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26 mars 2012

Une attaque sur l'Iran est la question la plus difficile à laquelle Israël fait face depuis 1948


La traduction originale 

- mars 2012

Nous sommes au dernier carrefour, et le débat avec nous-mêmes doit être conduit de façon approfondie, sage, responsable, claire et intelligente.

Ceux qui soutiennent une attaque sur l'Iran doivent répondre honnêtement  à 10 questions décisives.

A-t-on essayé tous les chemins, au point qu'il n'y ait aucune chance que la communauté internationale puisse encore stopper le programme nucléaire de l'Iran par le biais d'un siège diplomatico-économique? Est-il absolument clair que les Américains n'arrêteront pas la bombe iranienne par un bombardement aérien en 2013 ? Est-ce que une attaque israélienne aura vraiment pour effet de retarder les armes nucléaires iraniennes d'au moins cinq ans? Est-ce qu' une attaque militaire ne risque pas de déclencher un sanglant conflit régional et une interminable guerre de religions?

Une contre-attaque par l'Iran et le Hezbollah ne peut-elle pas provoquer des massacres terribles, que le front intérieur israélien ne sera pas capables de tolérer? Est-ce qu'une attaque qui n'a pas le soutien des États-Unis ne va pas briser notre alliance stratégique avec eux ? Est-ce que la crise économique mondiale que cela entraînera ne risque pas de conduire à une onde de choc de l'antisionisme et l'antisémitisme, qui pourrait menacer l’État juif? Est-qu'une attaque sur Natanz n'aboutira pas à causer des dommages à Dimona? Est-ce qu'une une attaque ne va pas  démanteler le régime de sanctions, et donner ainsi à la fois aux Iraniens la justification et la capacité de passer au nucléaire encore plus vite? Est-ce qu'une attaque sur l'Iran ne va pas laisser Israël totalement isolé?

Ceux qui s'opposent à une attaque sur l'Iran doivent répondre honnêtement à 10 questions essentielles.

Est-ce que les Israéliens au 21e siècle peuvent continuer à vivre avec l'ombre du champignon nucléaire chiite planant au-dessus de leurs têtes? Est-ce qu'Israël sera capable de résister aux guerres conventionnelles sans fin, qui éclateront à ses frontières une fois que l'Iran sera une puissance nucléaire ? Est-ce qu'Israël sera capable de gérer un Moyen-nucléaire, sauvage et radical  au Moyen-Orient? Est-ce qu' Israël pourra survivre quand les États-Unis commenceront à l'ignorer,  contraints à apaiser l'Iran, puissance montante nucléaire? Est-ce qu' Israël serait capable de survivre à l'isolement diplomatique qui sera son lot, quand un Iran nucléaire prendra le contrôle du Golfe Persique et dictera le prix du pétrole dans le monde? Est-ce que Dimona sera suffisante pour résister à la nucléarisation qui suivra de l'Arabie saoudite, de la Turquie et de l’Égypte? Est-ce que Dimona sera suffisant pour résister au risque de terrorisme nucléaire? Est-ce qu'Israël sera capable de résister à une situation dans laquelle les armes nucléaires iraniennes pourront mettre fin à la paix ou à l'espoir de la paix? Est-ce qu'Israël sera capable de résister à une situation dans laquelle un Iran nucléaire l'oblige à vivre sous la menace de son sabre, jour après jour, avec une cruauté qu'il n'a jamais connu auparavant? Sommes-nous prêts à prendre le risque, même de 1%,  qu'une bombe nucléaire explose au dessus de Tel-Aviv?

L'image est sombre, bien sûr. La politique israélienne de prévention a permis de gagner un peu de temps,  mais a échoué. La politique internationale de l'apaisement a créé une illusion et s'est effondrée. Les sanctions imposées étaient trop faibles, trop tardives, et n'arrêteront probablement pas l'Iran à temps.

Également, les récentes réunions à Washington ne se sont pas bien passées. Il n'y a pas de coopération stratégique entre Israël et les États-Unis. Il n'y a pas de confiance entre le président américain Barack Obama et le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Le président américain n'a pas donné au premier ministre israélien les garanties que, immédiatement après les élections de novembre, il stoppera l'Iran à n'importe quel prix.

En bref, le monde qui était censé sauver l’État juif du terrible dilemme auquel il est confronté, a échoué à le faire. C'est vrai, il pourrait encore y avoir un miracle. Peut-être que l'Iran se mettra à flancher à la dernière minute. Peut-être que les États-Unis se dégriseront au bord de l'abîme. Mais en mars 2012, le sentiment à Jérusalem c'est qu'Israël est tout à fait seul. Et nous nous rapprochons de l'heure de vérité.

Nous ne pouvons pas commettre d'erreur. Nous avons absolument, positivement, aucune possibilité de faire une erreur. Il ya 10 questions sur un côté, et 10 questions sur l'autre. La vingt et unième question est : attaquer ou ne pas attaquer?

Lorsque l'on s'attaque à cette question existentielle, il n'y a pas de droite ou de gauche, pas de méchants ou gentils, et pas de fauteurs de guerre ou de  pacifistes. Face à cette question existentielle, nous ne pouvons pas être critique ou brouillon, et nous ne pouvons penser dogmatique.
Nous sommes au dernier carrefour, et le débat avec nous-mêmes doit être conduit de façon approfondie, sage, responsable, claire et intelligente.

Parce que la vingt et unième question est la plus dure à laquelle que nous avons dû faire face depuis mai 1948. Et c'est une question de vie ou de mort.

Avi Shavit
Haaretz, 15 mars 2012

Traduction de Jean Corcos

20 novembre 2011

Iran et nucléaire, retour sur un article


Vendredi dernier, je publiais un article de deux éditorialistes réputés de la presse israélienne, Avi Issacharoff et Amos Harel ; un article sur le sujet brûlant qui inquiète tous les amis d'Israël, juifs ou non : peut-on détourner l'Iran de sa course à l'arme atomique ? L'originalité de cette publication était qu'elle retraçait une interview, peu banale dans le "Haaretz" puisque étant celle d'un universitaire iranien - certes vivant en exil aux USA.

