Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est Libye 2011. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Libye 2011. Afficher tous les articles

23 octobre 2011

Kadhafi, tyran craint jusqu'à son dernier souffle, par Pierre Prier



Le Guide de la révolution, au pouvoir depuis 1969, a toujours cherché à se distinguer de ses pairs.

Mouammar Kadhafi avait juré de mourir en Libye. Il a tenu parole, retranché dans sa ville natale. Jusqu'à l'ultime moment, il faisait encore peur. Le premier ministre du nouveau gouvernement exposait il y a deux jours encore ses craintes de voir le Guide déchu organiser la reconquête en recrutant des mercenaires à coups de milliards. La légende de Kadhafi, l'homme seul contre tous, provoquait encore la crainte, alors qu'il ne régnait plus que sur quelques centaines de mètres carrés de sol libyen. Le vieux Guide aux cheveux teints et aux déguisements d'opérette est finalement resté fidèle au ­jeune capitaine émacié qui, jadis, présentait un profil de médaille.
Ce Bédouin né de parents nomades renversa le 1er septembre 1969 le roi Idriss, monarque arrivé peu auparavant au pouvoir avec la bénédiction de l'Occident. La Libye était alors un pays improbable, puzzle de provinces ottomanes assemblées par la colonisation italienne. Elle était aussi immensément riche, grâce à son pétrole si clair et si abondant. Le capitaine, autopromu colonel, s'en servit pour réaliser ses rêves et ses caprices.

Voiture antiaccidents 

Au début, il décide d'être le nouveau Nasser. Comme le raïs égyptien, il a conquis le pouvoir à la tête d'un groupe d'«officiers libres». Comme lui, il veut unifier le monde arabe. Et qu'importe si les dirigeants voisins méprisent les Libyens, à leurs yeux gardiens de chèvres profitant d'une manne inespérée. Mouammar Kadhafi adopte les fondamentaux du nationalisme arabe, nationalisation des entreprises et expulsion des bases américaines. Sa seule tentative de créer un ensemble arabe, une union entre la Libye et la Tunisie, échoue en 1974. Bourguiba, d'abord tenté, recule devant la perspective d'un mariage invivable. Tant pis, Kadhafi se replie vers une autre ambition. Celle d'écrire une page entièrement nouvelle de l'histoire de l'humanité, de réaliser la démocratie intégrale. En 1977, il décrète la «République des masses», censée se gouverner seule à travers des comités populaires. Comme toutes les utopies réalisées, le rêve vire rapidement au cauchemar. Dans ce paradis sur terre, la seule appartenance à un parti politique est passible de la peine de mort. Les comités populaires sont vite chapeautés par des comités révolutionnaires, milices idéologiques et militaires de style léniniste. Les récalcitrants finissent à la prison d'Abou Salim ou pendus en public, comme les étudiants de Benghazi dans les années 1990.
La Libye et ses quelque 5 millions d'habitants est trop exiguë pour Kadhafi. Les Arabes ne veulent pas de lui comme chef ? Les mouvements révolutionnaires du monde entier repartent de Tripoli avec des valises chargées de pétrodollars. Le Guide envoie des cargos entiers d'armes et d'explosifs à l'IRA irlandaise. Les Brigades rouges italiennes et l'ETA basque trouvent aussi bon accueil à Tripoli.
Ce pouvoir de nuisance illimité paraît monter à la tête du colonel. Il multiplie les provocations délirantes. Assure que Shakespeare était arabe, car son vrai nom était «Cheikh Zuber.» Présente à la presse, lors du trentième anniversaire de la révolution, la première voiture antiaccidents, qu'il a dessinée lui-même. Assure récemment que l'Europe va devenir musulmane. Est-il sincère ? Un observateur, l'héritier du trône de Libye Mohammed al-Senoussi, confie: «Ne vous y fiez pas. Il adore jouer les idiots pour mieux tromper les Occidentaux.» 

Bédouin dur en affaires 

Mais le bouffon est sanguinaire. En 1986, Ronald Reagan fait bombarder sa caserne de Tripoli en représailles d'un attentat dans une discothèque de Berlin qui a tué des militaires américains. En 1988, Kadhafi se venge. Il fait exploser un Boeing de la Pan Am au-dessus de la ville écossaise de Lockerbie, faisant 270 morts. L'année suivante, il récidive avec un DC-10 de la compagnie française UTA (170 morts), probablement en représailles de la déculottée infligée par les troupes françaises à son armée au Tchad, qu'il avait envahi.
L'Afrique est le nouveau terrain de jeu de Kadhafi. Il a tiré un trait sur le monde arabe, qui l'a rejeté. Désormais, il se rend aux réunions de la Ligue arabe revêtu de boubous africains, en général pour insulter ses pairs. En 1988, on le voit, la seule main droite gantée de blanc. Il explique qu'il veut ainsi éviter de serrer des «mains tachées de sang». Au sommet suivant, il traite le roi Fahd, son voisin, de «produit britannique». Fumant un gros cigare, Kadhafi se tourne ostensiblement vers son voisin chaque fois qu'il exhale la fumée. En 2011, l'Arabie accusera le colonel d'avoir monté un complot pour assassiner le roi Abdallah. Déçu par les Arabes, Mouammar Kadhafi se veut maintenant le roi de l'Afrique. En 1999, il transforme la poussiéreuse Organisation de l'Union africaine (OUA) en Union africaine, avec des statuts calqués sur ceux de l'Union européenne. Mais il voit plus loin, rêve des «États-Unis d'Afrique», comme il le déclare au Figaro. Un nouveau pays avec une monnaie, une armée et un président, dont on devine facilement le nom. Il n'arrivera jamais à ses fins, les chefs d'État africains se méfiant de ses ambitions. Le Guide tente de les fléchir par tous les moyens: valises de billets offertes à chaque passage à Tripoli, par exemple. Les présidents africains s'amusent à comptabiliser le nombre de séjours effectués par leurs pairs à l'hôtel Méhari de Tripoli, sachant qu'ils en repartent toujours lestés de plusieurs millions de dollars. L'autre méthode du Guide, c'est de subventionner l'opposition de ceux qui lui résistent, voire des mouvements armés. Il dévient le bailleur de fonds des atroces chefs de guerre du Liberia et de la Sierra Leone, dont le Libérien Charles Taylor, aujourd'hui jugé par un tribunal international.
Mouammar Kadhafi avait-il changé ? En 2003, effrayé par le sort de Saddam Hussein, il entame immédiatement des négociations secrètes avec Londres et Washington, qui aboutiront en décembre de la même année à un revirement complet: abandon de son programme nucléaire, engagement à empêcher l'immigration africaine vers l'Europe, ouverture de la Libye aux compagnies pétrolières et au business occidental.

Mais le Guide n'en devient pas pour autant un partenaire comme un autre. Toujours provocateur, il exige - et obtient souvent - de planter sa tente au pied des palais présidentiels lors de ses visites officielles. Nargue ses nouveaux amis occidentaux en torturant de malheureuses infirmières bulgares, arrêtées sous le prétexte d'avoir volontairement inoculé le virus du sida à des enfants hospitalisés. La libération des infirmières et d'un médecin palestinien sera finalement négociée au prix fort. Tout comme la compensation des familles de victimes des attentats de Lockerbie et du DC-10. Le Guide paiera, mais ne reconnaîtra jamais sa responsabilité. Il avait pourtant livré un haut responsable des renseignements à la justice écossaise. Quand ce dernier, Abdelbassset al-Megrahi, est libéré en août 2009 pour raisons médicales, Kadhafi le reçoit en héros.
En Bédouin dur en affaires, il marchande son soutien, se plaignant sans cesse de ne pas avoir reçu suffisamment de compensations pour son retour sur la scène internationale. Il obtient de Berlusconi la construction aux frais de l'Italie d'une autoroute le long des 1200 km de côtes libyennes. Exige de la France et des États-Unis la vente de missiles pour soi-disant protéger l'Europe de l'immigration clandestine. Au cours des derniers mois, il n'a jamais compris que les Occidentaux se soient retournés contre lui. Ne laissaient-ils pas ses collègues dictateurs maltraiter leurs peuples ? Mouammar Kadhafi avait raté le printemps arabe. Il a alors cessé de marchander.

