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09 avril 2015

Archives syriennes ... pour les passionnés !



La semaine dernière, mes fidèles lecteurs le savent, s'achevait un "Mois de la Syrie" particulièrement riche puisque 30 articles ont été publiés au total, les autres publications faisant exploser aussi le compteur pour le mois de mars ! Des publications "intemporelles" pour la plupart, ce qui fait l'intérêt de tels dossiers qui peuvent être lus et relus sur la durée.
Je n'avais  pas - comme fait pour d'autres pays de ces "mois de" -, mis les liens sur des articles d'actualité datant des années antérieures et portant sur la Syrie. Je le fais aujourd'hui pour vous permettre d'avoir une vision "panoramique" dans le temps et depuis 10 ans.

En relisant toutes ces autres publications, je dois dire qu'une chose saute aux yeux : il y a très clairement deux "Planètes" différentes, celle des années antérieures à la Révolution, et celles de la guerre civile depuis 2011 ; comme pour mes émissions de radio, la quantité d'articles a explosé depuis cette date, puisque depuis 4 ans j'ai au compteur 77 articles sur la Syrie, alors qu'il n'y en avait eu que 22 pour les années précédentes.
 
Pour ce qui concerne le suivi très régulier de cette guerre, vous pouvez vous pencher sur les archives regroupées en colonne de gauche sou le titre "Révolutions arabes et suites", et en déroulant les années 2011 à 2015 pour la Syrie ;

Pour ce qui concerne les années 2005 à 2010, il vous suffira de cliquer sur l'un des libellés par année, à la fin du présent article.

Quelques commentaires sur les articles qui ont entre 10 et 5 ans d'ancienneté :
- Je réalise, en relisant notamment les articles très fouillés que m'envoyait à l'époque Isabelle-Yaël Rose depuis Jérusalem, combien à l'époque "tout le monde se parlait" : une diplomatie française active ; des Russes jouant aux intermédiaires ; des États-Unis encore puissance dominante et potentiellement influente dans tous les conflits et micro-conflits ; une Ligue Arabe jouant les arbitres au Liban ou ailleurs ... que cela semble loin ! Aujourd'hui, les Russes sont uniquement les alliés et pourvoyeurs d'armes de l'Iran, de ce qui reste du régime Syrien et de leurs obligés, véritables alliés locaux ; le retrait américain est une réalité même si - mais j'y reviendrai  plus tard - le projet d'accord sur le nucléaire iranien annonce peut-être un retour des USA dans le jeu diplomatique, mais un retour fort menaçant pour Israël ; 
- Mais je réalise surtout que presque toute la région a "implosé", chaque pays étant devenu soit le théâtre d'une guerre civile, soit une forteresse menacée par un acteur nouveau et qui intervient partout : le Djihadisme, passé du stade des attentats terroristes à la prise de contrôle de vastes territoires. Cela, personne ne l'imaginait à l'époque ;
- Dans ce contexte, toutes les supputations sur un jeu autonome de la Syrie par rapport à l'Iran ont disparu ; aujourd'hui il y a en affrontement direct les Sunnites d'un côté, les Chiites de l'autre et chacun joue sa survie ;
- Enfin, vu d'Israël, les "manettes" diplomatiques qu'il pouvait actionner à l'époque ont toutes disparues : plus de médiation turque envisagée avec la Syrie après la rupture avec Ankara ; plus de discussions avec l'Autorité Palestinienne pour contrer le Hamas ; cela est le résultat de la beaucoup de facteurs et pas seulement de l'autisme du gouvernement Likoud revenu aux affaires depuis 2009 ; mais cela n'enlève en rien un sentiment d'amertume, et surtout d'inquiétude pour l'avenir.

Bonnes lectures pour les courageux !

J.C

29 décembre 2006

Faut-il négocier avec lui ?

