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23 mars 2011

La versatilité du monde arabe, par Akram Belkaïd

  Alors que le monde arabe réclamait hier encore la chute du régime de Kadhafi, il dénonce aujourd'hui l'intervention occidentale.


Quoiqu'il fasse, l'Occident a toujours tort
Quelques heures à peine après les premiers bombardements, voilà que les bons vieux réflexes anti-occidentaux reprennent le dessus: on reparle de l’Irak et de l’Afghanistan, voire même du Liban des années 1980, et on crie au complot américain.
Cela en dit long sur l’absence totale de confiance à l’égard de l’Occident: quoique fasse ce dernier, il est coupable. Certes, personne ou presque ne défend Kadhafi, mais on sent bien la gêne —pour ne pas dire l’hostilité— à l’encontre des frappes aériennes.
Sur Internet, ce n’est plus la folie sanguinaire du dictateur libyen qui est dénoncée, mais l’existence possible d’un plan occidental —mûri depuis longtemps, bien entendu— pour prendre le contrôle du pétrole libyen, ou même pour recoloniser l’Afrique du nord. Du coup, l’observateur s’attend même à ce que le guide de Tripoli devienne soudain sympathique et qu’on lui concède les habits de la victime.
Quelle versatilité! Quelle propension à oublier ce que l’on exigeait la veille! Quelle capacité à perdre de vue l’essentiel, qui reste le sauvetage de Benghazi! Quelle naïveté aussi. En appelant à l’aide les Occidentaux, qui pouvait croire qu’ils se contenteraient d’un engagement «light»?
Quand on entend Amr Moussa, le secrétaire général de la Ligue arabe, se plaindre que les raids vont au-delà de l'objectif d'imposition d'une zone d'exclusion aérienne, on a envie de lui demander «mais, qu’espériez-vous?». D’abord, une telle zone implique la destruction de tout moyen au sol capable de neutraliser un avion de la coalition. Ensuite, quel serait l’intérêt de cette «no-fly zone» si les obus d’artillerie de l’armée de Kadhafi continuent de dévaster les positions des rebelles?

Mesurer les conséquences avant de prendre position
La guerre n’est pas un jeu. Elle ne peut être propre, elle ne peut être chirurgicale. Ceux qui ont appelé à l’aide l’Occident pour sauver Benghazi, savaient —ou auraient dû savoir— que des civils, de Tripoli ou d’ailleurs, en paieraient le terrible prix. C’est l’un des paradoxes de toute opération militaire. Même dans les films hollywoodiens, sauver des civils provoque presque toujours la mort d’autres civils…
Certains sont peut-être allés trop vite dans leur souhait de voir Kadhafi tomber grâce à une intervention extérieure. Ils réalisent aujourd'hui que prendre position nécessite d’en mesurer toutes les conséquences. C’est cela la maturité. En manquer, c’est être l’otage d’une émotivité et d’une versatilité qui ne cessent de nuire aux peuples arabes.
Regardons la réalité en face: les rebelles libyens n’ont pas été capables de vaincre Kadhafi. Ils n’ont pas réussi à faire ce que les Tunisiens ou les Egyptiens ont réalisé, et c’est bien dommage pour la Libye. De plus, comme le relève le site Maghreb Emergent, les Arabes n’ont pas été capables de régler seuls cette affaire. Même chose pour les Africains et leur Union africaine qui ne sert à rien. Pour sauver Benghazi, le recours à l’Occident était nécessaire.

L'enjeu en vaut la chandelle
Qu’importe que l’intervention de la coalition relève plus de l’improvisation que d’une véritable préparation stratégique —personne ne sait comment cette aventure militaire va se terminer. Qu’importe qu’elle profite électoralement à Nicolas Sarkozy (et c'est loin d’être garanti…). Qu’importe si les Etats-Unis ont désormais un argument supplémentaire pour implanter une base dans la région, qu’importe que le pétrole libyen passe sous contrôle étranger —de toute façon, il l’est déjà. L'enjeu en vaut la chandelle: il s’agit de sauver un mouvement populaire qui entend chasser un dictateur au pouvoir depuis 1969.
Plutôt que céder à un sentiment anti-occidental primaire, ou, plutôt, à l’habituel anti-américanisme qui irrigue le monde arabe, il serait plus honnête d’assumer son soutien à une intervention que tout le monde a appelé de ses vœux.
Cela ne signifie pas qu’il faille baisser sa garde et faire confiance à la coalition —il est évident que certains de ses membres ont un agenda caché. Il est évident que le scénario de la partition de la Libye fait partie des hypothèses et qu’il a toujours figuré à portée de main des stratèges occidentaux. Mais faisons confiance au peuple libyen. Il saura chasser le tyran de Tripoli et restaurer, tôt ou tard, la souveraineté de son pays.

Akram Belkaïd
SlateAfrique.fr, 21 mars 2011

06 mars 2011

Révolutions arabes : où va le Moyen-Orient ? Chawki Freiha sera mon invité le 13 mars

Révolutionnaires libyens à Benghazi

Nous allons poursuivre dimanche prochain la série d'émissions consacrées aux évènements historiques qui secouent le monde arabe, avec cette vague révolutionnaire qui, probablement, ne fait que commencer. Cette fois-ci nous allons parler du Moyen-Orient, qui a subi une véritable onde de choc depuis la chute du Président égyptien Hosni Moubarak. Nous reviendrons sur l’Égypte plus tard, mais il y a déjà beaucoup d'autres pays à traiter cette fois-ci  ; et j'ai choisi de n'aborder que l'angle géopolitique pour le moment - nous ferons, plus tard, une analyse plus en profondeur des sociétés arabes, afin de comprendre ce qui a poussé leur jeunesse à se révolter presque partout. Mon invité sera Chawki Freiha,  journaliste franco-libanais,  rédacteur en chef du site mediarabe.info, que j'ai souvent eu le plaisir de recevoir pour parler de son pays d'origine, et aussi de la Syrie qui l'a longtemps occupé. Mais notre auditoire le connait, également, parce qu'il donne  tous les dimanche matin sur notre antenne, à 10h15, une très intéressante revue de la presse arabe.

Bien sûr, l'actualité va très vite, et peut-être certaines questions que je me propose de lui poser seront modifiées en fonction de l'actualité que nous aurons le 13 mars !

