Notre radio

Notre radio

30 avril 2006

Pour la Turquie dans l'Union Européenne : écoutez Semih Vaner sur le Web

Voici le podcast de mon émission avec Semih Vaner, diffusée le 23 octobre 2005.

Pour l'écouter appuyer sur le bouton "play" ci dessous ou téléchargez-le ici.


data="http://orient-express.typepad.com/podcast/dewplayer.swf?
son=http://orient-express.typepad.com/podcast/SemihVANER.mp3"



Podcast-logo2

Semih Vaner est chercheur au CERI (Centre d'Etudes et de Recherches Internationales), expert de la Turquie et de l'Asie centrale. Cette émission est en quelque sorte la réponse à mon interview d'Alexandre Del Valle, mise en ligne dimanche dernier. Vous remarquerez que, face à ces deux invités, je joue un peu le rôle de "l'avocat du diable" en leur opposant la plupart des arguments critiques de leur propre thèse ... A noter aussi que j'ai évoqué avec Semih Vaner la montée de l'antisémitisme dans son pays d'origine, un sujet traité sur le blog il y a environ trois mois par Claudine Barouhiel dans son article sur les Juifs de Turquie.

J.C

27 avril 2006

Iran : les trois écoles


Je ne crois pas être le fils spirituel de Cadet Rousselle, regroupant tout mon univers mental par unités de trois ... La vérité est complexe, et mérite plus de trois interprétations. On dit souvent : « De deux chose l’une », pour s’apercevoir en cours de route qu’il y avait une ou plusieurs hypothèse oubliées au début du raisonnement, et même lorsqu’on les a énoncées, on n’est pas convaincu d’avoir épuisé le sujet. Si donc je propose trois écoles à propos de l’Iran, il s’agit de présenter trois analyses sur un point précis, sans prétendre à l’exhaustivité ni dire que je reprends l’une d’elle totalement à mon compte !

Parlons donc de la menace iranienne : avant d’aborder les moyens d’y faire face (ce sera pour une future émission), il faut d’abord comprendre ce qui se passe à Téhéran, se mettre à la place de l’ennemi pour mieux parer à ce qui se prépare. Or j’ai relevé trois interprétations radicalement différentes, qui - c’est bien le pire - sont toutes les trois plausibles !

Kavéh Mohseni est un responsable de l’opposition iranienne à Paris, il tient un site de référence en lien permanent du blog,
www.iran-resist.org. Je l’ai reçu le 12 février dernier, et il a été très clair : non, il n’y a pas plusieurs tendances au sein du pouvoir en Iran ; tous, les « modérés » comme Rafsandjani ou les « durs » comme Ahmadinejad, veulent la bombe et la destruction d’Israël ; il y a un jeu de rôles entre eux, le « président fou » a été élu à l’issue d’élections arrangées pour rompre les négociations avec les Européens et discuter directement avec les Américains ; « discuter », signifie juste leur faire accepter un nouvel Iran, puissance nucléaire « sanctuarisée » et chef de file du monde musulman. Même si Ahmadinejad passe à la trappe du pouvoir, la course à la bombe continuera, mais de façon plus discrète. Les nuances ne s’appliquent pas non plus pour le clivage « Chiites-Sunnites », tous sont d’accord pour affronter l’Occident démocratique, pas par un conflit nucléaire (ils ne sont pas suicidaires), mais par une guerre d’usure terroriste. Et le peuple iranien dans tout cela ? Pour Kavéh Mohseni, la population n’est pas du tout d’accord, la misère dans laquelle vivent la majorité des gens leur fait détester un choix ruineux, mais on ne les entend pas à cause de la répression. Opposé à une intervention militaire, mon ami iranien soutient des sanctions - mais doute en même temps qu’elles marchent, convaincu aussi de la puissance du « lobby des mollahs » jusqu’au sein des démocraties occidentales ... et il a donné les noms de complices français lors notre interview !

Alexandre Adler tient une rubrique de politique étrangère tous les jeudis dans « le Figaro ». Il a publié récemment « Rendez-vous avec l’Islam » (éditions Grasset), Islam avec un « I » majuscule pour désigner la civilisation - et non minuscule pour parler de la religion. En gros, il différencie deux populations au Moyen Orient, les Arabes, sunnites dans leur majorité et complètement dépassés par la modernité ; et « les autres », Turcs et Iraniens, puisant leurs identités dans des cultures différentes et dont les sociétés sont en voie d’occidentalisation malgré les apparences. Adler croit en une aspiration profonde du peuple iranien pour une société laïque, après avoir été dégoûté par l’expérience islamiste. Il pense aussi que les relais pour une transition pacifique, une « glasnost » à la Gorbatchev, existent au sommet de la République Islamiste. Il y aurait donc un vrai débat pour l’orientation du pays, et les provocations d’Ahmadinejad, son soutien ouvert au terrorisme, ses provocations antisémites et négationnistes, sont autant de moyens d’affirmer son courant (celui des « Gardiens de la Révolution ») contre celui des réformateurs. Le projet d’armement nucléaire est conçu avant tout comme un moyen de rompre le processus de rapprochement avec les Occidentaux. Mais le courant Rafsandjani, d’abord nationaliste iranien et profondément chiite, n’est pas du tout preneur d’une union sacrée avec les djihadistes sunnites - les mêmes qui, armés en sous-main par l’Arabie Saoudite, massacrent leurs frères en religion dans l’Irak voisin.

Antoine Sfeir a été enregistré dans les studios de Judaïques FM le 18 avril dernier, l’émission doit être diffusée le 7 mai. Nous n’avons pas parlé uniquement de l’Iran mais des Chiites en général ; et je dois dire que mon invité a bousculé plusieurs idées reçues, en révélant des perspectives rarement entendues ... Je laisse bien sûr découvrir l’intégralité de ses propos pour ceux qui seront à l’écoute, mais voici en primeur son analyse pour la « menace nucléaire ». Contrairement à Kavéh Mohséni et à Alexandre Adler, il pense que tous les Iraniens, islamistes ou opposants, pro ou anti-Ahmadinejad, souhaitent que leur pays possède l’arme atomique, et cela parce qu’ils se sentent menacés. Par Israël ou par les Etats-Unis ? Pas du tout. L’ennemi héréditaire, pour eux, ce sont ... les Sunnites, qui les encerclent de partout : dans le monde arabe, à l’Ouest, en Afghanistan à l’Est ; et plus loin, dans le Pakistan qui est déjà une puissance nucléaire. Le Pakistan menaçant l’Iran ? Pourquoi pas si demain les Islamistes sunnites, fanatiques (qui font des attentats chez eux contre les mosquées chiites, on n’en parle pas assez, entre parenthèses), prennent le pouvoir à Islamabad. Mahmoud Ahmadinejad représente une tendance messianique du chiisme, la plus hostile aux Occidentaux, la même que celle de Faldlalah au Liban. Et Antoine Sfeir de reprendre à son compte une vraie lutte de pouvoir entre pro et anti-Occidentaux à Téhéran, en faisant le pari que les premiers auront le dessus - comme les Chiites, en général, sont en train de prendre le dessus sur les Sunnites au Moyen-Orient ; avec le soutien tacite des Américains, qui veulent « remodeler » la région !

Ainsi vont les interviews de ma série : les invités sont divers, et énoncent souvent des convictions opposées ; c’est ce qui fait la richesse du débat, car le but n’est pas de faire de la propagande, mais d’aider à réfléchir !

