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08 octobre 2020

Un trompe-l'oeil très réussi


 

Un peu d'évasion avec cette photo d'une fresque de "Street art" à Tel Aviv ...

J'ai trouvé cette photo sur un article du "Times of Israël". Lien pour le lire

Le quartier de "Florentine" à Tel Aviv, en pleine rénovation, voit hélas disparaitre à coups de bulldozers de véritables œuvres d'art, peintes sur les murs décrépis d'une zone longtemps délaissée dans le Sud de la grande métropole israélienne

 J'ai trouvé aussi la symbolique de ce "trompe-l’œil" très réussie ; tout semble s'écrouler, préservé par une femme souriante. Au-delà, remarquez le contraste saisissant entre les taudis au premier plan et l'immeuble flambant neuf juste derrière : contraste fréquent en Israël.

 

J.C

09 juin 2016

Quatre bougies pour quatre nouvelles victimes du terrorisme



Impossible bien sûr de ne pas évoquer ici ce dernier drame, même si comme vous le savez, ce blog et mon émission ne sont pas centrés sur le conflit israélo-palestinien : quatre nouvelles victimes du terrorisme, quatre innocents arrachés à la vie et à leur famille par une douce soirée de printemps, alors qu'ils étaient attablés à la terrasse d'un restaurant ...

Un attentat qui rappelle beaucoup ceux du vendredi 13 novembre, quand "nos" terroristes djihadistes ont massacré les clients de restaurants et cafés parisiens ; mais un rapprochement hélas trop souvent oublié par "nos" médias, ce qui a exaspéré et on le comprend beaucoup d'ami(e)s de ma Communauté ; ami(e)s qui auraient pu - eux ou leur famille - se trouver à Sarona, cible des terroristes à Tel Aviv.

Sur le fond maintenant - failles sécuritaires, risques de dérapage, blocage politique, perspectives pour sortir de l'impasse actuelle - accordez moi un minimum de recul pour partager, plus tard et avec vous, quelques modestes réflexions.

J.C

23 août 2010

Si la Tayelet m'était contée ...






Heureux de vous retrouver, après un si long silence !

Merci tout d'abord aux "fidèles" qui sont venus se connecter, régulièrement, à cette adresse : le blog reprend donc son fil aujourd'hui ; avec une "ligne" plus clairement affichée comme annoncé juste avant ces vacances (un très prochain article expliquera pourquoi je pense qu'il y a urgence à le faire) ; et une fréquence de publications un peu moins soutenue - je vise environ trois articles par semaine, de manière à mieux faire face à toutes les tâches "hors travail" qui s'accumulent à l'horizon ...

Mais revenons à cette série de photos, c'est à dire en fait à la destination de mes vacances sur lesquelles - comme à l'accoutumée - j'étais resté bien mystérieux : il s'agissait d'Israël, comme vous l'avez immédiatement compris. Mon dixième voyage, mais mes premières vraies vacances depuis un moment - les deux précédents, au milieu de la deuxième Intifada, m'avaient vu en fait accompagner des missions de l'AUJF pour notre radio Judaïques FM. Des vacances centrées sur Tel Aviv, destination devenue très populaire aussi bien pour la Diaspora française que pour les amateurs de "fun" du monde entier ... la ville est maintenant classée au top 10 des métropoles balnéaires par le très sérieux "National Geographic", avec Nice, Rio de Janeiro, Miami ou Barcelone !
De tels lauriers se méritent, et un court séjour - croisé à des souvenirs anciens - confirme les progrès de géant réalisés par la ville : terrasses de café qui n'ont maintenant rien à envier à celles de Paris ; gastronomie internationale et de qualité, qui n'existait presque pas il y a une vingtaine d'années (grands voyageurs, les Israéliens ont du ramener un peu cela dans leur bagages) ; rénovation d'une partie des immeubles construits pendant les années 30 et 40 pour le cœur de la ville (la fameuse "white city" de style Bauhaus inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO), les façades délabrées du reste faisant toujours peine à voir ; construction de nouveaux immeubles en centre ville, aux dimensions modestes mais de bon standing - pendant longtemps, les seules constructions semblaient être réservées aux riches habitants des quartiers nord ; et enfin, et les millions de touristes le savent bien, il y a ... la Tayelet, promenade du bord de mer, dont je vais vous parler.
Le promeneur a en effet peine à imaginer que, ici comme presque partout ailleurs dans le pays, des paysages de carte postale - "le ciel, le soleil et la mer" - ont été aussi le cadre d'évènements tragiques, qui ont forgé le pays en quelques décennies ... observons donc cette série de photos !