Voici cependant quelques points que j'ai prévu d'aborder :

- Au Liban la coalition dite du 14 mars a implosé, les alliés druzes de Joumblatt ont retourné leur veste, et finalement un concurrent sunnite de Hariri junior, Najib Mikati, a été désigné le 25 janvier comme nouveau Premier Ministre : mais le gouvernement n'est toujours pas formé ! Où en sommes-nous ? Et que dire de M. Mikati, présenté dans les grands médias comme un homme d'affaires modéré et ouvert ?
- Fouad Ajami, qui est un universitaire américain d'origine libanaise, a dit des choses très intéressantes dans une interview au "Haaretz" : il avait soutenu l'invasion américaine de 2003 en Irak, et il pense que c'est la capture de Saddam Hussein, sorti comme un rat de son repère avant d'être jugé et exécuté, qui a donné du courage aux jeunes Arabes pour se dresser contre leurs tyrans. Il pense aussi qu'il n'y a pas de bons autocrates, que même si Israël n'avait pas d'autres choix que de signer les premiers traités de paix avec eux, des démocraties chez ses voisins donneront un support populaire à la paix : partagez-vous son avis ?
- Force est de constater que - mis à part le cas de la Libye qui est plus complexe - aucun despote anti occidental n'a encore été renversé : on pense bien sûr à la Syrie, mais aussi à l'Iran. Comment l'expliquez-vous ? Il y a la théorie qui donne à Al-Jazeera de grands pouvoirs de propagande, or étrangement cette chaîne est hébergée par le Qatar qui a basculé dans l'axe irano-syrien, est-ce une coïncidence ?
- En ce qui concerne Kadhafi, et en raison d'intérêts pétroliers et autres, l'Europe et les États-Unis l'ont absous de ses crimes terroristes passés, et restent bien mous pour soutenir réellement l'opposition : qu'en pensent les Arabes ? La Ligue Arabe s'oppose à la "no fly zone" qui interdirait de vol son aviation, est-ce que ce n'est pas une forme de complicité ? Et y a-t-il des pays qui ont envoyé une aide armée pour le soutenir ?

Nous parlerons aussi si nous en avons le temps du Yémen, du Sultanat d'Oman, de Bahreïn ... une émission donc très riche : et j'espère que vous serez très nombreux à l'écoute !

J.C

Nota post-publication :
Cette émission n'a pu, au final, être réalisée. Je laisse la présentation "pour mémoire" sur le blog.

29 juillet 2007

Sarko chez Kadhafi

Le pari Kadhafi
L'éditorial de Stéphane Marchand.
Publié le 27 juillet 2007 dans le journal « Le Figaro »

Faut-il fournir à la Libye des technologies nucléaires civiles, comme l'a proposé hier Nicolas Sarkozy au cours de sa visite à Tripoli ? C'est bien cette question qui est posée au lendemain de la signature par le président d'un projet de coopération dans les « applications pacifiques de l'énergie nucléaire ». À première vue, le dossier libyen est solide. Le pays a, en 2003, renoncé à tout programme nucléaire militaire. Il a signé le traité de non-prolifération, y compris un protocole additionnel qui donne aux inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique des droits de visite particulièrement contraignants. Depuis, ce pays, qui possède déjà un réacteur nucléaire de recherche, n'a fourni aucun motif d'inquiétude à l'AIEA.

Sur le plan diplomatique, ensuite, il est utile de démontrer aux régimes arabes que, lorsque l'on renonce à l'arme nucléaire, on peut espérer recevoir une aide en matière d'atome civil. Rien ne serait plus politiquement néfaste que de voir se creuser une fracture nucléaire entre le nord et le sud de la Méditerranée, entre pays « fiables » et pays « douteux », sauf à alimenter le clash de civilisations, qui mine déjà assez la planète comme ça. Et puis, pour l'Europe et la France, la Libye est un pays important car ses pétrodollars lui achètent une influence non négligeable au Tchad et au Soudan, deux pays qui compteront le jour venu dans le règlement du conflit du Darfour. En Afrique et dans le Sahel, la France l'a appris à ses dépens, Tripoli peut jouer, au choix, un rôle stabilisateur ou gravement perturbateur.

Malheureusement, en matière de nucléaire, les arguments rationnels ont leurs limites. À la grande époque de l'amitié avec l'Irak, la France avait fourni à Saddam Hussein, vanté à l'époque comme un réformateur moderne, une centrale dont on imagine avec effroi à quoi elle aurait pu servir si l'aviation israélienne ne l'avait pas détruite en 1981. Plus récemment, la République islamique d'Iran a prouvé au monde qu'un pays signataire du TNP, protocole additionnel inclus, peut se fermer soudain aux inspections et laisser planer le spectre apocalyptique d'une dérive militaire de son programme, dérive au demeurant techniquement aisée.

Alors doit-on faire confiance au colonel Kadhafi, ce dirigeant qui fut longtemps un terroriste d'État, qui a cautionné la destruction d'au moins deux avions de ligne occidentaux, qui s'est amendé il y a peu et qui cherche aujourd'hui à rejoindre le « concert des Nations » ? La plus extrême prudence s'impose. La Libye reste une dictature, dénuée de tout contre- pouvoir et dominée par un homme pour le moins imprévisible. Même si des contrats considérables sont en jeu, même si l'uranium, dont regorge la Libye, est une matière première rare dont la France a besoin, force est de reconnaître que le dessalement de l'eau de mer fonctionne très bien sans énergie nucléaire. Il existe d'autres solutions. Une centrale thermique de cogénération suffit. Plus généralement, la pénétration du nucléaire civil au sud de la Méditerranée, en Algérie, au Maroc et bientôt en Égypte et en Libye n'est pas sans justification mais est aussi, dans une région à l'instabilité chronique, porteuse d'inquiétudes.

Stéphane Marchand

24 juillet 2007

Libres !!!

Arrivée des infirmières bulgares à l’aéroport de Sofia, le 24 juillet 2007
(photo Reuters)


Enfin ... Nous étions nombreux à douter hier encore, tant le chantage libyen semblait devoir durer et faire monter les enchères (voir sur le blog l’éditorial du journal « Le Monde », mis en ligne le 19 juillet). Interviewé ce matin par TF1, le Secrétaire Général de l’Élysée, Claude Guéant, devait même dire qu’il avait eu des doutes jusqu’à l’embarquement à Tripoli.

Enfin, après trop de photos de ces innocents prises derrière les barreaux de leur « cage » lors des différents procès, j’ai le plaisir de publier une photo symbolique de leur liberté, prise sur le tarmac de l’aéroport de Sofia : quoique de plus symbolique qu’un avion, aussi, pour évoquer un nouvel envol offert à ces malheureuses vies, brisées pendant huit ans et demi !

