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01 avril 2010

Iran, la course à la bombe : des publications pour mieux comprendre

Sites nucléaires iraniens



Le propre de certains sites et blogs est de s’épuiser à courir après l’actualité, et donc de brasser quotidiennement des informations - reprises souvent d’ailleurs sans beaucoup de valeur ajoutée - sur des sujets différents : ainsi se trouvent mélangés l’important et l’accessoire, les articles de fond et les billets d’humeur, le micro évènement et l’information capitale ; et, soyons honnête, mon blog lui-même a du souvent céder à ce genre de travers !

Voici donc une série de publications qui apporteront un peu de recul sur LE sujet le plus angoissant de l’actualité au Moyen-Orient, cette course folle de l’Iran vers l’arme nucléaire et que rien - sauf miracle - ne semble capable de stopper : échec des tentatives occidentales de réunir une majorité au Conseil de Sécurité de l’ONU ; échec de la politique de « dialogue sans conditions » de l’administration Obama ; refus américain de lancer une opération militaire ; menaces d’Israël devenant contre-productives à force d’être brandies, l’état juif ne pouvant probablement rien faire sans l’appui de la Maison Blanche ; espoir déçu d’une vraie révolution pour renverser la République islamique, après les grandes manifestations d’il y a neuf mois déjà ... Aucune solution n’apparaît comme sans dangers, et ne rien faire risque aussi de créer des bouleversements insupportables - pour Israël, mais aussi pour l’Europe et, au-delà, pour ce qu’on n’ose plus appeler "le Monde libre" !

Essayer de comprendre, c’est d’abord savoir lire une carte des installations nucléaires iraniennes, comme celle-ci en illustration et que j’ai trouvée au moins précise - car combien d’approximations passent-elles sur les ondes, y compris hélas sur certaines radios de la fréquence juive ! C’est ainsi que j’ai entendu dernièrement parler du réacteur de Bouchehr - purement civil, destiné à produire de l’électricité et devant être livré prochainement par les Russes - comme d’une cible possible pour des bombardements ; tandis que le site de Natanz - où les Iraniens ont déjà enrichi près de 2 tonnes d'uranium à 2,5 % - est appelé souvent "réacteur" ; on écrit aussi qu’ils ont "commencé à enrichir de l’uranium" alors qu’il s’agit maintenant de passer, à partir du matériau déjà enrichi, à un taux de matière fissile à plus de 20 %, bref à une production uniquement à vocation militaire ... autant de rigueur qu’il faut conserver pour bien suivre le fil des évènements !

Cette rigueur, j’ai essayé de l’avoir en interviewant, successivement, sans doutes les trois meilleurs experts du sujet : Thérèse Delpech, directrice des affaires stratégiques au Commissariat à l’Energie Atomique ; François Heisbourg, qui présida "l’International Institute for Strategic Studies" de Londres ; et Bruno Tertrais, qui est directeur de recherche à la " Fondation pour la Recherche Stratégique" : trois émissions dont les podcasts étaient déjà disponibles, mais que je mettrai directement en lien sur le blog, avec rappels de présentation. En les écoutant ou en les réécoutant, je suis sûr que vous aurez déjà une vue plus claire sur le sujet !

Ensuite, j’ai sélectionné deux articles bien différents, et qui apportent je pense deux éclairages bien inquiétants.
L’un a été publié par l’excellent site d’information "slate.fr"; voici déjà la conclusion, qui illustre parfaitement ce que j’écrivais plus haut :
"La vraie frustration que suscite toute cette histoire, la raison qui pousse même des gens raisonnables à envisager d'agir de manière dangereuse ou irréfléchie, c'est qu'au final nous n'avons que très peu de contrôle sur ce qui va se passer. C'est un exemple extrême de ce que nous vivons dans une grande partie du monde depuis la fracture des pouvoirs qui a suivi la fin de la Guerre froide. Et nous n'y sommes pas encore habitués."
Le deuxième article, lui, provient ... de la presse iranienne ! Et il démontrerait que, dans l’esprit des dirigeants de la République Islamique, la notion "d’équilibre de la terreur" n’existe pas : si l’arme atomique finit par être entre leurs mains, alors "ce serait l’arrêt de mort d’Israël".

Mais je publierai aussi - plusieurs analyses contradictoires étant nécessaires pour se forger une opinion - un article tout à fait original, qui se projette dans l'hypothèse d'un Iran puissance nucléaire, avec à la clé une géopolitique bouleversée ... et pas forcément néfaste pour l'état juif !

En attendant ces articles et ces podcasts, je vous invite :
- à « "surfer" sur les différents articles avec le tag "Iran" en libellé - et il y en a quelques dizaines depuis 2005 ;
- à lire cet article inquiétant, publié sur le site "objectif-info", qui envisage carrément la pire des hypothèses, celle d'une administration américaine ayant déjà accepté que la République Islamique devienne une puissance nucléaire ;
- et à consulter sur ce lien l’excellente synthèse publiée sur le site du journal "l’Express" à propos du nucléaire iranien.

27 décembre 2007

Réfugiés d'Iran : émotion et peur au rendez-vous de Ben Gurion Airport


Scènes de retrouvailles à l'aréoport Ben Gourion
de Tel Aviv, le mardi 25 décembre
(en haut : photo AFP ; en bas : photo Reuters)

Ce sont deux photos poignantes que j'ai choisi de mettre en ligne aujourd'hui. Elles illustrent une nouvelle dont se sont faits abondamment l'écho les sites et blogs juifs depuis deux jours : l'arrivée de 40 Juifs réfugiés d'Iran, échappés par une filière clandestine. Cela porte à 200 l'Alya annuelle pour ce pays, une forte augmentation - dans un contexte de chute continue de l'immigration -, qui illustre bien sûr la peur qui pèse lourdement sur cette communauté, depuis que le délirant antisémite Ahmadinejad a pris les rênes du pouvoir à Téhéran.

Mais revenons aux photos, qui disent tellement de choses ... D'abord bien sûr l'émotion des parents qui retrouvent des membres de leurs familles perdus de vue depuis de si longues années (toutes les liaisons téléphoniques, postales ou autres en provenance d'Israël étant strictement interdites par la République islamique). Mais ensuite - et peut-être surtout - la peur, terrible, des représailles contre les parents restés en Iran : ainsi les nouveaux immigrants n'ont pas été photographiés de face, et le visage des héros du jour est strictement caché par la censure !

J.C

12 décembre 2007

« Pourquoi nous ne devons pas relâcher notre pression sur l’Iran » par David Miliband, Ministre britannique des Affaires Etrangères

La traduction originale

Introduction :
Quelques mots d’introduction, avant de vous inviter à lire, en exclusivité sur le blog, cet article publié la semaine dernière sous la signature du nouveau chef de la diplomatie britannique, et traduit par mes soins.
On a beaucoup parlé il y a une dizaine de jours de la note de synthèse donnant l’évaluation de seize agences de renseignement américaines, qui concluaient à l’arrêt - depuis 2003 - du programme d’armement nucléaire de l’Iran : une bonne partie de la presse française s’en est réjoui, pour des raisons en partie louables (ce pronostic éloigne le spectre d’une guerre aux lourdes conséquences), et en partie douteuses (cela affaiblit un peu plus l’administration américaine, toujours considérée comme rivale malgré le changement de Président chez nous ...).
Or, tout le monde n’est pas convaincu de la fiabilité de cette évaluation, et Israël n’est pas le seul à avoir exprimé des doutes. Les Britanniques, surtout ! Je reproduis ci-dessous un extrait tiré du site « infolivetv » (en lien permanent) :
« Le chef des renseignements britanniques, a récemment mis en cause le dernier rapport publié par la CIA, rapport qui affirmait que l’Iran avait gelé son programme nucléaire militaire en 2003. Il a émis de graves doutes quand au prétendu gel des activités iraniennes, et affirme croire que la CIA aurait été leurrée et trompée par le régime de Téhéran. Selon le « Sunday Telegraph », les services britanniques sont persuadés que les officiels iraniens, sachant que leur conversations téléphoniques avaient été mises sur écoute, ont délibérément divulgué et transmis de fausses informations, destinées à tromper les services de renseignements occidentaux. »
On ne saura donc pas surpris, donc, d’apprendre que David Miliband, le nouveau Ministre britannique des Affaires Étrangères, a publié quelques jours après le fameux rapport, un article percutant qui résume les arguments de ceux qui doutent des intentions pacifiques de l’Iran. Les arguments qu’il développe sont tout à fait analogues à ceux présentés dans mon émission par Thérèse Delpech, et dont les auditeurs se souviennent peut-être ... En particulier, le prétexte de pratiquer l’enrichissement de l’uranium pour pouvoir garantir le combustible des réacteurs de puissance ne tient pas, et le Ministre rappelle qu’une coopération pour le nucléaire civil a été proposée aux Mollahs qui l’ont refusée. Autre point que vous relèverez, vers la fin de son article, quand il écrit : « notre objectif est un changement de politique, pas de régime » ... c’est bien ce qu’a reproché amèrement, également à mon micro, Kavéh Mohseni, à la Grande Bretagne comme à tous les Occidentaux ! Bonne lecture.

