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18 mars 2008

Qui a peur des Juifs orthodoxes ?

Jeudi 6 mars, le ministre de la Défense Ehoud Barak a provoqué une nouvelle crise dans la coalition au pouvoir en déclarant qu'il refuserait d'accorder l'exemption militaire à 1.000 haredim étudiants de la Torah (en hébreu, talmidei-Torah). Alors que la question de Jérusalem a déjà poussé le Shas hors du gouvernement, suite aux révélations selon lesquelles l'équipe de négociateurs israéliens avait abordé le statut de Jérusalem avec les Palestiniens, faisant pressentir un futur partage de la capitale d'Israël - le Shas est de nouveau dans la ligne de mire.

D'après une loi portant le nom du député l'ayant présentée, la « loi Tal » prévoit que les talmidei-Torah sont exemptés du service militaire. Juste après la seconde guerre mondiale, alors que l’État d'Israël était en train de poser ses fondations, les religieux orthodoxes (haredim) étaient venus soumettre au Premier ministre d'alors David Ben Gourion une requête : exempter du service militaire tous les hommes ayant dévoué leur vie à l'étude de la Torah. L'argument présentait deux faces. D'une part, la Shoah avait décimé toute la communauté juive d'Europe et avec elle les plus grands maîtres de la Torah, les écoles talmudiques les plus actives, mettant en danger la transmission de l'étude et par là même de l'identité juive. Pour protéger l'enseignement de la Torah et la transmission de notre Histoire, il était donc urgent de fonder de nouvelles écoles, qui forment de nouveaux élèves amenés à devenir de nouveaux maîtres, dont la présence était nécessaire pour assurer la renaissance de la vie juive en Israël. D'autre part, dans le contexte de la création du nouvel État, confronté à de multiples défis, les haredim soutenaient l'idée que les valeurs et les traditions juives étaient destinées à jouer un rôle fondamental : elles seraient les fondations spirituelles, l'âme de la nouvelle société, les repères mais aussi le but de l'accomplissement d'une vie véritablement juive en Israël. Parce qu'une armée puissante, des soutiens politiques importants, une vie économique florissante, ne suffisaient pas à garantir l'avenir du peuple juif de retour sur sa terre : Il fallait donner une âme au corps, qui l'anime et le protège. Dans cette perspective, l'étude de la Torah, les prières, le respect des lois sacrées, étaient un rempart aussi nécessaire qu'une armée - en fait, loin de se substituer, ou de se livrer une compétition, les deux se complétaient.
En votant la « loi Tal », Israël allait donc renouer avec une vieille tradition issue de son passé : l'alliance sacrée entre l'armée et les prophètes.

Aujourd'hui, la situation a tout à fait changé. Les écoles d'étude de la Torah sont dynamiques - en Israël comme à l'étranger. Elles fournissent à cette génération mais promettent aussi aux générations à venir des maîtres et des élèves de qualité de telle sorte que le Judaïsme ne paraît plus en danger. Au moins dans son aspect spirituel. La population haredi est prospère, représentant une partie non négligeable de la société israélienne. Mais cette vitalité du monde orthodoxe a un effet pervers.
D'après un récent rapport de l'armée, on observe un accroissement des demandes d'exemption de service militaire. Ainsi, un homme mobilisable sur quatre ne s'est pas engagé l'année dernière. 11% des exemptions ont été accordées au motif que le candidat est un talmid-Torah. Le rapport prévoit que d'ici 10 ans, les haredim constitueront le quart de la population des hommes de 18 ans, éligibles pour une exemption. Malgré les efforts de l'armée pour inciter les haredim à s'engager dans une unité spéciale de l'armée - l'unité des Nahal haredi - seulement 350 étudiants de Yeshiva se sont engagés l'année dernière, parmi une population qui compte des milliers de personnes. L'unité des Nahal respecte la stricte séparation des sexes, le respect des lois de la casheroute, du Shabbat, et des lois halachiques d'une manière plus générale.
Le rapport de l'armée a également mis en lumière un nouveau phénomène de société : alors que les religieux nationalistes se remarquaient par un taux de participation élevé dans l'armée, il semble décliner, les étudiants sionistes religieux préférant dorénavant repousser leur engagement militaire. Ce phénomène date en gros de la période du désengagement de la bande de Gaza, où de nombreux nationalistes se sont sentis trahis par l'armée.

C'est dans ce contexte qu'il faut replacer la déclaration de Barak.

Eli Yishaï, le président du Shas, a vivement réagi accusant le ministre de la Défense « de mettre en danger la coalition » par ses provocations. Il a également indiqué que le Shas ne pourrait pas rester dans le gouvernement si celui-ci déniait aux étudiants de Yeshiva le droit d'étudier la Torah. Le parti orthodoxe séfarade, placé sous l'autorité du Conseil des sages de la Torah présidé par le Rav Ovadia Yossef, ne peut pas approuver ce projet de Barak. Du moins, pas en l'état.
De leur côté, des députés du Likoud ont déclaré que Barak avait fait cette déclaration pour cacher le fait qu'il donnait son approbation à toutes les autres initiatives du Shas. Il y a trois mois, le gouvernement a ré-instauré un ministère des affaires religieuses dirigé par le député Shas Itzak Cohen, quand ce ministère avait été liquidé par le Shinouï, le parti laïc voire anti-religieux de Tommy Lapid. Il y a deux semaines, la Knesset a approuvé à une large majorité une loi présentée par le Shas qui prévoit de limiter l'accès aux sites internet pornographiques et extrêmement violents pour les enfants. Enfin, d'autres projets sont en discussion, dont le plus décisif porte sur l'autorité des tribunaux rabbiniques dans les questions de mariage et de divorce. Le député Likoud Youval Steinitz - l'un des jeunes députés prometteurs liés à Benyamin Netanyahou - a déclaré que s'il devait être ministre de la Défense sous un gouvernement présidé par Netanyahou [donné largement vainqueur dans tous les sondages], il réformerait la « loi Tal ». A cause d'elle, 30.000 haredim sont exemptés de l'armée, soit 11% de la population mobilisable. Il a expliqué : « Ce n'est pas une question de nombre, mais une question d'éthique. Je peux accepter que quelques milliers d'étudiants soient sélectionnés pour étudier [la Torah], comme au temps de David Ben Gourion. Mais la situation actuelle de milliers de garçons ultra-orthodoxes qui ne servent pas dans Tsahal est intolérable et doit être changée, non pas parce que nous avons un besoin urgent de soldats, mais parce que nous avons besoin de sentir que tous les secteurs de la population partagent la mission de protéger notre patrie ». Se référant au fait que les haredim craignent que leurs enfants soient exposés à des situations qui mettent en danger leur observance des commandements de la Torah, Steinitz a proposé que ceux-ci servent dans des bases proches de leur domicile, ce qui leur permettrait de pouvoir rentrer dans leur communauté.
Steinitz ne s'est pas exprimé sur la nature des exemptions autres que « haredi » représentant 89% du chiffre total. Ni sur le taux particulièrement bas des engagements dans certains secteurs géographiques de la population.
Barak s'est mis en contact avec Yishaï et le ministre Shas des Communications Ariel Attias afin d'apaiser la polémique et de discuter du problème des exemptions.

Mais comme l'a dit Steinitz, indépendamment des chiffres, la déclaration de Barak pose deux graves questions : si l'armée est nécessaire - et accomplit un travail sacré - en protégeant Eretz-Israël, est-elle suffisante pour garantir la pérennité de l’État et du peuple d'Israël ? Un juif orthodoxe pratiquant est-il un mauvais Israélien ? C'est la nature du rapport entre Torah, État, Judaïsme et Israël qui doit être examinée.

Isabelle-Yaël Rose,
Jérusalem

17 mars 2008

Le Pakistan après l’assassinat de Benazir Bhutto : Coline Tison sera mon invitée le 23 mars

Partisans de Benazir Bhutto pleurant devant son mausolée (photo AFP)

Nous allons parler dans ma prochaine émission du Pakistan, un état de 160 millions d’habitants, le sixième du monde par sa population, et le deuxième après l’Indonésie parmi les pays musulmans. Cela faisait longtemps que je souhaitais traiter de ce pays, dont nous n’avions pas parlé depuis plusieurs années et qui est revenu au premier plan de l’actualité. Mon invitée sera Coline Tison. Coline Tison est une jeune journaliste reporter, travaillant pour une agence indépendante « Wild Angle productions » Je vous invite à visiter son site : http://www.waproductions.fr/ : vous pourrez y trouver des extraits de reportages vidéos, et en particulier plusieurs consacrés au Pakistan. Les téléspectateurs de Arte ou de France 2 ont pu suivre ces reportages, et j’ai vu personnellement celui produit par mon invitée juste après l’assassinat de Benazir Bhutto. Elle nous apportera donc un témoignage de terrain, il s’agit d’une région qu’elle connaît et aime particulièrement puisqu’elle est allée souvent en Inde et au Pakistan, et nous parlerons, au-delà de la politique, de ces sociétés tellement diverses dont nous n’avons en vérité que des clichés en mémoire.