Demain, après le journal de 10 heures du matin sur Judaïques FM, l’un de leurs avocats, Maître Emmanuel Altit, sera interviewé pour tirer un trait final sur ce dossier. Je voudrais ici le remercier, et pour son travail, et pour son témoignage que les auditeurs auront pu entendre lors d’une émission mémorable de ma série, diffusée en janvier 2006. A l’époque, on parlait peu de cette affaire, très peu car elle n’était pas « politiquement correcte ». Autre Président de la République, autres engagements ...

J.C

18 avril 2007

Infirmières bulgares et médecin palestinien : les parlementaires européens s’engagent pour leur libération

"L'ALDE propose à tous les groupes parlementaires une initiative pour libérer les infirmières bulgares emprisonnées en Libye. Une conférence de presse aura lieu au centre de presse du Parlement européen, jeudi 19 avril 2007 à 10h30, suivie d'une projection d'un film au sujet de la détention des infirmières bulgares et du médecin palestinien.
L'Union européenne a le devoir de protéger les droits de l'homme de ses citoyens et les personnes emprisonnées méritent tout le soutien des institutions et des gouvernements européens et du public.
En complément des efforts diplomatiques qui tentent sans relâche d'assurer la libération des médecins, l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe organise la semaine prochaine, un événement public trans-partisan afin de rallier un large soutien à cette cause. Le Président de l'ADLE, Graham Watson, a écrit aux chefs des groupes politiques au Parlement européen leur demandant leur soutien, signe que le Parlement européen est uni dans sa détermination pour garantir leur libération.Les représentants de leurs familles viendront à Bruxelles le 19 avril afin de parler de l'épreuve qu'ils vivent lors d'une réunion indépendante, présidée par Pat Cox, président du mouvement européen."
Note : ADLE sont les initiales de Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l'Europe,en anglais ALDE Alliance of Liberals and Democrats for Europe.http://www.alde.eu/

Nous profitons de la présente pour vous confirmer, ainsi que nous l'avions évoqué lors de notre email du 12 mars 2007, que BULGARIA FRANCE a adhéré à la création d'une FEDERATION des ASSOCIATIONS. Celle-ci a été nommée Coordination "Libération des 6 condamnés à mort en Libye". Sa structure est indépendante sur le plan confessionnel, politiquement neutre et sans but lucratif. Elle vise notamment :à coordonner les actions entreprises pour la bonne réalisation de son objectif et à encourager les synergies, à proposer des actions collectives selon un calendrier raisonné, à mobiliser tous les soutiens possibles en France, en Europe et ailleurs dans le monde, à solliciter l'appui moral de personnalités françaises et étrangères susceptibles d'aider à la réalisation de cet objectif, à veiller à ce qu'aucune des actions entreprises au nom de la coordination ne soient, directement ou indirectement, nuisibles à l'objectif fixé, à apporter aux actions entreprises un label de cohérence, de sérieux, de crédibilité scientifique et de respectabilité.
Le docteur Raphaël PITTI, professeur agrégé de médecine, chef du service de réanimation à l'hôpital de Metz, assure la présidence de cette "coordination".
Les signataires sont Monsieur Minko BALKANSKI [Institut des Hautes Études pour le développement de la culture, de la science et de la technologie en Bulgarie et Association des amis de l'Espace culturel Bulgare] ; Monsieur Christophe DEBOUT [Association Nationale des Infirmiers et Infirmières Diplômés d'État (ANFIIDE) et Groupement d'Intérêt Professionnel en Soins Infirmiers (GIPSI)]; Madame Snejina FRECHE [Association des médecins bulgares en France "Amitié Médicale France Bulgarie"] ; Monsieur François FRISON-ROCHE [Alliance France Bulgarie] ; Monsieur Daniel PICHOT [Association " Solidarités Franco-Bulgares"] ; Monsieur Raphaël PITTI [Comité national de soutien "Les enfants d'Hippocrate"] ainsi que Bulgaria-France.
A ce jour, plusieurs courriers ont été remis aux candidats à la présidence, ainsi qu'à des sénateurs et des députés. De nombreux contacts sont établis avec des institutions et organismes divers.
Les soutiens n'ont pas de relâche !"

Source : Association Bulgaria-France

12 janvier 2007

Kadhafi, portrait inédit


Le Cox du jour
- janvier 2007

Une nouvelle série sur le blog, celle des caricatures savoureuses de Cox.

Cox et Forkum sont deux dessinateurs talentueux dont je vous recommande le site, si vous ne le connaissiez pas encore. En particulier, une série de « cartoons » qui font mouche ont été publiés à propos de l’affreux Ahmadinejad.

Cox a réalisé des portraits plus vrais que nature des dirigeants du monde musulman, certains sympathiques, d'autre beaucoup moins. J’en publierai à partir de cette année, en commençant par l’inénarrable Kadhafi ... qui vient de décréter un deuil de trois jours à l’occasion de la pendaison de Saddam Hussein.

J.C

19 décembre 2006

Condamnés à mort de Tripoli : l'indignation et le dégoût !

Trois des condamnés à mort de Tripoli :
Ashraf Juma, Nazia Nenova
et Snezana Dimitrova (au fond) (photo AFP)

Il n’a fallu que quelques minutes ce matin au président du tribunal de Tripoli pour condamner à la peine capitale les cinq infirmières bulgares et le médecin palestinien, accusés d’avoir inoculé volontairement le virus du sida à 426 enfants libyens dans un hôpital de Benghazi.

Deuxième condamnation à mort, après celle de mai 2004 prononcée par un premier tribunal à Benghazi et cassée par la Cour suprême. Deuxième coup de massue asséné sur six innocents, emprisonnés depuis déjà presque 8 ans, et qui ont connu des sévices tels que, finalement, des aveux leur ont été extorqués. Cela, je vous l’avais raconté il y a déjà plus d'un an, alors que l’opinion publique internationale était peu informée de cette affaire

A propos des preuves scientifiques de leur innocence, je reproduis ci-dessous un extrait de la dépêche Associated Press en lien :
« Lors du premier procès, le Professeur Luc Montagnier, le chercheur français qui a co-découvert le virus du sida, avait témoigné que le VIH sévissait déjà à l'hôpital de Benghazi avant l'arrivée des infirmières bulgares en 1998. De nouvelles preuves ont été apportées en ce sens ce mois-ci, trop tard pour être présentées au deuxième procès. Dans son numéro du 6 décembre, la revue médicale "Nature" a publié des analyses des virus ayant infecté les enfants. L'information génétique du VIH change au cours du temps, ce qui en fait une véritable "horloge moléculaire". Conclusion de l'étude : les enfants ont contracté le virus du sida avant l'arrivée des infirmières bulgares et du médecin palestinien, peut-être même jusqu'à trois ans avant le début de leur contrat à Benghazi. »
Je vous avais également fait part de la campagne menée par un journaliste de "Nature", le Docteur Declan Butler (cliquer ici), et de la pétition signée par 114 Prix Nobel (et là).