Le Président Bashar al-Assad

Introduction :
Décidément, j'avais eu tort de vous annoncer "une trêve des confiseurs" dans mon post du 25 décembre. Un sujet crucial, déjà esquissé ces derniers mois mais revenu au premier plan (est-ce la saison, certains espérant une Paix rapide avec le retour du Père Noël ?) a fait la "une" de l'actualité en Israël : faut-il négocier maintenant avec la Syrie ? Isabelle-Yaël Rose en avait déjà parlé ici le 18 décembre. Elle revient plus en détails sur le sujet en apportant de nouveaux éclairages, dont un fort intéressant : comment la Russie peut (comme à la veille de la Guerre des Six Jours) pousser les protagonistes au conflit. Ehud Olmert vient de souffler le chaud et le froid. Devant ses ambassadeurs dans les pays de l'Union Européenne, il a redit : "pas de négociations tant que la Syrie soutient des organisations terroristes comme le Hezbollah, le Hamas et le Djihad islamique". Mais hier, devant les cadets de l'armée de l'air, il a tenu un autre genre de propos : "Israël est ouvert à tout murmure de Paix venant de ses voisins".
J.C

Au moment où le rythme de la vie politique se ralentit dans une Europe en paix et en vacances, toute occupée aux célébrations de Noël et du Nouvel An, il s’accélère singulièrement au Moyen-Orient. La fracture n’est pas seulement chronologique ; et si elle est aussi chronologique, elle est le signe d’une fracture plus profonde, culturelle et historique : nous ne vivons ni dans le même temps, ni dans le même calendrier - l’horloge biologique de la réalité diffère.

Il y a une dizaine de jours, le Président syrien, par la voix de son Ministre des Affaires Étrangères, se déclarait prêt a une reprise des négociations avec Israël, ou le statut du Golan ne figurerait point parmi les « conditions préalables ». La déclaration, inédite, produisit ses effets et continue de les produire. La réaction de l’Iran, qui n’entendait pas se laisser marginaliser, ne se fit pas attendre : le lendemain, l’Ambassadeur iranien en Syrie, par ailleurs également Chef des Services de Renseignements iraniens en Syrie, déclara que la restitution du Golan n’était pas une question qui engageait seulement les intérêts de la Syrie mais également ceux de l’Iran. En clair : l’Iran avait aussi son mot a dire. Deux jours plus tard, Bashar El Assad était « convoqué » à Moscou, où il devait, officiellement, signer des contrats d’achat d’armes. Et l’Iran de rajouter qu’il payerait les dettes syriennes. Quand on sait que la Syrie s’est considérablement endettée ces dernières années, quand on sait encore qu’une partie des armes est reversée gracieusement au Hezbollah et à d’autres organisations terroristes, on comprend alors le double message envoyé par Ahmadinejad et par Poutine : « si tu changes les termes de l’alliance, on n’éponge plus tes dettes. Tu deviens une cible pour des représailles violentes ». Car on se rappellera que la Russie a jusqu’au bout appuyé l’Iran a l’ONU : c’est elle qui n’a eu de cesse de s’opposer a des sanctions. On se rappellera aussi qu’elle a vendu des armes, des installations, du matériel, de la maintenance à l’Iran, quand son Président ne cachait ni ses projets ni ses intentions. Ainsi, l’axe Moscou - Damas - Téhéran est une réalité. Si le Président syrien rompt avec l’Iran, c’est donc cet axe, qui permet a la Russie de garder au moins un pied dans le Moyen Orient, qui est cassé. D’où la réaction immédiate de Moscou et de Téhéran devant les velléités d’indépendance de leur partenaire : le pouvoir de la minorité alaouite, dans une Syrie à l’économie sinistrée, dépend des dollars que l’Iran tire de l’exploitation du pétrole ; ces mêmes dollars qui pourraient servir à financer les adversaires d’Assad, qui n’attendent qu’une occasion pour le supprimer. De la même manière, Assad dépend des armes russes que Poutine pourrait destiner à ses adversaires. L’argent et les armes furent et resteront toujours le nerf de la guerre ... et de la paix.

La déclaration du Ministre des Affaires Étrangères syrien a été accueillie en Israël diversement : Farkash, l’ancien Chef des Services de Renseignements Militaires israéliens, a proposé de répondre positivement, comme une bonne partie des officiers de l’Armée. Hier, le Général Iossi Baidatz, Chef du Département de Recherche des Renseignements Militaires, a déclaré devant la Commission des Affaires Etrangères et de la Sécurité de la Knesset, qu’il fallait prendre au sérieux la proposition syrienne. Mieux : que ce serait une erreur de ne pas le faire. Ces déclarations d’officiels de l’armée doivent être resituées dans leur contexte : elles viennent après la prise de position sceptique et presque virulente de Meir Dagan, Chef du Mossad, lequel a déclaré il y a quelques jours devant cette même Commission que Bashar El Assad n’était pas crédible mais cherchait seulement à gagner du temps. Et de rappeler ses achats massifs de matériel militaire ; l’enquête sur l’assassinat de Rafik Hariri ; les élections syriennes du mois de Mars ; la politique de fermeté adoptée par les États-Unis. De leur coté, le Premier Ministre Ehoud Olmert et la Ministre des Affaires Étrangères Tzipi Livni n’ont pas caché leurs réticences à reprendre les pourparlers, dans les conditions actuelles, avec la Syrie.

