Notre radio

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24 décembre 2006

Lettre de Noël du père Emile Shoufani


Le père Emile Shouafani,
Archimandrite melkite de Nazareth

Introduction :
J’avais rendu hommage au père Emile Shoufani dès les premiers mois de publication du blog (lire l'article du 12 juin 2005). Dans ce « post », j’évoquais les efforts remarquables de cet homme d’Église, arabe, citoyen israélien, qui livre un pacifique combat pour que les jeunes Juifs et Arabes conservent des liens d’estime et de connaissance mutuelle. En France, son action a été révélée et soutenue par Jean Mouttapa, directeur de collection aux Éditions Albin Michel, que j'ai reçu à deux reprises à mon émission.
Jean Mouttapa diffuse cette « lettre de Noël » que je publie avec un grand plaisir, en adressant tous mes voeux aux lecteurs chrétiens !
J.C

« En ce temps de l’avent nous prions pour que l’ère de la réconciliation et de la sécurité s’installe dans notre pays. La cessation du feu entre Israéliens et Palestiniens nous apporte ces jours-ci un nouvel espoir qui pourra revivifier le processus de paix mettant fin à la violence, qui hâtera le retour des soldats et la libération des prisonniers. « Inch Allah ».

Début septembre, la rentrée scolaire fut très difficile après la guerre. Toutefois, en revenant à l’école, les élèves ont retrouvé la vie quotidienne ainsi que le lieu qui leur permet d’exprimer leurs peurs et leurs espérances. Il fallait donc donner à nos enfants la sécurité. Mais l’écroulement du mur d’enceinte du Séminaire St Joseph nous a pris par surprise juste au début de l’année scolaire, mettant en danger les élèves et les résidents du quartier. A ce jour nous sommes encore en train de lancer un appel urgent pour une aide financière. Malgré les difficultés, la force de vie émanant de nos jeunes nous a portés vers un renouveau de joie de vivre, dissipant la tristesse de la mort.

Fin octobre, les résultats du baccalauréat de l’année 2005-2006 ont été publiés. Nous avons été classés premiers de toutes les écoles juives et arabes par le Ministère de l’Education Nationale. 45 sur 113 élèves ont obtenu la mention « excellent ». Suite à ces résultats publiés dans la presse hébraïque et arabe, plusieurs officiels du Ministère ainsi que des directeurs d’écoles viennent voir le travail que nos professeurs, nos élèves et la direction réalisent ensemble.

L’Observatoire
- En collaboration avec l’Association Aérospatiale Israélienne et le Ministère de l’Education Nationale, notre Observatoire organise le premier colloque de Sciences Astronomiques sur l’évolution de l’enseignement de ces sciences dans les écoles. Ce colloque se tiendra chez nous en mars 2007.
- Un camp d’été consacré à l’astronomie a été organisé en Turquie cette année, réunissant 22 de nos élèves et 22 élèves venant d’écoles juives.

Le Conservatoire
- Le programme d’éducation musicale est orienté, dans sa totalité, vers la musique prise comme moyen d’ouverture de la société israélienne arabe tant vers l’intérieur du pays que vers le monde extérieur. Par le biais de la musique classique et de la musique arabe, notre but est de susciter une prise de conscience personnelle et collective.
- Pour l’année 2006-2007, nous nous proposons de promouvoir la connaissance musicale des élèves du Conservatoire en matière de théorie de la musique et de former des ensembles musicaux de niveau plus élevé. Le programme se fait en collaboration avec le Centre de Musique d’ Emek Jezréel (Kibboutz Mizrah).

Les Rencontres de Dialogue
Les échanges entre notre école et des écoles juives continuent :
Durant l'été 2006, 12 de nos élèves et des élèves juifs de Ramat Hasharon ont séjourné ensemble en Allemagne ; au cours du mois de décembre 2006, 150 élèves de l’école Leyada vont être reçus pendant deux jours chez nous à l’école et chez des habitants de Nazareth.
A travers ce choix de vie fondé sur ma foi en l’homme et sur la conviction qu'une nouvelle réalité est possible, je m'efforce de susciter une réflexion et une compréhension pouvant engendrer des chances de vie meilleure pour tous.
Je sais notre besoin à tous d’être libérés de la peur, de ne pas fonder notre vie sur la défensive et l’offensive, lesquels nous conditionnent à croire que la guerre peut apporter la paix. Ce regard condamne l’humanité à un avenir qui n'est que mort, souffrance et destruction.

Le conflit israélo-arabe n’est pas un conflit simplement géographique ou ethnique, religieux ou culturel, c’est un conflit de l’humain et de l’humanité, conflit entre deux peuples blessés dans leurs corps et dans leurs cœurs, dans leur dignité, leur histoire et dans leur existence. Je dirais que c’est l’histoire de l’humanité souffrante qui croit à l’anéantissement de l’autre pour exister, qui croit que la guerre peut apporter la paix.

L’appel que je lance en ce temps de Noël nous concerne tous en tant qu’êtres humains. Ce n’est pas par un effort extérieur que ce conflit peut trouver des solutions. C’est une exigence intérieure, personnelle et collective, celle qui refuse la force, l’occupation, le pouvoir, le mensonge et l’ignorance. C’est un cheminement qui émane de l’esprit de l’homme et de la qualité de son humanisme ; de ce que j’appelle l’homme créé à l’image de Dieu. C’est un appel pour aller plus loin dans la découverte de celui qui est à coté de moi, pour être témoin de la valeur humaine, de l’amour qui est seul susceptible d'inverser le fondement de la réalité présente et de créer de nouvelles voies pour l’entente entre les peuples. »

Il est temps.
NOEL DE PAIX

Emile Shoufani
Archimandrite melkite de Nazareth

Post-scriptum : les fêtes chrétienne de Noël et juive de Hanouka tombent toujours à la même époque, en 2005 c’était quasiment au même moment (lire l'article). Cette année, les bougies de Hanouka sont éteintes depuis hier, et on commence à poser les guirlandes sur les arbres de Noël. Les Musulmans fêteront, eux, l’Aïd à la fin de l’année civile ... et nous nous retrouverons tous, ensuite, pour la cérémonie des vœux !