Rechercher dans ce blog

25 août 2011

Jules Lellouche, artiste "tune" oublié

Djerba, toile de Jules Lellouche (1944)

Une toile sur la Toile
- août 2011


Jules Lellouche (1903-1963) nous a quitté, prématurément, il y a près de cinquante ans. Oublié - sauf des rares amateurs d'art connaissant les peintres de Tunisie - il aura pourtant été loué de son vivant : on lira l'article qui lui est consacré sur Wikipedia, sur ce lien. En particulier, cet éloge très fort qu'il reçut alors qu'il était en pleine maturité de sa création, à la fois de paysagiste et de portraitiste : 
« Qu'il peigne la lumière du Sud jouant sur les murs colorés des maisons mal assises ou sur les eaux du port, qu'il peigne un corps de femme dans la pénombre froide d'un atelier, des chameaux dans une ambiance rongée de soleil, qu'il peigne des prostituées écrasées par un lourd destin, la vie sur sa toile circule, tendre, ardente ou misérable, toujours anoblie par la seule magie du trait et du ton. »

Juif tunisien, il témoigne - avec quelques autres - que cette communauté aura donné de grands artistes, en même temps que des grands médecins, avocats, écrivains et autres intellectuels, alors que la mémoire collective retient plus volontiers les caricatures de "La vérité si je mens". Il prouve aussi combien cette communauté avait aimé sa terre natale, comme il sut l'immortaliser sur des toiles de peinture.

J.C

24 août 2011

La chute de Kadhafi, un éditorial de Richard Prasquier


Parmi les 193 États qui composent aujourd’hui les Nations Unies, les démocraties sont une petite minorité. Quoi qu’on pense des motifs allégués (efficacité économique ou  traditions culturelles) pour justifier la forme « autoritaire » que prennent certains gouvernements, il faut constater que  parmi les dictateurs on trouve un zoo humain effrayant: psychopathes mégalomanes, kleptomanes, incompétents absolus et tueurs de masses. Chez certains, le « métier » grâce à ses flatteurs stimule l’histrionisme : Caligula et Néron en leur temps, Bokassa et Idi Amin Dada plus près de nous.

Mouammar Kadhafi est l’exemple type de cette pathologie du pouvoir. Nous devons saluer avec enthousiasme sa mise hors d’état de nuire, quoi qu’il advienne du régime qui lui succédera. Nous devons nous sentir  fiers que la France, et le Président de la République en particulier, ait été à l’origine de la décision difficile de porter la guerre contre le dictateur libyen, évitant probablement un bain de sang et les ultérieures ruminations accablées et fatalistes de ceux qui auraient prétendu qu’il n’y avait malheureusement rien à faire pour l’éviter.

Qu’est-ce que l’histoire retiendra de ce clown, psychopathe grave, connu comme tel par le monde médical, responsable de dizaines de milliers d’assassinats et de tortures, voleur de dizaines de milliards de dollars terroriste international avéré (Lockerbee, UTA ….), ignare économique qui n’a rien su développer d’utile avec le pactole pétrolier qui, par hasard, avait fait de son pays le plus riche d’Afrique ?

Elle se demandera peut-être pourquoi il a obtenu tous les honneurs internationaux. Aux Nations Unies, en 2003 la représentante libyenne est élue à la présidence de la Commission des Droits de l’Homme, en 2009, le libyen Ali Treki à la Présidence de l’Assemblée Générale, pendant que son pays devient membre du Conseil de Sécurité. En 2010, autant dire hier, la Libye est élue au Conseil des Droits de l’Homme et quelques mois plus tard elle reçoit de la part des « experts » de ce Conseil des éloges sur sa gestion des Droits de l’Homme, alors que dans la même séance, les USA sont condamnés ! L’organisation UN Watch a su porter la voix de la morale dans l’enceinte onusienne à Genève sans aucun appui de la direction du Conseil. Or au printemps 2011, celui-ci a dû se résoudre à exclure la Libye en catimini …….

En février 2009, Kadhafi était élu Président de l’Union africaine (54 membres) et demandait à être appelé "Roi des rois traditionnels d'Afrique"…… Les migrants africains parqués comme des esclaves dont la Libye se sert comme instrument de chantage démographique envers l’Europe avaient dû apprécier….

On rappellera les humiliations moralement graves que Kadhafi a infligées à différents gouvernements européens et auxquelles ils n’ont pas su répondre. Il en est ainsi de la Suisse dont un représentant célèbre, Jean Ziegler, haut fonctionnaire à l’ONU, militant tiers-mondiste acharné, fut à l’origine d’une des grandes mystifications de notre époque, le Prix des Droits de l’Homme Mouammar Kadhafi. Castro, Farrakhan, Garaudy, Mahathir, Ortega et Chavez furent, entre autres, ses glorieux récipiendaires : ils étaient contre les Etats Unis et contre Israël, et cela, comme on le sait, est une garantie suffisante.

Certains des personnages qui ont conduit la rébellion contre Kadhafi ont été ses collaborateurs proches. On peut douter qu’ils soient devenus des modérés. Le célèbre Commandant Jalloud, enfui in extremis de Tripoli, Premier Ministre de Libye vers 1975 quand Jacques Chirac l’était en France, cherchait à détruire  Israël par un bombardement nucléaire. Bien des islamistes, aussi, sont infiltrés dans la coalition.

Cela n’empêche pas de saluer la chute d’un régime qui, au lieu de lui faire honte, a été maintes fois honoré par l’ONU, l’instance représentative de l’humanité. L’ONU toujours complaisante envers les dictateurs fous, mais toujours prompte à condamner Israël …..

Richard Prasquier,
Président du CRIF.

22 août 2011

C'était au temps où la France armait Kadhafi ...

Mouamar el Kadhafi et Georges Pompidou


Je ne sais pas, à l'heure où je tape ces lignes, quel est ou quel sera le sort de Kadhafi : restera-t-il terré pendant des longs mois avant d'être débusqué "comme un rat" - expression qui ne lui a pas porté chance à propos du peuple en révolte ? Mourra-t-il les armes à la main ? Se suicidera-t-il comme Hitler dans son bunker ? Ou alors, plus rusé que fou, a-t-il déjà pris la poudre d'escampette pour se réfugier en Algérie, pays resté si amical à son égard pratiquement jusqu'au bout - j'y reviendrai peut-être dans un prochain article.

"Vae victis", malheur aux vaincus, il n'y a plus guère que son ami Chavez qui lui aura témoigné un soutien officiel jusqu'au bout ! Et nous, Français, avons-nous la conscience si tranquille ? Il est de bon ton, alors que la majorité de l'opinion publique déteste notre Président, de rappeler l'accueil que fit Sarkozy à Kadhafi, en décembre 2007 : premier faux-pas diplomatique, immortalisé par des photos qui circulent en boucle, et je ne peux pas dire que cela m'ait réjoui à l'époque - voir en libellé. Mais un minimum d'honnêteté intellectuelle devrait souligner, aussi, la part déterminante que prit la France du même Sarkozy à sauver in extremis les rebelles en mars dernier, en faisant passer puis mettre très vite en œuvre la résolution du Conseil de Sécurité autorisant la décisive intervention aérienne de l'OTAN.  