Pierre Prier
Le Figaro, 21 octobre 2011

Kadhafi, mort d'un antisémite

Kadhafi et Chavez
(photo Reuters)


Ainsi va l'actualité : les évènements historiques ne choisissent pas les dates où ils arrivent, ou alors il faudrait y voir une main divine ... Ce blog était en mode "pause" lorsque nous avons appris la fin brutale de Kadhafi, car comme je vous l'avais expliqué c'était une fête religieuse du calendrier hébraïque : deux jours plus précisément, clôturant la période de Souccot, avec une liesse particulière le vendredi, "Simhat Torah", "joie de la Torah" !
Ainsi donc, c'est alors que les Juifs pratiquants du monde entier chantaient et dansaient dans les synagogues - loin de la Libye ravagée par huit mois de guerre civile -, que des foules faisaient la queue dans la chambre froide d'un centre commercial de Misrata, pour voir et photographier la dépouille d'un dictateur ayant terrorisé son pays pendant 42 ans.

On lira sur le prochain article une synthèse historique très percutante écrite par Pierre Prier dans "Le Figaro", et qui résume l'essentiel : mais je voudrais insister ici sur le rapport de haine particulière qu'entretenait Mouamar el Kadhafi vis à vis des Juifs, un rapport obsessionnel qui est hélas la marque de plusieurs autres leaders du Tiers-Monde - le choix de cette photo avec Hugo Chavez n'est pas le fruit du hasard : allié d'Ahmadinejad, le "petit Hitler de Téhéran", le leader vénézuélien aura soutenu son ami jusqu'au bout !

Nasserien plus zélé que Nasser, lors de sa prise de pouvoir, il aura imité son maître spirituel d'abord en éliminant totalement la petite communauté juive qui vivait en Libye lors de son coup d'état, en 1969 : il n'en reste plus aucun, et Kadhafi a inoculé une telle haine antisémite dans son peuple que lorsque David Gerbi, Juif originaire du pays est venu récemment à Tripoli pour tenter de restaurer la synagogue, il a du fuir sous la menace des armes. De même et comme je vous en avais parlé, la rumeur sur les origines juives du dictateur aura décuplé la fureur des rebelles( lire ici).

Ensuite, il a été à deux doigts de commettre le pire attentat antisémite des dernières décennies, en faisant couler un grand paquebot à destination d'Israël : tout le monde l'a oublié, c'était en 1973 et le Yediot Aharonot le rappelle dans cet article.

La destruction rêvée, réclamée et considérée comme inéluctable de l’État juif sera restée quasiment la seule ligne dont le dictateur libyen n'aura jamais dévié, lui qui fut successivement l'ennemi puis l'allié de l'Occident ; et ce, alors que la plupart des dirigeant arabes continuent - sans doutes et dans le fond -, de penser comme lui tout en ne l'avouant pas. Une position, aussi, qui lui aura valu le soutien convaincu de tous les antisionistes radicaux, à commencer par Thierry Meyssan, qui dut fuir Tripoli au moment de l'entrée des rebelles il y a quelques semaines.

Une haine antisémite qui explique, aussi, l'horrible procès en sorcellerie fait aux malheureuses infirmières bulgares, torturées et retenues en otages pendant de nombreuses années sous le prétexte d'avoir inoculé volontairement le virus du Sida pour le compte du Mossad : mais les lecteurs fidèles savent combien cette affaire, à laquelle j'ai consacré une émission, m'avait marqué - lire sur mon blog. De ces années 2005-2007 date, je dois l'avouer, ma prise de conscience que ce faux bouffon qui aimait tant se déguiser était, d'abord, un antisémite dangereux et sanguinaire.

La mort de Kadhafi, lynché par la foule, aura été atroce, mais elle est aussi à la mesure du mal qu'il aura fait : dernier clin d'œil du destin, lui qui proclamait au début de la révolution son projet de tuer "comme des rats" son propre peuple révolté, aura été débusqué ... comme un rat, à la sortir d'une canalisation !

Jean Corcos
 

08 septembre 2011

Kahafi, un homme à femmes !

Kadhafi et deux "Amazones"

Le sourire du mois
- septembre 2011

Comme l'actualité va vite ! Kadhafi renversé, nous avons déjà presque oublié son cortège de bouffonneries, collection de tenues aussi abracadabrantes l'une que l'autre et ses insolences en tout genre - l'homme proposa, sans rire, de découper la Suisse en trois morceaux suite à un contentieux avec ce pays. Curieusement - ce qui prouve que la notion d'ingérence humanitaire a pris un peu de consistance ces dernières années -, ce n'est que lorsqu'il commença à massacrer les manifestants de son pays en les traitant de "rats" que la communauté internationale a fini par réagir, et pas, par exemple, alors qu'il détenait en otages les malheureuses infirmières bulgares.

Les "Amazones" de Kadhafi ont été longtemps un sujet d'étonnement mais pratiquement jamais de critique : on trouvait curieux qu'un pays musulman dont le drapeau était tout vert comme l'étendard de l'islam, ait un leader protégé par une escouade de femmes en uniformes; ses lobbyistes y voyait la preuve de son ouverture d'esprit, une certaine modernité ... tu parles ! Beaucoup de ces malheureuses, libérées par sa chute, racontent leur vraie histoire : choisies parce qu'elles étaient jolies, elles ont été arrachées à leur famille ; et livrées au dictateur et à ses fils qui les ont régulièrement violées ...

Un sourire du mois un peu crispé donc - d'ailleurs les trois personnages de cette photo "tirent la gueule". Mais une envie de rire quand même, en pensant à ce numéro de bouffon que l'on ne verra plus ; en pensant aussi aux malhonnêtes qui nous vantaient la libération de la femme, alors qu'il ne s'agissait que de harems ; et en pensant enfin à la collection d'uniformes rutilants de ces Amazones - voir sur ce lien 

