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22 août 2011

C'était au temps où la France armait Kadhafi ...

Mouamar el Kadhafi et Georges Pompidou


Je ne sais pas, à l'heure où je tape ces lignes, quel est ou quel sera le sort de Kadhafi : restera-t-il terré pendant des longs mois avant d'être débusqué "comme un rat" - expression qui ne lui a pas porté chance à propos du peuple en révolte ? Mourra-t-il les armes à la main ? Se suicidera-t-il comme Hitler dans son bunker ? Ou alors, plus rusé que fou, a-t-il déjà pris la poudre d'escampette pour se réfugier en Algérie, pays resté si amical à son égard pratiquement jusqu'au bout - j'y reviendrai peut-être dans un prochain article.

"Vae victis", malheur aux vaincus, il n'y a plus guère que son ami Chavez qui lui aura témoigné un soutien officiel jusqu'au bout ! Et nous, Français, avons-nous la conscience si tranquille ? Il est de bon ton, alors que la majorité de l'opinion publique déteste notre Président, de rappeler l'accueil que fit Sarkozy à Kadhafi, en décembre 2007 : premier faux-pas diplomatique, immortalisé par des photos qui circulent en boucle, et je ne peux pas dire que cela m'ait réjoui à l'époque - voir en libellé. Mais un minimum d'honnêteté intellectuelle devrait souligner, aussi, la part déterminante que prit la France du même Sarkozy à sauver in extremis les rebelles en mars dernier, en faisant passer puis mettre très vite en œuvre la résolution du Conseil de Sécurité autorisant la décisive intervention aérienne de l'OTAN.  

Un petit article ne suffirait pas à résumer la longue et tortueuse histoire des relations franco-libyennes, qui connut ses phases de grande tension avec l'attentat du DC-10 d'UTA ou le conflit tchadien, et ses phases de retrouvailles, intérêts pétroliers et commerciaux oblige ... Mais une étrange pudeur, une complicité du silence fait oublier dans nos grands médias les tout débuts de nos relations avec Kadhafi, à l'époque où il était un tout jeune et "bouillant colonel" comme le désignaient nos journalistes - expression creuse et non critique qui fut utilisée jusqu'à plus soif. Cette relation, au début secrète puis apparue au grand jour au début de 1970, Georges Pompidou étant Président de la République et Jacques Chaban-Delmas Premier Ministre, fut marquée dès le début par un contrat formidable : on vendit en grand nombre (110 appareils) des "Mirage" au nouveau régime, premier contrat d'armement d'importance avec un pays arabe, et ce trois ans à peine après qu'Israël ait fait la promotion publicitaire de cet avion pendant la Guerre des Six Jours, et alors même que l’État juif subissait un embargo sur les armes. D'emblée, le successeur de De Gaulle à l’Élysée, celui-là même qui se refusait à tout contact avec des dirigeants israéliens (Golda Méir, de passage à Paris pour une réunion de l'Internationale Socialiste n'eut même pas droit à la poignée de mains d'un Secrétaire d’État), recevait, tout sourire, celui qui allait régner en despote pendant 42 ans ; et se comporter en voyou intégral, moins sanguinaire que Saddam Hussein, certes, mais aussi provocateur et déstabilisant sur la scène internationale. Cet épisode, et la réception de Kadhafi en col roulé par un Pompidou content de lui (voir photo), je ne les ai pas oubliés même si à l'époque je n'avais même pas 20 ans. Vincent Nouzille, journaliste et écrivain, a écrit sur son blog un article qui raconte en détails cet épisode honteux de notre diplomatie, et je vous en donne le lien ici.

Chirac eut ensuite comme ami Saddam, épisode déjà évoqué sur mon blog à propos de sa "politique arabe"   (voir ici), puis Giscard hébergea Khomeiny : cela leur a été reproché, en son temps. Georges Pompidou mourut jeune et trop tôt pour voir le résultat désastreux de cette diplomatie. Mais il bénéficie, dans la mémoire collective française, d'une nostalgie et d'une admiration qui me hérissent toujours, et encore plus en cette année où l'on célèbre son centenaire : il était donc encore plus nécessaire de rappeler cet épisode honteux.

