Notre radio

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24 juin 2018

Ahmadiyya, un Islam différent : Naseer Ahmed Shahid sera mon invité le 1er juillet


Nous allons avoir un sujet original pour l’émission de dimanche prochain, puisque nous allons parler d’une branche bien particulière de l’Islam, l’association musulmane Ahmadiyya. Mon invité sera M. Naseer Ahmed Shahid. Il est à la fois conférencier et missionnaire pour la France et plusieurs pays francophones de ce mouvement. On dit « Ahmadiyyat » en arabe, mais son nom original est en ourdou, « Ahmadiyya », car le fondateur de votre mouvement, Mirza Ghulam Ahmad, est né au milieu du 19ème siècle au Penjab, province des Indes Britanniques à l’époque. Et il s’est présenté au monde comme un Prophète subordonné au Prophète Muhammad, mais également comme une deuxième venue de Jésus. Ses adeptes ont créé une communauté, ils sont maintenant plusieurs millions à travers le monde, et leur croyance se définit comme un mouvement réformiste musulman. Ils ont tout de suite été considérés comme hérétiques par les autorités de l’Islam orthodoxe – sunnite comme chiite -, cela a suscité et suscite encore des persécutions dans beaucoup de pays, et on en parlera. Mais, et c’est pour cette raison principalement que j’ai voulu en parler, Ahmadiyya est un aussi un mouvement très ouvert, qui prêche la non-violence, et qui s’est beaucoup investi dans l’humanitaire.   

Parmi les questions que je poserai à Naseer Ahmad Shahid :

-          Qui était Mirza Ghulam Ahmad ? D’après ce que j’ai lu, ce n’est que lorsqu’il a eu une cinquantaine d’années qu’il s’est proclamé « Mahdi », « Guide ». Comment votre tradition raconte-t-elle son cheminement spirituel ? Etait-il un adepte du Soufisme, donc un religieux imprégné de mystique musulmane ?
-          L’Inde est un continent immense, où les religions se sont affrontées, mais en même temps il y a eu des influences réciproques. Il y a une croyance largement partagée là-bas qui est celles des « avatars », des réincarnations de divinités. Et votre guide s’est présenté comme la deuxième venue de Jésus. Concernant Jésus, que dit l’Islam à son sujet ? Que dit Ahmadiyya, parce que c’est tout à fait différent ?
-          Quand on visite le site de votre association, « islamahmadiyya.net », il est clair que vous vous définissez comme musulmans : il y a la mention du Coran comme livre sacré et dernier message divin ; il y a le rappel des cinq piliers de l’islam, la prière, le Ramadan, etc. Et pourtant les autorités musulmanes ne vous reconnaissent pas : alors pourquoi ?
-          Comment répondez-vous à ceux qui tiennent des discours de haine au nom de l’Islam ?
-          Un des éléments qui vous distinguent des courants les plus intégristes de l’Islam, c’est la condition féminine : est-ce que pour votre mouvement, le voile, le tchador ou la burqa sont une prescription religieuse ? Les Femmes ont-elles le droit de travailler ? Ont-elles des droits égaux à ceux des Hommes en cas de divorce
-          Aujourd’hui beaucoup de vos adeptes vivent au Pakistan : combien sont-ils et comment sont-ils traités par les Autorités ? D’autres se sont réfugiés en Inde, combien sont-ils ? Combien êtes-vous en Europe, en France en particulier ? Et au total, qui sont les Ahmadis d’aujourd’hui, où vivent-ils ?
-      La caractéristique de votre mouvement, Al-Ahmadiyya, c’est le caritatif que vous avez particulièrement mis en œuvre en Afrique, dans des pays très pauvres comme le Mali : quel type d’aide avez-vous apportée ? Dans quels pays ? Est-ce que vous vous limitez à des pays musulmans ? Avez-vous été menacés par des organisations terroristes comme l’AQMI ou le Boko Haram ? Et comment réagissent les autorités sur place, n’y a-t-il pas des accusations de prosélytisme et donc parfois de la méfiance ?

Une émission originale, qui je l’espère sera pour vous une découverte comme elle l’a été pour moi !

