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29 juin 2008

Elimination d'Imad Mughniyeh : une "avance sur contrat" ?

La dernière photographie connue d'Imad Mughniyeh

Dès le lendemain de l'assassinat à Damas du numéro deux du Hezbollah, l'archi-terrorisye Imad Mughniyeh, recherché par les polices de 40 pays, le site "mediarabe.info" soulevait une hypothèse audacieuse, celle de la complicité des autorités syriennes (lire en lien ici). Mais pourquoi ?
Ce matin, j'ai donc rappelé cet évènement mystérieux lors de mon direct avec le journaliste franco-libanais Chawki Freiha. Et je dois reconnaitre que l'hypothèse proposée à nos auditeurs était vraiment troublante ... je tenais donc à vous en faire profiter, en publiant ici un extrait de l'émission !

Jean Corcos :
On est en gros, arrivé à un tournant géopolitique dans la région, avec en toile de fond un choc très violent et qui semble inévitable avec l’Iran : dans ces conditions, détacher la Syrie de l’Iran est un objectif stratégique, sur lequel d’ailleurs il semble que sont d’accord à la fois les Américains, la France et Israël (...) Est-ce que vous croyez que à Damas il y ait deux camps, et là je me réfère à une analyse récente du journal londonien "Al Qods Al Arabi", qui évoque un conflit entre les "Colombes" menées par le nouveau ministre des affaires étrangères Walid Moualem, et les "faucons", menés par le vice président Farouk al-Shara ?

Chawki Freiha :
Écoutez, c’est une plaisanterie qui me fait rire depuis les années 80, on entend parler de choses qui bougent en Syrie. Je pense que c’est un jeu de rôle orchestré par le Baas qui veut faire miroiter un changement, une ouverture, une démocratisation, mais comme je vous l’ai dit une fois ou deux, comme nous l’avons écrit, "on mange l’appât" et qu’est-ce qu’on fait avec l’hameçon ? Vous connaissez la suite ...

Jean Corcos :
Mais est-ce qu’il n’y a pas des débats ? Bon, peut-être pas comme on peut en imaginer dans une démocratie parce que le régime baassiste est un système opaque, mais enfin des conflits relativement violents. Je pense par exemple à l’assassinat lui aussi très mystérieux à Damas du numéro deux du Hezbollah, Imad Mughniyeh : vous-même vous avez dit sur votre site qu’il était impossible qu’il n’y ait pas eu de complicités au sein de la sécurité syrienne.

Chawki Freiha :
Absolument ...

Jean Corcos :
Mais alors pourquoi a-t-il été assassiné ?

Chawki Freiha :
C’est une avance sur la facture. Parce qu’il faut se mettre dans la tête que si Israël et la Syrie se mettent à négocier la paix, il y aura des exigences, chacun aura une facture à payer. Israël devra se retirer du Golan, et la Syrie devra neutraliser le Hezbollah au Liban. La Syrie, en assassinant Mughnieyeh ...

Jean Corcos :
Cela a été une avance sur contrat en fait ?

Chawki Freiha :
Une avance sur contrat. Cela prouve la capacité de la Syrie d’aller plus loin dans le démantèlement du Hezbolah. La Syrie a les moyens. Tout ce qui se passe aujourd’hui au Liban laisse présager un bain de sang qui va permettre à la Syrie de revenir avec un mandat pour neutraliser tous les protagonistes.

J.C

14 février 2008

Le Liban au seuil de l'implosion


Femmes chiites manifestant leur douleur lors des obsèques
du chef terroriste Imad Mughniyeh
(Beyrouth 14 février 2008, photo AP)


La manifestation de la majorité, le jour anniversaire
de l'assassinat de Rafiq Hariri
(Beyrouth 14 février 2008, photo AFP)

Rarement le petit Liban n'aura semblé autant écartelé entre deux destinées, deux choix possibles pour son avenir ... Ce jeudi 14 février, la majorité anti-syrienne qui soutient le gouvernement avait prévu une grande manifestation, en commémoration de l'assassinat de l'ancien Premier Ministre Rafiq Hariri : au delà de cet anniversaire, le but était d'exprimer à la fois son désir d'indépendance, son refus de la terreur - après la vague d'attentats subie depuis trois ans - et son "ras le bol" devant le blocage institutionnel de l'opposition (Hezbollah allié au C.P.L du Général Aoun), opposition qui empêche l'élection d'un nouveau Président de la République. J'avais rappelé ce contexte politique à l'occasion du "mois du Liban" sur le blog (voir en libellé).

Par un hasard de calendrier, le Hezbollah enterrait aujourd'hui en grandes pompes un des plus sinistres chefs terroristes de l'Histoire contemporaine, Imad Mughniyeh. Celui qui est présenté aujourd'hui comme son chef militaire, et qui a eu droit à des discours élogieux et à la venue du Ministre des Affaires Étrangères d'Iran, avait été dans le passé soigneusement mis à l'écart de la communication de la milice chiite, en raison de son lourd passé, depuis les attentats contre la force multinationale dans les années 80 jusqu'aux attentats de Buenos Aires dans les années 90, en passant par les enlèvements d'occidentaux au Liban : il avait des centaines de vies innocentes sur la conscience ! Il était sûrement plus pratique d'accuser Israël de sa liquidation : mais le site mediarabe.info, en lien permanent, évoque une piste syrienne et rappelle comment fut liquidé par exemple dans le passé Elie Hobeika, devenu gênant pour Damas. L'avenir nous apprendra, plus ou moins rapidement, la vérité sur la fin de ce terroriste de gros calibre ; et il nous dira aussi, hélas, quand et comment le Hezbollah se vengera (Hassan Nasrallah, qui ne doit pas se sentir très à l'aise depuis deux jours, a prophétisé la fin proche d'Israël, rien que cela !)

Mais revenons aux deux manifestations de ce jeudi 14 mars, et là, une nouvelle fois, nos télévisions auront peu insisté sur l'essentiel : le succès de l'une et le caractère somme toute modeste de l'autre. Malgré le froid et la pluie, la foule était immense dans la manifestation du "mouvement du 14 mars", un rassemblement de plus d'un million de personnes d'après plusieurs agences de presse (photo du bas) ; et ils n'étaient que quelques dizaines de milliers dans le cortège du Hezbollah, à crier leur rage comme les femmes aux noires tenues de corbeaux de la photo du haut.

J.C