Jean Corcos

29 avril 2011

Kadhafi, al-Assad, deux poids deux mesures par Gérard Akoun


Bashar al-Assad utilise la manière forte pour venir à bout de la rébellion qui menace son pouvoir. Après avoir fait quelques promesses de réformes et supprimé l’état de siège qui perdurait depuis près de cinquante ans, il fait donner les tanks et tirer à l’arme lourde sur la population civile, qui continue à manifester à mains nues pour plus de démocratie. On compte plusieurs centaines de morts et des milliers de blessés, mais la condamnation ou - l’indignation - reste très mesurée. On hausse le ton, « la situation est devenue inacceptable, on n’envoie pas, face à des manifestants, des chars » a déclaré mardi dernier Nicolas Sarkozy, mais il n’a pas mis directement en cause Bashar al-Assad comme l’a fait Obama qui a accusé le président syrien de placer « ses intérêts personnels au dessus du peuple syrien » et d’avoir demandé l’aide de l’Iran pour mener la répression ». Difficile, en effet, de critiquer trop durement Bashar al-Assad, après lui avoir déroulé le tapis rouge, en le recevant à Paris et lui avoir offert  la place d’honneur dans la tribune officielle au défilé du 14 juillet 2008. Nicolas Sarkozy rompait ainsi avec la politique d’ostracisme que Jacques Chirac exerçait à l’encontre de son homologue syrien, qu’il soupçonnait, sans doute avec raison, d’être responsable de l’assassinat de Rafic Hariri le Premier ministre libanais. Cette réception s’inscrivait dans l’ambitieux projet d’Union pour la Méditerranée dont Nicolas Sarkozy se voulait l’architecte, en s’appuyant sur Moubarak, Ben Ali, Kadhafi, Bashar al-Assad et quelques autres autocrates ou dictateurs. On sait ce qu’il en est advenu. Aujourd’hui, avec Alain Juppé se met en place une nouvelle politique étrangère, la France n’est plus aux côtés des dictatures, « la France est aux côtés des peuples arabes ». Mais si la France est en pointe dans le soutien aux rebelles libyens et participe à l’éviction de  Kadhafi, elle est plus prudente quand il s’agit de condamner le Président syrien qui n’a, pourtant, rien à envier au Président libyen : il massacre sa population avec autant de sauvagerie ; mais voilà la Syrie, constituée d’une mosaïque de minorités ethnique ou religieuses, se trouve au cœur du Proche Orient, et ses voisins pour des raisons diverses craignent que la chute de Bashar  al-Assad ne déstabilise la région. 
Israël perdrait son meilleur ennemi, il n’y a eu aucun incident de frontière avec la Syrie depuis 1973, le Golan est tranquille ; il y a quand même un hic, elle arme le Hezbollah et le Hamas, mais un nouveau régime n’en ferait il pas autant ? Après tout, Moubarak était le meilleur allié d’Israël, et les dirigeants israéliens auraient bien aimé qu’il restât au pouvoir, alors qu’il laissait se développer en Égypte un antisémitisme officiel et odieux, sans que cela ne les offusque!
L’Irak craint que la minorité alaouite au pouvoir ne soit remplacée par des sunnites, qui pourraient remettre en cause le pouvoir des Chiites en Irak et encourager les Kurdes à prendre leur indépendance, des Kurdes qu’on retrouve aussi en Syrie.
Les Occidentaux, les Américains  craignent les effets dévastateurs de l’instabilité syrienne sur le Liban, même s’il considèrent que cela entraînerait un affaiblissement de l’Iran et un renforcement de l’Arabie Saoudite.
L’Autorité palestinienne pourrait y trouver un avantage, le Hamas serait affaibli, mais en vérité, personne ne souhaite le départ de Bashar El-Assad. Il le sait et il joue là dessus.