On peut alors résumer les choses ainsi : Israël a envoyé des messages contradictoires qui répondaient aux messages contradictoires de la Syrie. Tâtonnements, préliminaires qui précèdent des négociations officielles et diplomatiques - quand elles doivent avoir lieu. Ce qui a eu pour effet de faire entrer en scène d’une manière spectaculaire le Royaume Hachémite de Jordanie.

D’abord, il y eut la visite d’Ehoud Olmert en Jordanie. Ensuite, la vraie-fausse lettre que Bashar El Assad aurait remise au Roi Abdallah pour le Premier Ministre. Enfin, une cascade d’initiatives jordaniennes qui prirent de vitesse l’Égypte : demain, Haniye et Abou Mazen sont invités à se rencontrer a Amman - ce qui place le Roi Abdallah dans le rôle de médiateur actif, influent et privilégié. Par deux fois, il a fait une déclaration publique sur la réponse qu’Israël devrait donner a l’initiative syrienne. Aujourd’hui, dans une longue interview accordée a un journal japonais, le Roi présente carrément sa vision globale de la situation politique au Moyen-Orient. Quoiqu’il en soit de la suite des évènements, une chose est désormais certaine, à supposer que quelque chose puisse être certain au Moyen Orient : de nouveaux rapports de forces sont en train d’émerger, avec de nouvelles luttes d’intérêts ; les cartes politiques sont en train d’être redistribuées, qui feront de nouveaux perdants. Mais comme l’a dit le Roi Abdallah : tout le monde sera perdant si nous tombons de nouveau dans la guerre. L’ennemi commun est désigné : celui dont le nom devrait faire rougir de honte le monde civilisé.

Isabelle-Yaël Rose

18 décembre 2006

La Syrie et l’Iran, ou : « quand la souris mange l’éléphant »

Introduction :
A côté des bruits de bottes qui montent de tout le Moyen-Orient, de Téhéran à Beyrouth en passant par Gaza, un curieux message d'ouverture vient d'être envoyé par la Syrie. Le gouvernement israélien semble bien partagé sur la question, d'autant plus que l'administration Bush ne semble pas pressée de desserrer l'étau autour de Damas ...
Isabelle-Yaël Rose m'envoie de Jérusalem une analyse très "pointue" sur ces développements, et qui apporte une bouffée d'optimisme en cette période troublée !
J.C

La semaine dernière, un officier des Renseignements Militaires israéliens expliquait comment la Syrie menait parallèlement des initiatives militaires et diplomatiques qui pouvaient sembler a première vue contradictoires : en même temps qu’elle s’armait de missiles longue-portée, et que l’on pouvait observer un " mouvement de troupes" à sa frontière commune avec Israël, la Syrie, au dire de l’officier, développait une intense activité diplomatique depuis les dernières semaines.

Hier, le Ministre des Affaires Étrangères syrien, qui parlait officiellement au nom du Président Assad, fit une déclaration qui permet de comprendre que la contradiction n’était en fait qu’une apparence. D’une certaine manière, il nous a donné le code : le Président Assad se déclare prêt à une reprise des négociations de paix avec Israël sans que la restitution du Golan fasse partie des conditions préalables. Est-ce à dire que les Syriens renoncent au Golan ? Non. Cela signifie seulement - et telle est la nouveauté de cette dernière déclaration - que la Syrie ne considère plus la question du Golan comme une condition à la discussion. Comment expliquer ce revirement ? Pourquoi maintenant ?

