Marie G., une lectrice fidèle du blog, a eu la gentillesse de m’écrire, en me signalant qu’il existait maintenant une version sous-titrée en français.
Je vous invite très fortement à la visionner, en allant sur ce lien.

Vous pourrez entendre des heures de propos fort peu « politiquement corrects » ... chez nous, en France, où l’absence de libertés dans le monde arabe est présenté comme un « invariant culturel » participant à la merveilleuse diversité de notre planète ! Et cela, alors même (mais on peut compter aussi sur nos grands médias pour ne pas trop en parler) qu’un gigantesque sondage Gallup réalisé auprès de 50.000 personnes dans 35 pays, montre qu’une écrasante majorité de Musulmans veut la démocratie et condamne les attentats d’Al-Qaïda (lire l'article en anglais sur le site israélien Ynetnews).

Les intellectuels arabes courageux que vous pourrez voir et entendre dans cette vidéo sont : Ahmad Al-Baghdadi, Ahmad Al-Sarraf, Shaher Al-Nabulsi, Turki Hamad, Muncef Al-Marzouki, Kamel Gabriel, Wahid Abdel-Maguid, Adonis, Wafa Sultan, Iyad Jamal Al-Din, Abd Al Hamid Al-Ansari, Ahmad Al-Rub’i, Saadedine Ibrahim, et Ibrahim Al-Buleihi.

J.C

27 février 2008

Trois ans et déjà lucide


Il y a déjà trois ans naissait dans la blogosphère au développement exponentiel une nouvelle adresse - « rencontrejudaiquesfm », dont le nom est un condensé de ma série radiophonique et de la station de la bande FM qui accueille mon émission. Sans aucune culture en matière d’informatique, trouvant ici ou là des contributions bénévoles, enrichissant peu à peu le blog à mesure que je découvrais de nouveaux outils ou qu’il s’en créait sur la toile, je crois avoir réussi à pas trop mal faire grandir le « bébé » né à la fin février 2005, et dont vous pourrez retrouver la bouille en allant regarder les archives de l’époque ...

Un bébé grandit vite, toujours trop vite pour ses parents qui s’empressent de le faire entrer dans « le monde des grands ». Et ce « monde des grands » se compte dans la blogosphère d’abord en termes de visites ! Faisons donc preuve de lucidité : ce site réussit depuis le deuxième semestre 2006 - qui a vu une percée sensible - à naviguer régulièrement au niveau des 120 visites par jour, ce qui est excellent dans la catégorie des blogs communautaires juifs. Pour avoir la curiosité de « surfer » à partir de la très complète compilation donnée par le site « Juif.org » (voir en lien permanent), je me rends compte que la plupart de mes « confrères » soit n’affichent pas leurs statistiques de visites, soit publient des relevés à deux chiffres ... Si on se réfère au classement de « Top J » qui publie un classement dans ce domaine (voir sur ce lien), le même site « Juif.org » - qui est pourtant un portail extrêmement riche - se situerait en deuxième position des sites communautaires ; mais son « audimat » tourne seulement autour de 900 visites par jour, soit environ 8 fois ma propre fréquentation (1).

