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20 novembre 2007

« Al-Qaida ne contrôle plus aucun quartier de Bagdad » … et c’est le journal « Le Monde » qui ose le dire !


Introduction :
Un bien étonnant article publié sous ce titre sur le site du journal « Le Monde » !
Cela fait en vérité plus d’un an que je n’ai pas parlé de l’Irak, ni sur ce blog ni d’ailleurs dans mon émission. D’un côté, les nouvelles semblaient bien déprimantes, et j’en suis venu à penser que l’engagement américain avait pratiquement érodé la force de dissuasion des nations démocratiques face à la double menace, sunnite d’Al-Qaïda, et chiite d’un Iran en passe de devenir une puissance nucléaire. D’un autre côté, je lisais sur des blogs et sites « pro Bush », que sur le terrain la situation s’était améliorée grâce à la nouvelle stratégie de l’armée américaine ; des infos « sacrilèges » pour la plupart des journaux et télévisions de notre pays, pour qui tout engagement occidental (en Irak comme en Afghanistan ou en Liban) ne peut finir que par une déroute style Vietnam.
Il est donc d’autant plus remarquable que l’on lise, dans le journal « Le Monde » - vénérable pilier du « politiquement correct » à la française - un article comme celui que je reproduis ci-dessous ... bonne lecture !
J.C

Les combattants d'Al-Qaida en Mésopotamie, la branche irakienne du mouvement d'Oussama Ben Laden, "ne contrôlent plus" aucun des quartiers sunnites de la capitale, affirme le général Joseph Fil Junior, le commandant des forces américaines déployées à Bagdad.
Après Ghazaliya, Ameriya, Yarmouk et d'autres zones urbaines essentiellement peuplées d'Arabes sunnites, l'AFP a constaté, vendredi 16 novembre, qu'Adhamiya, le seul quartier sunnite sur la rive orientale du fleuve Tigre, qui sépare la capitale en deux parties (la majorité chiite de la ville résidant majoritairement sur cette rive), était à son tour "entièrement sous le contrôle"de résidents armés financés et soutenus par les soldats américains. Naguère réservé aux officiers méritants de l'armée de Saddam Hussein, Adhamiya fut, en avril 2003, le théâtre du dernier bain de foule télévisé du dictateur irakien, qui s'apprêtait à fuir Bagdad où l'armée américaine se déployait.

La diminution spectaculaire des opérations menées par les extrémistes irakiens d'Al-Qaida contre les soldats américains, les policiers et les militaires irakiens et, surtout, les civils de la majorité chiite d'Irak, semble se confirmer sur tous les fronts.

NETTOYAGE ETHNIQUE TERMINÉ

En septembre, puis en octobre, le nombre de civils tués dans des attentats, enlèvements ou assassinats ciblés, a baissé de moitié par rapport aux mois précédents, pour s'établir à environ 850 morts, selon les statistiques gouvernementales. Les pertes parmi les soldats américains ont également diminué depuis deux mois, dans des proportions voisines.
L'amélioration de la situation sécuritaire en Irak, qui reste à confirmer dans la durée et qui ne prémunit pas contre d'autres attentats sanglants, est due à une conjonction de facteurs qui semblent tous plus ou moins liés à la nouvelle stratégie militaire mise en oeuvre par le commandant en chef des forces américaines, le général David Petraeus. A Bagdad, où le nettoyage ethnique entre les deux grandes confessions musulmanes semble terminé, ce qui facilite une certaine "paix des armes", l'implantation permanente, dans chaque zone"troublée", de postes militaires communs américano irakiens et l'édification de hauts murs anti bombes entre les quartiers ont eu un impact évident.

L'embauche et l'armement, par les Américains, de milices dites "civiques", formées de citoyens sunnites qui n'en pouvaient plus des excès des fidèles d'Al- Qaida, ont d'abord été mis en oeuvre, via les tribus, dans les provinces d'Al-Anbar et de Salaheddine. Cette tactique a été progressivement étendue aux villes, dont Bagdad.
Plus de 67 000 miliciens sunnites sont aujourd'hui salariés par les Américains à travers le pays. Des dirigeants chiites craignent que ces hommes armés se retournent contre leurs partisans lorsque la présence militaire américaine aura diminué en Irak, notamment lorsque les 30 000 renforts américains déployés en juin quitteront le pays. Un départ prévu au printemps 2008. 


Patrice Claude
« Le Monde.fr », 17 novembre 2007

08 octobre 2007

Les Shadoks et l'immigration

 
Nous n’en avons pas fini de pleurer la deuxième mort des Shadoks avec la disparition il y a déjà plus d'un an de l’irremplaçable Claude Piéplu. Trop jeune à l’époque pour apprécier la profondeur de leurs maximes - si finement équilibrée par la voix haut perchée de celui qui les énonçait - je me dis qu’il me faudra trouver le temps de les relire, et de m’en imprégner !


Ainsi de celle-là, qui me semble parfaitement adaptée au problème de l’immigration. Problème posé à l’origine par l’extrême-droite qui en a fait son cheval de bataille depuis plus de vingt ans, elle a longtemps plombé le débat politique sur le fond. Dans un livre (logiquement) ignoré par la plupart des médias faiseurs d’opinion ("Etre de droite, un tabou français", Éditions Albin Michel), son auteur Eric Brunet décrivait un pays bloqué et sectaire ; et il démontait le mécanisme qui avait interdit de parler sereinement de ces sujets. Extrait, page 36 :
"Le syllogisme bancal a plané sur la France pendant près de vingt ans :
1. L’extrême-droite parle de l’immigration et de l’insécurité.
2. L’extrême-droite est dangereuse.
3. Ceux qui parlent d’immigration et d’insécurité sont donc de dangereux extrémistes."


Or qu’avons-nous entendu à longueur de journées sur les plateaux télé ou sur nos radios au cours de la campagne des présidentielles ? "Nicolas Sarkozy braconne sur les terres du Front National" ; "Ségolène Royal fait du Sarkozy" ; "c’est la Le Penisation des esprits". Même si au final le candidat de la droite a triomphé, les élites intellectuelles du pays n'ont pas accepté la simple remise en cause d'une immigration sans limites, aboutissant de facto à un déchirement du tissu social. A noter d'ailleurs que, sans surprise, c'est dans les zones du territoire où l'immigration a été la moins importante (la façade Atlantique, les Pyrénées, la Bretagne) que la gauche a réalisé ses meilleurs scores, tandis qu'elle se maintenait bien dans les centre villes de plus en plus habités par des "bobos". Par contraste, c'est dans l'Est ou dans les banlieues pavillonnaires des grandes cités que Nicolas Sarkozy a réalisé ses meilleurs scores.


