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05 janvier 2012

Madame Le Pen, Israël et les Juifs de France


 Marine Le Pen et son père
(photo Miguel Medina, AFP)
Introduction :
Un éditorial de Gérard Akoun qui date de quelques semaines, mais qui reste bien sûr d'actualité ... d'autant plus que ce sujet sera au menu de ma prochaine émission !
J.C

Louis Aliot, numéro deux du Front National et compagnon de Madame Le Pen se trouvait, à titre privé, en Israël ces derniers jours. Il  répondait, a-t-il dit, à l’invitation de personnalités israéliennes francophones ou non qui partagent un certain nombre des idées du Front concernant l’immigration et la menace islamique, à l’égard des Juifs, en Israël comme en France. Il était accompagné par Michel Thooris dont il devait annoncer la candidature aux prochaines  élections législatives, dans la huitième circonscription des français à l’étranger, qui comprend Israël et dans laquelle  le vote des juifs français sera déterminant. Ce candidat, conseiller de Mme Le Pen pour les problèmes de sécurité, a la particularité d’être  lui-même juif - ce qui je l’espère n’est pas très fréquent au Front National - et affirme partager les idées du parti d’Avigdor  Lieberman, "Israël Beitenou". Ni l’un ni l’autre n’ont, semble t-il, rencontré d’officiels israéliens, mais  Louis Aliot s’est  rendu en Israël pour nouer des contacts, pour enfin réaliser le souhait de Mme Le Pen : y être reçue officiellement. La Présidente du FN sait pertinemment que si son parti veut progresser dans l’opinion française, il doit, impérativement, se débarrasser de l’étiquette infamante de parti antisémite, qui lui colle à la peau. Elle est déjà créditée de 19 ou 20% d’opinions favorables, mais il lui faut dépasser ces taux si elle veut satisfaire ses ambitions. 

Contrairement à son père, elle veut exercer le pouvoir et ne pas seulement jouer le rôle de trublion de la République. Lui se serait contenté d’un score aussi élevé, mais pas elle ! Elle est  bien plus dangereuse : elle a peaufiné son image, elle s’est construite un programme économique qui en ces temps de crise financière, crise de l’euro, crise de l’Europe peut attirer les voix de ceux que la droite et la gauche ont déçus. Elle a revêtu d’habits neufs  ce qui fait le fond de commerce de l’extrême droite, le racisme, la xénophobie, la préférence nationale ; elle ne tient pas de propos antisémites  mais elle  rejette, du bout des lèvres, les propos scandaleux de son père, quand elle est interrogée sur la Shoah ou sur le "détail". 

Son compagnon interviewé, par Guysen, reconnait "qu’il y a pu avoir des ambigüités dans les déclarations de J.M Le Pen mais qu’importe", et il ajoute : "la communauté juive en France c’est 600.000 personnes, la communauté musulmane c’est plusieurs millions….   Il y a donc un combat commun à mener aujourd’hui, pour défendre le judéo-christianisme contre l’islam". Mais ce discours, heureusement, ne passe pas dans la majorité des organisations  juives en France, il est même combattu, et ces organisations dont le CRIF, sont à la pointe du combat pour détourner les Juifs d’un vote suicidaire. Le Front National use de deux méthodes pour gagner un vote juif qui lui permettrait de se débarrasser de son image de parti d’extrême droite : la première, en  minimisant  le rôle du CRIF, sa représentativité au sein de la communauté juive, en jouant la base, "le petit peuple", je cite Louis Aliot, "les Juifs de banlieues qui souffrent de l’islamisme radical et de l’insécurité"  contre les élites qui vivent dans les beaux quartiers ; la seconde, sachant que  le CRIF et d’autres organisations ont,  pour habitude, de s’aligner systématiquement sur les positions prises par les Israéliens, Mme Le Pen essaie d’obtenir un billet d’entrée au sein de la communauté juive en se faisant recevoir officiellement en Israël. Quel meilleur brevet de démocratie pour effacer aux yeux des juifs de France mais aussi des non juifs, les accusations d’antisémitisme : si Israël me reçoit je suis "cachère", et vous pouvez donc voter pour moi.

Il ne faudrait pas que les responsables israéliens se laissent séduire par les bonnes paroles de Mme Le Pen, son parti est toujours  antisémite et négationniste ; qu’ils n’oublient pas que  Jean Marie Le Pen, qui reste Président honoraire du Front National, a soutenu Saddam Hussein, le droit pour l’Iran de se doter de l’arme atomique et plus récemment  Kadhafi et  Bachar el Assad. La maison Le Pen a rajeuni, les peintures ont été refaites, la vitrine est plus attrayante mais, le socle idéologique, racisme et  xénophobie, est resté identique, la cible première en est, aujourd’hui, les arabes mais il ne faut pas trop gratter le nouveau vernis, pour retrouver celle des juifs.

Gérard Akoun    
Judaïques FM, le 15 décembre 2011

13 mars 2011

Quand Le Pen soutenait l'Iran et le Hamas ...

Encore la famille Le Pen, mais cette fois-ci le père ... Alors que l'invitation avortée de sa fille Marine par nos confrères de Radio J a tellement remué les consciences - l'UEJF organise une manifestation ce lundi sur le thème "Pas une voix juive pour le Front National" -, alors que le débat interne à la communauté a révélé qu'une frange se laissait séduire, il n'est pas inutile de rappeler une vérité fort peu médiatisée : l'extrême-droite française est viscéralement "antisioniste", et ne se démarque guère de l'extrême-gauche quand il s'agit de prendre le parti de l'Iran ou du Hamas !

Les Juifs les plus jeunes ou les moins cultivés auront oublié le soutien de Jean-Marie Le Pen à Saddam Hussein, et son opposition à la Guerre du Golfe en 1991 ; ou son appui aux islamistes du F.I.S lors de la guerre civile en Algérie, quelques années après. Mais peu lui demandent des comptes pour ses invitations régulières à l'Ambassade d'Iran à Paris : écoutons-le dans cette interview savoureuse, où il répond à une femme en hijab. Détail encore plus savoureux, cet entretien a été réalisé par le "Centre Zahra", présidé par le tristement célèbre Yahia Gouasmi, fondateur avec Dieudonné du "Parti antisioniste" !