Un petit article ne suffirait pas à résumer la longue et tortueuse histoire des relations franco-libyennes, qui connut ses phases de grande tension avec l'attentat du DC-10 d'UTA ou le conflit tchadien, et ses phases de retrouvailles, intérêts pétroliers et commerciaux oblige ... Mais une étrange pudeur, une complicité du silence fait oublier dans nos grands médias les tout débuts de nos relations avec Kadhafi, à l'époque où il était un tout jeune et "bouillant colonel" comme le désignaient nos journalistes - expression creuse et non critique qui fut utilisée jusqu'à plus soif. Cette relation, au début secrète puis apparue au grand jour au début de 1970, Georges Pompidou étant Président de la République et Jacques Chaban-Delmas Premier Ministre, fut marquée dès le début par un contrat formidable : on vendit en grand nombre (110 appareils) des "Mirage" au nouveau régime, premier contrat d'armement d'importance avec un pays arabe, et ce trois ans à peine après qu'Israël ait fait la promotion publicitaire de cet avion pendant la Guerre des Six Jours, et alors même que l’État juif subissait un embargo sur les armes. D'emblée, le successeur de De Gaulle à l’Élysée, celui-là même qui se refusait à tout contact avec des dirigeants israéliens (Golda Méir, de passage à Paris pour une réunion de l'Internationale Socialiste n'eut même pas droit à la poignée de mains d'un Secrétaire d’État), recevait, tout sourire, celui qui allait régner en despote pendant 42 ans ; et se comporter en voyou intégral, moins sanguinaire que Saddam Hussein, certes, mais aussi provocateur et déstabilisant sur la scène internationale. Cet épisode, et la réception de Kadhafi en col roulé par un Pompidou content de lui (voir photo), je ne les ai pas oubliés même si à l'époque je n'avais même pas 20 ans. Vincent Nouzille, journaliste et écrivain, a écrit sur son blog un article qui raconte en détails cet épisode honteux de notre diplomatie, et je vous en donne le lien ici.

Chirac eut ensuite comme ami Saddam, épisode déjà évoqué sur mon blog à propos de sa "politique arabe"   (voir ici), puis Giscard hébergea Khomeiny : cela leur a été reproché, en son temps. Georges Pompidou mourut jeune et trop tôt pour voir le résultat désastreux de cette diplomatie. Mais il bénéficie, dans la mémoire collective française, d'une nostalgie et d'une admiration qui me hérissent toujours, et encore plus en cette année où l'on célèbre son centenaire : il était donc encore plus nécessaire de rappeler cet épisode honteux.

Jean Corcos

Une interview prémonitoire de Bernard - Henri Levy : pourquoi la guerre de Libye est le contraire de la guerre d’Irak

Bernard-Henri Levy


Paru dans le quotidien Le Parisien le dimanche 7 août 2011.
Bernard-Henri Lévy en Libye © Marc Roussel

Introduction :
Cruauté du Web qui garde trace de tout ... il y a seulement quinze jours, il était de bon ton de critiquer l'intervention de l'OTAN en Libye, de dire que cette affaire finirait mal et que le colonel Kadhafi allait finalement rester encore longtemps en place. Deux semaines après, les rebelles ont remporté des victoires décisives et les combats ont fini par gagner Tripoli : BHL l'avait prévu, et c'est un plaisir de relire son interview du "Parisien" à l'occasion ! 
J.C 

Près de cinq mois après le début de la guerre en Libye, le colonel Kadhafi paraît toujours solidement en place. La France a-t-elle eu tort de se lancer dans cette aventure ?

BERNARD-HENRI LÉVY : Solidement, vous trouvez ? Il n’a plus d’aviation.
Plus d’armes lourdes. Il vit terré dans ses bunkers. Peut-être n’est-il même plus à Tripoli… C’est ce que disait, peu avant son assassinat, le chef militaire de la rébellion, Abdel Fatah Younes : il pensait que Kadhafi était à Traghan, dans le Fezzan, au fond d’une de ses résidences souterraines. Moi, je ne doute jamais. Car Kadhafi va tomber. Le monde sera débarrassé ce jour-là d’un de ses pires tyrans. Et c’est la France qui aura été à l’origine de cette chute et, si je puis dire, de cette antiguerre d’Irak menée à bien. Je ne vois là que des raisons de me réjouir. Je parle d’anti-guerre d’Irak parce que, cette fois, il n’y a pas de troupes au sol. La légalité internationale. Un mandat de fait de la Ligue arabe. L’existence même, enfin, du Conseil national de transition (CNT), c’est-à-dire d’une instance de légitimité alternative qui fit défaut en Irak.

Le général Younès, justement, est mort dans des circonstances obscures à Benghazi. Cet épisode n’a-t-il pas révélé les divisions au sein de la rébellion ?

Il a surtout révélé qu’il ne restait qu’une arme à Kadhafi, l’argent, et qu’il était encore capable, avec cet argent, de payer une bande de repris de justice ou d’islamistes, ou de n’importe quoi d’autre pour faire exécuter son ennemi numéro un. Il y a peut-être des divisions au CNT, mais pas plus que dans n’importe quel autre mouvement de résistance. Prenez la résistance française, elle était divisée entre droite et gauche, antigaullistes et gaullistes, maurrassiens et républicains. Tout le spectre de la nation y était représenté et c’est, toutes proportions gardées, la même chose en Libye.

Younès était à Paris le 14 avril pour rencontrer Nicolas Sarkozy…

Oui. Et c’est même cette nuit-là qu’est née l’idée d’ouvrir un deuxième front au sud de Tripoli en envoyant des armes dans les montagnes du djebel Nefousa. Car Younès, contrairement à ce qu’on a écrit, était aussi un excellent stratège.

Les officiers insurgés de Misrata réclament, eux aussi, des armes à la France. Où en est cette demande ?

Disons que le président français semble avoir avalisé cette stratégie de prise en tenaille de Tripoli à partir des deux fronts : le djebel Nafousa au sud et Misrata à l’est. Ce sont les deux endroits, en Libye libre, où l’on trouve des combattants à la fois déterminés, aguerris et, forts des succès déjà engrangés, décidés à pousser l’avantage.

La guerre côute cher à la France, environ 1,2 M€ de surcoût chaque jour pour le budget de la défense. Cela en vaut-il la peine ?

Ce qui coûte cher, c’est le temps. Et s’il faut du temps, ce n’est pas, comme on le dit partout de manière obscène, parce que Kadhafi « résiste », mais parce que tout est fait pour qu’il y ait le moins de victimes possible et ce, côté français autant, naturellement, que côté alliés ou libyen. Ce scrupule, oui, vaut la peine.

