30 avril 2006
Pour la Turquie dans l'Union Européenne : écoutez Semih Vaner sur le Web
Voici le podcast de mon émission avec Semih Vaner, diffusée le 23 octobre 2005.
Pour l'écouter appuyer sur le bouton "play" ci dessous ou téléchargez-le ici.

Semih Vaner est chercheur au CERI (Centre d'Etudes et de Recherches Internationales), expert de la Turquie et de l'Asie centrale. Cette émission est en quelque sorte la réponse à mon interview d'Alexandre Del Valle, mise en ligne dimanche dernier. Vous remarquerez que, face à ces deux invités, je joue un peu le rôle de "l'avocat du diable" en leur opposant la plupart des arguments critiques de leur propre thèse ... A noter aussi que j'ai évoqué avec Semih Vaner la montée de l'antisémitisme dans son pays d'origine, un sujet traité sur le blog il y a environ trois mois par Claudine Barouhiel dans son article sur les Juifs de Turquie.
Libellés : Podcast, Semih Vaner, Turquie, Union Européenne
27 avril 2006
Iran : les trois écoles

Je ne crois pas être le fils spirituel de Cadet Rousselle, regroupant tout mon univers mental par unités de trois ... La vérité est complexe, et mérite plus de trois interprétations. On dit souvent : « De deux chose l’une », pour s’apercevoir en cours de route qu’il y avait une ou plusieurs hypothèse oubliées au début du raisonnement, et même lorsqu’on les a énoncées, on n’est pas convaincu d’avoir épuisé le sujet. Si donc je propose trois écoles à propos de l’Iran, il s’agit de présenter trois analyses sur un point précis, sans prétendre à l’exhaustivité ni dire que je reprends l’une d’elle totalement à mon compte !
Kavéh Mohseni est un responsable de l’opposition iranienne à Paris, il tient un site de référence en lien permanent du blog, www.iran-resist.org. Je l’ai reçu le 12 février dernier, et il a été très clair : non, il n’y a pas plusieurs tendances au sein du pouvoir en Iran ; tous, les « modérés » comme Rafsandjani ou les « durs » comme Ahmadinejad, veulent la bombe et la destruction d’Israël ; il y a un jeu de rôle entre eux, le « président fou » a été élu à l’issue d’élections arrangées pour rompre les négociations avec les Européens et discuter directement avec les Américains ; « discuter », signifie juste leur faire accepter un nouvel Iran, puissance nucléaire « sanctuarisée » et chef de file du Monde musulman. Même si Ahmadinejad passe à la trappe du pouvoir, la course à la bombe continuera, mais de façon plus discrète. Les nuances ne s’appliquent pas non plus pour le clivage « Chiites-Sunnites », tous sont d’accord pour affronter l’Occident démocratique, pas par un conflit nucléaire (ils ne sont pas suicidaires), mais par une guerre d’usure terroriste. Et le peuple iranien dans tout cela ? Pour Kavéh Mohseni, la population n’est pas du tout d’accord, la misère dans laquelle vivent la majorité des gens leur fait détester un choix ruineux, mais on ne les entend pas à cause de la répression. Opposé à une intervention militaire, mon ami iranien soutient des sanctions - mais doute en même temps qu’elles marchent, convaincu aussi de la puissance du « lobby des mollah » jusqu’au sein des démocraties occidentales ... et il a donné les noms de complices français lors notre interview !
Alexandre Adler tient une rubrique de politique étrangère tous les jeudis dans « le Figaro ». Il a publié récemment « Rendez-vous avec l’Islam » (éditions Grasset), Islam avec un « I » majuscule pour désigner la civilisation - et non minuscule pour parler de la religion. En gros, il différencie deux populations au Moyen Orient, les Arabes, sunnites dans leur majorité et complètement dépassés par la modernité ; et « les autres », Turcs et Iraniens, puisant leurs identités dans des cultures différentes et dont les sociétés sont en voie d’occidentalisation malgré les apparences. Adler croit en une aspiration profonde du peuple iranien pour une société laïque, après avoir été dégoûté par l’expérience islamiste. Il pense aussi que les relais pour une transition pacifique, une « glasnost » à la Gorbatchev, existent au sommet de la République Islamiste. Il y aurait donc un vrai débat pour l’orientation du pays, et les provocations d’Ahmadinejad, son soutien ouvert au terrorisme, ses provocations antisémites et négationnistes, sont autant de moyens d’affirmer son courant (celui des « Gardiens de la Révolution ») contre celui des réformateurs. Le projet d’armement nucléaire est conçu avant tout comme un moyen de rompre le processus de rapprochement avec les Occidentaux. Mais le courant Rafsandjani, d’abord nationaliste iranien et profondément chiite, n’est pas du tout preneur d’une union sacrée avec les djihadistes sunnites - les mêmes qui, armés en sous-main par l’Arabie Saoudite, massacrent leurs frères en religion dans l’Irak voisin.