J.C

01 septembre 2011

L’Algérie cherche à faire échouer les révolutions en Tunisie et en Libye



Cette fois-ci, le régime algérien a été pris la main dans le sac. Une cargaison d’armes, une de trop, débarquée dans le port algérien de Djendjen, et acheminée par des relais de l’armée algérienne vers la Libye, à travers le sud-est du Sahara algérien, a été éventée par un haut responsable américain. Une opération que ce dernier a vigoureusement condamnée, accusant l’Algérie d’avoir violé les dispositions de la résolution 1973 du Conseil de Sécurité (1).
Les uns bombardent un pays, pendant que les autres aident son despote
Pourquoi les Américains ont-ils dénoncé cette opération? Pourquoi celle-ci? Pourquoi cette fois-ci?
Le soutien du régime algérien à la famille Kadhafi, pour l’imposer par la force au peuple libyen, était pourtant patent, et le Conseil national de transition (Cnt) libyen l’a publiquement, et énergiquement signalé à la communauté internationale, à plusieurs reprises. En vain!
Le régime algérien a volé au secours de Kadhafi bien avant que les premières émeutes de Benghazi aient lieu.
Une alliance mutuelle aurait été contractée entre les deux régimes despotiques dès que la révolution de jasmin a commencé à souffler sur la région. Les Occidentaux connaissaient la nature des relations entre les deux régimes, l’aide du régime algérien à son acolyte libyen, et même l’utilisation d’un clan du Polisario par le Département du renseignement et de la sécurité (Drs) de l’armée algérienne, pour sustenter le despote libyen en armes, munitions, mercenaires, carburant et véhicules. Cela était un secret de Polichinelle, depuis le tout début.
Pourquoi alors ni l’Otan, ni une quelconque puissance occidentale n’en a rien dit jusqu’à ce jour?
Est-ce seulement l’effet des gros contrats dont se sert le régime algérien pour mettre un bémol aux protestations occidentales, où bien existe-t-il d’autres éléments qu’on nous cache?
En tout  cas, à Alger, c’est le branle-bas de combat. Un malheur ne vient jamais seul, dit-on. Cette tuile qui tombe sur la tête du régime, et qui va, encore une fois, le montrer sous son véritable jour, tombe vraiment mal, pour l’association de malfaiteurs qui préside aux destinées des Algériens.
En plus d’une guerre de clans qui fait rage depuis peu, au sujet de toutes récentes commissions sur des achats d’armements, qui auraient rapporté un gros butin à un clan au détriment d’un autre, un gros pactole qui se chiffre en plusieurs centaines de millions de dollars, il y a aussi l’affaire El Jenn, ce criminel contre l’humanité, qui a failli être pris comme un rat à New York, après que des opposants au régime algérien ait lancé l’alerte sur sa présence aux Etats-Unis.
S’il avait été arrêté, le monde entier aurait découvert la véritable nature du régime algérien, et les atroces exactions qui ont été commises, dans les années 90, par les escadrons de la mort, et les Groupes islamiques armés (Gia), tous agissant sous les ordres du sinistre Drs. http://www.youtube.com/watch?v=T_O-QbQags0
Le régime, alerté par une procédure qui venait d’être lancée depuis Londres, a fait exfiltrer in-extremis le criminel contre l’humanité, en utilisant un avion affecté à la présidence de la république. Mais cette histoire a semé la panique dans le sérail. Un clan du Drs, le plus compromis dans les crimes de masse, parce que les généraux qui le composent aujourd’hui étaient des officiers opérationnels au moment des carnages et des enlèvements, a vite compris que si El Jenn a été envoyé en mission aux Etats-Unis, ce n'était pas pour ses brillantes qualités, puisqu’il n’en a aucune, hormis son goût immodéré pour le sang, mais pour les mettre dans une situation difficile, et les jeter en pâture aux opinions publiques internationales.
Le régime algérien déterminé à empêcher l'installation de démocraties à ses frontières ...
C’est donc dans ce climat de guerre larvée, et d’une autre ouverte, que le régime algérien est finalement confondu, pour une énième forfaiture. Son implication aux côtés de la contre-révolution libyenne, pour empêcher le despote de tomber, est enfin avérée. Ou plutôt publiquement dénoncée.
Cette cargaison d’armes destinée à la famille Kadhafi a bien été déchargée au port algérien de Djen-Djen, et acheminée vers la Libye par des relais de l’armée algérienne. Cette fois-ci, les preuves sont tangibles et incontournables. Les Américains, par la voix d’un responsable du Département d’Etat, ont porté des accusations directes. Comme pour dire que c’était assez joué.
Mais ce que ne nous disent ni les journaux du régime, ni les porte-paroles du Département d’Etat, est que ce n’est pas d’aujourd’hui que le régime algérien vole au secours des Kadhafi. Ce n’est pas une cargaison qui a été acheminée via l’Algérie, mais des centaines. Une perfusion en non-stop, de moyens colossaux, un approvisionnement et un soutien en flux tendu.
Sans l’aide, massive, régulière, et très variée du régime algérien, Kadhafi n’aurait pas tenir dix jours.
Toutes les souffrances inutiles, et les morts de  milliers de civils assassinés par les mercenaires de Kadhafi, auraient pu être évitées sans l’action morbide du régime algérien.
C’est lui, et principalement lui, qui a porté Kadhafi à bout de bras, par tous les moyens dont il dispose, diplomatiques, militaires, logistiques, médiatiques, et autres que nous ne connaissons pas, mais dont nous aurons bien le détail, tôt ou tard.
C’est le régime algérien, aidé de certaines parmi ses créatures du Sahara occidental et de l’Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui ont acheminé armes, carburant et véhicules militaires au clan Kadhafi.
Polisario et Aqmi, des outils entre les mains du Drs algérien... 
La désinformation qui a circulé sur les révolutionnaires libyens, pour les faire passer pour des djihadistes n’ayant d’autre objectif que d’installer des républiques islamistes dans tout le Maghreb est un complot soigneusement ourdi par les officines du Drs, passées maîtres dans ce genre de manipulation. Ce sont elles qui envoyaient leurs groupes de l’Aqmi vers la Libye, en même temps qu'elles  les dénonçaient via leurs journaux et leurs relais médiatiques, à une opinion internationale chauffée à blanc, encore une fois, sur la menace islamiste.
Rien que de bien normal, en fait. Ces pratiques du régime algérien, presque anodines, contre les peuples en marche, procèdent d’une logique somme toute légitime. Puisqu’une association de malfaiteurs, comme celle qui a pris le contrôle du pouvoir en Algérie, ne peut pas s’accommoder, à toutes ses frontières, d’Etats démocratiques, qui auront été fondés par les peuples eux-mêmes, après que les despotes en eurent été chassés. Cela aurait été suicidaire pour le régime algérien, s’il avait accepté, sans coup férir, que des systèmes démocratiques, et éminemment contagieux, s’installent à ses frontières.
Et c’est dans cette logique que, dès les premiers soulèvements populaires en Tunisie, le régime algérien a usé de tous ses moyens pour les contrecarrer, pour voler au secours de l’ami Ben Ali, et plus tard pour lancer, et promouvoir, avec le même zèle hargneux, les contre-révolutions des autres peuples de la région.
Il tente, jusqu’à aujourd’hui, de faire échouer la révolution tunisienne, et de faire regretter au peuple tunisien d’avoir chassé Ben Ali.
Si les touristes algériens ne se sont pas rendus massivement en Tunisie, cette année comme à leur habitude, c’est parce que le régime algérien a déchaîné sa propagande pour faire croire aux Algériens que la Tunisie est à feu et à sang, et qu’il était très périlleux d’aller y passer ses vacances.
Les journaux du régime ont été jusqu’à publier des informations faisant état de l’enlèvement de deux nouvelles mariées, par des groupes de jeunes Tunisiens.
Le régime algérien a réussi, en fin de compte, à priver le peuple tunisien d’une manne habituelle. Ce qui ne manquera pas d’affecter gravement son économie.
Ce que recherche exactement le régime algérien, qui tente de provoquer l’anarchie et le chaos dans ce pays voisin, pour dissuader les Algériens de se laisser tenter par une expérience révolutionnaire.
Un régime parano ...
Le régime algérien est aux abois. Son hostilité aux réformes annoncées par le monarque marocain procède de la même logique paranoïaque. Aussi timides soient-elles, et tout aussi mièvres, ces réformes ont pourtant été perçues comme dangereuses.
Et en même temps que le régime algérien lâche toutes ses meutes contre les opposants et les peuples voisins, il tente de se servir de l’immense pactole qu’il réserve à son fameux «plan quinquennal», environ 300 milliards de dollars, pour acheter la complicité, ou du moins la passivité d’un Occident qui ne demande qu’à irriguer son économie, même si cela doive être accompagné d’indignes compromissions.
Les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne savent très bien ce que sont les pratiques de ce régime mortifère, non seulement contre son propre peuple, qu’il prend en otage, et qu’il pille sans vergogne, mais aussi contre les autres peuples de la région, dont il aide les despotes à les garder sous leur emprise.
Les Occidentaux, et tout particulièrement la France, savent, dans le détail, toute l’étendue de l’aide scélérate et criminelle apportée par le régime algérien à la famille Kadhafi. Les gros contrats que leur agite le régime algérien sous le nez, pour qu’ils détournent le regard, sera inscrit à leurs tablettes, le jour où les peuples se seront débarrassés de toute leur vermine. Nous leur demanderons pourquoi ils acceptaient de bombarder des troupes de Kadhafi, avec toutes les victimes collatérales que cela entraîne, sachant qu’ils le faisaient en vain, et que dans le même temps que durait leur action, le régime algérien faisait parvenir aux Kadhafi bien plus que ce qui avait été détruit par leurs bombardements.
Et ils ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas, parce que nous savons qu’ils savent, et qu’ils ont toujours su.
En tout état de cause, cette cargaison d’armes pour Kadhafi dont le passage par l’Algérie a été éventé, n’est qu’une seule parmi des centaines, peut-être des milliers d’autres. L’approvisionnement des Kadhafi par le régime algérien n’a jamais cessé. Pas un seul jour. Non seulement en armes, mais aussi en mercenaires, en carburant, en véhicules militaires, en munitions, en argent, et même en psychotropes du viol et de l’assassinat. Les mêmes pilules bleues qui étaient distribuées aux criminels sanguinaires que le Drs envoyait dans les campagnes commettre des carnages contre les populations. Les mêmes pilules bleues que El Jenn prenait lorsqu’il égorgeait ses victimes, où qu’il les énucléait, un œil après l'autre, à l’aide d’une fourchette. Les mêmes pilules bleues ont été fournies aux Kadhafi – c’est dire! – par le régime algérien.
Comme un geste inamical, voire menaçant, une campagne anti-marocaine est savamment entretenue par les relais du régime algérien, pour empêcher, coûte que coûte, les deux peuples maghrébins de se retrouver, et de regarder ensemble vers l’avenir. Plus que cela, les récentes acquisitions d’armement par le régime algérien, pour près de 20 milliards de dollars, procède délibérément de la volonté de pousser le royaume marocain à une escalade militaire, pour le ruiner, et le pousser au surendettement, à un moment où la poussée de la misère et du chômage risquent de mettre le feu aux poudres, dans un Maroc qui manque cruellement de ressources naturelles. Contrairement à son voisin algérien qui dilapide les siennes en ruineuses dépenses, dont celle des armements, au risque de plonger toute la région dans une logique d’affrontement.