J.C

23 avril 2006

Philosophie de mort – un article percutant de Nazir Majali

Introduction :
Nazir Majali est un journaliste musulman, commentateur des affaires israéliennes sur des chaînes de télévision arabes et dans le journal international publié à Londres, "Ashark Al Awsat" ("le Moyen Orient"). Il vient de publier un article courageux dans le quotidien "Haaretz" en date du 23 avril, condamnant dans les termes les plus nets le dernier attentat de Tel Aviv. Très courageux, parce qu’il va à rebours d’une opinion publique chauffée à blanc par les islamistes et des chaînes satellitaires, qui - hélas - donnent régulièrement la parole à des prédicateurs haineux et racistes comme Youssef Al Qaradawi sur "Al Jazeera", qui a émis une "fatwa" justifiant les attentats suicides. J’ai fait la traduction du début de son article, aller sur le lien pour lire sur le Haaretz l’article complet, en langue anglaise. Soyons clair et honnête : Nazir Majali n’est pas tendre, non plus, vis-à-vis d’Israël et de sa réponse militaire au terrorisme ; mais sa condamnation claire et nette du terrorisme doit être saluée, tellement elle contraste avec la "compréhension" de la plupart des supporters de la cause palestinienne - français en particulier - pour les kamikazes islamistes.
J.C
« Il n’y a pas de mots pour condamner convenablement la détestable attaque de Tel Aviv. Pas seulement parce qu’elle est contraire aux intérêts du peuple palestinien et pas seulement parce qu’elle sert les intérêts des nombreux bellicistes de la région. Mais plutôt, et de façon plus importante, en raison de la philosophie qui est derrière ; une philosophie qui détruit le peuple palestinien.

C’est une philosophie de mort, qui préfère la mort à la vie. Une philosophie mensongère, qui prétend agir au nom de Dieu et de l’islam. Une philosophie raciste, qui est basé sur le principe cruel de tuer les Juifs parce qu’ils sont Juifs, philosophie qui a caractérisé des mouvements dans l’histoire parmi lesquels il n’est pas très honorable de figurer. C’est une philosophie de criminels de guerre, dont le but est de tuer des innocents marchant dans la rue ; des gens qui ont faim, et qui vont au restaurant profiter du fruit de leur dur labeur ; des femmes étrangères (1) qui sont venus travailler à des milliers de kilomètres de chez elles pour soutenir leur famille ; des vieilles personnes qui avaient décidé de quitter leur maison pour marcher un peu. Des gens que les tueurs ne connaissaient pas du tout, mais dont ils ont décidé de raccourcir la vie, alors qu’ils n’avaient rien fait de mal.

Et c’est une philosophie de lâche. Si quelqu’un veut combattre l’occupation, qu’il aille et attaque l’armée d’occupation, et pas des personnes innocentes dans la rue.

Du point de vue de la société palestinienne, c’est une philosophie d’auto-destruction. Ceux qui envoient des jeunes gens se faire sauter frappent leur propre peuple de plusieurs façons : ils tuent le jeune Palestinien lui-même et apportent le deuil à une famille dont l’univers a été dévasté. Et ce qui est dit à propos des mères palestiniennes - qu’elles glorifient les actes de leurs enfants suicidaires - est faux. Aucune mère ne veut que son fils meure (...) Ceux-là inculquent aux jeunes Palestiniens une culture de mort au lieu d’une culture de vie. Le résultat de cette éducation est moins d’espoir, moins d’investissement dans l’éducation, les activités culturelles et scientifiques ; plus de haine et moins d’amour.

C’est pourquoi chaque Palestinien patriote doit condamner cette attaque, et la voir comme une terreur anti-palestinienne (...). »
Nazir Majali
traduction : Jean Corcos

(1) Note du traducteur : deux Roumaines ont péri dans l’attentat. Elles étaient venues en Israël gagner de quoi payer les frais de santé de leurs familles. Des dizaines de travailleurs immigrés de toutes origines ont été assassinés lors des attentats terroristes palestiniens.

Contre la Turquie dans l'Union Européenne : écoutez Alexandre Del Valle sur le Web

Voici le podcast de mon émission avec Alexandre Del Valle, diffusée le 8 mai 2005

Pour l'écouter appuyer sur le bouton "play" ci dessous ou téléchargez-le ici.


data="http://orient-express.typepad.com/podcast/dewplayer.swf?
son=http://orient-express.typepad.com/podcast/AlexandreDelValle.mp3"


Podcast-logo2
Le débat passionné sur l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne n'est plus vraiment d'actualité ... risques de guerre avec l'Iran, montée en puissance des Frères musulmans au Proche-Orient, flambée sur les cours du pétrole, tous ces évènements occupent le devant des informations. Depuis un an aussi, le projet européen semble "plombé" pour un moment ; "non" français et hollandais au référendum sur le projet de Constitution, faiblesse économique de la "locomotive" franco-allemande, ralentissement de la croissance dans la zone Euro, tout cela ne plaide pas vraiment pour l'élargissement. Mais ce n'est pas non plus une raison pour oublier la Turquie. Les bouleversements dans son voisinage risquent de l'affecter, pour le pire. Et les deux théories pour l'Europe se défendent toujours : la faire entrer, pour éviter la contagion islamiste ; la garder dehors, comme si elle était déjà malade ... J'ai tenu, par souci d'équilibre, à faire entendre aux auditeurs de Judaïques FM deux points de vue radicalement opposés (voir article sur le blog). Voici la première interview avec un farouche opposant à l'adhésion de la Turquie, Alexandre Del Valle, expert en géopolitique. Dans une semaine, je mettrai en ligne mon entretien avec un avocat de cette adhésion, Semih Vaner ... Bonne écoute !

J.C

21 avril 2006

La vague islamiste : triomphe ou défaite de la démocratie ? Une tribune libre de Pierre Vermeren

Introduction :
Les succès électoraux, récents ou à venir, des islamistes en Palestine et ailleurs dans le monde arabe, ont créé une onde de choc que les experts n’ont pas fini d’analyser. Mon ami l’historien Pierre Vermeren, dont vous avez déjà pu lire un article (cliquer ici), me fait l’honneur de compter parmi les plumes s’exprimant sur ce blog. Je publie aujourd’hui une tribune libre sous sa signature, où on trouvera un utile analyse des causes du succès de cette « vague verte ». Faut-il partager son optimisme quant à la « marge de manœuvre » de l’Europe vis-à-vis de ces « nouveaux partenaires », et sur sa capacité de les influencer ? Peut-on prendre la Turquie comme heureux précédent ? A vous de juger !
J.C

Tribune Libre

La victoire du Hamas dans les territoires palestiniens illustre la puissance de l’islamisme politique outre-Méditerranée. Les conservateurs islamistes ont remporté les élections irakiennes. Le raïs égyptien a empêché avec difficulté la victoire des Frères musulmans, mais leur puissance est établie. En Arabie saoudite, le pouvoir théocratique est contesté par des « islamistes »... Au Maroc, le pouvoir se prépare à l’accession d’une majorité de députés du Parti de la justice et de développement (PJD). Il y a fort à parier que la dictature baasiste syrienne, pas plus que l’autoritarisme tunisien ou les militaires algériens, n’ont endigué l’islamisme.

Gilles Kepel a dit l’échec de l’islamisme révolutionnaire dans le monde sunnite. Effrayée par la violence en Algérie ou en Égypte, la bourgeoisie du bazar et les classes moyennes auraient rompu leur alliance avec les théoriciens de l’islamisme révolutionnaire et la jeunesse déshéritée. Pourtant, la démocratisation « au forceps » engagée par les Etats-Unis met à jour la puissance des partis islamistes. Est-ce à dire que la révolution avortée de l’islamisme s’est convertie sine die en participation électorale, et que les urnes sont devenues le fourrier de ce même islamisme ? Telle est la crainte des opinions et des dirigeants occidentaux.

On dit les Américains stupéfaits. Les États arabes et leurs amis européens y voient la confirmation de leurs appréhensions : seul l’autoritarisme écarte les islamistes du pouvoir. Les démocrates européens sont consternés. Les minorités chrétiennes, berbères et kurdes du monde arabe cherchent à sauver leurs libertés. Que dire du Cheikh Yassine, leader historique des islamistes marocains, qui prône depuis des décennies la non-violence, persuadé que le pouvoir tombera comme un fruit mûr dans les mains islamistes ? Faut-il dénoncer « l’horreur démocratique » ?

