Notre radio

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22 janvier 2017

Une Histoire des Kurdes : Hamit Bozarslan sera mon invité le 29 janvier

Les Kurdes, un peuple entre quatre Etats

Nous allons avoir une émission originale dimanche prochain, puisque je l'ai intitulée : "Une histoire des Kurdes". Originale parce que nous évoquerons bien sûr l'actualité de ce peuple, qui n'est toujours pas indépendant et que la guerre contre l'Etat Islamique a mis sous les projecteurs des médias. Mais nous parlerons surtout d'Histoire, afin d'essayer de comprendre, ensemble, pourquoi cette population, dispersée au sein de plusieurs Empires puis Etats contemporains, n'est toujours pas libre. L'idée de cette émission m'est venue en lisant un très riche dossier, "Les Kurdes, mille ans sans Etat", publié par la revue "L'Histoire" il y a deux mois. Et j'aurai le plaisir d'avoir comme invité Monsieur Hamit Bozarslan. Hamit Bozarslan est Docteur en Histoire, directeur d'études à l'EHESS, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Ses thèmes de recherche sont divers, Histoire de la Turquie contemporaine, question kurde, minorités du Moyen-Orient, et sociologie de la violence dans cette région qui est moins apaisée que jamais. Et, dans un entretien publié dans ce numéro spécial et intitulé "Cent ans de combats nationalistes", il a donné une synthèse qui m'a beaucoup appris

Parmi les questions que je poserai à Hamit Bozarslan :

-      Quels sont les éléments spécifiques de l'identité kurde ? Ce n'est pas la religion, car ils sont en majorité musulmans, sunnites chaféites, mais il y a aussi des chrétiens ou des yézidis qui sont de même ethnie ; ils parlent non pas une, mais principalement deux langues différentes, et qui s'apparentent plutôt au persan.
-        A l'origine, Ces populations étaient-elles nomades comme les bédouins, ou sédentaires ? Comment se fait-il qu'ils n'aient pas été culturellement arabisés ? Et ont-ils vécu séparés, ou en mixité avec d'autres communautés ?
-        Toute personne ayant un minimum de culture historique connait le nom de Saladin, héros du monde arabe car c'est lui qui a repris Jérusalem aux Croisés. Or, c'était un kurde, cela peu de gens le savent et il a joué aussi un rôle politique en fondant un Empire au Proche-Orient. Quelle a été l'histoire de ce héros mythique et de la dynastie qu'il a fondée ?
-        Pour quelles raisons le projet d'Etat kurde, prévu par le traité de Sèvres en 1920 au moment où l'Empire ottoman fut dépecé, fut abandonné ensuite par les grandes puissances ?
-        Les Kurdes d'Iran sont beaucoup moins médiatisés que ceux d'Irak ou de Turquie, pourtant ils ont eu là-bas un éphémère Etat au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Ils ont vécu une effroyable répression au lendemain de la Révolution Islamique. Sont-ils définitivement matés par le pouvoir ?
-        Pourquoi, concernant Israël, les positions radicalement différentes des Kurdes du PKK en Turquie, et de ceux d'Irak ?
-       Les Kurdes de Syrie ont combattu en première ligne l'Etat Islamique, mais ils risquent eux aussi d'être abandonnés par toutes les puissances extérieures - Etats-Unis, Russie - au nom de la "real politique" : ne sont-ils pas les plus menacés ? Et une unité de tous les Kurdistans n'est-elle pas totalement chimérique ?

Nous avons déjà parlé des Kurdes dans mon émission, mais c'est la première fois que nous parlerons de leur Histoire, si mal connue : soyez nombreux à l'écoute !

J.C

 

20 janvier 2017

Jean-Léon Gerôme, un peintre "sioniste" ?

Le Mur des Lamentations, toile de Jean-Léon Gerôme

Une toile sur la Toile
- janvier 2017 

Jean-Léon Gérôme est un peintre orientaliste français que j'apprécie beaucoup : pour preuve, en cliquant sur son nom en libellé ci-dessous, vous verrez que j'ai déjà publié cinq articles de ma série "Une toile sur la Toile" avec des reproductions de ses œuvres.
Mais j'avoue que je publie, cette fois-ci, cette peinture là pour des raisons autres que picturales : ayant vécu au 19è siècle, excellent chroniqueur de la mode orientaliste de cette période, Gérôme nous aura laissé, par exemple, des évocations de la campagne de Napoléon Bonaparte en Égypte, ou des vues de paysages de ce dernier pays. Il devait aussi passer par ce qu'on appelait à l'époque la "Terre Sainte" ; cela lui inspira quelques tableaux, dont celui-ci, une vue du Mur des Lamentations ou Kotel, avec quelques personnages en prière à proximité.
Pourquoi donc mon choix ? Et bien, les votes récents à l'ONU et à l'UNESCO viennent de nous laisser un goût amer : négation des liens historiques du peuple juif avec sa terre d'origine, présentation de Jérusalem Est et de la Judée-Samarie comme des territoires étrangers à son histoire et sans aucune connexion avec lui ... trop, c'est trop. Même si, et je ne m'en cache pas, je n'ai pas de sympathie pour l'équipe actuellement au pouvoir en Israël, même si je pense toujours nécessaire pour la survie même du pays une séparation entre Israéliens et Palestiniens, ces mensonges outranciers sont insupportables. Or que nous dit ce tableau ? Que depuis des siècles et des siècles, et cela était parfaitement connu en Europe, les Juifs avaient aussi ce lieu saint où ils venaient prier. "Mur des Lamentations", donc, connu comme tel et pas "Place Al Bouraq" comme l'UNESCO a eu le culot de l'appeler.
Merci donc à Jean-Léon Gérôme, "peintre sioniste" !
J.C 