Il y a donc très peu de chances pour qu’une intervention, sous les auspices de l’ONU ou de la Ligue Arabe puisse avoir lieu en Syrie, d’autant que la Russie et la Chine y mettraient leur veto.
 Morale et Politique ne font pas bon ménage, on s’en doutait, que des gouvernements réagissent de cette manière n’a rien d’étonnant ; par contre, je suis frappé par le silence des diverses associations ou personnalités promptes à exprimer leur colère, leur condamnation, leur indignation, à aller manifester quand des Palestiniens sont victimes d’exactions provoquées par les Israéliens !!! On cherche vainement le moindre communiqué, c’est le mutisme complet, alors que ces associations et ces personnalités ne sont soumises à aucune obligation de réserve, qu’elles ne sont pas astreintes à  des contraintes de gestion gouvernementale. Combien leur faudra t-il de morts de blessés, pour qu’elles manifestent leur indignation ? Sans vouloir faire de comptabilité macabre, un seul mort et son auteur est déjà condamnable, il y a eu bien plus de victimes civiles en Libye, et le chiffre ne cesse de s’élever en Syrie, qu’à Gaza lors de l’opération « plomb durci ».
L’indignation ne peut pas être sélective, n’est ce pas Monsieur Hessel ?

Gérard Akoun        
Judaïques FM, le 28 avril 2011

23 juillet 2008

Les Kadhafi sont des gangsters, ce n'est pas une découverte !

Hannibal Kadhafi
(photo AFP)

Cette affaire ne fait pas encore la « une » de la presse française, mais les journaux suisses en parlent largement ! La brève détention en Suisse d’un des fils du dirigeant libyen, le fantasque « Guide de la révolution » Kadhafi, accusé de violences sur deux domestiques - une Tunisienne et un Marocain - a entraîné une réaction violente à Tripoli, avec un risque de quasi prise de d’otages puisque des ressortissants helvétiques sont en garde à vue en Libye ...
Petits extraits des nouvelles sur le sujet, d’abord.

1) Tiré d’une dépêche AFP signée Alaf Gueblawi :

« Les bureaux des groupes helvétique Nestlé et helvético-suédois ABB ont été déjà contraints de mettre la clé sous la porte, tandis que leurs responsables ont été placés en garde à vue, selon l'agence de presse suisse ATS et le groupe ABB.
La rupture des relations diplomatiques et le départ des sociétés helvétiques de son territoire sont également envisagées, a indiqué à l'AFP le responsable libyen, alors que quelques dizaines de membres des comités révolutionnaires manifestaient leur colère devant l'ambassade de Suisse à Tripoli.
Dans un communiqué remis à l'ambassadeur suisse, les manifestants ont menacé la Confédération de représailles si elle ne présente pas des excuses officielles au peuple libyen et au colonel Kadhafi.» (...)
« Hannibal Kadhafi, le quatrième fils de Mouammar Kadhafi, et sa femme avaient été arrêtés le 15 juillet à Genève, à la suite d'une plainte de deux employés de maison qui les accusent de les avoir frappés.
Le couple avait été libéré deux jours plus tard après le versement d'une caution d'un demi-million de francs suisses (312.500 euros).
Hannibal qui accuse la police de l'avoir maltraité lors de son interpellation, était connu notamment pour ses frasques à Paris où il a été poursuivi en 2005 pour des violences sur sa compagne et interpellé en 2004 pour avoir dévalé les Champs-Élysées à 140 km/h au volant de sa Porsche.
Agé de 32 ans, il dirige la très juteuse société libyenne de transport maritime qui détient un quasi-monopole sur le transport du brut. »


2) Tiré du journal « la Tribune de Genève » :