La vague électorale récente ou à venir dévoile la scène politique arabe. Pour qui a vécu et s’intéresse à la rive sud de la Méditerranée, les évènements en cours sont un aggiornamento de la scène politique arabe. « Le tremblement de terre » était annoncé de longue date. La puissance de l’idéologie salafiste est telle, dans l’opinion publique, que sa libre expression porte au pouvoir des formations islamistes.
Trop longtemps, les Européens de l’Ouest ont regardé la scène politique arabe avec des lunettes roses. Les élites arabes formées sous la colonisation parlaient le langage du colonisateur. Parvenues au pouvoir d’État dans les années cinquante, elles ont éduqué leurs fils à leur image. Nasser et ses officiers libres placent leurs enfants dans les écoles catholiques du Caire ! Des élites acculturées ont pris le pouvoir des nouveaux États. Le nationalisme arabe, dans sa version baasiste élaborée par des chrétiens syro-libanais, habille l’autoritarisme de la langue de l’Occident. Dans la grande famille nationaliste arabe, on trouve alors des socialistes, des syndicalistes, des communistes, une jeunesse en lutte à la mode de 68, des libéraux, des « laïcs », des républicains. Dans les années quatre-vingt, on veut voir dans les islamistes des « démocrates-musulmans », puis dans les années 1990 se créent des « partis écologistes » !

Que reste-t-il de cette foire aux idéologies occidentales, qui, en dehors de grandes villes industrielles comme Casablanca, Alger ou Alexandrie, ont rarement dépassé le cercle des bourgeoisies dirigeantes ? Peu de choses. Plusieurs décennies d’exode rural, de faillite économique et de frustrations contenues aidant, la « rue arabe », longtemps contrainte au silence, s’exprime. Les élections générales, libres comme en Palestine, ou semi - libres comme en Égypte ou au Maroc, dévoilent une nouvelle scène politique. Que dit ce dévoilement ?
D’abord l’importance de l’islamisme, nébuleuse de partis, d’organisations politico-religieuses et caritatives dans lesquelles se retrouvent classes moyennes et populaires urbaines, assez proches au demeurant. Cette mouvance représente-t-elle le quart ou la moitié des électeurs ? Qu’importe, puisqu’elle est la première force politique. Nationaliste et religieuse, elle prône le respect de la charia (« Dieu est le chemin »), mais aussi des valeurs religieuses d’honnêteté, de respect de la justice et de solidarité. Au plan national, elle pourfend la corruption, la misère et l’ostentation des richesses. Au plan international, elle pourfend « l’Occident impie », Israël et l’Amérique.
Une seule force lui fait face, le nationalisme arabo-musulman, dans la version militaire algérienne, militante palestinienne, monarchiste marocaine, nassérienne en Égypte, baasiste en Syrie, saddamiste à Bagdad. Les appareils d’États arabes ont de longue date perçu la menace islamiste. Après avoir détruit les organisations socialistes durant les années 1960-70, ils se sont convertis à une vision musulmane de la société. La place croissante de la jeunesse populaire, urbaine et étudiante, de formation musulmane conservatrice, a déplacé le centre de gravité politique de ces sociétés. Pour gagner les faveurs de ces clientèles, les États se sont mis à réprimer les déviances, à assurer le respect des interdits alimentaires, à tolérer le hijab, à instrumentaliser le sionisme, voire à appliquer la charia. Cette surenchère a conforté les islamistes sans permettre de les réduire, conduisant à l’isolement et au discrédit des démocrates, des intellectuels, des non-conformistes et autres républicains.
Le malheur économique arabe a fait le reste. L’humiliation face à l’opulence de l’Europe, les carences du développement, la corruption et la violence des États, l’insouciance des bourgeoisies, l’impuissance face au sort des Palestiniens, la trahison des promesses de l’indépendance, la déprise des valeurs communautaires de l’Islam, l’émancipation des femmes, la réception par satellite des images de l’Occident, des décennies d’État de siège en Syrie, en Égypte, en Algérie, en Irak, en Palestine, ont désintégré la scène politique arabe. Le pluralisme politique égyptien ou marocain a été vidé de sa substance. Islamistes et nationalistes - conservateurs sont devenus les deux grandes forces politiques de la région. Les démocrates existent, mais leurs relais politiques sont étroits.

Dans ces conditions, faut-il continuer de faire semblant ? Faut-il refuser les élections et attendre que les électeurs soient convertis à la social-démocratie ? Ou faut-il innover ? Islamistes turcs et communistes polonais se sont convertis à l’alternance démocratique. Le Fatah de Y. Arafat, qui voulait éradiquer Israël, est devenu une force de négociation. Est-ce à dire que l’accession inexorable de gouvernements islamistes au Sud de la Méditerranée sera une promenade démocratique ? Il est à craindre que non. Les tensions au sein des sociétés musulmanes (avec les femmes ou les minorités) et avec les partenaires européens, risquent de croître. Les armées, maintenues d’une main de fer à l’écart de la « contamination islamiste », seront-elles un pôle de stabilité ? L’enjeu réside dans le respect des échéances électorales et le maintien des alternances, car ce qu’un gouvernement a fait, le suivant peut le défaire.


La puissance financière, économique et contributive de l’Europe est telle, dans cette région, que sa marge de manœuvre est considérable. À charge pour elle de négocier et d’influer ces nouveaux partenaires, qui ne sont plus à notre image, mais à la leur. Il faut compter sur l’irrépressible désir de liberté et d’émancipation de la jeunesse méditerranéenne, notamment des femmes, pour que l’avenir réserve des surprises.

Pierre Vermeren
Docteur et agrégé d’histoire,
auteur de « Maghreb, la démocratie impossible ? » Fayard, Paris, 2004

20 avril 2006

Boutef, le retour

Le Président Abdelaziz Bouteflika,
source : journal "weekly.ahram.org.eg"

Langue de bois sauce piquante

Nouvelle du jour, le président algérien, familièrement surnommé « Boutef » par ses compatriotes, est de retour en France pour un « suivi médical » (voir l'article sur le site du Nouvel Obs). Comme au mois de décembre dernier, il sera soigné avec tous les égards du à son rang à l’hôpital du Val de Grâce. Toujours pour un mal mystérieux dont on ne nous dit rien. Et question confidentialité, on peut faire confiance aux services de santé des Armées pour délivrer les communiqués les plus insipides ... près de dix huit mois après, nous ne savons toujours pas, par exemple, de quoi est mort Yasser Arafat en novembre 2004 !

Les Français ont-ils bien entendu en quels termes cet hôte illustre a parlé de leur pays il y a quelques jours ? Voici ses propos : «La colonisation a réalisé un génocide de notre identité, de notre histoire, de notre langue, de nos traditions [...] Nous ne savons plus si nous sommes des Berbères, des Arabes, des Européens ou des Français.» Le « génocide », une idée fixe pour Bouteflika. Déjà auteur d’une comparaison douteuse entre les massacres de Sétif (où effectivement furent utilisés des fours à chaux pour brûler les corps des victimes de la répression du 8 mai 1945) et les crématoires de la Shoah, il vient d’envoyer à Téhéran le Président de son Assemblée Nationale à un sommet mondial voué à la destruction d’Israël (lire l'article sur proche-orient.info) ... négationnistes et voleurs de mémoire, unissez-vous !

Mais pour en revenir à la diatribe de Boutef, on ne peut rêver meilleur exemple de mauvaise foi. Car si l’identité algérienne se cherche, à qui la faute ? Qui, sinon le FLN dont le jeune Bouteflika fut très tôt un bouillant ministre des affaires étrangères, a décidé d’éradiquer la personnalité berbère du pays ? Relire à ce sujet dans « La gangrène et l’oubli » l’analyse lucide de Benjamin Stora , qui fut mon invité en janvier 2005. Ou relire le témoignage de Lucien Samir Arezki Oulahbib, lui aussi reçu par « Rencontre » à propos du livre « A l’ombre de l’islam, minorités et minorisés » : oui il y a eu un passé non arabe et non musulman de l’Algérie, et le colonialisme n’y est pour rien ! Quand à la question : « nous ne savons plus si nous sommes des Européens ou des Français », seule une jeunesse affamée prête à fuir sa terre natale peut se la poser ... mais si toute cette aigreur était (aussi) une façon bien grossière de faire un chantage aux visas ? C’est l’hypothèse que propose Emmanuel dans le blog « Politique arabe de la France » !