Mais ces chiffres illustrent aussi, de manière redoutable, la faiblesse de l’audience juive dans la blogosphère : à titre de comparaison (ces chiffres sont tirés du livre « Les musulmans en France » objet de récentes émissions), le site très engagé « oumma.com » enregistre près de 6 millions de connexions par mois ! Lucidité, donc, car la probabilité pour qu’un musulman ouvert et curieux vienne lire ici des textes prônant l’ouverture et le dialogue est extrêmement faible ; idem pour qu’il puisse entendre à mon émission d’autres musulmans ou des orientalistes dire autre chose que le « politiquement correct », tellement la plupart des médias français restent majoritairement sur une ligne qui fait des États-Unis et d’Israël les seuls responsables de tous les malheurs du monde ... et des islamistes des partenaires avec lesquels il faudrait engager - ah, comme l’expression est déjà galvaudée ! - « un dialogue des civilisations » ! 
Je me fais également souvent ici l’écho des riches enseignements qu’apportent les libellés des recherches conduisant au blog, soyons lucide à nouveau : c’est l’antisémitisme le plus vulgaire et le plus décomplexé qui apporte les gros bataillons de visiteurs lors des « grandes marées » faisant exploser le compteur ... ainsi, récemment, le projet si mal accueillie par les Français, d’associer les élèves de CM2 à la mémoire de la Shoah, a suscité des centaines de questionnements sur le origines supposées juives (encore !) du malheureux François Hollande qui l’avait approuvé au départ ; et bien sûr de Nicolas Sarkozy (associé pour sa part aux termes de « juiverie », « franc-maçonnerie », « sionisme » et autres amabilités). Pour faire bonne mesure et en finir avec cette analyse lucide du monde souvent glauque des Internautes, disons enfin que la ligne à la fois de l’émission et du blog - une ligne « centriste » pour faire court, et qui refuse de tomber dans un racisme à rebours et dans la diabolisation de l’islam - doit détourner beaucoup de lecteurs potentiels dans ma propre communauté, à en juger par la tonalité extrémiste de moult blogs, dont le nombre ne cesse de croître mais dont le contenu est totalement répétitif ...

Mais ainsi va la blogosphère, et ce petit exercice de lucidité ne me découragera pas. Pour ne pas faire trop long dans ce « post », je ne vous parlerai pas aujourd’hui des évolutions prévues - ou retardées, ce sera pour une autre fois. Juste une information sur un développement peut-être intéressant, en ce qu’il permettra à de tous nouveaux lecteurs de découvrir cette adresse : j’ai été dernièrement invité à rejoindre le site coopératif « coZop » (visiter le site en lien), qui relaie en ligne les publications de plus de 800 blogs de toutes tendance ... autre manière d’élargir l’audimat bien au-delà de ce que révèlent les deux compteurs « sitemeter » et « neocounter » !

Que je puisse simplement remercier ici celles ou ceux qui ont bien voulu accepter de voir reproduits certains de leurs articles au cours de l’année écoulée : Dounia Bouzar, Mezri Haddad, Albert Soued, Gérard Cardonne, Souhail Ftouh, Pierre Vermeren ... par leurs diversité à la fois d’origines et d’opinions, ils ont contribué à faire de ce blog un publication originale. Je remercie également mon amie Isabelle-Yaël Rose qui m’envoie, périodiquement, des articles depuis Jérusalem. Ainsi que mes deux collègues de la radio, André Nahum et Gérard Akoun dont je reproduis ici certains billets où ils commentent l’actualité brûlante française ou du Proche-Orient, chacun avec son style et sa sensibilité.

Je conclurais - sans me faire trop d’illusions, hélas, tant on peut être devenu lucide à l’âge de 3 ans - en priant les lecteurs fidèles ou nouveaux de m’envoyer un petit message à l’adresse du blog : rencontre@noos.fr ... merci d’avance !

J.C

(1) correctif ajouté : ce chiffre date peut-être un peu, car j'ai reçu d'un administrateur de "Juif.org" une statistique plus récente donnant 3.100 visiteurs / jour.

25 février 2008

Caverne d’Ali Baba : gogos recrutés !


Le sourire du mois
- février 2008

Tous les Internautes victimes de « spams » ont trouvé, quasiment au quotidien, ce genre de mails circulaires où le gogo est appâté, ici par un tirage imaginaire d’un loto inconnu, là par une sombre affaire de millions de dollars dont on pourrait toucher un pourcentage, après avoir aidé un malheureux qui, étrangement, aurait besoin de l’aide d’inconnus pour récupérer son bien ... la suite, bien sûr - et pour les naïfs tombant dans le panneau - consistant à se faire plumer, une fois pris les contacts requis et laissés son numéro de carte bancaire et autres infos personnelles, dont les ingénieux escrocs font un usage avisé. Généralement, de tels « spams » sont émis d’Afrique et évoquent le passé troublé de certains pays. Mais j’ai reçu celui-là, copié tel que fautes d'orthographe comprises : il est bien dans la note orientaliste de ce blog puisqu’il évoque une véritable caverne d’Ali Baba en Irak ... bonne lecture !

