Notre radio

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31 décembre 2008

Cette ordure de Faurisson, paradant à la télé de Téhéran ...

Robert Faurisson, interviewé par la télévision iranienne, décembre 2006
(photo tirée du site négationniste et antisémite "Radio Islam")

Depuis ce week-end, l’affreux Robert Faurisson a donc droit aux « feux de la rampe » de l’actualité grâce aux bons soins du non moins ignoble Dieudonné, qui lui a offert, dans la soirée de vendredi, de vrais feux de la rampe : ceux du Zénith, où ils furent tous les deux acclamés par 5000 personnes - sans doutes la crème des antisémites de Paris et banlieue, venus pour entendre « casser du Juif » à défaut de le faire eux-mêmes ...

Rendons hommage au blog « conspiracywatch » qui fut un des tous premiers à révéler ce scandale. On lira sur ce lien l’article associé, avec en particulier de nombreuses adresses utiles, une réactualisation au fil de l’eau sur les réactions, et surtout la vidéo reprise de « Youtube », où - hélas ! -, une absence totale de « modération » laisse fleurir des dizaines de messages négationnistes, antisémites orduriers et islamistes haineux (cliquer ici).

Mais j’ai voulu profiter de cette actualité pour rappeler qu’il y a, aussi, un pays où Robert Faurisson non seulement n’est pas poursuivi par les tribunaux, mais joue les vedettes : il s’agit bien sûr de la République Islamique d’Iran, où le président, « petit Hitler de notre époque » organisait une conférence négationniste en décembre 2006. Faurisson y a joué les vedettes, interviewé par la télévision locale (voir photo), et prononçant un discours débordant de haine antisémite ... Pour ceux qui auraient le cœur suffisamment solide, voici la prose du "cher professeur" à Téhéran. Elle est tirée du site « Radio islam » dont le responsable, Ahmed Rami, opposant marocain en exil et longtemps basé impunément en Suède - ce beau pays de « belles âmes », tellement neutre pendant la Seconde Guerre Mondiale, et tellement critique d’Israël jusqu’à il y a peu. « Radio islam » est le site de référence et de rencontre de tous les antisémites, islamistes, panarabistes, nostalgiques du nazisme mais surtout négationnistes, puisqu’on peut y trouver les oeuvres presque complètes de ... Robert Faurisson !

J.C

29 décembre 2008

Egypte, Israël, Hamas, la partie à trois : écoutez mon interview de Frédéric Encel

C’est une émission que Judaïques FM avait diffusée le 18 mai dernier, soit à quelques semaines du « cessez le feu » - bien mal respecté - de six mois que le Hamas a fait voler en éclats la semaine dernière en redoublant ses bombardements, ce qui a provoqué l’action en cours de Tsahal ... Cliquer sur ce lien pour lire la présentation de l’émission.

Pour ceux qui l’avaient suivie, Frédéric Encel, géopolitologue spécialiste du Moyen Orient, avait prédit à mon micro qu’une telle trêve serait un marché de dupes pour Israël. Il avait également durement dénoncé l’attitude ambivalente de l’Égypte, complaisante pour les trafics d’armes du Hamas à travers les fameux « tunnels », et féroce dans son blocus de Rafah - tout l’opprobre du dit blocus étant reporté uniquement sur l’État juif ! Il y aurait sans doutes une petite actualisation de cette analyse à faire aujourd’hui, dans la mesure où d’une part les Égyptiens semblent excédés par les provocations des Islamistes qui ont fait capoter leur médiation, et où d’autre part ils ont semblé accepter - en creux - la réaction israélienne, clairement annoncée par Tzipi Livni lors de son voyage au Caire du jeudi 25 décembre. A noter aussi les propos étonnants de leur Ministre des Affaires Étrangères, Ahmed Aboul Gheit, quelques heures après le bombardement, propos rapportés par l’Agence israélienne MENA :
« Il a déclaré que son pays avait dûment averti (le Hamas) des dangers qu’il y avait à ne pas reconduire le cessez-le-feu et à tirer des qassam sur Israël. Aboul Gheit a conclu qu’ils savaient exactement à quoi s’attendre ».

Voici l’enregistrement intégral de mon interview. 

J.C



28 décembre 2008

Hamas, Syrie, Jordanie, Iran ou "le billard à quatre bandes"

Le "Jerusalem Post" du 26 décembre a publié un article intéressant signé par David Kimche, ancien directeur-général du ministère des affaires étrangères. S'il est impossible de revenir sur tous les détails du texte, on peut en revanche identifier deux idées majeures conductrices : d'abord, reprenant en cela une inspiration d'Ephraïm Halevy, ancien directeur du Mossad, artisan de l'accord de paix entre Israël et la Jordanie, Kimche avance l'idée d'une entente informelle entre Israël et Khaled Meschaal, de manière à parvenir à une trêve avec le Hamas pour une période indéterminée. Le Royaume hachémite de Jordanie se proposerait comme intermédiaire. La seconde idée consiste à rejeter un accord de paix avec la Syrie, sous prétexte d'une part qu'Ariel Sharon y était opposé et d'autre part que la priorité n'est pas le dossier syrien mais le Hamas, les qassams, et les grads qui prennent pour cible le sud d'Israël. Bref, la conception de Kimche et d'Halevy se propose de revenir à la doctrine de Kissinger - « step by step ». Cette doctrine postule également que l'on peut traiter séparément la question du Hamas et de la Syrie, comme si les deux n'avaient pas de lien organique. C'est ce postulat que nous voulons interroger, pour démontrer tout au contraire que non seulement on ne peut pas isoler le dossier Hamas du dossier syrien mais qu'on ne peut pas non plus ne pas prendre en considération d'autres pays tels que l’Égypte, la Jordanie et l'Iran. Dit autrement : si les qassams doivent ne plus tomber sur nos têtes, ou tout au contraire si les tirs doivent s'intensifier, la raison est moins à chercher à Gaza qu'à Damas, Amman, le Caire et ... Jérusalem. Parce que la politique est une dynamique compréhensive, globale, et non pas isolée et partielle.

Le Hamas est un mouvement terroriste. Mais ce mouvement terroriste poursuit des buts politiques. Le Hamas est scindé entre une direction gazaouite à strictement parler, placée sous influence égyptienne, et dont les figures marquantes sont le premier ministre Ismaël Haniyé et Mahmoud Zahar. La direction syrienne, représentée par Khaled Meschaal, a pris ces derniers temps ses distances avec le régime de Bacher Assad - en fait, depuis l'assassinat d'Imad Mouhgnieh et depuis que la Syrie s'est rapprochée de la France et d'Israël - pour se rapprocher d'une manière spectaculaire de la Jordanie dont Meschaal a la nationalité. Celui-ci, parce qu'il se trouve dans une position de plus en plus inconfortable, cherche en effet de nouveaux alliés : d'une part, comme l'a montré le grand rassemblement organisé à Gaza pour célébrer les 20 ans d'existence du Hamas, Haniyé a progressivement éclipsé la figure de Mechaal à Gaza, le transformant en acteur politique secondaire. Cette éclipse a commencé après la prise de pouvoir du Hamas à Gaza, qui a entamé la transformation du mouvement terroriste en mouvement politique responsable administrativement et politiquement des Palestiniens de Gaza. D'autre part, le changement d'orientation politique de la Syrie est également un revers pour Khaled Mechaal. Pour Mechaal, l'équation est très simple : perdre son influence politique à Gaza = ne plus être un personnage politique incontournable = devenir un personnage politique gênant = la mort. C'est pourquoi Mechaal cherche à revenir sur le devant de la scène en faisant de nouvelles alliances. Il a trouvé sur son chemin le roi Abdullah de Jordanie.
L'intérêt de la Jordanie est multiple : d'abord, parce qu'Haniyé est sous l'influence du Caire, la Jordanie cherche à contrer l’Égypte. Ensuite, la Jordanie n'est pas du tout intéressée à voir une normalisation de la Syrie qui lui permettra de se développer politiquement et économiquement. Enfin, la Jordanie s'est rapprochée de l'Iran qui est devenu influent en Irak - et la Jordanie a une frontière très importante avec l'Irak, qui était son partenaire politique et économique principal avant la fin de Saddam Hussein. Mieux : la Jordanie avait choisi l'Irak contre la Syrie et l’Égypte, pour leur faire contre-poids sur la scène arabe et internationale. Alors le calcul d'Abdulah est simple : jouer la carte de Mechaal contre la Syrie et l’Égypte ce qui lui permet également de plaire à l'Iran et à son opinion publique. Il ne faut en effet pas oublier que la société jordanienne est composée d'une majorité de Palestiniens dont la fidélité au régime hachémite dépend en grande partie de la manière dont celui-ci se comporte sur le dossier palestinien. Si cela permet en même temps au roi de Jordanie de se poser comme le leader de la nation arabe - rôle auquel un shérif ne peut pas renoncer - tant mieux : l'Irak n'existe plus et la Syrie est marginalisée depuis qu'elle se rapproche d'Israël.