Djamaleddine Benchenouf
 Journaliste algérien basé en France.
Publié sur le site tunisien Kapitalis, 25 juillet 2011
(1) - Le ministère algérien des Affaires étrangères a «catégoriquement» démenti les informations faisant état du transit d’une cargaison d'armes par le port de Djen-Djen (360 km à l’est d’Alger) en direction de la Libye.
Dans une déclaration au journal électronique ‘‘Tout sur l’Algérie’’ (Tsa), le porte-parole Amar Belani a accusé des membres du Conseil national de transition libyen (Cnt, opposition) d’avoir distillé ces informations. Certains «ne reculent devant aucune turpitude ou manœuvre perfide de désinformation pour tenter, vainement je dois préciser, de mettre la pression diplomatique sur notre pays», a accusé M. Belani.
Depuis le début de la guerre civile en Libye, Alger est régulièrement accusée par le Cnt de soutenir le régime de Mouammar Kadhafi à travers la fourniture d’armes et l’envoi de mercenaires. Lors d’une visite début juin à Alger, le général Carter Ham, patron du Commandement militaire américain pour l’Afrique (Africom), avait démenti les accusations du Cnt, affirmant que l’Algérie a toujours œuvré pour «prévenir et empêcher qu’il y ait des mercenaires ou bien un mouvement de personnes et d’armements dans la région». (Source: AP).

Nota de Jean Corcos
L'hostilité de l'Algérie envers les révolutionnaires libyens est une réalité, car plusieurs jours après la chute de Kadhafi, Alger était l'un des seuls pays arabes à refuser de reconnaitre le CNT. Ceci étant, le discours pour le justifier est exactement l'inverse : les Algériens soupçonnent la rébellion d'être infiltrée par Al-Qaïda. Ceci étant également, le scandale de de soutien est apparu en plein jour lundi dernier, lorsque l'on a appris que l'Algérie avait donné asile à plusieurs membres de la famille Kadhafi,...

24 août 2011

La chute de Kadhafi, un éditorial de Richard Prasquier


Parmi les 193 États qui composent aujourd’hui les Nations Unies, les démocraties sont une petite minorité. Quoi qu’on pense des motifs allégués (efficacité économique ou  traditions culturelles) pour justifier la forme « autoritaire » que prennent certains gouvernements, il faut constater que  parmi les dictateurs on trouve un zoo humain effrayant: psychopathes mégalomanes, kleptomanes, incompétents absolus et tueurs de masses. Chez certains, le « métier » grâce à ses flatteurs stimule l’histrionisme : Caligula et Néron en leur temps, Bokassa et Idi Amin Dada plus près de nous.

Mouammar Kadhafi est l’exemple type de cette pathologie du pouvoir. Nous devons saluer avec enthousiasme sa mise hors d’état de nuire, quoi qu’il advienne du régime qui lui succédera. Nous devons nous sentir  fiers que la France, et le Président de la République en particulier, ait été à l’origine de la décision difficile de porter la guerre contre le dictateur libyen, évitant probablement un bain de sang et les ultérieures ruminations accablées et fatalistes de ceux qui auraient prétendu qu’il n’y avait malheureusement rien à faire pour l’éviter.

Qu’est-ce que l’histoire retiendra de ce clown, psychopathe grave, connu comme tel par le monde médical, responsable de dizaines de milliers d’assassinats et de tortures, voleur de dizaines de milliards de dollars terroriste international avéré (Lockerbee, UTA ….), ignare économique qui n’a rien su développer d’utile avec le pactole pétrolier qui, par hasard, avait fait de son pays le plus riche d’Afrique ?

Elle se demandera peut-être pourquoi il a obtenu tous les honneurs internationaux. Aux Nations Unies, en 2003 la représentante libyenne est élue à la présidence de la Commission des Droits de l’Homme, en 2009, le libyen Ali Treki à la Présidence de l’Assemblée Générale, pendant que son pays devient membre du Conseil de Sécurité. En 2010, autant dire hier, la Libye est élue au Conseil des Droits de l’Homme et quelques mois plus tard elle reçoit de la part des « experts » de ce Conseil des éloges sur sa gestion des Droits de l’Homme, alors que dans la même séance, les USA sont condamnés ! L’organisation UN Watch a su porter la voix de la morale dans l’enceinte onusienne à Genève sans aucun appui de la direction du Conseil. Or au printemps 2011, celui-ci a dû se résoudre à exclure la Libye en catimini …….

En février 2009, Kadhafi était élu Président de l’Union africaine (54 membres) et demandait à être appelé "Roi des rois traditionnels d'Afrique"…… Les migrants africains parqués comme des esclaves dont la Libye se sert comme instrument de chantage démographique envers l’Europe avaient dû apprécier….

On rappellera les humiliations moralement graves que Kadhafi a infligées à différents gouvernements européens et auxquelles ils n’ont pas su répondre. Il en est ainsi de la Suisse dont un représentant célèbre, Jean Ziegler, haut fonctionnaire à l’ONU, militant tiers-mondiste acharné, fut à l’origine d’une des grandes mystifications de notre époque, le Prix des Droits de l’Homme Mouammar Kadhafi. Castro, Farrakhan, Garaudy, Mahathir, Ortega et Chavez furent, entre autres, ses glorieux récipiendaires : ils étaient contre les Etats Unis et contre Israël, et cela, comme on le sait, est une garantie suffisante.

Certains des personnages qui ont conduit la rébellion contre Kadhafi ont été ses collaborateurs proches. On peut douter qu’ils soient devenus des modérés. Le célèbre Commandant Jalloud, enfui in extremis de Tripoli, Premier Ministre de Libye vers 1975 quand Jacques Chirac l’était en France, cherchait à détruire  Israël par un bombardement nucléaire. Bien des islamistes, aussi, sont infiltrés dans la coalition.