J.C


"Il y a trois composants clés pour une arme nucléaire : la matière fissile, le missile lui-même et le « process » consistant à faire de la matière fissile une arme pour le missile. L’estimation des agences de renseignements américaines sur le programme iranien qui a été publiée cette semaine, suggère que l’Iran a laissé en suspens le dernier de ces composants. Si cela est exact, ce serait positif. Mais l’Iran continue de travailler sur les deux autres, en particulier sur un programme d’enrichissement qui n’a pas d’application civile apparente, mais qui pourrait produire de la matière fissile pour une arme nucléaire, en dépit des demandes du Conseil de Sécurité des Nations Unies et de l’Agence Internationale pour l’Énergie Atomique (AIEA)

Les leaders iraniens décrivent cela comme un conflit avec la communauté internationale qui voudrait s’opposer aux droits du peuple iranien. Cela est inexact. Nous ne sommes pas en train d’essayer de stopper l’accès de l’Iran aux bienfaits de l’énergie nucléaire, car nous leur avons offert une assistance pour développer leur propre industrie civile dans ce domaine. La poursuite par l’Iran d’activités proliférantes, particulièrement son programme d’enrichissement, est ce qui nous inquiète. Ce pays n’en a pas besoin. La Russie lui a garanti la fourniture de combustible pour la centrale de Busher, son seul réacteur de puissance programmé, et la « troïka » européenne plus les trois grandes puissances (Royaume Uni, France, Allemagne, États-Unis, Russie et Chine) ont garanti des fournitures de combustible nucléaire pour le futur.

La vérité est que la communauté internationale est plutôt méfiante, car l’Iran a camouflé certains aspects de son programme pendant environ deux décennies, et l’AIEA ne peut même pas obtenir aujourd’hui tous les accès qu’elle réclame. L’Iran a aussi traité secrètement avec A.Q. Khan, le père du programme nucléaire pakistanais. Il demeurera un manque de confiance, jusqu’à ce que l’Iran réponde aux interrogations sur son programme passé, et suspende son programme d’enrichissement.

En septembre, les ministres des affaires étrangères de la « troïka plus trois » se sont mis d’accord sur un point : si les discussions entre l’Iran et l’AIEA, d’une part, et Javier Solana (le chef de la diplomatie européenne), d’autre part, n’aboutissaient pas en novembre, ils pousseraient le Conseil de Sécurité de l’ONU à de nouvelles résolutions. Aujourd’hui, nous avons leurs rapports. L’AIEA demande à nouveau à l’Iran de suspendre toutes ses activités d’enrichissement, en ajoutant que « les informations de l’Agence sur le programme nucléaire iranien vont en diminuant ». Le Docteur Solana, lui, a dit que ses discussions avec les Iraniens l’avaient « désappointé ».

Le Conseil de Sécurité de l’ONU a passé trois résolutions demandant à l’Iran de se conformer aux règles internationales. Deux comprenaient des sanctions contre l’Iran pour son refus d’obtempérer. Nous devons maintenant réclamer une résolution avec d’autres sanctions. Nous ne devons pas avoir peur de « faire de la diplomatie en montrant les dents ». Les alternatives sont toutes pires.

Nous ne recherchons pas la confrontation. Depuis 2002, la communauté internationale a tenté de résoudre nos différents avec l’Iran par la diplomatie. Nous avons offert une coopération économique et politique, comprenant aussi bien une assistance pour un programme nucléaire civil que des avantages politiques et économiques. Le gouvernement iranien a rejeté ces offres, de façon répétée. En même temps, ils ont fourni une aide aux insurgés en Irak et aux Talibans en Afghanistan. Ce gouvernement trahit aussi son propre peuple, en ne respectant ni les droits de l’homme, ni la liberté politique.

Pourquoi le leadership iranien choisit-il la confrontation et rejette-t-il un partenariat avec la communauté internationale ? C’est une question à leur poser. Mais s’il demeure sur l’impression que nos buts sont hostiles, alors je souhaite que tous les Iraniens sache que cela est faux. Notre objectif est un changement de politique, non de régime. Personne, si ce n’est le peuple iranien, n’a le droit de choisir leur gouvernement. Nous souhaitons un Iran en sécurité, dans la coopération et le respect avec la communauté internationale. Nous souhaitons que l’Iran exerce une influence et un leadership au Moyen-Orient, en rapport avec sa position stratégique et son rôle historique dans la région. Mais l’Iran doit aussi être conscient de la résolution et de l’unité de la communauté internationale. Aucun pays ne peut éviter de se fâcher très fort lorsqu’on en vient à défier l’autorité du système multilatéral de sécurité, ou à déstabiliser le Moyen-Orient. C’est pourquoi, nous travaillons en vue d’une troisième résolution du Conseil de Sécurité et pour des sanctions renforcées de l’Union Européenne.

L’Iran a le potentiel de devenir une des grandes nations du monde. Il bénéficie d’énormes avantages. Son peuple devrait recueillir les bénéfices de tous ses atouts, et ne pas voir son pays traité comme un paria parmi les nations. Le leadership iranien est devant un choix clair. D’un côté, une relation transformée avec la communauté internationale (y compris les États-Unis), comprenant des avantages politiques et économiques. De l’autre côté, un isolement croissant. Personne ne peut faire ce choix à la place des leaders iraniens. Mais j’espère qu’ils auront la vision et l’inspiration de faire le bon choix pour leur peuple, qui n’en mérite pas moins."

David Miliband.
Secrétaire au Foreign Office
« Financial Times », 6 décembre 2007
(traduction Jean Corcos)

12 novembre 2007

Iran, le choix des armes ? François Heisbourg sera mon invité le 18 novembre

 
J’aurais l’honneur d’avoir à nouveau François Heisbourg comme invité. C’est un expert incontesté en matière de géostratégie : il préside actuellement le prestigieux « International Institute for Strategic Studies » de Londres, ainsi que le « Centre de politique de sécurité de Genève », il est également conseiller spécial à la « Fondation pour la recherche stratégique » de Paris qu’il a précédemment dirigée, et il publie régulièrement des analyses et rapports qui sont lus par les plus hautes autorités de notre pays.
 
C’est bien sûr l’Iran qui suscite en ce moment l’attention inquiète de toutes les chancelleries avec une angoisse particulière en Israël et dans la Diaspora. C’est d’ailleurs ma quatrième émission consacrée à la menace iranienne depuis le début de l’année, et cette interview a été construite à partir de son dernier livre, « Iran, le choix des armes ? » (Editions Stock). François Heisbourg écrit dans son introduction : « C’est peut-être le visage de notre XXI ème siècle qui se dessine en ce moment à travers l’avenir nucléaire de l’Iran », et un peu plus loin, après avoir rappelé qu’il se méfie des rapprochements historiques avec la dernière Guerre Mondiale, il dit : « Force est de constater que le président Ahmadinejad fait exactement ce qu’il faut, sur le registre antisémite et négationniste, pour amener les démocraties occidentales à dresser des parallèles par rapport à la montée des périls en Europe en 1933 ». Il convient à ce sujet de lui rendre hommage car - et cela avait été relevé sur ce blog -, il avait organisé, après l’ignoble pseudo conférence négationniste de Téhéran en décembre dernier, le boycott de « l’Institut Iranien pour les Etudes Politiques et Internationales » responsable de ce colloque ; et ainsi, 40 instituts ont rompu leurs liens avec leur homologue de Téhéran.

Cette émission a déjà été enregistrée, mais je peux vous révéler quelques unes des questions que j’ai pu lui poser (hélas, mille fois hélas quand on a un invité de cette qualité, je n’ai pas eu le temps d’aborder TOUS les sujets dont j’avais envie de parler) :
- Comment lire le titre de son livre « Iran, le choix des armes ? »
- Que répond-il à ceux qui - comme dans le journal « Marianne » du 22 septembre dernier - l’ont épinglé en l’accusant de sonner régulièrement le tocsin (après l’Irak en 2003) pour de fausses menaces ?
- Quels sont les arguments, développés dans son livre, que l’on peut opposer à tous ceux qui disent ou qui écrivent que, dans le fond, on est bien injuste avec l’Iran, en disant : « Israël, l’Inde et le Pakistan ont des armes nucléaires, et ils n’ont pas signé le traité de non prolifération ; et on veut empêcher la malheureuse République Islamique de faire pareil » ?