J.C

17 avril 2006

Tsahal, une armée terroriste ? Quand le journal « Le Monde » dérape à nouveau, par Isabelle Rose

Après l'attentat de Tel Aviv, photo Reuters, 17 avril 2006

Introduction :
Bouleversée par un nouveau dérapage du journal "Le Monde", toujours partial en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, Isabelle Rose avait écrit avant hier soir une tribune libre que je m’apprêtais à publier, lorsqu'est tombée la nouvelle de l'attentat suicide, il y a quelques heures à Tel Aviv (au moins 7 morts et des dizaines de blessés). Un attentat islamiste, désigné comme terroriste par le Président de l'Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas, mais approuvé par le Hamas qui dirige le gouvernement (voir en lien la référence dans le journal "Haaretz") ; et cela par la voix de plusieurs de ses représentants : "notre peuple est en état d'autodéfense et a le droit d'utiliser tous les moyens pour se défendre", a dit le porte-parole du Hamas, Sami Abou Zouhri. Dont acte. On ne pourrait trouver meilleure introduction pour cette tribune !
J.C

Tribune Libre

L’Europe est toujours malade. Son histoire récente n’a point encore été comprise et digérée. Preuve en est - entre des milliers - l’article paru dans « Le Monde » le 14 Avril sous le titre « Vivre à Gaza sous les bombes ». Sur le site Internet du journal, l’article aura simplement été signé par le correspondant, sans qu’apparaisse son nom. Ce parti pris anodin donne déjà le ton ... En gros, nous retrouvons toujours le même raisonnement : d’abord, l’article déborde de sentiments - on fait parler les femmes et les enfants. Il se trouve que ce sont toujours les femmes et les enfants « des autres », et jamais les familles israéliennes terrorisées qui vivent près de la frontière. Ensuite, le correspondant, par la voix des personnes qu’il interroge, nous amène progressivement à la conclusion que l’armée israélienne est une armée terroriste qui s’attaque indistinctement aux civils et aux combattants : Tsahal bombarde dans le tas, en gros. Bien entendu, le contexte de ces bombardements - qui visent les emplacements de tirs de roquettes « Kassam » vers le territoire israélien, tirs qui ont déjà tué et blessé des dizaines de civils innocents - n’est pas du tout souligné. Sadiques par nature, les Juifs n’en finiraient plus de « boire le sang » des petits enfants, comme rapporté dans la propagande du Hezbollah ... Enfin, l’article se termine par une citation très intéressante où l’on nous explique que le peuple palestinien a exercé sa souveraineté aux dernières élections qui ont vu la victoire du Hamas - cette souveraineté ne peut a priori être l’objet d’aucune discussion. C’est précisément entre la seconde et la troisième affirmation que le journaliste a perdu le fil de la discussion pour devenir le support - inconscient ? - de la propagande et de la contradiction. Et la contradiction, si elle fait partie de la vie, signe aussi à long terme la mort de la pensée, de la parole - et de la civilisation. Car qu’est-ce que l’on vient de nous dire [1] ?

La seconde affirmation explique qu’il faut distinguer entre les combattants - peut être coupables - et les civils, par nature innocents. Là où la troisième affirmation nous explique en même temps que la continuation de la lutte armée - le programme du Hamas - a été sanctionnée par des élections populaires et souveraines. Qu’est-ce que cela veut dire en clair ? Les combattants sont appuyés par la majorité de la population dont ils sont le bras armé.

Cette conclusion est inacceptable pour un Européen ou plus généralement pour un Chrétien qui ne reconnaissent pas de responsabilité collective mais seulement une responsabilité individuelle, directe, active. L’idée qu’un peuple - ou qu’une collectivité - puisse errer nous est devenue étrangère. Et celui qui oserait affirmer une pareille chose serait mis au banc de la bonne société : une telle personne serait raciste, schématique, sans nuances, extrémiste, bornée. Pourtant - et cela, notre histoire aurait du nous l’apprendre - de telles choses peuvent arriver : il arrive, par un enchaînement de causes et de circonstances parfaitement intelligibles, en tous les cas pour un historien ou un psychanalyste, qu’un peuple se rende coupable d’un point de vue moral et politique. Pour finir sur ce premier point : si c’est la souveraineté populaire qui a choisi la voix du Hamas, alors nul n’est innocent. La continuation de la lutte armée a été sanctionnée démocratiquement par le choix des électeurs palestiniens : tout le monde est embarqué - et d’une manière volontaire. Ce qui ne signifie pas bien sûr qu’il « mérite » d’être tué, mais à tout le moins cela permet de limiter le sentiment de culpabilité - exactement comme le ressentaient les peuples des nations alliés face aux populations allemandes, alors que, contrairement à Tsahal, l’aviation alliée se rendait nuit après nuit coupable de crimes de guerre.

L’objectif de la propagande palestinienne aura été, entre autre, de vider les mots de leur signification : ce n’est pas seulement les hommes, les femmes, ou parfois même les enfants qui seront devenus des bombes, mais aussi la parole. Parler, c’est avancer en terrain miné : les journalistes le savent qui réfugient leur neutralité derrière des guillemets. Tsipi Livni, Ministre des Affaires Étrangères israéliennes, vient de jeter un pavé dans la marre - ou une perche, selon la manière dont on le recevra. Interviewée par CBS, elle vient de faire une distinction capitale, qui va au rebours des confusions cultivées par les Palestiniens mais plus généralement les Arabes : elle a en effet expliqué qu’un Palestinien qui s’attaque à un soldat est un ennemi - et doit être traité comme tel. En revanche, il n’est pas un terroriste : le mot « terroriste » doit être réservé aux attaques qui visent des civils. La distinction a fait scandale en Israël : elle semble encourager les attaques qui prennent pour cibles des militaires. Et l’on peut en effet s’attendre à quelque chose de ce goût là. Mais si l’on met de côté la réaction émotionnelle, la distinction est parfaitement légitime : de la même manière que l’on ne traitera pas de la même manière un combattant palestinien actif, et ses soutiens civils plus ou moins passifs, l’attaque contre des civils n’a pas la même signification que celle contre des soldats : comme l’expliquait Madame Livni, il faut distinguer terroriste et ennemi. Cette distinction, qui pourrait sembler n’être qu’une affaire de mots, est remarquable en ce qu’elle traduit un choix de civilisation : contrairement aux Palestiniens qui embrigadent - par la peur, par la force, par l’éducation, par la religion, par l’argent - la totalité de la population, utilisée au moins comme bouclier, de telle sorte que l’on ne puisse plus distinguer civil et combattant (c’est cela qui avait été fait au Liban), Israël est une société équilibrée qui ne mélange pas le civil et le militaire. Sans doute cela tient-il aussi à la religion, quand on sait que pour l’islam sous sa forme intégriste, tout Musulman est un soldat et un combattant, de la même manière que tout non-musulman est un ennemi qui doit être sinon exterminé du moins assujetti : seule la « Oumma » - et sous sa forme combattante - est la référence.

Mais en faisant cette distinction terroriste/ennemi, Madame Livni donne ainsi la possibilité de mettre aux points de nouveaux instruments juridiques : que le terrorisme devienne un « crime contre l’humanité » ; que toute organisation qui prône l’attaque contre des civils soit qualifiée de terroriste et jugée à La Haye ; que tout État qui affiche de telles positions soit mis au banc des Nations. Il n’existe pas de solution parfaite. Il y a un prix pour tout - et il est toujours très cher : Madame Livni semble avoir pointé du doigt - pour les désigner aux Palestiniens - les soldats de l’armée israélienne. Mais si cette distinction peut déboucher sur une nouvelle législation internationale, alors nous pourrons dire qu’elle n’était pas tout à fait mauvaise.

La philosophie, parce qu’elle prend pour matière et pour outil la parole, peut sembler impuissante, vaine, inconsistante. Mais c’est vite oublier deux choses : les mots sont une arme efficace qui donne - ou qui retire - un pouvoir sur les choses ; si tout est conflits, rapports de force, tentatives de destruction, la réalité qui se construit - ou se dissout - est l’œuvre de la parole : c’est pourquoi le terrain du mot ne doit pas être abandonné au mensonge et au silence.

Isabelle Rose
Jérusalem, le 15 Avril 2006.