Juste quelques mots de rappel sur les derniers mois : il y a eu d’abord en juillet dernier la prise d’assaut de la « mosquée rouge » d’Islamabad qui était un repère d’islamistes armés ; ensuite une longue année d’affrontements entre l’armée et ce que l’on pourrait appeler les « pro Talibans », avec de multiples attentats et au total plus de 800 tués ; et puis on a vécu, aussi, une crise politique avec un président dictateur, Pervez Musharraf, bien peu enclin à céder à l’opposition, et le retour de deux leaders exilés, Nawaz Sharif et Benazir Bhutto, cette dernière, surtout incarnant l’espoir d’un Pakistan à la fois démocratique, tournant le dos au fondamentalisme et aidant les Occidentaux embourbés dans l’Afghanistan voisin ; après une première tentative dès son retour, la malheureuse a été assassinée le 27 décembre ; et enfin, le 18 février dernier on a eu des élections législatives qui ont vu le triomphe des opposants à Musharraf.

Parmi les questions qui seront abordées dans notre interview :

- Où en est l’enquête sur l’assassinat de Benazir Bhutto ?
- Comment définir son parti : est-ce que c’est un parti clanique et féodal ? Est-ce que c’est un parti régionaliste ? Ou bien est-ce que c’est au fond le parti de la minorité chiite, qui est périodiquement persécutée par les Sunnites ?
- L’autre vainqueur des élections législatives, c’est Nawaz Sharif : lui est Sunnite, comme la majorité de la population, il avait été chassé par le coup d’état de Musharraf en 1999 et on le dit soutenu par l’Arabie Saoudite : comment son parti, la « Ligue musulmane », est-il vu au Pakistan, et quelles sont les couches de la société qui le soutiennent - et cela, alors qu’il devrait faire alliance avec le parti dirigé maintenant par le mari de Benazir Bhutto ?
- Il semble bien que les islamistes aient fait peur à beaucoup de Pakistanais : y a t il deux parties de la société complètement opposées ?

... Et puis Coline Tison, jeune femme reporter, nous racontera comment elle a été accueillie dans un pays où la plupart des femmes sont voilées !

J.C

16 mars 2008

Quand Bernard Lewis, Orientaliste mondialement reconnu, vient conseiller le gouvernement israélien …

Bernard Lewis

Bernard Lewis est un Orientaliste de réputation internationale. Né dans une famille juive anglaise en 1916, il a enseigné à l’Université de Londres jusqu’en 1974 avant de rejoindre la prestigieuse Princeton University aux États-Unis, dont il allait devenir citoyen et, beaucoup plus tard, un conseiller écouté en matière de politique au Moyen-Orient.

Pour mieux le connaître, je vous invite à consulter la page qui lui est consacrée sur l'édition de Wikipedia en langue anglaise, à comparer à la version française sur cette même encyclopédie. On notera en particulier que les rédacteurs français insistent relativement beaucoup plus sur ses positions controversées en ce qui concerne le génocide arménien ... Bernard Lewis, en fait, n’a jamais nié les massacres de grande ampleur commis dans l’Empire ottoman pendant la Première Guerre Mondiale ; mais il refuse d’accepter qu’il y ait eu une extermination planifiée par le gouvernement turc de l’époque.

Peut-être ce refus doit-il, en partie, à sa fascination pour la Turquie, dont il parlait la langue - comme d’ailleurs l’Arabe et le Farsi - et auquel il consacra de nombreux ouvrages. Mais on pourrait en dire autant pour le monde arabe dont il a été un éminent spécialiste, à la fois en matière d’histoire médiévale et contemporaine (voir sa bibliographie dans les liens ci-dessus). Je dois avouer - à ma grande honte - n’avoir lu de lui que deux traductions publiées aux éditions Gallimard, « l’Islam en crise » et « Que s’est-il passé ? L’Islam, l’occident et la modernité ». Précisons aussi que, pour des tas de raisons pratiques - et aussi parce qu’il ne donne que de très rares interviews - je n’ai pas eu l’immense honneur de l’avoir comme invité.

Bernard Lewis n’a jamais renié sa filiation juive, même si son approche historique est d’abord scientifique. Il a été un des premiers à consacrer un ouvrage au traitement des minorités juives par les Musulmans, sujet qui par exemple n’a guère intéressé les grands noms de l’Orientalisme français comme Louis Massignon, sous la direction duquel il obtint un « diplôme d’études sémitiques » en 1937. Contrairement à ses collègues obligés d’en « rajouter une couche » en matière d’antisionisme pour pouvoir continuer à être invités dans le monde arabe, Bernard Lewis a toujours pris la défense d’Israël ... y ayant même en « pied-à-terre » à Tel Aviv, où il se rend régulièrement.

A l’occasion de sa dernière visite au début du mois de mars, il a été reçu par les personnalités les plus importantes, du Premier Ministre Olmert au Ministre de la Défense Barak ! Vous pourrez lire (en anglais, naturellement) l'article du quotidien Haaretz où ces entretiens sont relatés : alors que les responsables israéliens du renseignement se montrent très pessimistes sur les chances de nouveau conflit en 2008, Bernard Lewis, lui dit « que le syndrome Sadate » pourra s’étendre au Moyen Orient, les dirigeants de plusieurs pays arabes sunnites trouvant au final la République Islamique d’Iran plus inquiétante pour eux que l’État d’Israël ; à noter aussi que, par contraste, il recommande ne rien négocier avec la Syrie : « Assad est un extrémiste dont le régime doit être remplacé », pense-t-il.

En complément, et pour ceux que la langue anglaise ne rebute pas, vous pourrez lire l'interview récente qu'il a donnée au quotidien "Jerusalem Post" : il y développe les mêmes analyses que celles que j’ai résumées ci-dessus, avec quelques illustrations qui témoignent de sa grande érudition.

J.C

13 mars 2008

"Boycotter le salon du livre est d'une bêtise rare", par Mohamed Sifaoui

Introduction :
Je n'ai pas encore eu le plaisir de recevoir Mohamed Sifaoui à mon émission ... Sans doutes, ce journaliste, libre penseur et profondément laïc, n'apprécierait pas d'être invité en tant que "musulman", même s'il ne renie pas sa religion d'origine. Mais, ayant du fuir l'Algérie après la vague d'attentats islamistes des années 90, ayant fait du combat intellectuel contre les salafistes une vraie raison de vivre, il aurait sûrement beaucoup, beaucoup de choses à raconter ! Indépendant il l'est, assurément, et il vient de le prouver par un article sur son blog (adresse : http://www.mohamed-sifaoui.com/) où il dénonce le boycott du salon du livre par plusieurs pays arabes, au motif qu'Israël est l'invité d'honneur cette année, année de son soixantième anniversaire !
N'ayant pas pour habitude de copier sans autorisation les articles de blogs confrères, je me permets juste de vous donner envie de le lire en en reproduisant ses premières lignes ... Soyons honnête : Mohamed Sifaoui se montre aussi critique vis à vis de la réponse militaire donnée aux attaques du Hamas, et je ne partage pas son avis ; mais dans la plus grande partie de son propos, il tranche par son courage par rapport à trop d'intellectuels d'origine musulmane ; et je me devais de le saluer ici.
J.C

"C'est une catastrophe, un malheur et une malédiction qui viennent de s'abattre sur la culture universelle : le sultanat d'Oman, l'Arabie Saoudite, l'Iran, le Yémen ainsi que d'autres pays arabo-musulmans boycottent le salon du livre de Paris. Le public n'aura donc pas l'occasion d'apprécier les grandes œuvres littéraires produites par ces pays. Quel dommage !

Naturellement, c'est pour rire - parce qu'il vaut mieux en rire qu'en pleurer - que j'écris ce qui précède. Quand on connait l'apport des intellectuels iraniens version Ahmadinejad ou celui des Saoudiens abreuvés au Wahabbisme ou encore celui des intellectuels algériens sympathisants de Bouteflika, on ne peut que se réjouir de l'absence de ces pays. Si j'avais ce pouvoir, j'aurais fait d'Israël l'invité d'honneur chaque année, juste pour constater l'absence de ces ennemis de la démocratie dans les couloirs du salon. Ces pays - dont les dirigeants boycottent par ailleurs la démocratie, les droits de l'Homme, l'intelligence, le travail, l'honnêteté, le respect de leurs administrés, le bon sens, la bonne gouvernance, etc. - ont décidé d'adopter cette attitude pour protester contre "le titre d'invité d'honneur accordé à Israël par les organisateurs du salon ..."

Mohamed Sifaoui

lire l'article sur le blog de Mohamed Sifaoui

12 mars 2008

Conférence le 17 mars : la Tunisie à l'honneur à l'Institut du Monde Arabe



C'est avec plaisir que je relaie cette invitation reçue d'amis tunisiens, et m'informant d'une conférence à l'Institut du Monde Arabe (1 rue des Fossés Saint Bernard, Paris), ce lundi 17 mars à 15h30 (réservations au 06.69.75.59.67).
Son thème sera : "Tunisie, diversité culturelle et modernité". C'est vrai que les deux vont toujours de pair, les pays les plus xénophobes ayant le plus de mal à s'intégrer dans le grand jeu de la mondialisation ... contrairement à la Tunisie, dont le PNB par habitant ne cesse de progresser !