En haut, pour planter le décor, cette première vue prise de la fenêtre de mon hôtel : un aperçu d'ensemble de la Tayelet, vers le Sud, avec vue sur Yaffo, l'antique Jaffa. "Capitale" des Arabes palestiniens jusqu'à l'indépendance du pays - les Juifs en furent chassés lors d'un pogroms de 1921 - elle fut le théâtre de combats sanglants avec la Haganah en 1947-1948, à l'aube de l'indépendance de l'état - lire ici l'histoire de la ville. Le quartier de Manshiye - dont il subsiste la mosquée de Hassan Bek rénovée dans les années 90 - fut ainsi un champ de ruines, donnant un aspect désolant au boulevard front de mer dans sa partie sud, et ce pendant une bonne trentaine d'années ... Aujourd'hui, des buildings (résidences de luxe ou grands hôtels) poussent l'un après l'autre à cet endroit, lui donnant un air de petit Miami : voir deuxième photo à partir du haut. Mais revenons à la première photo : on aperçoit des constructions basses sur la plage,  juste avant de la digue de rochers s'avançant sur la mer. Il s'agit d'un complexe de loisirs, aujourd'hui partiellement à l'abandon et où se trouvait jadis un delphinarium ... "Delfinarium", comme le nom d'une boite de nuit fréquentée par des très jeunes garçons et filles, et qui fut l'objet d'un horrible attentat le 1er juin 2001, au début de la deuxième intifada : 22 morts, 120 blessés, dont une plaque rappelle le souvenir.

Autre attentat, évoqué sur la troisième photo toujours prise de la fenêtre de mon hôtel : on distingue toute proche l'Ambassade des États-Unis, gardée comme une forteresse, voir la double enceinte et les chicanes ... Mais, entre les deux, le Mike's Place, très fréquenté par la jeunesse de tous les pays en villégiature à Tel Aviv. Trois tués le 30 avril 2003, dont une jeune française qui travaillait au bar, victime d'un kamikaze britannique d'origine pakistanaise. La plus belle des revanches ? Comme tous les bars et restaurants, le Mike's Place ne désemplit pas !

Mais qui se souvient, aussi, que pendant une brève période, la violence n'opposa pas uniquement Juifs et Arabes, mais des Juifs entre eux ? Sur la photo suivante à partir du haut, on a une autre vue de la Tayelet, cette fois vers le nord : au premier plan un des premiers hôtels de luxe de la ville, le Dan ... à la façade unique, peinte par Agam. Au deuxième plan, l'ambassade de France, puis les grands hôtels construits à la fin des années 70. Ironie ? Face à l'ambassade se situe la plage Frishman, également nommée "plage des Français" en raison de sa fréquentation le mois d'août ... Mais, quasiment au même endroit, c'est un drôle de spectacle que pouvaient contempler les promeneurs, immortalisé sur la photo en noir en blanc : celui de l'Altalena en flammes le 20 juin 1948, bombardé sous les ordres de Ben Gourion alors premier chef de gouvernement d'un pays en guerre ! On lira ce bref article qui évoque la raison de cette décision, qui fit 18 morts mais empêcha peut-être une guerre civile, l'autorité légale du jeune État s'étant alors imposée à l'Irgoun, organisation dissidente ; et on réfléchira, aussi, à la veulerie de Yasser Arafat qui ne voulut jamais, de son côté, imposer son autorité par la force aux extrémistes du Hamas ...

J.C

05 avril 2009

Tel Aviv : une photo drôle pour un jeune centenaire !

Photo tirée du site du journal "Haaretz"

Ainsi va la vie en Israël : les larmes n’étaient même pas séchées au lendemain d’un horrible attentat (article précédent), et la grande métropole israélienne lançait les festivités de son centenaire !

Cette photo a été prise lors d’un défilé haut en couleurs dans les rues de Tel Aviv, et je l’ai choisie parce qu’elle est à la fois drôle et totalement décomplexée : à l’image de la jeunesse de cette cité, la plus dynamique du pays !

