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20 octobre 2019

Extrême droite : les liaisons dangereuses entre Valeurs actuelles et le régime syrien


Le voyagiste français Odeia organise en octobre prochain un voyage en Syrie en relation avec le régime criminel de Bachar al-Assad. Un voyage auquel s'associe l'hebdomadaire "Valeurs actuelles".

Lorsque le voyagiste français Clio a annoncé en avril dernier qu'il se lançait dans des voyages à destination de la Syrie, s'ensuivit une importante polémique obligeant le Quai d'Orsay à prendre position et à déconseiller de se rendre sur place tant le risque était important.

Dans une indifférence quasi-générale, l'hebdomadaire Valeurs actuelles retente l'expérience en association avec le voyagiste Odeia et propose à son tour un voyage dans la Syrie de Bachar al-Assad. Pour une somme plus modique que celle demandée par Clio (2.245 euros contre près de 3.000 euros), le touriste pourra visiter Damas et sa mosquée des Ommeyyades, la citadelle d'Alep, l'imposant Krak des Chevaliers près d'Homs et déambuler dans ce qu'il reste des ruines de la cité millénaire de Palmyre, un temps occupée par l'Etat islamique puis par le régime et son allié russe.
Le tout en compagnie de la journaliste de VA Charlotte d'Ornellas, la nouvelle égérie de la droite ultra-conservatrice. Il faut dire que cette dernière a ses entrées en Syrie notamment grâce à son engagement au sein de l'association proche de l'extrême droite SOS Chrétiens d'Orient. Ce qui lui a d'ailleurs permis d'interviewer Bachar al-Assad en personne pour le site, d'extrême droite toujours, Boulevard Voltaire début 2017.
"Vous partirez dans des conditions de sécurité maximales, Charlotte d'Ornellas et Odeia connaissent bien la Syrie et les instances locales", précise d'ailleurs la réclame pour le voyage que l'on peut trouver dans les pages de Valeurs actuelles.
Charlotte d’Ornellas organise avec @Valeurs un voyage ludique en Syrie à la découverte des geôles syriennes, des villes ravagées par des bombardements du régime. Clou du spectacle : Palmyre ravagée par daech mais aussi par l’armée de Bachar (normalement la nécropole sud est). pic.twitter.com/xirmYULTIJ
— stephane kenech (@stephanekenech) August 6, 2019

Et pour cause, Odeia a déjà organisé des voyages en Syrie, notamment avec l'association SOS Chrétiens d'Orient à laquelle ont appartenu des militants de l'extrême droite française, à l'image de Damien Rieu (ex-Génération identitaire et attaché parlementaire du député RN Gilbert Collard), de François-Xavier Gicquel (Jeunesses nationalistes), ou encore de Tristan Mordrelle (nationaliste historique, ancien du GRECE). La complaisance de l'association à l'encontre du régime meurtrier de Damas est régulièrement dénoncée jusque dans les rangs de l'Eglise. C'est d'ailleurs le directeur de SOS Chrétiens d'Orient, Benjamin Blanchard, qui accompagnera le prochain voyage d'Odeia en Syrie qui précédera celui avec Charlotte d'Ornellas.
"Nous attirons votre attention sur le fait que la Syrie reste un pays encore fragile. Les zones visitées sont désormais pacifiées et sont ouvertes à la visite, mais certaines règles sont à respecter", prévient tout de même le voyagiste. Un discours qui tranche avec la vision que le ministère des Affaires étrangères à du pays. Voici ce que l'on peut lire sur la fiche Syrie du site du Quai d'Orsay: "Dans un contexte de conflit armé touchant l’ensemble de son territoire, la Syrie est un pays dans lequel rien ne garantit la sécurité ni le respect des droits fondamentaux des personnes. Les ressortissants français doivent être conscients qu’ils s’exposent, dans ce climat de très forte insécurité, à des risques particulièrement élevés d’attentats terroristes et d’enlèvement à des fins politiques ou crapuleuses. Ils peuvent également faire l’objet d’arrestation et de détention sans que les autorités syriennes ne le signalent à la France. Tout déplacement en Syrie, y compris à Damas et Alep, est donc formellement déconseillé". L'ensemble de la Syrie, à l'exception du plateau du Golan, est placé en "zone rouge".
Le Pentagone vient également de publier une note confirmant que l'Etat islamique reste bien implanté sur le territoire syrien.
L’accès au pays est en outre soumis à des conditions strictes et les ressortissants français ne peuvent pas obtenir de visa aux points d’entrée à la frontière. C'est le voyagiste qui s'occupe de les fournir, comme l'expliquent les conditions du voyage. Comment? tout simplement grâce à ses liens avec les autorités syriennes, indique Odeia.

