Notre radio

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16 février 2020

Libye, demain une nouvelle Syrie ? Mustapha Tossa sera mon invité le 23 février

A gauche : le maréchal Khalifa Haftar. A droite : Fayez al-Sarraj

De l’autre côté de la Méditerranée se déroule une guerre civile dans un pays presque oublié, la Libye. Après la chute de Khadafi en 2011, cet Etat n’a jamais connu de stabilité, avec des luttes entre milices tribales, ethniques ou autres, sans parler d’un début d’implantation du Daech. Mais depuis six ans, c’est une véritable guerre civile qui s’y déroule, et qui oppose le gouvernement de Tripoli reconnu par l’ONU, et celui établi à Benghazi et qui s’appuie sur l’armée du Maréchal Khalifa Haftar.  Je recevrai pour en parler un journaliste franco-marocain, Mustapha Tossa, déjà plusieurs fois mon invité. Pour rappel, son expertise du monde arabe est très appréciée puisqu’on peut le voir sur des chaines de télévision internationales

J’ai choisi un titre en forme d’interrogation pour cette interview, « Libye, demain une nouvelle Syrie ? » C’est un titre repris par les médias, car en effet on peut craindre le pire pour ce pays : ingérences de plusieurs puissances étrangères qui soutiennent chacun des camps, menace d’intervention militaire directe de la Turquie, crise humanitaire possible alors que 700.000 migrants sont en transit, et hélas aussi, division des Européens et des Occidentaux.

Soyez nombreux à l’écoute !

J.C
 

13 février 2020

Grande Mosquée de Paris : l'inamovible Dalil Boubakeur laisse sa place




C'est Chems-Eddine Hafiz qui remplace celui qui a démissionné la semaine dernière de l'institution, après 28 ans passés à sa tête.

Il a été une figure de l'islam de France pendant un quart de siècle, sans pour autant faire l'unanimité. Le recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, notable cultivé aux positions parfois controversées, semblait indéboulonnable. 
"Il n'y a pas d'indestructible Boubakeur", ironisait jeudi le recteur dans la salle d'honneur de la mosquée, en passant le flambeau à son successeur Chems-Eddine Hafiz. Et d'ajouter : "La mosquée n'appartient qu'à Dieu, dit le Coran. Elle n'appartient à personne". 

"Père de l'islam de France"

À la surprise générale, le recteur âgé de 79 ans a démissionné la semaine dernière de cette institution vieille de presque un siècle, premier édifice musulman construit en France métropolitaine, à la tête duquel il avait été nommé il y a 28 ans. 
Pour des "raisons personnelles" ? "J'arrive à 80 ans, c'est normal !" de partir, s'est-il borné à déclarer jeudi. Beaucoup de responsables et observateurs avancent en effet "son grand âge" mais aussi des "problèmes de santé" depuis au moins deux ans. 
Son père, Hamza Boubakeur, auteur d'une traduction et d'un commentaire du Coran, avait dirigé avant lui (1957-1982) cette institution religieuse contrôlée par l'Algérie qui la finance pour une large part (1,6 million sur 2 millions annuels de fonctionnement). 
Son titre de recteur a longtemps permis à Dalil Boubakeur d'être le seul interlocuteur, apprécié des pouvoirs publics, pour la communauté musulmane. Il a été ensuite présidé plusieurs fois le Conseil français du culte musulman (CFCM), notamment lors de sa création en 2003 sous l'impulsion de l'Etat par Nicolas Sarkozy, jusqu'en 2008, puis à nouveau de 2013 à 2015. Il en assurait l'intérim depuis juillet en attendant l'élection d'un nouveau président ce dimanche. Au fil des ans, il était "devenu en quelque sorte le père de l'islam de France", affirme Bernard Godard, ancien fonctionnaire au ministère de l'Intérieur, spécialiste de l'islam. 

Controversé sur le terrain

Marié à une Auvergnate, infirmière, cet homme de petite taille aux lunettes fines et au physique tout en rondeur, attaché au dialogue interreligieux, a toujours prôné un islam "du juste milieu", tolérant et respectueux des règles de la société française.  
Mais il était controversé sur le terrain, les jeunes générations de musulmans ne se reconnaissant ni dans sa personnalité ni dans le CFCM, une institution dont il "n'a jamais fait en sorte qu'elle fonctionne vraiment à plein, craignant que cela se fasse aux dépens de la grande Mosquée", affirme Didier Leschi, président de l'Institut européen en sciences des religions.  
Pour autant, au CFCM, il parvenait "à tenir les équilibres" entre Marocains et Algériens, et musulmans de l'ex-UOIF (issus des Frères musulmans), ajoute-t-il. Admirateur de Jacques Chirac, il a obtenu de lui un Mémorial à Verdun pour les soldats musulmans morts pour la France durant la Première guerre mondiale, inauguré en 2006. 
Dalil Boubakeur a eu des sorties fracassantes et des prises de position qui ont pu choquer. En 2007, il estime que les caricatures de Mahomet publiées dans Charlie Hebdo l'année précédente incitent au racisme. La GMP porte plainte contre l'hebdomadaire. Le recteur s'est par ailleurs opposé publiquement aux prêches en français dans les mosquées, rappelant en 2011 que l'arabe est la langue du Coran. En 2013, se défendant d'être homophobe, il condamne l'homosexualité et enflamme Twitter. Plus récemment, il a surpris cet automne en signant un texte du CFCM affirmant que le port du voile est "une prescription religieuse", au moment où le débat sur le voile faisait de nouveau rage. 

