09 juillet 2020

Encore une pause sur le blog

Plus de trois mois de publications sans temps d’arrêt …
Reprise des émissions, avec une série « Coronavirus » dont je vous ai régulièrement informés …
Il est temps de m’accorder un petit repos sur le blog. Rendez-vous donc, si tout va bien, le jeudi 23 juillet : portez-vous bien !

J.C


07 juillet 2020

« Nombre de pays pauvres livrent une double bataille : contre le Covid-19 et contre la récession venue du Nord »


Chronique. Au début, le virus a fait un choix « social » si l’on peut dire : le Covid-19 a frappé prioritairement le monde riche. Certes, la Chine reconfine ces jours-ci à Pékin, mais l’ensemble des pays les plus développés sortent, cahin-caha, de la tourmente sanitaire.
Ce n’est pas le cas au « Sud ». Nombre de pays en voie de développement, et certains parmi les plus pauvres d’entre les pauvres, livrent aujourd’hui une double bataille – contre un coronavirus encore en pleine toxicité et contre la récession venue du Nord. Situation inédite depuis des dizaines d’années dans le monde, la lutte contre la pauvreté recule.
Face à la pandémie, les profils au Sud restent très divers. Certains des pays à économies émergentes – Inde, Brésil – sont durement touchés, mais aussi l’Afghanistan, le Pakistan, le Népal, le Pérou. Peut-être protégée par sa jeunesse, l’Afrique semble relativement épargnée, mais pas partout. Ailleurs, comme au Machrek (Irak, Syrie, Liban, Jordanie et Palestine), le mélange Covid-conflits-récession provoque ou entretient des drames humanitaires sans fin.

Les chiffres ne disent qu’une part de la réalité. La Banque mondiale annonce pour 2020 une contraction de la richesse globale de 5,2 % se répartissant ainsi : − 7 % pour les pays développés (dont − 9,1 % pour la zone euro) et − 2,5 % pour les pays en développement. Epargnés, ces derniers ? Nullement. L’estimation de la Banque mondiale rend mal compte de ce qu’ils vivent ou vont vivre : l’impact cumulé d’une série de maux qui les frappent plus particulièrement. Au bout de cette spirale d’avanies, il y a l’extension du domaine de la faim, l’explosion de la dette et la perspective de forts troubles intérieurs.
Grand manitou de la macroéconomie au quotidien Financial Times, Martin Wolf observait récemment que l’économie mondiale allait en 2020 connaître le « choc le plus profond jamais enregistré en temps de paix depuis cent ans » : « Il pèsera plus sur les plus fragiles que sont les économies émergentes ». Il y a plusieurs raisons à cela.

Sans grande capacité d’emprunt

Quand il s’agit de combattre simultanément le virus et la récession, l’absence d’Etat-providence – inexistant ou embryonnaire au Sud – se fera cruellement sentir. Dans un pays comme l’Inde, l’une des plus brillantes des économies du groupe émergent, la part de la richesse nationale consacrée à la santé ne doit pas dépasser 2 % du produit intérieur brut (PIB) – comparés aux 11 % en Allemagne ou en France.
La situation est semblable au Pakistan. Elle est catastrophique en Afghanistan, dépourvu de l’esquisse même d’un Etat social et qui doit affronter virus, guerre et effondrement économique. En cascade et conséquence de la chute de la croissance au Nord viennent s’ajouter, pour nombre de pays du Sud, la diminution ou l’arrêt des contributions des expatriés, la baisse des cours des matières premières et, au Maghreb ou en Asie du Sud-Est, le coup porté au tourisme. L’ensemble pèse d’autant plus fort sur des Etats souvent déjà lourdement endettés et, contrairement à ceux du Nord, sans grande capacité d’emprunt.
La crise due au coronavirus est une catastrophe qui « remet en cause la réduction de la pauvreté à l’œuvre depuis un quart de siècle », écrit, dans Les Echos, la professeure Akiko Suwa-Eisenmann, de l’Ecole d’économie de Paris.
Le chef des économistes du Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU, Arif Husain, sonne l’alarme dans le New York Times : « une crise globale de la faim » menace. Ici et là, en Afrique ou ailleurs, s’installe, selon lui, une « situation de sous-alimentation aiguë qui va sans doute toucher quelque 250 millions de personnes ». Manière technocratique de dire que la famine rôde alentour ?
Arif Husain observe encore : « Phénomène constant dans l’histoire, quand des peuples sont confrontés à la guerre, à des désastres naturels ou à la faim, ils émigrent (…) et ce sera le cas aujourd’hui, il faut s’attendre à une très probable nouvelle vague de réfugiés. »

