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15 février 2019

Au Sahara occidental, l’offensive économique du Maroc

A Laayoune, au Sahara Occidental

Après que le royaume a organisé un forum d’affaires à Laayoune, le Front Polisario, qui revendique le territoire, dénonce une « politique expansionniste hostile ».

Construction de routes, aménagement des villes et des ports, création de parcs industriels, liaisons aériennes… Le Maroc veut accélérer le développement économique du Sahara occidental, sans attendre un règlement politique sur le statut de l’ancienne colonie espagnole.
Signe de cette politique volontariste, les autorités marocaines ont organisé du vendredi 2 au dimanche 4 novembre un grand forum d’affaires à Laayoune, la plus grande ville du Sahara occidental : c’est le premier événement du genre sur les terres désertiques que le Front Polisario dispute au Maroc depuis des décennies. « C’est une région très riche : il y a un grand potentiel dans l’industrie, la pêche, l’agriculture ou l’offshoring, on souhaite voir venir les investisseurs étrangers », a expliqué à l’AFP la secrétaire d’Etat au commerce extérieur, Rokia Derham.
Ce Forum d’affaires Maroc-France visait à convaincre les entreprises françaises de « donner un nouvel élan à leurs affaires » dans une région présentée par les organisateurs comme un « modèle de développement territorial ». « Nous voulons pousser le développement et l’économie », a souligné le président de la région, Hamdi Ould Errachid, en ouverture de cet événement qui a attiré quelque 200 entrepreneurs, dont une cinquantaine venus de France.
Objectif : mettre en avant « l’attractivité » de ce territoire situé aux portes de l’Afrique subsaharienne et les « opportunités à saisir » dans de multiples secteurs – construction, industrie, agriculture, pêche, énergies renouvelables, tourisme…

« On est là pour faire des affaires »

A un mois de la reprise des négociations politiques menées sous l’égide des Nations unies, l’initiative a suscité les hauts cris du Polisario, qui a dénoncé le forum comme un exemple de la « politique expansionniste hostile » du Maroc dans une lettre ouverte au secrétaire général de l’ONU, Antonio Gutteres.
Le Polisario, qui a proclamé une République arabe sahraouie démocratique (RASD) au début des années 1980, contrôle environ 20 % de l’ex-colonie espagnole de 266 000 km2. Plus au nord, en territoire algérien, se trouvent des camps où s’entassent des dizaines de milliers de réfugiés. Le Maroc, qui contrôle le reste du Sahara et ses 1 100 km de façade atlantique, veut préserver son « intégrité territoriale » via un plan d’autonomie. Sur le terrain, un mur de sable érigé par le Maroc et une zone tampon surveillée par l’ONU séparent les deux parties depuis un cessez-le-feu signé en 1991.
Bloqué depuis 2012, le processus de négociation mené par l’ONU doit reprendre les 5 et 6 décembre à Genève, en présence de la Mauritanie et de l’Algérie. « La question politique doit être réglée par les Nations unies […], le développement de la région ne peut être lié », assure Rokia Derham.
Sur la même ligne, le forum a éludé les aspects politiques pendant deux jours. « Une entreprise internationale s’installe là ou il y a des besoins », souligne Maha Hmeid, la directrice de l’antenne marocaine de la firme Weber, filiale du groupe Saint-Gobain, qui envisage d’ouvrir une unité à Laayoune, après Casablanca et Agadir. Philippe-Edern Klein, le président de la Chambre française du commerce et d’industrie au Maroc (CFCIM), co-organisatrice du forum, « ne veut pas parler politique ». « On est là pour faire des affaires », dit-il, plaidant pour « le développement du Sahara occidental ».
« Personne n’est dupe, tout le monde sait que ceux qui sont présents donnent un signal : il y a un enjeu politique », affirme toutefois Khadija Gamraoui, une élue locale française de droite (Les Républicains) venue avec une association franco-marocaine. « Les investissements, ça légitime », souligne-t-elle, se disant « impressionnée » par les chantiers déjà menés.

