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14 janvier 2007

On parle du blog sur la toile (suite)

L’audience d’un blog est directement liée aux liens, permanents ou sur un article particulier, que d’autres adresses vont créer avec lui. J'avais déjà évoqué au début 2006 les premiers blogs qui parlaient de « rencontrejudaiquesfm ». Le 16 septembre dernier, j'évoquais pour la première fois mon classement sur "technorati" (la petite icône verte dans la colonne de droite). Ce moteur de recherche spécifique aux blogs me classait alors à la 423.128ème place, sur des dizaines de millions d’adresses - classement basé justement sur le nombre de liens aboutissant à mon blog.

Le 31 décembre, le classement passe au rang 340.623, avec 34 liens établis par 11 blogs.

Je ne peux tous les citer, bien sûr et ce serait fastidieux, en voici quelques uns qui témoignent de leur diversité, en vous invitant à lire les liens :

Le blog "Le Troisième Temple de Jérusalem" recommande chaudement mon émission, cela fait bien plaisir de découvrir un auditeur fidèle et intéressé !
L'historien israélien Ygal Bin-Nun avait été mon invité en juin 2005, nous avions parlé des relations secrètes entre Israël et le Maroc. Il évoque cette émission sur son blog, où figurent aussi beaucoup de documents sur le sujet. Malheureusement, il semble avoir rapidement cessé d’actualiser le site.
"Zizou from Djerba", mon ami originaire de Djerba et dont le blog est en lien permanent sur le mien, a entendu le podcast de mon interview de Pierre Vermeren. Elle l’a intéressé, et il a lui-même mis un lien dessus ! A noter que Zizou, après avoir vécu un an au Liban vit maintenant aux États-Unis. Son blog a été récemment enrichi et embelli.
Ma dernière interview de Houchang Nahavandi a été enregistrée sur un site iranien d’opposition, où elle peut être entendue ... mais cela, j’en avais déjà parlé sur le blog.
Un blog américain se fait l’écho de la traduction par « Memri » d’un article de Mezri Haddad publié en exclusivité sur le blog - cela, je vous en avais également déjà parlé ici.
JC Durbant a publié un salut amical à « Rencontrejudaïquesfm », en reprenant mes deux « posts » sur les nouveaux blogs en liens permanents - où je vous avais invité à découvrir le sien ! Le début, j’espère, d’échanges fructueux entre nos deux médias.
Un forum du journal "le Monde" traitant des relations entre islam et chrétienté au Moyen Orient a mis en lien mon article sur le message de Noël du père Shoufani (post du 24 décembre) ... et cela a permis à de nombreux internautes de découvrir le blog.
On parle même de mon blog en langue portugaise ! Le blog « Observatorio da Jihad » est un média très engagé contre l’islamisme, et il a repéré mon adresse, en indiquant même les heures d’écoute pour suivre l’émission à distance, sur Internet.

Merci à tous ! Et faisons le pari que 2007 sera très riche en nouveaux liens croisés et échanges.

J.C

12 janvier 2007

Kadhafi, portrait inédit


Le Cox du jour
- janvier 2007

Une nouvelle série sur le blog, celle des caricatures savoureuses de Cox.

Cox et Forkum sont deux dessinateurs talentueux dont je vous recommande le site, si vous ne le connaissiez pas encore. En particulier, une série de « cartoons » qui font mouche ont été publiés à propos de l’affreux Ahmadinejad.

Cox a réalisé des portraits plus vrais que nature des dirigeants du monde musulman, certains sympathiques, d'autre beaucoup moins. J’en publierai à partir de cette année, en commençant par l’inénarrable Kadhafi ... qui vient de décréter un deuil de trois jours à l’occasion de la pendaison de Saddam Hussein.

J.C

11 janvier 2007

Guerre d’Algérie, mémoires plurielles : écoutez Benjamin Stora sur le Web

Enfin ! J’ai le plaisir, à nouveau, de vous proposer l’écoute en podcast d’une émission ancienne de « Rencontre », diffusée il y a presque deux ans (le 16 janvier 2005).

Ce jour là, j’ai eu l'honneur d’avoir comme invité un très grand historien, Benjamin Stora, qui est une réelle référence pour ce qui concerne la guerre d’Algérie. L’interview a été bâtie autour de son livre, « La gangrène et l’oubli », et je vous invite à découvrir ou à relire l’article déjà publié sur le blog (cliquer ici).

Ce jeudi 11 janvier, « France 2 » doit diffuser une émission intitulée « La bataille d’Alger ». Beaucoup de réactions sont à prévoir, car on y verra comme invitées d’anciennes « poseuses de bombes du FLN » ... Décidément, après une période d’occultation parfaitement analysée par Benjamin Stora dans son livre, les blessures de ce douloureux conflit n’ont pas fini de cicatriser.

Vous pouvez écouter le podcast en appuyant sur play ou en le téléchargeant ici

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J.C

09 janvier 2007

Après la conférence négationniste de Téhéran : commentaires et réactions

Immédiatement après la « conférence » négationniste de Téhéran, les 11 et 12 décembre derniers, j’avais publié un post intitulé "A propos des traîtres de Stuttgart, Téhéran ou d'ailleurs". La présence d’une demi-douzaine de Juifs ultra orthodoxes embrassant Ahmadinejad et paradant aux côtés du gratin antisémite de la planète était sur le coup insupportable, et on pouvait craindre deux choses : un silence de la part des autorités religieuses du Judaïsme, silence qui se serait voulu méprisant mais qui aurait conforté cette poignée d’authentiques salauds ; une absence de mise au point, qui aurait accrédité, en dehors du peuple juif, l’idée que l'héritage de la Shoah ou l’existence de l’État d’Israël constituaient de véritables clivages (exactement ce que souhaitaient les responsables iraniens, qui ont énormément médiatisé ces invités singuliers).

Or les réactions d’authentiques Juifs pratiquants ont été cette fois nombreuses, et beaucoup plus affirmées que lorsque les mêmes « Nétoureï Karta » (« les gardiens de la cité) », secte antisioniste ultra, avaient par exemple été se faire photographier avec Dieudonné, être les hôtes du Hezbollah à Beyrouth ou prier sur la place publique lors de l’agonie de Yasser Arafat : la « photo de famille » avec Faurisson fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase ! Pour ceux qui n’auraient pas enregistré toutes les réactions, je vous en donne ci-dessous une petite compilation.