Tout cela n’aura servi à rien, et on ressent vraiment de "l’indignation et du dégoût", pour reprendre les propos de Sylvie Vartan, la compatriote des cinq malheureuses infirmières. Pauvres femmes devenues les boucs émissaires de la gabegie hospitalière de ce pays arriéré, pourtant gorgé de pétrole et qui n’a qu’à s’en prendre à ses dirigeants au lieu de vomir sa haine contre - comme d’habitude, comme toujours - "l’autre", "l’étranger" !

Pourquoi ne pas le dire aussi ? Il y a une semaine, un autre pays musulman, l'Iran, crachait son mépris à la fois aux Juifs du monde entier, aux démocraties et à la vérité historique en réunissant une "conférence" de pseudo historiens négationnistes. Cette xénophobie hurlante, ce dénis irrationnel de la réalité, cette façon hideuse de faire la fête lorsque "l’autre" est promis à la mort (les familles des parties civiles ont chanté et dansé à l’annonce du verdict, comme ailleurs au Moyen Orient on distribue des pâtisseries et des bonbons après chaque attentat réussi), tout cela devient absolument insupportable.

Seul l’avocat libyen des infirmières, Maître Bizanti, vient sauver l’honneur bien malmené de son pays. Et seules les sordides tractations en coulisse (lire la dépêche Reuters en lien) permettent de ne pas perdre complètement espoir.

J.C

15 décembre 2006

Fin du procès des infirmières bulgares et du médecin palestinien en Libye : peines de mort réclamées. Verdict attendu le 19 décembre

Introduction :
Je reproduis sur le blog le communiqué publié le 4 novembre par l’un des avocats des infirmières, Maître Emmanuel Altit.
J.C

Aujourd’hui avait lieu à Tripoli (Libye) la dernière audience du procès intenté par les autorités libyennes à cinq infirmières bulgares (Valya Chervenyashka, Snezhana Dimitrova, Nasya Nenova, Valentina Siropulo, Kristiana Valcheva) et à un médecin palestinien (Ashraf Ahmad Jum'a).
Lors de l’audience du 29 août 2006, le Procureur libyen a requis une nouvelle fois la peine de mort contre les accusés.

Il convient de rappeler que :

Les infirmières et le médecin sont accusés d’avoir, à l’instigation de la CIA et du Mossad, sciemment contaminé avec le virus du SIDA des centaines d’enfants libyens, de manière à déstabiliser le régime.
Les infirmières sont accusées en outre d’avoir entretenu des relations sexuelles illégales au regard de la Sharia (règles coutumières tribales) et d’avoir consommé alcool et drogues, produits interdits en Libye.
Arrêtés en 1998, maintenus au secret pendant plusieurs mois, battus, torturés à l’ électricité, menacés, les accusés ont été condamnés à mort par fusillade une première fois en mai 2004.
Aussitôt après ce verdict de mort, les accusés sollicitaient l’intervention d’avocats internationaux.
Notre intervention a commencé début 2005 ; pour franchir les obstacles de tous ordres placés devant nous, nous avons alors développé une stratégie globale, non seulement judiciaire mais aussi de sensibilisation de l’opinion publique internationale. Sur le plan judiciaire, nous nous sommes engagés au côté des avocats bulgares et l' avocat libyen qui sont présents depuis le début de l' affaire (sept ans); nous avons participé à la procédure conduite devant la Cour Suprême qui s’ est achevée le 25 décembre 2005; nous avons engagé une autre procédure contre les policiers libyens qui ont reconnu que les infirmières avaient été torturées; enfin, nous n’avons cessé de réclamer de la Cour dans la présente procédure (laquelle a commencé le 11 mai 2006) les mesures d’ instruction nécessaires à la manifestation de la vérité ainsi qu’ un véritable débat sur les violations multiples des droits des accusés.
Cette stratégie globale (du faible au fort) répond à un objectif : changer le rapport de forces pour faire "baisser" le prix politique des infirmières; par conséquent, placer le débat sur le terrain judiciaire et permettre de trouver une solution à moindre coût politique et plus rapide.
Les autorités libyennes réclament en effet que soit versée à chaque victime de l' épidémie de Sida (environ 450 personnes infectées) la somme de 10 millions de dollars et qu' un traitement gratuit et à vie leur soit prodigué dans les hôpitaux européens. Il est important de noter
- que la somme de 10 millions de dollars correspond exactement à ce que les libyens ont été obligés de verser à la famille de chaque victime de l'attentat de Lockerbie - 270 morts (1 million de dollars à la famille de chacune des 170 victimes de l'attentat du DC10 d' UTA).
- Que les libyens ont demandé (Cf. interview de l'ancien ministre bulgare S. Passi) la libération d'un libyen emprisonné en Ecosse pour son rôle dans l'attentat de Lockerbie.

Efforts européens :

L'Union européenne a mis en place un programme d'aide aux malades libyens ; par ailleurs, depuis plusieurs mois, les 400 enfants libyens touchés sont soignés dans les hôpitaux français et italiens. Le 23 décembre 2005, un Fonds de compensation destiné aux victimes libyennes de l’épidémie était crée sous l égide du Royaume Uni, des Etats-Unis et de l’ Union Européenne, théoriquement financé par les pays européens.