La solution n’est-elle pas avant tout politique ?

C’est quoi une solution politique ? Si c’est permettre à Kadhafi de s’accrocher à son pouvoir pour reconstituer ses arsenaux et faire couler les rivières de sang qu’il a promises, il se trouve que le CNT, et donc les Libyens, ne le veulent pas. On ne peut pas à la fois redouter le retour des réflexes coloniaux et prétendre savoir mieux que les Libyens ce qui est bon pour la Libye. Bien sûr, il y a la négociation. Elle est en cours à l’heure où nous parlons entre mes amis du CNT et des hommes d’Etat de Tripoli qui n’ont pas de sang sur les mains. Mais tous s’accordent sur un préalable : le départ de Kadhafi.

Les ministres des Affaires étrangères et de la Défense, Alain Juppé et Gérard Longuet, détestent quand vous faites de la diplomatie parallèle. Le comprenez-vous ?

Non car je ne vois pas ce qu’ils appellent « diplomatie parallèle ». Je suis allé en Libye. J’ai enquêté sur les trois fronts de cette guerre. J’ai noué, je crois, des relations de confiance avec le CNT. Et cette expérience, j’essaie d’en faire profiter un pays, le mien, qui est engagé, je le répète, dans une aventure politique unique, sans précédent.
Vous dites que vous ne voterez pas Sarkozy en 2012, mais vous êtes souvent dans son bureau…
J’ai dénoncé sa politique sur les Roms, sur les questions d’immigration, sur tant d’autres choses, mais je suis bien obligé d’admettre qu’il a fait, dans cette affaire libyenne, une chose qu’aucun autre président n’avait jamais faite avant lui : il a donné corps à cette idée d’ingérence humanitaire, de protection des civils, que nous sommes quelques-uns à défendre depuis des décennies. Il l’a fait tout de suite, alors que, pour la Bosnie, on a laissé le massacre perdurer pendant quatre ans. Et il s’est opposé pour cela à l’une des idéologies les mieux enracinées, à droite comme à gauche, dans notre paysage politique : ce « souverainisme » qui consiste, en gros, à dire : « Les tyrans peuvent commettre tous les forfaits qu’ils veulent, mais pourvu que ce soit à l’intérieur de leurs frontières. »

Pourquoi la communauté internationale s’occupe-t-elle de la Libye et pas de la Syrie, alors que les morts se comptent déjà par centaines dans le pays ?

Il n’y a aucun besoin de sortir la grosse artillerie de la paranoïa conspirationniste. On ne peut juste pas tout faire à la fois et Bachar al-Assad a eu l’idée d’entrer dans son rôle de criminel de masse trois semaines après Kadhafi. Sur la Libye, Sarkozy a imposé, à la hussarde, sa volonté au Conseil de sécurité et, en particulier, aux Russes et aux Chinois. Il n’est pas forcément évident de réussir deux fois à trois mois d’intervalle le même kriegspiel diplomatique, le même effet de surprise.

N’y a-t-il tout de même pas deux poids, deux mesures ?

Non. D’autant que les choses sont liées. Attendez que Kadhafi tombe, vous verrez l’effet de souffle dans la région. Il y aura un « précédent libyen », une « jurisprudence Kadhafi ». Pour secourir les Syriens, il faut gagner en Libye.

Propos recueillis par Frédéric Gerschel
Le Parisien, 7 août 2011

21 août 2011

Gaza : une nouvelle guerre ? Cinq paramètres et quelques hypothèses


Décidément, je n'aurais guère eu de chance avec mon retour programmé sur le blog ... Je vous annonçais, sur fond de plage enchanteresse, une pause jusqu'au 23 août. La situation devenant de plus en plus chaotique en Syrie, j'avais décidé il y a deux semaines de publier une "quinzaine syrienne" pour vous donner les derniers développements de l'actualité pour ce pays. Or, hélas, c'est vers Israël que tous les regards se tournent maintenant - hélas, car on a l'impression que les choses sont en train de déraper et qu'une vraie guerre peut éclater après le sanglant raid terroriste près d'Eilat - les huit tués de jeudi dernier étant alors, comme la dizaine de soldats tués à la frontière du Liban en juillet 2006, les premiers d'un conflit inattendu débutant au cœur de l'été.
Un blog n'est pas un journal, je n'ai pas les loisirs et les moyens d'un journaliste professionnel - cela je le répète asse souvent : vous trouverez donc, par tous les sites d'information habituels, les dernières nouvelles sur une situation qui restera certainement troublée pendant les prochains jours ; je ne reviendrai donc sur cette situation que pour "le jour d'après", ou avant bien sûr en cas de développements dramatiques. Mais je tenais à vous faire partager, dès ce dimanche, quelques réflexions pour éclairer l'actualité. Je n'ai ni les informations du Mossad, ni la justesse d'analyse d'un géo politologue chevronné ... mais peut-être un peu de recul et de bon sens, pour au moins discerner les paramètres de la redoutable équation qui attend Israël !

1. Le paramètre syrien

Qui peut prétendre que les évènements en Syrie n'ont rien à voir avec ce qui vient d'éclater à la frontière Sud ? Bashar al-Assad se sent maintenant acculé, alors que les grandes puissances occidentales - USA, France, Royaume Uni, Allemagne - appellent clairement à son départ, et que le monde arabe a pris ses distances. Une manœuvre de diversion est toujours possible, or le Hamas, toujours hébergé à Damas, reste son "obligé". Le site "mediarabe.info", en lien permanent, note que la région risque d'être mise "à feu et à sang" par les services secrets syriens qui sont redoutables, et il fait le rapprochement avec le retour de la violence en Turquie et en Irak (lire ici). Il s'agirait donc de provoquer une guerre de diversion pour relâcher la pression et ressouder le peuple syrien autour de son leader : un piège, donc, où Israël aurait tort de tomber !

2. Le paramètre libanais

Le même site nous révèle que le Hezbollah s'est aussi réjoui de l'attentat sanglant de jeudi, ce qui n'est guère étonnant. Or la milice chiite, qui reste l'alliée du régime syrien, a en plus des inquiétudes spécifiques : l'acte d'accusation du "Tribunal pour le Liban" de l'ONU, a officiellement désigné quatre de ses responsables comme suspects de l'assassinat de Rafic Hariri ; la tension monte, à la fois à l'intérieur du pays où l'ex-Premier Ministre et fils du défunt lui demande maintenant des comptes, et à l'extérieur, où la Syrie semble entrer dans une ère de chaos ... Ses liens de coopérations avec le Hamas, autre organisation islamiste radicale vouée à la destruction de l'état juif, ne datent pas d'hier et l'excellente formation du commando qui a semé la terreur près d'Eilat porte sa marque, comme l'expliquent des commentateurs israéliens : mais le timing de l'attaque s'expliquerait bien.