Avant de revenir sur le fond cet article, quelques réflexions : en vous offrant une traduction en français, je pense avoir fait à nouveau un petit travail utile, mon lectorat - j'oserais écrire à nouveau "juif ou non" - devant en majorité être parfaitement français, c'est à dire monolingue. Pour les Juifs naturellement inquiets du sort d'Israël et se fiant à ce que l'on dit majorité dans leur blogosphère, la cause est entendue : sous prétexte qu'il se situe dans l'opposition au gouvernement actuel de Jérusalem, le "Haaretz" est un journal gauchiste, défaitiste et post-sioniste ; et ils en sont d'autant plus convaincus qu'ils n'arriveront même pas à lire et comprendre le site du journal en langue anglaise !
A titre personnel, je n'apprécie pas certains éditorialistes du quotidien israélien, beaucoup plus d'autres, en tout cas j'aime lire des analyses qui sortent des sentiers battus et qui forcent à réfléchir : or c'est tout à fait le cas de celui que je viens de vous proposer, car il ne peut satisfaire les tenants d'un discours militant ...

En gros (et c'est une bonne claque à la figure à la fois des propagandistes du régime dans nos contrées, et du "politiquement correct" dominant dans nos médias), cet expert iranien nous aura dit :
- que la République Islamique ne renoncera jamais à l'arme nucléaire ;
- que c'est un instrument de survie pour un régime devenu une "dictature ordinaire" ;
- que le même régime tient à une situation de "ni paix ni guerre" qui lui permet de perdurer ;
- que l'arme atomique devrait lui permettre d'obtenir une "suprématie régionale".
Tous ces éléments justifient déjà pleinement les craintes israéliennes, car un Moyen-Orient dominé par une puissance ayant fixé la disparition de l’État juif comme objectif officiel serait, bien sûr, invivable.

Mais là où Mehdi Khaladji nous dit quelque chose d'original - et avons le - de difficile à admettre à nos oreilles, c'est quand il juge que la République Islamique n'a pas l'intention d'utiliser, en premier, l'arme atomique, sachant parfaitement que ce serait suicidaire : or c'est justement ce que disent et répètent ceux qui dissuadent Israël de faire des frappes préventives sur les installations nucléaires de la République Islamique - frappes qui seraient extrêmement risquées nous dit cet expert, rejoignant en cela l'analyse de la majorité des responsables sécuritaires israéliens ...

Tout ceci étant posé, reste aussi une dernière hypothèse que je soumets à votre réflexion : et si cet expert iranien, exilé aux USA mais ayant encore de la famille dans son pays natal - y compris son père, Ayatollah réputé - était en fait un "poisson pilote" du régime, utilisé pour faire passer un certain nombre de messages à Israël ?

La question mérite au moins d'être posée : mais on aurait, dans tous les cas, vraiment tort de mépriser cet ennemi, à la fois retors, décidé et malin !

18 novembre 2011

L'Iran voit son programme nucléaire comme dernière ligne de défense contre l'Occident, selon un expert iranien

Ali Khameneï, guide suprême de la révolution iranienne


La traduction originale

- novembre 2011
 
Il n'y a aucune chance réelle de contrecarrer le programme nucléaire iranien par des sanctions ou par un compromis négocié, a déclaré un expert iranien au "Haaretz", quelques jours après que l'Agence Internationale pour l'Energie Atomique ait publié un rapport indiquant que Téhéran cherchait à développer des armes nucléaires.

Mehdi Khalaji, Senior Fellow à l'Institut de Washington pour la politique au Proche-Orient, a déclaré que le régime iranien a considéré son programme nucléaire comme l'outil mis en œuvre pour préserver sa survie ; ceci implique que la pression de l'Occident ne peut pas éloigner Téhéran de nouvelles avancées sur son projet.

Khalaji est respecté comme l'un des universitaires de premier rang de l'Iran, également en raison de son expérience personnelle. Il est né et a grandi dans la ville de Qom, le plus grand centre de l'Iran pour l'enseignement religieux chiite. Il étudia la théologie chiite et sa législation pendant 14 ans dans l'un des plus grands séminaires religieux de Qom, où vit encore son père, un Ayatollah, haut membre du clergé.

En 2000, Khalaji a quitté l'Iran pour la France, avant plus tard de déménager pour les États-Unis.

Parlant au "Haaretz", ce chercheur de haut niveau a déclaré que le dirigeant suprême iranien Ali Khamenei estime que l'Occident tente de destituer le régime islamique de Téhéran, allant jusqu'à considérer l'offre américaine de compromis du président Barack Obama comme une escroquerie. Toutefois, a-t-il ajouté, le leadership de l'Iran  est aussi méfiant envers les autres nations, suspectées de travailler à saper leur régime, y compris l'Arabie saoudite, la Turquie, le Pakistan, et même la Chine et la Russie.

Il dit que l'Iran est très isolé, ce qui conduit ses dirigeants à croire qu'un programme nucléaire militaire était le seul moyen de prévenir une future attaque. Cette méfiance, dit Khalaji, ne va pas disparaitre de si tôt, ce qui s'opposera à toute tentative de compromis.

Lorsqu'on lui a demandé si l'Iran allait utiliser une arme nucléaire contre Israël une fois qu'elle la posséderait, Khalaji a dit que personne en Iran n'y penserait, mais que le seul but du régime était de parvenir à la suprématie régionale. Par ailleurs, le chercheur iranien a déclaré que l'utilisation d'armes nucléaires serait un geste suicidaire de la République Islamique.

Se référant à une éventuelle frappe israélienne, Khalaji a déclaré que le régime iranien ne considère pas que ce serait une option viable, ajoutant que Téhéran sait que le prix potentiel d'une telle mesure dissuade quiconque souhaiterait l'entreprendre. Il a ajouté que le fait que le sujet soit si largement débattu dans les médias, indiquait que, ni Israël ni l'un de ses partenaires potentiels ne pouvaient réellement envisager une telle mesure.