Il ne faudrait pas que la création du fonds de compensation - une excellente initiative permettant de soulager les souffrances des victimes de l’ épidémie de Sida- conduise à dissimuler la responsabilité des autorités libyennes dans le non-traitement de cette épidémie et à faire peser cette responsabilité sur les accusés.
Nous considérons que la question de l'indemnisation ne concerne que les autorités libyennes, lesquelles ont une obligation de soins (éventuellement d'indemnisation) à l'égard des citoyens libyens. Par ailleurs, nous refusons de lier le destin des infirmières au versement d'une quelconque somme d'argent. Nous voulons rester sur notre terrain: le terrain du droit écrit, des droits de l'homme ; le terrain solide des principes et de la morale. Sur ce terrain, nous constatons que la Cour Suprême libyenne a considéré dans son Arrêt du 25 décembre 2005 que des violations du droit avaient été commises durant la première procédure

Or, il apparaît :

Que, non seulement ces violations des droits des accusés n’ont pu être discutées dans la procédure en cours, mais encore que les demandes des accusés visant à permettre la manifestation de la vérité ont été rejetées :
La Cour a refusé l’expertise internationale sollicitée par les Avocats ; pourtant, seuls des experts reconnus au plan international et incontestables auraient pu éclairer les juges sur les causes et le mode de propagation de l’épidémie.
Au lieu de cela, la Cour s’est fondée sur l’expertise menée en première instance par des experts libyens qui n’ont, d’ après les meilleurs spécialistes, ni l’expérience, ni les connaissances requises. Il n’a pas été débattu légalement de la question des tortures (coups reçus, tortures à l’électricité, pression morale et psychologique, etc.) subies par les infirmières et le médecin, malgré les nombreux éléments portés au dossier ; de même, il n’a pas été débattu légalement de leur détention au secret pendant des mois.
La question des violations des dispositions procédurales libyennes et des violations des dispositions des Conventions internationales signées et ratifiées par la Libye n’a pas été débattue.
Le non-respect des droits des infirmières et du médecin, notamment le non-respect des droits de la défense n’a pas plus fait l’objet d’un débat juridique.
La question de la longueur de la détention provisoire (les accusés sont détenus depuis plus de sept ans) n’a pas été abordée.
L’accusation et les parties civiles ont eu la parole après les plaidoiries de la défense.

Par conséquent,

D’un point de vue légal, ce procès n’aura été ni juste, ni équitable.
Or, un procès juste et équitable aurait bénéficié non seulement aux accusés, mais encore aux victimes libyennes de l’épidémie ; il aurait permis d’en cerner les causes et d’éviter la reproduction des erreurs ; il aurait permis d’en étudier les conséquences dramatiques et de mieux prendre en charge les victimes.
La tragédie vécue par les accusés et les victimes libyennes de l’épidémie impose à tous un devoir de vérité.
Un procès juste et équitable permet la manifestation de la vérité et empêche le triomphe de l’irresponsabilité et de l’arbitraire.
Aujourd’hui, il convient de constater que
- Les standards internationaux permettant la tenue d’un procès juste et équitable n’ont pas été respectés,
- De récentes analyses scientifiques menées par les plus grands spécialistes mondiaux sur la base du dossier à la disposition de la Cour (Voir infra les articles de la revue Nature et l’appel de 114 Prix Nobel) montrent qu’il n’existe pas de preuve scientifique contre les accusés.
- La Cour n’ a pas accepté d’ entendre comme experts des spécialistes internationalement reconnus.
Ainsi, le dossier de l’accusation est-il vide à l’exception de confessions arrachées sous la torture (dont la réalité a été admise par les officiers de police libyens et le fils du Colonel Khadafi).
La vraie question, comme le fils du colonel Khadafi l’a rappelé, est celle de l’état déplorable du système de santé libyen et ce, malgré les aides étrangères et malgré la richesse pétrolière du pays.
Nous déplorons aussi la timidité des responsables politiques occidentaux et des responsables des institutions internationales dans cette affaire.
Après plus de sept ans d’emprisonnement, la vie des accusés est brisée ; leur état physique et psychique est précaire.
La décision de la Cour libyenne est prévue pour le 19 décembre 2006.
Avec les organisations de défense des droits de l’homme, Avocats sans frontières, Ensemble contre la peine de mort, les barreaux français et européens et les collectifs d’associations mobilisés à travers le monde pour la défense des accusés, nous continuerons à nous battre pour la libération des infirmières et du médecin.

M° Emmanuel Altit

30 août 2006

Tripoli : la mort à nouveau requise contre les infirmières bulgares et le médecin palestinien

Les infirmières et le médecin devant leurs juges,
Tripoli, 29 août 2006 (photo Reuters)

Encore une photo bien déprimante des "otages" de Khadafi, toujours "en cage" (de telles grilles sont la norme pour les procès de présumés criminels dans le monde arabe), avec cette fois, non pas un policier moustachu devant les grilles (voir "post" du 13 juin), mais des policières, doublement coiffées du hijab et d'une casquette.
Mais surtout, des nouvelles angoissantes pour ce procès en appel où on attendait que soit, enfin, reconnue l'innocence des membres du corps médical emprisonnés depuis 1999 - cinq infirmières bulgares et un médecin palestinien qui crient leur innocence face à l'ubuesque accusation de contamination volontaire de centaines d'enfants par le virus du SIDA ... C'est une affaire qui n'en finit pas de me bouleverser depuis mon premier "post" du 11 novembre 2005, à quelques semaines de l'arrêt ayant cassé leur première condamnation à mort de mai 2004 (cliquer ici), et depuis mon émission du 15 janvier dernier avec leur défenseur, Maître Altit.

Ci-dessous un extrait de la dépêche de l'Agence Reuters qui raconte la session d'hier de la Cour d'appel de Tripoli :
"La peine de mort a été requise contre cinq infirmières bulgares et un médecin palestinien accusés par la justice libyenne d'avoir volontairement inoculé le virus du sida à plus de 400 enfants.
"Ce fut un acte cruel, criminel et inhumain. C'est une catastrophe humaine", a déclaré le procureur Omar Abdoulkhalek devant le tribunal de Tripoli avant de réclamer la peine de mort contre les accusés. (...)
Les cinq infirmières bulgares, Chejana Dimitrova, Nasya Nenova, Valentina Siropolu, Christiana Valcheva et Valia Tcherveniachka, et le médecin palestinien Achraf Alhajouj, qui sont détenus depuis 1999, ont constamment rejeté les accusations portées à leur encontre.
Au cours de leurs deux procès, ils ont affirmé que leurs aveux leur avaient été arrachés sous la torture, allégation soutenue par la Bulgarie et ses pays alliés.
Des spécialistes de la lutte contre le sida affirment eux qu'une épidémie d'infections au VIH avait éclaté dans l'hôpital de Benghazi avant leur arrivée dans l'établissement de soin. Mais ces experts étrangers, qui avaient été entendus par la cour lors du premier procès, n'ont pas été convoqués pendant le second procès."