L’Express, 19 janvier 2020

11 février 2020

Les noisettes de Ferrero sont en partie cueillies par des enfants en Turquie




Le géant industriel se fournit essentiellement en Turquie où des enfants sont employés pour la récolte, travaillant de longues heures pour un salaire dérisoire.

Ce sont des aliments souvent appréciés par les enfants. Et la jeunesse n'est pas la seule à consommer la pâte à tartiner aux noisettes Nutella, Ferrero-Rocher et autres Kinder, commercialisés par l'entreprise italienne Ferrero. Si ces produits sont connus dans le monde entier, on ignore pourtant qu'entre 70 et 75 % des noisettes du monde proviennent de Turquie. 
Ces noisettes sont principalement cueillies par les migrants, y compris les enfants, qui travaillent une dizaine d'heures sur des pentes raides. Le travail est pourtant interdit pour les moins de 15 ans en Turquie. "On commence à travailler à 6 heures du matin. On a une heure de pause le midi pour déjeuner", explique une adolescente de 15 ans à franceinfo. Comme le précise franceinfo, les enfants représentent 8, 5 % de la main-d'oeuvre.  
La plupart des cueilleurs sont des migrants saisonniers originaires des régions pauvres du sud et de l'est de la Turquie, principalement des Kurdes. Ils travaillent pour un salaire très bas, rapporte la BBC dans une enquête.  

Un salaire dérisoire

Le salaire officiel fixé par les autorités locales est en effet de 95 lires par jour, soit 15 euros. Calculé sur une base horaire, c'est moins que le salaire minimum net officiel turc de 2020 lires par mois, soit 321 euros, pour une semaine de 40 ou 45 heures.  
Mais à ce salaire, il faut retirer le montant d'une commission de 10 % payée à l'entrepreneur en main-d'oeuvre qui amène les cueilleurs, ainsi que le prix du billet aller-retour jusqu'à son domicile, précise la BBC, qui a suivi une famille pour son enquête. Il ne lui resterait donc plus que 50 lires, soit à peine 8 euros par jour. "J'emmène mon enfant de 11 ans au travail sinon je ne ramène pas d'argent à la maison", déclare un travailleur saisonnier interrogé par franceinfo. 
La Turquie compte environ 400 000 vergers familiaux de noisetiers, note la BBC. La plupart sont minuscules, quelques hectares. Au bout de la chaîne d'approvisionnement souvent complexe se trouvent des marques de confiserie turques et internationales bien connues, dont Ferrero. Ferrero achète environ un tiers de toute la récolte turque et produit 360 000 tonnes de Nutella chaque année. 

Ferrero "déterminé à prévenir et à éliminer le travail des enfants"

Interrogé par le Guardian, qui a publié l'enquête de l'ONG WeMove Europe, Ferrero a reconnu être au courant du travail des enfants turcs dans le secteur agricole mais a déclaré qu'ils étaient "déterminés à prévenir et à éliminer le travail des enfants tout au long de nos chaînes d'approvisionnement".  
Ferrero a également précisé qu'elle ne possédait ni ne gérait de fermes de noisettes en Europe. "La complexité de la chaîne d'approvisionnement des noisettes signifie qu'elle ne peut pas être transformée par un seul acteur", a déclaré un porte-parole de Ferrero interrogé par le Guardian. "La coopération est absolument essentielle pour s'attaquer au problème du travail des enfants", a ajouté Ferrero. 
Sur son site Internet, Ferrero, précise que "la traçabilité est essentielle pour garantir les normes de qualité de la production et des produits". L'objectif de l'entreprise est de rendre ses noisettes 100 % traçables d'ici 2020. Mais, selon son dernier rapport daté de 2018, il n'a atteint actuellement que 39 % de traçabilité.  
Dans une pétition, WeMove Europe, partenaire de Center for Child Rights en Turquie, qui a récolté cet été des preuves vidéo du travail des enfants, "exhorte Ferrero à mettre fin immédiatement au travail des enfants et à soutenir un prix juste et équitable des noisettes turques afin que les travailleurs perçoivent un salaire décent".  

L'Express, 24 décembre 2019