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20 février 2020

Paris : Des intellectuels arabes réclament la fin du boycott d’Israël


La rencontre a eu lieu ce mardi, en présence d’une dizaine de membres du Conseil arabe pour l’intégration régionale, qui demande une normalisation des relations avec Israël

Une dizaine de membres du Conseil arabe pour l’intégration régionale, qui rassemble des intellectuels, des professeurs, des artistes, des scientifiques, des avocats ou encore des activistes de quinze pays, s’est rassemblé ce mardi à Paris, à l’Assemblée nationale.

L’initiative, née en novembre dernier, vise à normaliser les relations avec Israël, à condamner le boycott dont fait l’objet le pays et à proposer une alternative arabe à celles que proposent le Fatah, qui dirige l’Autorité palestinienne (AP), et le groupe terroriste palestinien du Hamas, à la tête de Gaza.
En arabe, accompagnés d’un traducteur et malgré les risques personnels que peut représenter leur Conseil, ils ont ainsi tenté de convaincre les parlementaires français présents de la nécessité de la fin du boycott, qui représente selon eux un énorme manque à gagner à la fois pour les Palestiniens que pour les pays arabes voisins, et de leur nécessaire condamnation du mouvement BDS.

Eglal Gheita, avocat égypto-britannique et membre du Conseil, explique que ce boycott, devenu « un modèle répandu dans le monde arabe » cause un « affaiblissement et une fracture de la région, accélérant la désintégration de la Syrie, de l’Irak, de la Libye et du Yémen ».
Mohammed Dajani al-Daoudi, professeur palestinien, appelle lui à « des collaborations entre universités pour étudier la possibilité d’une issue pacifique au conflit israélo-palestinien ». « Il ne faut plus penser uniquement en termes de haine entre les peuples », ajoute-t-il.
Mohamed Anouar Al Sadate, neveu de l’ancien président égyptien Anouar el-Sadate, à l’origine des accords de Camp David qui ont scellé la paix entre Israël et l’Egypte, explique lui être « fortement opposé au plan proposé par Donald Trump, bien sûr, car il n’est pas équitable ». Mais, soutenant une nouvelle approche avec Israël, il ajoute « ne pas approuver non plus la réaction de Mahmoud Abbas. Nous aurions dû prendre ce qu’ils nous proposaient déjà, et négocier pour obtenir jusqu’à deux fois plus ! Et si nous n’avions pas trouvé un meilleur accord, nous aurions pu le rejeter ensuite ». Il dit également vouloir une « paix chaude » avec Israël, et non une « paix froide » comme celle signée il y a 40 ans entre les deux pays.
Le scientifique Oussema Selmi a lui regretté que « [ses] recherches ne puissent aboutir que [s’il] les met en corrélation avec celles de spécialistes israéliens. Mais le gouvernement tunisien veut rétablir une loi qui qualifie de traître toute personne rencontrant un Israélien. Une loi assortie d’une peine de prison. »
Sami Al-Nesef, ancien ministre koweïtien de l’Information, a déploré que des « lois interdisent les contacts humains entre les Arabes et les citoyens israéliens. Ceux qui les violent sont passibles de peines extrêmes pouvant aller jusqu’à l’exécution dans certains pays. Nous pensons que ces lois devraient être abrogées, car elles bloquent les perspectives de paix au Moyen-Orient ». Il a également appelé la France, « allié vital et respecté de tant de pays arabes », à soutenir une loi visant à permettre la pénalisation de propos refusant la paix avec Israël.

Une quinzaine d’élus français étaient présents, et parmi eux le Sénateur et ancien ministre Roger Karoutchi et les députés Claude Goasguen, Meyer Habib, François Pupponi, Constance Le Grip, Rodrigue Kokouendo ou encore Jean-Michel Mis. La conférence a été suivie d’un débat.