« Le président Mouammar Kadhafi n'a pas du tout apprécié le traitement réservé à Hannibal à Genève. «Cela d'autant plus que les plaignants sont des étrangers et qu'ils sont d'une catégorie sociale inférieure», explique un fonctionnaire du DFAE. Il est très difficile pour les Kadhafi de comprendre comment la Suisse peut donner autant de crédit aux déclarations de ces deux domestiques. «De plus, leur rapport à la violence est culturellement et politiquement très différent du nôtre», poursuit une source proche du dossier. Fort de constat, Berne essaie de répondre aux questions des diplomates libyens avec une grande prudence pour ne pas envenimer davantage les relations entre les deux pays. «Les Kadhafi sont très irrités, confirme un haut fonctionnaire. Ils se sentent humiliés et veulent maintenant tout savoir sur les circonstances de l'affaire jusque dans les moindres détails. Je suis convaincu que la police a pris un soin extrême pour ne pas offenser Aline et Hannibal. Au Palais de justice, on estime ces accusations «bidon» tout en rappelant que deux gardes du corps des Kadhafi ont été inculpés d'opposition aux actes de l'autorité pour avoir résisté aux gendarmes durant leur arrestation. »

3) Enfin, beaucoup plus synthétique et percutant, cet article signé Philippe Souaille lu sur un blog hébergé par « la Tribune de Genève », et dont on rêverait de trouver la même vigueur dans notre presse nationale !

« Les Kadhafi sont des gangsters, ce n'est pas une découverte. Ils pratiquent la rançon avec un art consommé, digne des plus grands pirates barbaresques, mais sans honneur. Du calvaire des infirmières bulgares au récit de Mnemona Hinterman, journaliste de la télévision française qui réchappa d'un viol par le chef d'Etat lybien en se prétendant impure (en période de règles, donc intouchable), en passant par Lockerbee et l'appareil d'UTA, les monstruosités s'accumulent. Sans oublier les conflits armés du Tchad.
Kadhafi est directement responsable d'autant de morts que l'effondrement des Twin Towers, mais lui en plusieurs fois. Ce qui explique sans doute qu'on lui ait pardonné. Et puis ce n'était pas aux États-Unis. Maintenant, la question est: comment va-t-on faire pour tirer d'affaire les deux pauvres citoyens suisses retenus à Tripoli ? Que va-t-on lâcher en échange ? Qui va-t-on envoyer là-bas pour tenter une médiation ? On pourrait essayer Carla, peut-être qu'avec une petite chanson ... Ou Micheline, avec les Trois Cloches ?
Je crois sincèrement qu'il y a des oppositions et des conflits qui se résolvent par la négociation. Et d'autres par la fermeté. Sinon cela ne s'arrêtera jamais. Nos autorités sont décidément bien naïves. Et si le fait de se camoufler en ONG pour libérer des otages retenus depuis 6 ou 10 ans est un crime, comment appeler celui de capturer des innocents pour venger le déshonneur d'un fils à papa très pourri et très gâté ? »


Voilà où nous en sommes ! Une petite année après la libération des infirmières bulgares dont j’avais tellement parlé sur ce blog (voir en libellé), après avoir été reçu en grands pompes par Nicolas Sarkozy, Kadhafi confirme donc qu’il est un voyou. Et que ses nouveaux amis sont soit bien naïfs, soit bien cyniques.