J.C

18 janvier 2009

Pancarte négationniste dans une manifestation pro Hamas

(cliquer sur la photo pour agrandir)

Je n’ai malheureusement pas de précisions sur le lieu a été pris cette photo, ni sur la date ; sûrement en France ou en Belgique, car les slogans sont écrits en français, en tout cas le blog « philosémitisme » d’où elle est reprise ne le précise pas.

En tout cas un telle pancarte fait frémir : au-delà de l’association insupportable sur d’innombrables banderoles entre étoile de David et croix gammée, hélas un grand classique depuis des années - mais qui procède aussi, d’une banalisation généralisée du référent « nazisme » -, on est passé avec ce type d’insanité à un degré de plus dans l’abjection : dire que le million et demi de martyrs d’Auschwitz, déportés, gazés, torturés et brûlés dans les crématoires, pèsent moins au regard de l’Histoire que quelques centaines de civils, victimes malheureuses et involontaires de la guerre imposée à Israël par le Hamas, c’est comme tuer une nouvelle fois les victimes de la Shoah ; comme l’avait déjà fait Ahmadinejad, financier et armurier du Califat islamique de Gaza, avec sa pseudo « conférence sur l’Holocauste » en décembre 2006 : du négationnisme, toujours du négationnisme, encore du négationnisme ... Comment s’étonner, dans ces conditions, que Jean-Marie Le Pen qui avait jugé que les chambres à gaz étaient un « détail de l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale », donne son avis d’expert sur Gaza en disant que c’était « un ghetto », « un camp de concentration » ?

A propos de ces manifestations soit disant pacifistes où se retrouvent tous les totalitaires rouges-bruns-verts, lire ou relire la magnifique adresse de Mohamed Sifaoui, qui a été mon invité la semaine dernière sur Judaïques FM (voir ici) ou la tribune de Robert Redeker dans "le Figaro" (et voir là).

J.C

Nota ajouté le 21 janvier 2009 :
Je viens d'apprendre où a été prise cette photo ... C'était à Bruxelles. Elle figure sur le site belge "Resistances"(http://www.resistances.be/propalantisem.html).
Merci à l'une des responsables de ce site qui me l'a signalé !

23 avril 2007

Un printemps républicain !



Il faisait un temps merveilleux hier, sur Paris comme sur presque toute la France. Un ciel tellement bleu, une luminosité tellement exceptionnelle que l’on pouvait distinguer dans ses moindres détails le décor de cette journée historique que nous étions en train de vivre ...

... Et la première chose que l’on pouvait remarquer était la foule incroyable des électeurs se pressant à l’entrée des bureaux de votes, essentiellement des écoles sur Paris. Rien qu’en la voyant et en se souvenant du caractère artificiel des 16,8 % de Le Pen en 2002 (qui devait beaucoup aux 28 % d’abstentions, blancs et nuls cette année là), on devinait déjà le premier résultat de la soirée : le recul de la menace d’extrême droite. Son score aujourd’hui (10,5 %) est beaucoup plus faible que celui que prévoyaient les instituts de sondage : c’est d’ailleurs le seul échec que l’on puisse leur imputer ; les résultats pour Sarkozy (plus de 31 %) et Royal (25,8 %), se situant en « fourchette haute » de leurs prévisions - le score de Sarko étant accentué par le tassement de Le Pen à qui il a pris un bon million de voix ; et Bayrou à 18,5 % retombant, à peu près, sur ce qui était prévu (ce qui, par ailleurs constitue pour lui un succès indéniable, car son électorat était, toujours d’après les sondages, le moins assuré de son vote). Petite parenthèse : j’ai fait partie des internautes privilégiés ayant pu accéder vers 19 heures au site du journal suisse « Le Temps » qui donnait les premiers sondages « sortie des urnes » ; résultats conformes aux échos reçus d’amis engagés fortement, l’un au P.S et l’autre à l’U.M.P - quelle chance, à nouveau, de ne pas faire partie des « hémiplégiques de la pensée », dans mes lectures comme dans mes fréquentations !

J’ai donc eu tort en ce qui concerne mes craintes pour le Front National (relire mon post du 7 avril), mais j’ai rarement été aussi heureux de me ridiculiser dans un pronostic ... et on a souvent raison de sonner le tocsin. Il n’aura donc servi à rien pour le vieux leader de l’extrême droite de lancer les attaques les plus basses et les plus sournoises contre Nicolas Sarkozy (la dernière reprenant à son compte des rumeurs de caniveau sur son épouse Cécilia, que l’on a vue voter en compagnie de son mari et de ses deux filles hier à Neuilly) ; de promettre une amnistie générale sur les points de permis retirés ; ou même de draguer en banlieue les électeurs d’origine immigrée ! On apprend, par ailleurs, que parmi les rares « personnalités » étant venues faire un tour à la triste soirée du premier tour du Front National, se trouvait un ex-humoriste condamné pour antisémitisme : imaginer la tête que doit tirer Dieudonné ce matin va ensoleiller encore plus ce printemps exceptionnel !

Journée historique, aussi, par le taux de participation extraordinaire de 85 % qui montre que les Français ont conservé foi et espoir en leurs institutions républicaines : foi et espoir conservés ou découverts, car les jeunes électeurs et nouveaux inscrits sont venus voter en masse ; et ils n’ont pas plébiscité les extrémistes, de gauche (moins de 10 % au total pour les 6 « nains », Besancenot tirant relativement son épingle du jeu), ou de droite avec le Front National. Ce sont donc plus des trois quart des Français qui n’ont pas voté pour les extrêmes, surreprésentées il y a cinq ans lorsque les partis « traditionnels » leur faisaient l’« offre » vieillie ou usée de Jospin ou Chirac. Je m’en réjouis, d’abord comme citoyen révulsé par les slogans simplistes, démagogues et manichéens de tous les extrémismes. Et puis (et pourquoi avoir la moindre gêne à le dire ?), parce que l’antisémitisme se recrute maintenant à la fois à l’extrême droite et à l’extrême gauche : et, comme pour l’écrasante majorité des Juifs de France, voir mordre la poussière à la fois le grand ami des Mollahs iraniens et José Bové, l’agitateur alter mondialiste « qui à une autre époque aurait attaqué des magasins juifs » (dixit à mon micro Alexandre Adler) constitue déjà pour moi un immense soulagement !