3. Le paramètre égyptien

C'est le plus redoutable pour Israël, car c'est le maintien de la paix avec l’Égypte, colonne vertébrale de sa sécurité, qui est en jeu depuis quelques jours. J'ai craint, comme beaucoup, le basculement de ce grand pays dans le giron de l'islam radical après la chute de Moubarak, despote haï par son peuple, qui n'avait guère fait avancer les relations entre les deux peuples, mais qui avait au moins garanti un minimum de stabilité sur la frontière Sud. A lire certains commentaires sur les forums de la presse juive, ou à entendre certains auditeurs comme sur celui de nos confrères de Radio Shalom, je me demande si certains - qui disent tranquillement "qu'il n'y qu'à réoccuper le Sinaï" - comprennent bien ce que serait une guerre avec un pays de 70 millions d'habitants, et où économiquement ou diplomatiquement Israël risquerait de tout perdre. Les messages reçus du Caire ce week-end peuvent donner des arguments aux optimistes et aux pessimistes : les premiers noteront que les Égyptiens ont accepté de renforcer leurs patrouilles dans le Sinaï, qu'ils ont été les victimes des mêmes terroristes islamistes il y a quelques jours - l'attaque sanglante contre les quartiers généraux de la police à El Arish - et que les militaires, encore au pouvoir, ont tout intérêt eux aussi à éviter un dérapage de la situation ; les seconds relèveront l'incident de jeudi - où trois policiers égyptiens ont été les victimes de tirs croisés de l'armée avec les terroristes juste à la frontière, incident qui a suscité une manifestation haineuse vendredi matin et surtout, la menace de rappeler l'ambassadeur à Tel Aviv ; ils noteront aussi que le pouvoir égyptien craint les Frères Musulmans, dont le Hamas est une succursale ...

4. Le paramètre militaire

Il est simple à comprendre : les ennemis mortels directs d'Israël - Hezbollah et Hamas - ne sont pas des incultes et ils savent aller lire l'information. Israël dit et redit que son "bouclier anti-missiles" sera pleinement opérationnel vers 2015, pourquoi donc attendre cette date ? C'est maintenant que l'on peut le "saigner à blanc" par des bombardements continus, et même si deux batteries "Iron Dome" sont en action près de la frontière de Gaza ( à Ashkelon, et plus en profondeur à Beersheba), cela ne suffira  pas si les "Grads" et "Kassams" tombent par centaines : la preuve, il y a déjà eu des coups au but. Le conflit peut donc durer longtemps, à moins d'une intervention massive comme lors de la guerre précédente de l'hiver 2009 ... qui n'a pas suffi à chasser le Hamas du pouvoir ! Ce paramètre milite donc pour une vraie guerre, si ce n'est tout de suite, en tout cas dans les mois qui viennent.

5. Le paramètre palestinien

Ce serait bien le seul qui, paradoxalement, irait dans le sens d'un apaisement sur le terrain ! En effet, l'Autorité Palestinienne préparait une grande offensive médiatique et diplomatique, avec son dépôt de candidature à l'ONU pour le 20 septembre. Une guerre à Gaza, surtout à la suite d'une agression caractérisée "sur les lignes de 1967" (comme cela a été le cas près d'Eilat, les terroristes ayant opéré à partir d'un pays en paix avec Israël), rendrait hors de saison les pressions internationales ; surtout que, et comme la fort bien remarqué Avi Dichter, l'ancien ministre de la sécurité publique, en se taisant face à l'agression terroriste du 18 août Mahmoud Abbas a montré "qu'il ne méritait pas de diriger un état" (lire ici sur le site Ynet.news) ... Conclusion : même si ses moyens de pression sont quasi inexistants vis à vis du Hamas, l'A.P ne fera rien pour envenimer les choses dans les prochaines semaines.

J.C

19 août 2011

Bashar al-Assad et son ombre ...


Le sourire du mois
- août 2011


Sans commentaires ... cet excellent dessin de Vadot est tiré de "Courrier International". Et je l'ai découvert  sur un non moins excellent blog consacré aux dessins de presse :
http://stripsjournal.canalblog.com/

J.C

P.S :
J'achève avec ce "post" la quinzaine syrienne, commencée à mon retour de vacances. Bien entendu, il est impossible d'ignorer la terrible actualité au Sud d'Israël, avec le retour sanglant du terrorisme et les risques de nouvelle guerre à Gaza ... j'y reviendrai dans un prochain article dimanche prochain, qui essaiera de prendre un peu de recul sur l'actualité !

18 août 2011

L'Irak est coincé entre l'Iran et le monde arabe, par Zvi Bar'el


La traduction originale
- août 2011

Introduction
Je publie aujourd'hui un article que les lecteurs assidus de la blogosphère francophone ne trouveront pas facilement : il s'agit de la traduction, par mes soins, d'un article de l'un des meilleurs orientalistes israéliens, Zvi Bar'el, qui est un chroniqueur régulier du quotidien "Haaretz". Il y sera surtout question de l'Irak, mais comme conséquence inattendue de la révolution en Syrie puisque l'Iran risque d'y assoir d'avantage encore son "partenariat" après la perte attendue de son seul allié arabe : une analyse aussi originale qu'inquiétante ... et qui intéresse directement Israël !
J.C

Avec la Syrie dans la tourmente, Téhéran cherche un nouveau partenaire stratégique. Mais la Turquie s'y intéresse aussi

Il fait chaud à Bagdad. Cette semaine, le thermomètre atteint 46 degrés Celsius, mais cela a été un grand soulagement après les 51 degrés enregistrés la semaine dernière. Il fait aussi chaud dans l'arène politique. Le pays avait 46 ministres, jusqu'à ce que le Parlement décide d'annuler 17 portefeuilles fonctionnant à peine.

Le plus grand désaccord porte sur l'autorité du Conseil de la politique nationale, qui sera dirigé par Iyad Allaoui. On s'attend à ce qu'il vienne éroder le pouvoir du Premier Ministre.

Non pas que les citoyens de l'Irak soient particulièrement intéressés,  quand ils ont à vivre sans électricité pendant les heures les plus chaudes de la journée. Leur climatiseurs arrêtent de fonctionner et la nourriture dans leur réfrigérateur cuit lentement.

Alors que le gouvernement prolonge l'aide financière aux propriétaires de générateurs privés, à condition qu'ils fournissent 12 heures d'électricité par jour, l'argent n'est pas encore arrivé et il n'est pas clair quand il le sera. Des nouvelles centrales électriques ont été retardées. Les accords que le ministre de l'électricité Ra'ad Shalal a signés avec deux entreprises, une allemande et une canadienne, ont été annulés par le Premier ministre Nouri al-Maliki, qui a viré le ministre. Il semble que le sociétés n'existaient que sur le papier.

