Notre radio

Notre radio

17 novembre 2019

Un blog n’est pas une radio : suivez-moi sur Twitter !


Je ne connais pas grand-chose du profil de celles et ceux qui atterrissent sur ce modeste blog, sauf – à partir des statistiques du compteur interne – qu’une écrasante majorité arrive par une recherche quelconque sur Google ; ou à partir d’une image provenant aussi de ce moteur de recherche. Ils ne savent pas grand-chose de l’objet et du contenu de mon adresse, et en repartent satisfaits ou déçus, j’imagine en ne revenant pas pour la plupart. Autre catégorie que je repère facilement : les entrées à partir de Facebook. Là aussi les choses sont claires : j’utilise de moins en moins ce réseau social – voir plus loin ce que j’écris à propos de Twitter, le grand concurrent. Mais j’y ai quelques centaines « d’amis », qui ne me lisent pas régulièrement pour leur grande majorité, mais qui risquent quand même d’être informés par les liens que j’y mets : présentations d’émissions, articles, les deux publiés sur mon blog. Ainsi viennent me lire des personnes déjà prévenues que « mon blog n’est pas un radio ».

Et j’en viens à une catégorie qui doit exister et probablement tout mélanger : sous prétexte que le blog s’intitulé « Rencontrejudaïquesfm », certains imaginent y trouver le commentaire en ligne de l’actualité. Et vus l’objet de la publication – qui reste le monde musulman, même si la thématique de mon émission s’est élargie – et le public majoritairement prévisible – juif, comme notre station – les mêmes me reprocheront de ne pas traiter de l’actualité au fil de l’eau : ils seront donc étonnés et furieux de ne rien lire, par exemple cette semaine, sur la mini-guerre entre Israël et le Djihad islamique ; ou sur la manifestation contre l’islamophobie de dimanche dernier, avec les honteux rapprochements avec l’étoile jaune sous l’Occupation.

Que leur répondre ? Que cela fait longtemps que l’écrasante majorité des blogs « durables » traitent l’actualité avec du recul et des articles de fond, comme ceux que je reprends ici ; et que l’on peut aller sur des sites d’actualité donnés ici en liens permanents. Et surtout, qu’il y a longtemps que « l’ère du 2.0 » est terminée, avec les réseaux sociaux où les nouvelles sont parfois révélées et en tout cas furieusement commentées par les profils utilisateurs, anonymes ou pas.

Et c’est là que j’en viens à un nouveau lien permanent donné sur ce blog, en colonne de gauche : celui vous permettant d’accéder à mon compte Twitter @rencontrejfm : là-bas, je reprends les actualités et je les commente, certains jours presque au fil de l’eau ! Vous pouvez y venir de temps en temps, ou vous abonner en rejoignant les centaines de followers qui m’ont rejoint depuis le début de l’année. Twitter est moins « communautaire » que Facebook, il est surtout utilisé de préférence par ceux qui « comptent », journalistes, politiques et influenceurs divers. Et il a une logique bien plus réactive que FB, déjà un peu dépassé comme le fut le 2.0

Merci pour vos lectures et vos partages, ici ou ailleurs !