Soulagement aussi quand j’apprends que les jeunes musulmans des banlieues ont voté, très majoritairement, pour la candidate du Parti Socialiste : preuve que, comme pour leurs compatriotes, le « vote utile » a fonctionné et que « l’intégration républicaine » a bien fonctionné. Mais crainte - en pointillé, et pour l’avenir - que, comme cela est déjà le cas dans des pays voisins (en Belgique, aux Pays Bas ou en Allemagne), une polarisation ne se fasse entre un grand parti de gauche « métissé » et un grand parti de droite « de Blancs ». Si le premier parti jouait alors, par démagogie ou par clientélisme électoral, la carte des frontières ouvertes et d’une immigration non maîtrisée, la France risquerait d’être complètement coupée en deux. Rêvons donc quelques minutes, le beau temps s’y prête ... Si Sarkozy est élu, il donnera des signaux forts « aux minorités visibles » en faisant plusieurs nominations symboliques à la tête de l’État. Et si Royal est élue, elle donnera un signal fort « aux Blancs » en ne faisant pas régulariser (comme le fit son ami Zapatero) des centaines de milliers de sans-papiers !

P.S : le blog a connu une fréquentation record ces derniers jours, plus de 150 visites par jour depuis une semaine, plus de 200 hier ... hélas, hélas, plus de la moitié viennent de recherches peu sympathiques, mais cela j’en ai déjà parlé dans mon post du 19 avril, pour ceux qui ne l’auraient pas encore lu !

Jean Corcos

20 avril 2007

Dernière mise au point avant le premier tour

Dimanche prochain, ce sera enfin « pour de vrai » ... Après plus d’un an de campagne ouverte avant son ouverture officielle, après les faux suspenses de la désignation, à droite de Nicolas Sarkozy et à gauche de Ségolène Royal, après la vraie surprise François Bayrou et à nouveau la peur d’une redoutable surprise Jean-Marie Le Pen, les Français vont s’exprimer. Et à partir du rapport de forces du premier tour, tout deviendra possible, car - hélas, mais c’est mon avis personnel - on n’est pas dans la configuration d’un choix clair entre deux programmes permettant aux électeurs « de prendre leurs responsabilités » : l’extrême droite vient polluer le débat en se présentant comme le courant « anti-système qui a échoué » ; plus sympathique, l’option centriste peut, si Bayrou arrive effectivement à éliminer l’un des deux « grands », amener au pouvoir une vraie coalition nouvelle - mais dont la composition et le programme seront, par définition, définis en opposition de phase avec ceux du candidat restant au second tour ... et donc impossibles à prédire précisément !

Ceci posé, je voudrais rapidement expliquer le « devoir de réserve » que je me suis imposé au cours de cette campagne - avec quelques libertés qu’il me faut aussi expliquer.

D’abord, et même si ce blog est strictement personnel (et reste le support d’une émission dont je suis le producteur), il fait clairement référence à la radio de la bande FM qui veut bien m’accueillir sur ses ondes. Et si une chose caractérise Judaïques FM, malgré son « ancrage à gauche » (relire à ce sujet l'article de Gérard Akoun, qui codirige la station), c’est bien la diversité des sensibilités politiques de ses chroniqueurs ! Il n’est donc pas étonnant que j’ai reçu, de l’un ou de l’autre collaborateurs passés ou présents de la station ou d’autres sources, des informations sur les « coulisses de la campagne » qui auraient pu m'amener à faire de la propagande - ou de la contre-propagande - de l’un(e) ou l’autre candidat(e) : je m’y suis clairement refusé. Ce faisant, j’espère avoir conforté à la fois ma neutralité de journaliste, et l'indépendance de notre station (qui a reçu des candidats ou leurs représentants de tous bords, à l’exception de ceux qui ont refusé de répondre aux invitations et du Front National, contre lequel la communauté juive organisée maintient - et on le comprend - un cordon sanitaire). Par ailleurs, refusant que les lecteurs réguliers ou occasionnels de ce blog demeurent des « hémiplégiques de la pensée », j’ai mis en lien permanent d’autres blogs ou sites de sensibilités vraiment diverses, qui vous ont permis - si vous y avez fait des excursions - de suivre la campagne présidentielle vue « de gauche », « de droite » ... ou d’en haut, pour certains des meilleurs journalistes qui se sont exprimés sur le Web 2. J'ai enfin publié tout à l'heure les compte-rendus d'interviews des trois principaux candidats sur les sujets (tellement sensibles pour ma communauté !), de l'antisémitisme et du Proche-Orient.

Là-dessus, il est vrai que j’ai « commis » quelques articles sur certain(e)s candidat(e)s au cours des derniers mois. Vous les retrouverez en cliquant sur les noms figurant en « libellé » en fin d’article. Écrits « à un instant t », il faut les considérer comme autant d’éléments d’information, et non comme des « invites » à voter pour tel(le) ou tel(le) ... Reste que les mouvances extrémistes méritaient d’être dénoncées avec beaucoup plus de vigueur que ne l’ont fait nos « grands » médias (neutralité oblige, mais c’était déjà le cas avant la campagne officielle sur les ondes) : je pense naturellement à Jean-Marie Le Pen ; mais aussi aux candidatures d’extrême gauche de José Bové ou d’Olivier Besancenot - deux personnages dont la complaisance vis-à-vis de la menace islamiste et le silence devant les agressions antisémites n’ont rien à envier à leur pendant d’extrême droite (rappelons par exemple le refus de la LCR de participer à la grande manifestation en hommage à Ilan Halimi ; ou la promotion de Roger Garaudy par des supporters du candidat « alter mondialiste ») !

Bon vote donc dimanche 22 avril, et en espérant que ce ne sera pas un nouveau « 21 avril » ...

J.C

16 avril 2007

Le Pen : des propos plus qu'inquiétants




Le candidat d’extrême droite a, d’après les dernières rumeurs - en particulier un sondage des Renseignements Généraux cité par le site du « Nouvel Observateur », nié par les R.G mais maintenu sur ce site (lire ici) - de fortes chances de troubler à nouveau le premier tour : en éliminant la gauche, comme en 2002 ; en coiffant François Bayrou au poteau, empêchant ainsi une recomposition du paysage politique ; et peut-être en « plombant » Nicolas Sarkozy, obtenant un score tellement élevé que toute victoire de la Droite serait entachée par des accords (réels, ou fantasmés) avec le Front National.

