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04 mars 2008

"Le Marocain" de nouveau en selle ?

Introduction :
Une nouvelle rubrique cette semaine sur le blog !
Tous les mardi ma correspondante Isabelle-Yaël Rose nous écrira, depuis la capitale d'Israël, un "vrai journal juif français de Jérusalem". Je ne doute ni de son talent ni de sa persévérance pour alimenter cette série, et ce alors que l'actualité politique, dans l’État juif et tout le Proche-Orient, risque d'être particulièrement agitée. Une petite précision à propos du titre : "le Marocain" dont il sera question à la fin est Amir Peretz, ancien Président du Parti Travailliste qui eut une carrière éphémère de Ministre de la Défense dans le gouvernement Olmert, ayant démissionné suite aux ratés de la guerre de 2006. Il est d'origine marocaine, et fier de l'être ! Je l'ai ainsi entendu discourir en hébreu parmi les invités d'honneur de la "Quinzaine du judaïsme marocain" (voir sur le blog, entrée du 3 février), en parlant des "Marokim" sans qui Israël n'aurait pu être construit ... et cela, sous le regard amusé de l'Ambassadeur du Maroc à Paris, qui devait prononcer la conférence inaugurale.
J.C
 
L’échiquier politique israélien est singulièrement déroutant pour tous les étrangers : à la traditionnelle distinction droite-gauche, telle qu’on la connaît par exemple en France, se superposent d’autres lignes de fractures inconnues en Occident. Ainsi, les partis dit « religieux » se déclinent non seulement selon leurs options politiques, mais aussi selon leurs choix « idéologiques et religieux » : Yahadout Ha-Torah est le parti des religieux traditionnels (haredim) ashkénazes. Le Shas est le parti des haredim séfarades. L’Union nationale - parti national religieux - est celui des religieux non haredim nationalistes. Si les différences sont déjà abyssales au niveau du simple rite, elles le sont plus encore au niveau idéologique et politique.
Cependant, il serait très difficile, voire abusif, de tenter d’appliquer la grille de lecture droite-gauche au niveau de ces partis. Par exemple, si le Shas est un parti conservateur socialement, il fait en revanche preuve de pragmatisme quand on aborde les autres questions. Inversement, les partis religieux nationalistes, qui ont mis la main sur toutes les questions sociales « chaudes », font montre d’une idéologie butée dès qu’on aborde la question palestinienne. Pour faire court, le Shas est à droite socialement, tandis que les partis religieux nationalistes - qui sont à l’extrême-gauche socialement - sont à l’extrême-droite dès qu’on aborde les thèmes politiques liés aux Arabes. Le conflit palestinien étant le catalyseur de toutes les tensions en Israël, on comprend alors comment les partis religieux nationalistes ont pu faire une alliance avec le Likoud et surtout le parti Israël Beitenou. Celui-ci étant favorable à des réformes laïques de la société - en gros, son objectif est de ramener à une peau de chagrin l’influence des rabbins sur la vie sociale en Israël - la seule chose qui maintienne son alliance avec les partis religieux nationalistes est la vision qu’ils partagent sur le conflit israélo-palestinien. Israël Beiténou est la face laïque des partis religieux nationalistes. Les deux sont utilisés par le Likoud de Benyamin Netanyahou pour porter des coups contre la coalition qui gouverne Israël.

Netanyahou est très proche d’Israël Beiténou culturellement. Lui même ashkénaze, il est plutôt favorable à une laïcisation de la société israélienne. Sa manière de comprendre le monde arabe - en Israël ou dans le Moyen-Orient en général - ressemble comme deux gouttes d’eau à celle d’Avigdor Lieberman. Ce qui est somme toute logique, si on se rappelle que Lieberman est un ancien du Likoud et qu’il ne l’a quitté qu’à cause d’un conflit personnel et d’ambition avec Netanyahou : il n’y avait pas de place pour ces deux fortes personnalités dans un même parti. Tout en étant favorable à une laïcisation et une modernisation de la société, Netanyahou a cependant fait une alliance avec les partis religieux nationalistes : d’une part, parce qu’ils partagent la même approche du conflit israélo-palestinien. D’autre part, parce que les partis religieux nationalistes se sont accaparés tous les mouvements sociaux populaires en Israël : celui des réservistes après la Seconde guerre du Liban, celui des enseignants, celui du « panier de santé », et surtout, tous les problèmes auxquels sont confrontés les habitants de Sdérot et du sud d’Israël. Comme toujours dans l’Histoire, l’extrême-droite se faufile dans les brèches de l’État - dans ses échecs - et prend possession des questions sociales.