Alors en fait, qu'est-ce que proposent Kimche et Halevy ? Une alliance avec Mechaal via la Jordanie qui prend le contre-pied total de l'option choisie par le ministère de la Défense et de toutes les forces de sécurité israéliennes avec lui : une entente avec Haniyé via l’Égypte. Peu importe qu'Haniyé soit la figure centrale de Gaza. Peu importe que ce revirement aura pour effets : 1) reprise des tirs de roquettes et de grads. 2) risque d'une agitation du Hamas en Égypte. En fait, c'est même mieux : 1) on pourra accuser Haniyé et montrer la vanité de l'option de Barak. 2) on pourra montrer l'absence d'efficacité de la médiation de Moubarak. 3) mieux vaut que l'agitation sociale et politique menace Moubarak que le Roi. En faisant à Mechaal le cadeau de le remettre à l'ordre du jour, Halevy et Kimche envoient également à Assad un message hostile qui n'est sans doute pas pour déplaire à la Jordanie.

Ce n'est pas tout. Il y a l'Iran.

Halevy, le conseiller politique de la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni, est partisan d'un dialogue avec l'Iran. Entre Damas et l'Iran, il a fait son choix : Téhéran. Pour Kimche, il a toujours été séduit par les aventures perses, quoiqu'elles ne lui aient pas réussi pourtant. Car c'est Israël qui avait poussé Reagan dans l'impasse et la trappe - et non l'inverse. Le moins que l'on puisse dire est que les résultats avaient été décevants. Pour tout le monde. Pour comprendre la conception qui sous-tend ce choix, il faut la resituer dans l'idéologie des néo-cons. Ainsi, la journaliste Caroline Glick avait-elle développé dans un article le projet fondateur de cette vision : arriver à un accord avec ... l'Irak. Grâce à la médiation de la Jordanie, qui entretient des rapports stratégiques avec l'Irak et l'Iran, il serait possible d'arriver à une entente avec la République Islamique et à un accord - dans un premier temps officieux - avec l'Irak. Pourtant, il est peu probable que la direction irakienne, qui souffre d'un manque de légitimité, puisse se permettre une telle chose comme l'ont montré les derniers essais. Et pour les intentions iraniennes, à chacun de juger. En attendant, il faut remarquer trois choses :
La première, que cette conception est également celle du Likoud. A une conférence organisée à l'université de Bar Ilan il y a 15 jours par le "centre Begin-Sadate", en présence de Daniel Pipes mais également d'officiels de l'ambassade jordanienne qui prenaient des notes avidement au premier rang, et dont le thème était « les relations israélo-syriennes », le député Youval Steinitz, très virulent contre la Syrie, a expliqué que l'Iran était un pays plus démocratique que la Syrie. C'est sans doute oublier qu'en Syrie, même si le pays n'est certainement pas un exemple de démocratie, on ne voit pas encore les pendaisons publiques et les lapidations de femmes adultères. De la même manière que les déclarations électorales de Bibi contre la Syrie ne l'engagent pas politiquement - c'est ce que dit Kimche - il faut noter que celles de Bibi et de Tzipi contre l'Iran ne les engagent pas davantage, en suivant le même raisonnement.
La seconde chose est la suivante : à partir de Janvier, la situation va sérieusement se compliquer en Cisjordanie avec la fin du mandat présidentiel du président Mahmoud Abbas. Comme l'explique Avi Shlaim dans sa magistrale biographie du roi Hussein de Jordanie (1), les Hachémites n'ont jamais tout à fait renoncé à la Cisjordanie et à Jérusalem. En tous les cas, si Hussein, forcé par l'histoire, y a effectivement renoncé, ce n'était que d'une manière semble-t-il provisoire et stratégique : à cause du sommet de Rabat mais surtout de la première Intifada qui avait installé l'OLP comme seul représentant légitime du peuple palestinien. Parce que l'Autorité Palestinienne semble s'effriter, il est tout à fait logique que le roi Abdullah saisisse l'occasion pour réactiver « l'option jordanienne » et récupérer son bien dynastique et personnel. D'une manière directe, ou par la médiation du Hamas dans sa version iranienne. Problème pour Israël : cette tentative jordanienne, accomplie avec la complicité d'Israël, risque fort de radicaliser encore plus la société palestinienne.
Enfin, et c'est la troisième chose, le Hamas actuellement actif à Gaza est le Hamas égyptien. En faisant le choix de Mechaal et d'Abdullah, Kimche et Halevy se proposent non seulement de bouleverser le fragile équilibre de la politique arabe mais surtout de :1) réactiver la frontière Sud (2) 2) mettre encore plus en danger la « frontière » avec la Cisjordanie (3) 3) réveiller la frontière Nord avec le Liban et la Syrie (4). Pour arriver où au bout du compte ? A une installation de l'Iran - via Mechaal et la Jordanie - à Gaza et en Cisjordanie. C'est peut être un peu beaucoup pour une nouvelle aventure iranienne ... dont les espoirs de réussite ne sont pas plus raisonnables que l'autre.

Alors non : le dossier syrien n'est pas indépendant du dossier palestinien. Comme la Jordanie et l’Égypte ne sont pas sans liens avec le Hamas. En fait, tout se tient d'une manière organique. Plutôt que de nous proposer de nouvelles escapades - le Moyen-Orient aime trop les escapades - dont le prix ne sera pas payé par Kimche, Halevy, Bibi ou Tzipi, mais par Tsahal et nos soldats, sans parler des habitants du Sud (5), les hommes politiques sérieux - ils sont rares - feraient mieux de revenir les pieds sur terre et de consolider nos rares acquis dans le monde arabe. L'avenir n'appartient pas aux politiques. Il n'appartient pas aux intellectuels. Il n'appartient même pas aux diplomates. L'avenir d'Israël ne sortira pas des bancs prétentieux et délirants des universités de Grande-Bretagne.

Isabelle - Yaël Rose,
Jérusalem, le 26 décembre 2008 

(1) « Lion of Jordan, The life of King Hussein in war and Peace », Avi Shlaim, 2007.
(2) Haniyé et Moubarak ne vont certainement pas se laisser éjecter par Mechaal et le Roi sans répliquer. Pour montrer qu'ils sont toujours des forces actives, ils devront donc reprendre la « lutte armée » contre Israël.
(3) Non seulement il faut s'attendre à un conflit entre le Hamas et l'A.P, mais aussi entre le Hamas égyptien et le Hamas iranien, entre les Palestiniens fidèles à l'OLP et ceux qui ont fait allégeance au Roi Jordanien.
(4) La Syrie va répliquer à l'agression de la Jordanie. Pour se faire, elle peut utiliser le Hezbollah.
(5) On ne mentionne même pas le prix que les Palestiniens devront payer : il semble que l'histoire - l'histoire arabe - ait décidé de les oublier.

27 décembre 2008

La guerre, de Gaza à Netivot

Chorale chantant à Netivot, mai 2003
(photo Jean Corcos)

D’abord, une explication à propos de cette photo, totalement décalée par rapport à l’actualité ... Nous étions en mai 2003, Israël sortait à peine d’une terrible vague d’attentats terroristes, et j’accompagnais pour Judaïques FM, une mission de solidarité du CRIF et de l’AUJF. Nous avions été jusqu’au bord de la frontière de Gaza, et vu le premier petit « musée » des roquettes lancées par le Hamas, à l’époque bien artisanales (voir photos sur ce lien). Et puis, en nous éloignant un peu de la frontière, nous avions eu droit à un repas de bienvenue dans la petite ville de Netivot, quelques kilomètres plus loin et qui semblait à l’époque bien à l’abri des bombardements. Une chorale locale nous avait accueilli par des chants, et j’ai le cœur serré en pensant qu’aujourd’hui, dans cette même ville, un missile a détruit une maison, tué un habitant et fait plusieurs blessés !

Ainsi va Israël : même les paysages les plus paisibles et bucoliques peuvent basculer dans l’horreur de la guerre, tellement étroites sont les frontières et imprévisible le voisinage. Ainsi vont les islamistes, à Gaza comme à Beyrouth : une milice famélique peut se transformer, à force de fanatisme, de volonté et de « transferts technologiques » (essentiellement en provenance de l’Iran), en un redoutable arsenal, capable de frapper de plus en plus en profondeur.

Après des mois de prudence, un des gouvernements le plus « colombe » qu’ait connu Jérusalem n’avait plus le choix : le début des opérations de Tsahal déclenchées ce matin ne sont pas une surprise, et mon ami Alain Eskenazi (sur son blog en lien permanent « A frenchie in the Holy Land ») le prédisait bien, dans son article publié le jour de Noël :

« (...) Même Meretz, le parti de gauche pacifiste israélien prône une intervention armée pour se débarrasser de ce mouvement extrémiste. Il semble qu'il n'y a pas de choix. Une bonne claque aux mauvaises odeurs! Pour restaurer le calme, rendre aux Palestiniens un pouvoir digne de ce nom et entamer des discussions. C'est vrai cela semble une évidence, ne serait-ce aussi et surtout que pour protéger les populations de Sderot, Ashkelon ou des kibboutz voisins. Mais on le sait bien aussi, quand on commence à bombarder et à entrer avec les chars on ne sait pas comment ça finit. Les premières victimes civiles, les soldats qui tombent, les images d'enfants qui souffrent : bref, belote et rebelote, la guerre, la vraie. Attendez vous, en tout cas, à suivre les journaux télévisés dans les jours à venir. »

Je publierai demain un long article de ma « correspondante » à Jérusalem Isabelle-Yaël Rose, écrit avant l’explosion de ce week-end, qui semblera donc assez « décalé » mais qui apporte un éclairage nouveau sur ces développements : au-delà de la guerre ouverte entre Israël et le Hamas, il y a aussi d’autres lignes de fracture dans le monde arabe, et clairement une des factions de l’organisation islamiste risque de payer très cher certaines imprudences récentes ... Lire aussi cette excellente synthèse de Amos Harel et Avi Issacharoff dans le « Haaretz » (en anglais), qui expose bien les objectifs stratégiques et les limites de l’action décidée par le gouvernement israélien. 