Lorsqu'on lui a demandé de parler de la réaction de l'Iran à une frappe possible, Khalaji a estimé qu'une telle frappe aurait pour effet  d'unir les citoyens de l'Iran autour du régime, tout en ajoutant que les conséquences directes d'une frappe militaire étaient difficiles à prévoir.

Le chercheur iranien a également écarté la notion selon laquelle l'Iran lancerait une attaque préventive, en disant que la doctrine militaire du pays stipule que Téhéran tenterait d'éviter un conflit armé sur le sol iranien, en choisissant de mener ses guerres contre l'Occident ailleurs, comme en Afghanistan, Irak, Liban, et dans les territoires palestiniens. Le régime iranien est menacé par la guerre et par la paix, dit Khalaji, soulignant que c'était la raison pour laquelle Khameneï a cherché à préserver une tension, qui n'était ni une vraie paix ni une vraie guerre.

Khalaji a également déclaré qu'il pensait que les récentes tensions entre Khameneï et le président iranien Mahmoud Ahmadinejad n'auraient aucun effet sur le projet nucléaire de l'Iran, puisque Khameneï a un contrôle complet sur le programme nucléaire du pays. Toutefois, a-t-il ajouté, il y a des personnes dans l'élite politique de l'Iran qui jugent que le pays n'avait pas besoin de développer des armes nucléaires.

Quand on lui demande à qui il pensait pour succéder à  Khameneï comme chef suprême, Khalaji a déclaré que si Khameneï avait régné en l'Iran en utilisant la Garde révolutionnaire du pays, il pensait que la situation serait inverse après son règne ; les responsables de la Garde révolutionnaire iront plutôt choisir un leader spirituel faible, de manière à gérer eux-mêmes effectivement le pays. Khalaji a également évoqué la disparition de l'opposition politique en Iran, depuis les grandes manifestations de 2009, disant que l'opposition au gouvernement était en hausse. Toutefois, a-t-il ajouté, les dissidents sont sans véritable structure ou réseau, et il faudra un certain temps avant qu'une véritable opposition se mette en place. L'universitaire iranien a déclaré, cependant, que Khameneï avait transformé l'Iran en une «dictature classique", un régime que le peuple iranien a déjà montré être en mesure de déposer.

Avi Issacharoff et Amos Harel,
Haaretz, 11 novembre 2011

Traduction Jean Corcos

18 août 2011

L'Irak est coincé entre l'Iran et le monde arabe, par Zvi Bar'el


La traduction originale
- août 2011

Introduction
Je publie aujourd'hui un article que les lecteurs assidus de la blogosphère francophone ne trouveront pas facilement : il s'agit de la traduction, par mes soins, d'un article de l'un des meilleurs orientalistes israéliens, Zvi Bar'el, qui est un chroniqueur régulier du quotidien "Haaretz". Il y sera surtout question de l'Irak, mais comme conséquence inattendue de la révolution en Syrie puisque l'Iran risque d'y assoir d'avantage encore son "partenariat" après la perte attendue de son seul allié arabe : une analyse aussi originale qu'inquiétante ... et qui intéresse directement Israël !
J.C

Avec la Syrie dans la tourmente, Téhéran cherche un nouveau partenaire stratégique. Mais la Turquie s'y intéresse aussi

Il fait chaud à Bagdad. Cette semaine, le thermomètre atteint 46 degrés Celsius, mais cela a été un grand soulagement après les 51 degrés enregistrés la semaine dernière. Il fait aussi chaud dans l'arène politique. Le pays avait 46 ministres, jusqu'à ce que le Parlement décide d'annuler 17 portefeuilles fonctionnant à peine.

Le plus grand désaccord porte sur l'autorité du Conseil de la politique nationale, qui sera dirigé par Iyad Allaoui. On s'attend à ce qu'il vienne éroder le pouvoir du Premier Ministre.

Non pas que les citoyens de l'Irak soient particulièrement intéressés,  quand ils ont à vivre sans électricité pendant les heures les plus chaudes de la journée. Leur climatiseurs arrêtent de fonctionner et la nourriture dans leur réfrigérateur cuit lentement.

Alors que le gouvernement prolonge l'aide financière aux propriétaires de générateurs privés, à condition qu'ils fournissent 12 heures d'électricité par jour, l'argent n'est pas encore arrivé et il n'est pas clair quand il le sera. Des nouvelles centrales électriques ont été retardées. Les accords que le ministre de l'électricité Ra'ad Shalal a signés avec deux entreprises, une allemande et une canadienne, ont été annulés par le Premier ministre Nouri al-Maliki, qui a viré le ministre. Il semble que le sociétés n'existaient que sur le papier.

L'Irak, qui a disparu du radar des médias internationaux en raison des soulèvements dans les pays arabes, risque probablement de devenir le point chaud de la politique régionale - et bientôt. Tandis que le régime de Bashar el-Assad se bat pour sa survie en Syrie, l'Iran va probablement chercher une alternative stratégique dans le pays que les États-Unis vont quitter d'ici la fin de l'année. "L'occupation de l'Irak par les États-Unis n'a apporté que de bonnes choses pour l'Iran", a déclaré le vice-président irakien Tareq al-Hashemi cette semaine. "L'Iran est devenu plus influent qu'il ne l'avais jamais rêvé."

L'Irak est le troisième partenaire commercial de l'Iran, après la Chine et les Émirats arabes unis, 8 milliards de dollars par an d'échanges, et en croissance régulière. Le mois dernier, l'Iran a signé un contrat pour la construction d'un pipeline de gaz de 2500 km de long, qui traversera l'Irak et reliera l'Iran à la Syrie. L'Iran a des représentants diplomatiques dans les grandes villes de l'Irak et finance des projets civils dans le pays, sans parler de son engagement politique.

"L'Irak est un pays souverain et ne sera subordonné à aucun autre État," a dit Al-Hashemi, mais il admet que l'Iran dispose d'une force d'influence terrifiante sur la politique irakienne. Par exemple, depuis mars, la pression iranienne a empêché l'Irak de condamner la répression brutale des manifestations de la Syrie. Il a demandé que la Syrie "obtienne un dialogue avec l'opposition», et juste la semaine dernière, il a appelé les deux parties - le gouvernement syrien et les «bandes armées» (comme le régime syrien appelle l'opposition) - à s'abstenir de se répandre du sang. En revanche, les chiites irakiens, avec l'encouragement iranien, se sont mis à manifester contre l'implication militaire de l'Arabie Saoudite à Bahreïn.