J.C

02 octobre 2008

McCartney chante "Hello Goodbye" à Tel Aviv

Introduction :
Et si on débutait l'année 5769 dans la joie ? En oubliant un peu les lourds nuages qui plombent le Moyen-Orient, et menacent Israël plus que jamais ? Je vous avais proposé de commencer l'année civile avec Sarit Haddad (cliquer sur son nom en libellé), cette fois c'est l'ex Beatle Paul McCartney qui est à l'honneur dans cet extrait vidéo, filmé à Tel Aviv jeudi dernier 25 septembre ... L'image n'est pas terrible, mais je suis sûr que vous aurez tous envie de chanter l'inoubliable tube "Hello Goodbeye" ! Ensuite, je vous invite à lire l'article écrit par mon ami de Tunis, Souhail Ftouh, qui rappelle combien ce chanteur a été courageux en venant en Israël, bravant les consignes de boycott et les menaces terroristes.
J.C 


McCartney : Un grand monsieur qui a honoré les Israéliens

C'était la première fois que Paul McCartney était venu chanter en Israël. Il vient en effet de donner son premier concert ce 25 septembre au Park Hayarkon.
Cet ex-Beatle, véritable légende musicale qui vient d’achever à Tel-Aviv sa tournée mondiale, a attiré sur lui les foudres des islamistes, pour la simple décision de jouer en Israël ! Les fans qui l’attendaient impatiemment ont enfin pu le voir jouer, malgré la haine des extrémistes qui ont menacé le chanteur de mort s’il se rendait en Israël. Le 14 septembre 2008 selon l’hebdomadaire britannique Sunday Express, Omar Bakri, un leader islamiste qui réside au Liban (1), a proféré ses menaces sur un site Internet : « Si Mc Cartney tient à la vie, il vaut mieux qu’il ne se rende pas en Israël, où il ne sera pas en sécurité. Les forces présentes dans la région (les terroristes ndlr) l’attendent déjà ». D’autres ont été également nombreux à s’exprimer sur des sites musulmans, contre ce concert qui était donné à l’occasion des 60 ans de l’état hébreu, et ont appelé à boycotter ses disques. L’ex chanteur des Beatles a démonté cependant un courage exemplaire en refusant d’annuler son concert historique.
Voila ou mène l’extrémisme, la censure, l’intolérance même sur des domaines à priori non politiques. Ces gens là ne connaissent pas la démocratie et la liberté. Pour eux seuls le sang et la violence comptent. Pour ces gens là, chaque prétexte est bon pour commettre une barbarie. Le monde libre traverse, probablement, une période extrêmement dangereuse dans laquelle l’islamisme apparaît comme le nouveau totalitarisme mortel.
Mais McCartney avait persisté en dépit des menaces de plus en plus nombreuses et variées puisqu’elles émanent tout à la fois des cercles islamistes radicaux mais aussi des ultra gauchistes pro palestiniens (2).
Le fondateur des Beatles s’est produit donc comme prévu à Tel Aviv, devant 50.000 spectateurs enthousiastes, pour montrer au Monde qu’ Israël, Terre éternelle, est aussi un pays de tradition musicale. C’est dans ce sens peut être qu’en Israël il y a un lien indéfectible avec la musique, qui exprime si bien la fierté nationale du peuple juif et qui servait aujourd’hui à retrouver les chemins de la paix (3)
La venue de McCartney en Israël et le concert qu’il a donné, ce fin septembre, à Tel Aviv, est une nouvelle manifestation de reconnaissance pour l’état d’Israël qui célèbre les soixante ans de sa souveraineté nationale rétablit après 2 000 ans d’exil. Une reconnaissance à la seule démocratie du Proche Orient qui a reconstruit une nation dynamique et qui a créé une vie économique, politique, culturelle et intellectuelle florissante. La venue de McCartney en Israël est aussi une reconnaissance pour les citoyens israéliens pour leurs réussites spectaculaires à travers la construction d'un nouvel État pluraliste et d'une société démocratique, malgré le terrorisme, la haine, les boycotts et les conflits . L’héritage splendide des Beatles, légende vivante du paysage musical, vient de rendre hommage à l'un des pays les plus libres et les mieux instruits au Monde.
Paul McCartney est un grand Monsieur qui a honoré les Israéliens par sa présence !

Ftouh Souhail ,
Tunis

(1) Omar Bakri, un leader fondamentaliste d’origine syrienne, longtemps exilé en Grande-Bretagne, d’où il a été expulsé, est résidant aujourd’hui au Liban. Il est interdit de séjour en Grande-Bretagne
(2) McCartney a été aussi l'objet de pressions de la part de différents groupes politiques depuis des semaines de l’annonce de sa venue de son arrivé en Israël, cette nouvelle a suscité aussi de violentes réactions de la part de l’extrême gauche européenne à l’exemple de la conduite d’Eileen Fleming, une journaliste irlandaise connue pour ses positions «anti-israéliennes ».
(3) Nota de Jean Corcos : Paul McCartney n’a cessé, au cours de son séjour en Israël, de dire son soutien à la Paix, sur la base de deux États pour deux peuples. Et il a salué son public israélien, en disant à la fois « Shana Tova » (bonne année) et « Ramadan Karim » (bon Ramadan).