La Syrie faisait partie de cet "Axe du mal" définit par le Président Bush. Or, son amitié avec l’Iran commence à devenir pour le moins embarrassante. Ce n’est pas seulement qu’elle aura eu pour effet de l’isoler diplomatiquement, c’est aussi que le Président iranien est de plus en plus en difficulté : un sondage annonce des résultats catastrophiques aux élections municipales et à celles de "l'Assemblée des Experts" - institution religieuse capitale dans le mécanisme du pouvoir en Iran. Les déclarations toujours provocatrices d’Ahmadinejad rendent de plus en plus inévitables des sanctions de la Communauté Internationale, qui auront pour effet de l’isoler encore un peu plus du monde occidental mais aussi des pays arabes, tels que l’Égypte, la Jordanie, l’Arabie Saoudite. Bref, Ahmadinejad est probablement en train de perdre de l’influence, aussi bien dans son propre pays que dans le monde. D’où son repliement sur les organisations terroristes, telles celles qui sévissent en Afghanistan, qui ne fait qu’accélérer sa chute. Assad n’a donc pas intérêt à persévérer dans cette alliance : une alliance avec un perdant qui se met le monde à dos n’est pas intéressante. Les événements du Liban lui fournissent une autre raison pour retirer la caution de son nom.

Il semble que le coup d’État prémédité par le Hezbollah uni avec les forces chrétiennes de Michel Aoun soit en train d’avorter. Le gouvernement de Siniora ne plie pas. Or, que le Hezbollah soit de nouveau en train de subir un revers - le premier ayant été la guerre de cet été ; ou, qu’il soit amené à reconquérir une influence dans un futur gouvernement à constituer, de toutes façons, le mouvement chiite a davantage d’affinités avec Téhéran qu’avec Damas. Sans doute Assad souhaite-t-il voir le Hezbollah échouer - aujourd’hui - même s’il ne veut pas pour autant sa disparition : dans l’hypothèse d’un affaiblissement d’Ahmadinejad, la Syrie pourrait récupérer un Hezbollah placé pleinement sous son contrôle. C’est pourquoi Ehoud Olmert a répondu d’une manière relativement froide à la déclaration du Ministre des Affaires étrangères syrien : d’abord, il a exigé que Damas cesse le transfert d’armes au Liban ; ensuite, plus généralement, qu’elle mette un terme à son soutien au terrorisme.

Khaled Meschaal suit les événements qui agitent la bande de Gaza depuis ... Damas. Il est la carte palestinienne et sunnite de la Syrie. La guerre entre le Fatah et le Hamas est montée d’un cran cette semaine : assassinat par le Hamas des enfants d’un officiel Fatah des Services de Renseignements, tentative d’assassinat d’Ismaël Haniyé qui a conduit à la mort de l’un de ses gardes du corps. La concurrence entre Haniyé et Meschaal au sein du Hamas est grande. Au moins autant que celle qui oppose Mohammed Dahlan (Fatah) au Hamas à l’intérieur de Gaza. Pourtant, pour des raisons évidentes, Haniyé aura préféré faire porter la responsabilité de la tentative d’assassinat sur Dahlan : une condamnation à mort a été « validée ». Elle est d’autant plus à prendre au sérieux qu’en quinze jours à peine le discours d’Ismaël Haniyé s’est notablement durci tout en prenant un caractère religieux. C’est pourquoi hier soir, suite à des affrontements violents qui étaient comme une réponse du Hamas à la déclaration d’Abou Mazen (avancer les élections parlementaires et présidentielles), 5.000 hommes du Fatah se sont rassemblés à Gaza devant la maison de Mohammed Dahlan : l’homme est devenu une cible de premier ordre. Celui qui a tout à gagner de cette rivalité entre Haniyé et Dahlan est naturellement Meschaal qui tire les ficelles depuis sa retraite syrienne. Vu son pouvoir de nuisance sur la stabilité de la société palestinienne, et sur le processus de paix en son entier, la Syrie, si elle veut vraiment rejoindre le camp de la paix, aurait donc tout intérêt à ne plus l’héberger : il est une épine sous son pied.
Deux leçons peuvent dès aujourd’hui être tirées des violences qui ont eu lieu ces derniers jours : si Abou Mazen n’est pas un "homme fort" dans le sens oriental du terme, le Hamas a perdu beaucoup de terrain, lui aussi, dans la rue palestinienne. On se souviendra de ce qui avait fait le succès du Hamas : un réseau d’œuvres de charité, d’écoles, d’hôpitaux, etc. Or, grâce au boycott de la Communauté Européenne et des États-Unis, le Hamas n’a plus autant d’argent pour acheter et les hommes et les votes. Même si Haniyé est allé faire le tour de tous les pays-voyous de la planète - de l’Iran au Soudan en passant par la Syrie - il n’a pas pu collecter autant de fonds que ce qu’il aurait pu recevoir des États-Unis, d’Israël, et de l’Europe, dans le cadre d’accords internationaux. D’autant plus qu’Israël ne lui a pas permis de revenir à Gaza avec son trophée. Et, les Palestiniens, s’ils accusent Abou Mazen d’impuissance, sont maintenant également désabusés par un Hamas qui n’a pas plus fait la preuve qu’il était capable d’apporter la paix sociale, le développement économique, la prospérité. Tout cela montre deux choses : d’une part, qu’une réaction unie et cohérente du monde démocratique produit ses effets. D’autre part, que les Palestiniens sont en train de faire l’apprentissage - très lentement - du principe de réalité dont aucun peuple ne peut faire l’économie s’il veut exister durablement.