J.C

14 novembre 2019

En Algérie, les casseroles de la colère


Depuis le déclenchement, fin février, de la protestation en Algérie, le concert d’instruments culinaires, comme les casseroles ou les mortiers, s’est imposé comme une arme de mobilisation.
Le bruit devient assourdissant. D’une semaine sur l’autre, la colère algéroise se fait plus sonore. Sous les cris des manifestants qui scandent leur colère contre le général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée et homme fort du pays, perce un concert de sons étonnants. Ni klaxons, ni youyous habituels. Un véritable tintamarre de cuivre, de fonte et d’inox.
Depuis quelques semaines en Algérie, les instruments culinaires ont investi la rue, passés de la cuisine au cœur de la contestation politique ! Les jours de mobilisation contre le régime, le bruit des louches percutant les casseroles et des pilons frappant les mahras, ces mortiers dont les Algériens se servent pour écraser les aliments, résonnent désormais dans les rues de la capitale.
L’objectif est simple mais efficace : produire le maximum de bruit. Comme à Béjaïa, en Kabylie, où, le soir du 17 octobre, des manifestants ont frappé sur des casseroles pendant trente minutes devant les locaux de l’administration de la ville. Selon Frédéric Vairel, professeur à l’université d’Ottawa et spécialiste des mouvements sociaux, les manifestants souhaitent se faire entendre de manière non violente, face à un pouvoir devenu « sourd » à leurs revendications. Ils espèrent aussi que la centaine d’Algériens placés en détention depuis l’été pour leurs opinions hostiles au régime pourront, derrière les murs épais de leur cellule, entendre ce message de solidarité.

Une tradition remontant aux années 1960

L’idée n’est pas nouvelle. Au début des années 1960, les Algériens indépendantistes jouaient, eux aussi, de cet instrument, rappelle le professeur à l’université d’Ottawa, afin de protester contre la répression violente orchestrée par les autorités françaises, dont ils étaient victimes. La bataille autour de l’objet culinaire faisait rage à l’époque, puisque, dans le camp adverse, les partisans de l’Organisation de l’armée secrète, une organisation politico-militaire clandestine française hostile à l’indépendance de l’Algérie, et une partie des pieds-noirs ont, eux aussi, empoigné le manche de la casserole. En 1961, les Français installés en Algérie ont manifesté bruyamment, depuis leur terrasse ou leur balcon, contre la politique d’autodétermination voulue par le Général de Gaulle. « Cela a duré deux heures sans une seconde d’interruption », décrit même, dans son Journal 1955-1962 (Seuil, 1962), l’auteur algérien Mouloud Feraoun.
Il n’est pourtant pas certain que « ces épisodes, vieux de près de soixante ans, soient parvenus à traverser les générations et influencer les manifestants de 2019 », estime Benjamin Stora, professeur à l’université Paris-XIII et spécialiste du Maghreb contemporain. Insistant sur le côté « joyeux » et « pacifique » de ces concerts, l’historien voit davantage dans cette forme de mobilisation l’influence des supporteurs de football, habitués à taper sur des caisses métalliques et des tambours dans les tribunes des stades.
« Le football et la politique sont deux univers étroitement liés depuis longtemps en Algérie. Auparavant confinée dans les stades, où les ultras des grands clubs du pays pouvaient s’exprimer à travers des chants, comme La Casa Del Mouradia, l’expression politique est désormais descendue dans la rue de manière plus importante depuis le début du mouvement en février », explique M. Stora. « Dans un pays où les lieux de sociabilité, tels que les salles de concert ou de théâtre, sont peu nombreux, manifester permet, au-delà de la lutte contre le régime actuel, de faciliter les rencontres entre des Algériens qui ne se connaissaient pas auparavant. » Une partie des manifestants perpétuerait donc, selon le spécialiste, cette tradition « festive » issue des tribunes en frappant sur des mortiers et des casseroles.

« Les casserolades se sont aujourd’hui mondialisées »