Et puis, François Heisbourg évoquera - hélas trop rapidement, car son petit ouvrage est passionnant et se lit comme un roman ! - les trois scénarios possibles en cette année décisive 2008 : « coopération » ; « compromission » ; ou « confrontation » ... Sans vous dévoiler ce qu’il a dit à mon micro, vous verrez que ses propos ne correspondent pas du tout à la caricature outrancière que l’on a pu lire dans « Marianne » ! 

J.C

24 octobre 2007

Sarkozy sur Israël : des paroles courageuses, et attendues depuis si longtemps !

Nicolas Sarkozy et Ehud Olmert,
Paris le 22 octobre 2007 (photo Reuters)

Vous l'avez déjà entendu ou lu, dans la presse ou sur le Web : le voyage du Premier Ministre israélien à Paris a été un franc succès - comme à Londres d'ailleurs le lendemain. Face à la menace de plus en plus angoissante d'un Iran dirigé par des fanatiques et devenant demain une puissance nucléaire, les grandes démocraties occidentales se serrent les coudes ! Le Président français avait posé le problème en des termes très nets lors de sa conférence de presse du 27 août dernier, en disant qu'il fallait éviter "le choix catastrophique entre une bombe iranienne et le bombardement de l'Iran". La seule manière de l'éviter, soutenue d'ailleurs à la fois par les États-Unis et Israël - directement menacé dans son existence -, ce sont de vrais sanctions pour acculer le régime des Mollahs. Nous ne savons pas ce que se sont dits exactement Olmert et Sarkozy au palais de l’Élysée lundi dernier ; mais le premier semblait fort satisfait de ce qu'il avait entendu, et d'ailleurs Ehud Olmert a évoqué ensuite cette campagne d'isolement de l'Iran, soutenue au sein de l'Union Européenne par la France et par le Royaume-Uni, et qui pourra être poursuivie - sauf veto de la Russie et de la Chine - au Conseil de Sécurité de l'ONU.

Mais c'est à propos du droit à l'existence et à la sécurité que Nicolas Sarkozy a tenu les propos les plus nets et les plus réconfortants. Extraits choisis, d'abord pour la sympathie qu'ils expriment vis à vis de l'état juif :
"L'établissement d'Israël a été un miracle, et l'évènement le plus significatif du 20ème siècle".
"On dit que je soutiens Israël parce que mon grand-père était juif, mais ce n'est pas une affaire personnelle (...) Israël a introduit la diversité et la démocratie au Moyen-Orient. C'est un miracle qu'un tel État soit né à partir des restes dispersés du peuple juif".
"La sécurité d'Israël est une ligne rouge claire, qui ne doit pas faire l'objet de négociations (...) C'est une condition inviolable, sur laquelle nous ne reculerons jamais".

Tous ces propos, dont je vous donne la traduction, proviennent d'une version rapportée par Aluf Ben sur le site du "Haaretz" , dont vous pourrez lire en lien le texte (en anglais).

Mais le plus important, à mon avis, dans les propos de Sarkozy - et en cela il tranche nettement sur la lâcheté et la frilosité, non seulement de son prédécesseur à l’Élysée, mais aussi des classes, à la fois politique et médiatique, française et européenne - c'est ce qu'il a dit sur la question cruciale des négociations à venir, celle qui a empêché tout règlement du problème palestinien en raison du refus obstiné d'Arafat - et hélas, semble-t-il aussi, de la direction même "modérée" qui gouverne actuellement à Ramallah : non, les "réfugiés palestiniens" (comprendre : les quatre millions d'enfants et petits enfants de ceux qui ont fui Israël en 1948) ne peuvent "retourner" dans ce pays, car cela équivaudrait à un suicide démographique pour l'état juif.

Écoutons à nouveau le Président français :
"Chaque côté doit avoir son propre "État nation" (...) Il n'est pas raisonnable pour les Palestiniens de demander à la fois un Etat indépendant, et aussi le retour des réfugiés dans l’État d'Israël, qui a aujourd'hui déjà une minorité de un million d'Arabes".

Voilà, c'est bref et en même temps fondamental : et si toutes les puissances du "Quartette" parlent aussi clairement, le conflit pourra se résoudre enfin, car les Palestiniens comprendront qu'ils doivent soit accepter un compromis, soit continuer une guerre de cent ans ... Tellement fondamental que l'article du "Haaretz" est intitulé ainsi : "Sarkozy au Premier Ministre : les réfugiés palestiniens ne doivent pas retourner en Israël".
Et bien ... Pensez-vous que la presse nationale (ou nos radios, ou nos télévisions) aient repris une info aussi fondamentale ? ... Bien sûr que non, hélas, alors qu'il s'agit d'une petite révolution pour le Quai d'Orsay !
Pour sourire un peu, lisez plutôt ce que rapporte le "Figaro", pourtant peu suspect d'antipathie vis à vis d'Israël ... sans commentaires !
"Hier à l'Élysée, Nicolas Sarkozy et Ehoud Olmert ont également fait le point sur la préparation de la conférence envisagée fin novembre ou début décembre à Annapolis, dans le Maryland, sur le processus de paix israélo-palestinien. Pour le premier ministre israélien, la rencontre ne doit pas entrer dans les détails de la négociation mais en fixer le cadre général. Selon l'Élysée, Nicolas Sarkozy a rappelé le souhait de la France que des discussions s'engagent entre les parties sur le statut final d'un État palestinien, mais aussi sur le droit au retour des réfugiés palestiniens, la question de Jérusalem et la sécurité."


J.C

07 octobre 2007

La mondialisation de la haine





Photos Associated Press, prises le 5 octobre 2007, à l'occasion de la journée "Al-Qods" :
- en haut à gauche, Cachemire indien ;
- à droite, photo du haut, Indonésie ;
- à droite, photo du bas, Syrie
- en bas à gauche, Iran, avec hélas (grande mode islamiste importée de Palestine), un petit enfant avec en guise de jouet un fusil d'assaut ...

























Vendredi dernier, les Juifs célébraient la fête de "Simhat Thora", la "joie de la Thora", célébrée (comme le veut la coutume) dans l'allégresse, afin de marquer la fin du cycle annuel de lecture du Livre de la Loi. Les fêtes juives d'automne correspondaient cette année au mois de Ramadan. Et il y a - hélas ! - un autre rituel, celui-là qui n'a rien de religieux et qui relève uniquement de la manipulation politique, faisant se rassembler dans le monde entier des Musulmans le dernier vendredi du mois de Ramadan. En effet, depuis la révolution de 1979, le régime iranien organise à ce moment là du calendrier islamique de grandes manifestations dites de la "journée Al-Qods" (Jérusalem), dont l'objectif officiel est de "soutenir la Palestine" - mais qui est, en réalité, l'occasion de déverser une propagande antisémite abjecte visant la destruction de l'Etat juif. Or donc, cette année, ces manifestations sont tombées le 5 octobre, jour de fête chez les "Sionistes" tellement haïs !

Comme le souligne un courrier diffusé par l'Ambassade d'Israël à Paris, "en quête d'un rôle hégémonique panislamique, l'Iran tente de rallier le monde musulman contre Israël, ennemi fédérateur, "chancre dans le corps islamique". Son visés également le "grand Satan", c'est à dire les États-Unis et l'Occident, accusé d'être à la tête d'un complot anti-islamique." Un grand coup de chapeau à notre confrère "mediarabe.info" (en lien permanent) qui, dans un article publié vendredi dernier que je vous invite à lire, parle de cette journée et surtout donne le lien permettant de télécharger, en version pdf, l’ouvrage indispensable de "L’American Jewish Committee" : cette brochure analyse les enjeux, pour l’Iran, derrière cette "mobilisation", et dénonce ces nombreux militants de gauche « qui refusent de voir ce qu’est le régime iranien : un obscurantisme clérical dont l’antisémitisme utilise tous les clichés de celui professé, naguère comme de nos jours, par l’extrême droite occidentale ».

Ce 5 octobre, sans surprise, le nabot antisémite de Téhéran a donc renouvelé ses lugubres invectives contre Israël et les Juifs, demandant que "les Sionistes" soient transférés "en Europe ou en Alaska", et disant que "l'Holocauste était un prétexte qui avait permis le génocide des Palestiniens".