J.C

25 décembre 2008

Aux sources de l’antiaméricanisme radical, par Sadri Mokni

Introduction :
Une des grandes satisfactions que me procure ce blog - grand dévoreur de temps et activité bénévole supplémentaire depuis presque quatre ans -, est la possibilité de vous offrir d’autres contributions bénévoles, d’auteurs plus ou moins connus mais tous talentueux. Leur caractéristique - qui contribue aussi à l’originalité de « rencontrejudaïquesfm » -, c’est d’abord la variété d’origines des signataires, à l’image de l’œcuménisme de mes émissions. Autre originalité, l’environnement des auteurs, qui vivent soit à Tunis, soit à Jérusalem, soit en France ... Sadri Mokni se joint à l’équipe, et lui vit au Canada ! Franco-tunisien, il achève de brillantes études à HEC Montréal. Polyglotte, ouvert sur le monde, libéral par conviction, il est ulcéré par les « alter mondialistes » et leur antiaméricanisme radical. Et il nous propose un article à la fois profond et très érudit, qu’il faut lire avec attention car - bien qu’il n’en parle pas ici - le sujet concerne indirectement les Juifs et leur avenir : les nouveaux totalitaires arrivent !
J.C


La défaite, par forfait, du paradis des travailleurs soviétique, et la victoire des démocraties libérales, a désorienté la contestation de gauche du capitalisme. Celle-ci se reconstruira pourtant, dix ans après la chute du mur de Berlin, dans la contestation d’une mondialisation libérale assimilée à l’américanisation du monde (Revel 2002, 34). L’antiaméricanisme, depuis, recouvre sa vigueur perdue en 1989.

La fonction principale de la dernière mouture de l’antiaméricanisme est de noircir le libéralisme dans son incarnation suprême, celle d’un impérialisme (Ibid., 31). Le signal de départ en sera la tenue, en 1999, d’une réunion du CA de l’O.M.C à Seattle, troublée par des milliers de manifestants « anti-mondialistes » (Landier, Labbé, Aguiton et Berry 2001, 2). Depuis, les réflexes d’une gauche exaltée, hier séduite par le totalitarisme communiste, s’épanchent dans un antiaméricanisme populaire auprès de l’intelligentsia (Rioux 2005, 25). En effet, au coeur de la planète antiaméricaine, cette dernière joue le rôle d’avant-garde et empêche la critique rationnelle des Etats Unis (Ibid., 25-26). C’est avant tout dans un registre passionnel que se déploie l’antiaméricanisme. Entre permanences et discontinuités, cette nouvelle contestation du capitalisme reprend les schémas mentaux de prédécesseurs acquis à la cause soviétique. Expression d’une insatisfaction pluriséculaire face à la société libérale, la dernière gauche extrême, bien que galaxie hétéroclite, se retrouve dans le combat renouvelé pour des droits nouveaux (Landier et al. 2001, 6). Ce fait invite à la circonspection, car il n’est pas sans en rappeler un autre: au siècle dernier, des socialistes opposaient les droits réels prétendument acquis dans les « démocraties populaires » aux droits formels établis dans les démocraties libérales. En filigrane demeure donc la persistance d’inclinations totalitaires.

L’antiaméricanisme, la trahison des clercs, critique de la société libérale
La « libération de la parole » antiaméricaine, survenue dans les médias et les milieux littéraires, avec les manifestations de Seattle, la conférence de Durban en 2001 et les attentats du 11 septembre de la même année, révèle une frustration trop longtemps contenue (Rioux 2005, 23-24). Cette frustration, pour Schumpeter, relève de la crise sociologique du capitalisme, celle d’un système qui « ne vit pas seulement de pain mais également de foi » (Heilbroner 2001, 310-11). En effet, l’esprit critique qui mit à bas l’ancien régime et libéra les énergies qui allaient faire naître le capitalisme, nourrit, désormais sa contestation : le capitalisme crée un état d’esprit critique, qui après avoir détruit l’autorité morale de tant d’autres institutions, se retourne finalement contre la sienne; le bourgeois s’aperçoit à son grand étonnement que l’attitude rationaliste ne s’arrête pas aux lettres de créances des rois et des papes mais s’attaque également à la propriété privée et à l’ensemble du système des valeurs bourgeoises (Heilbroner 2001, 314).
Les trois malaises de la modernité de Taylor lui font écho. Dans la société libérale, l’individualisme, la primauté de la raison instrumentale et les institutions qui en sont issues font l’objet de sentiments mélangés : l’émancipation individuelle et le confort matériel qu’elles assurent cèdent le pas à un sentiment de « décadence » - le déclin de l’Empire américain -, renforcé par une quête de sens insatisfaite (Taylor 1992, 11-24). Pascal y verrait sans doute l’expression de la différence entre « l’esprit de géométrie » et « l’esprit de finesse » (Pascal 1955, 45). Si le premier mesure le progrès accompli en deux siècles d’empire de la rationalité, le second, parce qu’il sent et ressent, appartient à l’empire « des choses spéculatives et d’imagination » : il est frappé d’effroi par les froides démonstrations du géomètre (Ibid., 46-7). Pour Aron, cet état de choses se traduit par un désamour de la démocratie représentative, bourgeoise :
Personne n’est enthousiaste pour la démocratie parlementaire en tant que telle. Il n’y a qu’un seul argument mais il est très fort, c’est celui de Churchill : « c’est le pire de tous les régimes, sauf tous les autres ». Or, cette espèce de résignation à ce régime - qui est le moins mauvais ou le meilleur comparé à tous les autres -, ce n’était pas en accord avec l’enthousiasme et l’espérance des combattants et des résistants qui sortaient de la guerre. C’est tout à fait compréhensible. Or ... le régime stalinien était fascinant, il était horrible mais il était fascinant. « Pourquoi fascinant (interroge Wolton) ? ». « Ecoutez, cette discipline de parole à travers le monde entier, l’adoration du numéro un, l’amour pour cet homme (Staline), le tout au nom de l’humanisme, de la liberté et de la démocratie, c’était à la fois diabolique, monstrueux et fascinant. » (Missika et Wolton 1981).
Ce qui ne suscite guère l’enthousiasme, c’est le très raisonnable compromis - qu’incarnent les Etats Unis - trouvé entre la démocratie représentative et l’économie capitaliste : la première, qui fonde la liberté individuelle, s’appuie sur les assises de la liberté économique, rendue possible par le marché (Revel 2002, 16; Hayek 2007, 45-58). C’est ce compromis par trop raisonnable - ne s’accommode-t-il pas de l’ordre spontané propre au marché? - que les utopies socialistes rejettent ; elles, qui portent leur regard vers un autre monde entièrement réinventé, réordonné. L’utopie porte aux nues, dans une lutte prométhéenne nimbée de romantisme, les sentiments accumulés de rébellion qui se déchaînent, et font du volontarisme la réplique au laisser-faire et du planisme un programme d’action contre l’injustice sociale.

