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12 décembre 2007

« Pourquoi nous ne devons pas relâcher notre pression sur l’Iran » par David Miliband, Ministre britannique des Affaires Etrangères

La traduction originale

Introduction :
Quelques mots d’introduction, avant de vous inviter à lire, en exclusivité sur le blog, cet article publié la semaine dernière sous la signature du nouveau chef de la diplomatie britannique, et traduit par mes soins.
On a beaucoup parlé il y a une dizaine de jours de la note de synthèse donnant l’évaluation de seize agences de renseignement américaines, qui concluaient à l’arrêt - depuis 2003 - du programme d’armement nucléaire de l’Iran : une bonne partie de la presse française s’en est réjoui, pour des raisons en partie louables (ce pronostic éloigne le spectre d’une guerre aux lourdes conséquences), et en partie douteuses (cela affaiblit un peu plus l’administration américaine, toujours considérée comme rivale malgré le changement de Président chez nous ...).
Or, tout le monde n’est pas convaincu de la fiabilité de cette évaluation, et Israël n’est pas le seul à avoir exprimé des doutes. Les Britanniques, surtout ! Je reproduis ci-dessous un extrait tiré du site « infolivetv » (en lien permanent) :
« Le chef des renseignements britanniques, a récemment mis en cause le dernier rapport publié par la CIA, rapport qui affirmait que l’Iran avait gelé son programme nucléaire militaire en 2003. Il a émis de graves doutes quand au prétendu gel des activités iraniennes, et affirme croire que la CIA aurait été leurrée et trompée par le régime de Téhéran. Selon le « Sunday Telegraph », les services britanniques sont persuadés que les officiels iraniens, sachant que leur conversations téléphoniques avaient été mises sur écoute, ont délibérément divulgué et transmis de fausses informations, destinées à tromper les services de renseignements occidentaux. »
On ne saura donc pas surpris, donc, d’apprendre que David Miliband, le nouveau Ministre britannique des Affaires Étrangères, a publié quelques jours après le fameux rapport, un article percutant qui résume les arguments de ceux qui doutent des intentions pacifiques de l’Iran. Les arguments qu’il développe sont tout à fait analogues à ceux présentés dans mon émission par Thérèse Delpech, et dont les auditeurs se souviennent peut-être ... En particulier, le prétexte de pratiquer l’enrichissement de l’uranium pour pouvoir garantir le combustible des réacteurs de puissance ne tient pas, et le Ministre rappelle qu’une coopération pour le nucléaire civil a été proposée aux Mollahs qui l’ont refusée. Autre point que vous relèverez, vers la fin de son article, quand il écrit : « notre objectif est un changement de politique, pas de régime » ... c’est bien ce qu’a reproché amèrement, également à mon micro, Kavéh Mohseni, à la Grande Bretagne comme à tous les Occidentaux ! Bonne lecture.

J.C


"Il y a trois composants clés pour une arme nucléaire : la matière fissile, le missile lui-même et le « process » consistant à faire de la matière fissile une arme pour le missile. L’estimation des agences de renseignements américaines sur le programme iranien qui a été publiée cette semaine, suggère que l’Iran a laissé en suspens le dernier de ces composants. Si cela est exact, ce serait positif. Mais l’Iran continue de travailler sur les deux autres, en particulier sur un programme d’enrichissement qui n’a pas d’application civile apparente, mais qui pourrait produire de la matière fissile pour une arme nucléaire, en dépit des demandes du Conseil de Sécurité des Nations Unies et de l’Agence Internationale pour l’Énergie Atomique (AIEA)

Les leaders iraniens décrivent cela comme un conflit avec la communauté internationale qui voudrait s’opposer aux droits du peuple iranien. Cela est inexact. Nous ne sommes pas en train d’essayer de stopper l’accès de l’Iran aux bienfaits de l’énergie nucléaire, car nous leur avons offert une assistance pour développer leur propre industrie civile dans ce domaine. La poursuite par l’Iran d’activités proliférantes, particulièrement son programme d’enrichissement, est ce qui nous inquiète. Ce pays n’en a pas besoin. La Russie lui a garanti la fourniture de combustible pour la centrale de Busher, son seul réacteur de puissance programmé, et la « troïka » européenne plus les trois grandes puissances (Royaume Uni, France, Allemagne, États-Unis, Russie et Chine) ont garanti des fournitures de combustible nucléaire pour le futur.