En novembre, lors de la naissance du Conseil, ses membres avaient déjà argumenté que les efforts visant à empêcher la normalisation entre leurs nations respectives et Israël avaient fait plus de mal que de bien. Si le nombre exact de membres que compte l’initiative n’est pas connu, il y avait 32 participants initiaux en novembre.
Dans un article d’opinion publié en novembre dans le Wall Street Journal, Eglal Gheita et le journaliste arabe Mostafa El-Dessouki avaient déjà expliqué que « boycotter Israël et sa population n’a fait que renforcer les deux tout en nuisant grandement aux pays arabes – et surtout aux Palestiniens » et que « pour le bien de la région, il n’est que temps d’avancer vers une ère post-boycott ».
Les Arabes, ont-ils écrit, « ont perdu les bénéfices économiques induits par la formation de partenariats avec Israël », comme pour l’obtention des technologies de dessalement et le boycott « a empêché les Arabes de résoudre les tensions entre les Israéliens et les Palestiniens », ne faisant que renforcer des partisans de la ligne dure, comme le Hamas, tout en marginalisant « les Palestiniens qui œuvrent à juste titre et pacifiquement à construire les institutions nécessaires à un futur Etat ».
« Pire encore », ajoutaient-ils, « le boycott régional d’Israël est devenu un modèle d’exclusion et de marginalisation de l’opposition dans le monde arabe. Les divisions ethniques et sectaires se sont durcies ».

À l’étranger, l’initiative du Conseil arabe pour l’intégration régionale a déjà reçu le soutien de Tony Blair, ancien Premier ministre britannique, devenu émissaire du Quartet pour le Moyen-Orient, et du diplomate américain Dennis Ross.
Ce dernier a signé une tribune mardi dans l’Obs dans laquelle il explique lui aussi que « l’absence de liens interpersonnels et de dialogue entre la société civile israélienne et les sociétés civiles du monde arabe ont fortement porté préjudice à la construction de la paix dans la région ».
« La politique arabe de boycott a isolé les citoyens israéliens de la région et inversement les citoyens arabes des Israéliens. Les discussions occidentales sur le sujet ont traditionnellement exprimé un point de vue israélien sur le boycott, ce qui est compréhensible. Mais les membres du Conseil arabe portent une vision plus globale et de ce point de vue novatrice, ajoute-t-il.

Malgré une attitude d’ouverture de plus en plus grande en faveur d’engagements avec Israël dans certaines parties du monde arabe, dans d’autres, l’opposition à de telles éventualités s’est renforcée.
En mars 2019, le ministre d’Etat aux Affaires étrangères des Emirats arabes unis, Anwar Gargash, avait appelé à un « glissement stratégique » dans les liens israélo-arabes, estimant que la décision prise depuis des décennies par le monde arabe de boycotter l’Etat juif avait été une erreur et que ce même boycott avait compliqué les efforts de résolution du conflit israélo-palestinien.
Au mois de juin, le ministre bahreïni aux Affaires étrangères Khalid bin Ahmed al Khalifa avait lui expliqué que son pays reconnaissait le droit à l’existence d’Israël, qu’il savait que le pays était dorénavant définitivement implanté dans la région et qu’il souhaitait faire la paix.
Mais, début 2019, le président tunisien, Kais Saied, élu en octobre dernier, avait pour sa part qualifié les initiatives visant l’établissement de relations avec l’Etat juif de « haute trahison ».
Et les liens avec la Jordanie, qui a signé un traité de paix avec Jérusalem en 1994, se sont également tendus ces dernières années, le premier envoyé du royaume en Israël clamant récemment que l’accord entre les deux Etats devait être réexaminé.

Par Times of Israël staff, 12 février 2020

12 septembre 2019

L’auteur soudanais Hajj Al Warraq : Le zèle religieux tue la créativité et la liberté de pensée – Qui brûle des livres finit par tuer

L'écrivain soudanais Hajj Al Warraq

L’auteur soudanais Hajj Al-Warraq, rédacteur en chef du journal soudanais Horiyat, a déclaré, dans une interview diffusée le 23 juillet 2019 sur la chaîne Alghad (Royaume-Uni), que le zèle religieux est un cancer qui tue la créativité dans le domaine des arts, de la politique et des sciences, et interdit la liberté de pensée.
Donnant l’exemple de l’interdiction au Soudan du livre de l’auteur soudanais Tayeb Salih, Saison de la migration vers le nord, Al-Warraq a averti : « Ceux qui commencent par brûler des livres finissent toujours par brûler des personnes… Ils croient avoir le monopole de la vérité religieuse… Cela finira par des égorgements ». Extraits :