Mais revenons à la question de fond : au prétexte d'une association de termes maladroite (le fameux "ministère de l'immigration et de l'identité nationale" programmé pendant la campagne présidentielle, mais non exactement dénommé ainsi dans le nouveau gouvernement), il a été fait un procès en pétainisme au futur Chef de l’État, sans opposition argumentée sur le fond. Car il ne s’agit jamais de débattre sur des sujets engageant l’avenir de la France, et sur des thèmes clairs : l’immigration doit-elle continuer à ce rythme ? Doit-elle venir toujours en majorité des anciennes colonies ? Est-il judicieux d’importer chaque année des "bacs moins cinq" quand des "bacs plus cinq" doivent s’exiler pour trouver du travail ? Comment loger les nouveaux arrivants, alors qu’il y a déjà un déficit de deux millions de logements neufs ? Les journalistes "libéraux-libertaires" - dont le référentiel imprimé reste « le grand quotidien du soir qui fait la morale » - ignorent superbement l’inquiétude des Français qui n’en peuvent plus de leur langue de bois. Aux oubliettes, donc, l’abaissement dramatique du niveau scolaire dans des centaines d’établissements fréquentés par une jeunesse mal intégrée, la fuite des enfants "français de souche" vers des écoles privées qui grève encore plus les fins de mois difficiles de leurs parents, la ghettoïsation des "cités poubelles" emmurées par l’abandon économique et travaillées par l’islam politique ; oubliée l'impossibilité de trouver du travail pour les nouveaux arrivants, alors même que "l'ascenseur social" est en panne pour les enfants d'immigrés nés dans notre pays.


Là-dessus, il est bien sûr impossible de faire l'impasse sur beaucoup d'aspects peu reluisants de la Loi dite "Hortefeux" qui est finalement passée après seconde lecture au Sénat dans la nuit du 4 au 5 octobre : ainsi des fameux tests ADN pour prouver la filiation, jugés détestables par la LICRA dont pourtant le président, loin du simplisme d'autres associations antiracistes, a dit avec justesse combien l'emploi de certaines expressions ("rafles", "déportation") étaient indignes car elles banalisaient la Shoah ; ainsi également des "centres de rétention" où les conditions de vie des "sans-papiers" seraient indignes d'après plusieurs ONG dont la CIMADE. Mais là n'est pas le fond du dossier, oublié à chaque polémique nouvelle ; et ceux qui refusent tout frein à l'immigration ne sont pas questionnés, eux, sur leur propre positionnement : au nom de quoi devrait-on accepter l'arrivée de millions de nouveaux arrivants en France, et donc - du fait de leur jeunesse, et de leur démographie - la substitution de la population d'origine par une population majoritairement issue des anciennes colonies ?


Qu’on se le dise donc superbement, comme les Shadoks : "il n’y a pas de problème d’immigration !" Et surtout, que l’on ne rappelle pas le corollaire shadokien que tout le monde finit par comprendre : il n’y a pas de problème parce qu’il n’y a pas de bonnes solutions à se problème, mais que des mauvaises entre lesquels il faudra choisir : soit on refuse l’invasion démographique - et nous rendrons malheureux les candidats refoulés par une société de plus en plus fermée ; soit on cherche à les maintenir dans leurs pays, en faisant pression pour changer des régimes qui engendrent la misère - et c’en est fini de "la voix de la France", traditionnellement chère au Quai d’Orsay et basée sur le statu-quo outre-Méditerranée ; soit on laisse tout le monde entrer avec la régularisation des sans-papiers - et la France, déjà criblée de dettes et en panne d'investissements, continuera de couler plus ou moins rapidement selon les scénarios.


Jean Corcos

15 juillet 2007

Jacques Chirac, ou "la grande illusion"

Photo souvenir prise à l'entrée de l'exposition
"le Temps des Rafles", mars 1992
Jacques Chirac, Maire de Paris,
inauguration de l'exposition, 27 mars 1992

C'était il y a un peu plus de quinze ans (que le temps passe vite !).

Les deux personnages (en ne parlant pas de la responsable des activités culturelles de l'Hôtel de Ville de Paris photographiée à la gauche du Maire de l'époque, et dont j'ai malheureusement oublié le nom) sont donc, notre ex-Président - même pas sexagénaire à l'époque - et, sur la photo du dessus ... votre serviteur, lui aussi beaucoup plus jeune : vous avez compris que je vais, enfin, vous parler du contact personnel que j'ai eu avec Jacques Chirac, ce contact évoqué à plusieurs reprises sur ce blog ; et dont je ne voulais pas parler, par pudeur tant qu'il était encore à la tête de l’État - mais que je peux faire tranquillement aujourd'hui, deux mois après son départ de l’Élysée.

Mais d'abord quelques mots pour me situer personnellement à cette époque là. Non pas par petite vanité personnelle, mais d'abord par respect pour les lecteurs du blog qui auraient un peu le tournis, en me voyant ici associé à une exposition sur la Shoah, alors que mon émission et son site support ont une toute autre thématique. A cette époque donc, plus précisément depuis la fin des années 80, le "virus juif" qui m'a contaminé dès la sortie de l'adolescence - et m'a toujours fait naviguer à titre bénévole dans le domaine culturel (et jamais dans le cultuel ou les jeux de pouvoirs communautaires) -, ce virus donc m'a fait traverser une période "Shoah" : à force d'avoir dévoré des tas d'ouvrages historiques, à force d'avoir eu la chance de côtoyer d'autres "mordus" (y compris un collectionneur exceptionnel de documents des années noires, Gérard Silvain, lui-même petit-fils de déporté), j'ai eu envie de transmettre au maximum de gens les mécanismes de l'horreur que j'avais découverts ; et je me suis enhardi en proposant à Serge Klarsfeld de monter, sous sa direction, une grande exposition commémorant le cinquantenaire de la déportation des Juifs de France. Je réalise à distance la chance exceptionnelle que j'ai eu, alors, d'être pris au sérieux par une autorité à la fois historique et morale comme lui ; et ensuite, donc, de travailler de façon acharnée sous l'autorité d'un homme qui avait été à la fois le bâtisseur de la mémoire juive de la déportation en France ; le militant exceptionnel ayant permis qu'elle soit reconnue et enseignée dans notre pays ; et l'avocat ayant obtenu la capture et le jugement de bourreaux emblématiques, de Lischka à Barbie en passant par Papon.