17 avril 2006

Tsahal, une armée terroriste ? Quand le journal « Le Monde » dérape à nouveau, par Isabelle Rose

Après l'attentat de Tel Aviv, photo Reuters, 17 avril 2006

Introduction :
Bouleversée par un nouveau dérapage du journal "Le Monde", toujours partial en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, Isabelle Rose avait écrit avant hier soir une tribune libre que je m’apprêtais à publier, lorsqu'est tombée la nouvelle de l'attentat suicide, il y a quelques heures à Tel Aviv (au moins 7 morts et des dizaines de blessés). Un attentat islamiste, désigné comme terroriste par le Président de l'Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas, mais approuvé par le Hamas qui dirige le gouvernement (voir en lien la référence dans le journal "Haaretz") ; et cela par la voix de plusieurs de ses représentants : "notre peuple est en état d'autodéfense et a le droit d'utiliser tous les moyens pour se défendre", a dit le porte-parole du Hamas, Sami Abou Zouhri. Dont acte. On ne pourrait trouver meilleure introduction pour cette tribune !
J.C

Tribune Libre

L’Europe est toujours malade. Son histoire récente n’a point encore été comprise et digérée. Preuve en est - entre des milliers - l’article paru dans « Le Monde » le 14 Avril sous le titre « Vivre à Gaza sous les bombes ». Sur le site Internet du journal, l’article aura simplement été signé par le correspondant, sans qu’apparaisse son nom. Ce parti pris anodin donne déjà le ton ... En gros, nous retrouvons toujours le même raisonnement : d’abord, l’article déborde de sentiments - on fait parler les femmes et les enfants. Il se trouve que ce sont toujours les femmes et les enfants « des autres », et jamais les familles israéliennes terrorisées qui vivent près de la frontière. Ensuite, le correspondant, par la voix des personnes qu’il interroge, nous amène progressivement à la conclusion que l’armée israélienne est une armée terroriste qui s’attaque indistinctement aux civils et aux combattants : Tsahal bombarde dans le tas, en gros. Bien entendu, le contexte de ces bombardements - qui visent les emplacements de tirs de roquettes « Kassam » vers le territoire israélien, tirs qui ont déjà tué et blessé des dizaines de civils innocents - n’est pas du tout souligné. Sadiques par nature, les Juifs n’en finiraient plus de « boire le sang » des petits enfants, comme rapporté dans la propagande du Hezbollah ... Enfin, l’article se termine par une citation très intéressante où l’on nous explique que le peuple palestinien a exercé sa souveraineté aux dernières élections qui ont vu la victoire du Hamas - cette souveraineté ne peut a priori être l’objet d’aucune discussion. C’est précisément entre la seconde et la troisième affirmation que le journaliste a perdu le fil de la discussion pour devenir le support - inconscient ? - de la propagande et de la contradiction. Et la contradiction, si elle fait partie de la vie, signe aussi à long terme la mort de la pensée, de la parole - et de la civilisation. Car qu’est-ce que l’on vient de nous dire [1] ?

La seconde affirmation explique qu’il faut distinguer entre les combattants - peut être coupables - et les civils, par nature innocents. Là où la troisième affirmation nous explique en même temps que la continuation de la lutte armée - le programme du Hamas - a été sanctionnée par des élections populaires et souveraines. Qu’est-ce que cela veut dire en clair ? Les combattants sont appuyés par la majorité de la population dont ils sont le bras armé.

Cette conclusion est inacceptable pour un Européen ou plus généralement pour un Chrétien qui ne reconnaissent pas de responsabilité collective mais seulement une responsabilité individuelle, directe, active. L’idée qu’un peuple - ou qu’une collectivité - puisse errer nous est devenue étrangère. Et celui qui oserait affirmer une pareille chose serait mis au banc de la bonne société : une telle personne serait raciste, schématique, sans nuances, extrémiste, bornée. Pourtant - et cela, notre histoire aurait du nous l’apprendre - de telles choses peuvent arriver : il arrive, par un enchaînement de causes et de circonstances parfaitement intelligibles, en tous les cas pour un historien ou un psychanalyste, qu’un peuple se rende coupable d’un point de vue moral et politique. Pour finir sur ce premier point : si c’est la souveraineté populaire qui a choisi la voix du Hamas, alors nul n’est innocent. La continuation de la lutte armée a été sanctionnée démocratiquement par le choix des électeurs palestiniens : tout le monde est embarqué - et d’une manière volontaire. Ce qui ne signifie pas bien sûr qu’il « mérite » d’être tué, mais à tout le moins cela permet de limiter le sentiment de culpabilité - exactement comme le ressentaient les peuples des nations alliés face aux populations allemandes, alors que, contrairement à Tsahal, l’aviation alliée se rendait nuit après nuit coupable de crimes de guerre.