17 janvier 2017

Les coptes d’Egypte, cibles des islamistes

L'intérieur de la Cathédrale copte du Caire, après l'attentat du 11 décembre

Editorial du « Monde »

Une fois de plus, la violence islamiste a visé la minorité copte d’Egypte. Malgré l’absence de revendication, il ne fait pas de doute que l’ignoble attentat commis à l’intérieur de l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul du Caire, dimanche 11 décembre, est le fait d’un des nombreux groupuscules djihadistes en guerre contre l’Etat égyptien depuis le coup d’Etat militaire de 2013, qui avait vu le président issu des Frères musulmans, Mohamed Morsi, renversé par son ministre de la défense, le maréchal Abdel Fattah Al-Sissi, devenu depuis président à son tour.

Mais si les régimes se succèdent, les chrétiens d’Egypte n’échappent pas à leur condition de boucs émissaires et de cibles de substitution dans le combat mortifère que se livrent, depuis plusieurs décennies, l’appareil d’Etat et les franges les plus violentes de la mouvance islamiste sur les rives du Nil. C’était le cas à la fin des années 1970, lors de la vague de violence qui culmina avec la mort d’Anouar El-Sadate. Ce fut à nouveau le cas tout au long des années 1990, durant lesquelles, faute de pouvoir renverser Hosni Moubarak, les djihadistes s’en prirent aux coptes et aux touristes. C’est encore le cas dans les années 2010, depuis l’attentat de la messe du Nouvel An 2011 à Alexandrie (21 morts).

Trois jours de deuil national

Bien qu’elle s’inscrive dans une longue liste, l’attaque de dimanche se distingue par plusieurs aspects : elle a été commise à l’intérieur même d’une église à l’heure de la messe dominicale ; le lieu de culte visé jouxte la cathédrale Saint-Marc, le Vatican des coptes d’Egypte ; enfin, son bilan est le plus lourd dans la série d’attentats antichrétiens à ce jour. Pour la première fois également, le chef de l’Etat égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, a décrété trois jours de deuil national, ce que son prédécesseur, Hosni Moubarak, s’était bien gardé de faire au lendemain du carnage d’Alexandrie, le 1er janvier 2011. Le geste est suffisamment important pour être salué.
Mais cela ne changera pas la donne. Car les coptes ne sont pas seulement la cible d’extrémistes qui veulent déstabiliser le pouvoir en le forçant à prendre la défense de la minorité chrétienne, pour mieux le délégitimer auprès de la majorité musulmane, ils sont les victimes d’une discrimination quasi institutionnalisée, les privant des plus hautes fonctions dans l’armée, la justice, la police, bref toutes les fonctions régaliennes, voire même l’université. Le pouvoir, même anti-islamiste, les considère comme des « protégés » et non comme des citoyens égaux en droits.

L’une des plus anciennes communautés chrétiennes

La réforme récente de la loi sur les constructions d’église n’a fait qu’alléger à la marge la procédure d’autorisation, qui n’a jamais été appliquée aux mosquées. Autant que les attentats, ces brimades et ce déni du droit sont à l’origine d’un drame silencieux, moins spectaculaire que l’attentat de dimanche, mais bien plus grave pour l’avenir de l’une des plus anciennes communautés chrétiennes du monde : l’émigration en masse vers l’Europe, l’Amérique du Nord ou l’Australie.
Pour venir à bout de décennies de préjugés qu’il a lui-même encouragés, le pouvoir égyptien doit s’atteler à traiter les chrétiens, comme tous leurs compatriotes musulmans d’ailleurs, en citoyens et non en sujets. Seule une société forte sera à même de combattre l’extrémisme en Egypte. Pour cette raison, le projet de loi récent mettant l’ensemble des ONG sous la tutelle de l’Etat ne va pas dans le bon sens.