Je n'avais alors comme modeste référence que l'organisation en 1983 d'une exposition qui avait eu un petit succès au petit "Musée d'Art Juif de Paris" (l'ancêtre du M.A.H.J), exposition consacrée au centenaire de Franz Kafka. Mais donc, en 1989, Serge Klarsfeld songeait lui même à une grande exposition pour mieux faire connaître au grand public les persécutions antisémites sous Vichy et l'Occupation ; et il a été intéressé par le premier canevas proposé par Gérard Silvain et moi-même. Secrétaire général, à l'époque, du C.D.J.C ("Centre de Documentation Juive Contemporaine", ancêtre de l'actuel "Mémorial de la Shoah"), il allait rapidement aider à constituer une équipe, à laquelle s'est joint le Secrétaire général adjoint du Centre, Hubert Cain. Restait à trouver le lieu, qui devait être bien entendu public et non communautaire ; et les soutiens, à la fois financiers et logistiques, pour que ce soit une grande et belle exposition. C'est alors que je découvris la distance (pour faire court) qui séparait Serge Klarsfeld du Chef de l’État de l'époque, François Mitterand. Cinq ans avant que cette fin de règne ne soit éclaboussée par les révélations sur son passé "très à droite", son début de carrière à Vichy et surtout ses fidélités coupables envers le personnel politique de cette époque - au premier rang son ami René Bousquet, organisateur de la rafle du Vel d'Hiv -, je découvris donc que l'appui d'un Ministère voire même de la Présidence de la République n'était ni possible, ni moralement tenable pour un tel projet. En substance, je découvris alors - et avec plusieurs années d'avance également, car le fameux discours du "Vel d'Hiv" de Jacques Chirac devait être prononcé juste après son élection, soit en juillet 1995 - que le leader le plus sensible au drame de la Shoah, le seul qui croyait nécessaire son enseignement en France, était le Maire de Paris - "le plus courageux des hommes politiques français sur le sujet", comme devait le dire publiquement Serge Klarsfeld !

Passons donc sur la préparation de l'expo, qui "mangea" une bonne partie de mes week-ends et loisirs pendant quelques six mois, et sur le rude bonheur de coordonner une équipe d'une douzaine de réalisateurs, relisant avec mon illustre "directeur" les textes de la quarantaine de panneaux, définissant avec les services techniques de la Ville de Paris l'iconographie et les mises en pages, et coordonnant au final le plan média ... les quarante mille visiteurs qui se sont pressés dans les salons de l'Hôtel de Ville pendant les quelques semaines de l'expo furent la plus belle des récompenses ! "Le Temps des Rafles" (idée de titre heureuse qui m'était venue) fit ensuite le tour de France pendant plusieurs années, et les visiteurs se comptèrent au final par centaines de milliers. Mais, au delà de l’œuvre de Serge Klarsfeld et des F.F.D.J.F ("Fils et Filles des Déportés Juifs de France") qui se voyait ainsi couronnée, au delà de l'hommage aux disparus de la Shoah cinquante ans exactement après le départ du premier convoi en mars 1942, au delà des émotions fantastiques que j'ai connues alors - et qui m'ont donné l'impression que l'on pouvait faire "bouger les choses" à force de volonté -, je peux l'avouer aujourd'hui, cette exposition me laisse un souvenir un peu amer, m'évoquant le titre d'un film fameux, "La grande illusion" ...

"Grande illusion", car j'éprouvais alors une vraie admiration pour ce futur Chef de l’État, découvert (certes rapidement) à l'occasion de la réunion où il accepta de permettre cette grande exposition, lors d'une réception accordée à des responsables de la communauté dont le Président du CRIF de l'époque, Jean Kahn. Chaleureux, simple, direct. Réellement impliqué par notre projet, mettant tous les moyens de l'Hôtel de Ville à notre disposition, ... comment ne pas lui en éprouver de la reconnaissance ? Comment ne pas être touché par ce Maire d'une grande capitale, ayant visité et revisité l'expo, et parfois même accompagné des lycéens en visite guidée ? Le Chirac de l'époque annonçait vraiment celui du discours du Vel d'Hiv. Hélas, il n'annonçait pas (mais cela n'a rien à voir) le bilan décevant qu'il laisserait après douze ans de règne. Mais surtout, il n'annonçait pas le Président bien hésitant au début des agressions antisémites de 2000 à 2002, lorsque la communauté juive allait se sentir désespérément seule. Les mesures prises ensuite, la réaction de la police et de la justice ont été incontestables lors de son second mandat - mais les Juifs ont plutôt éprouvé de la reconnaissance pour le Ministre de l'Intérieur, celui-là même qui vient d'entrer à l'Elysée ...

"Grande illusion", aussi et hélas, devant la naïveté qu'il y avait, aussi, à oublier "Chirac d'Arabie", le personnage évoqué ici dans des articles reprenant des extraits du livre féroce du même nom. N'insistons pas : au delà des amitiés douteuses ou des intérêts, j'y vois surtout le Chirac sentimental, celui qui prend par instinct la défense de ceux qu'il estime les plus faibles : pauvres persécutés de la Shoah, honorés à titre posthume comme ils le méritaient, certes ; mais aussi, "pauvres Palestiniens", jugés plus sympathiques que les Israéliens, les "Goliath" d'aujourd'hui - avarie connue, qui explique l'absence presque totale d'empathie des Français, et au delà, hélas, de la majorité des Européens vis à vis de l’État juif dont on ne veut pas voir la fragilité. Jacques Chirac a fait passer, directement ou par ses réseaux de pouvoir ou d'information, la pire image qu'il soit de la partie du peuple juif indépendante dans son pays ; éclaboussant ainsi (même sans le vouloir), les Juifs d'ici, mal vus car refusant de hurler avec les loups : un splendide gâchis !