Ce qui nous amène au parti travailliste. Contrairement aux socialistes français, que l’on peut en gros qualifier de « pacifistes », les travaillistes israéliens ne sont pas des colombes : d’abord, leurs dirigeants sont souvent issus de l’armée mais aussi des services secrets. Ils ont donc une très forte formation sécuritaire et sont tout à fait sensibilisés aux dangers qui menacent Israël. Ensuite, la ligne de partage droite-gauche ne se fait plus d’emblée sur les questions de sécurité : c’est ce qui permet à la coalition du premier ministre Ehoud Olmert de persévérer. Sans doute doit-on y voir l’un des effets « positifs » de l’échec des accords d’Oslo : les travaillistes ont compris leur leçon. Si la distinction ne se fait plus sur les questions de sécurité, où passe la ligne de partage qui distingue la droite de la gauche ? La ligne de partage est maintenant sociale. Parce que les questions de société sont devenues la seconde priorité des Israéliens, quand ces problématiques étaient encore quasi-inexistantes il y a encore quelques années (toute la vie politique israélienne était alors totalement absorbée par les questions sécuritaires ).
Avant la seconde guerre du Liban, Amir Peretz avait réussi non seulement un coup de génie, mais surtout une première historique : il a été le premier chef d’un parti politique à se faire élire sur un agenda exclusivement social. Peretz avait compris que les Israéliens étaient maintenant préoccupés par les questions de société, et non plus seulement par celles touchant à leur sécurité. Sa faute capitale a été de l’oublier et de se laisser enfermer dans le rôle de ministre de la Défense. Actuellement, Ehoud Barak lui a succédé au parti travailliste mais aussi au poste de ministre de la Défense. Son passé militaire - il fut chef d’état-major - lui a valu cette promotion en pleine après guerre. Vécue d’une manière très traumatique par les Israéliens. Mais Barak, responsable des questions de sécurité, embarqué dans ce qu’il faut bien appeler une « guerre » dans le sud d’Israël, est en train, malgré lui, de préparer l’enterrement de son parti aux prochaines élections, détruisant toute possibilité de coalition centre-droit ou centre-gauche. Dit autrement, il prépare à son insu la venue au pouvoir d’une coalition d’extrême-droite conduite par Benyamin Netanyahou. Comment ?

Benyamin Netanyahou a appris de Peretz que la société israélienne était soucieuse d’elle même et de son bien être. Les partis religieux nationalistes sont sa carte sociale auprès de l’opinion publique. Il a aussi appris de Peretz que les Israéliens doutaient d’eux même d’un point de vue sécuritaire. Son alliance avec Lieberman a pour objectif de les rassurer. Il cherche maintenant la caution morale du Shas pour atteindre les traditionalistes et les séfarades. Mais le Shas résiste à ses manigances - parti conservateur, il a en horreur la laïcité et les réformes sociales telles que le mariage civil, l’adoption des enfants par les couples homosexuels, la liberté sexuelle.
De son côté, Barak est enfermé dans les problématiques touchant à la sécurité d’Israël. Contrairement à Olmert, plus doué pour la diplomatie, Barak est l’homme fort du gouvernement qui a la confiance de l’establishment militaire et sécuritaire. Mais le point faible de ce gouvernement sont les problèmes sociaux : le terrain est quasiment abandonné à l’opposition, les tentatives du Shas étant stoppées net par le caractère conservateur du parti qui n’atteindra jamais tout un secteur de la population.

La radio Kol Israël a rapporté dimanche 2 mars une entrevue entre Barak et Peretz grâce à l’initiative de Marciano. Olmert à la diplomatie, Yishaï aux affaires morales, Barak à la défense, Peretz aux affaires sociales - la perspective est intéressante pour tous ceux qui aiment l’équilibre, la démocratie, la pluralité, la tolérance. Pour tous ceux qui aiment un Judaïsme sans complexe et qui va de l’avant.

Isabelle-Yaël Rose,
Jérusalem le 3 mars 2008

12 septembre 2006

Peretz pris au piège ?