1. Une pétition pour exclure de la communauté juive les Nétoureï Karta, en leur interdisant tout contact avec le reste de leur peuple, toute fréquentation de synagogues et tout service communautaire a été mise en ligne, voici l’adresse pour la signer : http://www.petitiononline.com/Neturei/petition.html. A noter également qu'un groupe de Juifs New-yorkais est allé plus loin, organisant une manifestation le 7 janvier dernier, et dévoilant sur le Web les noms et adresses des "traîtres de Téhéran". Un site Internet a même été créé à cet effet !

2. Élément remarquable, cette pétition a été signée par toutes les communautés orthodoxes, y compris par exemple les Loubavitch (l’obédience la plus nombreuse parmi elles en France), mais aussi par des communautés se définissant comme « anti-sionistes » comme l’obédience Satmar. En effet (et les Nétoureï Karta se revendiquent de cette école), le monde juif orthodoxe a refusé, à l’origine, le Sionisme en n’acceptant pas un retour en Terre Sainte non dirigé effectivement par le Messie, personnage central dans la tradition religieuse juive. Les Loubavitch, par exemple, ont une approche nuancée, regrettant que l’histoire ne se soit pas déroulée conformément à des millénaires de prières - mais considérant le retour effectif du peuple juif dans son pays comme un cadeau qui ne se refuse pas ; les Satmar (qui sont une centaine de milliers sur 13 millions de Juifs au total) demeurent hostiles à Israël en refusant d’y vivre - mais cela ne les conduit pas à la trahison pure et simple comme la secte des « gardiens de la cité ».

4. Sous le titre "l'abomination de la désolation", Schlomoh Brodowicz, lui-même un Juif orthodoxe, a écrit un article remarquable sur le site d’information « Guysen Israël News », où il démonte les arguties des « traîtres de Téhéran », et notamment le discours insupportable sur la Shoah, « punition divine ». En voici un extrait savoureux : « Aussi, accommoder la plus grande tragédie du peuple juif à la sauce d’un sordide agenda politique, c’est déjà cracher sur D-ieu. Mais quand en plus, on porte un chapeau et une barbe, on mérite d’être roulé dans le goudron et les plumes. Quant à l’interdiction qui nous serait faite de déférer nos persécuteurs devant la justice, j’aimerais humblement savoir dans quelle mare croupissante nos doctes ont péché une ânerie pareille. S’inspirent-ils de Samuel, qui trancha lui-même la tête de Agag, le roi d’Amalek que Saül avait laissé fuir ? De Mardochée qui s’employa au châtiment de Haman ? Des Hasmonéens dont nous nous apprêtons à célébrer la victoire ? Et la Mitsvah qui nous est faite de nous souvenir de ce que nous a fait Amalek, en quoi consiste-t-elle ? À aller faire ses hommages à ceux qui veulent parachever son oeuvre ? »
 

3. En Israël où vivent (c’est un comble !) quelques centaines de membres de cette secte, le Grand Rabbin Yonah Metzger a immédiatement condamné des « brebis galeuses » et appelé à leur isolement. Le quotidien anglophone « Jerusalem Post » a publié un reportage de Larry Derfner qui est allé dans le quartier de Méa Chéarim à Jérusalem interviewer le leader local de cette secte ... où il apparaît que, même parmi les Nétoureï Karta, les excités du genre qui sont allés embrasser le fou furieux antisémite de Téhéran ne sont que quelques douzaines - de quoi bien relativiser l’impact de leur visite (mais l'impact des images sur des téléspectateurs mal informés est hélas une autre affaire !).

Au-delà de ces enquêtes et réactions juives, le plus important est maintenant la réaction du monde civilisé. Les négationnistes de retour de Téhéran devraient être exposés à des poursuites judiciaires, là où existent des lois contre leur sinistre activité. Le plus important, à court terme, ce sont les condamnations morales de cette abjecte « conférence ». Le CRIF a publié deux réactions, que je vous invite à lire en lien :
Celle de la Conférence des Evêques de France ;
Celle de Dalil Boubakeur, recteur de l’Institut Musulman de la Mosquée de Paris.

Enfin, la plus belle des réponses consiste à travailler encore et encore sur la Shoah, en mettant en évidence de nouvelles preuves de ce que tous les antisémites du monde veulent relativiser, banaliser ou - au pire - nier. Le père Patrick Desbois a entrepris un travail fabuleux, allant en Ukraine mettre au grand jour les innombrables charniers où ont été fusillés et enterrés près d’un million et demi de Juifs : Guysen TV nous permet de suivre une interview remarquable de 17 minutes !

J.C

08 janvier 2007

Choc ou dialogue des cultures ? Jacques Eladan sera mon invité le 14 janvier



J’ai eu beaucoup de plaisir à réaliser l’émission, déjà enregistrée et qui sera diffusée dimanche prochain sur Judaïques FM. D’abord parce que je retrouvais, après plusieurs années, Jacques Eladan qui avait été à plusieurs reprises mon invité au début de la série. Il s’agit d’une personnalité originale et très attachante. Professeur et docteur ès lettres, depuis peu à la retraite, il est né à Ouaezzane au Maroc. Il a publié de nombreux recueils poétiques, des essais, des anthologies et un récit autobiographique, « Lueurs partagées », qui avait été le thème d’une émission. On peut dire que chez lui la vie et l’œuvre se confondent vraiment, parce que Juif marocain nourri au lait de la culture française grâce aux écoles de l’Alliance Israélite Universelle, il n’a jamais renié ni ses racines juives, ni son identité orientale, cherchant peut-être naïvement - nous l’étions tous un peu il y a une dizaine d’années après l’euphorie des accords d’Oslo - à contribuer à un rapprochement entre les Juifs et les Musulmans. Je rappellerais juste son anthologie « Espérance poétique Chalom Salam », dont il avait lu à la radio des extraits avec Nadia Samir, c’était juste avant le début de la deuxième Intifada.

Depuis les années 2000, hélas, il y a eu le retour de la violence israélo-arabe, le 11 septembre, la vague islamiste qui semble balayer le monde musulman, et puis les menaces existentielles de l’Iran, et de tout cela nous avons beaucoup parlé ces derniers mois car la priorité, pour nos auditeurs, reste cette actualité menaçante. Mais avec cette émission nous allons nous accorder une respiration ; on va prendre un peu de hauteur en parlant de l’ouvrage que Jacques Eladan vient de sortir et qui traite, de façon à la fois très érudite et très agréable à lire, de la question de fond qu’il y a derrière tout cela : tout le monde parle du « Choc des civilisations », théorisé par Huttington. Et justement, son livre s’appelle « Choc ou dialogue des cultures, dans la littérature française et dans la conscience juive » (Éditions Auteurs du monde, 20 E). J’en ai déjà un peu parlé, à propos de l’Andalousie (lire ici). Ce petit ouvrage (moins de 200 pages) nous fait enjamber les siècles et les civilisations. Dans la première partie, l’auteur analyse les différentes opinions formulées par les grands auteurs français sur les cultures étrangères ; dans la deuxième, il évoque les symbioses culturelles conçues par les Juifs dans leurs pays d’exil.