Mais "grande illusion" surtout, et au delà de Chirac, face au "politiquement correct" français, cette gangue intellectuelle qui anesthésie toute réflexion et dont je désespère de la moindre évolution (malgré l'élection de Nicolas Sarkozy), tant elle est partagée à la fois par la Droite et par la Gauche. En gros, je pensais (cf. la photo du haut) que, en présentant des photos comme celle devant laquelle je posais, le public aurait la maturité de traduire le fameux "plus jamais cela" en : "faisons tout pour éviter de donner du pouvoir à d'autres nazis". Pas seulement en refusant ses suffrages au Front National, par exemple, mais aussi en refusant de céder à d'autres menaces, sous d'autres couleurs ... par exemple, le "nazislamisme", négationniste et peut-être demain nucléaire de l'Iran. J'en doute beaucoup aujourd'hui, tant il parait difficile de faire reconnaitre en France des ennemis autres que l'Amérique, tellement haïe. Et puis, de façon plus directe, il y a eu une telle indifférence du public après les agressions physiques et morales dont ont a été abreuvée la minorité juive vivant ici, que je ne suis plus certain des vertus pédagogiques des expositions, livres et films innombrables produits sur la Shoah : verser quelques larmes en souvenir d'autres Juifs, ceux-là tués il y longtemps, ne coûte pas trop cher ; et dispense d'une vraie solidarité envers les Juifs menacés d'aujourd'hui.

Jean Corcos

22 mars 2007

Darfour : et si la France se réveillait ?



Enfin ! Après des années d’appels à manifester, de meetings, de tribunes libres dans la presse et d’innombrables reportages ; alors même que les Nations Unies ont reconnu le massacre de centaines de milliers de civils et qu’une résolution du Conseil de Sécurité l’été dernier envisageait - oh combien timidement - l’envoi de Casques Bleus, il semble que l’opinion française commence à se réveiller, et les responsables politiques à s’engager.

Mardi 20 mars, le Collectif « Urgence Darfour » (visiter le site en lien) appelait à un grand meeting, en ayant aussi et surtout convié les candidats à l’élection présidentielle. Ceux-ci étaient invités à s’engager sur les résolutions suivantes :

« Candidat(e) à la présidence de la République française, horrifié(e) par le sort réservé aux populations du Darfour, je m'engage :
1. A agir en sorte que la France use de tout son poids auprès du Conseil de sécurité des Nations unies pour y faire adopter des résolutions au titre du chapitre VII de la charte pour la protection effective des populations du Darfour.
2. A mettre en œuvre au niveau approprié, tant que dureront les crimes contre l'humanité, des sanctions économiques contre le Soudan : gel des avoirs, refus de visas pour les dirigeants soudanais impliqués dans les massacres, embargo sur les exportations de pétrole soudanais.
3. A m'abstenir de recevoir en France les membres du gouvernement de Khartoum.
4. A mettre à la disposition de la Cour pénale internationale tous les moyens utiles à sa mission, notamment en ce qui concerne l'établissement et la conservation des preuves, la protection des victimes, des témoins et des enquêteurs.
5. En liaison avec les États concernés, à donner mandat aux forces françaises stationnées au Tchad et en Centrafrique de protéger effectivement les réfugiés, les personnes déplacées et les membres des organisations humanitaires opérant dans ces pays.
6. A mettre en place les moyens d'une surveillance de l'espace aérien du Darfour et à en communiquer les informations aux États et institutions intéressés.
7. A dénoncer avec énergie tout pays qui s'opposerait aux sanctions prises à l'encontre du Soudan fondées sur les crimes contre l'humanité commis par son gouvernement.
8. A user de toute mon influence pour rendre possible une action européenne de protection des populations civiles du Darfour, notamment à mettre en place des corridors humanitaires.
A Paris, maison de la Mutualité, le 20 mars 2007 »


Cet appel a été publié, notamment, par le journal « Libération » qui a eu le grand mérite de publier, le même jour, un dossier de 5 pleines pages sur cette tragédie qui se déroule depuis maintenant 4 ans, dans une immense état africain, membre de la Ligue Arabe et à la population majoritairement musulmane (en lien le dossier sur le site du journal, moins complet malheureusement) Petit rappel, toutes les victimes sont musulmanes au Darfour : mais cela n’intéresse guère « les belles âmes » : des « altermondialistes » à la sauce José Bové en passant par les trotskystes (dont trois branches participent à la course présidentielle), elles ne sont pas venues à la Mutualité ; pour ces hémiplégiques de l’indignation, seules comptent en effet 1) les victimes musulmanes, certes ; 2) mais uniquement victimes de non musulmans, par exemple de dommages collatéraux en Afghanistan, en Irak ou à Gaza ... il ne fallait donc pas compter sur eux à la Mutualité, pleine à craquer ce 20 mars

... mais franchement ce ne fut pas une perte ! Trois candidats à l’élection présidentielle sont venus parler à la tribune, dont deux « grands » : Ségolène Royal, François Bayrou et Dominique Voynet. Nicolas Sarkozy (qui avait signé les résolutions, comme les autres candidats présents), a fait lire par sa représentante, Nicole Guedj, un message où il s’engageait à prendre des sanctions unilatérales contre le Soudan. Mais le « clou » de ce meeting fut la lecture par Bernard-Henri Lévy, d’un message de soutien de Jacques Chirac, menaçant lui aussi le gouvernement de Khartoum (voir en lien). Ségolène Royal et François Bayrou, quant à eux, ont pris l’engagement de boycotter les Jeux Olympiques de Pékin, en 2008, en raison de l’obstruction chinoise à toute résolution contraignante à l’ONU sur le Soudan !

Deux remarques, pour finir.