Le Monde, 12 décembre 2016

15 janvier 2017

Tourisme de l’extrême : des Occidentaux en quête d’aventures attirés par la Syrie en guerre (2/2)



« Risques acceptables »

Il n’y a pas que les chauffeurs de taxi comme Mohammed qui facilitent le tourisme de l’extrême pour les Occidentaux en quête d’aventures. James Willcox est le fondateur de l’agence de voyage « Untamed Borders » (« Frontières sauvages ») qui a pour objectif d’emmener des touristes dans des lieux inaccessibles, des « endroits aux multiples facettes et offrir un kaléidoscope d’expériences ». Après un rapide coup d’œil sur son site, « Untamed Borders » propose des voyages dans des endroits comme la Somalie ou l’Afghanistan, deux pays justes derrières la Syrie dans le « Global Peace Index » des « Pays les plus dangereux du monde 2016 ».
Le fondateur, James Willcox, s’est confié à MEE depuis l’Afghanistan où il vient de terminer un voyage culturel de deux semaines à Bâmiyân, Mazâr-e Charîf et maintenant Kaboul, où il coopère avec les autorités afghanes pour l’organisation du seul marathon international du pays qui aura lieu à l’automne 2017.
À Beyrouth, les Occidentaux se fient généralement aux promesses d’un charmant chauffeur de taxi qu’ils rencontrent lors de leur séjour, mais la préparation d’un voyage en Afghanistan est un processus en amont énorme et très détaillé, qui demande un niveau de préparation très élevé. Pour voyager dans des endroits comme Kaboul où a eu lieu en juillet de cette année l’un des pires attentats depuis 2001, le groupe collecte des informations sur le terrain, en coopérant avec des « organismes qui conseillent des ONG et des services secrets en matière de sécurité, grâce aux renseignements donnés par des personnes qui y travaillent ». Ceci permet à l’agence de « réduire les risques à un niveau acceptable ».
Dans des régions comme Bâmiyân où l’agence est bien implantée et organise des séjours de ski tous les ans, ou la vallée du Pandjchir où elle a organisé sa première expédition en kayak en début d’année, ou même le corridor du Wakhan où elle emmène des touristes en séjour de randonnée équestre depuis sept ans, pour James Willwox, les risques sont très réduits. « Aucun de ces endroits n’a connu d’insurrections majeures depuis l’arrivée de la communauté internationale. Dans ces régions, il est facile de concilier sécurité liée aux risques et aventure ».
Lorsque MEE lui a demandé si la Syrie pourrait un jour faire partie de leur offre de voyages, James a répondu que tout dépendait de leur connaissance précise du terrain. « Je connais des gens qui sont allés en Syrie récemment. Je m’y suis moi-même rendu souvent avant le conflit. Mais pour moi, en tant qu’agence de voyage, je n’ai pas assez d’infos sur le terrain pour assurer la sécurité d’un voyage en Syrie dans le climat politique actuel. »

Promenades en zone de guerre

Comme l’Afghanistan, Damas est relativement sûre par rapport au reste de la Syrie. Depuis que le gouvernement de Bachar al-Assad tient la ville d’une main de fer, la vie est redevenue « presque normale ».
Pablo Sigismondi, un géographe argentin qui s’est rendu en Syrie cette année, témoigne à MEE : « de manière générale, le centre-ville est très sûr mais il y a quelques traces d’endroits affectés par la guerre. »
« Du haut de bâtiments élevés, j’ai vu de la fumée et entendu du bruit en direction de l’est et du sud de la ville, où les groupes terroristes opèrent. »
Il est simple de se déplacer dans la ville. « Je pouvais me déplacer à pied, sans policiers ni guides, complètement seul et sans danger. Les gens sont très accueillants et très gentils. Ils sont chaleureux avec les étrangers. » Même si Paolo a apprécié son séjour à Damas, son voyage l’a malgré tout emmené en-dehors de la « bulle » de la ville. Homs, un rappel viscéral du territoire perdu à la révolution, faisait aussi partie de l’itinéraire de Pablo Sigismondi.
Ses choix de destination sont motivés par ses convictions personnelles, et ce n’est pas la première fois qu’il décide de passer ses vacances en zone de conflit. Paolo a été à Gaza, en Irak, au Kosovo, au Soudan du sud, en Afrique centrale, à chaque fois en temps de guerre. Malgré les crimes commis par le régime de Bachar al-Assad, il explique à MEE ce qui le motive : « Je voulais montrer ma solidarité au gouvernement syrien et à son merveilleux peuple, face à l’agression à laquelle cette nation fait face. »

« Cocher les pays visités »

Les statistiques concernant le « genre » de personne qui cherche à visiter des endroits inhabituels et parfois dangereux sont difficiles à établir. James Willcox décrit certaines des tendances qu’il a observées depuis la création d’ « Untaimed Borders » : « Nous avons organisé des voyages avec des gens venant de plus d’une quarantaine de pays, avec 20 à 40% de femmes. Les âges vont de 20 à 80 ans. »
Le point commun quasi systématique de ces aventuriers : « les gens ont tendance à avoir pas mal de moyens. Nos voyages offrent un bon rapport qualité prix mais ne conviennent pas aux petits budgets. »
Il décrit aussi certains touristes qui voyagent pour pouvoir « cocher les pays qu’ils ont visités ».
Quelles que soient les raisons qui motivent cette mode, la nature changeante de la situation politique d’un pays doit impérativement être prise en compte avant de héler un taxi dans les rues de Beyrouth. Avec un peu de chance, l’avenir verra un retour du tourisme en Syrie, mais pour l’instant, ce n’est pas la destination la plus sûre ni la plus appropriée pour les vacances.

Ryan Fahey,
Site Middleeasteye.net, 20 novembre 2013
Traduit de l'anglais (original) par Pierre de Boissieu