Plutôt confidentiel bien que prospère le voyagiste est dirigé par un certain William Edel, issu d'une vieille famille de la droite dure. Son oncle est ainsi notamment passé la FEN (Fédération des étudiants nationalistes, proche des frères Sidos, collaborationnistes) et a fricoté avec des membres de l'OAS, organisation terroriste d'extrême droite très active au début des années 1960. Son opposition à l'indépendance de l'Algérie lui a même valu un passage en prison. Le père de William Edel a suivi la même trajectoire, s'engageant par exemple avec les néofascistes d'Occident (ancêtre du GUD).
Des erreurs de jeunesse ? Pas tout à fait : bien des années plus tard Edel père fréquente encore Serge de Beketch notamment, fondateur de Radio Courtoisie et ancien dirigeant de Minute. Tandis que l'oncle a également persisté, fondant une ONG réputée "de droite" où se sont retrouvés des nationalistes radicaux et d'anciens défenseurs des phalangistes chrétiens au Liban (l'association est restée toutefois ouverte à d'autres sensibilités). Une histoire familiale en droite ligne avec les activités de l'agence de voyage Odeia.
Des liens avec l'extrême droite également illustrés par la participation de personnalités telles que l'écrivain identitaire Alexandre Del Valle, qui a récemment été du voyage en Sicile pour Odeia. S'y sont tenues des conférence aux thèmes évocateurs: "le complexe occidental" et "les vrais ennemis de l’Occident".

Ces voyages à destination de la Syrie de Bachar al-Assad participent également à la légitimation d'un régime mis au ban des nations pour la violence dont il a fait preuve dans l'écrasement de la révolution syrienne. A l'heure où ces lignes sont écrites, les bombes de l'aviation loyaliste continuent de tomber à Idlib sur des objectifs civils comme des hôpitaux, des marchés ou des quartiers d'habitations.
Cette même armée loyaliste qui a utilisé à plusieurs reprises des armes chimiques prohibées contre sa population, provoquant ainsi la mort de plusieurs milliers de civils alors que des dizaines de milliers d'autres personnes étaient massacrés par l'utilisation d'armes conventionnelles ou étaient torturées à mort dans les geôles du régime. A Palmyre, que visiteront les participants au voyage d'Odeia, se trouvait notamment l'une des pires prisons syriennes.
Cette proximité avec le régime de Bachar al-Assad ne gêne pas Odeia comme l'expliquait par ailleurs Sophie Magerand responsable de service pour le voyagiste qui soulignait en avril dernier: "Certains diront que c'est scandaleux d'aller dans le régime de Bachar el-Assad. Mais il y en a qui vont à Cuba, aux Etats-Unis, ce n'est pas mieux".

Le retour des touristes en Syrie représente également l'espoir d'une manne financière dans un pays à l'économie exsangue, ravagé par huit ans d'une guerre marquée par l'utilisation régulière de la politique de la terre brûlée, répétée comme un mantra par les partisans du régime: "Assad ou nous brûlons le pays". Ainsi, en 2010, avant le début de la guerre qui a fait plus de 500.000 morts, la Syrie avait accueilli près de deux millions de visiteurs européens. Le secteur touristique avait engrangé plus de trois milliards d'euros de bénéfice.