L'Irak, qui a disparu du radar des médias internationaux en raison des soulèvements dans les pays arabes, risque probablement de devenir le point chaud de la politique régionale - et bientôt. Tandis que le régime de Bashar el-Assad se bat pour sa survie en Syrie, l'Iran va probablement chercher une alternative stratégique dans le pays que les États-Unis vont quitter d'ici la fin de l'année. "L'occupation de l'Irak par les États-Unis n'a apporté que de bonnes choses pour l'Iran", a déclaré le vice-président irakien Tareq al-Hashemi cette semaine. "L'Iran est devenu plus influent qu'il ne l'avais jamais rêvé."

L'Irak est le troisième partenaire commercial de l'Iran, après la Chine et les Émirats arabes unis, 8 milliards de dollars par an d'échanges, et en croissance régulière. Le mois dernier, l'Iran a signé un contrat pour la construction d'un pipeline de gaz de 2500 km de long, qui traversera l'Irak et reliera l'Iran à la Syrie. L'Iran a des représentants diplomatiques dans les grandes villes de l'Irak et finance des projets civils dans le pays, sans parler de son engagement politique.

"L'Irak est un pays souverain et ne sera subordonné à aucun autre État," a dit Al-Hashemi, mais il admet que l'Iran dispose d'une force d'influence terrifiante sur la politique irakienne. Par exemple, depuis mars, la pression iranienne a empêché l'Irak de condamner la répression brutale des manifestations de la Syrie. Il a demandé que la Syrie "obtienne un dialogue avec l'opposition», et juste la semaine dernière, il a appelé les deux parties - le gouvernement syrien et les «bandes armées» (comme le régime syrien appelle l'opposition) - à s'abstenir de se répandre du sang. En revanche, les chiites irakiens, avec l'encouragement iranien, se sont mis à manifester contre l'implication militaire de l'Arabie Saoudite à Bahreïn.

Des intérêts autour d'un gazoduc

L'Irak est pris en tenaille entre la dépendance à l'Iran et son désir de faire partie du monde arabe. Le futur gazoduc est une offre que Irak ne pouvait pas refuser, même si elle est susceptible de compliquer les choses avec ses citoyens sunnites, qui s'inquiètent de l'influence excessive de l'Iran. Des représentants sunnites des zones que le pipeline traversera, ont déclaré à des journalistes étrangers qu' ils ne permettront pas que le projet soit réalisé et que le gazoduc sera saboté. Ces attentats, comme le craint l' Irak, sont susceptibles de pousser l'Iran à demander de placer ses propres forces de sécurité là-bas et apporter ainsi une présence iranienne sur le territoire irakien.

L'Irak s'inquiète du rejaillissement que la bataille en Syrie pourrait avoir sur son territoire, et a creusé une tranchée de trois mètres de profondeur, et 45 km de longueur pour arrêter les gens et les véhicules en provenance de Syrie. Il n'a pas peur des réfugiés, mais d'autres facteurs susceptibles de traverser l' Irak, si et quand le régime syrien s'écroulera, ou si l'armée syrienne s'arrête de patrouiller à la frontière.

Pour l'instant, seuls environ 7.500 soldats font la police le long des 1.100 kilomètres de frontière. Dans le même temps, l'Iran exige que l'Irak aide financièrement le régime syrien, afin d'éviter son effondrement économique.

L'Iran a un puissant rival économique avec la Turquie, dont les échanges avec l'Irak s'élèvent à 11 milliards de dollars par an. La concurrence pour le marché irakien a donné aux deux pays une bonne raison de signer des accords entre eux et avec l'Irak. Le mois dernier, les trois ont convenu conjointement d'établir une banque avec un investissement de 200 millions de dollars, et l'Iran et la Turquie ont annoncé leur intention d'accroître les échanges entre eux jusqu'à 30 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années.

Lorsque cet accord a été signé, la Turquie était encore sûr qu'elle réussirait à convaincre Assad de mettre en œuvre des réformes, et d'apporter le calme pour le pays. Pendant ce temps, les relations entre la Turquie et la Syrie se sont détériorées, et la Turquie a commencé à se distancer d'Assad et à haussé le ton contre Téhéran, alors que l'Iran l'a accusé d'être «un sous-traitant américain".

Les intérêts économiques de la Turquie en Iran sont trop forts pour détruire leurs relations, mais l'arène de leur lutte est susceptible de se déplacer à l'Irak, qui dépend de chacun d'eux. La Turquie a pris une décision tactique pour s'opposer à Assad, la question est qu'est-ce que l'Iran fera ? Est-ce que ses intérêts politiques et économiques en Irak le forceront à abandonner Assad et à accroître son contrôle sur l'Irak, tout en conservant de bonnes relations avec la Turquie, ou est-ce que l'idéologie et le souci de protéger Hezbollah vont croitre ?

Zvi Bar'el
Haaretz, 17 août 2011

Traduction Jean Corcos

17 août 2011

Faut-il douter des chiffres de la révolte syrienne ?

Manifestation contre le régime syrien à Hama,
29 juillet 2011 (photo Reuters)


La Syrie étant fermée aux journalistes étrangers, la société civile est la principale source d'information sur la révolte populaire contre le régime de Bachar Al-Assad. Ce qui pose des questions sur l'exactitude des chiffres qu'elle diffuse.
L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) est l'ONG la plus citée par les agences occidentales. C'est elle qui a recensé pas moins de 1,2 million de manifestants à Hama, au centre du pays, et à Deir ez-Zor, dans l'Est, lors de la mobilisation massive du 22 juillet. C'est elle aussi qui a décompté plus de 1 600 victimes civiles et 3 000 disparus depuis le début du soulèvement, à la mi-mars.

PEU DE DOUTES SUR LE NOMBRE DE MORTS

Le dirigeant de l'OSDH, Rami Abdul Rahmane, est un Syrien installé depuis dix ans à Londres, d'où il centralise et diffuse chiffres et nouvelles. Dans un entretien au Point, il a expliqué ces dernières semaines comment il compte les victimes. Son réseau, qui compte deux cents Syriens, lui communique les chiffres des registres d'admission dans les hôpitaux et les témoignages de militants sur place. Les échanges se font via Facebook, Twitter, Skype ou par téléphones utilisant des numéros masqués. Les membres du réseau ne se connaissent pas. C'est une question de sécurité.
D'après l'ancien diplomate Ignace Leverrier, auteur du blog du Monde.fr Un œil sur la Syrie, l'OSDH est une source "fiable" pour le décompte des morts et personnes disparues : "Pour la plupart, les ONG disposent de leurs noms." Il cite comme autre source digne de confiance les Syrian revolution rews round-ups, bilans quotidiens diffusés par l'activiste Ausama Monajed (voir ici son compte Twitter), lui aussi établi à Londres.