J’ai donc construit mon questionnaire de manière à faire passer au mieux l’actualité extraordinaire de textes anciens : est-ce que « Les lettres persanes » de Montesquieu n’annoncent pas le « relativisme culturel » d’aujourd’hui ? Est-ce que la charge de Jean-Jacques Rousseau contre la civilisation occidentale, ne se retrouve pas, de nos jours, dans un discours « altermondialiste » qui dénonce les société développées et, au contraire, est plein de compréhension pour toutes les violences importées des pays pauvres ? Qu’ont dit vraiment Gobineau et Renan, à propos des Juifs et des Musulmans ? Et doit-on penser que la symbiose judéo-française est sur le déclin ? ... Rendez-vous dimanche 14 janvier, sur le 94.8 FM !

J.C

07 janvier 2007

Le Pen, candidat des Mollahs

Jean-Marie Le Pen (photo AFP)

Au moins les choses sont claires, pour l’un des problèmes les plus lourds de l’agenda international - un problème existentiel pour Israël et pour le peuple juif : Jean-Marie Le Pen est le seul candidat à la Présidence de la République à ne pas s’inquiéter d’un Iran en passe de posséder l’arme nucléaire, et donc de sanctuariser définitivement son territoire ... en attendant de répandre la révolution islamique à l’extérieur ! Le leader du Front National, avec un flair politique remarquable, a très bien compris qu’électoralement parlant, il n’avait rien à perdre en se positionnant clairement sur le sujet ; qu’en adoptant une position « scabreuse » il restait fidèle à sa réputation d’éléphant dans le magasin de potiches politiques en porcelaine ; et que sur le fond (voir développement un peu plus loin) ce genre de position lui donnerait plutôt l’avantage par rapport à ses concurrents.

Kavéh Mohseni, qui a été mon invité déjà deux fois à mon émission, et qui est le responsable du remarquable site d’opposition iranien « iran-resist » (en lien permanent), a publié un article intitulé "Pourquoi Le Pen défend officiellement l'Iran et son droit à la bombe ?". Sa théorie est que, en politicien roué, le vieux leader de l’extrême-droite française sait parfaitement que la prolifération nucléaire, qui va se développer de l’Iran à l’ensemble du monde musulman, entraînera un contexte instable, favorable aux intégristes et qui, par réaction, donnera un coup d’accélérateur à une réaction nationaliste et xénophobe en France. Un calcul dangereux et désastreux, que Kavéh Mohseni a bien raison de dénoncer ! Mais ( et en toute amitié ) je trouve son analyse un peu limitée, car l’engouement de Jean-Marie Le Pen s’explique, à mon avis, par des raisons à la fois idéologiques et tactiques.

D’abord je pense (mais peut-être suis-je naïf ?) que les responsables politiques - et Le Pen en est un, même si ses propos furent souvent irresponsables - maintiennent un minimum de cohérence entre ce qu’ils disent et ce qu’ils pensent. A fortiori s’ils sont extrémistes, car leur exclusion du champ du décisionnel leur permet de rester fidèles à leurs idées ! Le grand parti d’extrême-droite a donc des partis « frères » aux côtés desquels il siège au parlement européen (en gros tous les populistes, les néofascistes italiens non repentis et les néo-nazis autrichiens de Jörg Haider). Et il ne peut que sympathiser avec la mouvance islamiste qui est la version musulmane des « bruns » européens (relire à ce sujet les propos de Latifa Ben Mansour sur le plateau de « Rencontre » : "Les frères musulmans sont un parti d'extrême-droite antisémite").

Antisémite, le mot est lâché et il prend tout son goût de cendre lorsqu’une grande capitale (Téhéran) est devenue, sans complexes, la capitale mondiale du négationnisme le plus abject. Mahmoud Ahmadinejad a tenu des discours répétés distillant que la Shoah est un mythe et que les Juifs en ont profité, et il vient d'organiser l'ignoble "conférence" que l'on sait ; Jean-Marie Le Pen avait dit il y a déjà presque 20 ans que les chambres à gaz étaient « un détail de l’Histoire » ; et la presse du Front National n’a jamais faibli dans la dénonciation des obscurs « lobbies mondialistes » exploitant le souvenir de la Seconde Guerre Mondiale.

Mais la sympathie de Le Pen pour les Mollahs ne s’explique certainement pas, non plus, par un amour inconsidéré pour la constitution de la République islamiste. Son vrai, son plus acceptable ami dans la région avait été le Président déchu de l’Irak, Saddam Hussein, dont il a condamné de la façon la plus véhémente l'exécution - ce qui ne manque pas de sel, venant du seul candidat à vouloir rétablir la peine de mort dans notre pays ! L’actualité va trop vite, et on rappelle assez peu son pitoyable voyage entre l’invasion du Koweït et la guerre du Golfe en 1991, sa réception à Bagdad et sa dénonciation - en parfait diapason avec l’extrême-gauche - de « la guerre pour le pétrole ». A l’époque (et toujours maintenant d’ailleurs), on pouvait entendre sur les ondes de « Radio Courtoisie » (la radio du « pays réel » - celui de Charles Maurras - et de la francophonie) moult éloges du régime baasiste, laïc et ami de la France. Saddam disparu, restent ses ex-ennemis iraniens aussi fanatiquement antisémites que lui, et qui l’ont remplacé comme challengers crédibles des Américains au Moyen-Orient.