Cela n’empêche pas de saluer la chute d’un régime qui, au lieu de lui faire honte, a été maintes fois honoré par l’ONU, l’instance représentative de l’humanité. L’ONU toujours complaisante envers les dictateurs fous, mais toujours prompte à condamner Israël …..

Richard Prasquier,
Président du CRIF.

22 août 2011

C'était au temps où la France armait Kadhafi ...

Mouamar el Kadhafi et Georges Pompidou


Je ne sais pas, à l'heure où je tape ces lignes, quel est ou quel sera le sort de Kadhafi : restera-t-il terré pendant des longs mois avant d'être débusqué "comme un rat" - expression qui ne lui a pas porté chance à propos du peuple en révolte ? Mourra-t-il les armes à la main ? Se suicidera-t-il comme Hitler dans son bunker ? Ou alors, plus rusé que fou, a-t-il déjà pris la poudre d'escampette pour se réfugier en Algérie, pays resté si amical à son égard pratiquement jusqu'au bout - j'y reviendrai peut-être dans un prochain article.

"Vae victis", malheur aux vaincus, il n'y a plus guère que son ami Chavez qui lui aura témoigné un soutien officiel jusqu'au bout ! Et nous, Français, avons-nous la conscience si tranquille ? Il est de bon ton, alors que la majorité de l'opinion publique déteste notre Président, de rappeler l'accueil que fit Sarkozy à Kadhafi, en décembre 2007 : premier faux-pas diplomatique, immortalisé par des photos qui circulent en boucle, et je ne peux pas dire que cela m'ait réjoui à l'époque - voir en libellé. Mais un minimum d'honnêteté intellectuelle devrait souligner, aussi, la part déterminante que prit la France du même Sarkozy à sauver in extremis les rebelles en mars dernier, en faisant passer puis mettre très vite en œuvre la résolution du Conseil de Sécurité autorisant la décisive intervention aérienne de l'OTAN.  

Un petit article ne suffirait pas à résumer la longue et tortueuse histoire des relations franco-libyennes, qui connut ses phases de grande tension avec l'attentat du DC-10 d'UTA ou le conflit tchadien, et ses phases de retrouvailles, intérêts pétroliers et commerciaux oblige ... Mais une étrange pudeur, une complicité du silence fait oublier dans nos grands médias les tout débuts de nos relations avec Kadhafi, à l'époque où il était un tout jeune et "bouillant colonel" comme le désignaient nos journalistes - expression creuse et non critique qui fut utilisée jusqu'à plus soif. Cette relation, au début secrète puis apparue au grand jour au début de 1970, Georges Pompidou étant Président de la République et Jacques Chaban-Delmas Premier Ministre, fut marquée dès le début par un contrat formidable : on vendit en grand nombre (110 appareils) des "Mirage" au nouveau régime, premier contrat d'armement d'importance avec un pays arabe, et ce trois ans à peine après qu'Israël ait fait la promotion publicitaire de cet avion pendant la Guerre des Six Jours, et alors même que l’État juif subissait un embargo sur les armes. D'emblée, le successeur de De Gaulle à l’Élysée, celui-là même qui se refusait à tout contact avec des dirigeants israéliens (Golda Méir, de passage à Paris pour une réunion de l'Internationale Socialiste n'eut même pas droit à la poignée de mains d'un Secrétaire d’État), recevait, tout sourire, celui qui allait régner en despote pendant 42 ans ; et se comporter en voyou intégral, moins sanguinaire que Saddam Hussein, certes, mais aussi provocateur et déstabilisant sur la scène internationale. Cet épisode, et la réception de Kadhafi en col roulé par un Pompidou content de lui (voir photo), je ne les ai pas oubliés même si à l'époque je n'avais même pas 20 ans. Vincent Nouzille, journaliste et écrivain, a écrit sur son blog un article qui raconte en détails cet épisode honteux de notre diplomatie, et je vous en donne le lien ici.

Chirac eut ensuite comme ami Saddam, épisode déjà évoqué sur mon blog à propos de sa "politique arabe"   (voir ici), puis Giscard hébergea Khomeiny : cela leur a été reproché, en son temps. Georges Pompidou mourut jeune et trop tôt pour voir le résultat désastreux de cette diplomatie. Mais il bénéficie, dans la mémoire collective française, d'une nostalgie et d'une admiration qui me hérissent toujours, et encore plus en cette année où l'on célèbre son centenaire : il était donc encore plus nécessaire de rappeler cet épisode honteux.

Jean Corcos

Une interview prémonitoire de Bernard - Henri Levy : pourquoi la guerre de Libye est le contraire de la guerre d’Irak

Bernard-Henri Levy


Paru dans le quotidien Le Parisien le dimanche 7 août 2011.
Bernard-Henri Lévy en Libye © Marc Roussel

Introduction :
Cruauté du Web qui garde trace de tout ... il y a seulement quinze jours, il était de bon ton de critiquer l'intervention de l'OTAN en Libye, de dire que cette affaire finirait mal et que le colonel Kadhafi allait finalement rester encore longtemps en place. Deux semaines après, les rebelles ont remporté des victoires décisives et les combats ont fini par gagner Tripoli : BHL l'avait prévu, et c'est un plaisir de relire son interview du "Parisien" à l'occasion ! 
J.C 

Près de cinq mois après le début de la guerre en Libye, le colonel Kadhafi paraît toujours solidement en place. La France a-t-elle eu tort de se lancer dans cette aventure ?

BERNARD-HENRI LÉVY : Solidement, vous trouvez ? Il n’a plus d’aviation.
Plus d’armes lourdes. Il vit terré dans ses bunkers. Peut-être n’est-il même plus à Tripoli… C’est ce que disait, peu avant son assassinat, le chef militaire de la rébellion, Abdel Fatah Younes : il pensait que Kadhafi était à Traghan, dans le Fezzan, au fond d’une de ses résidences souterraines. Moi, je ne doute jamais. Car Kadhafi va tomber. Le monde sera débarrassé ce jour-là d’un de ses pires tyrans. Et c’est la France qui aura été à l’origine de cette chute et, si je puis dire, de cette antiguerre d’Irak menée à bien. Je ne vois là que des raisons de me réjouir. Je parle d’anti-guerre d’Irak parce que, cette fois, il n’y a pas de troupes au sol. La légalité internationale. Un mandat de fait de la Ligue arabe. L’existence même, enfin, du Conseil national de transition (CNT), c’est-à-dire d’une instance de légitimité alternative qui fit défaut en Irak.

Le général Younès, justement, est mort dans des circonstances obscures à Benghazi. Cet épisode n’a-t-il pas révélé les divisions au sein de la rébellion ?

Il a surtout révélé qu’il ne restait qu’une arme à Kadhafi, l’argent, et qu’il était encore capable, avec cet argent, de payer une bande de repris de justice ou d’islamistes, ou de n’importe quoi d’autre pour faire exécuter son ennemi numéro un. Il y a peut-être des divisions au CNT, mais pas plus que dans n’importe quel autre mouvement de résistance. Prenez la résistance française, elle était divisée entre droite et gauche, antigaullistes et gaullistes, maurrassiens et républicains. Tout le spectre de la nation y était représenté et c’est, toutes proportions gardées, la même chose en Libye.

Younès était à Paris le 14 avril pour rencontrer Nicolas Sarkozy…

Oui. Et c’est même cette nuit-là qu’est née l’idée d’ouvrir un deuxième front au sud de Tripoli en envoyant des armes dans les montagnes du djebel Nefousa. Car Younès, contrairement à ce qu’on a écrit, était aussi un excellent stratège.

Les officiers insurgés de Misrata réclament, eux aussi, des armes à la France. Où en est cette demande ?