Une certaine forme de démondialisation

Dans les pays émergents et dans ceux qui sont en voie de développement, la lutte contre le Covid-19 et la crise économique supposerait, estime l’ONU, de mobiliser 2 500 milliards de dollars (environ 2 200 milliards d’euros). Le virus détruit les finances publiques des plus pauvres – c’est le cas en Equateur, en Zambie, en Jamaïque, au Tchad, en Bolivie, au Zimbabwe, mais aussi au Liban. Ces pays sont déjà massivement endettés, avec des pourcentages exorbitants de leur budget consacré à la dette.
En Afrique subsaharienne, le service de la dette représente une somme supérieure à celle consacrée à la santé. Des institutions comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) peuvent allonger les maturités. Vingt des plus riches des pays prêteurs ont déclaré un moratoire sur les remboursements. Certaines dettes seront annulées.
Mais nombre de pays du Sud, profitant de la faiblesse des taux d’intérêt, se sont endettés auprès d’institutions privées. On compte ici en milliards de dollars. Les prêteurs privés ne seront pas aussi accommodants que les autres. Beaucoup de ces dettes arrivent à maturité. Le FMI et la Banque mondiale s’attendent à un nombre record de pays se déclarant simultanément en défaut de paiement.
A plus long terme se profile peut-être la menace d’une certaine forme de démondialisation, à tout le moins de rerégionalisation des chaînes de valeur et du commerce mondial. Le groupe des pauvres et des émergents est dans le collimateur : son développement est lié à la globalisation économique. Celle-ci a créé des pauvres au Nord, mais elle a réduit comme jamais l’extrême pauvreté dans les pays en voie de développement.
Chez ceux-là, avec plus d’impatience que partout ailleurs, on attend le vaccin ou quelque autre remède. Il faudra produire à des milliards d’exemplaires. Et distribuer gratuitement.

Alain Frachon,
Le Monde, 18 juin 2020

05 juillet 2020

Covid-19, n’enterrons pas trop vite l’Occident : Hakim El-Karoui sera mon invité le 12 juillet



Dimanche prochain, mon invité sera Hakim El Karoui. Pour rappel, j’ai déjà eu souvent le plaisir de le recevoir à mon émission ; c’est un consultant, directeur d’une société de conseil stratégique et « senior fellow » de l’Institut Montaigne. Il a écrit le 29 avril pour cet institut un article percutant intitulé « COVID-19, n’enterrons pas trop vite l’Occident ». Il démonte une sorte de consensus qui prédit que la Chine va en sortir grandie, les Etats-Unis diminués et l’Europe plus affaiblie que jamais.

Parmi les questions posées à mon invité – l’émission a déjà été enregistrée il y a quelques semaines : pourquoi cette image de force et de réussite donnée par la Chine pour sa gestion de l’épidémie ? Vous le dites bien, Donald Trump comme les autres populistes, a très mal géré la crise du COVID-19 ; pourtant, vous restez très optimiste sur la capacité du pays à rebondir rapidement : comment expliquer votre optimisme ? A propos de l’Europe, il y a deux éléments dont vous ne parlez pas dans votre article : d’abord le choc moral, en particulier en France, ce qui peut renverser la table dans deux ans ; et puis il y a, face à la Chine, l’inexistence d’un vrai front occidental que refuse Trump : que faut-il en penser ?

Soyez nombreux à l’écoute !


J.C