Brandis à bout de bras par les contestataires, ces « objets du quotidien », selon les mots d’Emmanuel Fureix, professeur en histoire contemporaine à l’université Paris-Est-Créteil, sont devenus, au fil du temps, de véritables outils d’opposition. Se rattachant auparavant à la tradition médiévale du charivari, tapage organisé par des jeunes homme destiné à humilier un veuf remarié avec une jeune fille du village, ou encore un mari cocu, les « casserolades » ont peu à peu perdu leur fonction de régulation du marché matrimonial au profit d’une utilité plus politique, relève M. Fureix.
Les premiers à les mettre en pratique furent les Français. Au début de la monarchie de Juillet, dans les années 1830, les adversaires du régime de Louis-Philippe, à l’instar des républicains, ont emprunté ce rituel pour signifier leur mécontentement et organiser une véritable « campagne nationale de concerts de casseroles ». Une idée toujours d’actualité, près de deux siècles plus tard…
« Cette petite innovation dans un halo de modes d’actions, propre aux manifestations, tels que les sit-in ou les grèves générales », selon Frédéric Vairel, le professeur à l’université d’Ottawa, s’est très rapidement diffusée grâce aux nouvelles technologies. « Les jeunes Algériens utilisent beaucoup les réseaux sociaux et copient, un peu par mimétisme, d’autres révoltes actuelles, comme celle de Hongkong », analyse M. Stora. « Les casserolades se sont aujourd’hui mondialisées et sont quasiment devenues un phénomène inscrit dans la culture politique, à droite et à gauche. On les retrouve aussi bien en Islande, lors de la révolution de 2008, en Espagne, chez les indépendantistes catalans, au Venezuela, parmi les opposants à Nicolas Maduro, et en Algérie », ajoute M. Fureix.
Ces concerts inhabituels veulent se démarquer par leur simplicité des regroupements plus traditionnels avec affiches, banderoles et représentants de syndicats. Cette méthode de contestation peut séduire un auditoire plus large. « Une casserole est un ustensile simple et populaire que l’on possède à peu près tous dans sa cuisine. » Cependant, « son utilisation peut être perçue par certains comme délivrant un message moins clair ou moins explicite qu’un slogan », nuance M. Fureix. Reste à savoir si cette innovation, apparue il y a peu de temps lors de la mobilisation algérienne, s’inscrira dans la continuité, s’interroge M. Vairel.

Raphaël Dupen

Le Monde, 1er novembre 2019

12 novembre 2019

Les identités meurtrières : un colloque d’actualité à l’Ecole Normale Supérieure, les 21 et 22 novembre


L’Institut de recherche et d’études sur les radicalités (INRER), a été fondé et présidé par la journaliste indépendante Isabelle Kersimon, soutenue dès le début par plusieurs universitaires de qualité. Son site fait partie des nouveaux liens permanents, ajouté à ceux figurant dans la colonne de gauche sur mon blog.

On en trouvera une présentation sur ce lien
Extrait : « L'INRER est une association, constituée de journalistes, chercheurs, spécialistes, professionnels, sensibles aux problématiques qui agitent notre société, et, par conséquent, à l’idéologie et aux discours radicaux. L'INRER observe au long cours et en profondeur les tendances idéologiques liés à différents phénomènes de radicalités sociétales, politiques et religieuses. »

Je me reconnais totalement dans cette démarche, conscient que les sociétés européennes – et particulièrement les juifs – sont pris en étau entre deux radicalités : celle des islamistes militants, qui par des démarches sournoises ou terroristes s’attaquent aux fondements même de notre République ; et celle de l’ultra-droite dans toutes ses nuances – identitaire, raciste, antisémite, violente – dont les discours et passages à l'acte nous menacent également. Chaque radicalité alimente en fait l’autre, et profite d’une vision binaire et manichéenne du monde amplifiée par les réseaux sociaux.

L’INRER a déjà réuni des conférenciers au cours des premières années d’existence. Mais c’est la première fois qu’un colloque de grande ampleur est proposé. Il est intitulé "Les identités meurtrières dans l’Europe du XXIème siècle", et aura lieu à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm les 21 et 22 novembre : lire ici.
Son programme sera particulièrement riche : « Etat des lieux des identitarismes en Europe » ; « Radicalité islamiste et haines antimusulmanes » ; « Problématiques informationnelles à l’ère des réseaux sociaux » ; « L’antisémitisme au XXIème siècle » ; « Devoir de mémoire et avenir de l’universel ».

Inscription obligatoire par mail à l’adresse : institutinrer@gmail.com

J.C