J.C

22 juin 2018

« Nous demandons à l’Etat d’Israël de reconnaître le génocide des Arméniens »


Dans une tribune au « Monde », un collectif de personnalités françaises, dont Beate et Serge Klarsfeld, Pascal Bruckner et Marek Halter, appelle le gouvernement israélien à surmonter l’obstacle des relations avec la Turquie et à accomplir un geste qui relève d’une éthique des relations internationales.

Tribune.

En 1915-1916, un génocide majeur fut perpétré en Anatolie par le gouvernement Jeune-Turc sur la population arménienne de l’Empire ottoman. Un million et demi d’hommes, de femmes et d’enfants furent exterminés par épuisement lors de marches de la mort dans le désert, par assassinats multiples, viols systématiques ou inanition, des milliers d’enfants étant capturés et convertis de force.

Rescapés, diplomates étrangers, soldats allemands et même — on l’oublie trop souvent — juges turcs au début des années 1920, d’innombrables personnes ont livré témoignage de ce crime de masse que les historiens authentifièrent rapidement et dont s’inspirèrent les juristes internationaux dans leurs travaux sur les crimes contre l’humanité.

Soutien ancien de l’opinion publique israélienne

Nous, militants de la mémoire et du combat anti négationniste, observons avec intérêt la forte progression du nombre de députés au Parlement israélien favorables à la reconnaissance du génocide des Arméniens ; trois (sur cent vingt) en 2000, trente en 2010, une majorité sans doute à présent, y compris le président de la Knesset, l’ancien refuznik [dissident soviétique] Yuli Edelstein.
Cette évolution positive, qui traduit un soutien populaire déjà ancien de l’opinion publique israélienne, doit pousser l’exécutif israélien à cesser de tergiverser et à en prendre acte par-delà les considérations économiques ou diplomatiques ; dans les relations internationales, un impératif moral au moins doit prévaloir : le rejet catégorique des génocides et de leur négation.

Parce qu’il est le pays qui recueillit la majorité des rescapés de la Shoah, parce qu’il a bâti et abrite le plus considérable musée-mémorial dédié à un génocide, parce qu’il a reconnu le génocide des Tutsis rwandais de 1994, nous demandons à l’Etat d’Israël de reconnaître officiellement — aux côtés de nombreux autres Etats, eux aussi démocratiques — le génocide des Arméniens.

Les signataires : 
Benjamin Abtan, président de l’association antiraciste EGAM ; Séverine Benayoun, avocate ; Pascal Bruckner, philosophe ; Alain David, philosophe ; Frédéric Encel, fondateur et animateur des Assises antinégationnistes ; Marek Halter, écrivain ; Pierre Fraidenraich, journaliste ; Valérie Hoffenberg, consultante ; Emmanuelle Hoffman, avocate ; Valérie Igounet, historienne ; Marcel Kabanda, président d’Ibuka-France ; Arno Klarsfeld, avocat ; Beate et Serge Klarsfeld, dirigeants de l’Association des fils et filles de déportés juifs de France ; Benjamin Orenstein, rescapé de la Shoah, président de l’Amicale des déportés d’Auschwitz-Birkenau ; Richard Prasquier, ancien président du CRIF ; Gérard Rabinovitch, directeur de l’Institut européen Emmanuel-Levinas ; Rudy Reichstadt, fondateur et directeur de Conspiracy Watch ; Anne-Marie Revcolevschi, fondatrice du Projet Aladin et ancienne directrice générale de la Fondation pour la mémoire de la Shoah ; Dominique Sopo, président de SOS-Racisme ; Mario-Pierre Stasi, président de la Licra ; Antoine Spire, journaliste ; Yves Ternon, historien ; Meïr Waintrater, ancien directeur de L’Arche ; Régine Waintrater, psychanalyste.

Le Monde, 4 juin 2018

21 juin 2018

Erdogan, le véritable Iznogoud


À chaque nouvel épisode conflictuel, on pense qu’on a atteint le fond avec les Turcs et pourtant ils innovent à chaque occasion pour signifier à Israël que d’alliés, ils sont devenus des adversaires redoutables. On ignore les dessous de la realpolitik israélienne mais l’on demande à comprendre ce qui pousse Israël à être systématiquement le paillasson d’un dictateur, apprenti sultan, qui a été jadis un fidèle ami des Occidentaux. Les insultes sont devenues les seuls éléments de débat. Erdogan n’avait pas hésité à comparer Israël au régime nazi «l’accusant d’avoir surpassé Hitler en matière de barbarie». 

