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15 novembre 2005

Territoires perdus de la République


"Les territoires perdus de la République"
Collectif sous la direction d'Emmanuel Brenner
(Editions Mille et une nuits, prix : 12 E)



Aujourd'hui, lorsque l'on parle des "territoires perdus de la République", le grand public pense aux centaines de banlieues où l'ordre républicain doit être rétabli : la quasi-totalité des effectifs de CRS y est affectée, et ils représentent un tiers des forces de police et de gendarmerie réquisitionnées à cette fin ... il s'agit d'endiguer l'incendie qui a commencé en France depuis presque trois semaines, et peu à peu la Loi semble s'imposer !

Mais cet incendie avait commencé à couver depuis des années, et le livre "Les territoires perdus de la République" en était l'annonce quasi-prophétique. Cette violence féroce des casseurs, souvent mineurs, d'innombrables enseignants dans le cités l'avaient vécue, et certains avaient osé en parler dans cet ouvrage. J'avais reçu le 16 novembre 2003 Joseph Hattab, professeur en banlieue parisienne, et Barbara Lefebvre, professeur et co-auteur du livre. Tous deux avaient témoigné du laxisme ambiant, du sexisme d'une partie des élèves , de leur antisémitisme rampant ou ouvert, de l'infiltration des islamistes mais surtout - et je me souviens de ma colère quand nous en avions parlé - de la passivité voire même de la complicité de certains professeurs. Incurie de l'Education Nationale qui a laisse se déliter la discipline depuis des années, et qui a envoyé "au casse-pipes" de jeunes enseignants mal préparés ? Inadaptation des programmes, conçus pour les enfants bien élevés de la bourgeoisie française et ne répondant absolument pas aux besoins de formation culturelle et professionnelle des milieux les plus défavorisés ? Idéologie de certains syndicats du corps enseignant, qui ont par endroit instrumentalisé le conflit israélo-palestinien en suscitant des vocations de "fedayins" parmi leurs jeunes élèves ... qui exercent aujourd'hui leurs talents à coups de cocktails Molotov ? Regardons bien ces images d'écoles incendiées, que les Français éberlués n'arrivent pas à expliquer : une révolution où on brûle des livres, c'est une révolution qui rappelle d'autres horreurs ...

Au delà des problèmes douloureux vécus par de très nombreuses familles juives qui ont du se tourner depuis quatre ans vers l'enseignement privé pour préserver leurs enfants, cette faillite de l'école concerne l'ensemble des populations issues de l'immigration et vivant dans les cités "oubliées" : 150.000 jeunes sortis chaque année du système scolaire sans aucun diplôme, une démission générale des parents dans certains quartiers, tout cela était connu, analysé, quantifié depuis longtemps. Les problèmes liés à l'enseignement dans les "quartiers sensibles" ont fait l'objet d'un rapport de l'Inspection Générale de l'Education Nationale, le rapport Obin paru en juin 2004 (cliquer ici pour le lire en version pdf). La télévision n'en avait pas parlé, bien entendu, et aujourd'hui la réalité explose au visage des politiques ... et des journalistes "bobos" qui sont soit encore jeunes et célibataires, soit parents d'enfants scolarisés dans les beaux quartiers ! 

J.C