Prochaine séance du procès : le 5 septembre. Et suite (sybilline) de la dépêche de Reuters, qui dévoile les coulisses, sordides, des négociations qui doivent se dérouler en coulisse :
"Tripoli a laissé entendre que les infirmières pourraient être libérées si la Bulgarie acceptait de dédommager les enfants et leurs familles, qui réclament 4,4 milliards d'euros en dédommagement.
Le gouvernement de Sofia a refusé de payer, mais s'est joint aux États-Unis et à l'Union européenne qui se sont mis d'accord avec la Libye sur la création d'un fonds de soutien aux familles."

En attendant, je me fais à nouveau et par l'intermédiaire de ce blog, le (modeste) relais de la campagne internationale organisée pour sauver ces innocents, en vous redonnant le lien sur la page de nos amis de l'association Bulgaria-France - où vous trouverez le détail de toutes les actions menées pour les libérer.

J.C

19 mai 2006

Kadhafi est-il redevenu fréquentable ?

Les États-Unis viennent d'annoncer la reprise des relations diplomatiques avec la Libye ... aboutissement d'un long processus, marqué surtout par l'abandon par Tripoli de son programme d'armes de destruction massives. On aura ainsi découvert - belle contre-performance des services secrets - que Tripoli avait acquis du plutonium et un début de technologie nucléaire pour fabriquer la bombe. La chute de Saddam aura au moins permis de l'effrayer un peu !

Reste que les Occidentaux, plus assoiffés de pétrole que jamais, font à nouveau l'impasse sur les Droits de l'Homme pour se réconcilier avec un dictateur mégalomane. Je vous avais parlé, à plusieurs reprises sur le blog, de la condamnation à mort de six membres innocents du corps médical (voir article : "Sauvons les cinq infirmières bulgares et le médecin palestinien"). Maître Emmanuel Altit, leur avocat, avait été l'invité de mon émission le 15 janvier dernier. Suite aux pressions internationales, un nouveau procès devait avoir lieu le 15 mai, mais il a été immédiatement ajourné pour le mois prochain ... et les États-Unis n'ont même pas attendu leur libération pour normaliser leurs relations avec ce régime !

Quand à Kadhafi, on ne peut pas dire que - sur le plan des discours, au moins - il se soit calmé. Ci-dessous, vous pourrez voir la vidéo de son dernier discours de Tombouctou diffusé le 10 avril par la chaîne qatariote "Al Jazeera". Il prédit que l'Europe, puis les Etats Unis, finiront par devenir musulmans.

J.C

03 janvier 2006

Condamnés à mort de Libye : espoir de libération ? Leur avocat fera le point sur "Rencontre" le 15 janvier


Photo de trois des infirmières bulgares et du médecin palestinien condamnés à mort en Libye. (cliché Sipa)

La cour suprême de Tripoli a prononcé le 25 décembre le renvoi de l'affaire vers la cour pénale de Benghazi. Ceci sauve donc les cinq condamnés (5 infirmières et un médecin), mais ils ne sont pas encore libres ; le verdict a résulté de fortes pressions internationales, et le marchandage se poursuit en coulisses.

Ci-dessous un extrait du site du journal "Le Figaro" donnant cette bonne nouvelle :

"La cour suprême libyenne a ordonné dimanche un nouveau procès pour les cinq infirmières bulgares et le médecin palestinien, condamnés à mort après avoir été accusés d'avoir inoculé le virus du sida à des enfants libyens.«La cour a accepté le recours des infirmières bulgares et ordonné qu'un nouveau procès se tienne devant la cour pénale de Benghazi», a annoncé le tribunal.Cette annonce a été faite à l'issue d'une audience d'une heure au cours de laquelle les avocats des infirmières et ceux des familles des victimes libyennes ont pris la parole.Les infirmières et le médecin n'étaient pas présents à l'audience.Les six accusés ont été condamnés en mai 2004 à la peine capitale après avoir été reconnus coupables d'avoir inoculé le sida à 426 enfants libyens, dont 51 sont morts, à l'hôpital de Benghazi.Cette affaire a pris un tour nouveau vendredi avec l'annonce d'un accord entre Tripoli et Sofia pour la création d'un fonds de compensation international au bénéfice des enfants libyens atteints du sida et des familles des enfants morts de cette maladie, en partenariat avec l'Union Européenne, les États-Unis et la Grande-Bretagne."
Tous les médias commencent maintenant largement à parler de cette scandaleuse injustice, qui dure maintenant depuis 7 ans (les accusés ont été emprisonnés en janvier 1999). Voir article du 17 décembre sur le blog pour avoir un historique.
Dimanche 15 janvier vous pourrez entendre l'interview de l'avocat des infirmières bulgares, Maître Emmanuel Altit, qui en mobilisant une campagne internationale d'opinion avec ses confrères de la défense, a largement contribué à "inverser le rapport de forces" avec l'accusation libyenne. Pour rappel, "Rencontre" est diffusée le matin à 9h30

J.C

17 décembre 2005

N’oublions pas les cinq infirmières bulgares et le médecin palestinien condamnés à mort en Libye !

Je vous avais déjà parlé deux fois de cette affaire qui semble si peu passionner les médias ... voir articles du 11 novembre (cliquer ici) et du 18 novembre (), ainsi que la tribune d’Isabelle Rose publiée aussi le 18 (et ici). Il est facile d’oublier des condamnés à mort enfermés depuis déjà longtemps (presque 7 ans), ou de se dire qu’ils ne risquent rien du fait des pressions internationales ; et puis, un matin on apprend l’exécution et c’est trop tard - on l’a vu cette semaine aux Etats-Unis avec un condamné emblématique enfermé dans le "couloir de la mort" depuis 24 ans.

Quelques informations :
- une émission est programmée pour le mois de janvier avec leur avocat, Maître Altit, que j’ai eu le plaisir de rencontrer ; enregistrement de l’émission à la fin décembre ;
- une excellente initiative d’un site dont l’adresse est donnée sur la page WEB de nos amis de "Bulgaria-France" où vous retrouverez l’historique précis du dossier (cliquer ici) : vous pourrez aussi envoyer des cartes de Noël aux malheureuses prisonnières en passant par l’ambassade de leur pays à Tripoli, voir sur le lien en bas de page, « dernières nouvelles »; faites le quelle que soit votre religion, car il s'agit juste d'un minimum de fraternité humaine pour des innocentes !