Et voilà un dernier argument, qui curieusement fait partie des « non dits » de la classe médiatique face au vieux leader : l’anti-américanisme est tel en France que la dénonciation des USA par Le Pen, ses insultes à Sarkozy traité de « vassal de l’Oncle Sam » passent très bien ! Il faudrait être un peu politologue pour expliquer que l’hostilité aux Anglo-Saxons est aussi vieille que l’extrême-droite française, qu’elle se nourrit de la haine parallèle d’Israël et des Juifs, et que nous en avons connu un bel épisode sous l’Occupation, lorsque Radio Paris dénonçait les « bombardements barbares » de l’US Army ! Plus près de nous, Jany Le Pen présidait il y a peu l’association « SOS Enfants d’Irak » et dénonçait les « affameurs américains ».
Or tout cela paie, paie énormément dans notre pays. Jean-Marie Le Pen en a encore rajouté une couche, lors d'un discours prononcé en Vendée le 22 octobre : d'après le journal "Le Figaro", il a "vivement critiqué les États-Unis qui sont souvent instigateurs de la guerre" et insisté sur "le déséquilibre actuel des rapports internationaux" né de "la disparition de l'Empire soviétique, pour salutaire qu'elle fût". Préconisant "la grande Europe, de Brest à Vladivostock", il a estimé "qu'elle ferait pièce aux visées hégémoniques de Washington". Nicolas Sarkozy risque par contre de rater son élection en raison d’une poignée de mains de trop avec Georges Bush. Et cinq, peut-être six millions de Français n’auront aucun complexe en allant voter pour celui qui était allé hier soutenir Saddam, et qui ira peut-être demain cirer les babouches d’Ahmadinejad.

A propos des liens passés du Front National avec le régime de Saddam Hussein, lire le remarquable dossier du journal "l'Express".

Fin politique, le président du Front National a aussi intégré les mutations démographiques de la France, et la nécessité de "draguer" une partie des électeurs issus de l'immigration, excédés par l'insécurité des banlieues et ... probablement sensibles, hélas, à sa rhétorique anti-israélienne. A noter cette affiche de campagne de Le Pen, totalement inattendue mais qui semble marquer un tournant.

Combien symbolique apparait pour finir l'accueil chaleureux de Dieudonné à la fête des "Bleus-blancs-rouges ! Aux yeux des caméras, l'antisionisme militant était venu réconcilier, grâce à l'ex-amuseur public, les deux extrémismes de la politique - celui de l'extrême-gauche, qui refuse le droit à l'existence d'Israël, mais qui est prête à pactiser avec les pires fascistes islamistes toujours par haine des États-Unis ; et celui de l'extrême-droite la plus dure, qui n'arrive pas à digérer l'insupportable liberté retrouvée des Juifs, en tant que peuple vivant dans en État indépendant ! On lira à ce sujet la remarquable documentation sur Dieudonné et le FN publiée sur le très intéressant blog de Vinz, que j'ai dernièrement ajouté aux liens permanents.

Jean Corcos

04 janvier 2007

Hier, sur Judaïques FM, André Nahum a parlé de la Somalie ; et des étranges positions de l'Union Européenne et de la Ligue Arabe

Bonjour.

Il s'est passé ces derniers jours dans ce qu'on appelle la corne de l'Afrique, un évènement considérable dont nos médias ne semblent pas avoir pris la mesure.
Tout le monde se souvient de ce qu'était devenue la Somalie, un pays livré à l'anarchie la plus totale au grand dam de sa population réduite à la famine et à l'insécurité. On se souvient des sacs de riz que Bernard Kouchner et les organisations humanitaires tentaient de distribuer pour atténuer un tant soit peu les souffrances de ce malheureux peuple. On se souvient du massacre des soldats américains qui a entraîné le retrait définitif des G.I.
En juin dernier un mouvement intégriste appelé "L'Union des Tribunaux Islamiques" (UTI) qui est à la Somalie ce que les Talibans sont à l'Afghanistan, s'empara du pouvoir pour fonder une république islamique, repoussant les troupes fidèles au légitime "gouvernement fédéral de transition" jusqu'à Baïdoa, obscure ville de province où ce gouvernement se maintint tant bien que mal en attendant l'assaut final de ses adversaires. Et non contents d'avoir conquis le pays, l'UTI rêvait d'en élargir les frontières pour fonder une "Grande Somalie" en arrachant quelques territoires aux pays voisins, l’Éthiopie et le Kenya.
Cette ambition causa sa perte. L’Éthiopie, puissance régionale déterminée, envahit la Somalie pour prêter main forte à son gouvernement légitime reconnu par la plupart des nations.En quelques jours, les soldats éthiopiens et l'armée somalienne bousculèrent les miliciens des " Tribunaux islamiques", leur enlevèrent la capitale Mogadiscio et les pourchassèrent avec succès jusqu'à leur dernier repaire. Et grâce à cette intervention musclée, le gouvernement somalien pu se réinstaller à Mogadiscio.

Que croyez vous que firent alors les États arabes dits "modérés" et l'Union Européenne ? Ont-ils encouragé ou soutenu, comme on aurait pu s'y attendre ceux qui faisaient le boulot à leur place ? Eh bien non, figurez vous. Avant que l’Éthiopie n'envahisse la Somalie, l'Union Européenne avait déjà tenté une médiation d'une façon qui aurait prolongé et légitimé le contrôle sur le pays de l'Union des Tribunaux Islamiques. Quand l'action éthiopienne fut engagée, Louis Michel, médiateur de l'Union européenne a condamné l’Éthiopie et a appelé à une cessation immédiate des hostilités. L'Organisation de la Conférence Islamique (OCI) et la Ligue Arabe ont appelé chaque jour à un retrait des troupes éthiopiennes. Comme si chacune de ces organisations et de ces États pourtant théoriquement engagés dans la lutte contre le terrorisme voulait empêcher la défaite des islamistes.

Cela laisse perplexe quand on pense que l'Amérique étant aux prises avec les différents terrorismes en Irak, c'est Israël qui s'est battu contre le Hezbollah pour tenter de l'empêcher de transformer le Liban en une base iranienne et que c'est l’Éthiopie qui s'engage pour mettre en déroute les Talibans d'Afrique alliés à Al-Qaïda. Et les autres puissances, où sont-elles ? Auraient-elles déjà succombé à la "tentation de la défaite" ?

André Nahum

03 janvier 2007

Saddam Hussein : une affiche qui veut dire beaucoup ...

Photo tirée du site "iran-resist"

Mon ami Kavéh Mohseni, responsable du site "iran-resist" en lien permanent, a publié un article assez amer après la pendaison de Saddam Hussein, regrettant que sa disparition empêche de lever le voile sur des décennies de complicités ouvertes ou occultes de l'Occident avec le dictateur. Pots de vin, chantage, peur de l'Iran islamiste, marchés juteux ... tout cela explique, en effet, le long et lourd silence de la plupart des dirigeants politiques. L'amertume de Kavéh s'explique aussi par la terrible guerre d'agression que Saddam a imposé à son pays, une guerre peu couverte par les médias et qui a fait un million de morts dans son peuple, y compris des victimes civiles et militaires de gaz de combat !