[1] Nous ne reviendrons pas sur la sempiternelle comparaison entre les Israéliens et les Palestiniens, qui vise à les renvoyer dos à dos, de manière à tout confondre. Juste deux choses : il n’est pas dit que les « armes de fortune » des Palestiniens soient moins efficaces que les techniques conventionnelles de combat qu’elles rendent non-opératoires ; il suffit de voir ce qui se passe en Irak. La grande différence entre Israël et les Palestiniens, est que les derniers prennent délibérément pour cibles des civils - ils reçoivent pour cela, eux et leurs familles, de l’argent et sont encouragés à continuer. Beaucoup de choses ont déjà été dites sur l’absurdité des comparaisons - aucun argument rationnel ne triomphera jamais de la mauvaise foi érigée en système.

16 avril 2006

Les jeunes d'origine africaine en France, analyse d'un malaise : Diagne Chanel sera notre invitée le 23 avril

Scène de "tabassage" à l'issue d'une
manifestation anti-CPE, Paris, mars 2005
(merci à J.J.C. Knafo pour cette photo)

C'était jusqu'il y a peu un sujet tabou ... Alors que les médias ont toujours largement rendu compte des problèmes d'intégration des populations originaires du Maghreb, sur un mode compassionnel ou alarmiste et avec un fond de décor toujours alimenté par l'actualité (terrorisme islamiste, "importation" du conflit israélo-palestinien, mauvaise conscience de la guerre d'Algérie), on en avait presque oublié que les immigrés de fraiche date comprennent aussi, en nombre, des originaires de l'Afrique sud-saharienne, musulmans eux-aussi ; que leur état de misère est (presque toujours) pire que ceux d'origine algérienne ou marocaine ; et que - masqué par les "relations spéciales" de nos présidents avec des dirigeants le plus souvent corrompus - le ressentiment anti-français, après avoir longtemps mijoté à petit feu, était en train d'exploser.
La "question noire" s'est donc invitée dans l'actualité au cours des dernières années, avec un certain nombre d'évènements emblématiques : irruption du "phénomène Dieudonné", ex-humoriste et agitateur antisémite que la justice a mis trop longtemps à condamner ; manifestations de racisme anti-blanc, apparu au grand jour et pour la première fois lors du "tabassage" de jeunes lycéens à Paris en février 2005 puis à nouveau cette année lors des manifestations anti C.P.E (voir photo) ; participation en première ligne de très jeunes d'origine africaine aux émeutes violentes de novembre dernier ; horrible assassinat d'Ilan Halimi, sous la direction du sinistre Youssouf Fofana d'origine ivoirienne ...

Dans un article du journal "Valeurs actuelles" daté du 10 mars dernier, Michel Gurfinkiel a donné une synthèse saisissante sur ce phénomène nouveau qui inquiète la communauté juive, en voici des extraits :
"Le vendredi 3 et le samedi 4 mars, en moins de vingt-quatre heures, trois personnes de confession juive ont été attaquées sur la voie publique à Sarcelles, en Seine-Saint-Denis. Deux d’entre elles ont subi des coups et blessures, une autre un vol sous contrainte (« dépouille ») assorti de menaces. Les agresseurs étaient issus, comme Youssouf Fofana et le noyau dur des "Barbares", de l’immigration musulmane africaine. D’autres incidents graves du même type se seraient déroulés au cours des derniers mois et semaines, avant même qu’Ilan Halimi ne soit enlevé (...) Pourquoi cette "transition ethnique" - des Beurs, impliqués dans les violences antijuives du début des années 2000, aux Blacks d’aujourd’hui ? Une enseignante du Val-d’Oise estime qu’une partie au moins des jeunes d’origine maghrébine sont désormais "en train de s’intégrer" à la société française : moins d’échec scolaire, moins de discrimination ou plus de "discrimination positive". Ce qui n’est pas le cas, ajoute-t-elle, des jeunes d’origine africaine. "Pour la plupart d’entre eux, ils viennent de sociétés qui ne connaissent pas l’écrit. Et ils grandissent dans des environnements familiaux effarants : polygamie, promiscuité, absence totale des repères traditionnels occidentaux"."

Pour être complet et objectif, il faut aussi rappeler que, à côté de cette violence, la communauté d'origine africaine a commencé à s'organiser avec la création du CRAN ("Conseil Représentatif des Associations Noires"), organisation modérée qui était présente lors de la manifestation en hommage à Ilan Halimi (cliquer ici) ; il faut aussi dire qu'il existe des personnalités comme Christiane Taubira ou Calixte Beyala, qui revendiquent un "devoir de Mémoire" par rapport à la traite négrière, sans jalousie ou esprit de concurrence vis à vis des Juifs. Celles-ci sont les bienvenues à notre radio, et c'est ainsi que j'ai eu le plaisir de recevoir déjà Diagne Chanel, d'origine sénégalaise (voir article sur le blog).

Diagne Chanel sera donc à nouveau mon invitée le dimanche 23 avril : Dieudonné, mémoire de l'esclavage, tensions ethniques ... "Le malaise des jeunes d'origine africaine en France" sera un menu très riche pour notre émission !

J.C

15 avril 2006

Darfour, Tchad ... les guerres oubliées

Le président tchadien Idriss Deby (photo AFP)

Introduction :
Ce sont des guerres qui n’intéressent guère les journalistes contrairement à l’éternel conflit « de basse intensité » entre Israël et les Palestiniens. Il est vrai que les contrées africaines sont peu accueillantes, et que la presse est carrément refoulée des zones de combats par le gouvernement de Khartoum ; il est vrai aussi que les guerres « Sud - Sud » parlent moins aux moralisateurs professionnels, pour qui tout est de la faute de l’Occident ; et qu’une guerre entre Musulmans est totalement incompréhensible alors que l’on n’en finit pas de disserter à propos du « choc des civilisations » !
Rappelons que « Rencontre » avait quand même consacré le 13 février 2005 une émission au conflit oublié du Darfour (cliquer ici) ; et qu’avec nos invités spécialistes de l’Afrique, Josée Tubiana et son fils Jérôme, avait été aussi évoqué le Tchad voisin ; Tchad où ont afflué des centaines de milliers de réfugiés, l’ethnie Zingawa d’une partie des révoltés soudanais étant la même que celle du président tchadien Idriss Deby, qui lui-même vient de mater cette semaine une rébellion ... télécommandée depuis Khartoum (voir ici en lien un article très complet sur « la bataille de N’djaména du site www.ialtchad.com).
Cette région s’est aussi rappelée à mon souvenir car, signataire il y a deux ans d’un premier appel du « Collectif Urgence Darfour », je viens de recevoir un communiqué de presse de leur part. C’est avec plaisir que je le publie sur le blog !
J.C


Communiqué de presse du « Collectif Urgence Darfour »
"Arrêter les massacres au Darfour ! Le Collectif Urgence Darfour s'élève contre l'inaction du Conseil de sécurité de l’ONU face au drame des populations du Darfour.
En trois ans : 300 000 habitants de Darfour, sont morts, tous membres des ethnies noires de cultivateurs ; plus de 2 millions de personnes ont été chassées de leurs terres et 80 % des villages on été détruits.
Ces attaques se sont mêmes étendues au Tchad où sont réfugiés plus de 220 000 habitants du Darfour. Dans les camps et les villages, les milices Janjawid appuyées par les forces soudanaises poursuivent attaques contre les civils, viols et assassinats. Des centaines de milliers de personnes restent sans nourriture, sans eau et sans protection. Il s'agit de crimes contre l'humanité, il s'agit de l'épuration ethnique des tribus africaines "non arabes" du Darfour, il s'agit d'un génocide dont on tait le nom !
La force de 7000 hommes de l'Union Africaine, très insuffisante dans ce territoire grand comme la France, se heurte à l'obstruction systématique du gouvernement soudanais. Sous la pression, l'Union Africaine recule et soumet l'arrivée des casques bleus à l'autorisation soudanaise. L'ONU constate la gravité de la crise mais reste paralysée. En dépit de l'appel lancé par "Human Rights Watch" et 14 organisations arabes de défense des droits de l'homme, le Sommet de la Ligue Arabe vient de s'aligner sur le gouvernement de Khartoum pour refuser toute intervention de l'ONU. La prévention du génocide est de la responsabilité de la communauté internationale ! A quelques jours des commémorations du génocide des Tutsis du Rwanda, nous refusons d'être complices de la destruction des populations noires du Darfour.
Le collectif Urgence Darfour France exige : le renfort des troupes de l’Union Africaine par les casques bleus de l’ONU ; le désarmement des Janjawid et l'arrêt immédiat des exactions, crimes et massacres racistes ; l’arrestation et le jugement des responsables des crimes de guerre et crimes contre l'Humanité ; la liberté d’accès des humanitaires et journalistes. "

12 avril 2006

Bonnes fêtes !