Antoine Sfeir a été enregistré dans les studios de Judaïques FM le 18 avril dernier, l’émission doit être diffusée le 7 mai. Nous n’avons pas parlé uniquement de l’Iran mais des Chiites en général ; et je dois dire que mon invité a bousculé plusieurs idées reçues, en révélant des perspectives rarement entendues ... Je vous laisse bien sûr découvrir l’intégralité de ses propos pour ceux qui seront à l’écoute, mais voici en primeur son analyse pour la « menace nucléaire ». Contrairement à Kavéh Mohséni et à Alexandre Adler, il pense que TOUS les Iraniens, islamistes ou opposants, pro ou anti-Ahmadinejad, souhaitent que leur pays possède l’arme atomique, et cela parce qu’ils se sentent menacés. Par Israël ou par les Etats-Unis ? Pas du tout. L’ennemi héréditaire, pour eux, ce sont ... les Sunnites, qui les encerclent de partout : dans le Monde arabe, à l’Ouest, en Afghanistan à l’Est ; et plus loin, dans le Pakistan qui est déjà une puissance nucléaire. Le Pakistan menaçant l’Iran ? Pourquoi pas si demain les Islamistes sunnites, fanatiques (qui font des attentats chez eux contre les mosquées chiites, on n’en parle pas assez, entre parenthèses), prennent le pouvoir à Islamabad. Mahmoud Ahmadinejad représente une tendance messianique du chiisme, la plus hostile aux Occidentaux, la même que celle de Faldlalah au Liban. Et Antoine Sfeir de reprendre à son compte une vraie lutte de pouvoir entre pro et anti-Occidentaux à Téhéran, en faisant le pari que les premiers auront le dessus - comme les Chiites, en général, sont en train de prendre le dessus sur les Sunnites au Moyen-Orient ; avec le soutien tacite des Américains, qui veulent « remodeler » la région !
Ainsi vont les interviews de ma série : les invités sont divers, et énoncent souvent des convictions opposées ; c’est ce qui fait la richesse du débat, car le but n’est pas de faire de la propagande, mais d’aider à réfléchir !
Libellés : Alexandre Adler, Antoine Sfeir, Emission, Géopolitique, Iran 2006, Kavéh Mohseni
25 avril 2006
Une colombe inquiétante ...
23 avril 2006
Philosophie de mort – un article percutant de Nazir Majali
C’est une philosophie de mort, qui préfère la mort à la vie. Une philosophie mensongère, qui prétend agir au nom de Dieu et de l’islam. Une philosophie raciste, qui est basé sur le principe cruel de tuer les Juifs parce qu’ils sont Juifs, philosophie qui a caractérisé des mouvements dans l’histoire parmi lesquels il n’est pas très honorable de figurer. C’est une philosophie de criminels de guerre, dont le but est de tuer des innocents marchant dans la rue ; des gens qui ont faim, et qui vont au restaurant profiter du fruit de leur dur labeur ; des femmes étrangères (1) qui sont venus travailler à des milliers de kilomètres de chez elles pour soutenir leur famille ; des vieilles personnes qui avaient décidé de quitter leur maison pour marcher un peu. Des gens que les tueurs ne connaissaient pas du tout, mais dont ils ont décidé de raccourcir la vie, alors qu’ils n’avaient rien fait de mal.
Et c’est une philosophie de lâche. Si quelqu’un veut combattre l’occupation, qu’il aille et attaque l’armée d’occupation, et pas des personnes innocentes dans la rue.
Du point de vue de la société palestinienne, c’est une philosophie d’auto-destruction. Ceux qui envoient des jeunes gens se faire sauter frappent leur propre peuple de plusieurs façons : ils tuent le jeune Palestinien lui-même et apportent le deuil à une famille dont l’univers a été dévasté. Et ce qui est dit à propos des mères palestiniennes - qu’elles glorifient les actes de leurs enfants suicidaires - est faux. Aucune mère ne veut que son fils meure (...) Ceux-là inculquent aux jeunes Palestiniens une culture de mort au lieu d’une culture de vie. Le résultat de cette éducation est moins d’espoir, moins d’investissement dans l’éducation, les activités culturelles et scientifiques ; plus de haine et moins d’amour.
C’est pourquoi chaque Palestinien patriote doit condamner cette attaque, et la voir comme une terreur anti-palestinienne (...). »
(1) Note du traducteur : deux Roumaines ont péri dans l’attentat. Elles étaient venues en Israël gagner de quoi payer les frais de santé de leurs familles. Des dizaines de travailleurs immigrés de toutes origines ont été assassinés lors des attentats terroristes palestiniens.
Libellés : Autres voix arabes, Israël, Nazir Majali, Terrorisme 2006
Contre la Turquie dans l'Union Européenne : écoutez Alexandre Del Valle sur le Web
Voici le podcast de mon émission avec Alexandre Del Valle, diffusée le 8 mai 2005
Pour l'écouter appuyer sur le bouton "play" ci dessous ou téléchargez-le ici.

Le débat passionné sur l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne n'est plus vraiment d'actualité ... risques de guerre avec l'Iran, montée en puissance des Frères musulmans au Proche-Orient, flambée sur les cours du pétrole, tous ces évènements occupent le devant des nouvelles. Depuis un an aussi, le projet européen semble "plombé" pour un moment ; "non" français et hollandais au référendum sur le projet de Constitution, faiblesse économique de la "locomotive" franco-allemande, ralentissement de la croissance dans la zone Euro, tout cela ne plaide pas vraiment pour l'élargissement. Mais ce n'est pas non plus une raison pour oublier la Turquie. Les bouleversements dans son voisinage risquent de l'affecter, pour le pire. Et les deux théories pour l'Europe se défendent toujours : la faire entrer, pour éviter la contagion islamiste ; la garder dehors, comme si elle était déjà malade ... J'ai tenu, par souci d'équilibre, à faire entendre aux auditeurs de Judaïques FM deux points de vue radicalement opposés (voir article sur le blog). Voici la première interview avec un farouche opposant à l'adhésion de la Turquie, Alexandre Del Valle, expert en géopolitique. Dans une semaine, je mettrai en ligne mon entretien avec un avocat de cette adhésion, Semih Vaner ... Bonne écoute !