D’abord ces prises de position montrent que, lentement, à propos du Darfour comme du nucléaire iranien, le leadership politique français se réveille. Mais il est bien dommage que le « grand public », celui qui ne lit que des « gratuits » ou ne suit que les actualités à la télé, reste à la traîne de l’info, car sur ce genre de médias le Darfour reste traité bien furtivement. Il est heureux que Chirac - le support le plus fidèle des pires régimes du monde arabe - ait pris, tardivement, cette position ; mais le « grand public » donc, celui qui ne voit le Monde extérieur qu’au travers des froncements de sourcils à la télévision de son Président de la République (froncements de sourcil qui encouragent à désigner, par 66 % des Français, Israël comme le pays ayant l’influence la plus négative sur les affaires internationales, selon une enquête fameuse de BBC World), le grand public donc qui, toujours d’après ce sondage, a une meilleure opinion de la Chine que des États-Unis, ne sait strictement rien du trouble jeu chinois en Afrique. Il faudra donc lui expliquer, et cela sera très, très long !

Ensuite, je voudrais donner un grand coup de chapeau à Jacky Mamou, le président du collectif « Urgence Darfour ». Ancien responsable de « Médecins du Monde », spécialiste des ONG de terrains, il leur consacre une émission spéciale tous les quinze jours ... sur notre radio, Judaïques FM ! J’ai consacré une émission au Darfour, c’était il y a déjà deux ans (voir en libellé ci-dessous, ainsi que tous les articles déjà publiés sur le sujet). Il sera temps, aussi, d’en reparler et je serais très heureux de le recevoir dans ma série.

J.C

15 mars 2007

Un général iranien et deux emblèmes


Merci à nouveau à l’excellent site « iran-resist », en lien permanent sur le blog et qui est souvent cité ici, pour avoir mis côte à côte les deux emblèmes, celui du Hezbollah libanais et celui des Pasdaran iraniens. Difficile de ne pas être frappé par l’analogie du graphisme ! Petite explication, d’abord, pour ceux des lecteurs qui auraient besoin d’une séance « d’explication d’images »

- On est d’abord frappé par le même sigle guerrier, la "Kalachnikov" tenant lieu de programme - ce qui ne choque guère les responsables politiques européens, dont les partis affichent soit une rose au poing, soit un olivier ou autre sigle bucolique. Ainsi par exemple, le député UMP Claude Goasguen a toutes les peines du monde pour faire signer par ses collègues une pétition dénonçant le caractère terroriste du Hezbollah, alors que ce dernier a déjà eu droit à ce qualificatif au Royaume Uni, aux USA bien sûr mais aussi de la part du Canada et du Parlement européen. Violence donc, mais au nom de la religion : comme le révèle l'article "Hezbollah" sur l'encyclopédie en ligne Wikipedia, le fusil mitrailleur est surmonté d'une citation en arabe tirée du Coran : "car ceux qui suivent le parti de Dieu seront victorieux". "Parti de Dieu", c'est bien la traduction littérale de "Hezbollah" !

- Puisque cette politique étrangère française a subi tout le poids personnel de Jacques Chirac, merci cette fois à J.C. Durbant dont le blog est également en lien permanent, pour cette publication d’un extrait de son interview au journal « Le Monde » le 28 juillet dernier, en pleine guerre du Liban :  
« Q. Vous paraît-il toujours inopportun de qualifier le Hezbollah d’organisation terroriste ? 
R : ce n’est pas au moment où l’on veut essayer d’avoir un retour du Hezbollah, si c’est possible, au sein de la communauté libanaise et sa transformation en un parti politique qu’il faut soulever des questions de cette nature. »

- Mais revenons aux emblèmes, tellement sympathiques, de ces « mouvements politiques » islamiques. Au-delà de la violence incarnée par l’arme, le poing tendu incarne tout à fait une rhétorique révolutionnaire : justement, celle des « Gardiens de la Révolution » (en iranien : "Pasdaran"), dont on trouvera un historique et un descriptif sur l'encyclopédie Wikipedia en lien. Une véritable "armée dans l’armée" de 130.000 hommes, ce qui va bien au-delà d’un de ces "groupe de guérillas" qui plaisent tant ici à nos partis d’extrême gauche. Vous y découvrirez aussi (pour les Internautes naïfs qui suivraient l’actualité d’après le 20 heures du J.T ou en lisant les communiqués de l’AFP), un secret de polichinelle, celui de l’implantation militaire des Pasdarans au Liban. Mais au-delà de la force, brutale, l’emblème du Hezbollah comme celui des Pasdaran reproduit un morceau de globe terrestre, qui est lourd de sens : il ne s’agit pas de défendre l’Iran, ou le Liban, ou un territoire X ; le but est d’exporter la "révolution islamique" partout dans le monde, considéré comme un immense "champ de bataille" ; par exemple en Argentine, avec le méga attentat antisémite de Buenos-Aires en 1994 qui fit 85 morts et 300 blessés et pour lequel la justice argentine a lancé un mandat d’arrêt international contre l’ex-président iranien Rafsandjani (lire sur le site "iran-resist").

- L’analogie entre les deux emblèmes n’est donc évidemment pas le fruit du hasard, et le Hezbollah (quels que soient par ailleurs les rivalités internes ou le jeu - plus ou moins autonome - de la Syrie vis-à-vis de l’Iran) a été conçu, dès le départ, comme la succursale libanaise de la République Islamique d’Iran.

- Or j’ai trouvé notre illustration sur cet article du site iran-resist, où il était question du passage à l’Ouest du général iranien Ali Reza Asghari. Plusieurs quotidiens, du "Figaro" au journal "Le Monde" ont parlé ces derniers jours du coup très dur subi par la République Islamique car cet officier aurait été, depuis une vingtaine d’années, une courroie de transmission entre la "filiale" Hezbollah, et la "maison mère" des Pasdaran : quelqu’un qui en sait beaucoup, aussi, sur les réseaux terroristes des Mollahs au Moyen-Orient, des réseaux "dormants" qui pourront se réveiller partout en cas d’intervention américaine contre les installations nucléaires iraniennes !