Amir Peretz, Ministre de la Defense
et leader du Parti Travailliste

Introduction :
La classe politique israélienne est plongée dans une nouvelle crise, qui a débuté juste après la deuxième guerre du Liban. Reprenant sa collaboration avec le blog, Isabelle--Yaël Rose m'envoie depuis Jérusalem cet article un peu féroce, où elle dissèque les manœuvres, arrières pensées et calculs des principaux dirigeants politiques du pays, avec à la clé le sort de celui qui semble le plus fragile, Amir Peretz. Comme quoi, Jérusalem et Florence n'ont pas seulement en commun d'être des villes-monuments à la splendeur historique ... le qualificatif de "florentin", utilisé il y a bien longtemps pour surnommer un futur Président français, ce surnom si évocateur de chausses-trappes et complots de spadassins, semble malheureusement aussi bien à propos pour la politique israélienne !
J.C

Israël est une démocratie où pas un jour ne se passe sans une nouvelle annonce, déclaration, rumeur politique qui nous promet à chaque fois un cataclysme imminent. La situation « d’après-guerre » ne fait qu’exacerber une constante de la vie politique israélienne : la révolution permanente. Ainsi, de nombreuses voix se consacrent quotidiennement à la chronique de la mort annoncée du premier gouvernement Kadima : elles prophétisent l’expulsion imminente d’Amir Peretz. Et, avec sa « liquidation » politique, le départ des Travaillistes du gouvernement. Parallèlement, on parle d’une éventuelle entrée du Likoud et d’Israël Beitenou pour former une nouvelle coalition, rumeur alimentée par le silence troublant de Benjamin Netanyahou, actuel chef de l’opposition. Enfin, pour brouiller encore davantage les pistes, on a pu assister à des tentatives de rapprochement, pour ne pas dire d’entente cordiale, entre Israël Beitenou, le Likoud, et le Ihroud Léoumi. Cela ressemble à de l’hébreu, et même furieusement ...

Il est certain qu’Amir Peretz ressort très affaibli par cette guerre. L’effet pourrait s’avérer dévastateur, même s’il est encore difficile, dans l’état actuel des choses, de prévoir où s’arrêtera l’onde de choc : l’affaiblissement, voire la démission de l’actuel Ministre de la Défense, ne mettra t-elle pas en danger, et pour longtemps, la crédibilité de l’Armée, du Chef d’État-Major, du Chef du gouvernement ? Car il est une évidence : Amir Peretz ne se laissera pas tranquillement « sacrifier ». Deux indicateurs. D’une part, sa tentative d’impliquer six ans [1] de commandement militaire (Mofaz, Barak, et même Sharon) dans ce qui est exagérément présenté comme un fiasco total de l’Armée israélienne. Si Amir Peretz devait tomber sans filet de sécurité, sans doute essayerait-il d’entraîner dans sa chute et le Chef d’État Major, et Ehud Olmert. C’est pourquoi ces deux là ont impérativement besoin d’une très prochaine victoire spectaculaire (peut-être la libération de Guilad Shalit dont la presse parle de plus en plus). D’autre part, Amir Peretz a adopté une position beaucoup plus agressive par rapport aux contestataires de son propre parti : les fameux « généraux » (Matan Vilnaï, Ayalon, etc.) qui lui avaient déjà donné du fil à retordre. Le message est clair : « si je dois démissionner, vous n’aurez pas le poste de Ministre de la Défense ».

Reste à signaler une « pirouette » qui peut être nous mettra sur la piste de ce qui est amené à se produire un jour ou l’autre : un proche de Peretz, Ben Eliezer, qui bénéficie d’un passé militaire, et qui fut d’ailleurs pressenti pour le poste de Ministre de la Défense du temps où Peretz devait recevoir le portefeuille des Finances, vient d’adopter une position pour le moins surprenante. Un rappel : Olmert s’est déclaré en faveur d’une enquête gouvernementale, prenant à contre-pied les appels de plus en plus urgents - relayés par une partie de la population - pour une enquête parlementaire sur la guerre du Liban. Le lendemain de cette déclaration, Peretz a réclamé une enquête parlementaire, provoquant la colère d’Olmert, d’une partie de l’Armée et du gouvernement. Là encore, Peretz a fait la preuve, si besoin en était, qu’il ne se laisserait pas « éliminer » à si bon compte. Or, curieusement, Ben Eliezer s’est prononcé en faveur d’une enquête gouvernementale, critiquant très âprement le principe d’une enquête parlementaire ; il a aussi multiplié les signaux « amicaux » en direction de l’État-Major, d’Olmert et de l’Armée. Cela semblerait indiquer qu’il prépare en douceur son transfert au Ministère de la Défense ... Reste la grande inconnue : que faire d’Amir Peretz ? Sans doute les « dissidents » du Parti Travailliste ont-ils leur idée.