Des intérêts autour d'un gazoduc

L'Irak est pris en tenaille entre la dépendance à l'Iran et son désir de faire partie du monde arabe. Le futur gazoduc est une offre que Irak ne pouvait pas refuser, même si elle est susceptible de compliquer les choses avec ses citoyens sunnites, qui s'inquiètent de l'influence excessive de l'Iran. Des représentants sunnites des zones que le pipeline traversera, ont déclaré à des journalistes étrangers qu' ils ne permettront pas que le projet soit réalisé et que le gazoduc sera saboté. Ces attentats, comme le craint l' Irak, sont susceptibles de pousser l'Iran à demander de placer ses propres forces de sécurité là-bas et apporter ainsi une présence iranienne sur le territoire irakien.

L'Irak s'inquiète du rejaillissement que la bataille en Syrie pourrait avoir sur son territoire, et a creusé une tranchée de trois mètres de profondeur, et 45 km de longueur pour arrêter les gens et les véhicules en provenance de Syrie. Il n'a pas peur des réfugiés, mais d'autres facteurs susceptibles de traverser l' Irak, si et quand le régime syrien s'écroulera, ou si l'armée syrienne s'arrête de patrouiller à la frontière.

Pour l'instant, seuls environ 7.500 soldats font la police le long des 1.100 kilomètres de frontière. Dans le même temps, l'Iran exige que l'Irak aide financièrement le régime syrien, afin d'éviter son effondrement économique.

L'Iran a un puissant rival économique avec la Turquie, dont les échanges avec l'Irak s'élèvent à 11 milliards de dollars par an. La concurrence pour le marché irakien a donné aux deux pays une bonne raison de signer des accords entre eux et avec l'Irak. Le mois dernier, les trois ont convenu conjointement d'établir une banque avec un investissement de 200 millions de dollars, et l'Iran et la Turquie ont annoncé leur intention d'accroître les échanges entre eux jusqu'à 30 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années.

Lorsque cet accord a été signé, la Turquie était encore sûr qu'elle réussirait à convaincre Assad de mettre en œuvre des réformes, et d'apporter le calme pour le pays. Pendant ce temps, les relations entre la Turquie et la Syrie se sont détériorées, et la Turquie a commencé à se distancer d'Assad et à haussé le ton contre Téhéran, alors que l'Iran l'a accusé d'être «un sous-traitant américain".

Les intérêts économiques de la Turquie en Iran sont trop forts pour détruire leurs relations, mais l'arène de leur lutte est susceptible de se déplacer à l'Irak, qui dépend de chacun d'eux. La Turquie a pris une décision tactique pour s'opposer à Assad, la question est qu'est-ce que l'Iran fera ? Est-ce que ses intérêts politiques et économiques en Irak le forceront à abandonner Assad et à accroître son contrôle sur l'Irak, tout en conservant de bonnes relations avec la Turquie, ou est-ce que l'idéologie et le souci de protéger Hezbollah vont croitre ?

Zvi Bar'el
Haaretz, 17 août 2011

Traduction Jean Corcos

27 mars 2011

Syrie : le point de non retour ?

Manifestants dans la ville de Deraa le 22 mars
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"Est-ce que la Syrie est en train d'atteindre le point de non retour ?", s'interroge Avi Issacharoff, l'excellent chroniqueur du "Haaretz" - lire sur ce lien .

Le fait est que, en quelques jours, une révolution semble réellement commencer dans le pays sans doutes le plus fermé du monde arabe. Alors que, bien entendu, la presse étrangère ne peut se déplacer librement et que les médias nationaux sont complètement "aux ordres", les mêmes moyens qui ont permis les révolutions tunisienne puis égyptienne permettent d'avoir des images des émeutes : films pris au moyen de téléphones portables ; envoi à travers le monde par la magie d'Internet ; et les révoltés anti-Assad arrivent à leur tour à faire douter le monde extérieur de la solidité d'un régime que l'on croyait éternel !
Pour ceux qui lisent l'anglais, l'article du "Haaretz" semblera bien prudent : il note qu'il n'y a eu, pour le moment, que des centaines de manifestants dans les grandes villes syriennes comme Damas, Homs ou Lattaquié, alors qu'ils étaient des milliers dans la ville de Deraa - où les tirs de l'armée auraient fait plus de 150 tués d'après des sites d'opposition ; mais il note aussi que - comme cela s'est passé avant dans d'autres pays arabes - le "mur de la peur" semble être tombé. Face à cette révolution, écrit Issacharoff, Bashar al - Assad utilise les mêmes réponses qui n'ont pas permis à Ben Ali puis à Moubarak de se maintenir au pouvoir : dénonciation d'un "complot de l'étranger" ; annonce de timides réformes ; et surtout, utilisation contre-productive de la force - chaque enterrement de victimes rallumant l'incendie ...