Nous n’en sommes pas encore là. Mais sur les sujets qui inquiètent, au premier chef, la communauté juive de notre pays, Le Pen vient de « donner » à nouveau, au travers de déclarations qui n’auront guère été médiatisées :

- D’abord dans sa « profession de foi » envoyée à des dizaines de millions d’électeurs comme celles des autres candidats. Il finit son discours électoral (dont la maquette rappelle de façon subliminale l’Appel du 18 juin, un comble pour l’héritier spirituel de Pétain !), par ceci :
"Je suis le candidat de la France, de la vie, de l’avenir et de la paix, contre les candidats du mondialisme, des communautarismes, de l’argent-roi et des guerres ."
L’association des termes « mondialisme », « argent », « guerre » a déjà fait recette dans les années 1930, il s’agissait alors de dénoncer les Juifs, vilipendés comme « ploutocrates » et « bellicistes » ... Le Pen évoque ainsi, et en creux les risques de conflit des Occidentaux contre l’Iran de son ami antisémite Ahmadinejad, et utilise la peur des Français comme un nouvel argument électoral. Ce faisant, il est fidèle à sa filiation pétainiste, non seulement par les mots utilisés mais aussi sur le fond du comportement : lâche envers les vrais puissants du dehors (en gros, les islamo-fascistes bientôt dotés de l’arme nucléaire) ; féroce envers l’infime minorité juive de France, jetée en pâture aux chiens.


- Ensuite, dans une interview au journal « la Revue du Liban », en date du 13 avril et dont le journal libanais « L’Orient - Le Jour » (en lien permanent) vient de reproduire un extrait qui fait froid dans le dos ...
"Le candidat du Front national, Jean-Marie Le Pen, également interrogé par l’hebdomadaire libanais sur le conflit israélo-palestinien, « trouve scandaleux le « mur de la honte » érigé par Israël ». « Le peuple palestinien a le droit de reconquérir sa patrie et de restaurer son État », a t-il affirmé, soulignant qu’il « pense être le seul homme politique à avoir dénoncé l’extermination des Palestiniens."
Sic. Aucun candidat à l’élection présidentielle, même José Bové épinglé sur le blog il y a quelques jours, n’a osé utiliser des termes aussi lourds que « extermination ». Pour le leader de l’extrême droite, donc, « les chambres à gaz sont un détail de l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale », mais les Palestiniens ont subi une sorte de génocide.

Là-dessus, bien sûr, je n’oublie pas les déclarations qui ont été davantage médiatisées, et qui ont éclaté tout au long de la semaine dernière comme autant de scandales voulus, assumés - et qui font encore plus peur de ce fait : propos sur Vichy dans « Le Parisien » (il « regrette les propos de Jacques Chirac sur la déportation des Juifs », lire ici) ; ou sur les origines étrangères de Nicolas Sarkozy qui le disqualifieraient pour les présidentielles (lire à ce sujet la belle intervention de Jacques Attali sur son blog, où il s’indigne du silence des autres candidats devant cette basse attaque). Jean-Marie Le Pen pense-t-il qu’il va gagner d’avantage d’électeurs à force de scandales ? La France serait alors bien malade.
Avec tout cela, je me dis que le 22 avril, le seul, le vrai élément du débat sera le décompte des voix de Le Pen : combien de Français se reconnaîtront dans de telles positions ?

J.C

07 avril 2007

Ces Musulmanes qui votent pour Jean-Marie Le Pen ...

« Et si la campagne changeait à la Gare du Nord ? » titrait le journal « Libération » le 30 mars. On devine le scénario : le mixte de casse et de pillage ayant suivi l’interpellation d’un fraudeur récidiviste a fait revivre, par écrans de télévision interposés, la grande peur de novembre 2005, peur d’autant plus profonde que l’on est loin du terrain (pour y passer quasi-quotidiennement, je peux attester que l’endroit n’avait rien, après coup, d’un champ de bataille après la tempête, à quelques carreaux de verre brisés près) ; on se souvient ainsi que ce fut dans des petits villages alsaciens, loin de toute population immigrée, que le Font National a dépassé les 40 % en avril 2002 ; au lendemain de son départ du Ministère de l’Intérieur, cet évènement décrédibilise le candidat Nicolas Sarkozy sur la maîtrise de l’insécurité et renforce, par un phénomène de vases communicants, Jean-Marie Le Pen à qui il avait raflé quelques pour cents d’électeurs. Cette analyse est d’ailleurs partagée par une majorité de Français, ce qui est d’autant plus inquiétant quant aux intentions de vote affirmées « en creux » ... Car là est l’inconnue principale : le leader du Front National peut affirmer tranquillement qu’il est en réalité à environ des 20 % d’intentions de vote, dans la mesure où les sondages ne peuvent que « manipuler » les opinions le concernant, ses électeurs camouflant leur choix et leurs intentions étant « remises à niveau » grâce à des fumeuses corrections mathématiques !

Au risque donc de me ridiculiser le 22 avril au soir (disons-le : je souhaiterais mille fois me tromper), je parie donc sur un Le Pen bien au-delà des 15 % au premier tour, dépassant peut-être François Bayrou. J’ai déjà évoqué sur le blog ses positions iconoclastes en politique étrangère, en phase avec une grande partie de l’opinion (voir en lien : "Le Pen candidat des Mollahs"). Aujourd’hui, avec cette petite vidéo, je vous invite à découvrir un autre tabou de ces élections présidentielles : celui des Musulmans qui vont voter pour lui. Entendons-les : il n’est question ni du Moyen Orient, ni des Juifs ; l’extrême droite a la côte chez ces « Beurettes » ; et puis, en se clamant plus français que les Français d’origine, ce prolétariat marginalisé exprime un vrai désarroi - à méditer !

J.C


21 mars 2007

Sarkozy et l'islam : feu à volonté !