Son article était illustré par une photo, que je me permets de reprendre car elle est très parlante : celle de GI's, portant une des envahissantes pancartes glorifiant le tyran irakien. Mais cette pancarte là est particulièrement intéressante ! On peut reconnaître à côté de la figure réjouie de Saddam une représentation des "twins" au moment de l'attaque du 11 septembre. C'est que l'on a oublié que, le soir même du plus grand attentat de l'histoire, les seules télévisions au monde à avoir approuvé l'horreur étaient irakiennes ! Autre détail (visible en cliquant pour agrandir la photo), les fanions entrelacés de l'Irak et ... de la Palestine. Rappel gênant, aussi, pour le public européen : le plus constant soutien à la cause palestinienne fut un des pires tyrans du siècle dernier ; et on a beaucoup, beaucoup pleuré sa disparition dans les Territoires palestiniens.

J.C

02 janvier 2007

Nouveau liens, 3 : les sites portails, d’information, multimédia ou engagés

Et voici la dernière livraison de liens, en étrennes pour la nouvelle année ! J’ai peut-être mélangé des choux et des navets dans cette longue liste, mais il faut bien finir. Vous trouverez donc ci-dessous un petit guide descriptif, pour des adresses diverses : un grand site portail ; des sites d’information, purement Internet ou de presse ; des sites de radio, télé et de vidéo ; et deux sites « engagés » aux antipodes l’un de l’autre. En gras : le nom des sites et, pour certains, ceux d'anciens invités de mon émission.
Avec tout cela, vous pourrez vraiment ne pas devenir un « hémiplégique de la pensée » ; et (on peut rêver) venir tous les jours ici, le blog devenant un mini-portail d’infos.

Desinfos : « le » portail incontournable, pour qui veut surfer dans les eaux bouillonnantes, parfois brouillonnes et souvent passionnantes des sites communautaires juifs. La porte d’entrée vers l’information sur Israël, à la fois au travers d’adresses spécialisées et avec deux menus de news déroulants en langue française. Ce portail est tellement riche qu’il serait ridicule d’essayer de le singer en vous donnant à mon tour des dizaines d’adresses, d’autant plus que mon domaine concerne un sujet légèrement différent. A noter aussi le coin des blogs, qui amène chaque jour des visiteurs ici.

Guysen Israël News : l’agence de presse francophone d’Israël, au nom un peu étrange (qui est en fait la contraction du patronyme de son directeur, Guy Senbel). Bien connue des internautes de la communauté juive de France (des milliers reçoivent tous les jours sa newsletter), je la trouve surtout intéressante par ses éditorialistes dont les opinions sont assez variées tout en restant dans un spectre allant du centre à la droite israélienne ; spectre bien au diapason du lectorat, à en juger par les réactions publiées après chaque tribune !

Infolivetv : encore plus fort, la télévision sur votre écran d’ordinateur, avec des reportages filmés de quelques minutes chaque jour en langue française ! Un service en provenance d’Israël, gratuit (pour le moment), réalisé sous la direction d’Olivier Rafowicz, ancien porte-parole francophone de Tsahal, et qui fait preuve d’une grande ouverture d’esprit par l’éclectisme de ses invités (on y a même vu des membres du Hamas) ; à noter déjà une belle collection de vidéos en archive.

Mediarabe.info : je vous en avais déjà parlé sur le blog et j’ai déjà mis des liens sur certains articles. Ce site, consacré au monde arabe et qui comprend une revue de la presse quotidienne unique en ce genre, a été créé par d’anciens journalistes arabophones de « proche-orient.info », en particulier Chawki Freiha qui a été mon invité à plusieurs reprises. A suivre régulièrement, surtout pour ce qui concerne l’actualité tumultueuse du Liban en ce moment.

Jerusalem Post : site du quotidien israélien de centre-droit en langue anglaise. Jusqu’à présent, je n’avais mis que le Haaretz (libéral, de centre-gauche) en lien, mais comme cela vous aurez des sources plus équilibrées si d’aventure le blog vous servait de « portail » vers cette presse. Impossible de résumer en quelques lignes : disons que, plus que les nouvelles, ce sont à nouveau les éditorialistes qui font l’intérêt de ces adresses. Certains chroniqueurs du Haaretz commencent à me fatiguer avec leur défaitisme, et la guerre du Liban m’a fait découvrir des signatures de talent chez le concurrent !

France-Culture : cela fait un peu « pompeux » de mettre cette station parmi les sites d’information ... Mais au-delà des journaux qui sont bien dans le format de Radio France, il y a des dizaines d’émissions qui permettent (question d’espace temps disponible et de qualité, à la fois des invités et des producteurs) de prendre de la hauteur en traitant les sujets sur le fond. Mon modèle pour « Rencontre »! Ce site permet aussi de réécouter des émissions pendant une semaine, et de les « podcaster ». A noter en particulier Alain Finkielkraut (« Répliques ») le samedi à 9h10, et Abdelwahab Meddeb (« Cultures d’islam ») le dimanche à 18h10.

Al-Jazeera News : incontournable en raison de son audience dans le monde arabe, et bien au-delà. Inutile de se faire d’illusions, la tonalité générale oscille entre le nationalisme anti-occidental et l’islamisme plus ou moins soft (moins, en ce qui concerne le prédicateur antisémite Al-Qardawi). Là-dessus, la ligne générale de la nouvelle chaîne satellitaire en langue anglaise que j’ai mise en lien sera sans doutes moins agressive. Et puis, Al Jazeera a aussi permis à des Musulmans iconoclastes de s’exprimer, comme la célèbre Wafa Sultan

Memriblog : le célèbre « Middle East Media Research Institute » est une bible pour qui veut s’imprégner des média du Moyen Orient, arabes et iranien ; compilations d’articles traduits, d’enregistrements vidéo, synthèses analytiques. Tous les experts le connaissent, et j’ai eu récemment la surprise de voir que ... Memri s'intéressait à un article du blog ! Le « memriblog » que je mets en lien à la place de l’ancien est à la fois un blog avec des news plus lisibles, et un portail vers des extraits de la presse écrite ou télévisée.