Le silence de Benjamin Netanyahou est troublant. Surtout quand on est habitué à ses sorties virulentes. Cependant, il ne faudrait pas en tirer des conclusions trop rapidement : rien n’indique clairement qu’il soit destiné à rejoindre une coalition. Tout au contraire : Bibi et Liberman semblent intéressés à rester dans l’opposition, où chacun se dispute d’ailleurs très violemment l’autorité de l’autre. Une seule réponse alors au silence tactique de Bibi : il attend. Il attend l’issue de certains événements qui détermineront à coup sûr la direction du vent politique non seulement en Israël mais dans toute la région ...

La presse juge très sévèrement les résultats de cette guerre. Peut-être peut-on voir dans cette sévérité le projet - inconscient ou manipulé ? - de casser Peretz. Il ne faudrait cependant pas prendre pour acquise la démission de Peretz : elle n’est pas dans l’intérêt d’Olmert et du gouvernement. Car finalement, un Peretz affaibli, dont la parole a perdu tout crédit, contesté à l’intérieur de son propre parti, dont chaque jour passé au poste de la Défense, parce qu’il est à contre-emploi au regard des attentes de son électorat et ne convient pas à l’homme, mine un peu plus une autorité déjà défaillante en même temps qu’elle fait grandir le désordre et la contestation au sein de la gauche, est sans doute un avantage : elle sabote l’avenir politique de l’homme et le désigne comme responsable de toutes les défaillances. Peretz à la Défense, c’est un homme voire un parti tout entier qui se présentera cassé aux élections ... Certes, il y a des successeurs à Peretz. Sans doute même trop.

Jérusalem, le 9 Septembre 2006.
Isabelle - Yael Rose

[1] Retrait du Liban des forces militaires israéliennes.

06 janvier 2006

Amir Peretz et Benyamin Netanyahou – la faucille et le marteau

Tribune Libre

Introduction :
Quelques jours avant la deuxième et foudroyante attaque cérébrale d'Ariel Sharon, Isabelle Rose m'avait envoyé depuis Jérusalem cette tribune consacrée à ses deux "outsiders", alors que les sondages prévoyaient le triomphe de son nouveau parti centriste "Kadima". Les observateurs se sont accordés pour dire que la situation politique était bouleversée, cependant il n'est pas dit que le choix centriste des électeurs israéliens soit remis en question (voir le sondage publié hier par le journal "Haaretz" et la chaîne de télévision "Channel 10"). Reste qu'Amir Peretz le novice en politique et Benyamin Netanyahou le démagogue déjà expérimenté, semblent rivaliser dans les déclarations irréalistes. Et l'auteur de cette tribune a raison de pointer du doigt leurs contradictions, quelles que soient par ailleurs les sympathies légitimes - et diverses - des lecteurs de ce blog !
J.C

A première vue, rien ne semble rassembler ces deux hommes : le premier, sépharade originaire du Maroc, est issu d’une famille modeste ; c’est en faisant carrière dans le syndicalisme, qui lui ouvrit les portes de la politique, qu’il devint le Président du Parti Travailliste. Le second, ashkénaze, né d’une famille bourgeoise, fit des études aux États-Unis avant de commencer sa carrière politique dans le Likoud dont il est aujourd’hui le Président. Les parcours, de même que les personnalités, semblent donc séparer les deux hommes.

Poussons plus loin la comparaison.
Le moto de la campagne de Benyamin Netanyahou lors des toutes récentes Primaires se concentrait dans une formule : « Jérusalem ne doit pas être divisée ». D’une manière plus générale, Netanyahou a insisté sur son refus de céder d’une manière unilatérale aucun territoire à l’Autorité Palestinienne. Une première remarque doit être faite : l’électorat de Netanyahou ne s’est pas arrêté sur la nuance du « unilatéral », mais a voté pour lui dans la perspective d’un refus catégorique de toute cessation de territoire à l’Autorité Palestinienne. Seconde remarque : au même moment, des élections ont lieu dans les Territoires qui semblent annoncer une victoire du Hamas sur les partisans du gouvernement actuel. Tout se passe donc comme si le Hamas, fort d’une victoire aux élections, était destiné à devenir le futur interlocuteur d’Israël. Ce qui placerait donc un hypothétique gouvernement de Netanyahou dans l’obligation de négocier avec le Hamas, puisque la négociation est la condition sine qua non que Netanyahou a posé comme préalable à toute évacuation. A la lumière de cette nouvelle donne, on comprend alors mieux pourquoi l’actuel gouvernement a préféré la voie du retrait unilatéral, qui ne le place pas dans l’obligation de négocier avec le Hamas. Mais on comprend alors beaucoup plus mal comment Benyamin Netanyahou, dont l’électorat est par principe opposé à toute évacuation, pourra lui imposer des négociations avec le Hamas. La réponse est simple : Benyamin Netanyahou est pour le statu quo.
Un dernier élément doit être pris en compte pour évaluer cette position : l’électorat de Netanyahou ne souhaite pas évacuer les Territoires, tout en rêvant en même temps d’un Israël libéré de la présence arabo-musulmane. D’où une dernière question, à laquelle Netanyahou se garde bien de répondre : que faisons-nous avec les 2 300 000 Arabes (chiffres 2005 de « La Paix maintenant ») ? Car si l’on prétend à la souveraineté juridique et politique sur ces territoires, il faudra alors ouvrir le droit à la citoyenneté israélienne à leurs habitants. Tous les démographes s’accordent à dire qu’une telle extension mettrait en péril le caractère juif de l’État d’Israël. De toutes façons, les électeurs de Bibi ne sont pas prêts à une telle décision : finalement, ils veulent la terre, mais sans les habitants. 2 300 000 Arabes : comment ?

