17 octobre 2021

Interview de Pascal Perrineau dans La Revue Civique

 

« La Revue civique » vient de publier ma septième interview, cette-fois de Pascal Perrineau.

Pascal Perrineau est professeur des Universités à Sciences Po, où il a la charge de plusieurs cours sur le vote, l’analyse des comportements et des attitudes politiques, la science politique et l’extrême-droite en France et en Europe. Ses recherches portent particulièrement sur la sociologie électorale, ainsi que sur l’interprétation des nouveaux clivages à l’œuvre dans les sociétés européennes. Auteur de nombreux ouvrages, il remplit plusieurs missions d’expertise auprès, entre autres, du Conseil de l’Europe, et a dirigé le CEVIPOF (Centre d’études de la vie politique française) jusqu’en décembre 2013.

Il a coécrit avec Laurence Morel, Maitre de conférences à l’Université de Lille, pour la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), l’étude intitulée « Les primaires électorales et les systèmes de départage des candidats à l’élection présidentielle », un sujet d’une actualité brûlante – la primaire de la Droite venant enfin d’être définie, pour ses modalités et ses candidats.

Parmi mes questions : à part en 2012, elles n’ont jamais pré-désigné le vainqueur de la présidentielle ; en 2017, les candidats sélectionnés n’ont même pas été présents au 2ème tour ; et en 2021, la majorité des candidats ne passent pas par cette étape : la référence au système américain n’est-elle pas dépassée ? Vous recommandez un système de primaires ouvertes, et proche de celui mis en œuvre à droite et à gauche pour la dernière élection présidentielle (majoritaire à deux tours, et de « coalition » pour que d’autres partis soient associés). Or, il n’y a pas eu cette année de « primaire de coalition » dans une gauche totalement éclatée, et la droite n’a pas voulu de « primaire ouverte » ? Au-delà de la mécanique des primaires, la Constitution de 1958 semble avoir atteint ses limites : n’est-il pas temps de revenir à un système parlementaire, comme chez nos partenaires européens, ce qui dépersonnaliserait le vote et imposerait des compromis ?

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J.C

10 octobre 2021

Avoir raison avec Aron contre Zemmour

 


Raymond Aron est mort il y a près de quarante ans, en 1983. En contraste total avec Eric Zemmour, de Droite mais libéral, gaulliste ayant rejoint la France Libre, il ne pardonna pas à De Gaulle sa phrase sur les juifs "peuple d'élite sûr de lui-même et dominateur" : or Zemmour qui se revendique du gaullisme « historique » d’antan ne le porte pas au passif du fondateur de la 5ème République. Au contraire, dans l'infect roman inspiré par l'assassinat de Sébastien Selam ("Petit frère", 2008), il fera son éloge en écrivant ce passage : "La France et Israël. Le général De Gaulle avait été le dernier à oser demander de choisir".

Parfaitement assimilé, Raymond Aron avait même dit que culturellement il se sentait plus proche d'un Français antisémite que d'un juif de l'Atlas ; mais il prit conscience de sa judéité avec le nazisme et la Shoah. Et l'idée de la disparition d'Israël lui était insupportable. Lire cet article du journal "Le Monde" écrit pour le centenaire de sa naissance.

Court extrait ci-dessous :

« Plus tard, en 1967, un choc d’une autre nature lui fera découvrir un attachement à Israël qu’il ne soupçonnait pas : la guerre de six jours. Il y a la fameuse formule de De Gaulle sur « ce peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur ». Et, avant la formule, la menace qui pèse soudain sur l’Etat juif. Alors, écrira Aron dans De Gaulle, Israël et les juifs (Plon, 1968) « monte en nous un sentiment irrésistible de solidarité. Peu importe d’où il vient. Si les grandes puissances (…) laissent détruire le petit Etat d’Israël qui n’est pas le mien, ce crime modeste à l’échelle du monde m’enlèverait la force de vivre ». »

Ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, intellectuel brillant et pas minable polémiste comme celui qui se rêve Président de la République, Raymond Aron nous a laissé une vraie œuvre de référence et pas des essais pseudo érudits et bourrés d'erreurs historiques, sans compter ses innombrables apparitions à la télévision qui l'ont rendu célèbre : autres temps, autres médias aussi.

Lucide et rigoureux, sa parole nous manque aujourd'hui. Noble figure de notre pays, il ne pouvait pas supporter la possible mort d'Israël, qui laisserait de marbre Zemmour, "juif d'effacement" comme méticuleusement décrit par Gaston Crémieux dans un article qu’il faut se presser de lire : Eric Zemmour, glaive et bouclier de l'extrême-droite .

Parmi les horreurs écrites par l’ex-éditorialiste du CNEWS et chroniqueur au « Figaro Magazine », ceci extrait de « Suicide français » (2014), qui devrait résonner comme une gifle à la figure de les juifs français :

« En cette même année 1985, Claude Lanzmann imposait par le cinéma le mot shoah qui remplaçait « holocauste » ; un mot hébreu à la place d’un vocable français, pour mieux enraciner le caractère à la fois unique et juif du génocide qui devint un élément central – parfois obsessionnel – de la psyché juive, faisant des Juifs français une caste d’intouchables, et du génocide la nouvelle religion obligatoire d’un pays déchristianisé. »

Il nous faut donc plus que jamais rappeler la mémoire de Raymond Aron, grand penseur libéral, alors que la Droite risque de subir une O.P.A des pires extrémistes ; et alors que, hélas, dans la communauté juive on entend les voix sans complexes de ceux qui le prennent pour le sauveur de la France – et des juifs français en particulier -, ce qui est d’un aveuglement total.