Grâce à la pression conjuguée des Américains et des Français, Assad est donc en train de changer son fusil d’épaule. La perspective d’une enquête internationale sur les circonstances de la mort de Rafik Hariri - et de six autres personnes - ne lui laisse pas beaucoup de choix. Pas plus que le suicide politique programmé du dictateur iranien qui s’en ira rejoindre son illustre prédécesseur en empruntant la même porte. Sans doute Assad a-t-il intérêt à renouer un dialogue avec Israël. Sans doute est-il en train de chercher une porte de sortie pour sauver son régime fragilisé. A chaque fois qu’un chef d’État arabe s’apprête à négocier avec Israël, il commence toujours par faire la démonstration de son pouvoir militaire. C’est pourquoi, à défaut de le prendre au mot quand il parle de paix, les pays démocratiques ont-ils intérêt à le sonder pour voir jusqu’où il est prêt à aller. Y compris dans les réformes intérieures d’un pays trop longtemps maltraité. Le petit Royaume de Jordanie est naturellement un exemple à indiquer. Il a payé le prix de la crédibilité : très cher.

Isabelle-Yaël RoseJ
érusalem, le 17 décembre 2006

24 novembre 2006

Beyrouth pleure et dénonce Damas

Portraits brûlés des Présidents
Bashar El Assad et Emile Lahoud



La foule en colère porte les photos des personnalités politiques assassinées depuis 30 ans

Ces deux photos de l'Agence Associated Press trouvées sur le site "yahoo news" résument les sentiments des centaines de milliers de Libanais qui ont crié leur douleur, à l'occasion des obsèques du Ministre Pierre Gemayel assassiné mardi 21 novembre. Alors que l'administration Bush - pressée par la nouvelle majorité démocrate - allait reprendre langue avec le régime sanguinaire syrien pour trouver une porte de sortie en Irak, alors que la diplomatie chiraquienne était revenue à ses vieux démons - en jouant la carte de l’apaisement face au Hezbollah et du harcèlement face à Israël -, ce crime va peut-être aider les uns et les autres à redevenir sérieux : l'heure est très grave pour les démocraties au Moyen Orient.

J.C

22 novembre 2006

Après l'assassinat de Pierre Gemayel : terreur sur le Liban

L'ancien président libanais Amine Gemayel et son fils Pierre.
Pierre Gemayel, ministre de l'industrie, a été
assassiné mardi 21 novembre
(photo tirée du site www.meib.org)

Il y a quelques semaines, je recevais le journaliste franco-libanais Chawki Freiha et nous avions parlé de son pays (voir post du 31 octobre). Échangeant des mails il y a quelques jours, je lui faisais remarquer que notre émission avait peut-être été programmée trop tôt, car l’Histoire s’est accélérée depuis - Hassan Nasrallah, le redoutable chef du Hezbollah, venait de commencer une campagne de chantage, disant en gros : « ou bien vous nous donnez une minorité de blocage dans le gouvernement, ou bien il n’y aura plus de gouvernement possible ». Et, dans la foulée, les cinq ministres chiites démissionnaient du cabinet Siniora. Avec le départ d’un ministre chrétien favorable à la Syrie, et après l’assassinat hier de Pierre Gemayel, jeune ministre de l’industrie de 34 ans, le gouvernement risque très vite de tomber pour des raisons d'arithmétique constitutionnelle. Ainsi, qu’il s’agisse d’une initiative du redoutable Nasrallah, d’une action téléguidée de Damas, de Téhéran ou des deux à la fois, le cauchemar d’une gouvernement pro-occidental renversé et d’un Liban satellisé par les plus extrémistes du monde musulman risque de devenir réalité !