Hélas, je ne pourrai personnellement me libérer le 17 mars : je raterai ainsi une occasion de retrouver, et de saluer deux personnalités rencontrées en Tunisie en mai dernier à l'occasion d'un colloque où j'avais été invité, le professeur Mohamed Hassine Fantar (titulaire de la Chaire Ben Ali pour le dialogue des Civilisations et des Religions) et le professeur Robert Bismuth, Président du Comité de Coopération Marseille Provence Méditerranée (voir articles en libellé).

J.C

Concert "Musiques d'Abraham" au Temple du Luxembourg



Ce n'est pas l'objet de ce blog de traiter de l'actualité culturelle ou littéraire, et il m'arrive de m'excuser auprès de lecteurs m'informant de la parution d'un nouveau livre, ou d'un CD musical s'ils sortent des domaines couverts par à la fois mon émission et ce site support.

Si je vous parle de ce prochain concert de musique classique, c'est qu'il est tout à fait dans l'esprit d'ouverture et d'espérance de "Rencontre" : il doit avoir lieu dans un lieu chrétien (le Temple du Luxembourg), très chrétien d'ailleurs avec un récital d'orgue ; mais la cantatrice mezzo qui m'en a informé est juive, et une militante qui ne désespère pas de la Paix, malgré l'actualité qui est bien triste depuis des années ... Le joli titre retenu pour l'ensemble des œuvres qui seront jouées est "Musiques d'Abraham", avec des titres comme "Chant du Muezzin", "Kaddish" ou "le Psaume 51" de Jean-Sébastien Bach.

Ce concert aura lieu le 15 mars prochain à 20 heures 30 (tous les détails sur l'affiche en illustration). 

J.C

11 mars 2008

Après l'attentat contre la Yeshiva

Les huit adolescents assassinés dans la Yeshiva Merkaz Harav

Jeudi 6 mars vers les 20h30, alors que les étudiants de la Yeshiva du Rav située dans le quartier de Kyriat Moshe étudiaient et célébraient le commencement du mois d'Adar, Ala Abou Dhaim, un résident de 25 ans de Jérusalem Est, a fait irruption dans le bâtiment sacré, massacrant avec une arme à feu des adolescents sans défense. Huit d'entre eux, âgés en moyenne de 16 ans, sont morts - parmi les victimes, un jeune français : Segev Peniel Avihail, 15 ans, de Neveh Daniel.
Cet acte n'est pas sans rappeler l'attentat-suicide de 2002 qui avait pris pour cible l'Université hébraïque de Jérusalem. Un autre jeune français, David Gritz, étudiant en philosophie, décrit par tous comme un jeune homme doux et tolérant, était mort. Le terroriste, en frappant l'Université, l'une des premières institutions créée par Israël, savait où il frappait : un lieu d'étude et de savoir, mais aussi un lieu de rencontres et d'échanges inter-culturels. Un lieu tourné activement vers la paix.

Le ministre de la Sécurité intérieure Avi Dichter a réagi dès vendredi à l'attentat, alors qu'il revenait d'Efrat [implantation en Judée] où l'une des victimes a été enterrée : « Nous devons trouver un moyen légitime et légal pour jeter dehors les quelques Arabes palestiniens qui choisissent d'aider et de participer au terrorisme. Il faut les expulser à Ramallah ! ». Deux jours plus tard, le président du parti national religieux, le député Zébulon Orlev, a déclaré que la loi devait être changée pour permettre l'expulsion de la famille Dhaim vers Gaza.
Un groupe jusqu'alors inconnu - « les martyrs d'Imad Mougnieh », du nom du chef du Hezbollah éliminé à Damas il y a un mois - a d'abord revendiqué l'attentat sur les ondes d'Al Manar, la télévision du Hezbollah qui émet depuis le Liban. Les officiels du Hezbollah ont pourtant rejeté toute implication dans le massacre. De son côté, le Hamas qui avait initialement revendiqué l'attentat est revenu sur sa déclaration.
Tout se passe comme si le Hezbollah et le Hamas, d'habitude prompts à revendiquer des attaques de cette sorte, se sont ravisés. Est-ce un effet de l'élimination de Mougnieh ? De l'opération « Hiver chaud » de la semaine dernière ? Cette retenue, cet effacement inhabituels, sont en tous les cas à méditer.
Pour sa part, le journal de langue arabe Al-Hayat, publié à Londres, a rapporté samedi 8 mars que la Syrie était derrière l'attaque. Selon l'article, celle-ci chercherait à détourner l'attention des pays arabes du Liban, pour la tourner vers la bande de Gaza et la Cisjordanie. Il y a deux semaines, certains pays - dont l’Égypte et l'Arabie Saoudite - avaient en effet menacé de boycotter le sommet de la Ligue arabe qui se tiendra à Damas à la fin du mois si une solution n'était pas trouvée à la crise présidentielle libanaise. Un officiel égyptien a confié au journal financé par les Saoudiens que l'escalade sur le front palestinien servait les intérêts syriens.
Quoiqu'il en soit, l’Égypte est de nouveau dans l’œil du cyclone : deux mois après la destruction de la frontière de Rafiah - qui protège l’Égypte de la bande de Gaza - la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice, en visite en Israël mardi dernier, a demandé à l’Égypte d'utiliser son influence pour calmer le Hamas. Lors des rencontres organisées au Caire entre les officiels égyptiens et les officiels du Hamas et du Djihad islamique, ceux-ci ont posé trois conditions à un arrêt de leurs activités : que la frontière de Rafiah soit de nouveau ouverte, que le Hamas en partage le contrôle, qu'Israël cesse ses actions militaires en Cisjordanie. En demandant cela, le Hamas a donné un coup non seulement à la souveraineté de l’Égypte, et à celle de l'Autorité palestinienne qui est l'interlocuteur naturel pour tout ce qui concerne la Cisjordanie, mais aussi à celle des États-Unis : l'administration Bush agit en effet pour que le contrôle de Rafiah soit partagé entre l’Égypte et l'Autorité palestinienne sous la supervision d'une présence européenne. La présence du Hamas est exclue.

Mais l'attentat contre la Yeshiva a provoqué un autre débat dans la société israélienne : celui qui porte sur le deuil de la famille et sur la manière dont celle-ci doit être traitée. Débat moral, mais aussi religieux si l'on veut bien admettre que les lois du deuil sont un sujet religieux et non pas seulement sécuritaire ou politique, qui engage l'idée que nous nous faisons du Judaïsme. Et des normes éthiques qui doivent être celles de la première démocratie juive. Car Israël n'est pas comme les nations : Israël a été élu pour être la lumière des nations.
Le président du Likoud Benyamin Netanyahou a déclaré sur les ondes de Kol Israël dimanche 9 mars que la « tente de deuil » dressée par la famille du terroriste - suivant la loi islamique - devait être détruite. Il s'est réclamé de l'exemple des Jordaniens qui ont interdit à la famille du terroriste résidant près d'Amman de faire un deuil public.
Une source du ministère de l'Intérieur du royaume Hachémite a expliqué que l'interdiction du deuil public avait été décrétée pour des raisons de sécurité. Il a indiqué que la Jordanie ne permettrait à aucun groupe ou aucun individu de porter atteinte à sa sécurité nationale en organisant des événements qui soutiennent publiquement la violence contre des civils. Ces deuils publics sont en effet utilisés par les islamistes pour organiser des rassemblements qui célèbrent le « martyre », la « guerre sainte » contre «l'ennemi sioniste » mais aussi contre les pouvoirs et les institutions arabes modérés. La Jordanie est l'un des seuls pays arabes à avoir condamné l'attaque terroriste contre la yeshiva.
De son côté, un officiel du ministère de la Sécurité intérieure a déclaré qu'il fallait laisser la famille du terroriste célébrer le deuil tant qu'elle n'enfreignait pas les lois d'Israël. «La famille a le droit de faire son deuil public comme la famille de Baruch Goldstein. Je ne me souviens pas que quiconque a demandé à la famille de Goldstein d'interrompre son deuil après que celui-ci a tué des Arabes. C'est le même acte. Ils ont le droit de monter une tente de deuil : ce n'est pas illégal ». En 1994, Baruch Goldstein, habitant de Kyriat Arba, avait pénétré dans une mosquée proche de la Tombe des Patriarches à Hébron en pleine prière musulmane. Armé d'une mitraillette et revêtu de l'uniforme de Tsahal, il avait tiré sur les 500 fidèles désarmés en prière, tuant 29 personnes. Son acte était un geste de protestation contre la gauche et les accords d'Oslo, qui serait bientôt relayé par le meurtre de Rabin. L'assassin de Rabin, actuellement en prison, bénéficie du soutien des partis religieux sionistes qui réclament régulièrement sa libération.