Mais essayons d'aller un peu plus loin à propos de ces évènements, en énonçant quelques commentaires personnels.
1.    Le dictateur syrien suit bien sûr avec inquiétude ce qui se passe en Libye, qui représente un double précédent dans le monde arabe : une révolte armée contre un dictateur féroce, puis une intervention militaire internationale pour aider les rebelles. Il peut en tirer deux conclusions opposées : l'une qui consisterait à mater totalement dans le sang la révolution alors que les Occidentaux sont enlisés dans un nouveau conflit, en se disant qu'il ne risque rien ; l'autre qui l'inciterait à la prudence, par crainte de subir le sort de Kadhafi.
2.    Au moment de la chute de Moubarak, Bashar al -Assad avait imprudemment avancé l'idée que son régime restait populaire en raison de son hostilité résolue à Israël : on voit que la suite des évènements lui a donné complètement tort, et que - comme l'avaient souligné les commentateurs de bonne foi - le conflit israélo-arabe est complètement évacué de cette vague révolutionnaire.
3.    Mais cette nouvelle révolution donne aussi complètement tort à la plupart des commentateurs des sites et blogs juifs, qui se sont relayés pour nous expliquer que ces révolutions, qui touchaient des pays pro-occidentaux, faisaient l'affaire de l'Iran - donc, en poussant un peu le bouchon, étaient le résultat d'un "complot islamiste" : mais alors quid pour la Syrie, alliée fidèle de l'Iran ? Cette explication ne tient plus.
4.    Dans la même veine, on a pu lire que Al-Jazeera - qui avait de vieux comptes à solder avec leurs régimes - avait mis de l'huile sur le feu en Tunisie puis en Egypte ; et on ajoutait que cette chaîne, propriété de l'Emir du Qatar, reflétait les intérêts de l'Emirat de plus en plus dans l'orbite iranienne ... Or les choses ne sont pas simples. On pourra ainsi, en visitant cette page Internet de la télé satellitaire  - voir sur ce lien -, constater combien la révolution syrienne est à l'honneur, et découvrir au passage des films inédits qui font bien plaisir à visionner !
5.    Au final, et si un régime aussi infect que celui des Assad tombe pour être remplacé par un gouvernement si ce n'est totalement démocratique, mais a minima plus proche de l'Occident et éloigné de l'Iran, ce serait toute la géopolitique du Moyen-Orient qui serait bouleversée : la Syrie a joué ces dernières années un rôle essentiel dans l'encerclement d'Israël par les forces de l'Islam radical - Hezbollah au Nord, Hamas au Sud ; et si ces milices terroristes perdaient leur refuge de Damas, beaucoup de choses changeraient ... en bien !

26 octobre 2009

Jacques Attali et l’antisémitisme, par Gérard Akoun

Le « Haaretz » a publié, dans son édition du 16 octobre, une interview de Jacques Attali dans laquelle il déclare à propos de l’ampleur de l’antisémitisme en France, je cite « c’est un non problème, ce n’est pas un problème au niveau national, c’est un mensonge, je pense qu’il s’agit de propagande, de propagande israélienne », fin de citation.

On peut s’étonner d’une telle déclaration de la part d’un connaisseur aussi avisé de la société française ; il ne peut ignorer la multiplication des actes antisémites, qu’il s’agisse de menaces verbales ou d’exactions plus ou moins graves que subissent des membres de la communauté juive.
La France n’est pas antisémite, il n’y a pas d’antisémitisme d’État, ce sont des évidences et Jacques Attali, présenté par le journaliste comme « un intellectuel juif français arrivé d’Algérie à l’age de douze ans », n’a pas tort de se donner en exemple de réussite et d’intégration dans la société française des juifs rapatriés d’Algérie, même si, sa modestie dut-elle en souffrir, elle soit assez exceptionnelle. Mais dans l’ensemble, les juifs sont bien intégrés dans la société française, et - bien que cela n’ait pas été facile pour la grande majorité d’entre eux -, ils ont eu des réussites remarquées dans les différents secteurs sociétaux, qu’ils soient économiques, culturels ou même politiques.

Pourquoi des lors, au sein de la communauté juive, ressentir une inquiétude que semble ignorer Jacques Attali ? Il se garderait autrement d’affirmer, je cite « Des juifs français achètent des appartements en Israël comme des anglais achètent une maison dans le sud de la France, pour les vacances » fin de citation. Pour les vacances bien sur, mais aussi parce qu’on ne sait jamais ... les juifs ont été suffisamment échaudés !
Deux raisons à cette inquiétude, la première l’antisionisme, la seconde une forte communauté musulmane en mal d’intégration.
La première, l’antisionisme, nouvel avatar de l’antisémitisme : on n’est plus antisémite, on est antisioniste, c’est tellement plus progressiste ! On est contre Israël, contre sa politique envers les Palestiniens, on tente de boycotter les produits qui ont le label israélien ; l’extrême gauche, le Parti Communiste, les Verts lancent des appels en ce sens, et on voudrait aussi boycotter dans les instances internationales les chercheurs et les intellectuels israéliens, qui le plus souvent sont opposés à la politique de leurs gouvernants. Tout le monde a le droit, bien sur, de critiquer Israël, de manifester contre sa politique, mais, comme par hasard, ce combat ne s’élargit pas à d’autres pays. On ne condamne pas, on ne boycotte pas, on ne manifeste pas, ou si peu, contre le traitement que la Chine fait subir aux Tibétains, aux Ouïgours, la Russie aux Tchétchènes, le Soudan aux habitants du Darfour, certains pays d’Europe centrale à leur tziganes et la liste n’est pas exhaustive. Bizarre, non ?
La seconde raison, une communauté musulmane importante, dix fois plus importante que la communauté juive, cinq à six millions de personnes, travaillée par des extrémistes islamiques qui font des juifs les responsables des difficultés de son intégration, en puisant dans un Coran mal digéré des arguments pour justifier leur antisémitisme. Il faut bien parler d’un antisémitisme musulman contrairement à Jacques Attali, certes différent de l’antisémitisme chrétien, mais qui puise souvent ses clichés aux mêmes sources. La quasi totalité des écrits antisémites se trouvent sur les rayons des librairies du Proche et du Moyen Orient, et sur Internet. Il suffit qu’une minorité au sein de la communauté musulmane française, 1% cela fait 50000 personnes, soit contaminée par cette prose ou par le discours de certains prêcheurs en eau trouble pour rendre la vie des juifs très difficile dans certains quartiers, dans certains établissements scolaires sur tout le territoire national.

Certains juifs s’interrogent, dans l’immédiat, non pas sur leur propre avenir en France, mais sur celui de leurs enfants, la tentation de l’Alya existe, mais l’inquiétude sur la situation d’Israël aussi. Les juifs sont partagés, mais pour le moment dans leur grande majorité, ils ont confiance dans les pouvoirs publics, et dans l’action qu’ils mènent pour défendre les valeurs de la République.
Les propos de Jacques Attali surprennent, s’est-il fait piégé par les journalistes du « Haaretz », comme Alain Finkielkraut précédemment ? Ce n’est pas impossible.