Libellés : Alexandre Del Valle, Podcast, Turquie, Union Européenne
21 avril 2006
La vague islamiste : triomphe ou défaite de la démocratie ? Une tribune libre de Pierre Vermeren
Gilles Kepel a dit l’échec de l’islamisme révolutionnaire dans le monde sunnite. Effrayée par la violence en Algérie ou en Égypte, la bourgeoisie du bazar et les classes moyennes auraient rompu leur alliance avec les théoriciens de l’islamisme révolutionnaire et la jeunesse déshéritée. Pourtant, la démocratisation « au forceps » engagée par les Etats-Unis met à jour la puissance des partis islamistes. Est-ce à dire que la révolution avortée de l’islamisme s’est convertie sine die en participation électorale, et que les urnes sont devenues le fourrier de ce même islamisme ? Telle est la crainte des opinions et des dirigeants occidentaux.
On dit les Américains stupéfaits. Les États arabes et leurs amis européens y voient la confirmation de leurs appréhensions : seul l’autoritarisme écarte les islamistes du pouvoir. Les démocrates européens sont consternés. Les minorités chrétiennes, berbères et kurdes du monde arabe cherchent à sauver leurs libertés. Que dire du Cheikh Yassine, leader historique des islamistes marocains, qui prône depuis des décennies la non-violence, persuadé que le pouvoir tombera comme un fruit mûr dans les mains islamistes ? Faut-il dénoncer « l’horreur démocratique » ?
La vague électorale récente ou à venir dévoile la scène politique arabe. Pour qui a vécu et s’intéresse à la rive sud de la Méditerranée, les évènements en cours sont un aggiornamento de la scène politique arabe. « Le tremblement de terre » était annoncé de longue date. La puissance de l’idéologie salafiste est telle, dans l’opinion publique, que sa libre expression porte au pouvoir des formations islamistes.
Trop longtemps, les Européens de l’Ouest ont regardé la scène politique arabe avec des lunettes roses. Les élites arabes formées sous la colonisation parlaient le langage du colonisateur. Parvenues au pouvoir d’État dans les années cinquante, elles ont éduqué leurs fils à leur image. Nasser et ses officiers libres placent leurs enfants dans les écoles catholiques du Caire ! Des élites acculturées ont pris le pouvoir des nouveaux États. Le nationalisme arabe, dans sa version baasiste élaborée par des chrétiens syro-libanais, habille l’autoritarisme de la langue de l’Occident. Dans la grande famille nationaliste arabe, on trouve alors des socialistes, des syndicalistes, des communistes, une jeunesse en lutte à la mode de 68, des libéraux, des « laïcs », des républicains. Dans les années quatre-vingt, on veut voir dans les islamistes des « démocrates-musulmans », puis dans les années 1990 se créent des « partis écologistes » !
Que reste-t-il de cette foire aux idéologies occidentales, qui, en dehors de grandes villes industrielles comme Casablanca, Alger ou Alexandrie, ont rarement dépassé le cercle des bourgeoisies dirigeantes ? Peu de choses. Plusieurs décennies d’exode rural, de faillite économique et de frustrations contenues aidant, la « rue arabe », longtemps contrainte au silence, s’exprime. Les élections générales, libres comme en Palestine, ou semi - libres comme en Égypte ou au Maroc, dévoilent une nouvelle scène politique. Que dit ce dévoilement ?
D’abord l’importance de l’islamisme, nébuleuse de partis, d’organisations politico-religieuses et caritatives dans lesquelles se retrouvent classes moyennes et populaires urbaines, assez proches au demeurant. Cette mouvance représente-t-elle le quart ou la moitié des électeurs ? Qu’importe, puisqu’elle est la première force politique. Nationaliste et religieuse, elle prône le respect de la charia (« Dieu est le chemin »), mais aussi des valeurs religieuses d’honnêteté, de respect de la justice et de solidarité. Au plan national, elle pourfend la corruption, la misère et l’ostentation des richesses. Au plan international, elle pourfend « l’Occident impie », Israël et l’Amérique.
Une seule force lui fait face, le nationalisme arabo-musulman, dans la version militaire algérienne, militante palestinienne, monarchiste marocaine, nassérienne en Égypte, baasiste en Syrie, saddamiste à Bagdad. Les appareils d’États arabes ont de longue date perçu la menace islamiste. Après avoir détruit les organisations socialistes durant les années 1960-70, ils se sont convertis à une vision musulmane de la société. La place croissante de la jeunesse populaire, urbaine et étudiante, de formation musulmane conservatrice, a déplacé le centre de gravité politique de ces sociétés. Pour gagner les faveurs de ces clientèles, les États se sont mis à réprimer les déviances, à assurer le respect des interdits alimentaires, à tolérer le hijab, à instrumentaliser le sionisme, voire à appliquer la charia. Cette surenchère a conforté les islamistes sans permettre de les réduire, conduisant à l’isolement et au discrédit des démocrates, des intellectuels, des non-conformistes et autres républicains.
Le malheur économique arabe a fait le reste. L’humiliation face à l’opulence de l’Europe, les carences du développement, la corruption et la violence des États, l’insouciance des bourgeoisies, l’impuissance face au sort des Palestiniens, la trahison des promesses de l’indépendance, la déprise des valeurs communautaires de l’Islam, l’émancipation des femmes, la réception par satellite des images de l’Occident, des décennies d’État de siège en Syrie, en Égypte, en Algérie, en Irak, en Palestine, ont désintégré la scène politique arabe. Le pluralisme politique égyptien ou marocain a été vidé de sa substance. Islamistes et nationalistes - conservateurs sont devenus les deux grandes forces politiques de la région. Les démocrates existent, mais leurs relais politiques sont étroits.
Dans ces conditions, faut-il continuer de faire semblant ? Faut-il refuser les élections et attendre que les électeurs soient convertis à la social-démocratie ? Ou faut-il innover ? Islamistes turcs et communistes polonais se sont convertis à l’alternance démocratique. Le Fatah de Y. Arafat, qui voulait éradiquer Israël, est devenu une force de négociation. Est-ce à dire que l’accession inexorable de gouvernements islamistes au Sud de la Méditerranée sera une promenade démocratique ? Il est à craindre que non. Les tensions au sein des sociétés musulmanes (avec les femmes ou les minorités) et avec les partenaires européens, risquent de croître. Les armées, maintenues d’une main de fer à l’écart de la « contamination islamiste », seront-elles un pôle de stabilité ? L’enjeu réside dans le respect des échéances électorales et le maintien des alternances, car ce qu’un gouvernement a fait, le suivant peut le défaire.