J.C

12 juin 2008

Gérard Akoun sur Judaïques FM : Kadhafi, un camouflet pour Sarkozy

Nicolas Sarkozy vient d'essuyer un véritable camouflet, et le mot est faible, de la part du Président libyen que la France avait accueilli avec tous les honneurs, acceptant de céder à tous ses caprices, sans relever ses manquements aux règles de la bienséance. Le Président de la République espérait sans doute, en retour, un soutien de la part de Kadhafi à sa grande initiative de politique internationale, l'Union Méditerranéenne, qui s'est transformée en Union Pour la Méditerranée, devant l'hostilité de l'Allemagne et des pays de l'Europe centrale à sa première version. Eh bien, il n'en est rien ! Pas de renvoi d'ascenseur ! Au cours d'une réunion organisée à l'initiative de la Libye, mardi dernier, pour permettre aux pays arabes d’établir une position commune avant la proclamation officielle de l'Union Pour la Méditerranée le 13 juillet à Paris, le Président libyen a dénoncé devant les présidents syrien, mauritanien, tunisien et le premier ministre marocain, ce projet comme « un affront » pour les pays de la rive sud de la Méditerranée. Il a précisé « nous ne faisons pas partie de Bruxelles, s'ils veulent coopérer avec nous, ils doivent passer par notre Ligue Arabe, au Caire, où par notre Union Africaine à Addis-Abeba, mettant ainsi en parallèle pour une négociation l'Union Européenne et l'Union Arabe ou Africaine. Il a enrichi son florilège diplomatique, en ajoutant « nous ne sommes ni des affamés ni des chiens pour qu’ils nous jettent des os » à propos de projets économiques commun. Et dire que nous avons proposé de lui construire des centrales nucléaires ! 

Que de légèreté, de naïveté dans la conduite de notre diplomatie !
Nicolas Sarkozy persévère dans la même voie et sur un terrain bien plus miné. Il s’agit bien entendu de la reprise des relations avec la Syrie et du Liban. Bashar al-Assad, le Président syrien, est invité à Paris pour assister le 13 juillet à la conférence, c’est normal, mais dit on il le serait aussi pour assister au défilé du 14 juillet. Le remercie-t-on ainsi, pour avoir permis, qu’enfin soit élu au Liban un président, le général Michel Sleimane, un proche de Bashar al-Assad, il le dit lui-même après que le Hezbollah ait gagné sur toute la ligne, en obtenant la minorité de blocage au sein du gouvernement et le droit de garder sa milice armée ? Cela n’a pas grande importance, puisque comme l'a déclaré Nicolas Sarkozy « la France est l'amie de tous les Libanais sans exception » y compris le Hezbollah, toujours inscrit sur la liste des organisations terroristes !

En renouant ses relations avec la Syrie, la France espère sans doute reprendre pied au Moyen-Orient, redevenir un interlocuteur crédible et pouvoir ainsi, assurer la stabilité du Liban et peut-être, arriver à rompre l'axe irano-syrien. La Syrie, quant à elle, a besoin d'améliorer son image, de démontrer à son opinion publique, car il y en a une, qu’elle fait preuve de bonne volonté pour sortir de son isolement, de son tête-à-tête avec l'Iran et même de son conflit avec Israël ; mais je crois que Nicolas Sarkozy court vers de nouvelles déconvenues, à l’image de celles qu’il connaît avec Kadhafi, parce que Bashar al-Assad ne peut se permettre une normalisation de ses relations avec l'Union Européenne ou les États-Unis, pas plus d'ailleurs qu'avec Israël car elle ferait souffler sur son pays un vent de liberté, qui le chasserait du pouvoir.
Mais on peut toujours négocier avec lui comme le fait, d'ailleurs Israël, sans jamais oublier le précepte : lorsque l'on dîne avec le Diable, il faut avoir une longue cuillère.

Gérard Akoun
Judaïques FM, le 12 juin 2008

14 décembre 2007

« Kadhafi à Paris, dur, dur pour Sarkozy » par André Nahum

Nicolas Sarkozy et Mouammar el Kadhafi
sur le perron de l'Elysée, le 10 décembre 2007
(crédit photo Feferberg /AFP)

Bonjour.