Disons que le président français semble avoir avalisé cette stratégie de prise en tenaille de Tripoli à partir des deux fronts : le djebel Nafousa au sud et Misrata à l’est. Ce sont les deux endroits, en Libye libre, où l’on trouve des combattants à la fois déterminés, aguerris et, forts des succès déjà engrangés, décidés à pousser l’avantage.

La guerre côute cher à la France, environ 1,2 M€ de surcoût chaque jour pour le budget de la défense. Cela en vaut-il la peine ?

Ce qui coûte cher, c’est le temps. Et s’il faut du temps, ce n’est pas, comme on le dit partout de manière obscène, parce que Kadhafi « résiste », mais parce que tout est fait pour qu’il y ait le moins de victimes possible et ce, côté français autant, naturellement, que côté alliés ou libyen. Ce scrupule, oui, vaut la peine.

La solution n’est-elle pas avant tout politique ?

C’est quoi une solution politique ? Si c’est permettre à Kadhafi de s’accrocher à son pouvoir pour reconstituer ses arsenaux et faire couler les rivières de sang qu’il a promises, il se trouve que le CNT, et donc les Libyens, ne le veulent pas. On ne peut pas à la fois redouter le retour des réflexes coloniaux et prétendre savoir mieux que les Libyens ce qui est bon pour la Libye. Bien sûr, il y a la négociation. Elle est en cours à l’heure où nous parlons entre mes amis du CNT et des hommes d’Etat de Tripoli qui n’ont pas de sang sur les mains. Mais tous s’accordent sur un préalable : le départ de Kadhafi.

Les ministres des Affaires étrangères et de la Défense, Alain Juppé et Gérard Longuet, détestent quand vous faites de la diplomatie parallèle. Le comprenez-vous ?

Non car je ne vois pas ce qu’ils appellent « diplomatie parallèle ». Je suis allé en Libye. J’ai enquêté sur les trois fronts de cette guerre. J’ai noué, je crois, des relations de confiance avec le CNT. Et cette expérience, j’essaie d’en faire profiter un pays, le mien, qui est engagé, je le répète, dans une aventure politique unique, sans précédent.
Vous dites que vous ne voterez pas Sarkozy en 2012, mais vous êtes souvent dans son bureau…
J’ai dénoncé sa politique sur les Roms, sur les questions d’immigration, sur tant d’autres choses, mais je suis bien obligé d’admettre qu’il a fait, dans cette affaire libyenne, une chose qu’aucun autre président n’avait jamais faite avant lui : il a donné corps à cette idée d’ingérence humanitaire, de protection des civils, que nous sommes quelques-uns à défendre depuis des décennies. Il l’a fait tout de suite, alors que, pour la Bosnie, on a laissé le massacre perdurer pendant quatre ans. Et il s’est opposé pour cela à l’une des idéologies les mieux enracinées, à droite comme à gauche, dans notre paysage politique : ce « souverainisme » qui consiste, en gros, à dire : « Les tyrans peuvent commettre tous les forfaits qu’ils veulent, mais pourvu que ce soit à l’intérieur de leurs frontières. »

Pourquoi la communauté internationale s’occupe-t-elle de la Libye et pas de la Syrie, alors que les morts se comptent déjà par centaines dans le pays ?

Il n’y a aucun besoin de sortir la grosse artillerie de la paranoïa conspirationniste. On ne peut juste pas tout faire à la fois et Bachar al-Assad a eu l’idée d’entrer dans son rôle de criminel de masse trois semaines après Kadhafi. Sur la Libye, Sarkozy a imposé, à la hussarde, sa volonté au Conseil de sécurité et, en particulier, aux Russes et aux Chinois. Il n’est pas forcément évident de réussir deux fois à trois mois d’intervalle le même kriegspiel diplomatique, le même effet de surprise.

N’y a-t-il tout de même pas deux poids, deux mesures ?

Non. D’autant que les choses sont liées. Attendez que Kadhafi tombe, vous verrez l’effet de souffle dans la région. Il y aura un « précédent libyen », une « jurisprudence Kadhafi ». Pour secourir les Syriens, il faut gagner en Libye.

Propos recueillis par Frédéric Gerschel
Le Parisien, 7 août 2011

17 juin 2011

Les rebelles, Kadhafi et les Juifs



On l'aura compris, je n'ai guère eu d'hésitation à soutenir l'ensemble des révoltes dans le monde arabe, quelles que soient les orientations du despote au pouvoir - pro-occidental ou anti - et quelles que soient les inquiétudes, légitimes, que l'on pouvait avoir vis à vis d'une possible récupération islamiste. J'espère que celles et ceux qui auront suivi la série d'émissions consacrées à ces révoltes auront aussi constaté que je posais, aussi, des questions non "politiquement correctes", tant il est vrai que le "Printemps arabe" ne fait l'objet que d'éloges dans nos grands médias ; et ce, alors et par contraste, que la "blogosphère juive francophone" nous aura inondé de billets méprisants, sarcastiques et trop souvent racistes vis à vis de ces peuples luttant pour leur liberté ...

Soyons donc très clair : la photo que je publie aujourd'hui (1) ne date pas d'hier : elle a été prise au début de la révolution libyenne, dans les rues de Benghazi ; elle a été royalement ignorée par la presse française, tandis que des sites juifs l'ont publiée et republiée, y voyant la preuve définitive de l'antisémitisme de tous les révolutionnaires du pays - ceci sans parler de l'absurdité totale du message, faisant du dictateur un Juif camouflé ou le jouet d'Israël. Depuis, il y a eu l'intervention de l'aviation de l'OTAN après une résolution du Conseil de Sécurité à l'initiative de la France - une décision de Nicolas Sarkozy qui devait beaucoup, on l'a dit, au "forcing" de Bernard-Henri Lévy qui a rencontré, régulièrement, les représentants du "Conseil National de Transition" (CNT) au pouvoir dans l'Est de la Libye.

Or de ce CNT, de BHL et d'Israël il a été question ces derniers jours, à propos d'une confidence du second qui a fait l'objet d'un sec démenti : les nouvelles autorités libyennes seraient prêtes à reconnaître Israël, et Bernard-Henri Lévy aurait remis un message en ce sens au gouvernement de Jérusalem. Hélas, c'était trop beau ... et dans le fond, bien surprenant : que l'on pense simplement à l'Irak nouveau, bâti sur les ruines du régime de Saddam Hussein, et qui doit tout aux Américains ; aucun geste, aucune ouverture, rien n'a été fait en provenance de Bagdad vis à vis de l’État juif!

En conclusion, et même s'il n'y a pas lieu de regretter Kadhafi, les choses me semblent donc aussi claires que figées à moyen terme : même avec un début de démocratie, la haine des Juifs a été distillée pendant trop longtemps à une population souvent inculte, et cela interdit, hélas, de se faire trop d'illusions ...

J.C


(1) : impossible hélas d'agrandir la photo par un simple clic : on devine simplement que le personnage de la caricature, chien-vampire crachant le sang, porte une étoile de David bleue pour l'identifier comme juif.