« Bonsoir,
J’ai eu votre contact et voudrais partager une affaire très importante avec vous.Si ça ne vous intéresse pas, veuillez m’excuser beaucoup pour le dérangement. Je suis Monsieur Issam Majeed, je travaille en Iraq avec les Militaires Américains comme traducteur. J’ai des preuves pour vous le démontrer après. Dans une des nos opérations militaires en Iraq, nous avons découvert un coffre fort dans une grande maison d’un grand homme d’affaire Iraqien dans la ville de TIKRIT. Ce coffre fort contient une grande somme d’argent, des dollars Américains, c'est-à-dire US$ 20 Million. Nous avons immédiatement gardé ce coffre fort dans un lieu sécurisé avec trois autres soldats Américains. Apres de longues délibérations entre nous pour savoir si nous devons remettre ces fonds aux autorités Américaines en charge de lieu ou pas, nous avons tous décidé de partager ces fonds entre nous. Pour le partage, chacun de nous a reçu la somme de US$5 Millions Pour ma part à cause des problèmes de sécurité en Iraq, j’ai décidé de m’arranger avec les agents de sécurités privées en Iraq pour transférer ma part de ces fonds hors de l’Iraq, précisément à Londres.
J’ai mis les fonds dans un colis comme étant des affaires familiales et je l’ai codé ce qui veut dire qu’aucune personne ne sait que ce colis contient de l’argent sauf moi. Ce que je vous raconte est la vérité et si nous traitons ensemble dans cette affaire, vous le verrez. Je vous contact donc pour voir si vous pouvez m’aider a récupère le colis à Londres et le transférer dans votre pays ou je voudrais investir ces fonds dans des domaines rentables. Je vous donnerais aussi quelques pourcentages de ces fonds pour avoir accepter de m’aider, le pourcentage nous en discuterons quand je recevrai votre réponse. Les insurgés Iraqiens sont contre moi ce qui fait qu’ils me recherchent pour me tuer parce que je fais des traductions aux militaires Américains. Je ne sors pas n’importe comment sans les Militaires Américains pour éviter le pire. Je n’utilise pas de téléphones ni ne reçois pas des appels ici. J’utilise seulement l’Internet et les walkies-talkies pour communiquer avec des militaires avec qui je travaille.
Si cette transaction est bien conclus, je veux démissionner de ce travaille parce que pour vivre ici en Iraq c’est trop risqué. Je vous remercie et j’attendrais votre réponse.
Monsieur Issam Majeed. »
J.C

21 février 2008

Deux photos sympas ...

La championne de tennis Shahar Peer
jouant au championnat Open international du Qatar
(photo Reuters, 18 février 2008)

Le Premier Ministre Ehud Olmert
accueillant le Président Mahmoud Abbas
(photo Reuters, 19 février 2008)


Photo pas vue

Il y a des photos sympathiques qui n'appellent pas de trop longs commentaires. Sur la photo du haut, la championne de tennis israélienne Shahar Peer, classée 17ème mondiale, a eu l'honneur d'être la première invitée de son pays dans un tournoi se déroulant dans un pays du Golfe, à Doha, au Qatar.

Sur la photo du bas, les dirigeants israélien et palestinien se sont revus mardi à Jérusalem, alors que la neige était au rendez-vous - et l'on découvre donc un Mahmoud Abbas hilare, acceptant volontiers le parapluie tendu par un Ehud Olmert qui semble avoir fait cela toute sa vie ...

Et si ces photos annonçaient un Moyen Orient réconcilié, celui de demain ou d'après demain ? Un Moyen Orient où, d'un coup de baguette magique, beaucoup d'affreux, de Téhéran à Beyrouth en passant par Damas, auraient disparu !