J.C

18 novembre 2005

Des nouvelles des infirmières bulgares et du médecin palestinien condamnés à mort par Kadhafi

Les cinq infirmières bulgares et le médecin palestinien
lors de leur procès en Libye (photo A.P)

Comme il fallait s’y attendre, le suspense continue ... (voir article du 11 novembre).
Mardi 15 novembre, la Cour suprême de Libye a décidé de reporter au 31 janvier 2006 sa décision sur la recevabilité de l’appel des cinq infirmières et du médecin condamnés à mort. Selon Michel Taube, porte-parole d’ECPM, (« Ensemble contre la peine de mort »), ce report ne fait que prolonger le calvaire des condamnés, manifestement innocents des faits qui leur sont reprochés, qui ont été torturés au cours de leur détention et dont la santé mentale et physique est affectée par une détention de plus de six ans déjà.
Plus d’informations sur le site :

Judaïques FM a réalisé une première (direct avec Tripoli !) mardi 15 au journal de 22 heures ; mon ami Olivier Issembert a en effet interviewé l’avocat mandaté par l’ONG « Avocats Sans Frontières », Maître Altit, qui a assisté à la réunion de la Cour Suprême de Libye.

Une émission plus longue de la série « Rencontre » sera programmée au mois de janvier, pour dénoncer ce scandale qui indigne encore si peu notre opinion publique (il n’y avait que quelques dizaines de personnes lors de la manifestation de lundi soir à Paris). Vous pouvez amis lecteurs, au moins VOUS, signer la pétition pour leur grâce mise en ligne par l’association ECPM (cliquer ici) ; dans l’attente, notre blog publie un article d’Isabelle Rose qui revient sur le silence incroyable des grandes consciences morales de notre Pays.

J.C

« Recherche psychiatre désespérément »

Sans doute faudrait-il être psychiatre pour expliquer au public quels effets produisent sur le système nerveux des chocs électriques. Sans doute faudrait-il être psychiatre, mais aussi gynécologue, pour expliquer les sévices sexuels, les passages à tabac, tout l’appareil de torture que l’homme peut inventer pour détruire son semblable. Il faudrait encore être psychiatre pour expliquer comment un homme peut arriver à trouver du plaisir - car il s’agit bien de plaisir - dans cette violence. Les psychiatres qui ont travaillé sur les camps de concentration d’Hitler ou de Staline auraient beaucoup de choses à raconter. Mais finalement, ce n’est pas tant de psychiatres qu’ont besoin ces cinq infirmières bulgares et ce Palestinien enfermés dans les prisons libyennes, après avoir subi les pires tortures : ils auraient plutôt besoin d’un orateur, d’un avocat, d’une conscience à figure humaine. Ce que la France se vantait d’avoir : des intellectuels.

Certes, le vingtième siècle nous a laissés blasés : après la Shoah, le nazisme, le stalinisme, les massacres au Rwanda, au Soudan, et les victimes que nous ne citons pas nous pardonneront, il y a de quoi être lassés. Pourtant, les peuples d’Europe loin d’être écœurés, ont gardé la réaction à fleur de peau : en France, en Espagne, en Italie, au Royaume Uni, en Allemagne, les peuples ont défilé pour s’opposer à la guerre que les Etats-Unis menaient contre le régime de Saddam Hussein ; l’affaire des « prisons de Guantanamo » a secoué l’opinion. En France, en Allemagne, en Espagne, en Italie, au Royaume Uni, les peuples sont très vigilants quand ils jugent des opérations militaires israéliennes. D’une manière générale, l’Europe entière est très susceptible dès que l’on en vient à la manière dont sont traités les Musulmans. Qu’il s’agisse de ceux qui sont vivants, ou de ceux qui sont morts - la France fait un travail de mémoire remarquable sur son passé colonial, particulièrement en Algérie.

Cette fixation atteint cependant rapidement sa limite : les morts ne doivent pas occulter les vivants. Plus encore, quand les vivants sont sur le point de devenir des morts. Et pour ce qui concerne les Musulmans, le flou qui entoure la désignation est un inconvénient : pourquoi est-ce que les Musulmans qui incendient, tuent, prêchent la haine, torturent, mériteraient plus que les autres cette compréhension muette ou argumentée ? Et pourquoi faudrait-il toujours se taire lorsque les bourreaux sont des Musulmans et les victimes ... la plupart du temps des Musulmans, mais aussi et souvent des Chrétiens et des Juifs ? Les violences que nous voyons ne sont pas des violences ethniques ni même une guerre de religions. La ligne de partage n’est ni religieuse ni nationale : la ligne de partage est politique et morale. C’est en ce sens que l’on peut parler de « guerre de civilisations ». Et le fait que ce soit « dans la patrie des Droits de l’Homme » que l’on refuse absolument de le comprendre nous interpelle drôlement.

Car il faudrait sans doute un psychiatre pour répondre à cette question : qu’est devenue la France ? Pourquoi voit-on ses citoyens - de droite comme de gauche - compromis dans cette collaboration, car il n’y a pas d’autres mots ? Pour ce qui est de ses hommes politiques, il n’est en effet point besoin de psychiatre pour répondre à la question : la réponse est à chercher du côté de calculs géopolitiques, électoraux et sociaux hasardeux, ainsi que du côté des affaires et des banques. Mais pour ce qui est de son peuple, de ses intellectuels, mais aussi de ses hommes d’église, que faut-il dire ? Ou est donc passée la voix de l’Europe tandis qu’on torture impunément en Libye ? L’U.E est bien intervenue et il y a une vraie partie de bras de fer en coulisses ... mais en silence, loin du feu des projecteurs : ce ne sont que des Bulgares, pas encore dignes, comme nous, de faire la leçon au reste du Monde !

Isabelle Rose,
Jérusalem

11 novembre 2005

Sauvons les cinq infirmières bulgares et le médecin palestinien condamnés à mort par la "justice" de Kadhafi



Les cinq infirmières bulgares condamnées à mort, avec deux visiteurs dans une prison libyenne

Une course contre la montre vient de s’engager pour sauver la vie de six innocents, condamnés à mort par fusillade il y a un an et demi dans un quasi-silence médiatique, ce lourd silence qui hélas caractérise les télévisions et les gouvernements occidentaux dès lors qu’il s’agit d’horreurs se déroulant en terre musulmane et que l’on ne peut incriminer ni « aux méchants américains », ni à Al-Qaïda. Mardi 15 novembre doivent être rejugés en appel cinq infirmières bulgares et un médecin palestinien, incarcérés depuis 1999 et condamnés à mort en mai 2004 pour avoir volontairement inoculé le virus du Sida à des centaines d’enfants libyens dans l’hôpital de Benghazi où ils travaillaient. Cette semaine, les médias semblent se réveiller quelque peu en Europe. Ainsi, le journal « Le Figaro » de ce mercredi 9 novembre publie un article de Piere Prier révélant les démarches de l’Union Européenne et des Etats-Unis. Je reproduis ci-dessous un extrait de ce papier, posant bien l’arrière plan sordide du chantage libyen.
 