DES DOUTES SUR LES BILANS CHIFFRÉS DES MANIFESTATIONS

Mais l'OSDH compte de nombreux détracteurs. Son dirigeant, qui se déclare "indépendant", est accusé d'œuvrer pour les Frères musulmans. Il est aussi décrié par le très actif site Infosyrie.fr, dont les "spécialistes de géopolitique et du Proche-Orient" entendent "publier un point de vue alternatif à l'unanimisme en vigueur dans la presse occidentale. Sans pour autant tomber dans un soutien inconditionnel au régime en place". Ce site met notamment en doute les bilans chiffrés de l'OSDH : il affirme ainsi que le 22 juillet, le nombre de manifestants recensés dépassait celui de la population totale des villes citées.
Pierre Piccinin, un professeur d'histoire et de sciences politiques à Bruxelles, qui dit s'être rendu sur place ces dernières semaines, emploie le même argument. "Quelle ne fut pas ma surprise de lire la dépêche de l'AFP, qui annonçait un million de manifestants à travers la Syrie ce 15 juillet (...), dont 500 000 à Hama. À Hama, ils n'étaient, en réalité, pas 10 000. Cette "information" est d'autant plus absurde que la ville de Hama ne compte que 370 000 habitants", s'étonne-t-il.
Mais la comparaison avec le nombre d'habitants paraît difficile : la population de Hama oscille entre 280 000 et... 1,5 million d'habitants, selon les sources. Thomas Pierret, chargé de cours en islam contemporain à l'université d'Édimbourg, dénonce carrément, dans la Libre Belgique, sa "totale méconnaissance" du pays.
Dans cette guerre des chiffres, l'ancien diplomate Ignace Leverrier relève, malicieux, "que les problèmes de comptage ne sont pas spécifiques à la Syrie. En France aussi, syndicats et police se livrent à ce jeu". Il souligne aussi que de nombreux manifestants venus des faubourgs et de la campagne avoisinante viennent gonfler les cortèges des grandes villes. Et que la mobilisation sur le terrain a été suffisante pour contraindre Bachar Al-Assad à faire des concessions, en promettant un dialogue national et une ouverture au multipartisme.

PREUVES PAR L'IMAGE

"Les chiffres sont invérifiables, c'est vrai", admet le journaliste Julien Pain, responsable du réseau des Observateurs pour la chaîne télévisée France 24 et son site. Mais les dizaines de vidéos en provenance de Syrie qu'il visualise chaque jour ne lui laissent aucun doute sur l'importance des événements.
"Les manifestants s'organisent pour restituer au mieux ce qui se passe dans les cortèges. Ils les filment de dos pour ne pas montrer les visages, ils captent les violences de la répression et surtout, ils montent sur les toits pour tourner des plans larges qui montrent la foule", explique-t-il. "Évidemment, les manifestants ont tout intérêt à gonfler les chiffres. Entre eux et le régime se joue une vraie guerre de communication. Mais l'ampleur du mouvement, et les violences de la répression sont indéniables."
Pendant ce temps, l'agence officielle syrienne Sana annonce des meurtres de policiers ou de militaires et des sabotages multiples qu'elle attribue à des bandes "subversives" ou "terroristes". Elle s'est aussi empressée de relayer le témoignage (en anglais) du professeur belge Pierre Piccinin. Et pour justifier la répression, la télévision gouvernementale diffuse des images qui montreraient des manifestants armés et agressifs.

Donald Walther
Le Monde, 4 août 2011

 Nota de Jean Corcos :
L'auteur de cet article parle en termes fort diplomatiques du site "Infosyrie.fr", qui fait en fait du lobbying grossier en faveur du régime de Damas. Sans surprises on notera que certaines de leurs publications sont reprises par les sites et blogs militants de l'antisionisme radical, et en particulier celui de Michel Collon (adresse : http://www.michelcollon.info/), auteur d'un ouvrage au vitriol sur Israël !

15 août 2011

Syrie : les ennemis de nos ennemis ne sont pas forcément nos amis

Manifestation du mouvement islamiste anglais
"Muslims Against Crusades"
devant l'ambassade de Syrie à Londres, 12/08/2011
(cliquer sur la photo pour agrandir)

Les lecteurs fidèles de mon blog savent que je n'ai jamais versé dans la facilité, et en particulier relayé la "tarte à la crème" chère à la majorité des blogs juifs francophones : les révolutions dans le monde arabe, selon la rengaine répétée quotidiennement aux oreilles des lecteurs, seraient soit le résultat d'un complot islamiste, soit destinées de toutes façons à donner des régimes régis par la Sharia, donc pires encore.

La vérité est bien sûr plus complexe, et j'ai ré entendu hier dimanche sur Judaïques FM la rediffusion de l'interview très intéressante de Michel Gurfinkiel, diffusée la première fois le 10 avril : ses réponses étaient originales, en ce sens qu'il a lui-même pris ses distances par rapport au simplisme évoqué plus haut, mais en demeurant froidement réaliste : le "nationalisme" et "l'islamisme" seraient, selon lui, les deux faces d'une même médaille où le vrai pouvoir resterait à la "rue arabe", expression d'une identité de groupe à la fois figée et fermée, empêchant en son sein toute divergence vis à vis du monde extérieur et, dans tous les cas, arc-boutée dans son refus du droit à l'existence d'Israël ...

Dans tous les cas, et même si je conserve toute ma sympathie aux peuples qui se battent pour renverser des tyrans, il est clair aussi que - même minoritaires - les pires fanatiques entendent aussi profiter de cette vague révolutionnaire : cette photo prise la semaine dernière devant l'ambassade de Syrie à Londres le prouve amplement !

J.C

14 août 2011

Sortis de leur silence, les États de la région pressent Assad de mettre fin à la violence.

Le monde arabe est brusquement sorti de son silence vis-à-vis de la Syrie. Dimanche, à quelques heures d'intervalle, la Ligue arabe, le Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui réunit six pétromonarchies, la Ligue arabe puis la Jordanie ont tous condamné la répression. Le poids lourd du Golfe, le roi Abdallah d'Arabie saoudite, a personnellement exigé de Bachar el-Assad qu'il «arrête la machine de mort et l'effusion de sang». Riyad a dans la foulée rappelé son ambassadeur pour «consultation» suivi lundi par le Koweït et le Bahreïn. Certes, aucun de ces États ne demande le départ de Bachar el-Assad. Tous utilisent peu ou prou les mêmes éléments de langage que la Ligue arabe, qui exige que le gouvernement syrien «mette fin immédiatement à tous les actes de violence… contre les civils». Mais leur prise de position n'en constitue pas moins un revirement spectaculaire.