J.C

11 mars 2007

"La politique arabe de Chirac, un échec cuisant" : un bilan sans concessions d'Amir Taheri

Jacques Chirac devant l'Elysée,
le 24 février 2007 (photo Patrick Kovaric)

Introduction :
Après plusieurs mois de faux suspense, Jacques Chirac vient donc d'annoncer qu'il ne se représenterait pas aux élections présidentielles. Alors que les colonnes des journaux ont depuis déjà quelques semaines commencé à faire le bilan de ses douze ans de mandat, deux choses frappent pour ce qui concerne le monde musulman, objet de ce blog : d'une part, un concert général de louanges, de l'extrême droite à l'extrême gauche, tout les candidats se félicitant de l'opposition aux États-Unis au moment de l'invasion de l'Irak (un sentiment très fort des Français, que l'on aurait tort de mépriser et qui mériterait un article particulier) ; mais d'autre part un oubli de tout le reste de la fameuse "politique arabe", dont on évite soigneusement de faire un bilan analytique. "Chirac d'Arabie" (écrit par deux journalistes de Libération, Eric Aeschimann et Christophe Boltanski, Editions Grasset) a été le seul ouvrage qui ait tenté de le faire. Hélas (pour "Rencontre"), ce livre fut le thème de l'émission "Trente minutes pour convaincre" sur notre radio, je n'allais donc pas produire un "doublon"... mais j'espère que j'aurais l'occasion de revenir sur la fameuse "politique arabe de la France" dans une émission après les élections ! En attendant, et pour marquer ce départ, je reproduis un article sans concessions d'Amir Taheri, publié à l'origine dans le journal en langue arabe Alshark al-Awsat, et traduit dans "Courrier International" (numéro du 1er février 2007) : merci à nouveau à Albert Soued pour sa diffusion. Si certains passages son maintenant obsolètes (le rêve de Chirac de tenter un troisième mandat à la faveur d'une crise internationale), le reste mérite vraiment d'être lu. Enfin, et plus tard, j'espère publier un autre article sur la question, bien troublante et que tout le monde a du se poser : comment expliquer que le président le plus proche de la communauté juive de France, celui du discours du Vel d'Hiv sur la responsabilité de Vichy dans la déportation ... ait été, de façon continue, le plus résolument éloigné d'Israël ?
J.C

La presse arabe adule depuis toujours le président français. Mais ses récentes initiatives en direction de l’Iran chiite irritent les sunnites. Le quotidien panarabe Asharq Al-Awsat, financé par Riyad, est sévère.
Alors qu’à l’Elysée le rideau se baisse sur Jacques Chirac, ce dernier continue d’entretenir le doute sur un troisième mandat. Tandis que ses derniers amis essaient de le peindre en "vieux sage" de la politique internationale, il joue ses dernières cartes diplomatiques et rêve d’un grand coup de politique internationale. Avant la fin du mois de mars, date à laquelle il a prévu d’annoncer s’il comptait se représenter ou non, il veut tenter sa chance avec la République islamique d’Iran. Son objectif est de l’amener à réduire ses ambitions nucléaires, à renoncer à soutenir le Hezbollah et à se joindre à la France dans un nouveau "front du refus" de la domination américaine au Moyen-Orient.
L’idéal aurait été d’obtenir quelque chose de retentissant avant le sommet consacré à la reconstruction du Liban qui s’est tenu fin janvier à Paris. Selon certaines sources, un envoyé français, l’ancien chef des services de renseignements Jean-Claude Cousseran, serait allé à Téhéran pour rencontrer le Guide suprême Ali Khamenei et lui faire part de quelques informations censées être secrètes, souligner le déploiement d’activité de la marine américaine dans le golfe Arabo-Persique et faire comprendre que les Anglo-Saxons s’apprêtaient à lancer une opération militaire contre l’Iran. Pour épargner ces ennuis à Téhéran, Cousseran aurait suggéré à Khamenei de désigner l’ancien président Hachemi Rafsandjani [réputé modéré en politique étrangère] pour gérer la question nucléaire et pour marginaliser l’actuel président, le bruyant Mahmoud Ahmadinejad. Si les Iraniens avaient émis des signes encourageants, Chirac aurait envoyé son Premier ministre, Dominique de Villepin, conclure le marché : annonce de l’arrêt du programme iranien d’enrichissement d’uranium et annulation de la réunion du Conseil de sécurité prévue pour mars. C’est ce qui aurait permis au "doyen de la politique internationale" et au "héros de la paix" d’annoncer sa candidature pour la présidentielle et d’appeler ses "chers compatriotes" à le réélire afin qu’il puisse sauver le monde de la bêtise de George Bush. En s’appuyant sur les sentiments traditionnellement antiaméricains et anticapitalistes des Français, il aurait fait passer Nicolas Sarkozy pour "inféodé à Bush" et pour un "chantre du libéralisme économique", un mot qui effraie les Français.
Or, depuis deux ans déjà, tous les sondages indiquent que les Français sont las de Jacques Chirac et souhaitent qu’il s’en aille le plus tôt possible. Pis, la plupart de ses amis l’ont abandonné, et d’autres trouvent indigne de se servir de l’Iran pour préparer une nouvelle candidature. Le problème, c’est que Chirac n’a pas appris grand-chose de sa longue expérience politique : ce n’est pas la première fois qu’il est victime de ses illusions. Entre 1974 et 1976, quand il était Premier ministre, il a soutenu le programme nucléaire irakien en contrepartie de subsides versés par Saddam Hussein au RPR. De nouveau Premier ministre de 1986 à 1988, il a refusé à l’aviation américaine le survol de l’espace aérien français pour bombarder la Libye. Il comptait ainsi gagner l’amitié de Muammar Kadhafi. Mais quand, plus tard, celui-ci a choisi de sortir de son isolement diplomatique, ses premiers contacts ont été avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, et non avec la France. De même, en 1987, Chirac a permis à Vahid Gordji, coordinateur des activités terroristes iraniennes à Paris, de quitter la France en contrepartie d’une promesse iranienne de ne pas perpétrer d’actes terroristes sur le sol français. Promesse vite rompue, puisque Téhéran n’a pas tardé à lancer une campagne d’assassinats contre des opposants iraniens réfugiés en France. Finalement, en 1991, Chirac [alors dans l’opposition] a milité contre le renversement de Saddam Hussein. Il espérait que les régimes "laïcs et progressistes" l’emporteraient contre les régimes "réactionnaires proaméricains" et comptait faire de la France le principal allié occidental des Arabes. Et, là encore, il s’est trompé et s’est fourvoyé.
La diplomatie chiraquienne n’a rien apporté ni à la France ni à personne, puisqu’elle a encouragé les tendances extrémistes d’aventuriers de la pire espèce - tels Saddam Hussein, Muammar Kadhafi ou Khomeyni. Aujourd’hui, Chirac joue une fois de plus son vieux numéro de claquettes et cherche à permettre aux mollahs iraniens de tromper le monde entier et de narguer le Conseil de sécurité. Son action risque surtout de précipiter une nouvelle guerre au Moyen-Orient.