Dimanche 9 mars, alors qu'elle se rendait à la yeshiva pour témoigner de sa solidarité, la ministre travailliste de l'Education Youli Tamir a été accueillie aux cris de : « Assassin ! Assassin ! ». Tandis qu'elle cherchait à retourner dans son véhicule pour se protéger, les étudiants s'en sont pris à elle physiquement ainsi qu'à ses gardes du corps. Malgré la bousculade, personne n'a été blessé.
Le grand rabbin de la yeshiva, le Rav Shapira, a organisé une conférence de presse dans la bibliothèque où le carnage s'est déroulé. Le Rav Mordechaï Eliyahou, ancien grand rabbin d'Israël et figure centrale du sionisme religieux, honore la Yeshiva de sa présence pour soutenir les étudiants. La direction rabbinique de la yeshiva a fait parvenir un message au bureau du Premier ministre lui indiquant qu'il n'était pas le bienvenu car sa politique était contraire à la Torah. Le Rav Shapira et le Rav Eliyahou avaient appelé les soldats à désobéir aux ordres lors du désengagement de Gaza. Benyamin Netanyahou avait démissionné du gouvernement, nommant à la direction de son cabinet le président de Yesha, l'organisation qui regroupe tous les habitants des implantations de Judée-Samarie. Ils avaient vivement critiqué le Premier ministre d'alors, Ariel Sharon, l'accusant de trahir la Torah et le Judaïsme. C'est pourquoi, quand celui-ci avait été victime de son attaque cérébrale - et quand son fils, la semaine dernière, a été jeté en prison - certains y ont vu une « punition de Dieu ». Le Rav Lior, figure populaire de Yesha, a soutenu l'idée de punition collective contre les Arabes. Le Shas s'est opposé à cette vision jeudi dernier quand le fils du Rav Ovadia Yossef, présidant un conseil de rabbins orthodoxes, a déclaré qu'avant de bombarder un lieu, Tsahal devait faire une annonce qui permette aux habitants innocents de l'évacuer.
L'attentat va accentuer la pression sur le Shas, sur tous les éléments modérés de la société israélienne, mais aussi sur tous les Arabes israéliens déjà sensiblement déconnectés du reste d'Israël. Si le Hezbollah et le Hamas n'ont pas revendiqué l'attentat, il correspond parfaitement à leur projet.
Dans l'après-midi de dimanche, des militants du parti national religieux ont manifesté devant la maison de la famille Dhaim tandis que les hommes du Shin Bet (services de sécurité intérieurs) lui remettaient une convocation. La famille a déclaré avoir reçu des menaces de mort.

Isabelle-Yaël Rose,
Jérusalem, le 10 mars 2008

10 mars 2008

« Algérie, histoires à ne pas dire » : un film de Jean-Pierre Lledo


Oublions un peu les rivages tourmentés du Moyen- Orient et parlons d’autres rivages, plus proches mais hélas ravagés il y a quelques décennies - et dans un passé proche - par d’affreux conflits : l’Algérie !

J’avais intitulé une émission diffusée en juin 2004 « Souvenirs d’ Outre Méditerranée », et mes deux invités étaient Lina Hayoun (fondatrice de « l’Association des Anciens Élèves du Lycée Carnot de Tunis », le lycée de mon enfance, voir en libellé) et Jean-Pierre Lledo. Ce dernier est une personnalité originale, et il témoigne par son parcours et ses engagements de la diversité de ceux que vous avez pu entendre à « Rencontre ».

Il se présente en effet comme un cinéaste algérien, et c’est déjà un paradoxe vu son nom. Moitié d’origine catalane, moitié d’origine juive, il était un tout jeune adolescent au moment de l’indépendance de l’Algérie, et sa famille a choisi, comme une tout petite minorité de ceux que l’on appelait « les Pieds Noirs », de rester dans ce Pays qu’il considérait comme sa patrie. Mais l’Histoire l’a rattrapé : intellectuel connu là bas, il a été menacé de mort par les tueurs islamistes et il est venu vivre en France en 1993. Il avait fait un téléfilm bouleversant intitulé « Algérie mes fantômes », qui est passé sur la chaîne francophone TV5, et dans ce film 17 témoignages d’originaires d’Algérie, de toutes confessions et de toutes convictions, tournés tous en France, recomposaient le puzzle d’un pays métissé qui n’aura jamais pu voir le jour. De ce film nous avions parlé, donc, à mon émission.

Aujourd’hui Jean-Pierre Lledo, avec qui j’ai conservé depuis le contact, m’a informé de la sortie de son nouveau film, « Algérie, histoires à ne pas dire ». Vous en saurez plus en visitant le site de présentation, qui est très bien fait. Ce film fait témoigner des Algériens, et les interroge sur les représentations que l’on a fait - et qu’ils se sont construites - de la guerre d’indépendance. Je ne l’ai pas encore vu, mais les nombreux extraits vidéos que réunit le site sont d’une grande sensibilité ... Jean-Pierre Lledo a eu, aussi, le mérite d’évoquer à nouveau le déracinement du million de Juifs et Pieds Noirs, et la mémoire d’une Algérie multiculturelle que le FLN victorieux a voulu éradiquer totalement.

J.C

09 mars 2008

La "Fraternité musulmane contre l'antisémitisme" réagit après l'agression odieuse de Bagneux

Introduction :
Décidément, la semaine écoulée a donné l'impression d'une histoire qui n'en finit pas de bégayer. Jeudi soir, c'était le terrible attentat de Jérusalem qui nous a rappelé les années noires du début de la décennie, au moment de la grande vague d'attentats suicides. La veille, on avait appris la séquestration et les sévices subis en banlieue parisienne par un jeune homme, qui n'appartenait même pas à la communauté juive mais qui allait être torturé en tant que juif par une bande de jeunes à la fois antisémites et homophobes ; et, bien sûr, nous avons tous pensé au malheureux Ilan Halimi torturé à mort dans la même ville de Bagneux. Didier Bourg, le fondateur de la "Fraternité musulmane contre l'antisémitisme" qui avait été mon invité début janvier avec Émile Moatti dans une belle émission (cliquer sur son nom en libellé), a publié un communiqué très ferme dénonçant la permanence de sentiments antisémites chez une partie de la population musulmane de notre pays. En voici un large extrait.
J.C

Le premier anniversaire de la Fraternité musulmane contre l'antisémitisme est marqué par un nouvel acte odieux perpétré à Bagneux
Le premier anniversaire de la création de la Fraternité musulmane contre l'antisémitisme est marqué par un nouvel acte odieux, à la fois antisémite et homophobe, perpétré à Bagneux, dans les Hauts-de-Seine, que l'association dénonce avec force.
A l'issue d'une année d'existence, la Fraternité musulmane contre l'antisémitisme constate que les résistances à la lutte contre l'antisémitisme au sein des communautés musulmanes restent très vivaces. Elles se confondent bien sûr avec l'identification de nombreux musulmans et musulmanes au peuple palestinien. Mais elles cachent souvent mal un profond ancrage de l'antisémitisme en milieu musulman.
Notre association reste malgré tout persuadée que c'est au sein même de ces communautés musulmanes que se trouve le « contrepoison » à ces postures antisémites. Les nombreuses rencontres effectuées cette première année avec les acteurs de terrain sont à la fois sources d'indignation et d'espoir. Indignation car les propos ou attitudes antisémites sont une réalité largement répandue. Espoir car de nombreuses personnes sont très sensibles à notre discours, y adhèrent et sont prêtes à s'engager dans le combat contre l'antisémitisme.
Dans les tout prochains mois, la Fraternité musulmane contre l'antisémitisme lancera, via son site internet actuellement en construction, un appel aux musulmanes et aux musulmans à signer une charte d'engagement contre l'antisémitisme, à titre individuel ou au titre de leur association ou mosquée. Elle ouvre actuellement des délégations en régions, en a déjà suscitée une en Belgique et pourrait en créer une au Maroc et dans d'autres pays du monde musulman.

08 mars 2008

Les pogromistes de Gaza

Photo Reuters, 4 mars 2008

Photo copyright Avi Ohayon, 6 mars 2008

Deux images choc valant souvent mieux qu’un long discours, j’ai pensé qu’il était d’abord utile de rapprocher ces deux photos récentes.

Vous connaissez peut-être celle du dessous, prise dans la Yeshiva « Merkaz Harav » juste après l’attentat de jeudi soir : un livre hébraïque dégoulinant du sang d’un jeune juif criblé de balles ; elle a été reprise sur de nombreux sites, y compris celui du journal « Le Monde » pourtant si habile à toujours trouver des circonstances atténuantes aux islamo-fascistes ... Elle évoque irrésistiblement la réalité de l’évènement, qu’il faudrait être aveugle pour ne pas voir en face, celle d’un pogrom - les adolescents juifs ayant été tué dans la bibliothèque d’un lieu d’études religieuses et payant, symboliquement, pour le fait d’être des Juifs « estampillés comme tels » ; exactement comme les trente tués du Seder de Pessah du Park Hôtel de Netanya en mars 2002, attentat qui allait déclencher l’opération « Rempart défensif ».

La photo du dessus a été prise lors d’une manifestation du Hamas dans la bande de Gaza, deux jours avant, le 4 mars 2008. Les deux femmes sont donc, elles, « estampillées bonne musulmanes » par les dirigeants du Califat établi sur ce confetti de territoire : musulmanes modèles à la sauce islamiste, elles portent le niqab ... et elles font irrésistiblement penser à des corbeaux, ou plutôt à des vautours : des vautours tout excités par l’odeur du sang, le sang de tout le monde d’ailleurs : celui des victimes civiles collatérales des incursions de Tsahal, comme celui des jeunes Juifs sacrifiés en holocauste ; la mort, la mort, toujours la mort, comme s’il n’y avait rien de beau sur Terre à vivre - et quand on s’habille (ou quand on est forcé à s’habiller) comme cela, effectivement il ne reste pas grand-chose !