En juillet encore, plusieurs délégations, y compris une de la Ligue arabe, s'étaient rendues à Damas pour exprimer leur soutien au régime, au désespoir des opposants. «Un slogan des manifestations de vendredi dernier disait : “Dieu est avec nous. Et vous ?” Et celui du vendredi précédent s'adressait lui aussi directement aux États arabes : “Votre silence nous tue”», rappelle Ignace Leverrier, ancien diplomate auteur du blog «Un œil sur la Syrie.»
Le changement d'attitude arabe a aussi de quoi soulager les Occidentaux. Leur mutisme avait permis à la Chine et à la Russie de barrer la route le 3 août à une résolution du Conseil de sécurité, souhaitée par l'Europe et les États-Unis, qui avaient dû se contenter d'une simple déclaration très édulcorée. «La fin du silence arabe va permettre aux Occidentaux de faire pression sur Pékin et Moscou pour aller plus loin», estime Ignace Leverrier.

Rivalités internes 

Pour Salam Kawakibi, directeur de recherche à l'Arab Reform Intiative (ARI), le basculement arabe n'a d'ailleurs pu se faire «sans un feu vert de Washington à ses alliés». Mais leur contre-pied spectaculaire répond aussi à un ensemble de considérations régionales, voire nationales. Jusqu'ici, les monarchies, en particulier, soutenaient la Syrie par crainte de voir le mouvement démocratique arriver jusqu'à eux, explique Salam Kawakibi. Mais ces craintes sont aujourd'hui dépassées, assure-t-il. «Les chefs d'État pensent maintenant que leurs opinions publiques leur en voudraient encore plus de ne pas montrer leur solidarité avec les manifestants», juge Ignace Leverrier. Pour Salam Kawakibi, les rivalités internes ont pu jouer un rôle. «Ce n'est pas parce que la répression est devenue plus violente que l'Arabie saoudite est intervenue, explique-t-il. Le roi a décidé de revendiquer la centralité du pouvoir saoudien, partagé entre deux tendances, l'une favorable à Damas, l'autre opposée.»

Sur le plan régional, les chefs d'État du Golfe étaient sensibles au chantage à la déstabilisation agité par la Syrie, qui menaçait de créer le chaos dans la région avec l'aide de son allié iranien. Les Saoudiens espèrent désormais récolter le bénéfice de la passation du pouvoir, aujourd'hui confisqué par la minorité alouite, aux mains d'un régime sunnite qui mettrait fin à l'alliance avec l'Iran, estime Hosham Dawod, anthropologue au CNRS. Car les gouvernants «ont désormais des doutes sérieux sur l'avenir du président syrien, dit ce chercheur. Ils pensent que soit il partira, soit il plongera la Syrie dans un chaos à l'irakienne.» Abandonnant leur traditionnelle prudence, ces pays veulent pouvoir être vus plus tard comme ayant accompagné la dynamique politique, ajoute Dawod. Qui regrette une ambiguïté dans cette mobilisation d'États pour la plupart autoritaires : «Les aspirations à la liberté et à la démocratie ne sont pas mentionnées, c'est le point faible.» Dernière explication, les Arabes ne veulent pas laisser à la Turquie le monopole régional de la gestion du dossier, à la veille de la visite, ce mardi, du ministre des Affaires étrangères turc, porteur d'un message fort. Lundi, des religieux influents se sont joints à la condamnation du régime, comme le recteur de la mosquée al-Azhar du Caire, et aussi, plus significatif encore, le grand mufti d'Alep, deuxième ville syrienne, signale Salam Kawakibi. Sur le terrain, la répression continuait. La seule réaction de Bachar el-Assad a été de nommer ministre de la Défense son chef d'état-major, le général Daoud Radjha.

Pierre Prier
Le Figaro, 8 août 2011

12 août 2011

Bashar al-Assad, le "boucher chirurgien" !

Caricature publiée dans le journal "Al Watan" (Qatar), le 2 août 2011


Ce dessin de presse, bien percutant, a été publié dans un journal du Golfe ... ce qui est assez remarquable, vu le très long "silence radio" du Monde arabe face à la répression féroce en Syrie : je publierai prochainement un article sur le sujet, analysant pourquoi les dirigeants semblent enfin réagir ...
Traduction du texte en arabe dans la "bulle" :
Le docteur Bashar à côté de la salle d'opération : "Je dois sacrifier le peuple pour pouvoir sauver le régime". 

J.C

10 août 2011

Bertrand Badie : expert du journal "Le Monde", faux prophète pour la Syrie ...

Le Professeur Bertrand Badie

Professeur à Sciences Po, Bertrand Badie est souvent sollicité par le journal "Le Monde" pour donner son avis sur les évènements du Moyen-Orient. Personne n'est totalement objectif quel que soit son niveau de connaissances ou de spécialisation sur un sujet, et ce n'est donc pas lui faire injure que de dire qu'il défend une "ligne" à la fois constante et bien au diapason des grands médias français : au delà de telle ou telle analyse ponctuelle, le discours en arrière plan est toujours le même, "Israël - États-Unis méchants", "tout est de la faute de l'Occident", "La République islamique d'Iran et ses alliés régionaux sont finalement les partenaires que l'on devrait choisir", etc. Pour s'en convaincre, il suffit de taper son nom sur un moteur de recherche, et de voir comment, par exemple il défend systématiquement le Hezbollah ; ainsi a-t-il préfacé ce livre présentant l'organisation radicale chiite comme un "acteur incontournable dans la région" !
On ne sera donc pas surpris que pour lui, la vague révolutionnaire arabe ait été analysée avec deux grilles de lecture : sympathique lorsqu'elle renversait des régimes pro-occidentaux comme le régime Moubarak, elle devenait hautement incompréhensible lorsqu'il s'agissait des régimes les plus anti-israéliens du Moyen-Orient. Et c'est ainsi que, prenant ses désirs pour des réalités, le Professeur Badie prophétisait dans un "chat" du journal "Le Monde" en date du 24 février, que la Syrie serait épargné par ces révolutions : rien ne se perdant sur le Web, je ne résiste pas au plaisir de vous faire lire son intervention ...

J.C
Extrait du "chat" :
"PO: La Syrie peut-elle être touchée par ces mouvements ?
Si l'on observe ce qui se produit actuellement, la Syrie apparaît comme l'un des pays les moins affectés au sein du Grand Moyen-Orient par les bouleversements que nous avons caractérisés. Plusieurs facteurs sont à prendre en compte. Tout d'abord, le régime syrien a réussi à préserver un minimum d'unité nationale autour d'une politique étrangère qui est très peu contestée et qui, au contraire de ce qui s'est produit en Égypte, assure la pérennité d'un minimum de cohésion nationale.
On voit à quel point Moubarak et son système ont pris des risques énormes en démantelant la politique étrangère égyptienne et en l'alignant de façon aussi cynique sur les États-Unis, et même sur les gouvernements les plus radicaux d'Israël. Si le mouvement de la place Tahrir n'exprimait aucune violence à l'encontre d'Israël, le thème de la solidarité avec la Palestine était présent partout et constituait un marqueur essentiel de la volonté des jeunes Égyptiens de sortir d'une humiliation dans laquelle les avait placés la diplomatie de leur pays.
En outre, le régime du président Hafez El-Assad et de son fils Bachar ne présente pas des symptômes de corruption aussi choquants que ceux qui accompagnent les sagas de la famille Moubarak ou de la famille Ben Ali. Il me semble donc que le régime syrien ne soit pas dans une situation de danger immédiat, comme la plupart de ses homologues de la région."