J.C

20 février 2008

Les musulmans en France, entre intégration du culte et dérives radicales : Bernard Godard sera mon invité le 24 février

Suite et fin, dimanche prochain, de mon interview en deux volets de Bernard Godard, à propos du volumineux (450 pages) livre co-écrit avec Sylvie Taussig : « Les musulmans en France » (Editions Robert Laffont).
Après avoir « planté le décor » lors de la première émission, nous allons rentrer plus dans le détail des différentes mouvances se disputant le leadership religieux (et parfois politique) des 5 à 7 millions de musulmans de notre pays ...

Parmi les questions sans langue de bois posées à Bernard Godard :

- Est-ce que n’est pas arrivé, aujourd’hui, l’heure de l’islam marocain qui représente la majorité des imams, la majorité des mosquées et la majorité des musulmans pratiquants en France ?
- Que penser de l’U.O.I.F qui joue un peu les équilibristes, d’un côté en disant qu’ici en France on ne peut exiger l’application de la Charia, mais en même temps en s’appuyant sur « le Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche » et sur les avis du très sulfureux prédicateur Youssef El Qardaoui, c'est-à-dire en réclamant un « fikh », un droit particulier pour les minorités musulmanes ?
- En lisant ce livre, on a l’impression que le Conseil Français du Culte Musulman est une machine dont les rouages régionaux, les C.R.C.M, fonctionnent bien, mais dont la tête, le Conseil National, n’arrive ni à imposer son autorité en province, ni surtout à structurer l’islam de France : tout cela n’est-il pas très décevant pour les autorités ?
- Comment expliquer que les populations d’origine maghrébine semblent préférer aux télévisions de leurs pays d’origine des chaînes comme « Al-Jazeera » ou « Al-Arabiya » ?
- Le livre s’achève sur une note assez sombre, puisque le dernier chapitre s’appelle « islam et terrorisme » et il y rappelle la genèse des vagues d’attentats sur le sol français, en 1985 et 1995, et les tentatives depuis le 11 septembre : si un jour les menaces d’Al-Qaïda au Maghreb se réalisaient, cela serait-il le fait de terroristes infiltrés ou de jeunes français musulmans endoctrinés ?

Bonne écoute dimanche prochain !

J.C
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19 février 2008

Pour un rapprochement entre intellectuels israéliens et arabes : une lettre ouverte de Souhail Ftouh à Nicolas Sarkozy

Introduction :
Je viens de faire la connaissance, suite à une série d’échanges par mails, de Maître Souhail Ftouh, jeune avocat du barreau de Tunis. Je connaissais sa signature, lue notamment sur des blogs juifs et sur le journal en ligne « Guysen News », et j’avais été frappé par son grand courage. En effet, et même si la Tunisie soutient officiellement le processus de Paix et a eu dans le passé des relations officielles avec Israël, il n’est pas bien vu dans ce pays - solidarité arabe oblige ! - d’avouer son admiration pour l’État juif, ou d'exprimer un soutien à son droit à l’auto-défense, même lorsque l’ennemi (en l’occurrence la mouvance islamiste extrémiste, soutenue par l'Iran) est clairement une menace commune ... C’est ainsi que Souhail Ftouh a été attaqué verbalement, et a fait l’objet d’intimidations.
Je tiens à lui exprimer ma sympathie, et c’est avec grand plaisir que je publie aujourd’hui sur le blog sa première contribution - une « lettre ouverte » au Président Sarkozy.
J.C

Tunis le 18/02/2008

Lettre Ouverte à l’intention de Monsieur Nicolas Sarkozy, Président de la République Française.