Cette illustration assez explicite se trouve à cette adresse sur le site « Liberty Vox ». Dans une « lettre ouverte » au Ministre de l’Intérieur, François Eiffel (alias « FFL ») lui reproche sa mollesse dans l’affaire Redeker, le traitant en gros de lâche. Même si je soutiens la suggestion d’inculper pour incitation au meurtre l’horrible Youssouf al-Qaradawi - ce prédicateur vedette de la chaîne Al-Jazeera qui n’en était pas avec Redeker à son coup d’essai -, je trouve naturellement inadmissible l’outrance d’une telle charge : question courage vis-à-vis des menaces islamistes, Nicolas Sarkozy en a témoigné à deux reprises, avant cette affaire à propos de l’affaire des caricatures de Mahomet et après, en venant il y a quelques semaines témoigner au procès de « Charlie Hebdo ». Mais sur le fond, bien entendu, il ne lui est pas pardonné d’avoir tenté d’aider l’islam de France à s’organiser, et les Musulmans à pratiquer leur religion dans des conditions dignes : à partir du moment où la ligne générale est « pas de différence entre islam politique et islam tout court », tout candidat aux élections présidentielles qui ne considèrerait pas toutes les mosquées de France comme des repères de terroristes serait un complice des islamistes : sic. On aura compris que, à sa droite, Nicolas Sarkozy reçoit les bordées d’injures de ceux qui ne lui pardonnent ni la mise sur pied du C.F.C.M (Conseil Français du Culte Musulman), ni son idée (sur laquelle il est devenu bien silencieux) de revoir la Loi de 1905 pour aider au financement du culte musulman - et le soustraire ainsi aux dollars « wahhabites » en provenance du Golfe. Fausse bonne idée est-on en droit de penser, mais de là à le caricaturer comme dans cet article ... Pendant ce temps, Jean-Marie Le Pen - qui godille maintenant entre deux eaux : essayer de récupérer des voix musulmanes dans les banlieues en tapant contre les États-Unis et en racolant des antisémites comme Dieudonné ; consolider son fond de commerce xénophobe et raciste en tapant contre les « étrangers », immigrés ou enfants d’immigrés -, vient d’en rajouter une louche contre son concurrent (lire ici). D’après une dépêche Reuters, il a au cours de son meeting à Marseille « multiplié les banderilles à l'encontre du « promoteur de la discrimination positive » et de « l'immigration positive », de celui qui a « institutionnalisé l'Islam de France » et aidé à la « construction des mosquées » en France. »

Et pendant ce temps-là, à gauche, on reprend, en gros, le discours caricature de Laurent Fabius : Sarkozy c’est le candidat « atlantiste » (autre sujet, qui mérite un article à part), « libéral » (idem) et « communautariste » (comprendre : qui veut réorganiser la société sur la base de communautés religieuses). Sur le fond de cette troisième accusation, n’ayant ni ma carte de l’UMP ni le pouvoir de sonder les intentions profondes du candidat, je ne vais pas jouer les avocats. Mais je trouve particulièrement injuste le fait qu’on lui balance à la figure, sans arrêt, cette mise sur pied du C.F.C.M sur laquelle avaient déjà « planché » des Ministres de l’Intérieur de droite (Pasqua) ou de gauche (Chevènement). Que le culte musulman soit doté, comme par exemple le Judaïsme d’une sorte de Consistoire, n’a rien de répréhensible et n’interdit pas aux « laïcs » parmi eux de s’organiser en associations ou en fédération d’associations - car le C.F.C.M ne les force pas plus à devenir pratiquants que le Consistoire ne force tous les Juifs à respecter les commandements de leur religion ! En tout cas, je trouve particulièrement instructif cet extrait d’un article récent de « Libération », où - tout en dénonçant sa « chasse aux voix musulmanes » qui est incontestable - les journalistes ne lui font pas « porter le chapeau » du cafouillage actuel du C.F.C.M ...

Libération, le 26 février 2007
Sarkozy, ou la grande récup’ des voix de l’islam
Christophe Boltanski et Catherine Coroller

« Rivalités et contraintes
En mai 2002, Nicolas Sarkozy arrive au ministère de l'Intérieur sans grande connaissance du dossier. Que faire de l'épineuse consultation sur l'islam initiée par la gauche, en 2000, en vue de l'élection d'une instance représentative du culte musulman. Les grandes associations, Grande Mosquée de Paris (proche de l'Algérie), Union des organisations islamiques de France (UOIF, proche des Frères musulmans), Fédération nationale des musulmans de France (FNMF, proche du Maroc), y sont associées. Sarkozy se donne le temps de la réflexion. Le dossier piétine. Les rivalités entre les tendances de l'islam empêchent tout accord sur le mode d'élection. Mais le climat se dégrade avec une forte augmentation des actes antisémites. La question de la création d'une instance musulmane censée prêcher le calme dans les quartiers apparaît plus urgente. Sarkozy prend le dossier en main. Se dépensant sans compter là où ses prédécesseurs ont délégué à leurs conseillers, allant jusqu'à «séquestrer» les associations musulmanes tout un week-end dans un château appartenant au ministère de l'Intérieur, il les contraint à se mettre d'accord. Les trois principales fédérations se répartissent la direction du futur CFCM. En avril 2003, le tout premier Conseil français du culte musulman est élu.
Peau de banane de Chirac et Villepin
Une semaine plus tard, Sarkozy est l'invité d'honneur de la 20e rencontre annuelle de l'UOIF au Bourget. Soudain, alors qu'il a été accueilli en «ami», le ministre de l'Intérieur durcit le ton. Devant une salle bondée, hommes et femmes séparés, ces dernières pour la plupart voilées, il rappelle l'obligation pour tous les Français, y compris les «musulmanes», de poser tête nue sur la photo figurant sur la carte d'identité. Bronca, sifflets. Fin de la lune de miel ? En réalité, le ministre marche sur des œufs. Ses «amis» politiques de droite lui reprochent d'avoir fait le jeu des «intégristes» ­ l'UOIF ­ en leur ouvrant la porte du CFCM. Par son coup de gueule du Bourget, Sarkozy entend montrer sa fermeté envers les fondamentalistes. Le CFCM fonctionne mal. Les fédérations qui le composent continuent à s'entre-déchirer. Pour qu'il n'implose pas, Sarkozy doit le porter à bout de bras. A intervalles réguliers, il reçoit les frères ennemis musulmans en tête à tête place Beauvau et se bat pied à pied pour les convaincre de ne pas démissionner. Du coup, les dossiers dont le CFCM est censé s'occuper, dont la formation des imams, n'avancent pas.
A partir de 2003, Chirac et Villepin glissent une peau de banane sous le pied de Sarkozy en agitant de nouveau la question du voile. Le président de la République et le Premier ministre veulent une loi interdisant le port du foulard à l'école. Le ministre de l'Intérieur est contre. Le texte sera voté en mars 2004, juste avant le départ de Sarkozy pour le ministère de l'Economie.
A son retour place Beauvau, le 2 juin 2005, Sarkozy retrouve un CFCM toujours divisé. Entre-temps, une forte personnalité en a claqué la porte avec fracas. Dounia Bouzar incarnait un islam féminin et moderne. «Sarkozy me parlait de Boubakeur [recteur de la Mosquée de Paris et président depuis l'origine du CFCM, ndlr] comme de mon chef de troupe. « Ecoutez votre chef de troupe », me disait-il. C'était le Concordat revu par la vieille gestion coloniale, sur le mode : les Arabes parlent aux Arabes.» Aucune réunion ne se déroulait sans la présence d'un représentant du ministère de l'Intérieur. Les consignes étaient données le matin lors d'un petit-déjeuner avec Sarkozy lui-même.
Mais, entre le ministre de l'Intérieur et le CFCM, le désamour va croissant. En mars 2006, Sarkozy clôt une énième brouille entre les organisations musulmanes sur un tonitruant : «Démerdez-vous !» En janvier, lorsqu'il vante à la presse son bilan, il ne fait aucune allusion à l'instance représentative musulmane. Coup de grâce : le 8 février, il prend position pour Charlie Hebdo, contre la Mosquée de Paris et l'UOIF, qui poursuivent le magazine devant les tribunaux pour avoir publié les caricatures de Mahomet. «L'électorat musulman ne compte pas de manière significative dans sa campagne», conclut alors Fouad Alaoui, secrétaire général de l'UOIF. »