Amir Taheri

17 février 2007

Une politique bien étrangère, 2/3 : "Les De Gaulle miniatures n'ont pas toujours servi le pays ..." par Ezra Suleiman

Introduction
Ezra Suleiman est professeur à la prestigieuse Université de Princeton, aux États-Unis, ainsi qu'à l'Institut des Sciences Politiques (Sciences Po) à Paris. Il fait partie des bonne plumes du journal "Le Figaro", où il tient une chronique. Je l'ai entendu pour la première fois, justement à Sciences Po lors d'un colloque mémorable de "L'appel aux dirigeants européens pour la fermeté face à l'Iran" dont j'avais parlé sur le blog. J'ai également publié une photo de lui à la tribune prise par Irena Elster. J'avais particulièrement apprécié la clarté de son langage, lorsqu'il a démonté le mythe du "conflit palestinien, racine de tous les conflits au Moyen Orient" : "Non", avait-il dit en substance, "la République Islamique se moque de la création d'un État palestinien, elle réclame l'éradication d'Israël, c'est cela qu'elle demande et qu'elle prépare".
Dans sa chronique publiée le 14 janvier par le grand quotidien du matin, il appelle les Français à se débarrasser, enfin, de la nostalgie héritée du gaullisme, et à comprendre que les enjeux stratégiques ne sont plus du tout les mêmes que ceux des années soixante ... bonne lecture !
J.C

Face aux crises du monde, les Français veulent des actions, pas des postures

Tout le monde reconnaît, les politiques comme les citoyens, que la France a besoin de réformes économiques et sociales pour préserver sa compétitivité et son niveau de vie. La guerre séman­tique entre « réforme », « changement » et « rupture » prouve que le besoin d'autre chose est largement partagé. Mais quelles ré­formes et comment les mettre en œuvre ?

La même question, éludée soi­gneusement ici par tous les candidats présidentiels, doit être posée pour la politique étrangère. Les principes qui guident la politique étrangère de la France né­cessitent une réflexion sé­­rieuse, car eux aussi ne sont plus en phase ni avec les nouvelles réalités françaises, ni avec le monde contemporain.

Les candidats posent comme une évidence que les Français s'intéressent peu au rôle de la France dans le monde car ils sont obsédés par les problèmes inté­rieurs (sécurité, pouvoir d'achat, éducation, emploi). Ceci est en grande partie vrai.

Mais la France n'étant plus une grande puissance, rares sont les occasions pour les Français de débattre de la position de leur pays sur les grandes questions inter­nationales. Jacques Chirac aurait usé d'une boutade : « Je réussirai facilement, aurait-il dit, dans le domaine de la politique étrangère : je regarderai ce que font les Américains et je ferai le contraire. » C'est un principe dont on peut douter de l'efficacité. Depuis plus de dix ans, la France a perdu beaucoup de ce qui restait de sa « grandeur ».

Malgré la priorité qu'ils donnent aux questions intérieures, les Français évaluent les ana­lyses, les lignes politiques et surtout les capacités d'action des candidats sur les enjeux internationaux. Les candidats se trompent encore plus en acceptant sans la moindre modification les principes de politique étrangère tels que le général de Gaulle les avait légués. Pour la France et l'Europe, réclamer plus de gentillesse et de multilatéralisme aux grandes puis­sances ne remplacera jamais une vraie politique étrangère.

Les sondages révèlent ces soucis indirectement. Les Français savent que le monde est de­venu plus instable, plus compé­titif et plus dangereux. Ils ont conscience qu'il faut à la tête du pays un chef d'État, qui non seulement connaît le monde, mais qui saura porter un jugement pertinent sur ses évolutions et saura mener une politique équi­librée. Lorsque les sondages indiquent que Ségolène Royal apparaît « peu expérimentée » dans le domaine international ou que Ni­­colas Sarkozy est « trop nerveux », ils révèlent, chez les électeurs, la crainte que dans des mo­ments de crise, il ou elle ne saura pas donner confiance aux citoyens.

Une « gaffe » sur une question internationale est vite pardonnée. Mais une succession de déclarations trahissant une maîtrise fragile des problèmes internationaux peut ébranler. Ségolène Royal sera probablement obli­gée de déployer des efforts considérables pour persuader les citoyens quelle possède les qualités de leadership pour représenter le pays, après ses propos sur le Moyen-Orient, la Chine, le Québec et l'Amérique.

Pour une majorité d'électeurs, reste une ques­tion : est-il, est-elle un leader à qui on pourra faire confiance en temps de crise ?

Les dirigeants, ceux d'un pays comme ceux d'une entreprise ou d'une institution, sont toujours jugés à l'aune de leurs réactions aux crises. Les périodes de routine ne permettent pas de faire la part entre les responsables compétents et les leaders « au-dessus du lot ». Les électeurs attendent une capacité de calme et de fermeté dans des périodes de crise. Aborder les problèmes internationaux a donc deux objectifs : rassurer sur leur capacité à diriger, préparer aux événements qui peuvent suivre les élections.

Il existe un troisième objectif : une rupture (même « douce ») avec le gaullisme est devenue inéluctable. Peut-on continuer éternellement à utiliser, ou pour citer Édouard Balladur, à abuser du nom et de la politique du général de Gaulle ? Les de Gaulle minia­tures, qui ont aveuglément adopté des postures « gaulliennes », n'ont pas toujours servi le pays en Eu­rope, au Moyen-Orient ou aux États-Unis. Car le monde d'au­jour­­d'hui n'a pas grand-chose à voir avec le monde des années 1960. Et pourtant les politiques français et leurs « experts » n'ont guère évolué dans leur approche du monde.

