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16 mars 2008

Quand Bernard Lewis, Orientaliste mondialement reconnu, vient conseiller le gouvernement israélien …

Bernard Lewis

Bernard Lewis est un Orientaliste de réputation internationale. Né dans une famille juive anglaise en 1916, il a enseigné à l’Université de Londres jusqu’en 1974 avant de rejoindre la prestigieuse Princeton University aux États-Unis, dont il allait devenir citoyen et, beaucoup plus tard, un conseiller écouté en matière de politique au Moyen-Orient.

Pour mieux le connaître, je vous invite à consulter la page qui lui est consacrée sur l'édition de Wikipedia en langue anglaise, à comparer à la version française sur cette même encyclopédie. On notera en particulier que les rédacteurs français insistent relativement beaucoup plus sur ses positions controversées en ce qui concerne le génocide arménien ... Bernard Lewis, en fait, n’a jamais nié les massacres de grande ampleur commis dans l’Empire ottoman pendant la Première Guerre Mondiale ; mais il refuse d’accepter qu’il y ait eu une extermination planifiée par le gouvernement turc de l’époque.

Peut-être ce refus doit-il, en partie, à sa fascination pour la Turquie, dont il parlait la langue - comme d’ailleurs l’Arabe et le Farsi - et auquel il consacra de nombreux ouvrages. Mais on pourrait en dire autant pour le monde arabe dont il a été un éminent spécialiste, à la fois en matière d’histoire médiévale et contemporaine (voir sa bibliographie dans les liens ci-dessus). Je dois avouer - à ma grande honte - n’avoir lu de lui que deux traductions publiées aux éditions Gallimard, « l’Islam en crise » et « Que s’est-il passé ? L’Islam, l’occident et la modernité ». Précisons aussi que, pour des tas de raisons pratiques - et aussi parce qu’il ne donne que de très rares interviews - je n’ai pas eu l’immense honneur de l’avoir comme invité.

Bernard Lewis n’a jamais renié sa filiation juive, même si son approche historique est d’abord scientifique. Il a été un des premiers à consacrer un ouvrage au traitement des minorités juives par les Musulmans, sujet qui par exemple n’a guère intéressé les grands noms de l’Orientalisme français comme Louis Massignon, sous la direction duquel il obtint un « diplôme d’études sémitiques » en 1937. Contrairement à ses collègues obligés d’en « rajouter une couche » en matière d’antisionisme pour pouvoir continuer à être invités dans le monde arabe, Bernard Lewis a toujours pris la défense d’Israël ... y ayant même en « pied-à-terre » à Tel Aviv, où il se rend régulièrement.

A l’occasion de sa dernière visite au début du mois de mars, il a été reçu par les personnalités les plus importantes, du Premier Ministre Olmert au Ministre de la Défense Barak ! Vous pourrez lire (en anglais, naturellement) l'article du quotidien Haaretz où ces entretiens sont relatés : alors que les responsables israéliens du renseignement se montrent très pessimistes sur les chances de nouveau conflit en 2008, Bernard Lewis, lui dit « que le syndrome Sadate » pourra s’étendre au Moyen Orient, les dirigeants de plusieurs pays arabes sunnites trouvant au final la République Islamique d’Iran plus inquiétante pour eux que l’État d’Israël ; à noter aussi que, par contraste, il recommande ne rien négocier avec la Syrie : « Assad est un extrémiste dont le régime doit être remplacé », pense-t-il.

En complément, et pour ceux que la langue anglaise ne rebute pas, vous pourrez lire l'interview récente qu'il a donnée au quotidien "Jerusalem Post" : il y développe les mêmes analyses que celles que j’ai résumées ci-dessus, avec quelques illustrations qui témoignent de sa grande érudition.

J.C