Enfin, le candidat UMP a été épinglé par Caroline Fourest sur son blog (en lien permanent ici). Nicolas Sarkozy en flagrant délit d'incompétence à propos d'Al-Qaïda, tel est le titre du « post » que vous trouverez en lien. Ceci à propos d’une interview sur RMC le 26 février (vous en trouverez le podcast sur cet article), où le Ministre de l’Intérieur (qui devrait pourtant être parfaitement au clair sur le sujet) s’est « emmêlé les pinceaux » en ne sachant pas précisément si la mouvance de Ben Laden était sunnite ou chiite ... Bien étrange réponse ! Ignore-t-il que ce Saoudien, issu d’une richissime famille, ne pouvait être issu de la minorité chiite, méprisée dans son pays ? Qu’il a eu comme professeurs des frères musulmans expulsés par Nasser, donc sunnites purs sucre ? Qu’en Afghanistan son organisation avait été protégée par les Talibans, eux-mêmes des Sunnites persécuteurs de leur propre minorité chiite, dans l’Ouest du pays ? Mais enfin - et surtout - que feu Al-Zarkaoui, ex chef d’Al-Qaïda en Irak et grand massacreur de Chiites, a tenu des propos carrément génocidaires à leur égard ? Si Sarkozy pense que l’extrémisme terroriste pouvait se trouver chez l’une comme l’autre des branches de l’islam, alors là il n’y a rien à dire. Mais Al-Qaïda est sunnite, et il n’a pas bien répondu à la question !

Deux dernières notes, à propos du C.F.C.M : d’abord le souvenir de mon interview, très instructive, de Didier Leschi, le Directeur du Bureau des Cultes au Ministère de l’Intérieur en juillet dernier. Et puis à propos de Dounia Bouzar, citée dans l’article de « Libé » et dont j’ai eu le plaisir de faire la connaissance l’année dernière, vous annoncer qu’elle fera partie de mes prochains invités !

J.C

25 février 2007

Le 11 septembre, presque un détail pour Le Pen

Une fois n’est pas coutume, j’ai emprunté tel quel le titre de « Libération » du 22 février. Une façon de renvoyer la dernière provocation du leader de l’extrême droite française à ses propos au micro de RTL, il y a presque 20 ans, où il déclarait que les chambres à gaz étaient un « point de détail de l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale ».

Rendons cette justice au « borgne fou » qui revient à chaque fois polluer les élections présidentielles - en attendant d’en être expulsé, par la force de l’âge ou (on peut rêver) le retour à la raison d’une partie de son électorat, suffisamment grande pour lui envoyer une claque : son message, même s’il évolue au gré des électorats à conquérir, reste remarquablement stable en ce qui concerne le nazisme. Jamais évoquée en termes négatifs (« l’occupation allemande n’a pas été aussi inhumaine que cela », entretien à l’hebdomadaire « Rivarol », janvier 2005), couverte d’un halo de confusion mentale (ainsi son père, mort accidentellement après que son chalutier ait heurté une mine allemande est-il dans sa bouche « mort pour la France »), la guerre entre Alliés et Forces de l’Axe est toujours évoquée en termes défavorables aux premiers. Retour donc sur sa dernière et scandaleuse interview à « La Croix », et sur son « les 3000 victimes de attentats du 11 septembre, c’est beaucoup moins que les bombardements de Marseille ou de Dresde à la fin de la Seconde Guerre Mondiale » ... CQFD, d’après Le Pen et implicitement, les nazis n’ont jamais EUX bombardé de cités européennes, et les seules victimes civiles ont été visées intentionnellement par les Américains ... pour ne rien dire des camps de concentration ou d’extermination, sur lesquels (bien sûr) « il faut laisser les historiens discuter » (une fois supprimé la « scélérate Loi Gayssot »).

Le candidat du Front National crachant à la figure des malheureuses victimes du 11 septembre en banalisant l’évènement, cela n’a rien non plus d’inattendu quand on pense à son tournant violemment anti-américain, que j’avais déjà relevé sur le blog (lire ou relire l’article "Le Pen, candidat des Mollahs"). Mais faisons un retour sur l’article de Christophe Forcari dans « Libération » :
« En relativisant la portée des attentats du 11 septembre, Le Pen renoue avec le discours traditionnel de l’extrême droite pour qui les États-Unis représentent avant tout la patrie du capitalisme apatride. Dans son entreprise de séduction tous azimuts, il adresse également un signal fort à l’électorat d’origine maghrébine, hostile à la politique américaine au Moyen-Orient et à celle de son principal allié dans la région, Israël ».
«Le Pen n’a choqué que le petit monde politico-médiatique, pas le peuple » a dit à « Libé » un autre dirigeant du F.N, Louis Aliot. Hélas, en repensant aux réactions pas très nettes entendues au moment même du méga attentat (voir sur le blog), j’ai bien peur qu’il n’ait raison sur cette triste analyse !