Il y a 60 ans la Libye ex-colonie italienne, immense désert peu peuplé, qui ne brillait certainement pas par son degré de développement, n'était connue que comme le champ de bataille où les Anglais du général Montgomery infligèrent à El Alamein une cinglante défaite à "l'Afrika Korps" du Maréchal Rommel.
Aujourd'hui, son guide suprême, le colonel Mouammar El Kadhafi fort des immenses réserves de pétrole que recèle son sous-sol se permet de narguer et de ridiculiser les nations occidentales. Fier comme Artaban, drapé dans son éternel burnous de laine marron et coiffé de sa chéchia noire, l'ex protecteur des terroristes, le pécheur repenti, l'enfant prodigue de retour dans le concert des pays respectables, l'homme qui déclare sans rire que ses compatriotes n'ont pas besoin d'élections puisqu'ils se gouvernent eux-mêmes, foule avec délectation le long tapis rouge que notre démocratie bon enfant déroule sous ses babouches, et exige de recevoir ses hôtes et boire son lait de chamelle sous la tente (blindée parait-il) qu'il a fait dresser dans les jardins de Marigny, inaugurant ainsi un style de diplomatie auquel nous n'étions pas habitués.
Dites moi, si demain on invitait à Paris le président des Inuites du pôle nord, faudra-t-il lui amener son igloo personnel et quelques pingouins pour lui restituer l'ambiance de son pays ?
Mais peut-on reprocher à monsieur Kadhafi de tourner ainsi en bourrique nos dirigeants et traiter pratiquement de menteur notre président, puisque ça marche ?
Le chèque de dix milliards d'euros qu'il agite , sous les yeux de notre gouvernement avant même de l'avoir signé, fait oublier à la fois, l'explosion en vol de l'avion d'UTA, le calvaire qu'il fit endurer aux malheureuses infirmières bulgares et ses toutes dernières déclarations justifiant le terrorisme des pays pauvres.
Faut-il vraiment que nos finances soient dans un tel état que nous soyons obligés de caresser dans le sens du poil un tel personnage, pour vendre nos avions, nos missiles et nos corvettes.
Triste période ... On comprend, on admire même la réaction passionnée de la jeune Rama Yade, Secrétaire d’État aux droits de l'homme, qui dans son inexpérience ne savait peut-être pas qu'en politique la raison a des raisons que le cœur ne connaît pas ...
Le président lui a-t-il rappelé avec les ménagements d'usage, que selon la formule célèbre de Jean-Pierre Chevènement " un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne"? Lui a-t-il fait comprendre que lorsqu'on se bat désespérément pour gagner un demi point de croissance, il faut savoir avaler certaines couleuvres, comme par exemple ces propos anti juifs du ministre algérien des anciens combattants ? Ou l'a-t-il au contraire discrètement félicitée pour avoir si bien joué le rôle qui lui a été assigné ?
Allez savoir !

Dur pour Nicolas Sarkozy, de manager un hôte si encombrant, de slalomer entre son authentique volonté de respecter et faire respecter les droits de l'homme et les nécessités de la "real politique" économique, comme entre sa réelle amitié pour Israël et la politique arabe traditionnelle de notre pays.

Le colonel Mouammar El Kadhafi est l'hôte de la France jusqu'à Samedi prochain.
Dur, dur !

André Nahum
Judaïques FM, 12 décembre 2007

29 juillet 2007

Sarko chez Kadhafi

Le pari Kadhafi
L'éditorial de Stéphane Marchand.
Publié le 27 juillet 2007 dans le journal « Le Figaro »

Faut-il fournir à la Libye des technologies nucléaires civiles, comme l'a proposé hier Nicolas Sarkozy au cours de sa visite à Tripoli ? C'est bien cette question qui est posée au lendemain de la signature par le président d'un projet de coopération dans les « applications pacifiques de l'énergie nucléaire ». À première vue, le dossier libyen est solide. Le pays a, en 2003, renoncé à tout programme nucléaire militaire. Il a signé le traité de non-prolifération, y compris un protocole additionnel qui donne aux inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique des droits de visite particulièrement contraignants. Depuis, ce pays, qui possède déjà un réacteur nucléaire de recherche, n'a fourni aucun motif d'inquiétude à l'AIEA.

