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24 mars 2008

Pour une métaphysique volontaire de la politique en Mauritanie, par El Arby Ould Saleck (deuxième partie)

Tribune Libre

Le prisme de la singularité mauritanienne dans la généralité du monde arabo-musulman est un balancement instable ; en oscillation entre la déperdition des foules attachées à l’artefact d’un salut d’après la mort et la refondation métaphysique et politique qu’il exige de nous, le mouvement représente le summum du dilemme dans la quête d’un avenir viable et spirituel sur terre. La sortie de la religion dont il est question ici n’est pas une désertion de la croyance -l’une des expressions les plus abouties de l’Humanité - mais, plutôt, le dos tourné à un cadre où la religion commande la forme politique de la société, définit le lien social quotidien des citoyens et le rapport de la Mauritanie au reste de la mappemonde ; ce monstre dont il s’agit de s’émanciper frustre l’humain, le contraint dans son désir, l’oblige à tricher continument ou souffrir de transgresser. Notre programme de démocrates consiste à abattre l’enceinte d’une religion structurante pour élargir l’espace de vie où elle existe à l’intérieur d’une forme politique qu’elle ne détermine pas ; l’objectif tient d’une pulsion impérieuse, en somme refonder le consensus social sur des bases séculaires contre le fanatisme et l’intolérance ; c’est une stratégie de légitime défense mais à visée offensive.

Oui, n’en déplaise au Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi qui se fit bâtir une mosquée dans le domaine du Palais et nous ramena à l’inefficace démagogie du vendredi jour de congé hebdomadaire, la laïcité frappe, poliment, aux portes délabrées de la République Islamique de Mauritanie. Nous sommes ravis de citer ce mot de raison, pour le dépoussiérer de son interprétation simpliste que renforcent les esprits conservateurs et réfractaires à la possibilité d’un futur dont l’homme serait l’acteur démiurge. Nous le savons, quoique non étrangère au vécu de nos ancêtres sur ce sol, la notion comporte un sens hélas aux antipodes de la référence dominante en Mauritanie et en politique dans le monde arabo-musulman . La sécularisation est le cadre général d’interprétation de ce que nous avancions dessus sous l’appellation de sortie de la religion-carcan et qui se concrétise par la séparation du politique et du religieux pour l’émancipation de la politique. Nous voulons cantonner le spirituel et le culte dans l’ordre de la sphère privée et l’empêcher, ainsi, de servir d’outil de privation, de contrôle, d’amputation et de mort, entre les mains sanglantes du parti de la frustration que ses propres insatisfactions et délires conduisent à perturber le cours pacifique de la société. Notre loi fondamentale, que nous avons conçue et votée en toute conscience, pour les besoins spécifiques à notre destin en ce monde, devra subir une révision profonde afin de mieux cerner, sans concession, les contours du contrat social. En vertu de cette séparation, le salut restera une affaire individuelle, la religion la société de l’homme avec Dieu et l’Etat la société des hommes entre eux. Dans cette perspective, la domestication de la religion par la modernité politique (démocratie) s’effectuera avec une mutation tacite du contenu de la foi ... Dans l’effort de réduction-adaptation, la liberté du Citoyen couronnera l’échelle des valeurs et la figure de l’Etat en protégera l’usage, s’il le faut hors du champ de l’invisible.

La rupture ainsi esquissée, nous la souhaitons, l’appelons de nos voeux, voire l’exigeons pour que la Mauritanie s’affranchisse du bricolage bédouino-marchand que symbolique le scandale désormais courant d’une mosquée entourée de boutiques.

L’indépendance d’un peuple, se mesure un peu à la capacité de ses dirigeants à expérimenter, avec audace, des visions claires, lesquelles ne retiennent, en dernière instance, que les intérêts pratiques de la population. Oui, les collectivités citoyennes n’ont pas de religion mais des défis temporels. Dans le lexique de nos élites, ces terminologies agissent comme une soupape de sécurité à la médiocrité depuis longtemps domestiquée au point de devenir le naturel du chasseur revenant au galop. Certes tardive, l’oraison funèbre d’une politique de la Mauritanie axée sur un Orient divin, loin des souffrances de la majorité des citoyens, doit être prononcée après l’enterrement des 4 touristes assassinés en décembre 2007 aux environs d’Aleg.

Le pays entre dans une phase de l’histoire où toute communauté dépourvue des moyens de traiter ses contradictions se condamne à régresser. Si nous dédaignons de nous réapproprier, à reculons, le passé sombre des autres que nous tenons pour frères, nous contribuerions, de facto, à la métamorphose de l’Espèce vers davantage d’autonomie et de prévoyance. Paradis ou enfer, ici, maintenant, nous ne sommes encore que des ressortissants de la vie concrète.

El Arby OULD SALECK ,
Docteur en Science Politique, Paris, France