Mais le pire, ce sont ces manifestations de Musulmans qui ne sont ni des Iraniens intimidés par leur police, ni des Palestiniens pro-Hamas : du Cachemire à l'ile de Java en passant par Damas, ces visages aux rictus haineux annoncent peut-être aussi un danger à venir : il y a en effet maintenant des manifestations de ce type en Europe et en Amérique, et la propagande iranienne risque d'enflammer l'antisémitisme dans les communautés musulmanes implantées en Occident. Et comme le souligne l'article de "mediarabe.info" pré-cité, le très extrémiste "Parti des Musulmans de France" de Mohamed Latrèche appelait hier à manifester à Argenteuil, en pleine solidarité avec Mahmoud Ahmadinejad !

J.C

17 septembre 2007

Que cherche la République Islamique d’Iran ? Kavéh Mohseni sera mon invité le dimanche 23 septembre

Les auditeurs de Judaïques FM et les lecteurs de ce blog doivent, je le pense, bien connaître Kavéh Mohseni. Iranien, réfugié politique, vivant en France depuis ses plus jeunes années, il est très engagé dans l’opposition au régime des Mollahs, en tant qu'éditeur du site « iran-resist » en lien permanent. Ce site est un support pour un des courants de l’opposition iranienne en exil, une tendance bien précise qui est à la fois démocrate, nationaliste et laïque ; on comprend vite à le lire régulièrement qu’il défend l’héritage du Shah d’Iran, renversé par la révolution islamiste en 1979. Il donne des informations extrêmement riches sur la répression que subit le peuple iranien depuis près de trente ans, et sur la corruption et l’hypocrisie des Mollahs qui se partagent le pouvoir. Et il n’a de cesse de dénoncer ceux qui, chez nous en Occident, espèrent le renversement des « durs » (de la tendance de l’actuel Président Mahmoud Ahmadinejad) au profit de soit disant « modérés », comme le « pragmatique » Rafsandjani ou le « réformateur » Khatami.

Nous reviendrons donc, en première partie de cette interview sur la situation réelle du pays, un décryptage difficile car le régime de Téhéran manipule toutes les informations. Puis, en deuxième partie nous évoquerons ce qui préoccupe directement l’auditoire de Judaïques FM, après les menaces directes de destruction d’Israël proférées sans discontinuer par Ahmadinejad depuis deux ans ; et je ne vous cacherai pas que la lecture régulière de « iran-resist » au cours des derniers mois, m’a souvent désorienté : j’ai noté en effet un grand pessimisme, avec des analyses récurrentes démontrant (presque) toujours que les démocraties occidentales recherchent, hypocritement, un compromis avec la République Islamique ; l’inflexion de la diplomatie française depuis l’élection de Nicolas Sarkozy me semble, par exemple, trop peu soulignée. Par ailleurs, Kavéh Mohseni a une théorie sur le nucléaire iranien assez peu conventionnelle, car en totale divergence avec le point de vue de la communauté internationale : celle-ci remarque que ce programme nucléaire a été longtemps clandestin, qu’il n’est pas autorisé au titre du traité de non prolifération, et que donc il y a le risque que les Mollahs produisent de la matière fissile en quantité suffisante pour avoir une bombe atomique ; et cette approche, des experts en géostratégie comme Thérèse Delpech et François Heisbourg l’ont soutenue à mon micro. Or, sa théorie c’est qu’il s’agit d’un bluff de la République islamique : il nous exposera donc ce qui lui permet de dire cela, et surtout quel serait le but de cette manipulation.

J.C

22 août 2007

"Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur la plaine ?"

Femmes iraniennes faisant la chaîne devant l'usine
d'enrichissement d'Ispahan, 15 janvier 2006
(photo A.P)

Une photo à donner des cauchemars, qui à ma connaissance n'a pas encore été publiée dans la presse française. Il s'agit d'une manifestation organisée par le gouvernement iranien pour démontrer le soutien de la population à la course nucléaire du régime. Je l'ai trouvé dans un dossier remarquable mis en ligne par le site Internet du "Jerusalem Post". Lien ici : vous y trouverez des nouvelles réactualisées quotidiennement, des photographies comme celle-ci, des articles publiés dans la presse internationale, des analyses diplomatiques ou stratégiques .... Ce journal révèle que le nombre d’occurrences avec le mot "Iran" se comptent maintenant par millions sur Google, tellement la tension autour de ce pays devient le problème numéro un pour la Paix dans le Monde !

Oui, cette photo fait peur, parce qu'elle associe le fanatisme moyenâgeux (ces noirs tchadors) et la technologie la plus pointue. Shimon Peres a parlé, à propos du risque d'avoir au Moyen Orient des missiles iraniens à tête nucléaire, de "chambres à gaz volante". Et il y a une telle haine antisémite dans les discours d'Ahmadinejad que l'on ne peut pas ne pas avoir l'impression que l'Histoire avance à reculons. Rien, rien ne semble capable de faire reculer la République islamique, alors que la Communauté internationale brille par sa division ... Alors, oui, je n'ai pas honte à titrer ainsi ce petit "coup de gueule" contre les nouveaux nazis de Téhéran. Et on peut chanter à nouveau le "Chant des partisans", même si les "corbeaux" n'occupent pas (encore ?) nos démocraties, et même si leur vol risque d'être demain celui de fusées envoyés sur l'Europe.

A noter enfin, et toujours sur ce sujet de la menace iranienne, le remarquable article publié sur le blog Leviathan en lien permanent : dans "la terreur vient du ciel", vous pourrez lire une des analyses les plus crédibles - et donc les plus angoissantes - sur ce que prépare le régime des Mollahs ... probablement une guerre d’usure à coups de missiles, avec rapidement une dissuasion nucléaire rendant inefficace toute riposte.
Ci-dessous, un extrait :
« Mais le scénario de la terreur venue du ciel a sans doute l’avantage de fournir une piste pour comprendre comment le régime islamique en place en Iran pourrait s’y prendre pour détruire l’État d’Israël et asseoir sa domination sur les musulmans du Moyen-Orient. Car, si, à première vue, cela semble impossible, les islamistes nous ont démontré qu’ils ne renonçaient pas à ceux de leurs objectifs qui sont devenus pour eux un article de foi. La destruction d’Israël fait partie de ces objectifs sur lesquels ils refusent de louvoyer, qu’ils soient chiites ou sunnites, comme l’atteste le refus du Hamas d’offrir une paix permanente à l’État hébreu en dépit de sa situation plus que difficile et comme l’atteste également le fait que la République Islamique d’Iran reste le dernier État à souhaiter publiquement la destruction d’Israël. »

J.C

21 août 2007

Un « think tank » israélien recommande de dissocier la Syrie de l’Iran


D’abord une traduction rapide de cette dénomination en anglais, pour les lecteurs qui ne la connaîtraient pas encore : littéralement, « think tank » peut se traduire par « réservoir d’idées ». On utilise ce terme pour désigner une institution de droit privé, regroupant des experts, émettant des idées dans le domaine public, disposant d'une capacité d'analyse et de réflexion interne, et visant à faire des propositions de politique publique (définition trouvée sur Wikipedia). On utilise aussi en France les termes de « Groupes de réflexion et d'influence » ou d'« Institut indépendant de recherche sur les politiques ». Les sujets abordés par de telles institutions sont très divers, mais concernent souvent les affaires internationales et stratégiques, jouant alors souvent le rôle de « lobbies » en faveur de telle ou telle politique. Il en est ainsi, par exemple, aux États-Unis du « Washington Institute for Near East Policy », du « Hudson Institute » ou de la « Rand Corporation », qui ont autant de sites Internet que peuvent visiter les curieux comprenant l’anglais. En Israël, de telles institutions sont très nombreuses comme chez le « grand frère » américain : généralement, vous trouvez d’ailleurs sur divers sites ou blogs juifs francophones la reprise de synthèses émanant de telles sources, sans que soit précisée leur orientation politique globale ; or, même si aucun « think tank » n’est rattaché de manière grossière à un parti politique, il est clair que travaillent plutôt ensemble des experts de même sensibilité, et qu’il faut connaître cette sensibilité avant de prendre pour argent comptant tel ou tel papier ... d’autant plus que sont discutées (contrairement au reste du monde) des options vraiment existentielles pour le pays !