Depuis votre avènement à la présidence de la République Française, une nouvelle volonté politique s’est fait jour. Celle de rapprocher les nations et les peuples du bassin méditerranéen.
C'est donc à vous, Monsieur le Président, que je m'adresse. Vous qui avez, aussi bien par conviction humaniste personnelle que par vision géopolitique, affirmé à plusieurs reprises votre volonté d’encourager, dans un avenir de paix, le rapprochement culturel entre Israël et ses voisins. Aussi suis-je persuadé que vous aurez à cœur de soutenir le dialogue et de favoriser le rapprochement entre intellectuels arabophones et israéliens francophones. Et nous sommes nombreux aussi bien en Israël que dans les pays arabophones à partager cet amour commun de la langue et de la civilisation françaises qui demeurent un moyen de dialogue privilégié entre les peuples et états limitrophes du bassin méditerranéen. Or si, en tant que citoyen de la République tunisienne, je prône le dialogue avec Israël, c’est parce que ce pays incarne toutes les caractéristiques indispensables à un État civilisé et parce qu’il est un réel catalyseur à la démocratisation de cette région du monde.
A cause de mes opinions et convictions, je fais ces derniers temps, dans mon propre pays, l’objet de menaces et de coercitions visant à mettre un frein à ma liberté d’expression.
Que penser de ce parti pris constant, de cette hostilité au dialogue avec les Israéliens si contraire à l'esprit de Montesquieu et de Diderot qui considéraient la soumission à la « pensée unique » comme antinomique à la liberté d’expression et d’échanges culturels ?
Boutros Boutros Gali, premier secrétaire général de l'OIF, l'avait écrit de manière si juste dans un brillant ouvrage "Le Chemin de Jérusalem» (Fayard 1997) : "Les États nations ont besoin tout comme les êtres humains de vivre en société et détestent l'exclusion. L'isolement diplomatique venant de pays frères du monde arabe et islamique nous blesse. Pour la première fois, je comprenais la solitude que devaient ressentir les Israéliens du fait de leur exclusion par les pays arabes voisins."

En tant qu’avocat qui se destine à la Défense des Droits de l’Homme, dois-je renoncer à ma liberté d’expression et à mon amitié pour le peuple hébreu ? Alors que je serais tellement fier et heureux qu’au XXIe siècle, la raison - qui fait tellement défaut dans cette région - s'impose et que vous soyez l'homme providentiel qui encouragera le dialogue entre juifs, israéliens, arabophones et musulmans modérés.

C’est dans ce but, Monsieur le Président de la République Française, que je fais appel à vous.

Cordialement


Maitre. Souhail Ftouh
Avocat au barreau de Tunis

18 février 2008

Jean-Léon Gérôme, ou la nostalgie orientaliste

La piscine du harem,
toile de Jean-Léon Gérôme (1824-1904)

Une toile sur la toile
- février 2008

L'Orient musulman nous offre un visage tellement austère, depuis la montée en force de l'intégrisme avec son cortège de burkas, niqabs et autres tchadors, que l'on a peine à imaginer que, jadis, il évoquait au contraire la sensualité et la débauche. Relire à ce sujet sur le blog Abdelwahab Meddeb, à propos de cette inversion totale du paysage humain (cette citation accompagnait aussi une autre très belle toile orientaliste).

Reste que, au delà du fantasme de l'artiste - qui nous rend tous un peu voyeurs -, le harem pose aussi des graves questions : celles de l'esclavage, de la domination des hommes sur les femmes, et des étranges créatures associées à ces rapports de pouvoir (ainsi sur ce tableau, l'eunuque noir portant des narguilés). Au menu, donc, de mes prochaines émissions, des livres nouveaux écrits par des intellectuels musulmans et qui nous permettront de traiter ces sujets !

J.C

17 février 2008

Semih Vaner, in memoriam

Semih Vaner

C’est avec tristesse que je viens d’apprendre le décès, mardi dernier après une longue et pénible maladie, de Semih Vaner, directeur de recherche au Centre d’Études et de Recherche Internationale (CERI), et spécialiste de référence de la Turquie, son pays natal.