Ingénierie sociale holiste, volontarisme, divorce d’avec la réalité
Changer le monde? L’idée est radicale. Or, l’art qui consiste à la mettre en application a connu des mutations. Pour l’exemple, au début du XIX ème siècle, un Owen rebuté par le paupérisme que générait la société industrielle, rêvait, lui aussi, à une complète ré ingénierie sociale. Les « Villages de la Coopération » étaient la solution qui, expérimentée dans le cadre de petites communautés, devait convaincre le monde par la force de l’exemple (Heilbroner 2001, 113-19). Or, si Owen, déçu par l’Europe, s’en était allé construire des Villages aux Etats Unis, si Fourier attendait « le capitaliste sauveur » qui financerait ses phalanstères (Heilbroner 2001, 120), les contestataires contemporains sont les derniers à porter leurs espoirs sur ces USA, qui représentent plus que jamais une mondialisation libérale confondue avec l’américanisation du monde (Revel, op. cit.). Car, entre temps, l’universalisme de Marx et de ses héritiers a produit ses effets, et la gauche radicale, depuis, tente moins de créer des « Villages » que de prendre d’assaut l’Etat et promouvoir une autre mondialisation : selon les idées aujourd’hui dominantes, il ne s’agit plus de savoir comment utiliser au mieux les forces spontanées qu’on trouve dans une société libre. Nous avons entrepris de nous passer des forces qui produisaient des résultats imprévus et de remplacer le mécanisme impersonnel et anonyme du marché par une direction collective et « consciente » de toutes les forces sociales en vue d’objectifs délibérément choisis (Hayek 2007, 22).
Changer le monde, faire table rase, explique Popper, implique d’adopter une méthode non scientifique, peu réceptive à la critique et aux objections soulevées par certaines hypothèses sociologiques, en particulier celle de laquelle il ressort que le contrôle institutionnel a ses limites (Popper 1944, 311; Hayek 2007, 22). Ces limites, qui affectent la réforme impulsée par le haut, contrarient le planificateur qui continue d’obtenir des résultats qui ne correspondent pas à ses attentes initiales (id.). Immanquablement, ce dernier s’en prendra à l’élément humain pour réduire l’incertitude (id.) De la transformation de la société à la transformation de l’homme pour le conformer à l’idéal de la société nouvelle, il n’y a qu’un pas vers le totalitarisme (id.). Un pas qui va de la suppression de la liberté d’expression à l’élaboration d’une propagande mensongère (Ibid., 316; ajoutons l’exemple d’une information fallacieuse forgée par un agent soviétique et largement relayée par les médias occidentaux selon laquelle les Etats Unis menaient une guerre bactériologique en Corée est révélatrice (voir Revel 2002, 20-21).
Cet héritage des antiaméricains de gauche du début du XXI ème siècle explique les exagérations outrancières de leur rhétorique et leurs cris de joie devant les évènements du 11 septembre 2001 (pour le Québec, de nombreux exemples se trouvent chez Rioux 2005, 23-27 ; pour la France et le reste du monde, voir : Revel 2002, 103-145). C’est ce que Aron qualifie de substitution des faits par les dogmes (Aron 1955, 281). Macmillan en donne un aperçu avec l’exemple de la planification soviétique : [Celle-ci implique] « une somme considérable de falsifications dans toutes les branches de la production et dans leur système de comptabilité », rapportait, un gestionnaire soviétique des années 1950, qui passa à l’Ouest ; « partout il y a des faux-fuyants, des chiffres erronés, des rapports mensongers » (traduit par mes soins : Macmillan 2002, 152). La falsification des faits résulte d’un vaste concours de tendances : le planisme, le fait de remodeler la société selon des préceptes idéologiques, les excès du centralisme, imposent nécessairement la falsification de l’information, imposent l’uniformité, briment la liberté individuelle, entravent la créativité, empêchent l’expérimentation et conduisent à une société close et sclérosée (Ibid., 154-57).
C’est un véritable divorce d’avec la réalité. La vision idéologique des antiaméricains de la gauche extrême travesti la réalité lorsqu’elle ne s’accorde pas avec leurs préjugés idéologiques (Aron 1955, 274-303). Le blâme porté sur les Etats Unis à tout propos (Revel 2002, 31), la dénonciation des millions de morts générés par la « mondialisation sauvage » (Ibid., 120), l’explication donnée du terrorisme antiaméricain par ATTAC, les verts allemands et la « Radical Left » qui l’imputent à la « pauvreté croissante » que génèrerait la mondialisation « orchestrée par les USA » (Ibid., 120-21), etc. constituent autant de lectures sans nuances de la réalité.

Conclusion
Les milieux intellectuels expriment une tendance à l’antiaméricanisme maintes fois relevée par Aron, Revel et Rioux. Pour la gauche extrême, l’antiaméricanisme s’identifie à la contestation du capitalisme et de la démocratie libérale. Pourtant, derrière cette contestation, existe une volonté d’accélérer le progrès, l’idée que la société libérale demeure trop timorée face aux inégalités, l’exaspération face à des privilèges acquis que certains justifient par le recours à une « phraséologie libérale », l’idée que le progrès légitime une ambition illimitée, celle de la « ré ingénierie sociale holiste » (Hayek 2007, 21). Mais ces élans d’un certain « esprit de finesse », s’ils omettent certains principes, conduisent à l’erreur (Pascal 1955, 45). De même, les excès de l’esprit de géométrie. Car, ce qui délie l’ensemble, c’est l’approche sociologique holiste fort à propos déconstruite par Popper : le primat de la volonté sur l’expérimentation, « le transfert inconsidéré aux problèmes sociaux des habitudes de pensée engendrées par le maniement des problèmes familiers aux techniciens et aux ingénieurs » (Hayek 2007, 22, Popper 1944, 306), mènent au totalitarisme et à la violence. La gauche extrême, en effet, semble renouer depuis peu en France, avec le terrorisme (Besson 2008) : car si « l’erreur fuit les faits lorsqu’elle satisfait un besoin » (Revel 2002, 26), elle impose l’action violente pour tordre la réalité aux prescriptions idéologiques.

Sadri Mokni

Bibliographie

1) Revel, Jean-François. 2002. L’obsession antiaméricaine. Paris : Pocket.
2) Philip, Christian et Panayotis Soldatos, dir. 1997. L'Union Européenne de l'an 2000 : Défis et perspectives (actes d’un colloque tenu dans le cadre des Entretiens du Centre Jacques Cartier, à Montréal, les 3 et 4 octobre 1996). Montréal : Chaire Jean Monnet, Université de Montréal
3) Landier, Hubert, Daniel Labbé, Christophe Aguiton et Michel Berry. 2001. Du mouvement ouvrier au mouvement antimondialiste (actes d’un colloque tenu dans le cadre des Soirées Débats de L’association des amis de l’École de Paris du management, à Paris, le juin 2001). Paris : Les amis de l’École de Paris, L’École de Paris.

4) Rioux, Christian. 2005. « Comment peut-on être américain? ». Revue Argument 7 (printemps-été) : 22-29.
5) Heilbroner, Robert L. trad. Pierre Antonmattei et Eileen Tyack-Lignot. 2001. Grands économistes. Paris : Éditions du Seuil.
6) Taylor, Charles. 1992. Grandeur et misère de la modernité. Montréal : Bellarmin.
Pascal, Blaise. 1955. Pensées. Paris : Éditions Lutetia.
7) Missika, Jean-Louis et Wolton, Dominique. 1981. Itw Raymond ARON sur le débat intellectuel en France pendant la guerre froide. "Spectateur engagé". Paris: Antenne 2. Archive INA, 7 min, vidéo.
8) Hayek, Friedrich A. 1946, 4e rééd. 2007. La route de la servitude. Paris : PUF.
Popper, Karl R. 1944. « Piecemeal Social Engineering » dans Miller, David, éd. 1985. Popper Selections. Princeton : Princeton University Press.
9) Aron, Raymond. 1955. L’opium des intellectuels. Paris : Hachette littératures.
Macmillan, John. 2002. 1ère éd. Reinventing the Bazaar. New York : W. W. Norton & Company.
10) Besson, Sylvain. 2008. « La derive de l’ultragauche ». Le temps 3335 (27 novembre), supplément « Éclairages ».

24 décembre 2008

Dimanche 28 décembre : rediffusion de mon émission avec le chanteur Khalis


La période des fêtes de fin d’année, où beaucoup d’auditeurs sont en vacances, est régulièrement l’occasion de vous re-proposer un numéro de « Rencontre » déjà diffusé ...

J’ai choisi de vous faire réentendre dimanche prochain l’interview marquante du chanteur Khalis, autour de sa bouleversante chanson « Kamikaze » - relire, ou lire l'article que je lui avais déjà consacré sur le blog, avec surtout le clip et les paroles de cet hymne contre la barbarie islamiste !

J.C

22 décembre 2008

Israël - Sénégal : une coopération modèle entre l’Etat juif et un pays musulman

Le Président sénégalais Abdoulaye Wade
(photo Associated Press)

Introduction :
Mon ami Souhail Ftouh m’envoie de Tunis cet article original, parlant d’un pays dont on parle très peu et qui est pourtant très proche de la France, le Sénégal. Après avoir compilé (comme à son habitude) une documentation impressionnante sur le Web, il souligne le niveau étroit de coopération entre Israël et ce pays ... à 99 % musulman ! Il rend particulièrement hommage à son Président Abdoulaye Wade, et il a raison de le faire car c’est un homme de paix. Venu lundi 15 décembre inaugurer à l’UNESCO, à Paris, le « troisième congrès des imams et rabbins pour la paix », il a redit sa conviction que la coexistence pacifique de deux États, israélien et palestinien était possible - voir sur ce lien.
Bonne lecture !
J.C

A peine élu à la tête du pays, en avril 2000, Abdoulaye Wade annonçait sa volonté de faire du Sénégal un pays émergent doté d’infrastructures routières et hôtelières aux standards internationaux .En juillet de la même année, il installait « l’Agence nationale pour la promotion des investissements et des grands travaux » (APIX) chargée de piloter ses « grands chantiers ». De même Dakar ne pratique pas la moindre discrimination envers les entreprises étrangères.