12 juin 2011

Libye, Syrie, les limites de l'intervention occidentale : Jean-François Daguzan sera mon invité le 19 juin

Jean-François Daguzan

Nous allons poursuivre dimanche prochain notre tour des révolutions qui agitent le monde arabe depuis le début de l'année, en traitant enfin deux pays qui ont connu des violences extrêmes, la Libye et la Syrie. Pour en parler, j'aurai comme invité Jean-François Daguzan, maître de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique. Jean-François Daguzan a écrit un nombre impressionnant d'ouvrages, articles et communications depuis près de trente ans, mais j'ai surtout noté sa spécialisation dans les équilibres géostratégiques en Méditerranée, et plus particulièrement sur le Maghreb. Il s'est intéressé aux problèmes de prolifération, de terrorisme, mais - tout étant lié - également aux échanges Nord-Sud et à l'économie. Il est également le rédacteur de la revue "Maghreb-Machrek" depuis 2003. Quelques mots pour expliquer pourquoi j'ai choisi de  l'interroger d'abord en première partie sur la Libye, puis en deuxième partie sur la Syrie. Pourquoi avoir rapproché ces deux pays, qui ne sont même pas voisins ? Et bien d'abord parce que leurs régimes, en première approche, ont des points communs : dans les deux cas une famille qui met en coupe réglée un pays depuis plus de 40 ans, et qui se maintient par des répressions féroces, répressions qui, étrangement, ont peu mobilisé les consciences jusqu'à ces dernières semaines ; des régimes qui ont été, toujours en paroles mais souvent en actes, en opposition frontale aux intérêts occidentaux, et ont été aussi parfois des bases arrières de mouvements terroristes. Et puis, par contre et depuis qu'une vraie révolution s'est déclenchée cette année, deux pays qui ont eu deux traitements radicalement différents : la Libye, où l'aviation de l'OTAN bombarde les troupes de Kadhafi depuis environ 3 mois ; et la Syrie, où le régime Assad a massacré plus de 1000 manifestants sans réaction forte de la communauté internationale.

Parmi les questions que je poserai à Jean-François Daguzan :

- Pourquoi cette longue complaisance des Occidentaux vis à vis du colonel Kadhafi ? A cause des intérêts pétroliers ? D'une corruption de nos politiques ? Des intérêts géostratégiques ?
- Comment expliquez-vous le "lâchage" assez rapide du régime Kadhafi par les pays arabes "frères", était-il vraiment détesté et pourquoi ?
- Comment se fait-il que Kadhafi conserve pour le moment, malgré trois mois de bombardements de l'OTAN, un soutien au moins d'une partie de son armée et de sa population ? Et quelle porte de sortie imaginer, dans la mesure où sa personnalité lui interdit toute vision réaliste de la situation et des rapports de force ?
- N'avez-vous pas été surpris par la vague de fond de la contestation populaire en Syrie,  qu'une répression féroce n'arrive pas à mater ? D'abord le régime pensait bénéficier d'un prestige du à ses postures nationalistes arabes, anti-américaines et anti-israéliennes, or cela n'a pas du tout joué en sa faveur ; ensuite, on sait le pays quadrillé par plusieurs appareils répressifs, l'armée dominée par les officiers alaouites, les multiples services secrets ou "moukhabarates", le parti Baath, et malgré cela on a vu des foules manifester dans presque tout le pays.
- Il y a en gros deux écoles en Israël face à ce qui se passe en Syrie. Les pessimistes qui disent qu'il n'y a pas d'autres forces organisées d'opposition que les Frères Musulmans, et que tout détestable qu'il était, ce régime a pu dans le passé imposer sa volonté aux éléments incontrôlées dans le pays, et maintenir calme la frontière depuis la guerre du Kippour en 1973 ; et les optimistes, qui pensent d'abord qu'à terme les démocraties engendrées par le "Printemps arabe" sont une bonne chose pour l'acceptation d'un état juif dans la région, et ensuite que la chute de la famille Assad porterait un coup, à la fois au Hamas et au Hezbollah : d'après vous, qui a raison ?

Des sujets passionnants et le regard d'un expert du monde arabe ... j'espère donc que vous serez très nombreux à l'écoute !

J.C

10 juin 2011

Libye: Le calvaire d’Eman al-Obeidi n’était pas fini

Eman al-Obeidi


Eman al-Obeidi, cette Libyenne qui a ému les médias en leur racontant le viol collectif dont elle a été victime en mars dernier, a été expulsée du Qatar où elle tentait de trouver refuge. Maltraitée, humiliée, elle est aujourd’hui retranchée à Benghazi, et espère trouver un pays d’asile, pour recommencer sa vie à zéro.
 
Le 26 mars dernier, cette femme avait touché au cœur les journalistes du monde entier, réunis en majorité à l’hôtel Rixos de Tripoli. Bravant les gardes de sécurités, Eman al-Obeidi fut la première opposante à atteindre les médias stationnés dans la capitale, soumis à un stricte encadrement du régime. Elle avait raconté avoir été arrêtée par des membres des troupes de Kadhafi à un point de contrôle de Tripoli, puis retenue deux jours durant et violée par quinze hommes. Traitée de folle par les fidèles du dirigeant libyen, Eman al-Obeidi avait été embarquée, écrouée, puis relâchée à la demande d’un des fils du colonel, Saadi Kadhafi. Depuis une interview téléphonique le 4 avril avec CNN, elle n’avait plus donné signe de vie. Sybella Wilkes, une représentante de l'ONU, a indiqué ce vendredi qu’elle venait d’être expulsée du Qatar, où elle a tenté de trouver refuge le mois dernier. La Libyenne dont on ignore l’âge et le parcours, se trouverait désormais à Benghazi, le fief des rebelles, dans l’Est du pays. Sybella Wilkes a dénoncé sa déportation, dans la mesure où la jeune femme est une réfugiée reconnue.
Nasha Dawaji, une militante libyenne pro-liberté basée aux États-Unis, a précisé à CNN qu'Eman al-Obeidi était avec trois membres hauts-placés du Conseil national de transition, le gouvernement formé par les insurgés et reconnu par la communauté internationale. Ces derniers auraient été choqués par son état. La Libyenne a été décrite comme «abattue et meurtrie». De même source, Eman al-Obeidi aurait été récupérée avec un œil au beurre noir, des ecchymoses sur les jambes et des griffures sur les bras. Le CNT lui aurait promis d'ouvrir une enquête. Dans les heures ayant précédé son expulsion, des gardes armés avaient été postés devant sa chambre d'hôtel, empêchant un représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés de l'aider, a confié l’expulsée à CNN. L’agent de l’ONU avait préparé des documents pour lui permettre un nouveau départ au Qatar, pour lui permettre de débuter une nouvelle vie après le cauchemar qu’elle a vécu. Au lieu de cela, elle aurait été conduite de force, avec ses parents, de l’établissement Kempinski Residences & Suites, où elle se trouvait, à Doha, jusqu’à un avion militaire, où elle aurait été menottée et battue. Elle a également dit que les Qataris leur avaient tout pris, y compris leurs téléphones portables, son ordinateur portable, et de l'argent.