« Ici, c’est zéro impôt »

Avec son immense bibliothèque, sa piscine olympique, son théâtre, ses terrains de sport dernier cri et ses esplanades ornées de fontaines et de palmiers, Laayoune se veut la vitrine des investissements colossaux déversés ces dernières années par Rabat – avec notamment plus de 49 milliards de dirhams (4,5 milliards d’euros) prévus d’ici à 2021 pour le seul plan de développement régional. L’usine de traitement de phosphate exploitée par le géant marocain OCP – qui assure faire plus d’investissements que de profits dans la région – et le grand port de pêche voisin ont joué un rôle moteur.
Pour convaincre les entrepreneurs étrangers, Khalid Hatim, conseiller du président de la région, fait valoir que Las Palmas, la capitale des îles Canaries (Espagne), est « à quarante-cinq minutes d’avion » : « C’est facile de s’y installer en famille et de faire la navette. » Autre argument de taille : « Ici, c’est zéro fiscalité, zéro impôt », du fait du statut particulier du territoire.
Pour développer la ville de Dakhla, plus au sud, les autorités marocaines misent sur le tourisme, avec de grands événements comme l’étape annuelle du championnat du monde de kitesurf ou le prochain festival international de la mode africaine. Les autorités locales organisent aussi des conférences internationales avec des invités de marque – l’ancien président français Nicolas Sarkozy est venu en mars – et des matchs de gala avec des anciennes stars du football comme Maradona ou Ronaldinho.
Décidé à contrer le développement piloté par le Maroc, qu’il accuse de « colonisation » et « pillage », le Polisario a lancé l’offensive sur le terrain juridique et judiciaire. Le mouvement indépendantiste conteste les accords de pêche et d’agriculture signés avec l’Union européenne et a déposé des plaintes contre des entités françaises opérant localement, comme les banques BNP Paribas, Société générale et Crédit agricole, l’assureur Axa ou la compagnie low cost Transavia, filiale d’Air France, qui compte un vol Paris-Dakhla. Ceci n’a pas dissuadé les trois banques françaises de participer au forum de Laâyoune via leurs filiales marocaines.

Le Monde, 8 novembre 2018

14 février 2019

20% des Marocains n'ont toujours pas accès à l'eau potable


L’accès à l'eau potable est difficile pour près de 900 millions de personnes à travers le monde. Au Maroc, 20% des citoyens n'y ont pas accès.

L'Unicef a publié un rapport sur l'eau potable dans le monde à l'occasion de la semaine mondiale de l'eau (World Water Week). Dans ce rapport, l'Unicef loue les efforts déployés par le Maroc afin d'assurer un accès universel à l’eau potable d'ci 2030. 83% de la population marocaine a accès à l’eau potable en 2015, contre 64% seulement en 2000, fait valoir le document.

L'organisation déplore en revanche des inégalités croissantes entre le milieu urbain et le milieu rural. Sur les 83%, seulement 64% de la population rurale a accès à l’eau potable contre 96% de la population en milieu urbain.

A l’échelle nationale, 38% des Marocains disposent d’un accès aux installations d’assainissement améliorées, contre 31% en 2000, fait ressortir l'Uncicef. Au niveau mondial, quelque 2,1 milliards de personnes, soit 30% de la population mondiale, n’ont toujours pas accès à des services d’alimentation domestique en eau potable et 4,4 milliards, soit 60%, ne disposent pas de services d’assainissement gérés en toute sécurité.

L'UNICEF accuse un retard observé dans 90 pays concernant les progrès en matière d’assainissement de base. Un retard qui entrave une couverture universelle fixée à l’horizon 2030.

H24 info
3 septembre 2017

13 février 2019

Antisémitisme : une inquiétante résurgence


Introduction :

Ainsi va l’actualité, et ce modeste blog qui n’est pas un journal en ligne ne peut la suivre sur tout : j’ai entrepris de publier un dossier sur un nouveau pays dans ma série « Voyage en Orient », et je poursuivrai bien sûr jusqu’à la fin du mois du mars cette escapade marocaine ; mais rester dans ma thématique ne me fait pas oublier, bien sûr, ce qui se passe en France ; et alors que je partage beaucoup là-dessus sur Facebook ou plus récemment sur Twitter, ne faire aucun allusion à une actualité concernant directement ma communauté pourrait m’être reproché par un lecteur rapide et ne me connaissant pas.
Donc, tous les voyants de l’antisémitisme sont passés au rouge. Les grands médias s’en sont fait l’écho une fois de plus, hélas, et beaucoup doutent de l’impact de la campagne d’alerte qui vient d’être lancée. Cet éditorial du « Monde » publié hier résume bien les choses, mais je me permets d’y ajouter un « bémol » à propos de l’impact des « gilets jaunes » sur cette déferlante antisémite, jugeant leur mouvement réellement dangereux ; j’espère trouver le temps d’y revenir par un article spécifique, mais pour illustrer cela j’ai choisi une illustration qui résume bien les choses.