La puissance financière, économique et contributive de l’Europe est telle, dans cette région, que sa marge de manoeuvre est considérable. À charge pour elle de négocier et d’influer ces nouveaux partenaires, qui ne sont plus à notre image, mais à la leur. Il faut compter sur l’irrépressible désir de liberté et d’émancipation de la jeunesse méditerranéenne, notamment des femmes, pour que l’avenir réserve des surprises.
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Libellés : Hamas 2006, Islamisme, Monde arabe, Pierre Vermeren, Tribune libre
20 avril 2006
Boutef, le retour
Langue de bois sauce piquante
Nouvelle du jour, le président algérien, familièrement surnommé « Boutef » par ses compatriotes, est de retour en France pour un « suivi médical » (voir l'article sur le site du Nouvel Obs). Comme au mois de décembre dernier, il sera soigné avec tous les égards du à son rang à l’hôpital du Val de Grâce. Toujours pour un mal mystérieux dont on ne nous dit rien. Et question confidentialité, on peut faire confiance aux services de santé des Armées pour délivrer les communiqués les plus insipides ... près de dix huit mois après, nous ne savons toujours pas, par exemple, de quoi est mort Yasser Arafat en novembre 2004 !
Les Français ont-ils bien entendu en quels termes cet hôte illustre a parlé de leur pays il y a quelques jours ? Voici ses propos : «La colonisation a réalisé un génocide de notre identité, de notre histoire, de notre langue, de nos traditions [...] Nous ne savons plus si nous sommes des Berbères, des Arabes, des Européens ou des Français.» Le « génocide », une idée fixe pour Bouteflika. Déjà auteur d’une comparaison douteuse entre les massacres de Sétif (où effectivement furent utilisés des fours à chaux pour brûler les corps des victimes de la répression du 8 mai 1945) et les crématoires de la Shoah, il vient d’envoyer à Téhéran le Président de son Assemblée Nationale à un sommet mondial voué à la destruction d’Israël (lire l'article sur proche-orient.info) ... Négationnistes et voleurs de mémoire, unissez-vous !
Mais pour en revenir à la diatribe de Boutef, on ne peut rêver meilleur exemple de mauvaise foi. Car si l’identité algérienne se cherche, à qui la faute ? Qui, sinon le FLN dont le jeune Bouteflika fut très tôt un bouillant ministre des affaires étrangères, a décidé d’éradiquer la personnalité berbère du pays ? Relire à ce sujet dans « La gangrène et l’oubli » l’analyse lucide de Benjamin Stora , qui fut mon invité en janvier 2005. Ou relire le témoignage de Lucien Samir Arezki Oulahbib, lui aussi reçu par « Rencontre » à propos du livre « A l’ombre de l’islam, minorités et minorisés » : oui il y a eu un passé non arabe et non musulman de l’Algérie, et le colonialisme n’y est pour rien ! Quand à la question : « nous ne savons plus si nous sommes des Européens ou des Français », seule une jeunesse affamée prête à fuir sa terre natale peut se la poser ... mais si toute cette aigreur était (aussi) une façon bien grossière de faire un chantage aux visas ? C’est l’hypothèse que propose Emmanuel dans le blog « Politique arabe de la France » !
Libellés : Algérie, Bouteflika, Fracture coloniale, Langue de bois sauce piquante
17 avril 2006
Tsahal, une armée terroriste ? Quand le journal « Le Monde » dérape à nouveau, par Isabelle Rose
Après l'attentat de Tel Aviv, photo Reuters, 17 avril 2006----------------------------------------------------------------------------------------
Tribune Libre
La seconde affirmation explique qu’il faut distinguer entre les combattants - peut être coupables - et les civils, par nature innocents. Là où la troisième affirmation nous explique en même temps que la continuation de la lutte armée - le programme du Hamas - a été sanctionnée par des élections populaires et souveraines. Qu’est-ce que cela veut dire en clair ? Les combattants sont appuyés par la majorité de la population dont ils sont le bras armé.
Cette conclusion est inacceptable pour un Européen ou plus généralement pour un Chrétien qui ne reconnaissent pas de responsabilité collective mais seulement une responsabilité individuelle, directe, active. L’idée qu’un peuple - ou qu’une collectivité - puisse errer nous est devenue étrangère. Et celui qui oserait affirmer une pareille chose serait mis au banc de la bonne société : une telle personne serait raciste, schématique, sans nuances, extrémiste, bornée. Pourtant - et cela, notre histoire aurait du nous l’apprendre - de telles choses peuvent arriver : il arrive, par un enchaînement de causes et de circonstances parfaitement intelligibles, en tous les cas pour un historien ou un psychanalyste, qu’un peuple se rende coupable d’un point de vue moral et politique. Pour finir sur ce premier point : si c’est la souveraineté populaire qui a choisi la voix du Hamas, alors nul n’est innocent. La continuation de la lutte armée a été sanctionnée démocratiquement par le choix des électeurs palestiniens : tout le monde est embarqué - et d’une manière volontaire. Ce qui ne signifie pas bien sûr qu’il « mérite » d’être tué, mais à tout le moins cela permet de limiter le sentiment de culpabilité - exactement comme le ressentaient les peuples des nations alliés face aux populations allemandes, alors que, contrairement à Tsahal, l’aviation alliée se rendait nuit après nuit coupable de crimes de guerre.