On a écrit, un peu partout, que le gouvernement israélien allait lancer, enfin, une opération de « relations publiques » pour mieux faire connaître la face immonde des ennemis qu’il doit affronter. Je me dois d’aider, même à mon très modeste niveau, cette campagne et je profite donc de ce petit article pour vous donner un certain nombre de liens à visiter ou à revisiter.
1) Cet enregistrement vidéo qui date déjà de quatre ans, d’un prêche du vendredi dans une mosquée de Gaza, où il est clairement dit que les Juifs - « ces fils de porcs et de singes » - méritent la mort, voir le clip de "memritv" (langue arabe, sous-titres en anglais).
2) Cette page du Ministère israélien des Affaires Étrangères, en langue française, avec liens sur le site Internet du Hamas et ses messages très clairs à la population juive du pays : « nous vous voulons morts » (aller sur le lien).
3) Enfin le texte en français de la charte du Hamas, tiré du site des « Amitiés Québec Israël » : un petit monument de fanatisme religieux et de haine antisémite !

J.C

06 mars 2008

Après l'attentat de Jérusalem : Djihad, l'horreur en face

Après un attentat en Israël, photo d'archive

Voici encore revenu le temps des sales nouvelles en provenance d'Israël ... alors que Jérusalem avait repris l'habitude de vivre avec un sentiment de sécurité, une attaque terroriste dans une yeshiva a fauché les vies des 8 jeunes, tandis que plusieurs autres ont été grièvement blessés. Déjà, on imagine que de nombreuses organisations islamistes vont revendiquer l'attentat, et elles gagneront - hélas - en popularité dans les pays arabes voisins, tant les massacres de civils ont toujours constitué un mode normal pour s'opposer à l'existence de l’État juif !
Si on laisse de côté l'Irak où les massacres de civils au nom de la "résistance" sont quasi quotidiens, le pays qui a le plus souffert du terrorisme islamiste reste, bien sûr, le petit Israël : plus d'un millier de tués et des dizaines de milliers de blessés depuis la deuxième intifada des années 2000 - la plupart des victimes étant des civils, massacrés lors d'attentats suicides à l'intérieur des frontières internationalement reconnues de l’État. Si l'on tient compte du rapport des populations, cela représenterait en France l'équivalent de plus de 9000 tués. Cela, pour ne pas parler des milliers de victimes d'avant, les centaines tués par le Hamas alors que l'on espérait encore après les accords d'Oslo, ou les milliers assassinés par un terrorisme qui ne se disait pas encore "islamiste" dans les années 50 à 80 ... la "belle époque" des mouvements dits "laïcs" qui avaient, déjà et toujours, la sympathie de la gauche tiers-mondiste (voir sur le blog mon article en date du 10 février après la disparition de Georges Habash). Il est vrai que tuer, tuer et encore tuer reste le seul acte irréversible pour ce genre de révolutionnaires : cela ne change rien à l'ordre des choses, mais la destruction des victimes et le désespoir de leurs familles révolutionne - pour de bon - le cours de pauvres existences.

Mon ami Alain qui vit là bas et dont j'ai mis le blog en lien permanent ("A frenchie in the Holy Land") avait publié il y a déjà deux ans trois articles sur cette actualité douloureuse. Dans celui titré "Putain de terreur", il évoque les morts oubliés, ces blessés dans un état critique qui finissent par succomber des semaines après l'attentat comme ce jeune touriste américain de 16 ans victime d'un attentat à Tel Aviv. Dans "Le malheur a frappé si près", il évoque ses voisins de palier, un jeune couple qui vient de perdre ses parents dans un attentat, des sexagénaires qui n'auront jamais pu profiter d'une retraite bien méritée et dont il ne reste qu'une photo souriante.

Et enfin, dans "juste mesure", il pose la question qui n'est pratiquement jamais posée dans les médias européens et français en particulier : pourquoi cette absence totale de scrupules dans le camp d'en face ? Pourquoi les crises de conscience, les débats dans la presse après chaque bavure de l'armée - et Tsahal en fait comme toutes les armées du monde, et cela lui a été amplement reproché la semaine dernière à Gaza - n'ont jamais leur équivalent chez les Palestiniens ? Et il écrit : "Le monde islamiste ne ressemble pas à cet Occident démocratique, libéral tel que nous l'avons construit au cours du vingtième siècle. Les valeurs morales semblent différentes et il va falloir l'assimiler rapidement. Sinon on est très, très mal barrés ..."

J.C

05 mars 2008

Le Maroc, entre idées reçues et réalité : Pierre Vermeren sera mon invité le 9 mars


Mon invité le 9 mars prochain sera Pierre Vermeren, un invité que mes auditeurs fidèles commencent à connaître car c’est la quatrième émission de cette série à laquelle il participe. Il est historien, maître de conférence en Histoire du Maghreb contemporain à l’Université Paris I. Orientaliste il l’est vraiment, et pas un « orientaliste de salon » comme hélas on en lit beaucoup dans les grands médias. En effet il est arabisant et il a vécu longtemps en Afrique du Nord où il a été enseignant, en particulier au Maroc où il a été professeur pendant plusieurs années au lycée Descartes à Rabat. Ce pays lui est cher, il y a consacré déjà plusieurs ouvrages et il y compte, d’ailleurs, de nombreux amis, intellectuels et universitaires marocains : mais il s’agit d’une affection exigeante, et rien ne l’agace plus que les clichés, les idées reçues, sur ce pays comme sur d’autres du monde arabe. Cela, les auditeurs qui ont déjà lu ses livres le savent déjà, comme ceux qui ont lu des tribunes libres sous sa signature, et je rappelle qu’il a eu la gentillesse de figurer parmi les contributeurs du blog (cliquer sur son nom en libellé en fin d’article).

Son dernier ouvrage correspond parfaitement à ma petite introduction, puisqu’il s’intitule « Le Maroc » et qu’il est publié dans la collection « idées reçues » aux Editions « Le Cavalier bleu ». C’est un petit livre très dense de 120 pages qui se lit très facilement, et qui est construit, justement, à partir d’une collection de clichés que l’on a sur ce pays, clichés qu’il analyse, dont il confirme parfois en partie le bien fondé, mais qui doivent beaucoup à des représentations anciennes dont les racines plongent souvent dans le passé colonial.

Parmi les « idées reçues » sur le Maroc dont nous parlerons donc le 9 mars, un petit florilège tiré des titres des chapitres de son livre :
- « La France est l’amie du Maroc »
- « Le Maroc est sorti de la colonisation sans heurts »
- « Tous les Marocains parlent français »
- « Le Maroc est un carrefour de civilisations »
- « Le Maroc vit du tourisme »
- « Le vrai Maroc, c’est celui des villes impériales, pas Casablanca » ...

Rendez-vous dimanche prochain à 9 heures 30 sur le 94.8 FM ! 

J.C

04 mars 2008

"Le Marocain" de nouveau en selle ?

Introduction :
Une nouvelle rubrique cette semaine sur le blog !
Tous les mardi ma correspondante Isabelle-Yaël Rose nous écrira, depuis la capitale d'Israël, un "vrai journal juif français de Jérusalem". Je ne doute ni de son talent ni de sa persévérance pour alimenter cette série, et ce alors que l'actualité politique, dans l’État juif et tout le Proche-Orient, risque d'être particulièrement agitée. Une petite précision à propos du titre : "le Marocain" dont il sera question à la fin est Amir Peretz, ancien Président du Parti Travailliste qui eut une carrière éphémère de Ministre de la Défense dans le gouvernement Olmert, ayant démissionné suite aux ratés de la guerre de 2006. Il est d'origine marocaine, et fier de l'être ! Je l'ai ainsi entendu discourir en hébreu parmi les invités d'honneur de la "Quinzaine du judaïsme marocain" (voir sur le blog, entrée du 3 février), en parlant des "Marokim" sans qui Israël n'aurait pu être construit ... et cela, sous le regard amusé de l'Ambassadeur du Maroc à Paris, qui devait prononcer la conférence inaugurale.
J.C
 
L’échiquier politique israélien est singulièrement déroutant pour tous les étrangers : à la traditionnelle distinction droite-gauche, telle qu’on la connaît par exemple en France, se superposent d’autres lignes de fractures inconnues en Occident. Ainsi, les partis dit « religieux » se déclinent non seulement selon leurs options politiques, mais aussi selon leurs choix « idéologiques et religieux » : Yahadout Ha-Torah est le parti des religieux traditionnels (haredim) ashkénazes. Le Shas est le parti des haredim séfarades. L’Union nationale - parti national religieux - est celui des religieux non haredim nationalistes. Si les différences sont déjà abyssales au niveau du simple rite, elles le sont plus encore au niveau idéologique et politique.
Cependant, il serait très difficile, voire abusif, de tenter d’appliquer la grille de lecture droite-gauche au niveau de ces partis. Par exemple, si le Shas est un parti conservateur socialement, il fait en revanche preuve de pragmatisme quand on aborde les autres questions. Inversement, les partis religieux nationalistes, qui ont mis la main sur toutes les questions sociales « chaudes », font montre d’une idéologie butée dès qu’on aborde la question palestinienne. Pour faire court, le Shas est à droite socialement, tandis que les partis religieux nationalistes - qui sont à l’extrême-gauche socialement - sont à l’extrême-droite dès qu’on aborde les thèmes politiques liés aux Arabes. Le conflit palestinien étant le catalyseur de toutes les tensions en Israël, on comprend alors comment les partis religieux nationalistes ont pu faire une alliance avec le Likoud et surtout le parti Israël Beitenou. Celui-ci étant favorable à des réformes laïques de la société - en gros, son objectif est de ramener à une peau de chagrin l’influence des rabbins sur la vie sociale en Israël - la seule chose qui maintienne son alliance avec les partis religieux nationalistes est la vision qu’ils partagent sur le conflit israélo-palestinien. Israël Beiténou est la face laïque des partis religieux nationalistes. Les deux sont utilisés par le Likoud de Benyamin Netanyahou pour porter des coups contre la coalition qui gouverne Israël.