Mon attention a été retenue par un article publié le 16 août sur le site « Ynet News » en lien permanent, une libre opinion publiée sous la signature de John Davis du « Reut Institute ». Un peu curieux, je suis allé découvrir ce qu'en dit l'encyclopédie Wikipedia, et j’ai ainsi appris que cette institution jeune (fondée en janvier 2004), semble très écoutée par l’équipe actuelle du Ministère des Affaires Étrangères. Elle s’est spécialisée dans les analyses de long terme, et je vous recommande vivement (pour ceux qui lisent l’anglais, bien sûr) de visiter leur site sur ce lien. Sur la forme, j’ai particulièrement apprécié la présentation interactive par dossier. Sur le fond, on appréciera aussi le fait que des composantes non militaires (comme l’économie, l’image extérieure de l’État ou les relations internationales), soient prises aussi en considération pour orienter les décisions.

Mais revenons à cet article, et au sujet des relations Syrie - Iran.


Il y a deux écoles sur ce sujet. La première dit que l’axe Téhéran-Damas est maintenant indestructible, pour plusieurs raisons : les uns (comme par exemple évoqué par l’orientaliste Christian Lochon qui fut mon invité il y a quelques mois), évoqueront les affinités religieuses, les Alaouites au pouvoir en Syrie étant en fait des Chiites ; les autres feront le constat que, par leurs méthodes terroristes, les deux régimes ont fait de leurs pays des « États voyous » qui sont lancés dans une course en avant, laquelle aboutira fatalement à un « clash » avec les USA et leurs alliés régionaux. Il y a par contre une deuxième école, que l’on entend de plus en plus en Israël au cours des dernières semaines, alors même que des bruits de bottes très inquiétants menaçaient de part et d’autre de la frontière du Golan ; John Davis, sous le titre « Un lien que l’on peut casser » explique ainsi que cette alliance peut être rompue si on se montre assez adroit ...

Dans son article en lien, il reprend - de manière très intéressante - le même genre d’analyse que développe, régulièrement sur son site « iran-resist » en lien permanent, mon ami Kavéh Mohseni qui a été souvent mon invité sur « Judaïques FM » : partout, en Irak, au Liban, à Gaza et même en Afghanistan, le régime des Mollahs souffle sur les braises en armant et finançant les radicaux ; il s’agit d’apparaître aux yeux des Américains comme la puissance régionale incontournable, avec laquelle il faut négocier ; et pour prix de la négociation et d’une baisse locale des tensions, l’Iran obtiendra officieusement de devenir une puissance nucléaire - et de rendre réalisable son véritable objectif stratégique : une région dominée par les fondamentalistes où aura disparu l’État d’Israël.

Or la Syrie n’a pas toujours été sur la même longueur d’onde que son allié iranien, et John Davis en donne des exemples :
- Au Liban, l’Iran a « calmé » le Hezbollah dans le cadre de négociations avec le parrain des Sunnites (l’Arabie), alors que la Syrie voulait au contraire faire monter la pression pour régler des comptes particuliers ;
- En Irak, la Syrie préférerait avoir un voisin unifié et laïc, alors que l’Iran souhaite un voisin faible et morcelé en communautés ;
- Par rapport à Israël, la Syrie souhaite récupérer le plateau du Golan, donc serait prête à entamer des négociations - alors que l’Iran repousse tout processus politique impliquant une reconnaissance de l’état juif.

Logiquement, l’auteur conclue en conseillant au gouvernement israélien de se coordonner avec les États-Unis pour proposer des « carottes » au gouvernement syrien - fin de l’isolement et des pressions diplomatiques - en réclamant, en retour, qu'il cesse son soutien aux mouvements terroristes Hezbollah et Hamas, et qu’il s'éloigne de l’Iran
.
Un point de vue avec lequel ne sera certainement pas d’accord Chawki Freiha, qui sera mon invité dimanche 26 août, et qui avait dit lors d’une émission précédente : « la Syrie, elle mange l’appât et elle pisse sur l’hameçon ! ».


Jean Corcos

29 mai 2007

Christian Delacampagne, in memoriam

Je viens d’apprendre la disparition du philosophe et écrivain Christian Delacampagne le 20 mai dernier, disparition prématurée car un cancer l’a emporté alors qu’il avait 57 ans.

Je dois avouer que j’ignorais son œuvre, qui est tellement riche et diverse. Mais je l’avais vu et entendu pour la première et dernière fois de ma vie, donc, en décembre dernier. C’était lors de la grande soirée tenue à l’amphithéâtre de Science Po., sous l’égide de « L’Appel aux dirigeants européens à la fermeté face à l'Iran » et de l’association « Le Cercle ». En cliquant sur le libellé en fin d’article, vous pourrez découvrir et relire les articles déjà consacrés à l’action de ces intellectuels de toutes origines, qui se sont mobilisés face aux menaces d’extermination lancées contre Israël ; et, en particulier, voir la très belle photo de cet universitaire à la tribune , prise par Irena Elster.

Il est devenu très difficile, hélas, dans l’Europe d’aujourd’hui, d’exprimer publiquement son inquiétude quand à la survie de l’État juif, ou de ne pas se réjouir des déboires américains au Moyen-Orient. Fuyant une ambiance qu’il jugeait de plus en plus étouffante, Christian Delacampagne qui était un fin connaisseur de l’Orient (il avait dirigé les Centres Culturels français du Caire et de Tel Aviv), enseigna de 2002 à 2006 à la John Hopkins University à Baltimore (Maryland). Je me souviens, très précisément, comment il nous avait raconté lors de cette soirée son inquiétude face au sentiment isolationniste qui gagnait de plus en plus l’Amérique, suite au fiasco irakien. Ci-dessous des extraits de son intervention, archivée grâce au recueil publié par « le Cercle », dont j’avais invité le Président à l’une de mes émissions en début de l’année (voir émission du 22 janvier 2007). Des phrases directes, lourdes de sens - et que l’on doit lire, aussi, en hommage à un homme courageux et ami du peuple juif (lire aussi en lien son texte "A un ami Palestinien", publié dans la revue « Commentaires » à l’automne 2001).
« Je sais seulement une chose : pour pouvoir se retirer d’Irak, l’Amérique va devoir, à un moment ou à un autre, engager des négociations avec ces "deux États voyous", ces deux "Rogue States" que sont la Syrie et l’Iran (...)
Des concessions sont peut-être nécessaires ou seront peut-être nécessaires à un moment donné, à une phase donnée de cette négociation future. Mais ne sous-estimons pas, nous autres Occidentaux, deux choses que nous avons bien du mal à comprendre, parce qu’elles sont difficilement compatibles avec notre rationalisme.
D’abord, ne sous-estimons pas la dimension de folie messianique et apocalyptique qui anime les dirigeants iraniens, ou plus exactement cette petite secte issue du chiisme qui a fait main basse sur le régime iranien. Ne sous-estimons pas, en particulier, sa fascination pour la mort.
Deuxièmement, ne sous-estimons pas non plus sa très profonde indifférence pour les infidèles, et en particulier pour la vie des infidèles. Donc, prenons garde à ne pas laisser aller l’Amérique, et encore moins l’Europe, aller trop loin dans la voie de n’importe quelles concessions à l’égard du régime iranien - des concessions trop lourdes, trop maladroites et au surplus irréparables (...) »
Christian Delacampagne

J.C

02 mai 2007

Les corbeaux ont trouvé une proie



Sous le prétexte d'infraction au « code vestimentaire islamique », le régime des Mollahs a mis en marche depuis samedi 21 avril une nouvelle campagne de répression contre les Iraniennes. La police et en particulier les femmes policières en tchador noir arrêtent les femmes et les jeunes filles vêtues d'habits aux couleurs vives, cintrés, courts ou moulants, pour leur adresser dans un premier temps « un avertissement ». A la moindre protestation, ces femmes sont embarquées vers un centre correctionnel.

Le site resiliencetv, en lien permanent sur le blog, publie un reportage de cette campagne infamante où l’on voit donc les "corbeaux policiers" en tchador faire la chasse aux malheureuses ayant tenté, malgré le foulard islamique, de conserver un peu de féminité ...
Il donne aussi l’adresse de l’Association des Femmes Iraniennes en France, où l’on peut témoigner sa solidarité.

J.C

16 avril 2007

Des raisons d’espérer au lendemain de Pessah : un billet optimiste d’André Nahum sur Judaïques FM

Introduction :
Faute de temps (faut-il rappeler le caractère bénévole et discontinu de mes activités de journaliste, en parallèle à mon travail principal ?), je n’ai commenté ici, ni le retour dans l’actualité diplomatique du « plan de Paix » de l’Arabie Saoudite, ni la libération par l’Iran des quinze marins britanniques. Mon ami André Nahum a évoqué ces deux sujets dans sa chronique du mercredi 11 avril, apportant une note d’espoir juste après la fête de Pessah !
J.C

Bonjour,

En ce lendemain de fêtes de Pessah la Mer Rouge ayant été traversée avec succès à pied sec, sommes nous en train de tourner en rond dans le désert pour je ne sais combien d'années encore ?