Contrairement à beaucoup de pays musulmans, le Sénégal est un pays pragmatique, qui a élargit la coopération avec des partenaires étrangers aussi variés que possible. Ce pays n’a jamais, par exemple, avancé les considérations politiques sur les considérations économiques. On trouve dans ce pays des investissements venant de l’Orient, comme par exemple le projet de la « zone économique spéciale » dont le prometteur est la société « Jebel Ali Free Zone de Dubaï » ainsi que des projets de l’ANOCI (Agence nationale pour l’Organisation de la Conférence Islamique). On trouve aussi des investissements venus de l’Occident, comme le financement de l’autoroute Dakar - Diamniadio, le futur aéroport international Blaise - Diagne, et les futurs six hôtels haut de gamme sur la corniche ouest. Le Sénégal est aussi ouvert sur les investissements israéliens.

La coopération économique entre Israël et le Sénégal est en passe d’amorcer aujourd’hui un saut qualitatif avec notamment l’existence de plusieurs projets, dont un complexe agro- industriel d’un coût de 6 milliards 500 millions de F. CFA qui sera installé à Koubalan, pour participer au processus de reconstruction de la Casamance. L’initiative qui sera financée en grande partie par des fonds israéliens déjà disponibles, permettra aussi le bitumage de plusieurs routes de cette partie sud du pays, de même que l’application sur place de systèmes d’irrigation de pointe conformément à l’expertise israélienne en matière de goutte à goutte. Ce projet, du reste assez novateur, va permettre la création de 600 emplois en Casamance.
La politique modéré et pragmatique du président Abdoulaye Wade a permit une hausse du flux des investissements israéliens au Sénégal. Première annonce, l’implantation à Koubalan près de Bignona, d’un complexe agro-industriel doublé d’une Université Catholique, qui va accueillir quelque 3000 étudiants en provenance de 16 pays de la sous région. Le projet qui va favoriser des cultures fruitières et maraîchères sous serres, une laiterie, des bassins de rétention, la pisciculture, etc., va générer des revenus estimés à près de 9 milliards par an. Autre grand projet israélien au Sénégal, la création d’une centrale solaire à Allou Kagne près de Thiès. Le Cheikh Ahmadou Bamba Fall, représentant exclusif de l’israélien « Millenium Solar », annonce que cette centrale de 50 mégawatts va contribuer grandement à la résorption du déficit énergétique à Thiès et ailleurs au Sénégal. Ses partenaires Israéliens seront d’ailleurs au Sénégal dans la première semaine de janvier 2009 pour peaufiner ce projet avec les autorités sénégalaises. Les investissements israéliens vont aussi permettre l’ouverture dans quatre mois, à Diamniadio, d’une usine de fabrication d’engrais qui va concerner aussi d’autres pays d’Afrique de l’ouest.

Monsieur Gidéon Béhar, l’ambassadeur d’Israël au Sénégal, a présenté début décembre 2008 dans une conférence de presse, les performances économiques d’Israël, un pays peu gâté par la nature mais qui a su doper son économie en s’appuyant sur des investissements massifs dans le domaine des technologies high-tech et de l’agriculture. Le volume des échanges entre le Sénégal et l’état d’Israël est évalué à ce jour à 10 millions de dollars par an.
On pourrait s’attendre aussi que cette coopération s’élargisse dans le temps et dans des domaines les plus variés. Je pense par exemple à une coopération financière entre Israël et le Sénégal qui pourra bien voir le jour dans les mois ou les années à venir. En effet, la chute de la bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) d’Abidjan, qui a perdu plus de un quart de sa valeur en deux mois, relance une idée chère au président Abdoulaye Wade : le création d’une place boursière à Dakar .Le Sénégal estime que la (BRVM) ne bénéficie qu’à la Cote d’Ivoire. La BRVM, dont le siège à Abidjan, est présidée par un Ivoirien et 34 des 38 entreprises qui y sont cotées sont ivoiriennes. Alors qu’un futur « Dakar Stock Exchange » pourrait accueillir des sociétés qui ont récemment investi au Sénégal, comme Dubaï Ports World ( Port de Dakar) , ArcelorMittal ( sidérurgie) ou encore AIDB( futur aéroport). Sans oublier Sonatel. Le Sénégal pourrai monter une place boursière à Dakar. Je pense ici à l’expérience israélienne qui sera un atout majeur dans la création d’un futur « Dakar Stock Exchange ». Hormis les USA et le Canada, Israël est le pays du monde qui a le plus de sociétés cotées en bourse au « Nasdaq » de new York (1).

Je ne pourrais que féliciter au peuple sénégalais pour sa tolérance et son ouverture et au gouvernent sénégalais pour son pragmatisme. En même temps, ce pays (qui n’est pas plus royaliste que le roi) a tissé des bons liens commerciaux avec Israël, il a aussi gardé de bonnes relations avec l’ensemble des pays musulmans (2). La sacro-sainte « question palestinienne » n’a jamais était un prétexte pour ce pays pour rompre avec l’état d’Israël (3) ni même un obstacle pour l’arrivée des investisseurs israéliens. La preuve est que le Sénégal a reçu au mois de mars 2008 le 11ème Sommet de « l’Organisation de la Conférence Islamique » organisé à Dakar. Ce pays s’offre aujourd’hui donc tous les atouts pour réussir, il sait très bien qu’Israël sera dans le futur proche un partenaire solide pour le développement en Afrique surtout que les prix de pétrole sont en chutes libres (40 $ le baril), et que les fonds d’investissements des pays du Golfe seront bientôt à sec.

Ma question est la suivante : pourquoi mon pays, réputé ouvert, la Tunisie, ne fait pas de même et n s’ouvre-t-il vers l’investissement israélien? Je finirai par trouver la réponse à Dakar.

Ftouh Souhail,
Tunis


(1) Israël est au deuxième rang mondial pour les investissements capital risque après les USA. A voir aussi le Dynamisme de la bourse de Tel-Aviv qui, en 2007 a atteint les 1000 points ... contre 100 en 1992 !

(2) 1000 milliards de F CFC doivent être investis au Sénégal dans des projets financé par des pays du Proche Orient par rapport à 6 milliards 500 millions de F CFA venant des fonds israéliens déjà disponibles. Pour les fonds arabes notre source d’information est Jeune Afrique Magazine (numéro 2499 du 30 novembre 2008). Pour les fonds israéliens : c’est l’Ambassade d’Israël au Sénégal.

(3) Hormis la rupture des relations diplomatiques après la guerre du Kippour, en parallèle avec l’ensemble des pays de l’Afrique Noire ... qui les ont reprises dans les années 80, reconnaissant avoir fait une erreur

20 décembre 2008

Hanouka Sameah !

Allumage de la huitième bougie de Hanouka
(photo tirée du site http://www.darnna.com/)

Nouvelle mise à jour ajoutée le 27 novembre 2013 :

Allez, on ne se désespère pas de la curiosité des visiteurs venus juste à cause de la photo ... alors très vite :
- ceci est le blog d'une émission de radio qui passe un dimanche matin sur deux sur la radio Judaïques FM, vous pouvez l'entendre partout dans le monde sur le site www.judaiquesfm.com ;
- pour en savoir plus, un petit effort ... voyez en colonne de droite la présentation de l'émission, puis les liens pour écouter des enregistrements passés.
Merci pour votre attention !
J.C 

Une petite respiration, entre des articles un peu longs que j’espère, amis lecteurs, vous aurez la patience de lire jusqu’au bout ; et alors que, par la coïncidence des calendriers, les communauté juives à travers le Monde ainsi que les Chrétiens vont célébrer deux fêtes !

Dès demain soir dimanche débute en effet la fête de Hanouka, pour huit jours jusqu’au dimanche 28 décembre au soir ... chaque jour, donc, une bougie supplémentaire sera allumée sur la Menora dédiée à cette fête (huit branches plus le « Shemech », emplacement de la bougie qui sert à allumer les autres), un chandelier différent donc de l’emblème du peuple juif qui a sept branches. Bonnes fêtes, « Hanouka Sameah » à tous mes lecteurs juifs réguliers ... en invitant ceux qui sont arrivés là par le hasard d’une recherche à un tout petit peu de curiosité, histoire de découvrir à la fois le blog - en cliquant sur son titre ou sur "Home" en bas à gauche (plus de 900 articles déjà publiés) -, et l’émission (en écoutant des dizaines d’enregistrements sur la page http://jean.corcos.free.fr/) !
Pour les lecteurs non juifs et qui voudraient en savoir plus sur la fête, ce lien sur le site ami "Terre d'Israël", en lien permanent sur le blog.

Et puis mercredi soir, ce sera le réveillon de Noël pour nos amis chrétiens - et pour beaucoup d’autres, d’ailleurs, qui ne se réclament même plus de la religion de leurs parents, mais ceci est une autre affaire. Bonnes fêtes à tous en tout cas, et merci à ceux qui viendront rendre visite à cette adresse pendant la trêve des confiseurs !
Le blog sera réactualisé de manière un peu plus espacée ces prochains jours, mais il reprendra avec plein de nouveautés à partir du 1er janvier ...