Netanyahou est très proche d’Israël Beiténou culturellement. Lui même ashkénaze, il est plutôt favorable à une laïcisation de la société israélienne. Sa manière de comprendre le monde arabe - en Israël ou dans le Moyen-Orient en général - ressemble comme deux gouttes d’eau à celle d’Avigdor Lieberman. Ce qui est somme toute logique, si on se rappelle que Lieberman est un ancien du Likoud et qu’il ne l’a quitté qu’à cause d’un conflit personnel et d’ambition avec Netanyahou : il n’y avait pas de place pour ces deux fortes personnalités dans un même parti. Tout en étant favorable à une laïcisation et une modernisation de la société, Netanyahou a cependant fait une alliance avec les partis religieux nationalistes : d’une part, parce qu’ils partagent la même approche du conflit israélo-palestinien. D’autre part, parce que les partis religieux nationalistes se sont accaparés tous les mouvements sociaux populaires en Israël : celui des réservistes après la Seconde guerre du Liban, celui des enseignants, celui du « panier de santé », et surtout, tous les problèmes auxquels sont confrontés les habitants de Sdérot et du sud d’Israël. Comme toujours dans l’Histoire, l’extrême-droite se faufile dans les brèches de l’État - dans ses échecs - et prend possession des questions sociales.

Ce qui nous amène au parti travailliste. Contrairement aux socialistes français, que l’on peut en gros qualifier de « pacifistes », les travaillistes israéliens ne sont pas des colombes : d’abord, leurs dirigeants sont souvent issus de l’armée mais aussi des services secrets. Ils ont donc une très forte formation sécuritaire et sont tout à fait sensibilisés aux dangers qui menacent Israël. Ensuite, la ligne de partage droite-gauche ne se fait plus d’emblée sur les questions de sécurité : c’est ce qui permet à la coalition du premier ministre Ehoud Olmert de persévérer. Sans doute doit-on y voir l’un des effets « positifs » de l’échec des accords d’Oslo : les travaillistes ont compris leur leçon. Si la distinction ne se fait plus sur les questions de sécurité, où passe la ligne de partage qui distingue la droite de la gauche ? La ligne de partage est maintenant sociale. Parce que les questions de société sont devenues la seconde priorité des Israéliens, quand ces problématiques étaient encore quasi-inexistantes il y a encore quelques années (toute la vie politique israélienne était alors totalement absorbée par les questions sécuritaires ).
Avant la seconde guerre du Liban, Amir Peretz avait réussi non seulement un coup de génie, mais surtout une première historique : il a été le premier chef d’un parti politique à se faire élire sur un agenda exclusivement social. Peretz avait compris que les Israéliens étaient maintenant préoccupés par les questions de société, et non plus seulement par celles touchant à leur sécurité. Sa faute capitale a été de l’oublier et de se laisser enfermer dans le rôle de ministre de la Défense. Actuellement, Ehoud Barak lui a succédé au parti travailliste mais aussi au poste de ministre de la Défense. Son passé militaire - il fut chef d’état-major - lui a valu cette promotion en pleine après guerre. Vécue d’une manière très traumatique par les Israéliens. Mais Barak, responsable des questions de sécurité, embarqué dans ce qu’il faut bien appeler une « guerre » dans le sud d’Israël, est en train, malgré lui, de préparer l’enterrement de son parti aux prochaines élections, détruisant toute possibilité de coalition centre-droit ou centre-gauche. Dit autrement, il prépare à son insu la venue au pouvoir d’une coalition d’extrême-droite conduite par Benyamin Netanyahou. Comment ?

Benyamin Netanyahou a appris de Peretz que la société israélienne était soucieuse d’elle même et de son bien être. Les partis religieux nationalistes sont sa carte sociale auprès de l’opinion publique. Il a aussi appris de Peretz que les Israéliens doutaient d’eux même d’un point de vue sécuritaire. Son alliance avec Lieberman a pour objectif de les rassurer. Il cherche maintenant la caution morale du Shas pour atteindre les traditionalistes et les séfarades. Mais le Shas résiste à ses manigances - parti conservateur, il a en horreur la laïcité et les réformes sociales telles que le mariage civil, l’adoption des enfants par les couples homosexuels, la liberté sexuelle.
De son côté, Barak est enfermé dans les problématiques touchant à la sécurité d’Israël. Contrairement à Olmert, plus doué pour la diplomatie, Barak est l’homme fort du gouvernement qui a la confiance de l’establishment militaire et sécuritaire. Mais le point faible de ce gouvernement sont les problèmes sociaux : le terrain est quasiment abandonné à l’opposition, les tentatives du Shas étant stoppées net par le caractère conservateur du parti qui n’atteindra jamais tout un secteur de la population.

La radio Kol Israël a rapporté dimanche 2 mars une entrevue entre Barak et Peretz grâce à l’initiative de Marciano. Olmert à la diplomatie, Yishaï aux affaires morales, Barak à la défense, Peretz aux affaires sociales - la perspective est intéressante pour tous ceux qui aiment l’équilibre, la démocratie, la pluralité, la tolérance. Pour tous ceux qui aiment un Judaïsme sans complexe et qui va de l’avant.

Isabelle-Yaël Rose,
Jérusalem le 3 mars 2008

03 mars 2008

"L'islamisme, ce nouveau totalitarisme" par Thierry Wolton

Introduction :
J'ai utilisé récemment et à plusieurs reprises, le terme "islamo-fascistes" pour parler des combattants du Hamas avec qui Tsahal est engagé dans de durs combats. L’utilisation du terme « islamo-fascistes » par le Président Georges W. Bush, à propos de la nébuleuse d’Al-Qaïda et de ses supporters, avait aussitôt suscité une levée de boucliers, aux États-Unis comme en Europe. On peut voir dans ce rejet une allergie globale au personnage, devenu un tel repoussoir que n’importe laquelle de ses propositions (par exemple qu’il fait jour à midi) serait contestée. Mais l’expression a pu paraître, aussi et avec raison, comme maladroite dans la mesure où le fascisme est une idéologie bien ancrée dans une période historique (l’entre deux guerres) et un lieu (l’Europe), ce qui interdirait les extrapolations ailleurs et à une autre époque. Reste par contre la notion de « totalitarisme », qui a été déjà utilisée il y a plusieurs années par l’orientaliste Alexandre Del Valle dans son livre « Le totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties » (Éditions des Syrtes). Cet auteur avait été d’ailleurs mon invité quelques mois après la sortie du livre, le 12 janvier 2003. Auteur de l’ouvrage « Quatrième Guerre mondiale » aux Éditions Grasset, Thierry Wolton a repris ce concept à propos de la mouvance islamiste qui affronte l’Occident. Et il avait donné quelques clés pour démontrer la nature profondément totalitaire de son idéologie, dans un article publié dans « le Figaro » il y a déjà plus de deux ans, le 6 septembre 2006. 
J.C

" Lancé par les néoconservateurs américains avant le 11 Septembre, repris par le président Bush, le débat fait toujours rage aux États-Unis sur la nature totalitaire ou non de l'islamisme. Pour George W. Bush, on assiste aujourd'hui à un combat stratégique du «monde civilisé contre les successeurs des nazis, des fascistes, des communistes et autres totalitaires du XXe siècle».

Peut-on souscrire à une telle analyse ? Parler d'un totalitarisme islamiste nécessite de préciser ce qu'est une idéologie totalitaire, par essence religion séculière ; de voir s'il est possible de parler d'idéologie en ce qui concerne l'islamisme, qui prétend s'inspirer d'Allah et, si oui, en quoi cette idéologie serait totalitaire et quelle fonction remplit-elle auprès de ceux qui y adhèrent ou la subissent.