L’objectif de la propagande palestinienne aura été, entre autre, de vider les mots de leur signification : ce n’est pas seulement les hommes, les femmes, ou parfois même les enfants qui seront devenus des bombes, mais aussi la parole. Parler, c’est avancer en terrain miné : les journalistes le savent qui réfugient leur neutralité derrière des guillemets. Tsipi Livni, Ministre des Affaires Etrangères israéliennes, vient de jeter un pavé dans la marre - ou une perche, selon la manière dont on le recevra. Interviewée par CBS, elle vient de faire une distinction capitale, qui va au rebours des confusions cultivées par les Palestiniens mais plus généralement les Arabes : elle a en effet expliqué qu’un Palestinien qui s’attaque à un soldat est un ennemi - et doit être traité comme tel. En revanche, il n’est pas un terroriste : le mot « terroriste » doit être réservé aux attaques qui visent des civils. La distinction a fait scandale en Israël : elle semble encourager les attaques qui prennent pour cibles des militaires. Et l’on peut en effet s’attendre à quelque chose de ce goût là. Mais si l’on met de côté la réaction émotionnelle, la distinction est parfaitement légitime : de la même manière que l’on ne traitera pas de la même manière un combattant palestinien actif, et ses soutiens civils plus ou moins passifs, l’attaque contre des civils n’a pas la même signification que celle contre des soldats : comme l’expliquait Madame Livni, il faut distinguer terroriste et ennemi. Cette distinction, qui pourrait sembler n’être qu’une affaire de mots, est remarquable en ce qu’elle traduit un choix de civilisation : contrairement aux Palestiniens qui embrigadent - par la peur, par la force, par l’éducation, par la religion, par l’argent - la totalité de la population, utilisée au moins comme bouclier, de telle sorte que l’on ne puisse plus distinguer civil et combattant (c’est cela qui avait été fait au Liban), Israël est une société équilibrée qui ne mélange pas le civil et le militaire. Sans doute cela tient-il aussi à la religion, quand on sait que pour l’islam sous sa forme intégriste, tout Musulman est un soldat et un combattant, de la même manière que tout non-musulman est un ennemi qui doit être sinon exterminé du moins assujetti : seule la « Oumma » - et sous sa forme combattante - est la référence.
Mais en faisant cette distinction terroriste/ennemi, Madame Livni donne ainsi la possibilité de mettre aux points de nouveaux instruments juridiques : que le terrorisme devienne un « crime contre l’humanité » ; que toute organisation qui prône l’attaque contre des civils soit qualifiée de terroriste et jugée à La Haye ; que tout Etat qui affiche de telles positions soit mis au banc des Nations. Il n’existe pas de solution parfaite. Il y a un prix pour tout - et il est toujours très cher : Madame Livni semble avoir pointé du doigt - pour les désigner aux Palestiniens - les soldats de l’armée israélienne. Mais si cette distinction peut déboucher sur une nouvelle législation internationale, alors nous pourrons dire qu’elle n’était pas tout à fait mauvaise.
La philosophie, parce qu’elle prend pour matière et pour outil la parole, peut sembler impuissante, vaine, inconsistante. Mais c’est vite oublier deux choses : les mots sont une arme efficace qui donne - ou qui retire - un pouvoir sur les choses ; si tout est conflits, rapports de force, tentatives de destruction, la réalité qui se construit - ou se dissout - est l’oeuvre de la parole : c’est pourquoi le terrain du mot ne doit pas être abandonné au mensonge et au silence.
Isabelle Rose
Jérusalem, le 15 Avril 2006.
[1] Nous ne reviendrons pas sur la sempiternelle comparaison entre les Israéliens et les Palestiniens, qui vise à les renvoyer dos à dos, de manière à tout confondre. Juste deux choses : il n’est pas dit que les « armes de fortune » des Palestiniens soient moins efficaces que les techniques conventionnelles de combat qu’elles rendent non-opératoires ; il suffit de voir ce qui se passe en Irak. La grande différence entre Israël et les Palestiniens, est que les derniers prennent délibérément pour cibles des civils - ils reçoivent pour cela, eux et leurs familles, de l’argent et sont encouragés à continuer. Beaucoup de choses ont déjà été dites sur l’absurdité des comparaisons - aucun argument rationnel ne triomphera jamais de la mauvaise foi érigée en système.
Libellés : Isabelle-Yaël Rose 2006, Israël, Le Monde, Politiquement correct français 2006, Tel Aviv, Terrorisme 2006
16 avril 2006
Les jeunes d'origine africaine en France, analyse d'un malaise : Diagne Chanel sera notre invitée le 23 avril
Libellés : Antisémitisme 2006, Emeutes, Jeunes d'origine africaine, Racisme
15 avril 2006
Darfour, Tchad ... les guerres oubliées
Ce sont des guerres qui n’intéressent guère les journalistes contrairement à l’éternel conflit « de basse intensité » entre Israël et les Palestiniens. Il est vrai que les contrées africaines sont peu accueillantes, et que la presse est carrément refoulée des zones de combats par le gouvernement de Khartoum ; il est vrai aussi que les guerres « Sud - Sud » parlent moins aux moralisateurs professionnels, pour qui tout est de la faute de l’Occident ; et qu’une guerre entre Musulmans est totalement incompréhensible alors que l’on n’en finit pas de disserter à propos du « choc des civilisations » !
Rappelons que « Rencontre » avait quand même consacré le 13 février 2005 une émission au conflit oublié du Darfour (cliquer ici) ; et qu’avec nos invités spécialistes de l’Afrique, Josée Tubiana et son fils Jérôme, avait été aussi évoqué le Tchad voisin ; Tchad où ont afflué des centaines de milliers de réfugiés, l’ethnie Zingawa d’une partie des révoltés soudanais étant la même que celle du président tchadien Idriss Deby, qui lui-même vient de mater cette semaine une rébellion ... télécommandée depuis Khartoum (voir ici en lien un article très complet sur « la bataille de N’djaména du site www.ialtchad.com).