Enluminure de Haggadah, Moyen-Age,
illustration tirée du site "Modia"

Ce mercredi soir débutent dans toutes les communautés juives les fêtes de Pessah, improprement nommées en terre chrétienne la « Pâque Juive » car elle tombe souvent à la même période. Cette fête, qui dure 8 jours dans la Diaspora et une semaine en Eretz Israël, est un des moments forts du calendrier religieux. Les deux premiers soirs, on lit la Haggadah, récit de la sortie d’Égypte par les Hébreux. Et je ne peux que renvoyer nos lecteurs de toutes origines à la page concernée du site Modia pour qu’ils en sachent plus (cliquer ici).

Bonnes fêtes à tous, donc, bonne fêtes de Pâques pour nos amis chrétiens, bonnes fêtes de Pessah à nos lecteurs de la communauté, et amitiés à tous nos auditeurs !

J.C

10 avril 2006

Numéro 10.000 !


Magnum de champagne
Site d'origine : cliquer ici

Cela devient une tradition qu'ont du relever les lecteurs fidèles du blog ... à chaque fois que le total de visites atteint un chiffre rond, une bouteille (virtuelle) de champagne est débouchée, et je regrette sincèrement de ne pas la partager avec les milliers de lecteurs ! Pour être précis, donc, le 10.000ème visiteur s'est connecté depuis Bâle, en Suisse, le 9 avril à 12h14, et il est venu sur le site en ayant tapé sur le moteur de recherche Google : "Wafa Sultan interview complète" ; la référence du blog était donnée sur la première page, en quatrième position. Le total de pages correspondant à cette visite était de 15.847. Mon pari d'atteindre ce score de 10.000 en moins d'un an est donc réussi ; et, constante remarquable, que je commence à interpréter et dont je vous parlerai plus tard, le ratio moyen pages visitées/visites reste - sans évolution depuis plusieurs mois -, compris entre 1,5 et 1,7.

L'origine des visites peut être connu à partir de deux sources : le logiciel "sitemeter", et le compteur "neoworx" installé depuis le 6 mars. Ce dernier (voir sur le blog en bas à droite la colonne aux petits drapeaux qui s'allonge régulièrement) donne aussi de précieuses informations : "rencontrejudaiquesfm", blog édité à Paris en langue française, a naturellement des visiteurs venant majoritairement de France (environ les deux tiers) ; mais son audience internationale n'est pas nulle : déjà 48 pays enregistrés, et dommage pour les 30 que le logiciel n'a pu identifier ! Données réconfortantes, pour mon travail - émission et blog - basé sur l'information et l'échange, le fait qu'un site se réclamant clairement d'un média juif reçoive actuellement plus de visiteurs du Maroc que d'Israël, et l'enregistrement de "hits" provenant de dix pays membres de la Ligue arabe. Pourquoi viennent-ils ? Quel est l'objet de leur recherche ? Encore un sujet sur lequel je commence à me faire une idée, le libellé des recherches donnant parfois une idée des sentiments de ceux qui les lancent ... on en reparlera aussi dans un prochain article.

Petit rappel, enfin : le compteur "sitemeter" a été mis en service le 5 mai 2005, le millième visiteur enregistré début septembre, et le cinq millième fin janvier. On peut donc dire, grosso modo, que si le démarrage a été un peu long, l'audimat a ensuite grimpé à l'automne, pour rester en gros stable depuis avec selon les semaines, un nombre de "hits" quotidiens variant de 40 à 50, avec deux mois "pics" (novembre avec les émeutes de banlieue et février avec le meurtre d'Ilan Halimi). C'est beaucoup pour un "blog perso", si l'on songe aux dizaines de millions de sites enregistrés par technorati, la référence en la matière ; c'est encore infime par rapport aux blogs "faiseurs d'opinion", qui commencent à s'imposer avec leurs centaines ou milliers de visiteurs quotidiens. A moi d'améliorer le contenu, et d'élargir encore les liens avec les autres acteurs de la blogosphère. Et à vous, si vous en avez la gentillesse et si cette série vous intéresse, de la faire connaitre autour de vous en diffusant l'adresse (www.rencontrejfm.blogspot.com), ou en envoyant à des amis les articles qui vous auront le plus intéressés (cliquer sur la petite enveloppe sous chaque post).

Merci aux lecteurs réguliers pour leur fidélité, bonne lecture aux visiteurs de passage et ... bonne écoute à tous, grâce aux "podcasts" de l'émission publiés en ligne !

J.C

09 avril 2006

Représentations de Mahomet : nous en avions parlé déjà en 2002 avec le dramaturge algérien Slimane Benaïssa


Le dramaturge algérien
Slimane Benaïssa
Photo tirée du site www.fsu.edu/
(site de l'université d'état de Floride)


Introduction :
Slimane Benaïssa est auteur, metteur en scène et acteur, autant dire que le théâtre est sa passion. Il est né à Guelma, dans l’est algérien. Il vit en France depuis 1993, après avoir dû fuir sa patrie, au début de la vague de terrorisme islamiste, il a d’ailleurs été lui-même l’objet de menaces de mort. C’est un homme de culture et de dialogue et qui a toujours fait preuve d’un très grand courage en se rendant ainsi à plusieurs reprises en Israël et il a créé une pièce de théâtre avec André Chouraqui, intitulée « l’Avenir oublié ». Nous avions fait une interview très forte le 28 juillet 2002, mon invité ayant exprimé des positions très courageuses sur le conflit israélo-palestinien. Dans sa pièce intitulée « Prophètes sans dieu » (Lansman Editeur, 7,93 E), Moïse convoque Jésus et Mahomet afin de disserter sur les malheurs des communautés religieuses. Mais Mahomet tarde à se présenter ... Ci-dessous un extrait de notre dialogue.
J.C

Jean Corcos :

Vous-vous référez à la religion, et j’aimerais justement que l’on parle des relations qui existent entre l’islam et le monde dans le cadre de votre pièce « prophète sans Dieu ». Cette pièce que je trouve très originale est écrite autours de trois personnages : Moïse, Jésus, et l’auteur de la pièce, autrement dit vous même, où vous représentez la communauté musulmane mais pas Mahomet. Dans votre pièce, Jésus en s’adressant aux deux autres personnages dit : « Que quelqu’un vienne, ou sinon je m’en vais » et Moïse lui répond : »Tu ne te rends pas compte des risques que cela comporte. Si tu fais incarner Mahomet par un acteur, on aura quinze mille fatwas sur le dos ». Vous synthétisez dans cette pièce l’essence des trois religions abrahamiques : Moïse dit : « Moi, je suis le premier », Jésus dit : « Moi, je suis l’unique », l’auteur dit : « nous, les musulmans portons le dernier message révélé ».
Mais finalement, est-ce que si on a tant de mal à comprendre l’islam, ce n’est pas parce il n’ y a pas eu cet effort d’interprétation, et que « l’Ijtihad », le renouvellement de la pensée, le commentaire, est finalement en panne depuis plus de mille ans ?

Slimane Benaïssa :
Exactement, nous sommes encore au même stade qu’il y a deux siècles, dans la lecture du Coran. Je crois que l’héritage religieux que nous passons de génération en génération doit permettre une évolution de la religion. Parce que la religion a permis à l’homme d’avoir une expérience et que grâce à cette expérience, il élève son niveau culturel. Au final, avec l’élévation de son niveau culturel, l’homme investit et comprend la religion autrement.
Ce lien n’existe pas, et cette relecture permanente du Coran qui favorise l’ouverture des esprits n’est pas mise en pratique dans le monde musulman. Alors lorsque l’on ferme le livre et que l’on dit qu’il possède des significations codifiées qui sont celles-ci, c’est fini : l’esprit ne peut plus s’ouvrir. Alors que l’esprit doit s’exercer toujours sur la parole des prophètes inscrite dans les textes sacrés parce qu’elle porte le message de Dieu. 