Eh bien au risque de me mettre mal avec tous les Cassandre je me permettrai pour ma part de percevoir une toute petite lueur d'espoir dans l'interminable conflit israélo-palestinien.
Il y a en effet le vote par la Ligue Arabe d'un plan déjà proposé en 2002 par les Saoudiens qui offre à Israël, à des conditions draconiennes certes et difficilement acceptables, une paix générale et des relations normales. Quand on pense que naguère les mêmes pays arabes se prononçaient à l'unanimité pour les fameux trois "Non" de Khartoum, on ne peut nier qu'il y a un certain progrès. Oh je ne vous dis pas que l'Arabie saoudite est subitement devenue sioniste, mais le contexte international l'oblige à revoir sa position par rapport à l’État juif et la pousse à rechercher aujourd'hui une solution ou tout au moins une accalmie. Il y a en Irak une véritable guerre entre les Sunnites soutenus par Ryad et les Chiites soutenus par Téhéran. Les Saoudiens ne peuvent accepter la création à leur frontière d'une puissante alliance chiite dominée par l'Iran qui s'implanterait au Liban et en Palestine et lorgnerait sur son pétrole et ses lieux saints pour devenir la première puissance de la région. Ils ne peuvent accepter que l'Iran dispose de l'arme atomique.

Deuxième évènement : La libération des quinze marins britanniques capturés dans le "Chott el Arab". Contrairement aux images diffusées par la télévision iranienne, on sait aujourd'hui qu'ils ont été plutôt maltraités. Les Iraniens prévoyaient de les traduire en justice pour leur infliger de lourdes peines après un procès à grand spectacle et voilà que le tendre Ahmadinejad, touché par la grâce décide brusquement de les libérer et de les renvoyer comme cadeau de Pâques dans leur pays d'origine.
Pourquoi cette soudaine mansuétude alors qu'Israël attend toujours la libération de Guilad Chalit retenu par le Hamas et des deux autres soldats encore prisonniers du Hezbollah en dépit de la résolution 1701 du Conseil de sécurité ? Les Britanniques auraient-ils monnayé cette libération au prix fort comme le laissent entendre nos médias, ou plutôt comme le dit le site Internet NewsMax.com sous la signature de Kenneth R. Timmerman, parce qu'un troisième porte avion américain le « Nimitz » fait route vers le Golfe persique, que la peur du gendarme est le commencement de la sagesse, et qu'il y a peut-être en Iran des ayatollahs moins hystériques et moins fous que leur président, et qui ne veulent pas prendre le risque d'une confrontation avec les anglo-américains ? Vendredi 30 Mars, le Conseil suprême de sécurité se serait réuni d'urgence sous la présidence de Ali Larijani, négociateur pour le nucléaire et ami de Ahmadinejad. Durant cette réunion, le général Rahim Safavi commandant les Gardiens de la Révolution aurait déclaré que le déploiement du « Nimitz » faisait redouter l'éventualité d'une action militaire américaine début mai. Il aurait pressé le conseil d'ordonner la libération des otages britanniques pour abaisser la tension dans la région.
Quel crédit accorder à cette information alors qu'Ahmadinejad vient encore de créer le scandale en affirmant avec force gesticulations et mouvements de foule que son pays était passé à la phase industrielle de production de combustible nucléaire ? On peut tout de même espérer que si les Nations restent fermes, Russie et Chine comprises, on pourrait stopper l'Iran dans sa course au nucléaire sans même recourir à la force.

Mais il faut d'abord oublier Munich.

André Nahum

06 avril 2007

Thérèse Delpech : une interview et un nouveau livre

Comme je vous l’avais déjà annoncé, c’est dimanche prochain que vous pourrez entendre l’émission qui n’avait pu être diffusée en direct le 25 mars : le 8 avril, donc, à 9h30, ne manquez pas cette interview exceptionnelle de Thérèse Delpech consacrée à la course de l’Iran vers l’arme nucléaire, interview dont on trouvera en lien la présentation sur le blog.

Chaque émission nécessite une longue préparation, surtout lorsqu’elle tourne autour d’un livre qu’il faut découvrir, analyser puis résumer pour les auditeurs : celui objet de l’émission (« l’Iran, la bombe et la démission des nations », Éditions Autrement) datait déjà d’il y a un an, et je n’ai donc pas eu le temps de lire le dernier ouvrage de Thérèse Delpech, « Le grand perturbateur, réflexions sur la question iranienne » (Éditions Grasset), sorti le 20 mars. Je reproduis ci-dessous la présentation de l’éditeur, présentation qui en dit long sur le diagnostic de cette chercheuse, expert en géostratégie : oui, la République Islamique représente un danger, un danger réel pour la Paix du Monde.
Quelques jours après la sortie de ce livre, et comme un sinistre bruit de bottes avant une vraie guerre, quinze marins britanniques étaient capturés par les Iraniens à la frontière avec l’Irak ...

" Contrairement à la plupart des pays qui cherchent à contrecarrer ses projets, l'Iran a une idée précise de ce qu'il souhaite : devenir la puissance majeure du Moyen-Orient au XXI ème siècle. Ce qui n'est pas un crime en soi. A chaque période de l'histoire, les rapports de pouvoir évoluent, et il est essentiel de savoir le comprendre pour que ces changements se produisent de façon pacifique. Mais pour parvenir à ses fins, Téhéran, dont le régime est aujourd'hui issu du cœur le plus dur des conservateurs iraniens, reprend le projet révolutionnaire de la fin des années 1970. Il compte à nouveau sur un bouleversement régional de grande ampleur qui dépasse les distinctions entre les Perses et les Arabes, ou entre les chiites et les sunnites ... Son influence régionale s’exerce au moyen de discours violemment anti-israéliens, dont s'abstenaient les capitales de la région depuis de nombreuses années, et qui auraient dû conduire les pays européens à rappeler leurs ambassadeurs à l'automne 2005. Téhéran compte aussi sur l'infiltration de ses agents dans l'ensemble de sa périphérie. Celle-ci est perceptible non seulement au Liban et en Irak, où la capacité de nuisance de l'Iran n'a plus besoin de démonstration, mais aussi en Asie centrale et au Caucase. Téhéran compte enfin sur une militarisation du régime, dont les manœuvres d'intimidation « Grand Prophète I et II » ont donné une illustration convaincante au printemps et à l'automne 2006, et sur son programme nucléaire et balistique. Ceux-ci connaissent une accélération au moment même où le Conseil de Sécurité demande enfin, avec la résolution 1696, une suspension complète de toute activité liée à l'enrichissement et au retraitement de l'uranium. La question posée par l'Iran à la communauté internationale est simple : les règles qui vont régir non seulement les rapports de force, mais aussi le nucléaire au XXIème siècle ne sont pas encore écrites. Veut-on qu'elles le soient par l'Iran ? "


J.C

18 mars 2007

L'Iran, la bombe et la démission des nations : Thérèse Delpech sera mon invitée le 25 mars

C’est une émission assez exceptionnelle que je vous proposerai dimanche prochain, en raison de la qualité de mon invitée, puisque je recevrai Mme Thérèse Delpech. Thérèse Delpech est chercheur au Centre d’Etudes et de Recherches Internationales (lire sa présentation sur le site du C.E.R.I), et elle est également Directeur des Affaires Stratégiques au Commissariat à l’Energie Atomique depuis 1997. Nous allons parler de son ouvrage « L’Iran, la bombe et la démission des nations », (Editions « Autrement », prix : 15 E). C’est un livre extrêmement concentré puisqu’il tient en à peu près 130 pages, mais qui donne les informations les plus complètes et les plus à jour, en tout cas à la date de sa publication c'est-à-dire en avril dernier, sur ce sujet absolument angoissant de la course de l’Iran vers l’arme nucléaire.

Je serai particulièrement heureux de recevoir Thérèse Delpech sur le plateau de Judaïques FM: d’abord parce qu’elle fait partie des meilleurs experts sur le sujet ; elle participe à un très grand nombre d’instances internationales, comme l’A.I.E.A (Agence Internationale de l’Energie Atomique), l’Institut International d’Etudes Stratégiques de Londres, des commissions des Nations Unies, et on le voit bien en suivant sur son livre les réunions de ces instances. Et puis, aussi, je serai heureux de la recevoir parce qu’elle n’est pas uniquement un expert froid de ces questions. Ancienne élève de l’École Normale Supérieure, agrégée de Philosophie, elle a obtenu en 2005 le prix Fémina de l’essai pour un autre livre,"L’ensauvagement" (Éditions Grasset) où elle a aussi parlé de la montée des risques de guerre dans le monde entier : nous évoquerons aussi l’enjeu éthique du nucléaire iranien, et de la « démission des nations » pour reprendre son titre, avec les menaces de destruction de l’état d’Israël. 