J.C

19 décembre 2008

Des dignitaires religieux islamistes aux Palestiniens : faites-vous exploser à Jérusalem et Tel-Aviv


Introduction :
Les discours sanguinaires et obsessionnellement antisémites des dirigeants islamistes ont ceci de particulier que les premières victimes potentielles - juives ou israéliennes - n’en finissent pas de les reprendre, sur des sites ou des blogs ; tandis que, malheureusement, la majorité de Occidentaux ne les rapportent jamais, moitié par politiquement correct, moitié par peur de révéler une réalité explosive - sans faire de mauvais jeu de mots ! C’est vrai que je n’abuse pas sur le blog d’une telle documentation, que l’on trouve à foison (clips vidéos, textes traduits, revues de presse) sur l’excellent MEMRI - voir leur blog en lien permanent. C’est vrai aussi que, dans le « paysage de la blogosphère communautaire », mon propre journal en ligne vous révèle souvent et par contraste, les prises de position en sens inverse de certains intellectuels musulmans, affaire aussi de ne pas basculer tout à fait dans la dépression : il n’empêche ; ce sont plutôt les discours qui suivent qui ont du succès dans le monde arabe ; et le nier ne servirait à rien ! Des extraits de discours à lire donc avec gravité, d'autant plus que, ce 19 décembre, tout porte à croire que les dernières illusions de la trêve avec le Hamas seront pulvérisées à coups de roquettes kassams ...
J.C

Ci-dessous des extraits de discours de leaders islamistes se déclarant solidaires de la cause palestinienne, diffusés sur la télévision libanaise du Hezbollah Al-Manar et la télévision du Hamas Al-Aqsa les 3 et 5 décembre 2008.

Cheikh Himam Saïd, Guide suprême des Frères musulmans en Jordanie : "Ô noble Gaza, lève la tête. Grâce à toi, les musulmans lèvent haut la tête. Et vous, peuple de Hébron, vous menez maintenant la guerre contre les Juifs - ce dont vous avez bonne expérience. Nous avons vu comment, un jour de 1929, vous avez massacré les Juifs à Hébron. Aujourd´hui, massacrez-les sur la terre de Hébron. Tuez-les en Palestine. Levez-vous, ô peuple de Palestine, tout le peuple de Palestine, dressez-vous pour défendre votre mosquée Al-Aqsa, pour défendre Naplouse et Hébron. Levez-vous pour faire face aux forces de sécurité préventives [de l´Autorité palestinienne]. Ne les redoutez pas, car ce sont des lapins. Ce sont des loups [sic], donc ce les craignez pas, ô lions."
(...)
"Ô jeunes hommes, que direz-vous au gouvernement jordanien ? Expulsez l´ambassadeur juif d´Amman. Amman est pure, et l´ambassadeur juif ne doit pas souiller son sol. Souvenez-vous de l´ambassadeur jordanien de Palestine. Seuls les moudjahidine devraient se trouver en Palestine - ni les ambassadeurs, ni les ministres, ni un quelconque représentant de cette nation en Palestine. La Palestine est la terre du djihad, du sacrifice et de la préparation. Nous déclarons à ce gouvernement : mettez fin à la normalisation avec les Juifs. Stoppez tous les importations et exportations avec les Juifs. Nos marchés sont pleins de fruits et légumes juifs. Les commerçants qui nous amènent ces fruits et légumes sont des traîtres et des collaborateurs. Dites-le leur. Qu´ils entendent notre voix. La position des docteur s de la religion est que celui qui fait affaire avec les Juifs est un traître et un collaborateur."
(...)
Husan Abdallah, de l´association libanaise des dignitaires religieux islamiques : "Je déclare au nom de l´Association des religieux islamiques : la trêve avec l´entité sioniste n´a pas de sens. La solution est de reprendre la résistance pour qu´elle soit plus forte et plus efficace. Que les corps purs se fassent à nouveau exploser à Jérusalem et Tel-Aviv et dans toutes les villes de la Palestine occupée, car l´ennemi ne comprend que le langage de la force."
(...)
"Au courageux peuple égyptien, nous déclarons : Levez-vous et faites tomber la barrière artificielle ; apportez nourriture et médicaments à vos frères assiégés de Gaza. Les Egyptiens se doivent de commettre un acte de violence, même s´ils se font mettre en prison, même s´ils meurent. Ils deviendront des martyrs pour Allah."
(...)
Osama Hamdan, représentant du Hamas au Liban : "Notre but est de libérer toute la Palestine, de la rivière à la mer, de Rosh Hanikra à Oumm Al-Rashrash [Eilat]. De Gaza, messieurs ... Nous ne voulons pas d´un Etat de 364 km carrés, ni d´un Etat pour lequel il nous faille mendier à la table des négociations. Un tel Etat ne verra jamais le jour. Nous voulons un Etat libre, digne, de 27 000 km carrés - la taille de toute la Palestine." 

 Dépêche spéciale MEMRI n° 2146 du 12 décembre 2008

18 décembre 2008

Ecoutez Benjamin Stora (suite)

Voici donc, comme promis, la suite et la fin de mes enregistrements de Benjamin Stora.
Pour rappel, il s’agit de la deuxième interview, diffusée le 15 juillet 2007, et consacrée à son livre « Les trois exils. Juifs d’Algérie » (Editions Stock).

Bonne écoute !

J.C



17 décembre 2008

Ecoutez Benjamin Stora !


J’ai eu la chance de réaliser trois belles et riches interviews avec Benjamin Stora, qui est un des historiens de référence pour l’histoire contemporaine de l’Algérie. Et j'espère avoir l'occasion de le recevoir encore souvent à notre radio !

Nous avions d’abord parlé, en janvier 2005, de son livre « La gangrène et l’oubli » (Éditions La Découverte), qui traitait de la mémoire de la guerre coloniale et de la réécriture de son histoire, à la fois en France et en Algérie (lire sur ce lien la présentation de l’émission sur le blog).
Il y a un podcast de cet interview, qui vous permettra de l’écouter directement sur le blog.

Nous avons ensuite, en juillet 2007, consacré deux émissions à son ouvrage « Les trois exils. Juifs d’Algérie » (Éditions Stock) - voir en liens les présentations sur le blog ici et .

Vous pouvez entendre la première émission, consacrée à la période allant de la colonisation aux années 30, en utilisant ce player :



La deuxième émission, traitant de la vingtaine d’années entre les années noires sous Vichy et l’exode massif de Juifs suite à l’indépendance, sera mise en ligne dans un prochain article.


J.C


Post-scriptum :


Pour suivre l’actualité de cet historien très prolifique, je vous recommande d’abord l’adresse de son blog : cliquer ici.

Enfin, je vous signale la sortie de son autobiographie intitulée « Les Guerres sans fin. Un historien, la France et l’Algérie » (Editions Stock), où il raconte comment est née sa passion pour l’Histoire après un épisode trotskyste ; et comment, Juif pied-noir sans nostalgie pour l’Algérie française ni indulgence pour le FLN, il est devenu un narrateur rigoureux et indépendant des « groupes de mémoire » qui ne sont pas prêts, comme il l’écrit, « à éteindre cette guerre sans fin ».

16 décembre 2008

Chiites, la poussée démographique

Carte publiée dans "Le Monde des Religions", septembre-octobre 2008
Pour chaque pays sont donnés : le pourcentage de chiites parmi la population musulmane ; leur nombre estimée, en millions.
Cliquer sur la carte pour agrandir

La montée en puissance des Chiites au Moyen Orient et ailleurs dans le monde est une réalité, dont on a pris seulement conscience au cours des trois dernières années, avec une série d’évènements non souhaités mais s’enclenchant dans une réaction en chaîne :
- en Irak, le renversement de Saddam Hussein a libéré de l’oppression la « minorité » chiite qui était en fait la majorité de la population depuis plusieurs années. Un gouvernement à majorité chiite et réconcilié avec l’Iran est donc en place, au grand regret des pays arabes voisins qui tardent à renvoyer des Ambassadeurs à Bagdad ;
- au Liban, la « divine victoire » du Hezbollah au cours de la guerre de l’été 2006 lui a permis de remonter la pente après le départ des alliés syriens, puis de mener un « putsch » au printemps dernier, imposant un « gouvernement d’union nationale » et un Président de la République à sa façon ;
- en Iran, centre de commandement de la « révolution islamique » version chiite, la stratégie jusqu’au-boutiste de la « ligne Ahmadinejad » semble réussir, puisque les sanctions s’avèrent impuissantes à faire renoncer à la course à l’arme nucléaire, tandis que, recherchant une entente régionale pour faire face aux extrémistes sunnites (Talibans en Afghanistan, Al-Qaïda en Irak), la nouvelle administration américaine semble décidée à « négocier » avec Téhéran.

Or si tous ces évènements se sont déroulés, l’un après l’autre, c’est aussi en raison d’une poussée démographique lente et régulière qui a renforcé les communautés chiites partout dans le monde : représentant toujours les minorités écartées du pouvoir (sauf en Perse, depuis les Safavides au XVI ème siècle), ils ont toujours été l’incarnation de « l’islam des opprimés », donc de populations ayant à prendre une revanche sur l’Histoire ... Faire des enfants, beaucoup d’enfants, est toujours une arme stratégique pour les minorités les plus pauvres, et ils sont ainsi devenus la communauté musulmane la plus nombreuse au Liban.