L’objectif de la propagande palestinienne aura été, entre autre, de vider les mots de leur signification : ce n’est pas seulement les hommes, les femmes, ou parfois même les enfants qui seront devenus des bombes, mais aussi la parole. Parler, c’est avancer en terrain miné : les journalistes le savent qui réfugient leur neutralité derrière des guillemets. Tsipi Livni, Ministre des Affaires Étrangères israéliennes, vient de jeter un pavé dans la marre - ou une perche, selon la manière dont on le recevra. Interviewée par CBS, elle vient de faire une distinction capitale, qui va au rebours des confusions cultivées par les Palestiniens mais plus généralement les Arabes : elle a en effet expliqué qu’un Palestinien qui s’attaque à un soldat est un ennemi - et doit être traité comme tel. En revanche, il n’est pas un terroriste : le mot « terroriste » doit être réservé aux attaques qui visent des civils. La distinction a fait scandale en Israël : elle semble encourager les attaques qui prennent pour cibles des militaires. Et l’on peut en effet s’attendre à quelque chose de ce goût là. Mais si l’on met de côté la réaction émotionnelle, la distinction est parfaitement légitime : de la même manière que l’on ne traitera pas de la même manière un combattant palestinien actif, et ses soutiens civils plus ou moins passifs, l’attaque contre des civils n’a pas la même signification que celle contre des soldats : comme l’expliquait Madame Livni, il faut distinguer terroriste et ennemi. Cette distinction, qui pourrait sembler n’être qu’une affaire de mots, est remarquable en ce qu’elle traduit un choix de civilisation : contrairement aux Palestiniens qui embrigadent - par la peur, par la force, par l’éducation, par la religion, par l’argent - la totalité de la population, utilisée au moins comme bouclier, de telle sorte que l’on ne puisse plus distinguer civil et combattant (c’est cela qui avait été fait au Liban), Israël est une société équilibrée qui ne mélange pas le civil et le militaire. Sans doute cela tient-il aussi à la religion, quand on sait que pour l’islam sous sa forme intégriste, tout Musulman est un soldat et un combattant, de la même manière que tout non-musulman est un ennemi qui doit être sinon exterminé du moins assujetti : seule la « Oumma » - et sous sa forme combattante - est la référence.

Mais en faisant cette distinction terroriste/ennemi, Madame Livni donne ainsi la possibilité de mettre aux points de nouveaux instruments juridiques : que le terrorisme devienne un « crime contre l’humanité » ; que toute organisation qui prône l’attaque contre des civils soit qualifiée de terroriste et jugée à La Haye ; que tout État qui affiche de telles positions soit mis au banc des Nations. Il n’existe pas de solution parfaite. Il y a un prix pour tout - et il est toujours très cher : Madame Livni semble avoir pointé du doigt - pour les désigner aux Palestiniens - les soldats de l’armée israélienne. Mais si cette distinction peut déboucher sur une nouvelle législation internationale, alors nous pourrons dire qu’elle n’était pas tout à fait mauvaise.

La philosophie, parce qu’elle prend pour matière et pour outil la parole, peut sembler impuissante, vaine, inconsistante. Mais c’est vite oublier deux choses : les mots sont une arme efficace qui donne - ou qui retire - un pouvoir sur les choses ; si tout est conflits, rapports de force, tentatives de destruction, la réalité qui se construit - ou se dissout - est l’œuvre de la parole : c’est pourquoi le terrain du mot ne doit pas être abandonné au mensonge et au silence.

Isabelle Rose
Jérusalem, le 15 Avril 2006.


[1] Nous ne reviendrons pas sur la sempiternelle comparaison entre les Israéliens et les Palestiniens, qui vise à les renvoyer dos à dos, de manière à tout confondre. Juste deux choses : il n’est pas dit que les « armes de fortune » des Palestiniens soient moins efficaces que les techniques conventionnelles de combat qu’elles rendent non-opératoires ; il suffit de voir ce qui se passe en Irak. La grande différence entre Israël et les Palestiniens, est que les derniers prennent délibérément pour cibles des civils - ils reçoivent pour cela, eux et leurs familles, de l’argent et sont encouragés à continuer. Beaucoup de choses ont déjà été dites sur l’absurdité des comparaisons - aucun argument rationnel ne triomphera jamais de la mauvaise foi érigée en système.