Inversement, Amir Peretz, ancien « combattant » de « La Paix maintenant », a annoncé très péremptoirement que s’il venait à être élu, les Territoires - dont Jérusalem-Est - seraient évacués d’ici cinq ans. Nous avons vu que l’évacuation du Koush Katif, où l’on ne parlait que de « quelques » milliers d’habitants, ne s’est pas faite si facilement : d’abord, il y eut le déchirement de la population qui n’était pas encore tout à fait prête à accepter le principe de l’évacuation ; ensuite, le coût budgétaire de l’évacuation - sans compter les pertes sèches des investissements en infra-structures et en locaux ; les indemnisations - furent une très lourde charge qui n’a toujours pas, au jour d’aujourd’hui, reçu l’intégralité de son financement ; enfin, les personnes déplacées ont besoin d’être accueillies pour pouvoir s’intégrer : écoles, services publiques, travail, logement, etc. Il est encore de nombreuses familles du Goush Katif à vivre dans des hôtels, sans travail, dont les enfants n’ont pas trouvé à se scolariser et qui développent des troubles psychologiques. D’où une première question : quand nous parlons des Territoires, nous parlons de 243 000 Juifs (sans compter une population équivalente pour Jérusalem Est). Qui va financer leur évacuation ? Sur la base du coût du départ de la bande de Gaza (8000 personnes), cela représenterait 60 milliards de dollars, sept mois du PNB d’Israël ... La construction de nouvelles écoles, de nouveaux logements, le versement des indemnisations ? Et la population israélienne est-elle préparée à cette évacuation beaucoup plus massive ? Qui touche à des lieux très symboliques ? Seconde question : Que faire avec les « grands blocs d’implantations »? Peut-on envisager une présence juive dans certains territoires sous souveraineté palestinienne - comme on voit une présence arabe dans certains territoires sous souveraineté israélienne ? Nous n’abordons là que quelques problèmes. Or, force est de constater qu’à aucun moment Amir Peretz ne les traite : quand il ne « braille » pas, il se tait.

Quelles conclusions en tirer ? Le discours de Benyamin Netanyahou comme celui d’Amir Peretz ne font preuve d’aucune responsabilité : ils alignent les slogans, les dogmes, les mots d’ordre, sans jamais s’inquiéter des nuances complexes que commande la réalité. Ils sont devenus les porteurs d’une idéologie schématique qu’ils utilisent pour flatter leur électorat. Est-ce de la politique ? Nous appelons cela du marketing. Au mieux : de la publicité. Leur électorat ne leur pardonnera jamais de les avoir trompés d’une manière si vulgaire ...

Isabelle Rose

P.S :
Question souvent posée à propos de notre radio : comment vous situez-vous par rapport au conflit israélo-palestinien ? Et quel est votre positionnement par rapport aux autres antennes de la fréquence juive de Paris ? Impossible de répondre en quelques phrases, ceci fera l'objet d'un autre article. Pour faire court : la ligne générale est (stratégiquement) le soutien aux grands principes définis par le manifeste "deux Peuples - deux États" (voir en lien permanent) ; mais ceci sans illusions sur les probabilités d'une Paix en court terme, et avec toutes les nuances représentés par les différents journalistes, chroniqueurs et producteurs d'émissions !
A propos du soutien à la nouvelle politique initiée par Ariel Sharon, lire le billet d'André Nahum (cliquer ici).