Cette région s’est aussi rappelée à mon souvenir car, signataire il y a deux ans d’un premier appel du « Collectif Urgence Darfour », je viens de recevoir un communiqué de presse de leur part. C’est avec plaisir que je le publie sur le blog !
Communiqué de presse du « Collectif Urgence Darfour »
"Arrêter les massacres au Darfour ! Le Collectif Urgence Darfour s'élève contre l'inaction du Conseil de sécurité de l’ONU face au drame des populations du Darfour.
En trois ans : 300 000 habitants de Darfour, sont morts, tous membres des ethnies noires de cultivateurs ; plus de 2 millions de personnes ont été chassées de leurs terres et 80 % des villages on été détruits.
Ces attaques se sont mêmes étendues au Tchad où sont réfugiés plus de 220 000 habitants du Darfour. Dans les camps et les villages, les milices Janjawid appuyées par les forces soudanaises poursuivent attaques contre les civils, viols et assassinats. Des centaines de milliers de personnes restent sans nourriture, sans eau et sans protection. Il s'agit de crimes contre l'humanité, il s'agit de l'épuration ethnique des tribus africaines "non arabes" du Darfour, il s'agit d'un génocide dont on tait le nom !
La force de 7000 hommes de l'Union Africaine, très insuffisante dans ce territoire grand comme la France, se heurte à l'obstruction systématique du gouvernement soudanais. Sous la pression, l'Union Africaine recule et soumet l'arrivée des casques bleus à l'autorisation soudanaise. L'ONU constate la gravité de la crise mais reste paralysée. En dépit de l'appel lancé par "Human Rights Watch" et 14 organisations arabes de défense des droits de l'homme, le Sommet de la Ligue Arabe vient de s'aligner sur le gouvernement de Khartoum pour refuser toute intervention de l'ONU. La prévention du génocide est de la responsabilité de la communauté internationale ! A quelques jours des commémorations du génocide des Tutsis du Rwanda, nous refusons d'être complices de la destruction des populations noires du Darfour.
Le collectif Urgence Darfour France exige : le renfort des troupes de l’Union Africaine par les casques bleus de l’ONU ; le désarmement des Janjawid et l'arrêt immédiat des exactions, crimes et massacres racistes ; l’arrestation et le jugement des responsables des crimes de guerre et crimes contre l'Humanité ; la liberté d’accès des humanitaires et journalistes. "
Libellés : Darfour, Guerres oubliés, Tchad
12 avril 2006
Bonnes fêtes !
Ce mercredi soir débutent dans toutes les communautés juives les fêtes de Pessah, improprement nommées en terre chrétienne la « Pâque Juive » car elle tombe souvent à la même période. Cette fête, qui dure 8 jours dans la Diaspora et une semaine en Eretz Israël, est un des moments forts du calendrier religieux. Les deux premiers soirs, on lit la Haggadah, récit de la sortie d’Egypte par les Hébreux. Et je ne peux que renvoyer nos lecteurs de toutes origines à la page concernée du site Modia pour qu’ils en sachent plus (cliquer ici).
Bonnes fêtes à tous, donc, bonne fêtes de Pâques pour nos amis chrétiens, bonnes fêtes de Pessah à nos lecteurs de la communauté, et amitiés à tous nos auditeurs !
10 avril 2006
Numéro 10.000 !

Magnum de champagne
Site d'origine : cliquer ici
Cela devient une tradition qu'ont du relever les lecteurs fidèles du blog ... à chaque fois que le total de visites atteint un chiffre rond, une bouteille (virtuelle) de champagne est débouchée, et je regrette sincèrement de ne pas la partager avec les milliers de lecteurs ! Pour être précis, donc, le 10.000 ème visiteur s'est connecté depuis Bâle, en Suisse, le 9 avril à 12h14, et il est venu sur le site en ayant tapé sur le moteur de recherche Google : "Wafa Sultan interview complète" ; la référence du blog était donnée sur la première page, en quatrième position. Le total de pages correspondant à cette visite était de 15.847. Mon pari d'atteindre ce score de 10.000 en moins d'un an est donc réussi ; et, constante remarquable, que je commence à interpréter et dont je vous parlerai plus tard, le ratio moyen pages visitées / visites reste - sans évolution depuis plusieurs mois -, compris entre 1,5 et 1,7.
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Petit rappel, enfin : le compteur "sitemeter" a été mis en service le 5 mai 2005, le millième visiteur enregistré début septembre, et le cinq millième fin janvier. On peut donc dire, grosso modo, que si le démarrage a été un peu long, l'audimat a ensuite grimpé à l'automne, pour rester en gros stable depuis avec selon les semaines, un nombre de "hits" quotidiens variant de 40 à 50, avec deux mois "pics" (novembre avec les émeutes de banlieue et février avec le meurtre d'Ilan Halimi). C'est beaucoup pour un "blog perso", si l'on songe aux dizaines de millions de sites enregistrés par technorati, la référence en la matière ; c'est encore infime par rapport aux blogs "faiseurs d'opinion", qui commencent à s'imposer avec leurs centaines ou milliers de visiteurs quotidiens. A moi d'améliorer le contenu, et d'élargir encore les liens avec les autres acteurs de la blogosphère. Et à vous, si vous en avez la gentillesse et si cette série vous intéresse, de la faire connaitre autour de vous en diffusant l'adresse (www.rencontrejfm.blogspot.com), ou en envoyant à des amis les articles qui vous auront le plus intéressés (cliquer sur la petite enveloppe sous chaque post).