Je vous parlais ici la semaine dernière du site http://www.mediarabe.info/ que venait de lancer Chawki Freiha avec des amis journalistes, et je vous invite à le suivre en ces jours terribles : faisant preuve de beaucoup de lucidité, il titrait déjà mercredi dernier de manière prophétique : "le Liban au bord du précipice" ! Pour lui, les choses sont claires : la Syrie est en train de reprendre la main à Beyrouth, après en avoir été chassée suite à l’assassinat de l’ex-premier ministre Rafic Hariri et au « mouvement du 14 mars ». Parlant des tentatives américaines et européennes d’amadouer Damas, il avait dit - de façon très imagée - à mon micro qu’il ne fallait pas chercher à « appâter » ce pays : « la Syrie, elle mange l’appât et elle pisse sur l’hameçon ! ».
A propos des menaces syriennes, je me souviens de l'interview de Walid Joumblat au « Wall Street Journal » en pleine guerre entre Hezbollah et Israël, interview dont je vous avais donné une traduction partielle sur le blog. Le leader druze y disait en particulier :
« J’ai peur qu’à cause du chaos au Liban aujourd’hui, la Syrie essaye d’assassiner des gens ici, moi y compris, mais aussi le Premier Ministre Siniora (...) Ou il survivra, ou nous devrons accepter le coup d’état fomenté par la Syrie et l’Iran ».
Dans ce même post, je vous donnais aussi un lien sur les biographies des principales personnalités politiques libanaises : je vous invite à vous y référer à nouveau, alors que la famille Gemayel vient à nouveau d’être durement frappée. Et je me souviens comme d’hier de l’assassinat de Béchir, assassiné déjà par les pro Syriens qui ne l’ont pas laissé signer la Paix avec Israël au lendemain de la campagne du Liban à l’été 1982. Le jeune Pierre a été tué à peu près au même âge que son oncle. Il portait le prénom de son grand-père, « Cheikh Pierre », le fondateur du grand parti chrétien des Kataeb. L’orientaliste franco-libanais Antoine Sfeir m’avait confié que l’héritier Gemayel était particulièrement brillant ... encore une dynastie brisée, et les biographies que vous lirez retracent en lettres de sang l’Histoire contemporaine du « Pays du Cèdre », avec le lugubre cortège des personnalités assassinés appartenant aux grandes familles Chamoun, Gemayel, Frangié et Joumblat. Plus près de nous, l’année 2005 avait déjà été marquée par d’autres évènements tragiques sur la scène libanaise, qui ont été rapportés sur le blog : l'attentat contre May Chidiac, journaliste vedette de la télévision libanaise ; et l'assassinat de Gebrane Tueni

Enfin et parmi les condamnations unanimes de cet assassinat, j’ai relevé dans le journal « Haaretz » les propos de Tzipi Livni, ministre israélien des affaires étrangères, propos tenus lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue à Londres, où elle était en visite : « Ce meurtre illustre le combat en cours entre modérés et extrémistes dans la région » (...) « Ces nouvelles du Liban sont un exemple de ce que nous avons en face de nous (...) le rôle négatif de la Syrie n’est ni nouveau, ni top secret ».

J.C

13 février 2006

Affaire des caricatures de Mahomet, 3 : les preuves de la manipulation

Incendie du consulat du Danemark à Beyrouth,
photo Reuters, 5 février 2006

Grâce soit rendue aux grands médias nationaux, la spontanéité de la « rue arabe » est cette fois sérieusement remise en question. On aurait aimé qu’il en soit ainsi, par exemple à propos des manifestations hier sous le régime despotique de Saddam et aujourd’hui en Iran ; ou à propos de celles qui ont suivi la mort du petit Mohamed Al Doura, dont les images (tendancieusement présentées comme un assassinat volontaire et sadique commis par Tsahal, et diffusées gratuitement par France 2 sur l’ensemble de la planète) ont fortement contribué à répandre l’incendie de la deuxième Intifada en octobre 2000.

Premier élément du dossier, un petit rappel géopolitique fait par les orientalistes Gilles Kepel et Olivier Roy, à propos de l’Iran, de la Syrie et du Liban (notre illustration) : non ce n’est pas un hasard si les ambassades danoises et norvégiennes ont été incendiées à Damas avec la complicité de la police locale, ou qu’Ahamadinejad exploite la situation !