 J.C

05 octobre 2021

Eric Zemmour démonté façon puzzle par Noémie Issan


 Introduction

« La France n’a pas dit son dernier mot » est le titre du livre-pamphlet d’Eric Zemmour, journaliste qui se voit déjà à l’Elysée et espère, avec toutes les ignominies écrites sous sa plume, rallier beaucoup du monde autour de lui. Ayant décidé de combattre de toutes les forces qui me restent ce dangereux incendiaire, juif honteux, raciste et mégalomane, je n’allais pas lui faire cadeau d’acheter son dernier ouvrage publié à compte d’auteur et sorti le 16 septembre, jour du Yom Kippour – petit crachat supplémentaire sa communauté d’origine.

Mais Noémie Issan (compte twitter @noemie_issan) a eu le courage de le faire : elle a largement lu son bouquin. Femme, juive et intellectuelle, elle n’a pas la langue dans sa poche. Voici les tweets qu’elle a publiés à la suite les 26 et 27 septembre : un régal, à déguster et partager largement !

J.C

J'en suis à peu près aux 3/4 du pensum de Zemmour. Je peux vous résumer quelques grands principes:

Contrairement à ce qu'on pense, Zemmour est un grand défenseur des droits des femmes. Sauf quand elles sont victimes de viol ou d'agression par des hommes de pouvoir, auxquels cas ce sont juste d'anciennes femmes amoureuses vengeresses et mythomanes, 

Sauf quand elles sont inférieures sur la hiérarchie sociale, et qu'elles oublient que les bonnes sont faites pour être troussées (il range aussi les femmes journalistes dans cette catégorie)

Sauf quand elles sont féministes, parce qu'elles castrent les hommes les vrais.

Sauf quand elles sont avocates ou juges parce qu'elles pérorent comme des biatches au café et qu'elles ont tué le métier avec leur hargne de harpies coupeuses de couilles de mâles blancs.

Bon, en fait, disons que les droits des femmes c'est seulement si les agresseurs sont des noirs et des arabes, et encore, pauvres. Parce que Tariq Ramadan a le droit à tous ses égards (homme puissant).

Une femme cocue, c'est juste une femme. Un homme cocu, c'est ridicule. Un homme amoureux, c'est pas viril (sur Sarkozy amoureux il est mesquin et petit). Un homme avec beaucoup de maitresses c'est la classe à Dallas. Une femme avec beaucoup d'amants (Carla) c'est la honte.

Jean-Marie Le Pen est un vrai républicain incompris et les Karsfeld un couple de harceleurs.

Maurice Papon est un héros victime d'un procès politique inique.

Sarko a perdu parce qu'il était trop à gauche

"Un prophète" est une ode grand remplaciste, "Intouchables" aussi, "Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu?" Aussi. Zemmour, il regarde Tom et Jerry, il voit du grand remplacement.

Islam Islam sauvageons territoires perdus, Islam voile

Récits de rencontres de pleins se gens qui lui disent qu'il a raison en face à face mais qui n'osent pas le dire en public. Les autres: des lâches. Moi Zemmour: courageux.

Il fustige la transparence en politique comme étant une "médiapartisation" inquisitoriale des esprits. Mais il balances des scuds sans vergogne sur le physique et la vie privée, la cohérence.

Point "Je suis un algérien, et on dit que les hommes algériens sont des lions, les hommes marocains des bergers et les hommes tunisiens des femmes". Ptdr. Tu peux pas faire ça la'aziz.

Passion Zemmour: zemmouriser de façon posthume plein de gens biens. Comme Claude Levi Strauss, Simone Veil. Ou même quelques vivants, qui ont de bonnes intuitions mais n'osent pas aller au bout, comme Emmanuel Todd.

Passion Zemmour bis: prouver à chaque page qu'il a bien "déraciné les réflexes archaïques de solidarité" avec les Juifs. Sur tous les sujets les plus sensibles et avec une morgue presque joyeuse.

On l'a déjà dit partout, mais sa page sur Merah et les victimes juives, (Famille Sandler père et deux fils, Myriam Monsonego) est un sommet de cette morgue joyeuse qu'il met à prouver qu'il ne lui reste plus rien de cette élan du cœur juif.

Son chapitre commence par une phrase qui dit que ce qui l'a choqué dans cette affaire ce n'est pas le massacre d'enfants juifs (ben nan il l'avait prédit donc il peut pas être surpris) ni la symbolique choisie par Merah, mais bien ce que ça révèle des meurtriers et des victime

A savoir qu'ils ont bien têté les mamelles de la France mais qu'ils sont restés étrangers jusque dans leur mort. La conclusion naturelle de ce chapitre est presque: c'est une affaire entre étrangers, ça ne concerne pas les français (un peu comme ce qu'il fait avec Pétain)

Point psychanalyse de bac à sable by nono: chaque fois qu'il rencontre un politique pieds noirs, il insiste sur leurs points communs, ce que le climat et la culture de l'Afrique du Nord a fait d'eux et de leur tempérament (Montesqieu version théorie des climats)

C'est presque drôle cette insistance, on sent bien qu'il aurait préféré lui aussi être un pied noir d'Algérie plutôt qu'un juif d'Algérie.

Beaucoup de longues pages d'anecdotes de micro politique sur les coulisses des partis, c'est chiant, mais ça vise à montrer qu'Eric Zemmour est là depuis longtemps, qu'il connait du monde et la politique sur le bout des doigts.

Se dépeint en ado rêveur et en homme naïf, entier, sincère mais qui a mis du temps à comprendre le cynisme des médias, qui rêvait d'une carrière de lettres mais qui va finir par y aller parce qu'il est tout seul et que les autres c'est des merdes.

Noémie Issan

Twitter 26 et 27 septembre 2021