A noter que, contrairement à une majorité d’experts qui se disputent les tribunes des journaux pour expliquer que, face à l’Iran, il est urgent de ne rien faire - et qui prennent un malin plaisir à démontrer qu’aucune sanction ne saurait être efficace -, mon invitée s’est courageusement engagée : elle est signataire de la pétition "appel aux dirigeants européens pour la fermeté face à l'Iran", dont nous avons souvent parlé sur le blog (cliquer sur le libellé en fin d'article).

J.C

15 mars 2007

Un général iranien et deux emblèmes


Merci à nouveau à l’excellent site « iran-resist », en lien permanent sur le blog et qui est souvent cité ici, pour avoir mis côte à côte les deux emblèmes, celui du Hezbollah libanais et celui des Pasdaran iraniens. Difficile de ne pas être frappé par l’analogie du graphisme ! Petite explication, d’abord, pour ceux des lecteurs qui auraient besoin d’une séance « d’explication d’images »

- On est d’abord frappé par le même sigle guerrier, la "Kalachnikov" tenant lieu de programme - ce qui ne choque guère les responsables politiques européens, dont les partis affichent soit une rose au poing, soit un olivier ou autre sigle bucolique. Ainsi par exemple, le député UMP Claude Goasguen a toutes les peines du monde pour faire signer par ses collègues une pétition dénonçant le caractère terroriste du Hezbollah, alors que ce dernier a déjà eu droit à ce qualificatif au Royaume Uni, aux USA bien sûr mais aussi de la part du Canada et du Parlement européen. Violence donc, mais au nom de la religion : comme le révèle l'article "Hezbollah" sur l'encyclopédie en ligne Wikipedia, le fusil mitrailleur est surmonté d'une citation en arabe tirée du Coran : "car ceux qui suivent le parti de Dieu seront victorieux". "Parti de Dieu", c'est bien la traduction littérale de "Hezbollah" !

- Puisque cette politique étrangère française a subi tout le poids personnel de Jacques Chirac, merci cette fois à J.C. Durbant dont le blog est également en lien permanent, pour cette publication d’un extrait de son interview au journal « Le Monde » le 28 juillet dernier, en pleine guerre du Liban :  
« Q. Vous paraît-il toujours inopportun de qualifier le Hezbollah d’organisation terroriste ? 
R : ce n’est pas au moment où l’on veut essayer d’avoir un retour du Hezbollah, si c’est possible, au sein de la communauté libanaise et sa transformation en un parti politique qu’il faut soulever des questions de cette nature. »

- Mais revenons aux emblèmes, tellement sympathiques, de ces « mouvements politiques » islamiques. Au-delà de la violence incarnée par l’arme, le poing tendu incarne tout à fait une rhétorique révolutionnaire : justement, celle des « Gardiens de la Révolution » (en iranien : "Pasdaran"), dont on trouvera un historique et un descriptif sur l'encyclopédie Wikipedia en lien. Une véritable "armée dans l’armée" de 130.000 hommes, ce qui va bien au-delà d’un de ces "groupe de guérillas" qui plaisent tant ici à nos partis d’extrême gauche. Vous y découvrirez aussi (pour les Internautes naïfs qui suivraient l’actualité d’après le 20 heures du J.T ou en lisant les communiqués de l’AFP), un secret de polichinelle, celui de l’implantation militaire des Pasdarans au Liban. Mais au-delà de la force, brutale, l’emblème du Hezbollah comme celui des Pasdaran reproduit un morceau de globe terrestre, qui est lourd de sens : il ne s’agit pas de défendre l’Iran, ou le Liban, ou un territoire X ; le but est d’exporter la "révolution islamique" partout dans le monde, considéré comme un immense "champ de bataille" ; par exemple en Argentine, avec le méga attentat antisémite de Buenos-Aires en 1994 qui fit 85 morts et 300 blessés et pour lequel la justice argentine a lancé un mandat d’arrêt international contre l’ex-président iranien Rafsandjani (lire sur le site "iran-resist").

- L’analogie entre les deux emblèmes n’est donc évidemment pas le fruit du hasard, et le Hezbollah (quels que soient par ailleurs les rivalités internes ou le jeu - plus ou moins autonome - de la Syrie vis-à-vis de l’Iran) a été conçu, dès le départ, comme la succursale libanaise de la République Islamique d’Iran.

- Or j’ai trouvé notre illustration sur cet article du site iran-resist, où il était question du passage à l’Ouest du général iranien Ali Reza Asghari. Plusieurs quotidiens, du "Figaro" au journal "Le Monde" ont parlé ces derniers jours du coup très dur subi par la République Islamique car cet officier aurait été, depuis une vingtaine d’années, une courroie de transmission entre la "filiale" Hezbollah, et la "maison mère" des Pasdaran : quelqu’un qui en sait beaucoup, aussi, sur les réseaux terroristes des Mollahs au Moyen-Orient, des réseaux "dormants" qui pourront se réveiller partout en cas d’intervention américaine contre les installations nucléaires iraniennes !

J.C

18 février 2007

Une politique bien étrangère, 3/3 : Jack Lang, futur patron du Quai d'Orsay ?

Jack Lang et Manouchehr Mottaki,
photo tirée du site http://www.iran-resist.org/

La candidate socialiste n’a rien révélé sur la composition du futur gouvernement en cas de victoire aux élections présidentielles. Et Jack Lang nous a habitué à d’abord « rouler pour lui », ce qui en politique n’a d’ailleurs rien de particulièrement exceptionnel. On ne sait donc pas si ses voyages, au Moyen Orient de l’année dernière juste après la guerre du Liban (Syrie, Iran), puis en Algérie il y a quelques semaines, étaient de commande pour son parti ou programmés pour se construire un « curriculum vitae » de futur Ministre des Affaires Étrangères. Reste que l’on peut ressentir son accolade au « vrai Ministre » iranien des Affaires Étrangères, Manouchehr Mottaki, comme particulièrement obscène : le même Mottaki devait parader en présidant la conférence négationniste de Téhéran au mois de décembre. Kavéh Mohseni a eu plus que raison de « l’allumer » sur son site après cet étrange voyage, et je reproduis ci-dessous un extrait de son article. Et puis, voilà encore des propos ... bien mal à propos : Jack Lang a quasiment soutenu le gouvernement algérien dans sa demande d’excuses à la France pour « ses crimes » commis pendant la colonisation (voir l’extrait du journal « Le Monde ») ; et cela, sans un mot, sans un geste (même de retour en France) pour les milliers de victimes européennes du FLN ou pour les dizaines de milliers de Harkis assassinés après l’indépendance !

Source : Iran-resist, 4 septembre 2006 :

"Téhéran attire les vieux socialistes battus : il y a eu Oskar Lafontaine en avril, puis Joshka Fisher en août, Felipe Gonzalez la semaine dernière, et finalement the last but not the least, Jack Lang, l’homme qui est fâché avec les cravates au pays des malrasés en col Mao.
Si Felipé a entrepris une médiation entre Téhéran et Washington, à la demande de l’Iran, Jack travaille pour son propre compte et il y était pour se faire mousser. D’ailleurs nos prévisions ont été justes, il n’y pas trop parlé du sort des homos. Les homos, il faut les fréquenter pendant la Gay pride, on ramasse les voix dans la bonne humeur. A Téhéran, Jack, qui se voit déjà comme un ministre des Affaires Etrangères en cas d’une victoire de la gauche, a fait des déclarations qui laissent pensif. Il a tout simplement promis aux mollahs de leur pardonner tout et en plus de leur offrir des contrats mirobolants.
« Les Occidentaux devraient respecter pleinement la dignité de l’Iran et reconnaître son droit souverain à maîtriser la technologie nucléaire civile. Des négociations réussies entre Européens et Iraniens renforceraient la position de l’Europe et de l’Iran sur la scène internationale ... C’est inimaginable que l’on soit dans une telle nasse, dans une telle impasse. Il est de l’intérêt de tous de sortir de cette crise. Il faut négocier. J’ai dit aux Iraniens que si on sortait de cette situation, un boulevard allait s’ouvrir entre l’Iran et la France et l’Europe », a-t-il ajouté. "

Source : « Le Monde », 5 février 2007 :

"Jack Lang a déclenché une polémique en plaidant, dimanche 4 février, pour une "reconnaissance [par la France] des crimes commis par la colonisation" en Algérie. "La meilleure façon de s'excuser est de reconnaître la réalité des crimes qui ont été commis par la colonisation en Algérie de 1830 à 1962", a déclaré le conseiller spécial de la candidate socialiste Ségolène Royal.
"Il faut réformer les manuels scolaires français (...) qui présentent une histoire idyllique du colonialisme" et "décoloniser les mentalités", a dit M. Lang, à l'issue d'une conférence donnée à Alger à l'invitation de l'Institut des études stratégiques globales. "Il y a un devoir de réparation historique" à l'égard de l'Algérie, a ajouté M. Lang, insistant sur la nécessité de "construire des relations exemplaires entre la France et l'Algérie".

