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06 septembre 2006

Mélanges andalous, 2 : Al-Andalus, mythes et réalités

Palais de l'Alhambra, Grenade
(photo prise en juillet 2006)

Cette photo souvenir du palais de l’Alhambra de Grenade, je l’ai donc prise il y a quelques semaines au cours de mes dernières vacances. Joyau du patrimoine universel, ce qui reste - et est fort bien conservé et entretenu, en particulier les jardins - de la splendeur musulmane en terre espagnole m’a fait songer, un bref moment, à un autre islam que la version fanatique en guerre ouverte avec les Juifs ...

Un petit rappel historique, d’abord, qui me donne le plaisir de citer à nouveau la riche interview de Lucien Samir Arezki Oulahbib au début de l’année, à propos du livre " A l’ombre de l’islam, minorités et minorisés " (lire ici la présentation), et des notes glanées au fil des pages. On parle toujours de la conquête arabe, mais la première expédition musulmane qui débarqua en 711 fut menée par le berbère Tarik, qui donna son nom à Gibraltar (le « Djebel Tarik »). Ce sont les populations locales chrétiennes, lasses des luttes de factions des envahisseurs précédents, les Wizigoths, qui permirent la conquête de la péninsule qui se fit avec une facilité déconcertante ! Ce n’est qu’au dixième siècle que commence la page glorieuse de « Al-Andalus », le royaume d’Andalousie, qui devint le royaume le plus puissant et le plus brillant de toute l’Europe. Soumis à une taxe spéciale (la « djizi’ya »), les Juifs et les Chrétiens sont autorisés à pratiquer leur culte, et ils participent activement au rayonnement intellectuel du Califat de Cordoue - qui acquiert alors son indépendance vis-à-vis de celui de Bagdad. Mais les occupants musulmans - qui sont berbères dans leur écrasante majorité - vont vite se déchirer entre eux, et le Califat éclater en une multitude de micro états répartis entre la montagne et la mer, « Los Reinos de Taifas ». La tolérance y est d’autant plus naturelle qu’il s’agit de pouvoirs faibles, qui ont besoin de tous pour survivre ... et elle ne va pas durer, hélas : car la « Reconquista » (reconquête) espagnole commence, comme un rouleau compresseur, qui finira au bout de quatre siècles par expulser tous les Musulmans - et en profiter pour se débarrasser aussi des Juifs, qui eux étaient dans le pays avant !

Entre-temps vint l’époque de la dynastie Almoravide au onzième siècle, berbères rigoristes appelés au secours des Musulmans, qui tout de suite persécutent les minorités ; puis vinrent au siècle suivant les Almohades, qui eux essayèrent aussi de convertir les Juifs de force. J’avais amené dans mes bagages un autre livre très intéressant, « Choc et dialogue des cultures, dans la littérature française et dans la conscience juive » (Editions Auteurs du Monde, 20 E), écrit par Jacques Eladan, déjà invité à plusieurs reprises à mon émission. J’aurai le plaisir d’en parler avec son auteur dans quelques semaines. Jacques Eladan consacre un chapitre à "la symbiose andalouse", cette période brève et heureuse d’échanges entre Juifs et Musulmans qu’il ne faut pas oublier. Vizir du Sultan comme Samuel Ibn Negrela, poètes comme Moshe Ibn Ezra ou Yehouda Halevi, philosophes comme Ibn Paqouda, Ibn Gabirol ... je rougis en songeant que je ne connais pas grand-chose de leurs œuvres, alors même que (comme mon nom l’indique), je suis d’origine judéo-espagnole ! L’auteur cite bien sûr Maïmonide (de son vrai nom Rabbi Moché Ben Maïmon), le géant de la pensée juive, l’auteur du « Guide des égarés », mais aussi philosophe, et médecin. Mais en le faisant, il a aussi le mérite de remettre les pendules à l’heure en brisant la légende dorée d’une Andalousie toujours tolérante, et qui serait un modèle de « colonisation douce » (par contraste avec la colonisation européenne, dont le bilan serait entièrement négatif). Extrait : « En 1148, les Almohades obscurantistes occupèrent Cordoue et imposèrent aux Juifs le choix entre la conversion à l’islam ou la mort. La famille Maïmon se réfugia alors à Fes où les Juifs souffraient aussi de l’intolérance musulmane. Pour échapper aux persécutions musulmanes, Maïmonide professa extérieurement la foi islamique, mais la vie devenant de plus en plus impossible, il quitta alors le Maroc avec ses proches pour l’Égypte en 1165 (...) très vite, sa renommée de médecin parvint au Sultan Saladin qui le nomma médecin de la cour ».

J.C