La paix maintenant : un site militant, celui de l’association française des « Amis de Shalom Archav ». Il défend les positions de la « gauche sioniste », fortement battues en brèche depuis la deuxième Intifada. J’avais reçu à mon émission David Chemla, son président. Également en lien depuis l’origine sur le blog, le site « deux peuples - deux états » qui supporte une pétition soutenue par « la Paix maintenant ». A noter aussi sur ce site un lien sur l’émission de l’association sur Judaïques FM, un vendredi sur deux à 10h15.

Resilience TV : un autre site militant, celui-là totalement symétrique du précédent en ce qui concerne Israël ... puisque les signatures proches de la « droite nationaliste » dominent largement. « Resilience TV » a été lancé cette année par Lucien Samir Arezki Oulahbib, qui a été mon invité. Il publie des articles de fond dénonçant la complaisance occidentale vis-à-vis de l’islam politique, ce en quoi je me reconnais parfaitement ; il a aussi en lien des sites franchement hostiles aux Musulmans, ce en quoi je ne me reconnais pas du tout !

J.C

Bye bye 2006 … et un petit coup d’œil dans le rétroviseur !

Adieu 2006, vive la nouvelle année 2007 !

Ce fut une année riche en publications et pleine de nouveautés sur le blog.
Mais "rencontrejudaiquesfm" est d’abord le support d’une émission de radio. Et vous trouverez ci-dessous les liens vous permettant de découvrir ou de redécouvrir la programmation de l’an dernier.

15 janvier, Machination à Tripoli , invité : Maître Emmanuel Altit
29 janvier, Du Dar El Islam au Dar El Salam, invité : Morad El Hattab
12 février, Iran et la bombe, le dessous des cartes, invité : Kavéh Mohseni
26 février, Les Berbères, histoire d'un étouffement, invité : Lucien Samir Arezki Oulahbib
12 mars, Y a-t-il un choc des civilisations ? , invité : Emile Moatti
26 mars, Un point après les émeutes de novembre, invité : Mezri Haddad
9 avril, Que devient l'Amitié Judéo Musulmane de France ?, invités : Michel Serfaty et Djelloul Seddiki
23 avril, Les jeunes d'origine africaine en France, analyse d'un malaise, invitée : Diagne Chanel
7 mai, Le réveil chiite, invité : Antoine Sfeir
21 mai, C'est possible, histoire d'une intégration réussie, invité : Mohamed Khouttoul
4 juin, La presse arabe, langue de bois ou reflet de l'opinion ?, invité : Chawki Freiha
18 juin, Séfarades-Palestiniens, les réfugiés échangés, invités : Moïse Rahmani et Jean-Pierre Allali
2 juillet, Que devient le Conseil Français du Culte Musulman ?, invité : Didier Leschi
16 juillet, La nouvelle guerre du Liban, invité : Chawki Freiha
10 septembre, Spécial deux centième émission
22 octobre, Où va l'Iran ?, invité : Houchang Nahavandi
5 novembre, La deuxième guerre du Liban sera-t-elle la dernière ?, invité : Chawki Freiha
3 décembre, Est-il possible de critiquer l'islam ?, invité : Mezri Haddad
17 décembre, Le Moyen-Orient vit-il un entre-deux guerres ?, invité : François Heisbourg

Au nom de Judaïques FM et de tous nos auditeurs, tous mes chaleureux remerciements à tous ces invités, en espérant les entendre à nouveau sur nos ondes ... et vous en faire découvrir beaucoup de nouveaux en 2007 !

J.C

01 janvier 2007

Meilleurs voeux pour 2007 !


Bonne et heureuse année, amis Internautes.

Comme vous le voyez, j'ai repris la sympathique habitude de sortir les coupes de champagne pour "trinquer" symboliquement lors des évènement heureux ... Je ne sais pas combien d'entre vous seront bien réveillés ce 1er janvier, ou si vous aurez envie de venir à cette adresse qui vous devient, peu à peu familière. Tchin-tchin à tous ceux qui liront cette carte virtuelle !

Je ne vais pas commencer l'année en faisant (un peu) trop long, comme j'en ai la mauvaise habitude. Juste quelques mots, alors que le blog va fêter fin février ses deux ans.
Vous étiez environ mille à le lire chaque mois au début de l'année 2006, vous êtes maintenant trois fois plus nombreux ; parmi vous, une vingtaine arrivant chaque jour directement à l'adresse, preuve qu'un "audimat" régulier s'est constitué, que je dois maintenant développer d'avantage.
Cette audience en hausse est peut-être due à la réactualisation permanente, et je n'ai guère chômé l'année dernière : 252 publications, soit presque 5 par semaine périodes de repos comprises : ce n'est pas mal comparé à d'autres blogs (et je vous recommande à nouveau de naviguer  parmi les liens permanents mis à jour récemment). 2006 a été l'année où le blog est vraiment devenu un vrai outil multimédia : émissions podcastées, vidéos diverses mises en ligne, et je vous promets d'ajouter beaucoup, beaucoup de contenu à voir et/ou écouter en 2007.
Vous avez vu aussi la page d'accueil s'enrichir de "gadgets" sympas au fil des mois toute l'année dernière : deuxième promesse, enrichir encore plus le blog, en vous rappelant prochainement les fonctions des différentes icônes.

Reste le fond au delà de la forme : le blog, comme l'émission de radio dont il est le support, n'est qu'un modeste reflet de l'actualité, celle du monde musulman qui se confond avec celle du monde tout court avec la mondialisation des conflits ... et de l'info sur la Toile. 2006 n'aura pas été de ce point de vue une bonne année, avec des horreurs comme la deuxième guerre du Liban, l'assassinat d'Ilan Halimi, la victoire électorale du Hamas ou la "conférence" négationniste de Téhéran. Souhaitons des titres plus gais en 2007. Et que les hommes de bonne volonté, de toutes origines et religions, prennent un peu plus le dessus sur le fanatisme et la barabarie.