Sur le plan diplomatique, ensuite, il est utile de démontrer aux régimes arabes que, lorsque l'on renonce à l'arme nucléaire, on peut espérer recevoir une aide en matière d'atome civil. Rien ne serait plus politiquement néfaste que de voir se creuser une fracture nucléaire entre le nord et le sud de la Méditerranée, entre pays « fiables » et pays « douteux », sauf à alimenter le clash de civilisations, qui mine déjà assez la planète comme ça. Et puis, pour l'Europe et la France, la Libye est un pays important car ses pétrodollars lui achètent une influence non négligeable au Tchad et au Soudan, deux pays qui compteront le jour venu dans le règlement du conflit du Darfour. En Afrique et dans le Sahel, la France l'a appris à ses dépens, Tripoli peut jouer, au choix, un rôle stabilisateur ou gravement perturbateur.

Malheureusement, en matière de nucléaire, les arguments rationnels ont leurs limites. À la grande époque de l'amitié avec l'Irak, la France avait fourni à Saddam Hussein, vanté à l'époque comme un réformateur moderne, une centrale dont on imagine avec effroi à quoi elle aurait pu servir si l'aviation israélienne ne l'avait pas détruite en 1981. Plus récemment, la République islamique d'Iran a prouvé au monde qu'un pays signataire du TNP, protocole additionnel inclus, peut se fermer soudain aux inspections et laisser planer le spectre apocalyptique d'une dérive militaire de son programme, dérive au demeurant techniquement aisée.

Alors doit-on faire confiance au colonel Kadhafi, ce dirigeant qui fut longtemps un terroriste d'État, qui a cautionné la destruction d'au moins deux avions de ligne occidentaux, qui s'est amendé il y a peu et qui cherche aujourd'hui à rejoindre le « concert des Nations » ? La plus extrême prudence s'impose. La Libye reste une dictature, dénuée de tout contre- pouvoir et dominée par un homme pour le moins imprévisible. Même si des contrats considérables sont en jeu, même si l'uranium, dont regorge la Libye, est une matière première rare dont la France a besoin, force est de reconnaître que le dessalement de l'eau de mer fonctionne très bien sans énergie nucléaire. Il existe d'autres solutions. Une centrale thermique de cogénération suffit. Plus généralement, la pénétration du nucléaire civil au sud de la Méditerranée, en Algérie, au Maroc et bientôt en Égypte et en Libye n'est pas sans justification mais est aussi, dans une région à l'instabilité chronique, porteuse d'inquiétudes.

Stéphane Marchand

24 juillet 2007

Libres !!!

Arrivée des infirmières bulgares à l’aéroport de Sofia, le 24 juillet 2007
(photo Reuters)


Enfin ... Nous étions nombreux à douter hier encore, tant le chantage libyen semblait devoir durer et faire monter les enchères (voir sur le blog l’éditorial du journal « Le Monde », mis en ligne le 19 juillet). Interviewé ce matin par TF1, le Secrétaire Général de l’Élysée, Claude Guéant, devait même dire qu’il avait eu des doutes jusqu’à l’embarquement à Tripoli.

Enfin, après trop de photos de ces innocents prises derrière les barreaux de leur « cage » lors des différents procès, j’ai le plaisir de publier une photo symbolique de leur liberté, prise sur le tarmac de l’aéroport de Sofia : quoique de plus symbolique qu’un avion, aussi, pour évoquer un nouvel envol offert à ces malheureuses vies, brisées pendant huit ans et demi !

Demain, après le journal de 10 heures du matin sur Judaïques FM, l’un de leurs avocats, Maître Emmanuel Altit, sera interviewé pour tirer un trait final sur ce dossier. Je voudrais ici le remercier, et pour son travail, et pour son témoignage que les auditeurs auront pu entendre lors d’une émission mémorable de ma série, diffusée en janvier 2006. A l’époque, on parlait peu de cette affaire, très peu car elle n’était pas « politiquement correcte ». Autre Président de la République, autres engagements ...

J.C