Je me suis demandé enfin quelle « réponse » faire à une telle abjection, une réponse qui puisse rasséréner un peu les lecteurs. Et puis, le hasard a voulu que Irène Elster (dont on a pu apprécier des photos et un article sur le blog) me signale un extrait vidéo sur « Youtube » de « Adieu », cette chanson de Bruel "censurée sur les ondes françaises" (en fait, jamais passée à la radio comme le disait mon article). Une chanson consacrée justement, aux attentats terroristes, et dont le dernier couplet - celui évoquant le 11 septembre, à travers le regard d’un survivant - me semble tout à fait à propos. Une vraie émotion contre une vraie abjection. Regardez et entendez donc Patrick Bruel chanter au piano que ce n’était pas un « détail » !

J.C



Adieu Patrick bruel par jasmin16

01 février 2007

Patrick Bruel : la chanson "censurée" sur les ondes françaises

Couverture du disque "Des souvenirs Devant"

Patrick Bruel est sans doutes l’une des personnalités les plus populaires du « box office » national. Acteur aux multiples personnalités, révélé par Alexandre Arcady (comme lui originaire d’Algérie) et dans les films ayant immortalisé la « saga pied-noir », il s’est ensuite imposé par sa voix au timbre éraillé et par la sensibilité de ses chansons. Invité principal ou associé des plus populaires émissions de télévision, sa sensibilité de gauche et son soutien aux causes « bien vues » - comme l’antiracisme ou la Paix au Proche-Orient - ont toujours été salués sans réticences. Seul « couac », d’un mauvais goût à la hauteur de son auteur, la sortie de Le Pen, furieux de l’engagement du chanteur, et qui - en digne héritier de l’extrême droite antisémite des années noires - su rappeler son patronyme en apostrophant « Monsieur Benguigui » ...

Mais il y a aussi une « ligne jaune », d’autant plus redoutable qu’elle est transparente, et qui lorsqu’on la franchit, fait jouer une étrange « omerta » : dénoncer la barbarie sanguinaire des attentats contre les civils, que ces derniers soient américains, israéliens (comme cette semaine à Eilat), arabes ou de toutes les origines ou religions. Là, Bruel n’est plus « in », dans une France où de savants commentateurs expliquent quotidiennement et benoîtement que « les Musulmans se sentent humiliés », que « l’injustice génère la violence », que « les Arabes sont très malheureux », et que « on n’approuve pas bien sûr mais on peut comprendre ».

Dans son dernier disque « Des souvenirs devant », le chanteur a consacré une chanson à ce sujet, « Adieu » à lire comme un jeu de mots : « adieu » à tous les innocents massacrés par les fanatiques islamistes, à Netanya comme à Madrid ou à New York ; « à Dieu » qui se tait et au nom de qui ces horreurs sont accomplies. On n'entend pratiquement jamais cette chanson sur les ondes françaises. Pour répondre à ce scandale, à mon modeste niveau, j’en ai reproduis ci-dessous les paroles - en pensant, fortement, au spectre du terrorisme revenu en Israël cette semaine.


J.C
 

 Elle vient de partir de chez elle

Un croissant, un éclat de rire
Son mari lui dit qu'elle est belle
Mais dans une heure elle va mourir
Elle n'a pas choisi son destin
Juste là au mauvais moment
Puisqu'il fallait prendre ce train
Et Madrid pleure ses enfants

Adieu
Nous sommes tous dans le noir
Si tu n'existes pas
Au moins fait le savoir
Adieu
Je n'ai plus de questions
Mes yeux sont abîmés
Mon cœur perd la raison

Sa femme attend une deuxième fille
Elle jure qu'elle n'en aura pas plus
Il touche son ventre, les yeux qui brillent
Pourquoi juste à cet arrêt de bus ?
Pourquoi ce type est si couvert ?
Il fait si chaud à Netanya
Le sang se mélange à la terre
Et le monde reste sans voix

Adieu
Nous sommes tous dans le noir
Si tu n'existes plus
Au moins fait le savoir
Adieu
Je n'entends plus l'Histoire
Mes yeux sont fatigués
Mon cœur perd la mémoire

9h16, il est en retard
Comme à peu de chose près tous les jours
Mais aujourd'hui il est trop tard
Il ne montera pas dans la tour
Il voit des cris courir vers lui
Il croise des yeux qui hurlent de peur
Pourquoi ces larmes, pourquoi pas lui ?
Et cette poussière à vie dans le cœur

Adieu
Nous sommes tous dans le noir
Si tu n'existes pas
Au moins fait le savoir
Adieu
Il y a tant de questions
Mes yeux sont épuisés
Mon cœur perd la raison
Adieu
Nous sommes tous dans le noir
Si tu n'existes plus
Au moins fait le savoir
Adieu
Ils se réclament de toi
Dis-leur que ce n'est pas toi
Qui a voulu tout ça

07 janvier 2007

Le Pen, candidat des Mollahs

Jean-Marie Le Pen (photo AFP)

Au moins les choses sont claires, pour l’un des problèmes les plus lourds de l’agenda international - un problème existentiel pour Israël et pour le peuple juif : Jean-Marie Le Pen est le seul candidat à la Présidence de la République à ne pas s’inquiéter d’un Iran en passe de posséder l’arme nucléaire, et donc de sanctuariser définitivement son territoire ... en attendant de répandre la révolution islamique à l’extérieur ! Le leader du Front National, avec un flair politique remarquable, a très bien compris qu’électoralement parlant, il n’avait rien à perdre en se positionnant clairement sur le sujet ; qu’en adoptant une position « scabreuse » il restait fidèle à sa réputation d’éléphant dans le magasin de potiches politiques en porcelaine ; et que sur le fond (voir développement un peu plus loin) ce genre de position lui donnerait plutôt l’avantage par rapport à ses concurrents.