J.C

Editorial du journal « Le Monde »

Le nouvel accès d’antisémitisme doit nous pousser à une mobilisation déterminée, qui passe avant tout par la lutte contre la tentation de la banalisation de ce mal.

Le niveau d’antisémitisme a toujours été un baromètre fiable de l’état de santé d’une société. La progression impressionnante du nombre d’actes antisémites révélée, lundi 11 février, par Christophe Castaner, le ministre de l’intérieur, vient malheureusement le confirmer : en 2018, les actes répertoriés (insultes, menaces, dégradations de biens, agressions, homicides) ont progressé de 74 %, après deux années de recul.
Cette haine qui n’a rien d’ordinaire est un véritable poison. Ici, les murs sont recouverts de croix gammées, là, le mot « juden » (« juifs » en allemand) a été tagué sur une devanture, partout sur les réseaux sociaux se répandent des slogans sortis des poubelles de l’histoire. Dans certains quartiers, les juifs doivent subir un antisémitisme « du quotidien », harcèlements incessants, insultes, menaces, qui rendent odieuse la vie de tous les jours. Mois après mois, la haine se libère, les inhibitions se lèvent, et les actes finissent par suivre.
L’enlèvement et l’assassinat d’Ilan Halimi en février 2006, la tuerie à l’école juive Ozar-Hatorah de Toulouse en mars 2012, l’agression d’un jeune couple à Créteil en décembre 2014, l’attentat contre l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, à Paris, en janvier 2015, l’assassinat de Sarah Halimi dans le 11e arrondissement de la capitale en avril 2017, la séquestration d’une famille juive à Livry-Gargan en septembre 2017… Les alertes se multiplient, mais c’est comme si les condamnations des pouvoirs publics et des associations finissaient par se banaliser, elles aussi, jusqu’à devenir inaudibles auprès d’une part grandissante de la population.

Pas de visage

La crise sociale que connaît la France depuis l’émergence du mouvement des « gilets jaunes » n’a fait qu’encourager certains comportements. Il est évident que l’extrême droite a tenté de profiter de cette dynamique sociale pour diffuser ses slogans dans les manifestations ou sur les ronds-points. La détestation que le chef de l’Etat suscite chez une partie de la population s’est parfois doublée de l’antisémitisme le plus abject à travers des syllogismes aussi stupides que dangereux.
Toutefois, réduire la progression actuelle de l’antisémitisme au mouvement des « gilets jaunes » ne correspond pas à la réalité des statistiques. Sur les neuf premiers mois de l’année, les actes contre les juifs étaient déjà en augmentation de 69 %. Penser qu’une fois la tension sociale retombée, la vieille haine hideuse reculera d’elle-même tient du vœu pieux.
Le plus pervers dans cette résurgence de l’antisémitisme, c’est que, souvent, celui-ci n’a pas de visage. Le nombre de faits portés à la connaissance de l’autorité judiciaire reste limité. Aucune étude digne de ce nom n’a dressé le profil des auteurs, leurs motivations profondes, leur parcours idéologique. Comme le souligne Jean-Yves Camus, le directeur de l’Observatoire des radicalités politiques à la Fondation Jean-Jaurès, « l’extrême droite en profite pour imputer la responsabilité de tous les actes antijuifs aux musulmans ». Pour lutter contre son ennemi, il est indispensable de le connaître. Il est urgent de s’atteler à cette tâche.
Sur l’antisémitisme, mieux vaut ne pas avoir les idées trop simples. Celui qui prend racine dans nos banlieues ne peut être réduit à l’irruption du conflit israélo-palestinien dans le débat franco-français. Complotisme, antiaméricanisme, frustrations sociales : tout est bon pour alimenter la haine du juif, qui vient se greffer sur des « traditions » beaucoup plus anciennes.
Ce nouvel accès d’antisémitisme doit nous pousser à une mobilisation déterminée. A court terme, celle-ci passe par un plus grand contrôle des réseaux sociaux, qui sont le vecteur privilégié et le plus accessible pour diffuser le fléau. Des mesures pour renforcer les obligations et les responsabilités des plates-formes numériques ont été annoncées en mars 2018 par le gouvernement. Il est indispensable de ne pas relâcher cet effort.
Parallèlement, il faut intensifier la prévention et la pédagogie au sein de l’éducation nationale auprès de générations qui n’entretiennent plus le même rapport mémoriel et historique à la Shoah. Il faut surtout que chacun d’entre nous lutte contre l’indifférence, la tentation de la banalisation et prenne conscience que nous sommes en présence d’un mal qui ronge la République de l’intérieur.

Editorial du journal Le Monde, 12 février 2019