Pour aller à l'essentiel, le totalitarisme se distingue de la dictature ou du despotisme par l'adhésion populaire qu'il a toujours suscité. Mussolini fut longtemps le héros d'une majorité d'Italiens, Hitler sut mener les Allemands à la guerre, des millions de Soviétiques ont pleuré Staline à sa mort, nombre de Chinois sont toujours en deuil de Mao ... La terreur n'est pas une explication suffisante pour comprendre comment les ressortissants des régimes totalitaires ont fini par aimer leurs bourreaux. L'idéologie est la raison essentielle de ce soutien populaire. Elle a pour fonction d'unir par des sentiments identitaires des citoyens isolés, de donner sens à leur communauté par un mythe absolu et exclusif, de leur faire reconnaître pour chef celui qui sait traduire ces impératifs en émotions collectives. Support du totalitarisme, l'idéologie doit revêtir un caractère utopique et postuler le règlement radical des problèmes de la société. On retrouve ces caractéristiques dans l'islamisme qu'on peut définir comme une interprétation politique de l'islam.

Les idées d'Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans et le maître à penser de l'islam fondamentaliste, sont apparues en même temps que les autres idéologies totalitaires du XXe siècle, après la Première Guerre mondiale. On y retrouve le fond commun à toutes les pensées totalitaires : anti-occidentalisme, antilibéralisme, anti-individualisme et une explication globale du monde, de son fonctionnement et de sa destinée, en l'occurrence par la gnose islamiste.

Ce n'est pas un hasard si les islamistes ont embrasé les sociétés musulmanes dans les années 1970 quand les conditions socio-économiques ont été favorables à l'expansion de leur idéologie. Exode rural, urbanisation massive, boom démographique, alphabétisation des jeunes, tous ces bouleversements les ont servis. Ils y ont puisé leur énergie, ils y ont trouvé leurs militants en offrant un débouché idéologique à ceux qui se sentaient déboussolés par la poussée de la modernisation. Comme hier le communisme et le fascisme, l'islamisme sert de refuge dans un moment de transition où sont bousculées les hiérarchies, les solidarités traditionnelles. La religion des oulémas, des docteurs de la loi, avait du mal à suivre les transformations en cours. La nouvelle génération d'islamistes a considéré qu'elle n'avait plus besoin d'eux pour commenter les textes sacrés, et elle a cultivé sa vision politique de l'islam. À l'intérieur des pays musulmans comme à l'extérieur, dans les communautés éparpillées dans le monde, l'expansion de l'islamisme a correspondu au phénomène de globalisation, elle en a été, en quelque sorte, la réponse. Pour faire face à la destruction des sociétés traditionnelles, l'idéologie islamiste propose en effet de refonder une communauté imaginaire (utopique) où les identités qu'elle permet de (re)construire n'ont plus besoin de territoires. Une planche de salut pour des individus déracinés et acculturés.

En tant qu'idéologie totalitaire, le communisme visait à atomiser les individus en les arrachant de leurs racines sociales, politiques, culturelles, voire familiales, pour mieux les dominer, les contrôler. L'islamisme, lui, propose des repères (codes) à des individus déjà déracinés. La démarche est différente mais le résultat est le même : il s'agit dans les deux cas d'unir par des sentiments identitaires - la communauté socialiste, la communauté des croyants - des personnes isolées, de donner sens à leur communauté grâce à un mythe absolu et exclusif, le parti ou la Oumma. Pour cette raison, l'islamisme tient de l'idéologie politique et non de la croyance religieuse.

La conception totalitaire de l'islamisme apparaît pleinement quand l'idéologie s'impose à l'échelle d'un pays. Comme dans les autres variantes du totalitalisme, il se propose de construire une société idéale, de réaliser l'Utopie à partir de l'infaillibilité de l'idéologie, dans ce cas le Coran. Les talibans, qui ont imposé leur loi sur l'Afghanistan de 1996 à 2001, interdisaient notamment les oiseaux chanteurs parce qu'ils pouvaient perturber la prière, les cerfs-volants furent bannis car en allant les décrocher des arbres, on risquait d'apercevoir des femmes non voilées chez elles, la taille des barbes était calculée au centimètre près pour ressembler au Prophète ... En son temps, l'Iran de Khomeyni a offert un sanglant exemple du rôle de l'islam en idéologie totalitaire dans la guerre qui a opposé son pays à l'Irak de Saddam Hussein dans la décennie 1980. Sur le brassard que portaient les jeunes gens ou les enfants envoyés sur les champs de mines pour frayer un passage à leurs aînés, au prix de leur vie, c'est le mot «islam» qui était inscrit. «L'islam est en danger», répétait le régime. Il n'était pas dit que la patrie, l'Iran, le peuple, la liberté étaient en cause. C'était l'islam qui tenait lieu de pays, de famille, d'éthique, ce qu'ont repris ensuite les terroristes islamistes qui ensanglantent le monde. Tout cela est le propre d'une idéologie totalitaire."

Thierry Wolton
« Le Figaro », 6 septembre 2006

02 mars 2008

"A ceux qui me disent : et les Palestiniens ? Je discuterai avec eux mais je ne leur céderai pas ma place." (Herbert Pagani)

Voici donc revenu, hélas, comme un vieux cauchemar récurrent, une période "chaude" au Proche-Orient. Une période de guerre ouverte où la plupart des médias prennent partie - encore et toujours - pour les ennemis d'Israël au motif qu'ils seraient "les plus faibles". Comme si, par exemple à l'hiver 1945, "les plus faibles" n'étaient pas les troupes nazies en déroute avec leurs pitoyables cohortes d'enfants soldats : on ne souvient guère d'élan de sympathie pour les vaincus de l'époque, au motif qu'ils avaient été écrasés par plus forts qu'eux. Comme si, définitivement épargnés de toute ombre de critique sous prétexte qu'ils ne posséderaient ni blindés, ni aviation, les islamo-fascistes du Hamas avaient acquis le droit de bombarder de leurs missiles de plus en plus perfectionnés et ad-vitam aeternam le territoire israélien, avec l'objectif non dissimulé d'anéantir totalement leur adversaire ... qui en plus n'aurait même pas le droit de se défendre !
Me reviennent alors en mémoire les paroles brûlantes du "Plaidoyer pour ma terre" d'Herbert Pagani, de cette chanson qui date de novembre 1975 - la date de l'infamante résolution de l'Assemblée Générale des Nations Unies assimilant le Sionisme à une forme de racisme.
La chanson commence par "L'autre jour, j'étais dans le métro et j'entends deux dames dire : 
"Encore ces Juifs avec leurs histoires de l'ONU, quels emmerdeurs !". Vers la fin, il y a ce passage, "A ceux qui me disent : et les Palestiniens ? (...) Je discuterai avec eux mais je ne leur céderai pas ma place. Il y a là-bas de la place pour deux peuples et deux nations". 

J.C

01 mars 2008

Le ministre des affaires étrangères lituanien en visite à Sderot

Les Ministres des Affaires Etrangères lituanien et israélien
(photo Reuters, 28 février 2008)

Introduction :
Juste quelques lignes de présentation pour ce nouvel article, très fort, que m’envoie Isabelle Yaël Rose, ma correspondante à Jérusalem. Un lecteur juif pressé pourra trouver sans importance un tel reportage, alors qu’une nouvelle guerre menace au Sud d’Israël et il aura bien tort : les sites communautaires débordent, trop souvent, d’éditoriaux écrits par des « pleureuses professionnelles » rabâchant sur notre sempiternelle solitude ... raison de plus pour saluer ce ministre en exercice, venu prendre des risques physiques en allant à Sderot. Un lecteur ne sentant pas directement concerné par ce qui se passe à la frontière de Gaza n’en comprendra pas non plus l’intérêt et il aura également tort : car il y est question de l’amitié entre deux tout petits états, pour qui la survie nationale - une notion presque totalement étrangère aux Français - veut dire quelque chose. Bonne lecture !
J.C


Près de 100 roquettes ont été tirées sur Sderot et Askhelon en deux jours, provoquant la mort d’un étudiant et père de famille mercredi 27 février. Jeudi, pour la première fois dans l’histoire d’Israël, une katioucha a frappé de plein fouet un bâtiment d’Askhelon, d'où 17 personnes ont été hospitalisées à l’hôpital Brazilaï lui même devenu cible des lanceurs de roquettes. Alors que le petit Osher Twito - et d’autres - sont toujours à Brazilaï pour recevoir des soins médicaux, le ministre des Affaires étrangères lituanien a tenu pourtant à visiter Sderot le jour de la fête nationale de son pays. Plus qu’un symbole : une véritable prise de risque qui marque la solide amitié liant les deux pays.

La Lituanie, pays balte issu de l’éclatement de l’Union soviétique, fêtait jeudi 28 février les 90 ans de sa « restauration ». Le ministre des Affaires étrangères lituanien, Petras Vaitiekunas, a saisi l’occasion de cet anniversaire pour venir en Israël. Comme l'a declaré la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni lors de la cérémonie organisée au Centre culturel Einav de Tel-Aviv, « il n’est pas indifférent que la Lituanie ait choisi de venir célébrer un événement aussi important de son histoire avec nous en Israël ». La soirée s'est caractérisée par un vrai climat de solidarité, palpable dans la liberté que Vaitiekunas et Livni se sont accordés : celle de sortir du cadre fixé par leur discours officiel pour s’autoriser une improvisation plus personnelle. Oubliant l’espace de quelques minutes les contraintes du langage diplomatique, l’un et l’autre ont en effet livré au public leurs impressions.

