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20 avril 2006

Boutef, le retour

Le Président Abdelaziz Bouteflika,
source : journal "weekly.ahram.org.eg"

Langue de bois sauce piquante

Nouvelle du jour, le président algérien, familièrement surnommé « Boutef » par ses compatriotes, est de retour en France pour un « suivi médical » (voir l'article sur le site du Nouvel Obs). Comme au mois de décembre dernier, il sera soigné avec tous les égards du à son rang à l’hôpital du Val de Grâce. Toujours pour un mal mystérieux dont on ne nous dit rien. Et question confidentialité, on peut faire confiance aux services de santé des Armées pour délivrer les communiqués les plus insipides ... près de dix huit mois après, nous ne savons toujours pas, par exemple, de quoi est mort Yasser Arafat en novembre 2004 !

Les Français ont-ils bien entendu en quels termes cet hôte illustre a parlé de leur pays il y a quelques jours ? Voici ses propos : «La colonisation a réalisé un génocide de notre identité, de notre histoire, de notre langue, de nos traditions [...] Nous ne savons plus si nous sommes des Berbères, des Arabes, des Européens ou des Français.» Le « génocide », une idée fixe pour Bouteflika. Déjà auteur d’une comparaison douteuse entre les massacres de Sétif (où effectivement furent utilisés des fours à chaux pour brûler les corps des victimes de la répression du 8 mai 1945) et les crématoires de la Shoah, il vient d’envoyer à Téhéran le Président de son Assemblée Nationale à un sommet mondial voué à la destruction d’Israël (lire l'article sur proche-orient.info) ... négationnistes et voleurs de mémoire, unissez-vous !

Mais pour en revenir à la diatribe de Boutef, on ne peut rêver meilleur exemple de mauvaise foi. Car si l’identité algérienne se cherche, à qui la faute ? Qui, sinon le FLN dont le jeune Bouteflika fut très tôt un bouillant ministre des affaires étrangères, a décidé d’éradiquer la personnalité berbère du pays ? Relire à ce sujet dans « La gangrène et l’oubli » l’analyse lucide de Benjamin Stora , qui fut mon invité en janvier 2005. Ou relire le témoignage de Lucien Samir Arezki Oulahbib, lui aussi reçu par « Rencontre » à propos du livre « A l’ombre de l’islam, minorités et minorisés » : oui il y a eu un passé non arabe et non musulman de l’Algérie, et le colonialisme n’y est pour rien ! Quand à la question : « nous ne savons plus si nous sommes des Européens ou des Français », seule une jeunesse affamée prête à fuir sa terre natale peut se la poser ... mais si toute cette aigreur était (aussi) une façon bien grossière de faire un chantage aux visas ? C’est l’hypothèse que propose Emmanuel dans le blog « Politique arabe de la France » !

J.C