La vérité est que la communauté internationale est plutôt méfiante, car l’Iran a camouflé certains aspects de son programme pendant environ deux décennies, et l’AIEA ne peut même pas obtenir aujourd’hui tous les accès qu’elle réclame. L’Iran a aussi traité secrètement avec A.Q. Khan, le père du programme nucléaire pakistanais. Il demeurera un manque de confiance, jusqu’à ce que l’Iran réponde aux interrogations sur son programme passé, et suspende son programme d’enrichissement.

En septembre, les ministres des affaires étrangères de la « troïka plus trois » se sont mis d’accord sur un point : si les discussions entre l’Iran et l’AIEA, d’une part, et Javier Solana (le chef de la diplomatie européenne), d’autre part, n’aboutissaient pas en novembre, ils pousseraient le Conseil de Sécurité de l’ONU à de nouvelles résolutions. Aujourd’hui, nous avons leurs rapports. L’AIEA demande à nouveau à l’Iran de suspendre toutes ses activités d’enrichissement, en ajoutant que « les informations de l’Agence sur le programme nucléaire iranien vont en diminuant ». Le Docteur Solana, lui, a dit que ses discussions avec les Iraniens l’avaient « désappointé ».

Le Conseil de Sécurité de l’ONU a passé trois résolutions demandant à l’Iran de se conformer aux règles internationales. Deux comprenaient des sanctions contre l’Iran pour son refus d’obtempérer. Nous devons maintenant réclamer une résolution avec d’autres sanctions. Nous ne devons pas avoir peur de « faire de la diplomatie en montrant les dents ». Les alternatives sont toutes pires.

Nous ne recherchons pas la confrontation. Depuis 2002, la communauté internationale a tenté de résoudre nos différents avec l’Iran par la diplomatie. Nous avons offert une coopération économique et politique, comprenant aussi bien une assistance pour un programme nucléaire civil que des avantages politiques et économiques. Le gouvernement iranien a rejeté ces offres, de façon répétée. En même temps, ils ont fourni une aide aux insurgés en Irak et aux Talibans en Afghanistan. Ce gouvernement trahit aussi son propre peuple, en ne respectant ni les droits de l’homme, ni la liberté politique.

Pourquoi le leadership iranien choisit-il la confrontation et rejette-t-il un partenariat avec la communauté internationale ? C’est une question à leur poser. Mais s’il demeure sur l’impression que nos buts sont hostiles, alors je souhaite que tous les Iraniens sache que cela est faux. Notre objectif est un changement de politique, non de régime. Personne, si ce n’est le peuple iranien, n’a le droit de choisir leur gouvernement. Nous souhaitons un Iran en sécurité, dans la coopération et le respect avec la communauté internationale. Nous souhaitons que l’Iran exerce une influence et un leadership au Moyen-Orient, en rapport avec sa position stratégique et son rôle historique dans la région. Mais l’Iran doit aussi être conscient de la résolution et de l’unité de la communauté internationale. Aucun pays ne peut éviter de se fâcher très fort lorsqu’on en vient à défier l’autorité du système multilatéral de sécurité, ou à déstabiliser le Moyen-Orient. C’est pourquoi, nous travaillons en vue d’une troisième résolution du Conseil de Sécurité et pour des sanctions renforcées de l’Union Européenne.

L’Iran a le potentiel de devenir une des grandes nations du monde. Il bénéficie d’énormes avantages. Son peuple devrait recueillir les bénéfices de tous ses atouts, et ne pas voir son pays traité comme un paria parmi les nations. Le leadership iranien est devant un choix clair. D’un côté, une relation transformée avec la communauté internationale (y compris les États-Unis), comprenant des avantages politiques et économiques. De l’autre côté, un isolement croissant. Personne ne peut faire ce choix à la place des leaders iraniens. Mais j’espère qu’ils auront la vision et l’inspiration de faire le bon choix pour leur peuple, qui n’en mérite pas moins."

David Miliband.
Secrétaire au Foreign Office
« Financial Times », 6 décembre 2007
(traduction Jean Corcos)