Kavéh Mohseni, qui a été mon invité déjà deux fois à mon émission, et qui est le responsable du remarquable site d’opposition iranien « iran-resist » (en lien permanent), a publié un article intitulé "Pourquoi Le Pen défend officiellement l'Iran et son droit à la bombe ?". Sa théorie est que, en politicien roué, le vieux leader de l’extrême-droite française sait parfaitement que la prolifération nucléaire, qui va se développer de l’Iran à l’ensemble du monde musulman, entraînera un contexte instable, favorable aux intégristes et qui, par réaction, donnera un coup d’accélérateur à une réaction nationaliste et xénophobe en France. Un calcul dangereux et désastreux, que Kavéh Mohseni a bien raison de dénoncer ! Mais ( et en toute amitié ) je trouve son analyse un peu limitée, car l’engouement de Jean-Marie Le Pen s’explique, à mon avis, par des raisons à la fois idéologiques et tactiques.

D’abord je pense (mais peut-être suis-je naïf ?) que les responsables politiques - et Le Pen en est un, même si ses propos furent souvent irresponsables - maintiennent un minimum de cohérence entre ce qu’ils disent et ce qu’ils pensent. A fortiori s’ils sont extrémistes, car leur exclusion du champ du décisionnel leur permet de rester fidèles à leurs idées ! Le grand parti d’extrême-droite a donc des partis « frères » aux côtés desquels il siège au parlement européen (en gros tous les populistes, les néofascistes italiens non repentis et les néo-nazis autrichiens de Jörg Haider). Et il ne peut que sympathiser avec la mouvance islamiste qui est la version musulmane des « bruns » européens (relire à ce sujet les propos de Latifa Ben Mansour sur le plateau de « Rencontre » : "Les frères musulmans sont un parti d'extrême-droite antisémite").

Antisémite, le mot est lâché et il prend tout son goût de cendre lorsqu’une grande capitale (Téhéran) est devenue, sans complexes, la capitale mondiale du négationnisme le plus abject. Mahmoud Ahmadinejad a tenu des discours répétés distillant que la Shoah est un mythe et que les Juifs en ont profité, et il vient d'organiser l'ignoble "conférence" que l'on sait ; Jean-Marie Le Pen avait dit il y a déjà presque 20 ans que les chambres à gaz étaient « un détail de l’Histoire » ; et la presse du Front National n’a jamais faibli dans la dénonciation des obscurs « lobbies mondialistes » exploitant le souvenir de la Seconde Guerre Mondiale.

Mais la sympathie de Le Pen pour les Mollahs ne s’explique certainement pas, non plus, par un amour inconsidéré pour la constitution de la République islamiste. Son vrai, son plus acceptable ami dans la région avait été le Président déchu de l’Irak, Saddam Hussein, dont il a condamné de la façon la plus véhémente l'exécution - ce qui ne manque pas de sel, venant du seul candidat à vouloir rétablir la peine de mort dans notre pays ! L’actualité va trop vite, et on rappelle assez peu son pitoyable voyage entre l’invasion du Koweït et la guerre du Golfe en 1991, sa réception à Bagdad et sa dénonciation - en parfait diapason avec l’extrême-gauche - de « la guerre pour le pétrole ». A l’époque (et toujours maintenant d’ailleurs), on pouvait entendre sur les ondes de « Radio Courtoisie » (la radio du « pays réel » - celui de Charles Maurras - et de la francophonie) moult éloges du régime baasiste, laïc et ami de la France. Saddam disparu, restent ses ex-ennemis iraniens aussi fanatiquement antisémites que lui, et qui l’ont remplacé comme challengers crédibles des Américains au Moyen-Orient.

Et voilà un dernier argument, qui curieusement fait partie des « non dits » de la classe médiatique face au vieux leader : l’anti-américanisme est tel en France que la dénonciation des USA par Le Pen, ses insultes à Sarkozy traité de « vassal de l’Oncle Sam » passent très bien ! Il faudrait être un peu politologue pour expliquer que l’hostilité aux Anglo-Saxons est aussi vieille que l’extrême-droite française, qu’elle se nourrit de la haine parallèle d’Israël et des Juifs, et que nous en avons connu un bel épisode sous l’Occupation, lorsque Radio Paris dénonçait les « bombardements barbares » de l’US Army ! Plus près de nous, Jany Le Pen présidait il y a peu l’association « SOS Enfants d’Irak » et dénonçait les « affameurs américains ».
Or tout cela paie, paie énormément dans notre pays. Jean-Marie Le Pen en a encore rajouté une couche, lors d'un discours prononcé en Vendée le 22 octobre : d'après le journal "Le Figaro", il a "vivement critiqué les États-Unis qui sont souvent instigateurs de la guerre" et insisté sur "le déséquilibre actuel des rapports internationaux" né de "la disparition de l'Empire soviétique, pour salutaire qu'elle fût". Préconisant "la grande Europe, de Brest à Vladivostock", il a estimé "qu'elle ferait pièce aux visées hégémoniques de Washington". Nicolas Sarkozy risque par contre de rater son élection en raison d’une poignée de mains de trop avec Georges Bush. Et cinq, peut-être six millions de Français n’auront aucun complexe en allant voter pour celui qui était allé hier soutenir Saddam, et qui ira peut-être demain cirer les babouches d’Ahmadinejad.

A propos des liens passés du Front National avec le régime de Saddam Hussein, lire le remarquable dossier du journal "l'Express".

Fin politique, le président du Front National a aussi intégré les mutations démographiques de la France, et la nécessité de "draguer" une partie des électeurs issus de l'immigration, excédés par l'insécurité des banlieues et ... probablement sensibles, hélas, à sa rhétorique anti-israélienne. A noter cette affiche de campagne de Le Pen, totalement inattendue mais qui semble marquer un tournant.

Combien symbolique apparait pour finir l'accueil chaleureux de Dieudonné à la fête des "Bleus-blancs-rouges ! Aux yeux des caméras, l'antisionisme militant était venu réconcilier, grâce à l'ex-amuseur public, les deux extrémismes de la politique - celui de l'extrême-gauche, qui refuse le droit à l'existence d'Israël, mais qui est prête à pactiser avec les pires fascistes islamistes toujours par haine des États-Unis ; et celui de l'extrême-droite la plus dure, qui n'arrive pas à digérer l'insupportable liberté retrouvée des Juifs, en tant que peuple vivant dans en État indépendant ! On lira à ce sujet la remarquable documentation sur Dieudonné et le FN publiée sur le très intéressant blog de Vinz, que j'ai dernièrement ajouté aux liens permanents.

Jean Corcos