Maxime Macé, avec Pierre Plottu

Source : France-Soir.fr, 7 août 2019

18 octobre 2019

Tal Bruttmann : "Chez Zemmour, la “lutte des races” tient lieu de programme politique"




La contribution d’Eric Zemmour à la « convention de la droite », organisée samedi 28 septembre par les proches de Marion Maréchal, constitue un tournant. Il ne s’agit plus des propos d’un polémiste frayant avec l’extrême droite, mais d’un discours s’inscrivant ouvertement dans la veine fasciste, assumé et revendiqué comme tel.

On ne s’étonnera pas d’entendre celui qui tente de réhabiliter Pétain, tout en réécrivant une histoire qui s’arrange des faits, citer comme références aussi bien le contre-révolutionnaire Joseph de Maistre (1753-1821) que l’écrivain fasciste Pierre Drieu la Rochelle (1893-1945).
Mais la teneur du propos déroulé samedi va au-delà. Il constitue rien moins qu’une vision eschatologique et un appel au combat « contre la colonisation du pays et pour sa libération », ceci dans une France qui serait aujourd’hui une dictature et où la République serait morte.
Eric Zemmour qui, depuis plus de quinze ans, a table ouverte dans les médias, qui va sans doute occuper à nouveau un créneau télévisé sur CNews et dont le discours est retransmis en direct sur LCI, ne manque pas de dénoncer le bâillonnement dont lui et les tenants de sa ligne sont les victimes de la part d’un régime « liberticide ».
Il n’est certes pas à une contradiction près. Chantre de Maurras (1868-1952), il pleure la mort de la République. Contre-révolutionnaire, il revendique le droit au blasphème accordé par la Révolution. Laquelle se trouve rangée, avec les Lumières et la IIIe République, aux côtés de la révolution de 1917.

Ennemi principal de Zemmour : l’islam

Zemmour se veut la voix des persécutés, mais des persécutés d’une catégorie bien particulière : la majorité, blanche et catholique, attaquée par les minorités et en butte à l’Etat qui gouverne contre le peuple.
Son ennemi principal, la menace absolue, c’est l’islam – pas l’islamisme. L’islam qui mènerait une attaque contre la France et l’aurait submergée, menaçant d’extermination la population française autochtone, et marchant de conserve avec le « libéralisme droit-de-l’hommiste » qui n’y voit que des avantages.
Rangeant sous la même bannière jacobinisme, droits de l’homme, néolibéralisme, communisme, fascisme et nazisme, qu’il semble considérer comme équivalents, il n’en partage pourtant pas moins des points communs avec les trois derniers, à commencer par une posture paranoïaque : l’agresseur est l’agressé, il ne fait que se défendre face à une menace d’extermination que fait peser sur lui « l’autre ».
C’est peu dire que Zemmour fait sienne la théorie du « grand remplacement » [popularisée par l’écrivain d’extrême droite Renaud Camus], devenue le fer de lance du combat mené par une grande partie de l’extrême droite occidentale, et qui n’a rien d’anodine, les multiples attentats sont là pour le rappeler, à commencer par les 51 morts de Christchurch (en Nouvelle-Zélande), le 15 mars. Le récent démantèlement (en juin 2018) d’une cellule d’extrême droite, au sein de laquelle on comptait un diplomate, rappelle aussi que ces thèses ont leurs adeptes en France, prêts à passer à l’action.
Au service de cette théorie fumeuse, Eric Zemmour puise dans bon nombre de registres, mêlant allègrement sources et références. Le « péril jaune » de la fin du XIXe siècle est repeint en « péril noir », l’Afrique incarnant désormais la menace démographique. Lorsqu’il évoque la France des petits commerces écrasée par le grand capital, il récite Poujade. La dénonciation d’« un corps étranger inassimilable », en l’occurrence les musulmans, ne fait que reprendre les écrits antisémites de la fin du XIXe siècle, lesquels ont largement prospéré dans les décennies suivantes – l’inassimilabilité des juifs fut martelée par Vichy à l’heure des mesures antisémites, ce qui permet de rappeler que jamais le régime de Vichy n’a protégé les juifs français, hormis dans le récit uchronique qu’en fait Zemmour. Mais le cœur de ses propos puise directement dans les années 1930.