J.C

05 avril 2006

Enfants musulmans réfugiés, frères et soeurs en Humanité

Emile Moatti à la tribune, Palais de la Mutualité,
Paris le 11 mars 2006 (photo SGF)

Réfugiés pakistanais après le tremblement de terre,
photo UNHCR

Réfugiés indonésiens après le tsunami, photo UNHCR

La SOKA GAKKAI FRANCE (SGF) est la branche française d'une organisation bouddhiste internationale, fondée il y a une cinquantaine d'années au Japon pour développer la pratique du bouddhisme du "Nichiren Daishonin". Au delà de son message spirituel, elle a l'ambition de défendre un message de Paix, d'entraide et de défense de l'environnement - message bien sympathique, à l'heure du "choc des civilisations" ! Elle organise régulièrement des colloques interreligieux, et j'ai déjà évoqué ici le dernier qui fut présidé par mon ami Émile Moatti, cofondateur de l'émission "Rencontre" et délégué général de "la Fraternité d'Abraham" (voir article sur le blog). Pour visiter le site de la SGF, cliquer ici.

Le 11 mars dernier, la SGF a organisé une grande manifestation de solidarité avec le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR), en faveur des "réfugiés oubliés" du tremblement de terre de l'automne dernier au Pakistan, qui n'ont pas du tout suscité la même vague de sympathie que les victimes du Tsunami en décembre 2004. Et mon ami Émile (voir photo) a pris la parole dans la grande salle du palais de la Mutualité à Paris, délivrant donc un message à la fois juif et universel devant un public ... bouddhiste ... et faisant des donations généreuses pour des victimes ... musulmanes ! Un témoignage personnel sur ce public : en majorité des jeunes, surtout d'origine européenne mais aussi asiatique ou africaine, ils m'ont surpris par leur sérénité, leur gentillesse et leur enthousiasme, alors que - et l'émission comme ce blog s'en sont fait souvent l'écho - la gangrène de la "barbarie" se répand, depuis certaines banlieues jusqu'au cœur de nos villes.

C'est donc un grand plaisir pour moi de me faire l'écho ici de cette manifestation ; et de publier ces photos de jeunes réfugiés, petites filles indonésiennes ou garçons pakistanais, tous musulmans mais d'abord frères et sœurs en Humanité, qui ont pu recevoir un abri fragile grâce au UNHCR que je vous invite à soutenir.
Visitez le site de cette institution des Nations Unies (cliquer sur le lien).

J.C

04 avril 2006

Florence, François, Florian et les autres ...

François Hollande

Je vous avais dit (article du 28 mars) que j’évoquerais mon deuxième petit-déjeuner avec « les amis du CRIF », dont l’invité était cette fois François Hollande, Premier Secrétaire du Parti Socialiste. Rappelons que - auditoire oblige - les problèmes de l’antisémitisme et du Proche Orient ont constitué l’essentiel du menu pour les échanges entre le leader de l’opposition et son auditoire. Je ne reviendrai pas sur ces sujets, en vous invitant simplement à aller sur le site du CRIF par le lien déjà donné, ou à lire l’excellent résumé publié sur le site « diaspora blog » (cliquer ici) ; ce dernier article se termine par une conclusion quelque peu désabusée de Bernard Koch, que je reproduis : « En résumé, quelques bonnes intentions, une légère remise en question, mais peu ou pas de propositions concrètes. Une tentative de rassurer la communauté juive de la bonne disposition du PS à son égard à quelques mois de la présidentielle. Bien maigre échange, en somme. »

Mais revenons à la question que j’ai eu la chance de pouvoir lui poser. « Rencontre » a eu des invités prestigieux, mais jamais encore de personnalités politiques de ce niveau, il fallait donc en profiter même si ce n’était pas à la radio ! Il m’a semblé plus intéressant d’évoquer notre pays et l’actualité brûlante - la crise sociale due au projet du CPE et la révolte d’une grande partie de la jeunesse ; mais en lui posant une question qui - langue de bois oblige - est très rarement évoquée dans les innombrables débats à la radio et à la télé. Je ne l’avais pas écrite, en voilà en gros la teneur : « Et si le chômage des jeunes diplômés était d’abord lié au fait que leur formation ne répondait pas aux besoins de la France ? Que pensez-vous quand vous entendez qu’il y a une Université où quinze mille étudiants en lettres et sciences humaines sont en grève, vous croyez vraiment qu’ils vont trouver un travail intéressant, CPE ou pas ? Nous manquons d’infirmières, de médecins, d’informaticiens, on doit en importer de l’étranger. Mais certains professeurs d’université - qui sont le plus souvent des sympathisants de la gauche - continuent de patronner des thèses de doctorat qui ne servent à rien ... ».Et bien, je dois reconnaître que François Hollande m’a étonné par la clarté et l’honnêteté de sa réponse.
« Oui », a-t-il dit en substance, « l’orientation est très mal faite en France. La coordination entre l’Université et les entreprises est tout à fait insuffisante. Les jeunes se détournent des disciplines scientifiques, c’est très mauvais pour l’avenir du pays. Il faut rénover l’éducation nationale, relancer la recherche, accorder plus d’autonomie aux académies en liaison avec les régions».
Comme on aimerait que ce discours soit repris ailleurs, sans crainte du corps enseignant dont les syndicats corporatistes brisent régulièrement tous les ministres de l’éducation essayant de secouer le Mammouth ... comme par exemple Claude Allègre, un socialiste « balancé » par sa base et lâchement abandonné par Jospin, comme Chirac abandonna non moins lâchement le malheureux Alain Devaquet !
Dans la même veine d’une gauche qui peut être lucide une fois débarrassée du « politiquement correct », cet article publié dans « Libération » du 4 avril sous la plume de ... Florence Aubenas (voir article sur le blog) ! Son titre : « Le bac en 1999, quelle vie en 2006 ? ». Elle retrace le parcours d’une dizaine d’ex-bacheliers du lycée Thiers de Marseille, un excellent établissement, fréquenté en majorité par des enfants d’origine non défavorisée ; et raconte comment le paradis de l’enseignement supérieur à la française, celui des études que l’on peut choisir en toute liberté et gratis - tant que les parents peuvent héberger leurs enfants et les impôts peuvent financer le gâchis - comment donc ce paradis de post-soixante-huitards (qui veulent changer le reste de monde mais surtout pas se remettre en question), va aboutir à des galères. Extrait :


« Dans les dernières années scolaires, la classe a défilé dans le bureau de la conseillère d'orientation. A chacun, elle posait une seule question : «Il faut être heureux. Qu'est-ce que tu préfères ?» Suivant la réponse, elle regardait dans un grand classeur quelle formation suivre pour le bonheur (...)
«On nous avait donné à tous le même mode d'emploi : les études comme une évidence et une assurance contre tout.» Après le bac, Florian n'a pas de projet à long terme. Il s'inscrit en Histoire, à Marseille. «Par luxe, et sans me poser la question une seconde.» Les années s'enchaînent. Deug, licence, maîtrise. Florian a l'impression que le passage des examens n'ouvre aucune nouvelle porte. Au contraire, il en ferme. Dans les amphis, les profs répètent à présent : «Histoire, c'est devenu plus difficile que médecine. Vous ne serez pas plus de 10 % à arriver au bout. Et de toute façon, si vous n'êtes pas enseignant, vous ne gagnerez pas votre vie.» Dans la famille de Florian, père médecin, mère orthophoniste, on pratique l'escalade. «Le plus dur a été de m'avouer que je voulais en faire mon travail. J'ai trouvé ça dix fois plus qualifiant que mon diplôme d'Histoire.» Florian se souvient de la réflexion de son père quand il a été reçu à l'examen d'escalade. «De toute manière, tu as fait Histoire. Les clients verront bien que tu n'es pas qu'un simple prof de sport.»