Cette carte fait un point précis des rapports de force démographique au Moyen Orient et en Asie. Elle a été publié dans un dossier très riche consacré au clivage sunnites/chiites, et paru dans «Le Monde des Religions » (numéro 31 de septembre / octobre 2008). De précieuses lectures, en complément à un nouveau livre de référence qui devrait faire l’objet d’une interview avec un expert du Chiisme en 2009 !

J.C

15 décembre 2008

Une ligne vraiment directe ...


Le sourire du mois
- décembre 2008

Photo sans truquage prise sur le Kotel, sans commentaires et en espérant n'avoir pas choqué les lecteurs juifs les plus orthodoxes !

J.C

14 décembre 2008

"Muammar al-Kadhafi ou la partie émergée de l’iceberg", par Pierre Vermeren

Introduction :
Mon ami l'historien Pierre Vermeren (que vous avez pu entendre à nouveau récemment à mon micro) m'avait envoyé le texte d'un article publié dans la chronique "Rebonds" du journal "Libération", peu de temps après la visite à Paris du dictateur libyen. Bien au delà du personnage et de ses frasques - qui, pour une fois, avaient été dénoncés dans nos journaux -, l'état calamiteux de la plupart des société arabes y est dépeint, dans une fresque assez déprimante ... On a rarement l'occasion de lire une synthèse aussi claire sur le sujet, et donc c'est pour moi un plaisir que de la reprendre sur ce blog, - en constatant, hélas tristement puisque cette publication date d'il y a un an, qu'elle n'a pas pris une ride !
J.C

Le séjour à Paris du président colonel Muammar al-Kadhafi eut au moins un mérite pédagogique, rappeler aux Français que 250 millions d’Arabes ou assimilés (Kurdes, Berbères, Nubiens) vivent en dehors du monde démocratique. En vertu de quoi les horribles attentats d’Alger du 11 décembre soulignent que, dans cette région, les conflits se règlent souvent par des actes de guerre.

Dans cette région du monde grande par la géographie et par l’histoire, hormis la douloureuse expérience libanaise, aucun chef d’Etat du monde dit «arabe» n’est démocratiquement élu. L’armée règne partout en maître, sauf quand un chef religieux peut la tenir en respect. Mais, parce qu’elle le protège, l’armée n’est jamais loin.La Libye est davantage une caricature qu’une exception. Quels que soient ses sanglants méfaits, le colonel est une pâle figure de la tyrannie à côté de feu Saddam Hussein et Hafez al-Assad. En effet, quels que soient le charisme, l’aura et les titres de leurs chefs d’Etat ou notre proximité avec eux, ces régimes ne respectent que rarement l’Etat de droit, même si des progrès sont à noter au Maroc, en Algérie ou en Jordanie.

Les chefs d’Etat règnent des décennies durant, puis transmettent le pouvoir à un proche (souvent un fils). Les libertés publiques ne sont pas assurées : ni la liberté d’expression, ni les libertés religieuse et d’opinion, ni les libertés sexuelles. L’institution judiciaire n’est jamais libre, les prisonniers sont traités sans égards, souvent soumis à la torture (parfois même par délégation des «Etats de droit»). L’apostasie, la conversion et l’athéisme sont des crimes, comme l’homosexualité. L’égalité des sexes n’est presque jamais établie.

La corruption paralyse la croissance économique, seulement stabilisée par des ressources d’hydrocarbures colossales. Les indices du développement humain sont souvent dramatiques, comme l’a révélé le Pnud [Programme des Nations unies pour le développement, ndlr] au début de la décennie à l’initiative d’auteurs arabes. La scolarisation est très incomplète, la pauvreté importante, le sort des femmes peu enviable. L’immigration est instrumentalisée et chassée collectivement au besoin, comme cela est arrivé en Libye. Or, du fait de la rente pétrolière, la pauvreté n’est pas la cause de ces violences : ce sont les lois positives de ces Etats, l’arbitraire et l’accaparement des richesses.

Les islamistes en guerre contre ces régimes autoritaires n’ont jamais pu les renverser malgré d’atroces guerres, comme en Algérie. L’islamisme aurait donc échoué. C’est oublier que la victoire des Etats a été obtenue grâce à des compromis passés avec les religieux. L’armée garde la haute main sur les Etats (Egypte, Syrie, Algérie vivent en état de siège depuis des décennies), mais un islam rigoriste règne en maître. Ladite «charia» gouverne l’Arabie. Partout des religieux peu éclairés rédigent les programmes scolaires, soumettent les femmes au code du statut personnel (sauf en Tunisie et plus récemment au Maroc), et une prétendue tradition dicte les comportements politiques, sociaux et culturels. Seuls le Maghreb et le Liban font parfois exception. L’islamisme règne mais ne gouverne pas. De cela résulte le départ des minorités religieuses, dont l’Occident assure plus ou moins le repli ou l’accueil. Outre les chrétiens d’Irak, récemment évoqués par le ministre Kouchner, la population chrétienne libanaise s’est effondrée de moitié, et il est probable que, à la suite des minorités juives, les deux tiers des chrétiens d’Orient aient quitté leurs pays.

La seconde conséquence est la radicalité islamiste qui a aujourd’hui le visage d’Al-Qaeda ou du chiisme révolutionnaire, constamment portés à la surenchère. L’islamisme le plus radical s’adonne à une violence aveugle, par le truchement de milliers de jeunes gens prêts à se suicider faute d’avenir. Ce n’est plus seulement un ennemi local que combattent les Etats, mais un ennemi global, comme à Alger. Tétanisés par les risques collatéraux dont ils sont victimes (attentats de Londres, Madrid), les pays européens confient aux Etats arabes la mission de les défendre contre «l’hydre islamiste», faisant a posteriori du 11 septembre 2001 une triste aubaine pour régimes impopulaires.

Parce que les peuples consultés votent peu et placent les islamistes en tête quand ils le peuvent (Palestine), l’Europe s’en remet à ces régimes quitte à mêler d’un bloc désespoir populaire et fureur salafiste !Qui s’intéresse au peuple libyen ? N’estime-t-on pas que les «Arabes», vieux tropisme colonial, ne sont gouvernables que par la manière forte ? Si la démocratie est vouée à l’échec («Voyez l’Irak !», dit l’écho), quelle politique européenne mener ? Pour les sécuritaires, ces Etats autoritaires doivent combattre l’islamisme (et l’immigration africaine) en attendant des jours meilleurs. Pour les démocrates, il faut garder le contact avec les élites occidentophiles tout en sachant leur audience presque nulle. Pour les hommes d’affaires, priorité aux ressources pétrolières et financières abondantes ! Pour l’Europe du Sud (Groupe 5 + 5), il faut mutualiser la politique sécuritaire.Activée après la guerre de 1967, la «politique arabe» de la France devait faire oublier l’alliance israélienne et la guerre d’Algérie. La lune de miel avec les régimes arabes a été la plus poussée avec le Maroc de Hassan II et l’Irak de Saddam Hussein. Cette politique est- elle obsolète ? Rien ne l’indique en réalité. La France veut rester l’interlocuteur privilégié des pays arabes. Elle a perdu pied en Irak, mais renoue avec la Libye. Elle est concurrencée au Maroc par les Américains, mais y soutient totalement l’ouverture du régime, tout en se rapprochant de l’Algérie.

Il y a trois siècles, Montesquieu a fait l’éloge du commerce international, y voyant le seul moyen de pacifier les rapports entre les nations. L’«Union méditerranéenne» peut-elle être le supplément d’âme d’une politique commerciale et sécuritaire ?

La situation est si grave au sein du monde arabe que toute perspective nouvelle est à prendre en considération. Puisque l’issue du conflit israélo-arabe semble incomber à l’Amérique, faut-il aussi lui laisser le monopole des relations avec les chefs d’Etat arabes ? Le pouvoir absolu corrompant absolument, il n’est pas aisé de traiter avec des chefs d’Etat psychotiques (les droits de l’homme, qu’est-ce à dire ?), surtout pour une Europe pusillanime qui rêve d’un monde aussi doux que la Scandinavie. Remparts contre un terrorisme islamiste qu’ils ont si longtemps nourri, ces régimes, et plus encore leurs peuples, ne peuvent être abandonnés. La France et l’Union européenne devraient y penser, une fois les limousines reparties et la poussière des bombes retombée. Jusqu’à nouvel ordre.

Pierre Vermeren
Auteur de Maghreb, la démocratie impossible ?, Fayard, 2004.
© Libération, le 17 décembre 2007

12 décembre 2008

Ou sont passés les « modérés » arabes ? par Souhail Ftouh

Le Cheikh Mohamed Sayed Tantawi
(photo tirée du site "Al-Ahram weekly")

Je ne suis pas assurément un admirateur des mœurs en vigueur de l'Université Al-Ahzar, loin de là, mais je trouve aujourd’hui nécessaire d’être solidaire avec le Cheikh égyptien Tantawi, de l'Université Al-Ahzar. Les Frères musulmans viennent d’exiger du Cheikh Mohamed Sayed Tantawi, le grand imam du Caire, de s'excuser auprès des musulmans pour avoir serré la main du président israélien Shimon Pères, lors du congrès interreligieux à l’initiative de l'Arabie saoudite, qui s'est déroulé à New York, le 15 novembre dernier.

