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14 février 2008

Le Liban au seuil de l'implosion


Femmes chiites manifestant leur douleur lors des obsèques
du chef terroriste Imad Mughniyeh
(Beyrouth 14 février 2008, photo AP)


La manifestation de la majorité, le jour anniversaire
de l'assassinat de Rafiq Hariri
(Beyrouth 14 février 2008, photo AFP)

Rarement le petit Liban n'aura semblé autant écartelé entre deux destinées, deux choix possibles pour son avenir ... Ce jeudi 14 février, la majorité anti-syrienne qui soutient le gouvernement avait prévu une grande manifestation, en commémoration de l'assassinat de l'ancien Premier Ministre Rafiq Hariri : au delà de cet anniversaire, le but était d'exprimer à la fois son désir d'indépendance, son refus de la terreur - après la vague d'attentats subie depuis trois ans - et son "ras le bol" devant le blocage institutionnel de l'opposition (Hezbollah allié au C.P.L du Général Aoun), opposition qui empêche l'élection d'un nouveau Président de la République. J'avais rappelé ce contexte politique à l'occasion du "mois du Liban" sur le blog (voir en libellé).

Par un hasard de calendrier, le Hezbollah enterrait aujourd'hui en grandes pompes un des plus sinistres chefs terroristes de l'Histoire contemporaine, Imad Mughniyeh. Celui qui est présenté aujourd'hui comme son chef militaire, et qui a eu droit à des discours élogieux et à la venue du Ministre des Affaires Étrangères d'Iran, avait été dans le passé soigneusement mis à l'écart de la communication de la milice chiite, en raison de son lourd passé, depuis les attentats contre la force multinationale dans les années 80 jusqu'aux attentats de Buenos Aires dans les années 90, en passant par les enlèvements d'occidentaux au Liban : il avait des centaines de vies innocentes sur la conscience ! Il était sûrement plus pratique d'accuser Israël de sa liquidation : mais le site mediarabe.info, en lien permanent, évoque une piste syrienne et rappelle comment fut liquidé par exemple dans le passé Elie Hobeika, devenu gênant pour Damas. L'avenir nous apprendra, plus ou moins rapidement, la vérité sur la fin de ce terroriste de gros calibre ; et il nous dira aussi, hélas, quand et comment le Hezbollah se vengera (Hassan Nasrallah, qui ne doit pas se sentir très à l'aise depuis deux jours, a prophétisé la fin proche d'Israël, rien que cela !)

Mais revenons aux deux manifestations de ce jeudi 14 mars, et là, une nouvelle fois, nos télévisions auront peu insisté sur l'essentiel : le succès de l'une et le caractère somme toute modeste de l'autre. Malgré le froid et la pluie, la foule était immense dans la manifestation du "mouvement du 14 mars", un rassemblement de plus d'un million de personnes d'après plusieurs agences de presse (photo du bas) ; et ils n'étaient que quelques dizaines de milliers dans le cortège du Hezbollah, à crier leur rage comme les femmes aux noires tenues de corbeaux de la photo du haut.

J.C