Florence, François, Florian ... et les autres, rassurez-vous, je vais arrêter là ce petit article qui n’a pas beaucoup de rapport avec mon émission. Si, un petit peu, quand je pense à un dernier personnage : « Jean », celui qui va signer. Celui-là était brillant en Français, en Histoire, il aurait aimé, lui aussi, avoir la carrière de certains journalistes ou écrivains interviewés à mon émission. Mais il a choisi, il y a presque quarante ans, des études scientifiques, un diplôme d’ingénieur, et l’assurance d’un travail correctement rémunéré - réservant pour ses « loisirs » ses passions adolescentes. Et c’est pourquoi il achève ce « post » sur son micro, à 23 heures 25 !

Jean Corcos

03 avril 2006

Gérard Akoun sur Judaïques FM, le 16 mars : non à la banalisation du martyre d’Ilan Halimi !

Introduction :
Le drame de l’assassinat du jeune Ilan a été évoqué plusieurs fois sur le blog, et c’était la moindre des choses même si son objet n’est pas principalement l’antisémitisme. Pour mémoire ou pour ceux qui nous découvrent, on lira : le billet du rabbin Gabriel Farhi ; «le premier crime antisémite français depuis 60 ans » ; « manifestation nationale du 26 février (...) » ; la tribune libre de Morad El Hattab ; « Youssouf Fofana n'est pas l'Afrique » ; « Barbara contre les barbares ».
Gérard Akoun, qui dirige notre antenne avec Wladimir et Iris Spiro et tient une chronique tous les jeudis matin, a tenu à dénoncer les tentatives de banalisation de ce crime, et à en démontrer la mauvaise foi. Voici son billet.
J.C

" Je vais revenir sur l’assassinat d’Ilan Halimi, je ne le souhaitais pas, il me semblait que tout avait été dit, que le caractère à la fois crapuleux et antisémite de cet assassinat ignoble, ne faisait aucun doute ; et pourtant il en est encore qui s’expriment dans le courrier des lecteurs de tel quotidien, ou tel hebdomadaire, pour nous dire que ce n’était peut être pas de l’antisémitisme, mais de la barbarie à l‘état pur, ou que le meurtre en lui même était suffisamment effroyable, pour ne pas en rajouter, sa mort serait-elle plus grave parce qu’il était juif, une référence à la circonstance aggravante de l’antisémitisme, ou qu’Ilan, s’il a été enlevé parce que les juifs ont de l’argent, a ensuite été torturé parce qu’aux yeux de ses ravisseurs, il avait été réduit par sa séquestration même, à l’état de chose ; d’autres ou les mêmes, ne veulent pas penser que tuer Ilan, serait plus grave que tuer Jacques ou Ali ou encore que l’on n’aurait pas du manifester, parce qu’Ilan était juif, mais d’abord parce qu’il était français.

Que répondre à cela, que chaque fois que des hommes ont voulu humilier, détruire d’autres hommes, ils leurs d’abord déniaient cette qualité d’humain : souvenez vous de la controverse de Valladolid, pour savoir si les indiens avaient une âme, s’ils en avaient une, c’était pour le moins gênant de les traiter en bête de somme ! Quant aux nazis, la déshumanisation était la première étape vers l’extermination.
Oui, un acte barbare reste un acte barbare dont la gravité est identique quelque soit celui qui en est victime : juif, chrétien, musulman, bouddhiste ou agnostique.
Oui, nous souhaiterons que l’on dise, quelle que soit la victime, qu’elle est d’abord française et que la République est en deuil parce qu’un français a été torturé ignominieusement, assassiné par des barbares.

Mais, force est de constater, que ses assassins, ne se sont pas attaqués à un français lambda : sur six tentatives d’enlèvement, quatre des victimes étaient juives, une proportion de 70% ? Parce que les juifs ont de l’argent ou comme on dit en banlieue « de la cliquaille ». Un préjugé nous dira-t-on vieux de plusieurs siècles, qui ne suffit pas à établir le caractère antisémite même s’il est accompagné de violences. L’antisémitisme a un sens et un but déterminé : isoler le juif, et lui refuser l’égalité des droits et le respect de sa singularité. Évidemment, ce qui se passe aujourd’hui, n’a rien à voir avec cette définition, heureusement ! Mais faire ce constat ne suffit plus ; il faut sans doute définir autrement, ce qu’est la haine du juif ou la jalousie à l’égard du juif, chez une certaine partie de la population issue des banlieues, et soumise au discours islamiste, une petite minorité sans doute, mais à forte capacité de nuisance quand, de plus, elle bénéficie de complicités passives.

Comment qualifier le phénomène, quand un juif est ou peut être agressé, parce qu’il porte une kippa, quand un juif est ou peut être agressé , insulté, au sortir d’une synagogue ; quand un juif est ou peut être agressé, insulté, parce qu’il sort d’une école juive ; ce n’est pas en tant que français, ce qu’il est par ailleurs, qu’il subit ces agressions ; c’est en tant que Juif.
Il est peut être temps, de ne plus se raccrocher aux anciennes définitions, l’antisémitisme classique d’extrême droite perdure, c’est évident mais il est moins dangereux, car il ne bénéficie pas du soutien de l’Etat ou de sa complicité, bien au contraire ! Par contre, il nous faut trouver de nouveaux moyens de lutte, pour stopper cette peste qui n’est pas brune, elle est déstabilisante pour les juifs, mais il ne faut pas s’y tromper elle sera déstabilisante à terme, pour d’autres et pour la République elle-même."
 
Gérard Akoun

02 avril 2006

Amitié judéo-musulmane de France : Djelloul Seddiki et le Rabbin Michel Serfaty seront mes invités le 9 avril

Le Rabbin Michel Serfaty discutant avec une femme musulmane
dans un marché (source : site www.casadei.fr)

Je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises de l’Amitié Judéo-Musulmane de France (AJMF), fondée à Paris en novembre 2004, et en particulier du « Tour de France de l’amitié » qu’elle a réalisé l’été dernier. Vous avez pu voir en exclusivité sur le blog des photos de l’arrivée du tour (cliquer ici). Vous entendrez dimanche prochain 9 avril ses deux co-présidents, Michel Serfaty (Rabbin de Ris Orangis) et Djelloul Seddiki (directeur de l’Institut de Théologie de la Grande Mosquée de Paris), faire le point sur les activités de l’association, et présenter ses futurs projets, en particulier un grand tour des banlieues parisiennes au lendemain de la fête juive de Pessah.

L’émission a été enregistrée le 29 mars, et je vous laisse la découvrir. Juste un mot : ceux qui suivent « Rencontre » régulièrement savent que ce n’est pas une série « à l’eau de rose », et mes deux interlocuteurs, qui se sont lancés dans une bien courageuse entreprise, n’ont dissimulé ni les murs d’incompréhension à surmonter, ni la triste réalité de la situation avec en particulier les agressions antisémites dans certaines banlieues. Mais en même temps, et ils l’ont dit avec force, cette situation est d’abord celle d’un pays en crise, et l’éducation nationale ne doit plus fuir ses responsabilités.

J.C

01 avril 2006

La haine islamiste sur Internet : un entretien à écouter d'urgence !

Voici le podcast de mon émission avec Richard Odier, diffusée le 27 février 2005, et rediffusé le 31 juillet dernier.

Pour l'écouter appuyer sur le bouton "play" ci dessous ou téléchargez-le ici.


data="http://orient-express.typepad.com/podcast/dewplayer.swf?
son=http://orient-express.typepad.com/podcast/RichardODIER.mp3"



Podcast-logo2
Diffusion dans nos pays de la plus virulente propagande antisémite depuis la Seconde Guerre Mondiale ; glorification planétaire du "djihad" ; recrutement pour les réseaux terroristes affiliés à Al-Qaïda ... Inutile d'insister sur l'importance du sujet, pour lequel j'avais reçu à "Rencontre" un des meilleurs spécialistes du sujet, Richard Odier, secrétaire général pour la France du Centre Simon Wiesenthal.

Pour lire la présentation de l'émission, cliquer ici.

Bonne écoute !

J.C