J.C

07 février 2007

La plus belle des réponse à Ahmadinejad : des milliers d’Iraniens sont venus en quelques jours visiter le site du Yad Vashem

C’est sans doute la plus belle des réponses à la sinistre « pseudo conférence internationale » qu’Ahmadinejad, le nabot antisémite, a organisé à Téhéran au mois de décembre. Le Yad Vashem, institut israélien pour la mémoire de la Shoah (adresse : http://www.yadvashem.org/) a ouvert un site en langue farsi, pour que des Iraniens curieux d’Histoire et refusant de se laisser endoctriner par le régime, trouvent des réponses au moins sur ce plan à la propagande de leur régime.

Pari gagné, comme le révèle le « Haaretz » de ce matin (lire ici) ! 20.000 visiteurs sont venus en 12 jours, dont 6000 qui ont eu le courage de se connecter depuis l’Iran.

Le site du Yad Vashem en langue perse

J.C

26 janvier 2007

Bush peut-il réussir au Moyen-Orient ? par Alexandre Adler

Introduction :
La pensée d'Alexandre Adler est parfois déroutante, souvent séduisante. A force de lire ses chroniques du "Figaro" (et celle du 13 janvier que je reproduis ici en est une belle illustration), je suis convaincu qu'il possède des dons rares parmi ses confrères : celui de prendre de la hauteur, en considérant une situation géopolitique dans toutes ses dimensions, géographique, économique, militaire ou idéologique ; et celui de révéler, parmi les acteurs, des clivages oubliés ou peu mis en valeur, et qui pourront expliquer des comportements inimaginables. A partir de là, tout devient possible, y compris des excès d'imagination ou des virages sur l'aile : ainsi le même Adler qui faisait partie des opposants résolus à la guerre en Irak soutient aujourd'hui le nouveau "plan Bush", qui vient de rejeter fermement les "recommandations" de la commission Baker-Hamilton. Soyons donc aussi complexe et analytique que cet illustre modèle, que j'espère avoir à nouveau comme invité ... Oui, la capitulation sans conditions préconisée par Baker était un désastre, et on espère que "Bush 2 nouvelle formule" pourra s'en passer. Mais non, la croyance en un fort courant "modéré" dans la République Islamique d'Iran est - probablement - un miroir aux alouettes. A vous de juger !
J.C

En ce début de 2007, on ne trouvera pas grand monde pour miser sur la réussite de George Bush au Moyen-Orient. Comme tout accusé, il a droit à une défense. Je vais essayer de montrer comment l'Amérique pourrait in extremis se sortir du bourbier actuel. Il faut, avant d'entrer dans les détails, rappeler deux évidences contradictoires : la première, que, de toutes les manières, l'ambition proclamée de transformer l'Irak en une vitrine démocratique du Moyen-Orient n'avait aucun sens ; la seconde, que l'explosion du conflit sunnite-chiite en Irak n'est pas en elle-même un échec des États-Unis, ou même de George Bush. Cette guerre civile à base religieuse n'avait été prédite dans son ampleur et sa barbarie par personne, et peu des acteurs de la région ne la souhaitaient véritablement. Il s'agit d'un processus et non d'un complot, qui ne fait les affaires ni des extrémistes ni des modérés, aussi bien en Iran qu'en Arabie saoudite.

Ces deux préalables étant énoncés, on peut envisager comment l'Amérique peut encore se sortir de ce piège qui se referme peu à peu sur sa politique moyen-orientale. À l'évidence, l'Amérique ne conserve qu'une carte dans son jeu, mais elle est forte : le gouvernement chiite de Bagdad. En effet, le maintien de ce gouvernement au pouvoir dépend de la présence américaine à Bagdad. Faute de ce facteur américain, la guerre civile pourra tourner au bain de sang, avec des sunnites qui ont eu l'habitude de constituer la seule élite militaire et policière du pays. Malgré une supériorité numérique évidente, les chiites peuvent être battus et le bain de sang s'étendre. Or aucun des voisins de l'Irak ne peut tirer profit d'une telle situation.

L'Iran, bien sûr, qui devrait alors intervenir militairement au profit des chiites irakiens menacés et qui perdrait ce jour-là toutes les sympathies patiemment emmagasinées dans le monde arabe, en raison de sa fermeté en matière nucléaire qui plaît à la rue antiaméricaine. Pire encore, il y a de grandes chances pour qu'une armée iranienne d'invasion s'enlise plus gravement encore que l'armée américaine aujourd'hui, provoquant l'isolement et l'affaiblissement à terme du régime de Téhéran. Il va de soi que la Turquie, qui souhaite toujours faire partie de l'Europe, ne peut envisager un seul instant davantage que des opérations de police très limitées dans le temps et dans l'espace, en territoire irakien. Si la Syrie soutient activement le djihad sunnite en Irak, en grande partie pour acheter sa sécurité face à ses propres islamistes sunnites, il est évident que l'émergence d'un quasi-État sunnite et intégriste sur sa frontière de l'Est ne pourrait aboutir à terme qu'à un renforcement dramatique de la composante sunnite intégriste à Damas. Quant à l'Arabie saoudite, son actuelle direction modérée aurait tout à perdre à se fourvoyer dans une intervention directe au profit des sunnites irakiens qui ne pourraient que radicaliser son opinion publique.

Dans ces conditions, comme tout le monde l'aura constaté, pas un État de la région n'élève la voix contre la décision de George Bush d'envoyer 20 000 hommes supplémentaires, les protestations véritables et sincères se bornant pour l'instant à l'opinion américaine. Que peut donc faire le président Bush d'un tel mandat de gestion conditionnel et limité dans le temps ? Il peut sauver, dans la meilleure des hypothèses, l'unité de l'État irakien et, ce faisant, s'acquérir la reconnaissance de deux types bien distincts de forces qui ont le même intérêt que lui à maintenir cette unité.

La première, et la plus évidente de ces forces, c'est le bloc sunnite modéré qui se groupe autour du roi d'Arabie et inclut la monarchie jordanienne, les orphelins de Hariri au Liban, le Fatah en Palestine et surtout cette minorité substantielle de sunnites arabes d'Irak d'école hanafite qui ne veulent pas être représentés sur le plan politique par le bloc des orphelins de Saddam Hussein et des sectateurs d'Oussama Ben Laden. Parmi eux, la puissante tribu des Shammar est établie sur les trois grands États de la région, Irak, Syrie et Arabie saoudite, et le roi Abdallah lui-même en fait partie par sa mère, tout comme en faisait partie le premier président provisoire du nouvel Irak, Ghazi Yawar. Tous ces sunnites modérés pourraient, avec des garanties sérieuses, accepter la nouvelle hégémonie kurde et chiite à Bagdad pour peu que les extrémistes chiites de Moqtada Sadr et ses coupe-jarrets de l'Armée du Mahdi soient mis au pas définitivement. Or il se trouve que, pour quelque temps encore, les modérés iraniens, qui procèdent calmement et systématiquement à l'encerclement politique de leur président énergumène Ahmadinejad, peuvent accepter tacitement l'écrasement des hommes de Sadr qui n'ont de rapport à Téhéran qu'avec l'extrême droite chancelante des hodjatieh.

Si, par l'usage d'une violence réparatrice contre les plus violents, les Américains agissent à présent non pas en missionnaires allumés d'une démocratie inexistante mais en brokers honnêtes des intérêts à long terme des modérés saoudiens et iraniens, ils peuvent encore se sortir d'Irak la tête haute. On aimerait voir le visage ébahi des critiques pacifistes qui, aujourd'hui, avec la présidente Nancy Pelosi, pensent avoir déjà le scalp de Bush et de Rice à portée de leur tomahawk.

Alexandre Adler,
"Le Figaro", 13 janvier 2007