« Des rumeurs de compromis ont circulé. Mais pour l'instant, rien n'y fait : le régime du colonel Muammar Kadhafi se retranche derrière «l'indépendance» de la justice libyenne. «Les infirmières sont accusées d'avoir tué des innocents et ont été condamnées par un tribunal indépendant», a répondu à George W. Bush le ministre des Affaires étrangères, Abd el-Rahmane Chalgham. Derrière ces protestations vertueuses, Tripoli semble engagé dans un bras de fer avec l'Occident dans lequel les malheureuses Bulgares et le Palestinien servent de monnaie d'échange. Par crainte de subir le sort de Saddam Hussein, Muammar Kadhafi a accepté d'indemniser les familles des victimes des attentats perpétrés contre des avions de ligne américain et français à la fin des années 80. Dans la même veine, il a renoncé à l'arme nucléaire en décembre 2003. Tripoli est en outre devenu le meilleur ami de l'Occident dans la lutte contre le terrorisme et l'immigration clandestine. Les condamnés à mort paraissent faire les frais de ce retournement de veste. En juillet 2004, le ministre des Affaires étrangères bulgare se voit proposer un marché par son homologue libyen : la révision du verdict contre la prise en charge des enfants libyens, la construction d'un hôpital pédiatrique et surtout l'indemnisation des familles des victimes. Le rapporteur de la commission des droits de l'homme du Parlement européen, Tony Lloyd, a bien compris le sens du marché : «Il serait difficile de ne pas relever que les montants astronomiques réclamés par la Libye - 10 millions d'euros par enfant - équivalent aux indemnités versées par la Libye aux victimes de l'attentat de Lockerbie !», écrit le député britannique dans son rapport daté du 19 septembre. Dernièrement, Tripoli aurait ajouté une exigence : la libération des deux Libyens emprisonnés en Écosse après leur condamnation pour l'attentat contre le Boeing de la Pan Am au-dessus de Lockerbie. »

Le journal « l’Express » de cette semaine publie une longue enquête que je vous invite à lire d’urgence (cliquer ici). Elle donne tout l’historique de l’affaire, et rappelle que selon l’expertise réalisée par le professeur Montagné, spécialiste mondial du Sida, les contaminations dues à l’absence d’hygiène à l’hôpital de Benghazi sont bien antérieures à la venue du personnel médical injustement condamné. Elle révèle aussi l’ambiance d’antisémitisme hystérique venue infecter cette affaire, depuis « le complot du Mossad » soit-disant découvert par la police libyenne (un nouveau classique, hélas, dans une partie de la presse arabe : celle du sang contaminé par les Juifs, rumeur déjà véhiculée en Egypte à propos de bonbons porteurs de virus ...) jusqu’à la haine à visage découvert du responsable de l’enquête, Juam El Mesheri rencontré par l’Express : « Il parle haut et fort, c'est un homme d'autorité. D'obsessions, aussi. «Je sais que votre journal appartient à des juifs», prévient-il d'emblée ».

Pierre Prier a décrit dans « Le Figaro » les horribles sévices subis par des accusés qui ont avoué sous la torture :
« Les infirmières ont avoué sous des sévices dantesques, selon le rapporteur [de la commission des Droits de l’Homme du Parlement européen] Tony Lloyd : «Deux des infirmières ainsi que le médecin ont affirmé devant le tribunal avoir subi de graves tortures physiques (chocs électriques, suspension en hauteur par les bras, passages à tabac, flagellations, viols et agressions sexuelles, etc.) durant deux mois, parfois quotidiennement. En 1999, l'une des accusées, Nassya Nenova, a tenté de se suicider.» Une autre infirmière, Valentina Siropoulo, a été terrorisée par des chiens pendant un an et demi à l'école d'entraînement des chiens policiers. Le député Tony Lloyd décrit sa rencontre avec le mari de Kristina Vulcheva, le docteur Georgiev, libéré mais toujours en Libye, faute d'un visa de sortie : «Il m'a raconté les supplices atroces qui ont été infligés à son épouse... passages à tabac avec des câbles ou des bâtons, sur les jambes, les pieds, les mains, les seins ; chocs électriques, étendue nue sur un lit en acier ; étouffement par asphyxie et strangulation ; injection de drogues, etc.»

Voilà donc ce qui se passe à quelques heures d’avion de Paris, tandis que France 2 vient de consacrer une longue soirée « aux jeunes des banlieues » et « aux brutalités policières » qu’ils subiraient. Peut-être ne raconte-t-on pas assez « aux jeunes » ce qui se passe de l’autre côté de la Méditerranée ? Peut-être que José Bové, Mgr Gaillot et Noël Mamère - que l'on n'entend JAMAIS dans ce genre d'affaires - considèrent les droits des casseurs étrangers comme plus importants que ceux de ces malheureuses femmes, risquant leur vie dans une histoire kafkaïenne ? Peut-être que ce Palestinien ne mérite aucune attention dès lors que ses persécuteurs ne sont pas « d’horribles sionistes » ? Peut-être que Roland Dumas, ex ministre des affaires étrangères, juge plus importante l'impartialité de la justice pour un monstre comme Saddam Hussein ?
Allez sur le site de l’association Bulgarie-France (cliquer ici) qui publie des photos de ces victimes innocentes, et appelle à manifester lundi 14 novembre à 17 heures devant le Centre Georges Pompidou, à Paris. Soutenez l'association « Avocats sans frontières » qui s’est emparée du dossier ! Et lisez le bouleversant appel de la chanteuse d'origine bulgare Sylvie Vartan, sur le site « abolition.fr » (cliquer ici).

Et je promets, si ces innocents ne sont pas libérés d’ici là, de consacrer une émission à cette affaire et à la Libye du colonel Kadhafi, avec laquelle notre Pays entend renouer des relations amicales.


J.C