Depuis l’épopée du Mavi Marmara, le charme est rompu. Erdogan ressemble de plus en plus à Iznogoud, l’ignoble vizir qui a une idée fixe : «devenir calife à la place du calife !». Ce faux héros possède tous les défauts cumulés d’un dictateur : cruel, égoïste, colérique et hargneux. Il est prêt à tout pour se hisser au sommet de son pays d’abord, puis à la tête du monde musulman sunnite ensuite. Pour atteindre son objectif, il est prêt à user de la terreur contre son peuple, contre l’armée, contre les journalistes, contre les hommes politiques et enfin contre ses citoyens kurdes. Après avoir touché de substantielles et généreuses indemnités de la part des Israéliens pour les victimes turques qui s’étaient aventurées au large de Gaza, et après avoir senti une certaine faiblesse israélienne à son égard, il préfère à présent user de la matraque. 

On ne s’étonne pas de l’entendre annoncer son soutien au Hamas puisque son parti est une émanation des Frères musulmans : « même si le monde entier ferme leurs yeux, nous empêcherons le déchaînement de la cruauté d’Israël. Nous continuerons à soutenir nos frères et nos sœurs palestiniens non seulement par nos cœurs mais aussi par nos ressources. Nous ne permettrons jamais à Israël de voler Jérusalem ». C’est une constante chez lui de soutenir la violence et les systèmes dictatoriaux. 

La dernière ignominie d’Erdogan est son annonce du 17 mai 2018 précisant que la Turquie avait acheté des matériels électroniques pour les céder ensuite à l’Iran, en violation de la résolution 2231 du Conseil de sécurité de l'ONU qui interdit « la vente de produits et de technologies liés au développement nucléaire ». Or, des condensateurs électroniques ont été revendus pour le programme nucléaire iranien. Une enquête a été ouverte pour analyser le comportement de l’acheteur turc qui a violé les lois de l’ONU. On s’étonne de la grande dose de naïveté de la part des industriels israéliens dont le credo est de vendre à tout prix et de faire du chiffre d’affaires sur le dos de la sécurité d’Israël. 
          
L’attitude d’Erdogan ne justifie plus que l’Israël vende son âme pour des questions d’équilibre de la balance commerciale d’autant plus que les produits importés de Turquie n’ont aucune originalité et peuvent se retrouver partout ailleurs en Europe. Malgré cela, les échanges entre les deux pays ont doublé de 2009 à 2014 selon l’Institut turc des statistiques. De 2,3 milliards de dollars en 2009, ils se sont élevés à 4,9 milliards en 2014 mais ont baissé à 4,1 en 2015 et 3,9 milliards de dollars en 2016. Cette baisse s'explique depuis qu’Israël ne fournit plus l’armée turque. 

Israël importe du fer, de l’acier, des machines électriques, des articles ménagers, des véhicules, des minéraux, du textile et du béton. Israël exporte des produits chimiques, des plastiques, des produits en caoutchouc et du matériel électronique sensible. Pour l’instant, il n’est pas prévu de réduire les échanges, au contraire. 

Une alerte sur les méthodes turques avait été lancée par les Émirats arabes unis qui avaient révélé qu’ils avaient intercepté une cargaison de contrebande de matériel électronique envoyée par la Turquie à l'Iran en juillet 2017. Il s’agissait justement de condensateurs électroniques de modèle CSP 180/300, fabriqués par une société de Jérusalem. 

L’humiliation imposée à l’ambassadeur israélien, obligé de passer à la fouille à l’aéroport d’Istanbul et contraint de se déchausser face aux caméras invitées à cet effet, est une preuve du désarroi d’Erdogan pour cibler Israël et pour trouver un angle d’attaque politique efficace. Ce sont des méthodes infantiles indignes d’un gouvernement de l’Otan. 
Mais Israël évite depuis longtemps les représailles contre la Turquie. Contrairement à de nombreux pays occidentaux, Israël refuse de reconnaître le génocide arménien de 1915 perpétré par les Turcs car ils veulent ménager Erdogan et les relations bilatérales. Arrivé au point de non-retour, les Israéliens doivent décider si les Turcs sont des alliés ou leurs pires ennemis.

Jacques Benillouche,
Temps et Contretemps, 18 mai 2018