En lisant la presse arabe ces derniers jours, on ne trouve que des condamnations systématiques contre le Cheikh de l'Université Al-Ahzar pour avoir « serré la main de Shimon Peres lors du sommet interreligieux de l'ONU » .La photo de l’accolade « Tantawi- Pères » est présentée comme une trahison. Le Cheikh égyptien Tantawi a été réprimandé par le sous-secrétaire général des Frères Musulmans, Hamdi Hassan. Pour ce dernier « ce geste heurte profondément les sentiments du peuple égyptien, et a provoqué stupeur et dégoût ». Il exige désormais du Cheikh Tantawi « des excuses publiques et un engagement officiel en faveur des Palestiniens ».
Le discours sur les Palestiniens on le connaît en long, en large et en travers. La question qui se pose ici est de savoir pourquoi toute cette agitation antisémite pour une accolade ? Pourquoi on est arrivé à cette étroitesse d’esprit ? Mais ou sont t-ils les modérés arabes ? Pourquoi sont t-ils silencieux ? Pourquoi ne manifestent t-ils pas leur solidarité avec Sayed Tantawi, le grand imam du Caire ? Il est inadmissible que ces obscurs réagissent de cette façon aussi méprisante et agressive envers le Cheikh Tantawi, qui représente la plus haute autorité religieuse de l’Egypte. Il est inadmissible que ces haineux continuent à proscrire tout rapprochement interreligieux et tout dialogue à l'égard de nos amis Juifs, à un moment ou l’Egypte entière va fêter l’année prochaine le trentième anniversaire des accords de Camp David.
Cette bande intolérante agit en contradiction aux intérêts de son pays, et si j'en crois, à l'esprit même de l'islam ! Rappelons nous qu’un jour, un juif qui était voisin du Prophète Mahomet était tombé malade, et ce dernier lui a même rendu visite. Voilà un exemple de la tolérance que nous devons tous avoir les uns envers les autres. Les « Frères Musulmans » que je ne qualifie personnellement pas de musulmans (car ce n’est pas cela l’islam), sont des gens qui ont l’esprit tordu et refusent de voir la vérité ou l’admettre. Ils instrumentalisent le conflit en conflit interreligieux. Je pense même que ces crânes vides ne doivent pas avoir tellement de choses à faire dans la vie pour réécrire l'histoire de l’islam.
Je suis heureux que Sayed Tantawi, qui a participé à ce sommet interreligieux de l'ONU, ne fasse pas partie de ces feu follets que les islamistes et intégristes envoient pour polluer l’image de l’islam. Le Cheikh égyptien Tantawi a affaire aujourd’hui à des individus absolument immoraux, et à des antisémites enragés qui portent une pure réplique de la propagande nazie. Ces ringards illettrés parlent de « trahison » pour une simple accolade, alors qu’eux même ils trahissent jour et nuit le message de la tolérance de l’islam et ils trahissent encore plus la grandeur et la richesse de ce grand pays qui est l’Egypte .Ce pays qui a une grande histoire de 7000 ans ne pourra s’abaisser à ces fanatiques qui ne savent qu’égorger.
La presse arabe est aussi complice dans cette agitation malsaine contre le Cheikh égyptien Tantawi. Certains directeurs de presses ont transformé depuis longtemps leurs journaux en plateforme de haine antisémite, jusqu’à un degré où il est devenu impossible de tolérer le moindre geste positif d’apaisement envers les juifs. Pourquoi la presse arabe est-elle devenue un relais majeur de la propagande islamiste ? Pourquoi ne pas saluer l’initiative du Roi Abdallah qui a initiée ce premier congrès sur le dialogue interreligieux ? Pourquoi faire de Sayed Tantawi un bouc émissaire pour une simple accolade avec Monsieur Shimon Pères ? Je me demande aussi pourquoi les médias arabes, qui ont toujours les yeux braqués sur Israël, ne rapportent à leur public (qui est déjà mal informé) que les mauvaises nouvelles ? Et lorsqu’il s’agit de bonnes nouvelles, soit elles sont mal interprétées comme cette photo de l’accolade « Tantawi- Peres », soient elles sont tout simplement ignorées comme cette information encourageante qui vient d’Israël, d’un Rabbin, un Curé et un Imam qui ont récité, ce premier décembre 2008, une prière collective, au bord du lac de Tibériade, afin de «faire tomber la pluie» qui fait cruellement défaut cette année dans toute la région du Proche Orient. (1)
Parlez un Vrai Langage de Paix à Vos Lecteurs, voici un conseil précieux que je peux formuler aux médias arabes. Vos concitoyens, qui ont plus que marre de n'être jamais ni écoutés, ni entendus n’ont pas besoin de boucs émissaires. Ils sont déjà intoxiqués par la propagande et la désinformation. Anouar el Sadate, que D. le fasse revivre, lui même demeure un exemple pour le monde arabe d’un homme courageux et lucide : lorsqu’il a remplacé Nasser, il a décidé de faire la paix avec Israël.
Souhail Ftouh,
Tunis

 
(1) Les trois hommes sont Ian Clarck, qui appartient à l’église écossaise, Shlomo Didi, Secrétaire général du conseil rabbinique de Tibériade, et Mohammed Dahamshé, chef religieux du village arabe de Kfar Kana. Ce dernier a notamment déclaré : «C’est le Dieu unique qui est à la source du judaïsme, du christianisme et de l’islam, voilà pourquoi si nous vivons tous en paix et prions ensemble, le Seigneur nous répondra».

10 décembre 2008

Commémoration de la rafle de Tunis au Mémorial de la Shoah



Photos de la cérémonie du 7 décembre 2008, prises par Claude Bochurberg
En haut : allumant une des bougies du souvenir, Milo Adoner, 
Président de l'amicale des anciens de Bleichamer Auschwitz
Au milieu : lisant son discours, Claude Nataf ; Richard Prasquier, Président du CRIF, David Messas, Grand Rabbin de Paris ; un représentant des Autorités militaires ; encadrant Lililane Capel, adjointe au Maire de Paris, 
les représentants de la Tunisie (à gauche) et d'Israël (à droite)
En bas : au premier plan de gauche à droite, René Berrebi, ancien des Forces Françaises Libres, Raphaël Haddad président de l'UEJF, Serge Klarsfeld, Dominique Bertinotti, maire du quatrième arrondissement, un descendant de la famille beylicale de Tunis et Jackie Fredj, Directeur du Mémorial de la Shoah
(cliquer sur les photos pour agrandir)

Belle et émouvante cérémonie, dimanche dernier 7 décembre, au Mémorial de la Shoah à Paris. Une occasion pour moi, aussi, de voir réunies des mémoires certainement pas antagonistes, mais que l’opinion commune peine à voir associées : celle des persécutions nazies ; et celle des Juifs de Tunisie ... pour les nouveaux visiteurs du blog, ils pourront en cliquant ci-dessous en libellé sur les mots « Mémoire de la Shoah » et « Société d’Histoire des Juifs de Tunisie » (SHJT), voir combien ces sujets m’ont personnellement interpellé !

Peu de gens se souviennent, en effet, que la Tunisie fut le seul territoire français hors métropole, à subir une occupation allemande pendant la Seconde Guerre Mondiale : six mois entre novembre 1942 et mai 1943, un temps trop bref pour procéder à un massacre massif de la population juive locale, mais suffisant pour la terroriser, avec en particulier une rafle de 4000 hommes en décembre 42, envoyés dans des camps de travail ou sur les lignes de front, où hélas une cinquantaine, presque tous très jeunes, furent tués ; une poignée de résistants et de militants antifascistes furent aussi déportés en Europe, où ils furent assassinés ...

La SHJT et son dynamique Président, le professeur Claude Nataf, ont le mérite depuis quelques années de commémorer cette page sombre de l’histoire judéo tunisienne, par une belle cérémonie au Mémorial de la Shoah, et celle de cette année a été honorée par la présence de nombreuses personnalités : grands merci à Claude Bochurberg, producteur chez nos confrères de « Radio Shalom » de la série « Mémoire et vigilance », qui a pris ces photos et a eu la gentillesse de me les communiquer ! Mais le passé vient aussi interpeller le présent, et réciproquement : dans son beau discours, Claude Nataf a aussi évoqué l’actualité récente, avec le massacre de Bombay commis par des fanatiques se réclamant de l’islam, et qui, en vrais nazis de notre époque, ont torturé et assassiné le malheureux rabbin de la communauté Habad, son épouse et leurs hôtes. Il devait aussi saluer la présence, à ses côtés, des représentants de l’Etat d’Israël, représentant le peuple juif dans son ensemble, et de la République Tunisienne, dont la mémoire doit aussi (et souhaitons le, en dehors de Paris), intégrer cette page d’Histoire.

Plus de détails dans cet article publié sur le site du CRIF.

J.C