Gilles Kepel dans « Le Monde » en date du 10 février :
"Une telle situation représente une opportunité exceptionnelle pour Téhéran, où la violation de l'ambassade danoise est une réminiscence de la prise d'une autre ambassade, celle des États-Unis, à l'automne 1979. En se lançant dans la surenchère à la défense de l'islam offensé, et au leadership du monde musulman, les dirigeants iraniens mettent aussi leurs pas dans ceux de Khomeiny, qui, par la fatwa condamnant à mort Salman Rushdie le 14 février 1989, avait tenté de sauver la face de son régime, fragilisé par l'armistice qu'il avait été contraint de signer au terme de la guerre Irak-Iran. A Damas et à Beyrouth, le saccage et l'incendie des locaux diplomatiques danois s'inscrivent dans une logique similaire : montrés du doigt après l'assassinat de Rafic Hariri, la Syrie et ses alliés locaux ne peuvent qu'encourager la populace à s'en prendre, à travers le Danemark, à l'Europe et à l'Occident, incriminés au nom des valeurs universelles de la morale et de la religion. Ils tentent de se refaire une vertu au regard de la "communauté des croyants" en vengeant l'outrage par le feu purificateur".
Pour information, j'espère recevoir Gilles Kepel à mon émission, au printemps prochain, à propos de son dernier ouvrage, "Al-Qaïda dans le texte" (Editions Presses Universitaires de France).


Olivier Roy dans le même journal le 8 février, sous le titre « Caricatures : géopolitique de l’indignation » cliquer ici pour lire l'article :
"D'où vient alors la violence dans le cas des caricatures ? Ici, il ne faut pas se voiler la face. La carte des émeutes montre que les pays touchés par la violence sont ceux où le régime et certaines forces politiques ont des comptes à régler avec les Européens. La violence a été instrumentalisée par des États et des mouvements politiques qui rejettent la présence des Européens dans un certain nombre de crises au Moyen-Orient. Nous payons un activisme diplomatique croissant, mais qui ne fait pas l'objet d'un débat public. Que le régime syrien se présente en défenseur de l'islam ferait sourire si les conséquences n'avaient pas été tragiques. Un régime qui a exterminé des dizaines de milliers de Frères musulmans se trouverait à la pointe de la défense du Prophète ! Ici, il s'agit d'une manœuvre purement politique pour reprendre la main au Liban en s'alliant avec tous ceux qui se sentent menacés ou ignorés par la politique européenne."
La provocation est d’autant plus flagrante que la chronologie de l’affaire est troublante : publication des dessins dans le journal danois « Jyllands Posten » en septembre, explosion environ cinq mois après, suite à la reprise des mêmes dessins dans un petit journal norvégien ; rôle plus que trouble des imams danois, qui ont diffusé au Moyen Orient de faux dessins, comme l’a rapporté le journal « le Figaro » le 9 février. Ci-dessous un extrait de l’article :

"Affirmant représenter une grande part des 200.000 musulmans du Danemark (3,5% de la population), les imams boutefeux avaient emporté un dossier comprenant les 12 caricatures de Jyllands-Posten et trois autres images, dont l'une était censée représenter Mahomet en porc, une autre en pédophile, alors qu'une troisième montrait un chien sautant derrière un musulman en train de prier. Or ces trois images n'ont rien de danois. "C'est de la manipulation et de la désinformation, car ils ont voulu faire croire que ces dessins étaient ceux de Jyllands-Posten et qu'ils étaient parus dans la presse, ce qui est faux", s'insurge Flemming Rose, le responsable des pages culturelles du journal incriminé."
Mais il y a surtout ce qui constitue, à mon avis, une preuve décisive de la manipulation des foules : un journal égyptien (« Al Fagr ») avait reproduit le 17 octobre dernier ces caricatures, sans que cela ne provoque la moindre vague, et alors que dans la même Égypte les Islamistes ont le vent en poupe comme l’ont montré les élections ! Le collectif "Algérie Ensemble", déjà cité dans un précédent article, a fait circuler cette information avec le lien suivant pour lire les détails dans un site égyptien : blog "freedomforegyptians".
Voir aussi cet article de proche-orient.info daté d'aujourd'hui 13 février, qui renvoie à un autre blog égyptien, "egyptiansandmonkey.blogspot.com". 

J.C