08 août 2011

"Pour Nawaf Salam" : un édito courageux dans la presse de Beyrouth !

Il n’y a pas de répression en Syrie et les droits de l’homme sont un label commercial brandi par l’Occident.

Écouter ces mots et partir d’abord d’un grand rire, beau et bienvenu. Les prises de position de Michel Aoun sont désormais tellement au-delà du réel, tellement impensables et incongrues que cela frôle le chef-d’œuvre : un perpétuel yoyo entre le délicieusement comique et l’extrêmement tragique. Lorsque l’ânerie politique atteint un degré pareil, une telle maîtrise, lorsqu’elle est aussi farouchement élevée au rang d’art de (sur)vivre, elle ne peut qu’être saluée. Sauf que très vite, la réalité explose. Nue. Le chef du CPL est un négationniste – d’un négationnisme bien archivé par/dans les oubliettes de l’histoire : un négationnisme purement milicien.
Que Michel Aoun en arrive là n’a malheureusement plus rien d’étonnant. Le vieux général est prisonnier de tout : de lui-même ; de ses contradictions ; des ravages de sa mégalomanie : sa baabdatite mortelle ; du Hezbollah, qui l’habille et le déshabille comme une poupée qui dit toujours oui ; de son antiharirisme carabiné... Mais que ses lieutenants, ces Boudu plus ou moins intelligents qu’il était jusqu’à peu encore possible de sauver, même in extremis, des eaux saumâtres dans lesquelles se noie allègrement un Courant patriotique libre qui n’a jamais aussi mal porté son nom, que ces Alain Aoun, Ghassan Moukheiber (aussi courageux, voire téméraire, soit-il parfois), ces Nehmetallah Abi Nasr, Chakib Cortbawi, Farid el-Khazen ou même Ibrahim Kanaan en soient réduits à se taire, ou cautionner, ou défendre ces dérives inouïes : c’est stupéfiant. Le gang des Assad et la barbarie à visage inhumain du régime syrien en ont rêvé. Les aounistes le font. Gratuitement.
Le Hezbollah, quelle que soit l’intensité de ses tendances suicidaires et, naturellement, le Baas et ce PSNS qui n’en finit plus de transformer Hamra en une microbanlieue sud, jouent leur survie politique. Soit. Mais les hommes du général ? Ils savent comme tout le monde que le changement est inéluctable en Syrie, que dans un mois ou dans un an, la dictature sera dynamitée. Comment traiteront-ils alors avec les futurs dirigeants de ce voisin très encombrant par définition que le peuple syrien aura élus, intelligemment ou pas mais avec beaucoup de soin ? Que diront-ils, ces hommes, à ces familles décimées par mille et un crimes contre l’humanité, par un implacable génocide ? Que diront-ils aux gens de Hama ? De Deraa ? De Homs ? De Deir ez-Zor ? Que diront-ils bientôt aux Aleppins et aux Damascènes ? Qu’ils ont eu peur du Hezbollah ? Qu’ils se sont trompés ? Qu’ils étaient prêts à tous les sacrifices pour mettre un Michel (Aoun) à la place d’un Michel (Sleiman) ? Qu’ils souffrent tous d’une naïveté implacable qui les a obligés de croire à la thèse du complot américano-sioniste ? Que diront-ils ? Qu’ils avaient raison, puisque les Russes Medvedev et Poutine, le Chinois Hu Jintao, l’Indien Manmohan Singh, la Brésilienne Dilma Rousseff et le Sud-Africain Jacob Zuma pensaient comme eux ?
Que diront aussi Michel Sleiman et, surtout, Nagib Mikati, qui ont exigé de cet homme d’honneur qu’est l’ambassadeur libanais au Palais de Verre, Nawaf Salam, de se dissocier de la déclaration présidentielle, un pet de fourmi mais un premier pas tout de même, votée hier à l’unanimité à l’ONU pour condamner l’usage de la force en Syrie ?
Rien. Ils ne diront probablement rien. Sauf qu’un jour, un tribunal, physiquement ou moralement, immanquablement les jugera, pour négationnisme ou pour cent et une complicités. Qu’ils soient avachis sur un lit d’hôpital ou pas.

Ziyad Makhoul
L'Orient Le Jour, 4 août 2011

P.-S. : il est atterrant de voir que les Ali Kanso et autres Nicolas Fattouche et consorts n’ont toujours rien compris aux médias libanais. Que même la cire rouge ne peut museler. Fraîchement parachuté dans son bureau du préhistorique ministère de l’Information, le pourtant prometteur Walid Daouk joue déjà rien moins que sa crédibilité. Et pas que politique.

Nota de Jean Corcos :
J'ai particulièrement apprécié cette attaque au vitriol du Général Aoun, ex-héros de la résistance libanaise devenu un des complices les plus abjectes du régime de tueurs de Damas : pour mieux connaitre son parti, le C.P.L, et apprécier sa haine anti-israélienne qui n'a rient d'étonnant, je conseille de visiter leur site à l'adresse http://rplfrance.org/
 

07 août 2011

Retour en avance ... et quinzaine syrienne !



Bonjour à tous, avec une quinzaine de jours d'avance sur le calendrier prévu : rentré à Paris depuis le début de la semaine, j'espérais en fait profiter de cette pause pour me remettre à glaner sur le Web des articles intéressants, à particulier sur la vague de révolutions dans le monde arabe. Mais l'Histoire s'accélère, et il fort possible que la situation se dénoue en Syrie. 

En effet, ce sont maintenant des centaines de tués que l'on relève à Hama et dans tout le pays, alors que le régime n'hésite pas à faire tirer ses blindés contre des foules de civils désarmés. Face à ces massacres, la communauté internationale semble se réveiller un peu (une première déclaration au Conseil de Sécurité de l'ONU il y a quelques jours), avec - peut-être - un premier fléchissement du soutien russe à ce vieil allié régional ... Mais deux scénarios peuvent maintenant se cristalliser : soit, désespérés par l'absence d'intervention militaire internationale qui les sauverait, les insurgés finissent par céder à la répression ; soit, impressionnés au contraire par l'isolement diplomatique de Bashar al-Assad et de ses séides, une partie de l'armée décide de lâcher le régime - comme cela a été le cas en Libye il y a quelques mois.

Ne voulant pas manquer ce tournant, peut-être historique, j'ai donc décidé de vous faire partager à partir de demain quelques éclairages trouvés sur le Web, dont certains j'en suis sûr ont été pratiquement ignorés de la "blogosphère" juive francophone : ce seront les seules publications sur mon propre blog jusqu'au "retour officiel" et sur tous sujets confondus, le 23 août !

J.C