Libellés : Actualité du blog 2006
09 avril 2006
Représentations de Mahomet : nous en avions parlé déjà en 2002 avec le dramaturge algérien Slimane Benaïssa

Le dramaturge algérien
Slimane Benaïssa
Photo tirée du site www.fsu.edu/
(site de l'université d'état de Floride)
Vous-vous référez à la religion, et j’aimerais justement que l’on parle des relations qui existent entre l’islam et le monde dans le cadre de votre pièce « prophète sans Dieu ». Cette pièce que je trouve très originale est écrite autours de trois personnages : Moïse, Jésus, et l’auteur de la pièce, autrement dit vous même, où vous représentez la communauté musulmane mais pas Mahomet. Dans votre pièce, Jésus en s’adressant aux deux autres personnages dit : « Que quelqu’un vienne, ou sinon je m’en vais » et Moïse lui répond : »Tu ne te rends pas compte des risques que cela comporte. Si tu fais incarner Mahomet par un acteur, on aura quinze mille fatwas sur le dos ». Vous synthétisez dans cette pièce l’essence des trois religions abrahamiques : Moïse dit : « Moi, je suis le premier », Jésus dit : « Moi, je suis l’unique », l’auteur dit : « nous, les musulmans portons le dernier message révélé ».
Mais finalement, est-ce que si on a tant de mal à comprendre l’islam, ce n’est pas parce il n’ y a pas eu cet effort d’interprétation, et que « l’Ijtihad », le renouvellement de la pensée, le commentaire, est finalement en panne depuis plus de mille ans ?
Slimane Benaïssa :
Exactement, nous sommes encore au même stade qu’il y a deux siècles, dans la lecture du Coran. Je crois que l’héritage religieux que nous passons de génération en génération doit permettre une évolution de la religion. Parce que la religion a permis à l’homme d’avoir une expérience et que grâce à cette expérience, il élève son niveau culturel. Au final, avec l’élévation de son niveau culturel, l’homme investit et comprend la religion autrement.
Ce lien n’existe pas, et cette relecture permanente du Coran qui favorise l’ouverture des esprits n’est pas mise en pratique dans le monde musulman. Alors lorsque l’on ferme le livre et que l’on dit qu’il possède des significations codifiées qui sont celles-ci, c’est fini : l’esprit ne peut plus s’ouvrir. Alors que l’esprit doit s’exercer toujours sur la parole des prophètes inscrite dans les textes sacrés parce qu’elle porte le message de Dieu.
Libellés : Caricatures de Mahomet, Extrait d'émission, Slimane Benaïssa
05 avril 2006
Enfants musulmans réfugiés, frères et soeurs en Humanité
Libellés : Dialogue interreligieux, Emile Moatti, Indonésie, Pakistan, Soka Gakkai, UNHCR
04 avril 2006
Florence, François, Florian et les autres ...
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Mais revenons à la question que j’ai eu la chance de pouvoir lui poser ... « Rencontre » a eu des invités prestigieux, mais jamais encore de personnalités politiques de ce niveau, il fallait donc en profiter même si ce n’était pas à la radio ! Il m’a semblé plus intéressant d’évoquer notre pays et l’actualité brûlante - la crise sociale due au projet du CPE et la révolte d’une grande partie de la jeunesse ; mais en lui posant une question qui - langue de bois oblige - est très rarement évoquée dans les innombrables débats à la radio et à la télé. Je ne l’avais pas écrite, en voilà en gros la teneur : « Et si le chômage des jeunes diplômés était d’abord lié au fait que leur formation ne répondait pas aux besoins de la France ? Que pensez-vous quand vous entendez qu’il y a une Université où quinze mille étudiants en lettres et sciences humaines sont en grève, vous croyez vraiment qu’ils vont trouver un travail intéressant, CPE ou pas ? Nous manquons d’infirmières, de médecins, d’informaticiens, on doit en importer de l’étranger. Mais certains professeurs d’université - qui sont le plus souvent des sympathisants de la gauche - continuent de patronner des thèses de doctorat qui ne servent à rien ... ».
Et bien, je dois reconnaître que François Hollande m’a étonné par la clarté et l’honnêteté de sa réponse.
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Dans la même veine d’une gauche qui peut être lucide une fois débarrassée du « politiquement correct », cet article publié dans « Libération » du 4 avril sous la plume de ... Florence Aubenas (voir article sur le blog) ! Son titre : « Le bac en 1999, quelle vie en 2006 ? ». Elle retrace le parcours d’une dizaine d’ex-bacheliers du lycée Thiers de Marseille, un excellent établissement, fréquenté en majorité par des enfants d’origine non défavorisée ; et raconte comment le paradis de l’enseignement supérieur à la française, celui des études que l’on peut choisir en toute liberté et gratis - tant que les parents peuvent héberger leurs enfants et les impôts peuvent financer le gâchis - comment donc ce paradis de post-soixante-huitards (qui veulent changer le reste de Monde mais surtout pas se remettre en question), va aboutir à des galères. Extrait :
« Dans les dernières années scolaires, la classe a défilé dans le bureau de la conseillère d'orientation. A chacun, elle posait une seule question : «Il faut être heureux. Qu'est-ce que tu préfères ?» Suivant la réponse, elle regardait dans un grand classeur quelle formation suivre pour le bonheur (...)
«On nous avait donné à tous le même mode d'emploi : les études comme une évidence et une assurance contre tout.» Après le bac, Florian n'a pas de projet à long terme. Il s'inscrit en Histoire, à Marseille. «Par luxe, et sans me poser la question une seconde.» Les années s'enchaînent. Deug, licence, maîtrise. Florian a l'impression que le passage des examens n'ouvre aucune nouvelle porte. Au contraire, il en ferme. Dans les amphis, les profs répètent à présent : «Histoire, c'est devenu plus difficile que médecine. Vous ne serez pas plus de 10 % à arriver au bout. Et de toute façon, si vous n'êtes pas enseignant, vous ne gagnerez pas votre vie.» Dans la famille de Florian, père médecin, mère orthophoniste, on pratique l'escalade. «Le plus dur a été de m'avouer que je voulais en faire mon travail. J'ai trouvé ça dix fois plus qualifiant que mon diplôme d'Histoire.» Florian se souvient de la réflexion de son père quand il a été reçu à l'examen d'escalade. «De toute manière, tu as fait Histoire. Les clients verront bien que tu n'es pas qu'un simple prof de sport.»