Gérard Akoun
Judaïques FM 94.8, le 22 octobre 2009

28 mai 2009

Forum économique mondial en Jordanie : Shimon Peres accueilli avec intérêt

Le président Shimon Peres s’est rendu en Jordanie où il a participé à la conférence annuelle du Forum économique mondial. Au terme de son discours, il a réuni une conférence de presse qui a été retransmise par les principales chaînes télévisées du monde arabe, et au cours de laquelle il a présenté la position israélienne sur les questions régionales.

Le "Haaretz" (lundi 19 mai 2009) note surtout que le Président Shimon Peres a été accueilli avec enthousiasme par les journalistes arabes. Selon le journal, le président Pérès a suscité bien plus d’intérêt parmi ces journalistes que les personnalités arabes présentes à la conférence. Des hommes d’affaires de l’ensemble du monde musulman, dont de nombreux jeunes venant du Liban, des pays du Golfe, d’Iran et, naturellement, de Jordanie ont eux aussi tenu à entendre le discours du président israélien. Le président israélien s’est entretenu, ensuite, en tête-à-tête avec le roi Abdallah de Jordanie, en marge du Forum économique qui s'est tenu du coté jordanien de la mer morte. L’occasion était propice pour parler de l’économie et des échanges commerciaux entre les deux pays.

En paix depuis quinze ans, Israël et la Jordanie poursuivent leurs échanges économiques d’une façon continuelle. La Jordanie est une cible privilégiée pour les investisseurs israéliens. Tout d’abord pour son positionnement géographique : la Jordanie possède une façade sur le Golfe d'Aqaba (Mer Rouge), sur 25 km, entre Israël et l'Arabie Saoudite ; en plus, son économie est ouverte, mais aussi l’économie jordanienne présente la particularité d'être une économie de services à 70%. La Jordanie a été le pays le plus exposé à la guerre en Irak, notamment lors de l'interruption des échanges avec ce pays qui constituait son principal marché d'exportation, avec des conséquences économiques importantes et qui ont affecté ses perspectives de développement. L’ouverture de la Jordanie vers Israël a constitué une bouffé d’oxygène pour l’économie du Royaume hachémite. La Jordanie a aussi trouvé en Israël un partenaire possédant plusieurs atouts : l'économie israélienne est doté d’ un système capitaliste moderne et un pays jeune qui se caractérise par un secteur privé dynamique et un secteur de la high-tech en croissance rapide. Les entreprises israéliennes, principalement dans ce domaine, sont très appréciées par les Jordaniens. La Jordanie est un pays où un grand nombre d’entreprises israéliennes exportent du papier, des imprimantes et des machines industrielles. Les exportations vers la Jordanie atteignent un total de 115,2 millions de dollars pour l’année 2008.

Lors de la conférence annuelle du Forum économique mondial qui s'est tenu du coté jordanien de la mer morte, le roi Abdallah II de Jordanie et le président israélien Shimon Peres se sont félicités du dynamisme des échanges économiques jordano-israéliens. Le ministre jordanien des Affaires étrangères, Nasser Judeh, a assuré, lors du Forum économique de la Mer morte, qu’Israël et la Jordanie poursuivront leurs échanges économiques et que la Jordanie espèrera rester la principale destination des investisseurs israéliens dans la région. En effet, ces deux pays avaient signé un accord prévoyant la levée de tous les obstacles douaniers à l’horizon 2010 permettant aux industriels israéliens d’accentuer leur présence en Jordanie, notamment à travers la délocalisation de leur production et l’utilisation du port d’Aqaba pour exporter vers l’Occident, sans compter que la présence israélienne en Jordanie permet une ouverture commerciale sur le marché irakien, au travers des produits israéliens fabriqués en Jordanie, avec une main d’œuvre jordanienne moins coûteuse que celle de l'Etat hébreu. Si Israël a exporté pour 245 millions de dollars vers les pays arabes en 2006, ce chiffre a augmenté de 20 % en 2008 et la Jordanie en constitue la principale porte de transit vers les pays arabes car plus de 1.300 opérateurs israéliens travaillent avec le Jordanie. La Jordanie est le pays où le plus grand nombre d’entreprises israéliennes sont présentes, soit 1.343.

L'Agence nationale d'Israël pour la coopération internationale (MASHAV), rattachée au Ministère des Affaires étrangères, coopère dans ce sens étroitement avec le gouvernement jordanien en prévoyant plusieurs programmes de coopération sur le développement, qui sont considérés par Jérusalem et Amman comme instrumentaux et qui créent une atmosphère de confiance, de respect mutuel et de tolérance, participant à la consolidation de le paix entre les deux capitales (1).

La conférence annuelle du Forum économique mondial, tenue au début de la semaine en Jordanie, était une occasion pour accentuer les efforts afin d’augmenter le volume des échanges jordano-israéliens. Et si Monsieur Shimon Peres a suscité bien plus d’intérêt parmi les journalistes que les personnalités arabes présentes à la conférence, c’est parce qu’il est un des meilleurs ambassadeur de la paix dans la région, une personnalité largement respectée en Jordanie et dans le reste des pays arabes modérés.

Ftouh Souhail,
Tunis
(1) Le Centre de coopération internationale d’Israël Mashav vient d’ouvrir un compte Facebook afin de permettre de renforcer les échanges, la coopération et les rencontres entre tous les intervenants israéliens et arabes : Accéder au compte Mashav de Facebook

03 octobre 2008

Une intéressante proposition venue de Bahrein

Cheikh Khaled bin Ahmad al-Khalifa
(photo AFP)

Dans une interview publiée mercredi 1er octobre dans le quotidien londonien "Al Hayat", le Cheikh Khalid bin Ahmad al-Khalifa, Ministre des Affaires Etrangères de l’Émirat de Bahreïn, a fait une suggestion intéressante, et tout à fait iconoclaste pour la région : la création d’un forum régional où se rencontreraient, de façon permanente, tous les états de la région, y compris l’Iran, la Turquie et ... Israël ! Une bombe diplomatique, dans la mesure où - à l’exception de l’Égypte et de la Jordanie - aucun pays arabe n’accepte, officiellement, les moindres relations avec l’État juif, tant que (c’est le discours officiel), il n’aura pas signé la paix avec les Palestiniens et avec la Syrie.