Théoricien de « l’histoire cachée »

Celui qui ne manque pas de dénoncer les historiens qui travestiraient la vérité – tout comme les démographes qui participent à cacher la réalité du « grand remplacement » – ne se distingue en rien des générations spontanées de spécialistes prompts à mettre au jour l’histoire cachée, luttant contre une « histoire officielle » savamment dénoncée.
Il se situe dans le droit fil d’un Augustin Barruel (1741-1820) – prêtre jésuite et essayiste polémiste, pour qui la Révolution française était imputable à un complot ourdi par la Maçonnerie –, mais aussi dans celui des spécialistes de la mise en scène de l’alunissage par les Etats-Unis, en passant par les adeptes des « Protocoles des Sages de Sion » [un faux « plan de la conquête du monde » par les juifs, élaboré à la fin du XIXe siècle, en pleine affaire Dreyfus].
Zemmour n’est pas avare en matière de complots. Rien n’y manque, ni la dénonciation de la IIIe République des « radicaux francs-maçons », ni la complainte sur l’art dégénéré d’aujourd’hui, qui le place en héritier de Maurice-Yvan Sicard (1910-2000) et Henry Coston (1910-2001), écrivains collaborationnistes, glosant sur le même sujet en 1944 dans leur brûlot Je vous hais !
Tout n’est que mensonge, la vérité est escamotée par les sciences vendues on ne sait trop à quelle puissance occulte – ou plutôt on ne le sait que trop, celle de la finance et des banques, qui contrôlent l’Etat.
Car Zemmour ne se contente pas uniquement de remplacer dans sa rhétorique largement puisée dans les années 1930 la figure du juif par celle du musulman. Il ne rechigne pas à jalonner son propos de signaux à peine cachés, qui sont autant de marqueurs évocateurs pour ceux qui savent qui sont les « cosmopolites citoyens du monde » et qui se cache derrière le « pouvoir des banques » et « l’universalisme marchand » mentionnés dans ses propos.
En cela, il s’inscrit là aussi dans les théories de l’« alt-right » et autres suprémacistes américains, pour qui les juifs tirent les ficelles du « grand remplacement ». Raison pour laquelle, il y a près d’un an, une synagogue à Pittsburgh, aux Etats-Unis, fut prise pour cible et onze personnes tuées.
C’est donc un homme martelant une vision du monde dans laquelle la « lutte des races » tient lieu de programme politique, adossé sur une mixtion hallucinatoire mêlant deux siècles de théories antirépublicaines et racistes qui l’amène à appeler « au combat contre la colonisation et pour la libération », qui a été mis à l’honneur dans cette convention dont les organisateurs ambitionnent d’incarner la droite de demain, non plus héritière de De Gaulle, mais d’une droite au sein de laquelle Maurras et Pétain feraient presque figure de modérés.

Tal Bruttmann

Le Monde, 2 octobre 2019

16 octobre 2019

Téhéran sous pression après la mort de « la fille bleue »

Sahar Khodayari

Depuis l’immolation par le feu de Sahar Khodayari, une jeune Iranienne passionnée de foot, de nombreuses voix s’élèvent pour pousser le pays à lever l’interdiction faite aux femmes d’entrer dans les stades.
Sur les deux photos qui existent de Sahar Khodayari sur Internet, la jeune femme a des pommettes saillantes et des yeux rieurs, pleins de vie. L’Iranienne passionnée de foot est morte le 9 septembre après s’être immolée par le feu devant le tribunal révolutionnaire de Téhéran, où cette jeune femme de 29 ans devait être jugée, le 8 septembre. Sa faute : avoir tenté d’entrer dans un stade de foot à Téhéran, le 12 mars, pour assister au match de son équipe favorite, Esteghlal.
Désormais surnommée « la Fille bleue » (la couleur d’Esteghlal), Sahar Khodayari est devenue le symbole de la lutte des Iraniennes pour entrer dans les stades. Depuis la révolution en 1979, la République islamique ne permet pas aux femmes d’assister à des matchs de foot, jugeant que l’« ambiance » n’y est pas « appropriée ».