Florence, François, Florian ... et les autres, rassurez-vous, je vais arrêter là ce petit article qui n’a pas beaucoup de rapport avec mon émission. Si, un petit peu, quand je pense à un dernier personnage : « Jean », celui qui va signer. Celui-là était brillant en Français, en Histoire, il aurait aimé, lui aussi, avoir la carrière de certains journalistes ou écrivains interviewés à mon émission. Mais il a choisi, il y a presque quarante ans, des études scientifiques, un diplôme d’ingénieur, et l’assurance d’un travail correctement rémunéré - réservant pour ses « loisirs » ses passions adolescentes. Et c’est pourquoi il achève ce « post » sur son micro, à 23 heures 25 !
Libellés : CRIF, Education Nationale, Elections présidentielles, Florence Aubenas, François Hollande, Reportage
03 avril 2006
Gérard Akoun sur Judaïques FM, le 16 mars : non à la banalisation du martyre d’Ilan Halimi !
Gérard Akoun, qui dirige notre antenne avec Wladimir et Iris Spiro et tient une chronique tous les jeudis matin, a tenu à dénoncer les tentatives de banalisation de ce crime, et à en démontrer la mauvaise foi. Voici son billet.
Que répondre à cela, que chaque fois que des hommes ont voulu humilier, détruire d’autres hommes, ils leurs d’abord déniaient cette qualité d’humain : souvenez vous de la controverse de Valladolid, pour savoir si les indiens avaient une âme, s’ils en avaient une, c’était pour le moins gênant, de les traiter en bête de somme ! Quant aux nazis, la déshumanisation était la première étape vers l’extermination.
Oui, un acte barbare reste un acte barbare dont la gravité identique quelque soit celui qui en est victime : juif, chrétien, musulman, bouddhiste ou agnostique.
Oui, nous souhaiterons que l’on dise, quelle que soit la victime, qu’elle est d’abord française et que la République est en deuil parce qu’un français a été torturé ignominieusement, assassiné par des barbares.
Mais, force est de constater, que ses assassins, ne se sont pas attaqués à un français lambda : sur six tentatives d’enlèvement, quatre des victimes étaient juives, une proportion de 70% ? Parce que les juifs ont de l’argent ou comme on dit en banlieue « de la cliquaille ». Un préjugé nous dira t’on vieux de plusieurs siècles, qui ne suffit pas à établir le caractère antisémite même s’il est accompagné de violences. L’antisémitisme a un sens et un but déterminé : isoler le juif, et lui refuser l’égalité des droits et le respect de sa singularité. Evidemment, ce qui se passe aujourd’hui, n’a rien à voir avec cette définition, heureusement !mais faire ce constat ne suffit plus ; il faut sans doute définir autrement, ce qu’est la haine du juif ou la jalousie à l’égard du juif, chez une certaine partie de la population issue des banlieues, et soumise au discours islamiste, une petite minorité sans doute, mais à forte capacité de nuisance, quand, de plus, elle bénéficie de complicités passives.
Comment qualifier le phénomène, quand un juif est ou peut être agressé, parce qu’il porte une kippa, quand un juif est ou peut être aggressé , insulté, au sortir d’une synagogue ; quand un juif est ou peut être agressé, insulté, parce qu’il sort d’une école juive ; ce n’est pas en tant que français , ce qu’il est par ailleurs, qu’il subit ces agressions ; c’est en tant que Juif.
Il est peut être temps, de ne plus se raccrocher aux anciennes définitions, l’antisémitisme classique d’extrême droite perdure, c’est évident mais il est moins dangereux, car il ne bénéficie pas du soutien de l’état ou de sa complicité, bien au contraire ! Par contre, il nous faut trouver de nouveaux moyens de lutte, pour stopper cette peste qui n’est pas brune, elle est déstabilisante pour les juifs, mais il ne faut pas s’y tromper elle sera déstabilisante à terme , pour d’autres et pour la République elle-même."
Libellés : Gérard Akoun, Ilan Halimi
02 avril 2006
Amitié judéo-musulmane de France : Djelloul Seddiki et le Rabbin Michel Serfaty seront mes invités le 9 avril
L’émission a été enregistrée le 29 mars, et je vous laisse la découvrir. Juste un mot : ceux qui suivent « Rencontre » régulièrement savent que ce n’est pas une série « à l’eau de rose », et mes deux interlocuteurs, qui se sont lancés dans une bien courageuse entreprise, n’ont dissimulé ni les murs d’incompréhension à surmonter, ni la triste réalité de la situation avec en particulier les agressions antisémites dans certaines banlieues. Mais en même temps, et ils l’ont dit avec force, cette situation est d’abord celle d’un pays en crise, et l’éducation nationale ne doit plus fuir ses responsabilités.
Libellés : Amitié Judéo-Musulmane de France, Djelloul Seddiki, Rabbin Michel Serfaty
01 avril 2006
La haine islamiste sur Internet : un entretien à écouter d'urgence !
Voici le podcast de mon émission avec Richard Odier, diffusée le 27 février 2005, et rediffusé le 31 juillet dernier.
Pour l'écouter appuyer sur le bouton "play" ci dessous ou téléchargez-le ici.

Libellés : Internet, Islamisme, Podcast, Richard Odier, Terrorisme 2006















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