Lire sur ce lien l’article publié sur le site en anglais du « Haaretz ».

« Une telle organisation permettrait de discuter des problèmes, même entre voisins qui ne se reconnaissent pas ». « Cette organisation permettrait de surmonter les différences ethniques et religieuses, dans un Moyen Orient qui est le creuset des religions monothéistes » ... Voilà des déclarations courageuses qui doivent être saluées, surtout venant d’un petit Émirat qui gère, avec doigté, les contradictions régionales : peuplé en majorité de Chiites, il est dirigé par des gouvernants sunnites ; allié des États-Unis (il abrite le siège de la Vème flotte), il entretient de bonnes relations avec l’Iran ; et pays arabe, il est représenté à Washington par une ambassadrice issue de la minuscule minorité juive du pays ! 

J.C

21 septembre 2008

La victoire de Tzipi Livni : un choc pour les dirigeants machos du Moyen-Orient ?



Tzipi Livni lors d'une réunion du parti Kadima
(photo A.P, 19 septembre 2008)

Un blog n’étant pas un vrai journal, et n’ayant pas la réactivité d’un « vrai » journaliste - la radio comme le blog étant du pur bénévolat, faut-il le rappeler ici ? -, je ne vous ai pas commenté, à chaud, la victoire « ric-rac » de Tzipi Livni aux primaires de Kadima. Les lecteurs fidèles ne seront pas surpris que je leur confirme mon espoir de la voir, bientôt, à la tête du gouvernement, mettant fin à la triste ère Olmert ... Je sais bien, hélas, combien une large partie de mon lectorat juif attend avec impatience le retour aux affaires de Bibi Netanyahou - ma correspondante à Jérusalem, Isabelle-Yaël Rose, m’a envoyé un article sur la stratégie du chef actuel de l’opposition, que vous pourrez lire mardi prochain. Je sais bien - aussi et re hélas -, que l’image d’Israël s’est tellement détériorée aux yeux d’une vaste partie du public européen (donc dans une large frange de mon lectorat occasionnel), que les islamistes barbus imposant leur trique moyenâgeuse à Téhéran ou à Gaza paraissent plus sympathiques que cette femme à la fois jolie, laïque et moderne : triste époque qui me donne souvent envie de vomir ...

Mais c’est de cela justement, que je voudrais parler, laissant aux analystes des radios et sites communautaires, le soin de commenter les négociations épuisantes qui attendent Livni pour la formation de son cabinet - rançon récurrente, et décourageante, d’un système électoral israélien obsolète, donnant un pouvoir de chantage exorbitant aux petits partis. Ruth Sinaï, dans un article publié vendredi dans le « Haaretz » (lien sur l'article en anglais), relève une information passée inaperçue : si Tzipi Livni dirige effectivement le prochain gouvernement, Israël sera le seul pays au monde où les trois branches du pouvoir - l’exécutif, le législatif et le judiciaire - seront dirigées par des femmes ! En effet, la présidence de la Knesset est assurée par Dalia Itzik. Et la Cour Suprême par le juge Dorit Beinisch.

D’une rigoureuse honnêteté intellectuelle, Ruth Sinaï relève aussi que cela serait étrange, car en matière de représentation parlementaire l’État juif est à la traîne des démocraties pour la présence féminine : mais une jeune femme à la tête d’Israël, alors qu’une autre (Sarah Pallin) risque de devenir Vice Président des États-Unis et une autre (Hillary Clinton), à failli devenir Président, c’est un message très fort envoyé à tous les machos de la région, qui cherchent à exporter leur idéologie rétrograde et mortifère dans le reste de la planète. Un message en forme de défi !

J.C

24 mars 2008

Le Diable n’est pas neutre, ou « Micheline chez les Mollahs »

Micheline Calmy-Rey et Mahmoud Ahmadinejad
(photo tirée du site iran-resist)

La semaine dernière aura été marquée par deux voyages bien différents, vus d’Israël ...
Lundi 17 et mardi 18 mars, l’État juif aura en effet eu droit à une visite plus que chaleureuse du Chancelier allemand, Angela Merkel, venue avec ses principaux ministres signer de très importants accords politiques et économiques - et marquant son voyage par des gestes d'amitié très forts.
Mais ce même lundi 17 se déroulait une autre visite, d’une autre femme leader d’un pays européen voisin, mais celui-là à Téhéran, chez l’affreux Ahmadinejad ... Micheline Calmy-Rey, ministre suisse des affaires étrangères, était venue signer un très important contrat gazier pour une durée de 25 ans, et portant sur des milliards de dollars (lire sur le site iran-resist tous les détails sur ce contrat) : brisant de facto la solidarité occidentale et internationale face au régime des Mollahs, elle n’a pas hésité non plus à s’afficher, tout sourire, portant un voile islamique en compagnie du nabot antisémite (voir la photo ci-dessus, ainsi qu’une collection complète toujours sur le site « iran-resist »).

Je vous propose de lire ci-dessous la traduction de la fin de l’éditorial - cinglant - du journal israélien « Haaretz » commentant cette visite ;

« Le comportement de la Suisse est honteux. Ce pays, qui se drape dans sa neutralité, est resté en dehors du conflit lorsque le continent où il se situe était à feu et à sang dans une guerre mondiale entre les forces des ténèbres d’Adolf Hitler et les forces de la lumière de Winston Churchill. Maintenant, il argue de sa neutralité dans le conflit entre l’Iran - qui réclame officiellement la destruction des Juifs dans leur propre pays - et Israël et le monde libre, qui essaient de faire échouer ce projet.