J.C

31 décembre 2006

Deux jolies photos pour bien finir une année 2006 assez triste

Blindé abandonné par les soldats
des "Tribunaux islamiques", Mogadiscio
(photo Reuters, 29 décembre 2006)

C'est une des meilleures nouvelles de cette année qui s'achève, et qui n'en a pas fourni beaucoup ! Comme le titrait vendredi "Libération", c'est la fin des "Talibans d'Afrique". J'avais évoqué sur le blog, il y a tout juste trois mois, la terreur que faisaient régner ces fanatiques sur le pays . Pour là bas comme pour ailleurs, des soit-disant experts se sont relayés pour nous expliquer qu'il était "simpliste" de voir dans la Corne de l'Afrique un champ de bataille du "djihad mondial" ... alors même que se battaient aux côtés des islamistes des volontaires venus d'une dizaine de pays ; et alors que les fameux "Tribunaux islamiques" venaient de déclarer une guerre sainte contre l’Éthiopie ... doublement "coupable" d'être majoritairement chrétienne, et d'avoir une forte minorité musulmane. L'armée éthiopienne est intervenue, battant à plate couture les talibans locaux et rétablissant un gouvernement plus présentable. Au grand dam des mêmes experts, qui jugent une telle intervention "pas conforme au droit international" ... Encore une occasion pour le Quai d'Orsay de prendre date pour l'Histoire, comme il l'avait fait en 1979 en condamnant l'entrée des troupes vietnamiennes au Cambodge - intervention qui seule permit (mais qui s'en souvient ?) de renverser Pol Pot et son équipe de génocidaires.


Le Premier Ministre britannique
Tony Blair allumant les bougies de Hanouka
(photo Reuters, 18 décembre 2006)

Les lumières de Hanouka sont éteintes, mais je viens de découvrir cette photo ... et je ne résiste pas au plaisir de la partager avec vous. Lors de sa tournée au Moyen-Orient, le Premier Ministre Tony Blair a été reçu par son homologue israélien, et à cette occasion a eu le plaisir (apparent) et l'honneur d'allumer le chandelier de la fête. Ce jour là, lundi 18 décembre, quatrième soir de cette semaine de célébration, nous en étions donc à quatre bougies - sans compter bien sûr, celle qui sert à allumer les autres, le "Shemesh".
Une photo bien agréable à regarder, qui veut dire beaucoup en termes de proximité entre les démocraties et l’État juif, et cela, à quelques deux mille kilomètres des antisémites de Téhéran qui rêvent de détruire l'état hébreu.

P.S : l'actualité ayant été fort riche entre Noël et Jour de l'An, je remets à la semaine prochaine le dernier "post" annoncé sur les nouveaux liens (sites d'information, multimedias, etc.)

J.C

30 décembre 2006

Exécution de Saddam Hussein : deux opinions et quelques rappels

L’ancien dictateur irakien a été exécuté à Bagdad, ce matin à l’aube.
Lien sur une page Web avec vidéo de la pendaison

Tout a donc été très vite, et « le Figaro» a juste eu le temps de mettre en ligne hier 29 décembre, les opinions de 9 personnalités questionnées sur cette exécution imminente. J’en ai retenu deux, intéressantes parce qu’un peu en contradiction avec les positions habituelles de leurs auteurs. André Glucksmann, qui a été et demeure un partisan de l’intervention américaine en Irak (ce qui lui a coûté extrêmement cher en termes d’audience dans son pays), ne voulait pas de cette exécution tant que le crime principal - le génocide des Kurdes - n’avait pas été jugé. Elie Barnavi (ancien ambassadeur d’Israël à Paris, qui écrit dans les colonnes de « Marianne », véritable brûlot anti-américain) trouve positif ce « tyranicide ».

André Glucksmann - Philosophe : «Je ne me sens pas le droit de pardonner»
«Il faut distinguer condamnation et exécution. Je dénoncerai l'exécution de Saddam Hussein, car il doit avoir été jugé sur tous les crimes qu'il a commis. C'est un point essentiel pour que le peuple irakien puisse voir et comprendre la terreur qu'il a subie pendant une trentaine d'années. Les conséquences des procès sont toujours positives. Nuremberg a été positif pour l'Allemagne comme l'absence de procès sur le goulag a été extrêmement négative pour la Russie. Concernant l'Irak, il est donc indispensable que lumière soit faite. Quant à la condamnation à mort, il faut distinguer entre les criminels de masse, millionnaires en victimes, comme Saddam Hussein, Hitler, Staline ou Mao, et les criminels ordinaires. Je suis pour l'interdiction de la peine de mort pour les criminels ordinaires. Mais je ne me sens pas le droit de pardonner aux criminels de masse, à la place des enfants et des parents de ceux qu'ils ont tués par millions. Il appartient à chaque peuple de décider du sort de ses dictateurs.»
Elie Barnavi - Historien et ancien ambassadeur d'Israël en France : «Une sorte de réparation pour des millions de persécutés»
«Il faut qu'il soit pendu. Je suis hostile à la peine de mort mais pas un ayatollah de l'abolitionnisme. Les nations ont besoin du tyrannicide quand il est organisé selon des règles de justice. Les épouvantables crimes de masse commis par Saddam Hussein appellent un châtiment ; c'est une sorte de réparation pour des millions de familles qui ont été persécutées et qui ont eu des victimes en leur sein. Je m'étonne de cet unanimisme qui voudrait qu'on n'exécute pas Saddam Hussein. Ceux-là oublient que l'ordre politique est un peu particulier. Imaginez les réactions des Kurdes et des chiites si la peine de mort n'était pas appliquée. On redoute des troubles du côté des sunnites si on le pend, mais ce serait encore pire si on ne le pendait pas ! D'autant qu'il a été jugé par un tribunal irakien. S'il avait comparu devant une cour internationale, ce serait différent. Mais là, les Irakiens ont rendu la justice eux-mêmes.»
J'ai consacré deux pleines émissions à l'ère Saddam et à ses crimes. Sur le sujet, on pourra aussi relire sur le blog :

Faut-il regretter Saddam ? (7 septembre 2005). A noter que l’adresse du site de photographies sur les charniers découverts en Irak après la chute de la dictature a changé depuis mon article, voici le bon lien .

Donneurs de leçons, preneurs de bakchichs (12 octobre 2005)

Procès de Saddam Hussein : silence gêné du monde arabe (19 octobre 2005)

Le livre noir de Saddam Hussein (4 décembre 2005)

J.C

29 décembre 2006

Faut-il négocier avec lui ?