Le ministre des Affaires étrangères lituanien a précisé que cette visite était sa première rencontre avec la Terre Sainte. L’émotion, quoique retenue, était évidente. Vaitiekunas est revenu sur les liens particuliers qui lient la Lituanie à Israël : d’abord, les deux pays sont petits, d’une taille semblable. Ensuite, le ministre a confié que de la même manière que la fin de l’Union soviétique a permis la « restauration » - et non pas la création - de la Lituanie, la déclaration d’indépendance d’Israël a marqué celle de l’État juif. L’identification entre les deux processus de retour et de « réparation » était donc très forte.

Vaitiekunas a également rappelé l’importance de la contribution de la communauté juive à l’histoire lituanienne. Vilna, « capitale » du Judaïsme européen jusque la Seconde Guerre Mondiale, est restée marquée par l’empreinte de cette présence. Depuis la liquidation du ghetto de Vilna pendant la Shoah, la Lituanie a été sensibilisée à la haine et à l’antisémitisme. Le nouvel État, décoré du titre de « Juste parmi les Nations », n’a cessé de participer activement à toutes les initiatives développées par Yad Vashem. Vaitiekunas, tout en revenant sur la longue histoire qui rattache la Lituanie aux Juifs et l’État lituanien à Israël, pense que le futur est devant nous et nous appartient. Il a terminé son intervention en faisant le vœu que « la paix soit sur nous et que la bonne volonté soit présente pour tous ».

Livni a commencé sa prise de parole en expliquant les conditions dans lesquelles Vaitiekunas a visité Sderot l’après-midi même : alors qu’ils étaient en train de déjeuner, les services de sécurité du ministère des Affaires étrangères ont informé la ministre qu’il serait plus prudent d’annuler la visite à Sderot. Le matin même, alors que le ministre de la sécurité intérieure Avi Dichter avait fait le déplacement à Sderot pour visiter le collège Sapir - où un homme a été tué et un autre blessé la veille - une attaque de roquettes a frappé la ville, blessant l’un de ses gardes du corps aux jambes. Celui-ci, blessé légèrement, a été hospitalisé à Brazilaï. Dichter se tenait seulement à quelques mètres.
Pourtant, malgré les circonstances ; malgré les représailles d’Israël dans la bande de Gaza où les frappes aériennes de l’armée ont tué une vingtaine de Palestiniens, la plupart des terroristes du Hamas - Vaitiekunas a refusé d’annuler. Livni a confié qu’un tel courage n’était pas évident parmi tous les dirigeants internationaux. Elle a également souligné le contraste entre leur empressement à s’exprimer sur le conflit qui oppose Israël aux Palestiniens, et la limite de leurs interventions quand il s’agit d’en venir aux actes et non pas seulement de s’en tenir aux paroles.

Le ministre des Affaires étrangères lituanien a expliqué qu’il était venu à Sderot « pour être avec nous ». Il a rencontré le maire de la ville Eli Moyal, les habitants de Sderot, pour exprimer « sa solidarité et parler pour la paix ». Il a souligné que l’engagement de son pays à lutter contre le terrorisme était total. Livni est revenue sur la nature du combat : « Nous nous battons contre le terrorisme. Nous gagnerons, car nous nous battons pour les bonnes valeurs et pour la bonne cause. » Livni a rappelé qu’elle était engagée dans les pourparlers avec l’Autorité Palestinienne, mais elle a précisé qu’elle était pareillement engagée dans le combat contre le terrorisme : Loin de s’opposer et d’être contradictoires, ces deux objectifs se complètent. Enfin, elle est revenue sur la situation paradoxale de Gaza : « Nous avons quitté Gaza pour faire avancer la paix, non pas pour y revenir ». Sans exclure la possibilité, elle a confié qu’elle espérait que « nous n’aurons pas à y revenir ». Livni a terminé en soulignant la frustration d’Israël qui n’est pas toujours compris par la communauté internationale. Pour insister sur le fait que la Lituanie ne reconnaît pas seulement Israël en tant qu’État, mais « comprend Israël comme étant la patrie des Juifs ».


Isabelle Yaël Rose

Le Hamas recherche la confrontation avec Israël : un petit rappel indispensable

Nous sommes, probablement, à la veille d’une nouvelle guerre au Sud d’Israël, une guerre voulue froidement par les « islamo-fascistes » du Hamas prêts à tout pour faire capoter les négociations avec l’Autorité Palestinienne - manoeuvre qui a, au moins temporairement, réussi, puisque le gouvernement de Ramalah vient de les suspendre. Les bombardements, maintenant réguliers, de la grande ville industrielle d’Ashkelon (plus de 100.000 habitants) ont marqué cette semaine un tournant, que le plus modéré des gouvernements de Jérusalem va être obligé de prendre malgré tous les risques ... et toutes les critiques qu’il ne manquera pas de subir. Déjà, et même s'il ne s'agit que d'opérations ponctuelles, les incursions de Tsahal à l'intérieur de Gaza se sont traduites par de lourdes pertes côté palestinien, avec hélas un pourcentage important de victimes civiles non souhaitées (contrairement aux tirs de roquettes et missiles visant délibérément des aglomérations de l'autre côté de la frontière). Etablissant froidement un bilan des victimes, les agences de presse jouent - volontairement ou non - pour la propagande du Hamas, dont les pertes sont beaucoup plus élevées que celles d'Israël : d'où l'importance de rappeler le contexte de cette escalade.
Je reproduis donc ci-dessous le dernier communiqué, très clair et synthétique, publié par l’Ambassade d’Israël à Paris ; un communiqué illustré, en lien, par un diaporama de photographies montrant l’ampleur des dégâts, déjà subis dans les localités limitrophes de la bande de Gaza.
J.C 

Communiqué de l’Ambassade d’Israël
Durant les dernières 24 heures, des Palestiniens de la bande de Gaza ont tiré 15 roquettes de type Grad 122 mm sur la ville israélienne d’Ashkelon. Ces roquettes, également connues sous le nom de Katiousha, ont une portée d’environ 20 km et contiennent une tête chargée d’un explosif puissant. Cette nouvelle escalade place quelque 250.000 Israéliens sous la menace constante et quotidienne de tirs palestiniens.
Parmi les derniers tirs, une roquette a explosé près de l’hôpital Barzilai d’Ahskelon, une autre a détruit une maison de la ville, une a creusé un cratère dans la rue et une autre a touché le cimetière municipal. Plusieurs civils ont été blessés

Les roquettes de type Grad proviennent vraisemblablement d’Iran et sont introduites dans la bande de Gaza par des tunnels creusés entre l’Egypte et Rafah. L’Etat d’Israël ne cesse d’alerter la communauté internationale de ce qui est en train de se passer dans la bande de Gaza : un armement massif et offensif.Ces 15 roquettes Katiousha s’ajoutent aux 50 roquettes Qassam tirées durant cette même période sur Sdérot et les localités alentours, dont l’une a tué le 27 février un Israélien, Roni Yihye.
Nous rappelons qu’Israël s’est totalement retiré de la bande de Gaza il y a deux ans et demi. Avec ce retrait auquel s’est ajouté la prise de pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza (élection de janvier 2006 + expulsion brutale du Fatah de juin 2007), ce territoire est devenu la base d’une escalade terroriste du Hamas.
Le Hamas vise délibérément les civils israéliens, ne laissant pas de choix à Israël.
Diaporama


28 février 2008.

29 février 2008

La lutte pour la réforme et la démocratie dans le monde arabe : une compilation exceptionnelle de Memri TV, sous-titrée en français



J’avais évoqué sur le blog, il y a déjà plus d’un an, une compilation d’interventions télévisées d’intellectuels libéraux du monde arabe (relire l'article du 31 janvier 2007) réalisée par MEMRI (voir aussi en lien permanent le « memriblog »). Hélas, cette vidéo était sous-titrée en anglais, ce qui a du rebuter pas mal d'Internautes ...

Marie G., une lectrice fidèle du blog, a eu la gentillesse de m’écrire, en me signalant qu’il existait maintenant une version sous-titrée en français.
Je vous invite très fortement à la visionner, en allant sur ce lien.

Vous pourrez entendre des heures de propos fort peu « politiquement corrects » ... chez nous, en France, où l’absence de libertés dans le monde arabe est présenté comme un « invariant culturel » participant à la merveilleuse diversité de notre planète ! Et cela, alors même (mais on peut compter aussi sur nos grands médias pour ne pas trop en parler) qu’un gigantesque sondage Gallup réalisé auprès de 50.000 personnes dans 35 pays, montre qu’une écrasante majorité de Musulmans veut la démocratie et condamne les attentats d’Al-Qaïda (lire l'article en anglais sur le site israélien Ynetnews).

Les intellectuels arabes courageux que vous pourrez voir et entendre dans cette vidéo sont : Ahmad Al-Baghdadi, Ahmad Al-Sarraf, Shaher Al-Nabulsi, Turki Hamad, Muncef Al-Marzouki, Kamel Gabriel, Wahid Abdel-Maguid, Adonis, Wafa Sultan, Iyad Jamal Al-Din, Abd Al Hamid Al-Ansari, Ahmad Al-Rub’i, Saadedine Ibrahim, et Ibrahim Al-Buleihi.

J.C