Le site « Turquie européenne » rapporte sa disparition, dans un court article que je vous invite à lire en lien . En cliquant ci-dessous sur le libellé à son nom, vous pourrez découvrir ou relire la présentation que j’avais publiée sur le blog à l’occasion de ma dernière émission avec lui : je l’avais intitulée « Pour la Turquie dans l’Union Européenne », et en écoutant l’enregistrement sur le podcast associé, vous pourrez réentendre cette voix, aujourd’hui disparue, défendre avec talent et conviction la candidature turque. Ferme dans son propos, Semih Vaner était par ailleurs un homme d’une grande courtoisie, associée à une simplicité rare pour un intellectuel dont l’œuvre (livres et articles) était considérable. Ces qualités, j’avais pu m’en rendre compte en préparant avec lui les deux émissions de ma série où il fut mon invité, en avril 2003 et en octobre 2005.

Les années passent trop vite, et le temps me manque toujours, hélas, pour rendre compte de tous les ouvrages intéressants qui traitent du Monde musulman ... Semih Vaner m’avait fait parvenir un ouvrage collectif qu’il avait dirigé (« la Turquie », éditions Fayard - CERI), livre dont j’avais parlé sur le blog en mars dernier, à l’occasion du mois spécial consacré à ce pays (lire ici).
Hélas, je n’aurais donc jamais l’occasion d’en parler avec lui.

J.C

14 février 2008

Le Liban au seuil de l'implosion


Femmes chiites manifestant leur douleur lors des obsèques
du chef terroriste Imad Mughniyeh
(Beyrouth 14 février 2008, photo AP)


La manifestation de la majorité, le jour anniversaire
de l'assassinat de Rafiq Hariri
(Beyrouth 14 février 2008, photo AFP)

Rarement le petit Liban n'aura semblé autant écartelé entre deux destinées, deux choix possibles pour son avenir ... Ce jeudi 14 février, la majorité anti-syrienne qui soutient le gouvernement avait prévu une grande manifestation, en commémoration de l'assassinat de l'ancien Premier Ministre Rafiq Hariri : au delà de cet anniversaire, le but était d'exprimer à la fois son désir d'indépendance, son refus de la terreur - après la vague d'attentats subie depuis trois ans - et son "ras le bol" devant le blocage institutionnel de l'opposition (Hezbollah allié au C.P.L du Général Aoun), opposition qui empêche l'élection d'un nouveau Président de la République. J'avais rappelé ce contexte politique à l'occasion du "mois du Liban" sur le blog (voir en libellé).

Par un hasard de calendrier, le Hezbollah enterrait aujourd'hui en grandes pompes un des plus sinistres chefs terroristes de l'Histoire contemporaine, Imad Mughniyeh. Celui qui est présenté aujourd'hui comme son chef militaire, et qui a eu droit à des discours élogieux et à la venue du Ministre des Affaires Étrangères d'Iran, avait été dans le passé soigneusement mis à l'écart de la communication de la milice chiite, en raison de son lourd passé, depuis les attentats contre la force multinationale dans les années 80 jusqu'aux attentats de Buenos Aires dans les années 90, en passant par les enlèvements d'occidentaux au Liban : il avait des centaines de vies innocentes sur la conscience ! Il était sûrement plus pratique d'accuser Israël de sa liquidation : mais le site mediarabe.info, en lien permanent, évoque une piste syrienne et rappelle comment fut liquidé par exemple dans le passé Elie Hobeika, devenu gênant pour Damas. L'avenir nous apprendra, plus ou moins rapidement, la vérité sur la fin de ce terroriste de gros calibre ; et il nous dira aussi, hélas, quand et comment le Hezbollah se vengera (Hassan Nasrallah, qui ne doit pas se sentir très à l'aise depuis deux jours, a prophétisé la fin proche d'Israël, rien que cela !)

Mais revenons aux deux manifestations de ce jeudi 14 mars, et là, une nouvelle fois, nos télévisions auront peu insisté sur l'essentiel : le succès de l'une et le caractère somme toute modeste de l'autre. Malgré le froid et la pluie, la foule était immense dans la manifestation du "mouvement du 14 mars", un rassemblement de plus d'un million de personnes d'après plusieurs agences de presse (photo du bas) ; et ils n'étaient que quelques dizaines de milliers dans le cortège du Hezbollah, à crier leur rage comme les femmes aux noires tenues de corbeaux de la photo du haut.

J.C