Les résultats sont plus que minces. Paradoxe : plus les dirigeants croyaient être fidèles au général, plus ils ont réussi à réduire le rôle et l'influence de la France au sein de l'Union européenne et sur la scène internationale. Le nouveau président, ou présidente, devra donc opérer un changement qui mette la France plus en harmonie avec le monde tel qu'il est devenu.

Angela Merkel n'avait pas sur les épaules le poids historique d'un de Gaulle. Elle a su profiter de cette liberté pour renforcer le rôle de l'Allemagne et dans l'Union européenne et dans les relations transatlan­tiques. En peu de temps, elle a réussi à faire de l'Allemagne un pays respecté en Europe et déterminé à faire avancer le projet européen. Est-il normal que l'Alle­magne devienne à elle seule le moteur de l'Europe ? Merkel a réussi à imposer que l'Allemagne devienne l'interlocutrice en Eu­rope et l'interlocutrice de l'Europe auprès des États-Unis sans qu'on puisse l'accuser d'être la potiche des Américains. En un mot, l'Allemagne est devenue la chance d'avenir de l'Europe

Merkel, contrairement aux di­­ri­geants français, ne s'est pas contentée d'être réactive, ni en politique intérieure ni en politique étrangère. Elle a pris des ­initiatives qui ne se contentaient pas de manifester une opposition mais essayaient d'avoir un impact positif. Deuxièmement, elle a cher­­ché à aller au-delà des gesticulations et de la fausse grandeur. Son prag­matisme a abouti a des bénéfices tangibles pour son pays.

Tous les vides créés par d'au­tres et surtout par la France ont été comblés par l'Allemagne. La France va-t-elle continuer à céder sa place aux autres sur la scène internationale ? Va-t-elle n'a­voir rien de plus que son siège permanent au conseil de sécurité de l'ONU ?

La France mérite mieux.

Les candidats à la présidence doivent d'abord comprendre les Français. Ces derniers ne demandent pas qu'on les berce. Ils veulent être sûrs que leur président comprendra le monde et défendra leurs intérêts. Ils en ont assez des hommes qui les flattaient en mimant le général qui d'ailleurs, en fin politique qu'il était, ne serait sans doute pas resté gaulliste dans le monde d'aujour­d'hui.

Ezra Suleiman
Le Figaro, 14 février 2007

01 février 2007

Patrick Bruel : la chanson "censurée" sur les ondes françaises

Couverture du disque "Des souvenirs Devant"

Patrick Bruel est sans doutes l’une des personnalités les plus populaires du « box office » national. Acteur aux multiples personnalités, révélé par Alexandre Arcady (comme lui originaire d’Algérie) et dans les films ayant immortalisé la « saga pied-noir », il s’est ensuite imposé par sa voix au timbre éraillé et par la sensibilité de ses chansons. Invité principal ou associé des plus populaires émissions de télévision, sa sensibilité de gauche et son soutien aux causes « bien vues » - comme l’antiracisme ou la Paix au Proche-Orient - ont toujours été salués sans réticences. Seul « couac », d’un mauvais goût à la hauteur de son auteur, la sortie de Le Pen, furieux de l’engagement du chanteur, et qui - en digne héritier de l’extrême droite antisémite des années noires - su rappeler son patronyme en apostrophant « Monsieur Benguigui » ...

Mais il y a aussi une « ligne jaune », d’autant plus redoutable qu’elle est transparente, et qui lorsqu’on la franchit, fait jouer une étrange « omerta » : dénoncer la barbarie sanguinaire des attentats contre les civils, que ces derniers soient américains, israéliens (comme cette semaine à Eilat), arabes ou de toutes les origines ou religions. Là, Bruel n’est plus « in », dans une France où de savants commentateurs expliquent quotidiennement et benoîtement que « les Musulmans se sentent humiliés », que « l’injustice génère la violence », que « les Arabes sont très malheureux », et que « on n’approuve pas bien sûr mais on peut comprendre ».

Dans son dernier disque « Des souvenirs devant », le chanteur a consacré une chanson à ce sujet, « Adieu » à lire comme un jeu de mots : « adieu » à tous les innocents massacrés par les fanatiques islamistes, à Netanya comme à Madrid ou à New York ; « à Dieu » qui se tait et au nom de qui ces horreurs sont accomplies. On n'entend pratiquement jamais cette chanson sur les ondes françaises. Pour répondre à ce scandale, à mon modeste niveau, j’en ai reproduis ci-dessous les paroles - en pensant, fortement, au spectre du terrorisme revenu en Israël cette semaine.


J.C
 

 Elle vient de partir de chez elle

Un croissant, un éclat de rire
Son mari lui dit qu'elle est belle
Mais dans une heure elle va mourir
Elle n'a pas choisi son destin
Juste là au mauvais moment
Puisqu'il fallait prendre ce train
Et Madrid pleure ses enfants

Adieu
Nous sommes tous dans le noir
Si tu n'existes pas
Au moins fait le savoir
Adieu
Je n'ai plus de questions
Mes yeux sont abîmés
Mon cœur perd la raison

Sa femme attend une deuxième fille
Elle jure qu'elle n'en aura pas plus
Il touche son ventre, les yeux qui brillent
Pourquoi juste à cet arrêt de bus ?
Pourquoi ce type est si couvert ?
Il fait si chaud à Netanya
Le sang se mélange à la terre
Et le monde reste sans voix

Adieu
Nous sommes tous dans le noir
Si tu n'existes plus
Au moins fait le savoir
Adieu
Je n'entends plus l'Histoire
Mes yeux sont fatigués
Mon cœur perd la mémoire

9h16, il est en retard
Comme à peu de chose près tous les jours
Mais aujourd'hui il est trop tard
Il ne montera pas dans la tour
Il voit des cris courir vers lui
Il croise des yeux qui hurlent de peur
Pourquoi ces larmes, pourquoi pas lui ?
Et cette poussière à vie dans le cœur

Adieu
Nous sommes tous dans le noir
Si tu n'existes pas
Au moins fait le savoir
Adieu
Il y a tant de questions
Mes yeux sont épuisés
Mon cœur perd la raison
Adieu
Nous sommes tous dans le noir
Si tu n'existes plus
Au moins fait le savoir
Adieu
Ils se réclament de toi
Dis-leur que ce n'est pas toi
Qui a voulu tout ça