La FIFA hausse le ton

Ces dernières années, des supportrices de foot et des militantes ont tenté de braver l’interdit, au prix d’arrestations et de condamnations. Mais l’émoi suscité par la mort de Sahar Khodayari est tel qu’elle pourrait bien provoquer la fin de cette interdiction. La Fédération internationale de football (FIFA) a ainsi haussé le ton, jugeant la situation « inacceptable » et demandant que « les femmes soient autorisées à entrer dans les stades de football en Iran ».
Sahar Khodayari a été arrêtée en mars alors qu’elle tentait d’entrer dans le grand stade Azadi, à Téhéran. « Elle s’était grimée en garçon, portant une perruque bleue et un long manteau », explique sa sœur, dans un entretien accordé au quotidien iranien Shahrvand. Mais lorsque l’un des gardes a voulu la contrôler, elle s’y est opposée en lui révélant qu’elle était une fille. « Nous sommes une famille religieuse », précise la sœur. Sahar Khodayari est placée en détention.
Le lendemain, sa famille, qui vit dans la ville religieuse de Qom (à 150 kilomètres de la capitale), se rend à Téhéran pour tenter d’obtenir sa libération. En vain. Ses parents ne peuvent réunir la caution exorbitante exigée par le juge. L’Iranienne reste donc en prison avant d’être libérée trois jours plus tard. « À sa sortie, elle était plus triste et moins sociable », explique la sœur de Sahar. Dans le dossier monté contre elle, s’ajoutent des charges telles que : « atteinte aux bonnes mœurs en public » et « insulte aux agents de sécurité ».
Le jour où Sahar Khodayari se rend au tribunal pour récupérer son téléphone portable, confisqué lors de son arrestation, elle entend l’un des employés déclarer qu’une peine de six mois l’attend. Le jour de son procès à Téhéran, le juge est absent, pour des « raisons personnelles ». Mais la pression sur la jeune fille est énorme. Elle achète de l’essence et s’immole en face du tribunal, en plein centre de Téhéran, devant les regards horrifiés des passants.
Selon sa sœur et son père, elle souffrait de problèmes psychologiques – ce qui a été notifié aux autorités judiciaires, qui n’y ont prêté aucune attention. Brûlée au troisième degré sur 90 % de son corps, Sahar Khodayari succombe à ses blessures. Selon les médias iraniens, elle a été inhumée sans que ses parents n’aient eu l’autorisation de rendre publique la date de ses obsèques.

Soutiens et représailles

Après sa mort, #BlueGirl (« Fille bleue ») est devenue très populaire sur Twitter. L’émoi a même poussé certaines personnalités politiques iraniennes à réagir. « Elle était la fille de l’Iran, le pays où les hommes décident pour les femmes et les privent de leurs droits humains les plus élémentaires, s’est désolée la députée réformatrice Parvaneh Salahshouri sur Twitter. Nous sommes tous responsables de l’arrestation et des brûlures de toutes les Sahars de ce territoire. »
Dans le milieu footballistique iranien aussi, des voix se sont élevées pour pleurer la mort de la jeune femme et pour demander l’ouverture des stades aux Iraniennes. Au début de leur premier match depuis la tragédie, les joueurs d’Esteghlal ont porté des hauts noirs (la couleur du deuil), avec un cœur en bleu, portant les mots « la Fille bleue », en anglais et en persan.
Ce geste a fait réagir les plus conservateurs. Leur cible : le capitaine d’Esteghlal, Vouria Ghafouri, qui, sur Instagram, avait appelé ses camarades à « faire preuve d’unité et de solidarité pour que les femmes obtiennent enfin le droit d’entrer dans les stades de foot ». La très conservatrice agence iranienne de presse Fars a d’emblée demandé des représailles contre le capitaine d’Esteghlal pour son action qui « a plu aux médias anti-révolutionnaires ». Une faute très grave…
En Iran, pourtant, l’heure de vérité arrive bientôt : la FIFA demande que, dès le 10 octobre, lors du premier match de qualification de la sélection nationale pour la prochaine Coupe du monde, contre le Cambodge, le stade Azadi ouvre ses portes aux femmes. Une victoire, si elle a bien lieu, au goût amer pour les Iraniennes.

Ghazal Golshiri

Le Monde, 27 octobre 2019