Soixante ans après l’établissement de l’État d’Israël, la Suisse ferme les yeux sur ce qui est évident à Merkel et Mac Cain. La Suisse doit être prévenue : le Diable n’est pas neutre, et il ne peut pas y avoir de neutralité à son égard. Quiconque n’est pas contre lui est, qu’il le veuille ou non, de son côté »



Editorial du Haaretz, 23 mars 2008
Traduction Jean Corcos

22 octobre 2007

Ann Coulter, ou « les ennemis de nos ennemis ne sont pas forcément nos amis »



Je voudrais dédier cet article aux (hélas nombreux) blogs ou sites, juifs communautaires ou simplement sympathisants d’Israël, qui n’hésitent pas à mettre en liens d’autres sites que l’on pourrait clairement cataloguer comme racistes - pour parler clairement : anti-musulmans (c'est-à-dire s’attaquant à des êtres humains, hommes ou femmes, pour ce qu’ils seraient en raison de leurs croyances, et non pour ce qu’ils feraient ou pour ce que feraient une minorité d’entre eux). La « ligne jaune » entre le « parler vrai » - contre un « politiquement correct » insupportable, hurlant à « l’islamophobie » à chaque fois que sont énoncées des réalités souvent observées en terre d’islam, comme l’absence de liberté individuelle, ou la mise à l’écart des femmes -, et un vrai discours de haine - considérant comme inévitable une guerre de religions, avec bien sûr en ligne de mire l’élimination de « ceux d’en face » - peut sembler subtile, il faut le reconnaître. Quitte à me répéter, j’essaye en tout cas de la garder toujours à l’esprit, en écrivant sur ce blog ou en menant mes interviews à la radio. Et, à force de lectures et d’expérience, je pense arriver à la respecter.

Il y a, en la matière, plusieurs tests faciles à mener pour débusquer les vrais racistes :
- Ceux qui, sous couvert de critiquer l’islam en tant que religion, concentrent leurs attaques sur une seule cible, sont-ils prêts à voir leur propre foi soumise à la même analyse critique (voir « Charlie Hebdo » en tant que modèle en la matière, qui n’a pas été condamné dans l’affaire des « caricatures de Mahomet » en raison de cette ligne claire) ?
- Ceux qui dénoncent, à juste titre, l’islamisme (que l’on peut appeler également « islam politique » ou plus durement « islamo-fascisme » comme Bernard-Henri Lévy dans son dernier livre (1)), sont-ils d’accord pour promouvoir un « islam apolitique », bref à promouvoir en terre d’islam la même laïcité que celle qui s’est imposée, chez nous, au fil des siècles ? Le pessimisme, qui est curieusement toujours énoncé lorsque l’on évoque un tel chantier, traduit, en réalité, un mépris raciste.
- Et enfin (et il est étonnant que tant de Juifs se laissent attraper dans un tel piège), ceux qui font de la « lutte anti-islam » l’alpha et l’oméga de leur engagement, peuvent-ils tolérer des religions non chrétiennes en Occident ? La lecture des blogs d’extrême droite qui (hélas !) pullulent en toute impunité malgré leur racisme évident, devrait pourtant conduire à comprendre l’évidence : oui, on peut être à la fois raciste et antisémite - les termes « islamistes » et « sionistes » servant toujours de paravents ... Et les ennemis (intégristes chrétiens par exemple) de nos ennemis (les supporters du Djihad international) ne sont pas forcément nos amis !

Et j’en viens donc à vous parler de la jeune et jolie Ann Coulter, figure de proue de l’aile ultra conservatrice du Parti Républicain aux États-Unis, et régulièrement invitée sur les plateaux de télévision où elle est connue pour ses propos tranchants et agressifs : on l’a même surnommée la « Michaël Moore » des Républicains (et dans mon esprit, ce n’est pas un compliment, car le gros Moore, adulé en France, a fortement contribué à rendre ici Ben Laden relativement sympathique !).
On lira en lien sur l’encyclopédie Wikipedia la page qui lui est consacrée.
J’en reproduis quelques citations qui vous donneront une idée du personnage.

Sur le Moyen-Orient, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 :
"Nous devons envahir les pays musulmans, tuer leurs chefs et les convertir au christianisme." (..) "Nous devons demander à voir les passeports, y compris sur les vols intérieurs, et fouiller n'importe quel individu masculin suspect à la peau basanée." (citation rapportée par Silvia Grilli pour le magazine "Panorama", traduite et publiée dans le numéro 628 de Courrier international du 14 novembre 2002)

"Ça vaudrait tellement mieux pour le pays si les femmes ne votaient pas. En fait, à chaque élection présidentielle depuis 1950, excepté Barry Goldwater en 1964, les Républicains auraient gagné si seuls les hommes avaient voté." - 17 mai 2003.
Sur Bill Clinton :
"Si vous ne détestez pas Bill Clinton et les gens qui travaillent à le maintenir au pouvoir, c'est que vous n'aimez pas votre pays" - Juillet 1999


Maintenant à propos des Juifs, je voudrais vous faire connaître un incident récent vécu en direct sur un plateau de télévision, en espérant que cela contribuera à ouvrir un peu les yeux des quelques excités irresponsables évoqués plus haut ... On se reportera en lien à l’article publié par Bradley Burston sur le site du « Haaretz », le 16 octobre dernier.
Ann Coulter était donc récemment l’invitée de l’émission « The Big Idea » sur la chaîne CNBC, et le journaliste qui l’interrogeait était un Juif, Donny Deutsch.
Elle commença par évoquer la grande convention nationale du Parti Républicain à New York, en 2004, en disant : « Les gens étaient heureux, tolérants. Ils sont chrétiens, ils défendent l’Amérique ».
Donny Deutsch, interloqué :« Vous voulez dire qu’il vaut mieux que nous soyons tous chrétiens ? »
Réponse d’Ann Coulter : « Oui »
Et elle avança comme argument que cela permettrait un « chemin plus rapide vers Dieu »
Le journaliste lui fit alors remarquer que cela lui rappelait la position d’Ahmadinejad, qui voudrait rayer Israël de la surface de la Terre.
Et l’autre, sans ciller : « Non. Je veux seulement dire que nous voulons améliorer les Juifs »

Voilà. Je crois qu’il n’y a pas grand-chose à ajouter : si vous entendez quelqu’un qui rêve tout haut de convertir tous les Musulmans, demandez-vous ce qu’il envisage aussi pour les Juifs !

J.C


(1) « Ce grand cadavre à la renverse », Editions Grasset