Le rôle confus du CNT

Vincent Cochetel, du bureau du HCR à Washington, a rapporté ce que les autorités qataries leur ont expliqué pour justifier l’expulsion: ils disent avoir agi sur ordonnance du tribunal, selon laquelle le visa d’al-Obeidy avait expiré. Ce à quoi le HCR a rétorqué que la jeune femme et avait déjà le statut de réfugiée, et donc l’autorisation de rester. Vincent Cochetel indique que Doha a ignoré cette information. «Renvoyer de force un réfugié qui a survécu à un viol collectif, non seulement viole le droit international, mais est aussi cruel et pourrait déclencher d'autres traumatismes», a déploré Bill Frelick, directeur du programme des réfugiés à Human Rights Watch. «Tous les yeux sont maintenant rivés vers les autorités dans l'Est de la Libye, qui devrait permettre à al-Obeidy de quitter le pays.» Le CNT, lui, assure qu’Eman al-Obeidi est libre de voyager où bon lui semble. Mais son rôle dans l’histoire comporte néanmoins quelques zones d’ombre. Après avoir été agressée par les sbires de Kadhafi, puis libérée de prison, la victime présumée raconte avoir fui son pays, avec sa famille, vers la Tunisie, avec l'aide de deux officiers de l'armée ayant fait défection au régime. Des diplomates français les auraient conduits à la frontière, où des fonctionnaires du CNT auraient organisé leur voyage jusqu’au Qatar. Seulement, une fois sur place, al-Obeidy a dû expliquer son cas, assurant notamment avoir reçu l’aide des nouvelles autorités libyennes –avec qui le Qatar coopère. Or, le Conseil a nié cela, comme si cette affaire l’embarrassait finalement. A Washington, le porte-parole adjoint du Département d'Etat Mark Toner s’est dit jeudi «très préoccupé» par la sécurité de la Libyenne, et a souligné que ses hommes étaient en relation avec des organisations internationales pour s'assurer de son sort, et de lui trouver asile dans un «pays tiers». CNN, qui enquête sur cette affaire depuis le début, a précisé n’avoir eu aucune réponse, que ce soit de l’ambassade du Qatar à Washington, de celle de Londres, de l’hôtel où résidait al-Obeidy à Doha, ou même des ministères qataris –sachant que ce vendredi est un jour férié là-bas. Le siège social de Kempinski, situé à Genève, n'était pas au courant de l'incident, mais s’est dit prêt à réagir quand il s’en sera informé.
Le 26 mars, Eman al Obeidi avait suscité l’émotion en faisant irruption à l'hôtel Rixos à l’heure où les journalistes prennent leur petit-déjeuner, avant d’être prise à partie par des représentants du gouvernement libyen et expulsée de l'hôtel. Dans l’établissement, le terrible témoignage avait provoqué une cohue. Un employé de l’établissement avait menacé Eman d’un couteau en la traitant de «traîtresse», des journalistes tentant de s’interposer avaient été plaqués au sol et leur matériel saisi. Le 4 avril, elle avait raconté son calvaire à Anderson Cooper, de CNN, par téléphone: «Ils m’ont lié les mains derrière le dos, et attaché les jambes, ils m'ont frappé (…) et ils versaient de l'alcool dans mes yeux pour que je ne sois pas capable de les voir, et ils m’ont sodomisé avec leurs fusils et ils ne nous laissaient pas aller à la salle de bains, a-t-elle confié. Nous n'étions pas autorisés à manger ou à boire. (…) Un homme partait et un autre entrait. Il finissait, puis un autre homme arrivait», poursuivait-elle avec douleur. Ses bleus et autres blessures apparentes témoignaient en effet de la violence de ses bourreaux. «Ils m’ont violé mon honneur», s’était-elle morfondue ce fameux samedi. Un honneur qu’elle n’arrivera pas à laver tant qu’elle se trouvera dans ce pays où elle ne se sent plus en sécurité. Point final

Marie Desnos
Parismatch.com, le 3 juin 2011

Nota de Jean Corcos
Cette information jette à nouveau une lumière crue sur le Qatar, Émirat très proche de l'actuel gouvernement de notre pays, et dont le rôle apparait, une fois de plus, très ambiguë : soutien indirect des révolutions arabes par sa chaîne satellitaire Al-Jazeera, il se comporte ici de manière abjecte par rapport à une réfugiée sur son territoire, victime des sévices des sbires de Kadhafi ... et alors même que les Qataris participent officiellement aux opérations militaires ; mais de manière plus que symbolique, avec quelques avions !

29 avril 2011

Kadhafi, al-Assad, deux poids deux mesures par Gérard Akoun


Bashar al-Assad utilise la manière forte pour venir à bout de la rébellion qui menace son pouvoir. Après avoir fait quelques promesses de réformes et supprimé l’état de siège qui perdurait depuis près de cinquante ans, il fait donner les tanks et tirer à l’arme lourde sur la population civile, qui continue à manifester à mains nues pour plus de démocratie. On compte plusieurs centaines de morts et des milliers de blessés, mais la condamnation ou - l’indignation - reste très mesurée. On hausse le ton, « la situation est devenue inacceptable, on n’envoie pas, face à des manifestants, des chars » a déclaré mardi dernier Nicolas Sarkozy, mais il n’a pas mis directement en cause Bashar al-Assad comme l’a fait Obama qui a accusé le président syrien de placer « ses intérêts personnels au dessus du peuple syrien » et d’avoir demandé l’aide de l’Iran pour mener la répression ». Difficile, en effet, de critiquer trop durement Bashar al-Assad, après lui avoir déroulé le tapis rouge, en le recevant à Paris et lui avoir offert  la place d’honneur dans la tribune officielle au défilé du 14 juillet 2008. Nicolas Sarkozy rompait ainsi avec la politique d’ostracisme que Jacques Chirac exerçait à l’encontre de son homologue syrien, qu’il soupçonnait, sans doute avec raison, d’être responsable de l’assassinat de Rafic Hariri le Premier ministre libanais. Cette réception s’inscrivait dans l’ambitieux projet d’Union pour la Méditerranée dont Nicolas Sarkozy se voulait l’architecte, en s’appuyant sur Moubarak, Ben Ali, Kadhafi, Bashar al-Assad et quelques autres autocrates ou dictateurs. On sait ce qu’il en est advenu. Aujourd’hui, avec Alain Juppé se met en place une nouvelle politique étrangère, la France n’est plus aux côtés des dictatures, « la France est aux côtés des peuples arabes ». Mais si la France est en pointe dans le soutien aux rebelles libyens et participe à l’éviction de  Kadhafi, elle est plus prudente quand il s’agit de condamner le Président syrien qui n’a, pourtant, rien à envier au Président libyen : il massacre sa population avec autant de sauvagerie ; mais voilà la Syrie, constituée d’une mosaïque de minorités ethnique ou religieuses, se trouve au cœur du Proche Orient, et ses voisins pour des raisons diverses craignent que la chute de Bashar  al-Assad ne déstabilise la région. 
Israël perdrait son meilleur ennemi, il n’y a eu aucun incident de frontière avec la Syrie depuis 1973, le Golan est tranquille ; il y a quand même un hic, elle arme le Hezbollah et le Hamas, mais un nouveau régime n’en ferait il pas autant ? Après tout, Moubarak était le meilleur allié d’Israël, et les dirigeants israéliens auraient bien aimé qu’il restât au pouvoir, alors qu’il laissait se développer en Égypte un antisémitisme officiel et odieux, sans que cela ne les offusque!
L’Irak craint que la minorité alaouite au pouvoir ne soit remplacée par des sunnites, qui pourraient remettre en cause le pouvoir des Chiites en Irak et encourager les Kurdes à prendre leur indépendance, des Kurdes qu’on retrouve aussi en Syrie.
Les Occidentaux, les Américains  craignent les effets dévastateurs de l’instabilité syrienne sur le Liban, même s’il considèrent que cela entraînerait un affaiblissement de l’Iran et un renforcement de l’Arabie Saoudite.
L’Autorité palestinienne pourrait y trouver un avantage, le Hamas serait affaibli, mais en vérité, personne ne souhaite le départ de Bashar El-Assad. Il le sait et il joue là dessus.

Il y a donc très peu de chances pour qu’une intervention, sous les auspices de l’ONU ou de la Ligue Arabe puisse avoir lieu en Syrie, d’autant que la Russie et la Chine y mettraient leur veto.
 Morale et Politique ne font pas bon ménage, on s’en doutait, que des gouvernements réagissent de cette manière n’a rien d’étonnant ; par contre, je suis frappé par le silence des diverses associations ou personnalités promptes à exprimer leur colère, leur condamnation, leur indignation, à aller manifester quand des Palestiniens sont victimes d’exactions provoquées par les Israéliens !!! On cherche vainement le moindre communiqué, c’est le mutisme complet, alors que ces associations et ces personnalités ne sont soumises à aucune obligation de réserve, qu’elles ne sont pas astreintes à  des contraintes de gestion gouvernementale. Combien leur faudra t-il de morts de blessés, pour qu’elles manifestent leur indignation ? Sans vouloir faire de comptabilité macabre, un seul mort et son auteur est déjà condamnable, il y a eu bien plus de victimes civiles en Libye, et le chiffre ne cesse de s’élever en Syrie, qu’à Gaza lors de l’opération « plomb durci ».
L’indignation ne peut pas être sélective, n’est ce pas Monsieur Hessel ?

Gérard Akoun        
Judaïques FM, le 28 avril 2011