Le Président Bashar al-Assad

Introduction :
Décidément, j'avais eu tort de vous annoncer "une trêve des confiseurs" dans mon post du 25 décembre. Un sujet crucial, déjà esquissé ces derniers mois mais revenu au premier plan (est-ce la saison, certains espérant une Paix rapide avec le retour du Père Noël ?) a fait la "une" de l'actualité en Israël : faut-il négocier maintenant avec la Syrie ? Isabelle-Yaël Rose en avait déjà parlé ici le 18 décembre. Elle revient plus en détails sur le sujet en apportant de nouveaux éclairages, dont un fort intéressant : comment la Russie peut (comme à la veille de la Guerre des Six Jours) pousser les protagonistes au conflit. Ehud Olmert vient de souffler le chaud et le froid. Devant ses ambassadeurs dans les pays de l'Union Européenne, il a redit : "pas de négociations tant que la Syrie soutient des organisations terroristes comme le Hezbollah, le Hamas et le Djihad islamique". Mais hier, devant les cadets de l'armée de l'air, il a tenu un autre genre de propos : "Israël est ouvert à tout murmure de Paix venant de ses voisins".
J.C

Au moment où le rythme de la vie politique se ralentit dans une Europe en paix et en vacances, toute occupée aux célébrations de Noël et du Nouvel An, il s’accélère singulièrement au Moyen-Orient. La fracture n’est pas seulement chronologique ; et si elle est aussi chronologique, elle est le signe d’une fracture plus profonde, culturelle et historique : nous ne vivons ni dans le même temps, ni dans le même calendrier - l’horloge biologique de la réalité diffère.

Il y a une dizaine de jours, le Président syrien, par la voix de son Ministre des Affaires Étrangères, se déclarait prêt a une reprise des négociations avec Israël, ou le statut du Golan ne figurerait point parmi les « conditions préalables ». La déclaration, inédite, produisit ses effets et continue de les produire. La réaction de l’Iran, qui n’entendait pas se laisser marginaliser, ne se fit pas attendre : le lendemain, l’Ambassadeur iranien en Syrie, par ailleurs également Chef des Services de Renseignements iraniens en Syrie, déclara que la restitution du Golan n’était pas une question qui engageait seulement les intérêts de la Syrie mais également ceux de l’Iran. En clair : l’Iran avait aussi son mot a dire. Deux jours plus tard, Bashar El Assad était « convoqué » à Moscou, où il devait, officiellement, signer des contrats d’achat d’armes. Et l’Iran de rajouter qu’il payerait les dettes syriennes. Quand on sait que la Syrie s’est considérablement endettée ces dernières années, quand on sait encore qu’une partie des armes est reversée gracieusement au Hezbollah et à d’autres organisations terroristes, on comprend alors le double message envoyé par Ahmadinejad et par Poutine : « si tu changes les termes de l’alliance, on n’éponge plus tes dettes. Tu deviens une cible pour des représailles violentes ». Car on se rappellera que la Russie a jusqu’au bout appuyé l’Iran a l’ONU : c’est elle qui n’a eu de cesse de s’opposer a des sanctions. On se rappellera aussi qu’elle a vendu des armes, des installations, du matériel, de la maintenance à l’Iran, quand son Président ne cachait ni ses projets ni ses intentions. Ainsi, l’axe Moscou - Damas - Téhéran est une réalité. Si le Président syrien rompt avec l’Iran, c’est donc cet axe, qui permet a la Russie de garder au moins un pied dans le Moyen Orient, qui est cassé. D’où la réaction immédiate de Moscou et de Téhéran devant les velléités d’indépendance de leur partenaire : le pouvoir de la minorité alaouite, dans une Syrie à l’économie sinistrée, dépend des dollars que l’Iran tire de l’exploitation du pétrole ; ces mêmes dollars qui pourraient servir à financer les adversaires d’Assad, qui n’attendent qu’une occasion pour le supprimer. De la même manière, Assad dépend des armes russes que Poutine pourrait destiner à ses adversaires. L’argent et les armes furent et resteront toujours le nerf de la guerre ... et de la paix.

La déclaration du Ministre des Affaires Étrangères syrien a été accueillie en Israël diversement : Farkash, l’ancien Chef des Services de Renseignements Militaires israéliens, a proposé de répondre positivement, comme une bonne partie des officiers de l’Armée. Hier, le Général Iossi Baidatz, Chef du Département de Recherche des Renseignements Militaires, a déclaré devant la Commission des Affaires Etrangères et de la Sécurité de la Knesset, qu’il fallait prendre au sérieux la proposition syrienne. Mieux : que ce serait une erreur de ne pas le faire. Ces déclarations d’officiels de l’armée doivent être resituées dans leur contexte : elles viennent après la prise de position sceptique et presque virulente de Meir Dagan, Chef du Mossad, lequel a déclaré il y a quelques jours devant cette même Commission que Bashar El Assad n’était pas crédible mais cherchait seulement à gagner du temps. Et de rappeler ses achats massifs de matériel militaire ; l’enquête sur l’assassinat de Rafik Hariri ; les élections syriennes du mois de Mars ; la politique de fermeté adoptée par les États-Unis. De leur coté, le Premier Ministre Ehoud Olmert et la Ministre des Affaires Étrangères Tzipi Livni n’ont pas caché leurs réticences à reprendre les pourparlers, dans les conditions actuelles, avec la Syrie.

On peut alors résumer les choses ainsi : Israël a envoyé des messages contradictoires qui répondaient aux messages contradictoires de la Syrie. Tâtonnements, préliminaires qui précèdent des négociations officielles et diplomatiques - quand elles doivent avoir lieu. Ce qui a eu pour effet de faire entrer en scène d’une manière spectaculaire le Royaume Hachémite de Jordanie.

D’abord, il y eut la visite d’Ehoud Olmert en Jordanie. Ensuite, la vraie-fausse lettre que Bashar El Assad aurait remise au Roi Abdallah pour le Premier Ministre. Enfin, une cascade d’initiatives jordaniennes qui prirent de vitesse l’Égypte : demain, Haniye et Abou Mazen sont invités à se rencontrer a Amman - ce qui place le Roi Abdallah dans le rôle de médiateur actif, influent et privilégié. Par deux fois, il a fait une déclaration publique sur la réponse qu’Israël devrait donner a l’initiative syrienne. Aujourd’hui, dans une longue interview accordée a un journal japonais, le Roi présente carrément sa vision globale de la situation politique au Moyen-Orient. Quoiqu’il en soit de la suite des évènements, une chose est désormais certaine, à supposer que quelque chose puisse être certain au Moyen Orient : de nouveaux rapports de forces sont en train d’émerger, avec de nouvelles luttes d’intérêts ; les cartes politiques sont en train d’être redistribuées, qui feront de nouveaux perdants. Mais comme l’a dit le Roi Abdallah : tout le monde sera perdant si nous tombons de nouveau dans la guerre. L’ennemi commun est désigné : celui dont le nom devrait faire rougir de honte le monde civilisé.

Isabelle-Yaël Rose