Hajj Al-Warraq : Avec le temps, ce que j’appelle « le zèle religieux cancéreux » se propage. Cette « cellule cancéreuse » ne se contente pas de son territoire défini ; elle s’étend à d’autres domaines. Elle envahit les arts, la politique et les sciences, et essaie les conquérir tous. Le zèle religieux cancéreux altère la vitalité des autres domaines, ce qui les tue. Ce zèle religieux cancéreux pathologique est hostile à la créativité dans le domaine des arts, de la politique et des sciences. Or il ne peut y avoir de renaissance sans créativité. […]
Au Soudan, le livre [Saison de la migration vers le nord] a été interdit. Il n’est pas enseigné dans les facultés de Lettres. Ceux qui commencent par brûler des livres finissent toujours par brûler des personnes. C’est pourquoi le problème ne se limite pas à l’interdiction des arts. Ils interdisent la musique, le chant, la photographie et la sculpture. Ils interdisent aussi la liberté de penser, la liberté de conscience et le débat public. Au bout du compte, parce qu’ils croient avoir le monopole de la vérité religieuse, et du discours dans son ensemble… C’est ce qui finira par mener à des égorgements. Cette situation est très dangereuse, même si elle n’en n’a pas l’air : la privation de la liberté de création artistique, scientifique, etc. Remarquez que ce sont les mêmes qui interdisent la musique et qui traitent d’infidèles ceux qui croient que la Terre est ronde.

Memri, 5 août 2019


11 janvier 2018

Un éditorialiste jordanien : dans leur propre intérêt, les musulmans d’Occident doivent renoncer au terrorisme islamique et promouvoir un islam modéré




Moussa Barhouma (Photo : ammonnews.net)


Dans sa colonne publiée dans le quotidien basé à Londres Al-Hayat, l’éditorialiste jordanien Moussa Barhouma, ancien rédacteur en chef du quotidien jordanien Al-Ghad, dénonce les attentats terroristes perpétrés en Occident par des musulmans extrémistes, qui reflètent selon lui l’ingratitude envers les pays qui ont intégré les immigrants musulmans et leur ont accordé la liberté de culte. Ces pays, ajoute-t-il, ont accueilli les musulmans en vertu de leur croyance naïve selon laquelle toutes les religions défendent la charité, l’amour, le bonheur et la vie, alors que les extrémistes musulmans les récompensent par des attaques meurtrières au nom de l’islam.
Il souligne que les attentats en Occident portent atteinte non seulement à l’image de l’islam, mais aussi aux musulmans résidant en Occident, menaçant leur avenir et les exposant au danger de représailles. Il soutient que ces musulmans sont en partie responsables de cette situation, du fait qu’ils ont adopté une position neutre sur ces attaques, comme si elles n’avaient rien à voir avec eux. Il les appelle par conséquent à cesser de se plaindre de la discrimination et de l’exclusion dont ils sont victimes en Occident, lesquelles ne peuvent en aucun cas justifier l’assassinat de personnes innocentes, et de promouvoir plutôt une interprétation des textes islamiques conforme à la nature tolérante de leur nouvel environnement. Extraits [1] :

L’avenir des musulmans vivant en Occident sera sans aucun doute sombre, tant que les attaques [terroristes] perpétrées en leur nom, que cela leur plaise ou non, continuent de décupler. Aujourd’hui, [les musulmans d’Occident] sont accusés de ce terrorisme, et à l’avenir, cette accusation peut se traduire en actes, du fait que la violence nourrit la violence, et la réaction sera du même type que l’action [à savoir qu’elle prendra la forme de terrorisme dirigé contre eux]. Les musulmans en Occident sont peut-être responsables [de cette situation] … car ils réagissent aux actes de terrorisme en ne faisant rien et en choisissant d’adopter une position neutre, alors même que cette question est existentielle pour eux et qu’elle menace leur paix et leur quiétude, car ils sont regardés comme des inhumains…
Le discours de la discrimination et de l’exclusion [des musulmans en Occident] ne peut d’aucune manière excuser un [incident au cours duquel] un homme de 20 ans écrase des civils, parmi lesquels des enfants, dans un lieu public destiné à flâner et à s’amuser, et non sur un champ de bataille ou au cours d’une activité destinée à empêcher qu’on tire sur des musulmans et qu’on les tue. Quelle justification logique ou raisonnable peut-on apporter au fait qu’une personne – qui prétend à tort être mandatée par Dieu – mette fin à cette [scène] innocente de gaieté humaine et la transforme en funérailles et en étalage macabre et sanglant ?
Les musulmans d’Occident sont responsables de cela, dans une certaine mesure, parce qu’ils ne font aucun effort pour créer une éthique musulmane qui soit adaptée à leur nouvel environnement. L’islam afghan n’est pas adapté à l’environnement européen, car il est fanatique, démagogique et non adapté à l’époque et au lieu. Les partisans de cet islam afghan, et de [formes extrémistes d’islam] similaires, adoptées par les organisations terroristes, ne comprennent pas que les textes religieux sont immuables mais que leur signification évolue, comme l’a indiqué le Prophète lorsqu’il a dit [dans un hadith], « Ô [membres de la] communauté musulmane, vous connaissez le mieux les affaires de votre monde. » Les esprits de ces jeunes hommes victimes de tromperies et d’un lavage de cerveau sont remplis, non pas des nobles valeurs fondamentales de la foi, mais du discours de haine du [dirigeant de l’Etat islamique] Abou Bakr Al-Baghdadi [qui a commencé] à se répandre il y a trois ans… lorsqu’il a déclaré dans son discours, qui a [inspiré] ces criminels impudents, que « les musulmans d’aujourd’hui ont le pouvoir d’écraser et de détruire les fausses idées du nationalisme et de la démocratie ». Le monde envisagé par Al-Baghdadi est le même que celui de Ben Laden, à savoir [un monde divisé en] deux camps : le camp de l’islam et de la foi, et celui de l’hérésie et de l’hypocrisie. [Ce dernier] inclut toutes « les nations et les religions infidèles, et avant tout les Etats-Unis et la Russie, exploités par les Juifs ».
Poser les bases d’une confrontation idéologique de ce discours de haine, et interpréter les textes religieux selon la moralité du nouveau camp [le camp des musulmans d’Occident] exige un grand courage, de la part des religieux et des universitaires actifs dans le domaine public. [Ils doivent] instituer de nouveaux principes de comportement religieux, qui préservent les objectifs de la charia, et s’efforcer de les inculquer dans le cadre de la nouvelle réalité. Sans entrer dans les raisons [de cette situation], on peut supposer que la plupart des musulmans d’Occident pratiquent un islam fondé sur les interprétations du texte qu’ils ont adoptées dans le passé, avant d’émigrer vers les « pays de l’hérésie » – à savoir les pays qui leur ont accordé la liberté de pratiquer leur culte. L’Occident « infidèle » croit en effet que le but de la religion – de toute religion – est d’apporter le bonheur aux gens, de diffuser la grâce et l’amour, d’établir la paix et de défendre la vie ! Ces sociétés occidentales ignorent que cette religion qui vit en leur sein [à savoir l’islam] autorise ses fidèles à tuer des enfants et des gens qui se promènent gaiement [dans la rue] … au moyen de ceintures explosives, de voitures piégées, et de camions qui écrasent tout sur leur passage, sans discrimination et sans pitié.
D’où vient toute cette violence ? Quelle est la source de toute cette cruauté et le puits duquel ces fous puisent leurs nombreuses justifications [soi-disant religieuses] ? Les Occidentaux sont égarés, stupéfaits devant cette étrange religion. De fait, ce n’est pas [du tout] une religion, mais plutôt une idéologie militante destructrice, qui hait la vie et aime les scènes de meurtre, tout comme un assassin malade aime [voir] le sang de ses victimes.
Si les musulmans d’Occident veulent sauver leur vie, ils doivent prendre des mesures radicales pour préserver les textes religieux des interprétations [qu’en donnent] des cheikhs ignares. Autrement, nous ne pouvons pas exclure qu’à l’avenir, ce seront eux qui seront écrasés sous les roues d’un camion, et qu’il ne manquera pas de gens pour se réjouir devant ce spectacle. Car dans le monde fou dans lequel nous vivons, le fantastique et l’imaginaire sont devenus inévitables.


Moussa Barhouma

[1] Al-Hayat (Londres), 6 septembre 2017

Tiré du site memri.fr le 18 octobre 2017