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05 janvier 2012

Madame Le Pen, Israël et les Juifs de France


 Marine Le Pen et son père
(photo Miguel Medina, AFP)
Introduction :
Un éditorial de Gérard Akoun qui date de quelques semaines, mais qui reste bien sûr d'actualité ... d'autant plus que ce sujet sera au menu de ma prochaine émission !
J.C

Louis Aliot, numéro deux du Front National et compagnon de Madame Le Pen se trouvait, à titre privé, en Israël ces derniers jours. Il  répondait, a-t-il dit, à l’invitation de personnalités israéliennes francophones ou non qui partagent un certain nombre des idées du Front concernant l’immigration et la menace islamique, à l’égard des Juifs, en Israël comme en France. Il était accompagné par Michel Thooris dont il devait annoncer la candidature aux prochaines  élections législatives, dans la huitième circonscription des français à l’étranger, qui comprend Israël et dans laquelle  le vote des juifs français sera déterminant. Ce candidat, conseiller de Mme Le Pen pour les problèmes de sécurité, a la particularité d’être  lui-même juif - ce qui je l’espère n’est pas très fréquent au Front National - et affirme partager les idées du parti d’Avigdor  Lieberman, "Israël Beitenou". Ni l’un ni l’autre n’ont, semble t-il, rencontré d’officiels israéliens, mais  Louis Aliot s’est  rendu en Israël pour nouer des contacts, pour enfin réaliser le souhait de Mme Le Pen : y être reçue officiellement. La Présidente du FN sait pertinemment que si son parti veut progresser dans l’opinion française, il doit, impérativement, se débarrasser de l’étiquette infamante de parti antisémite, qui lui colle à la peau. Elle est déjà créditée de 19 ou 20% d’opinions favorables, mais il lui faut dépasser ces taux si elle veut satisfaire ses ambitions. 

Contrairement à son père, elle veut exercer le pouvoir et ne pas seulement jouer le rôle de trublion de la République. Lui se serait contenté d’un score aussi élevé, mais pas elle ! Elle est  bien plus dangereuse : elle a peaufiné son image, elle s’est construite un programme économique qui en ces temps de crise financière, crise de l’euro, crise de l’Europe peut attirer les voix de ceux que la droite et la gauche ont déçus. Elle a revêtu d’habits neufs  ce qui fait le fond de commerce de l’extrême droite, le racisme, la xénophobie, la préférence nationale ; elle ne tient pas de propos antisémites  mais elle  rejette, du bout des lèvres, les propos scandaleux de son père, quand elle est interrogée sur la Shoah ou sur le "détail". 

Son compagnon interviewé, par Guysen, reconnait "qu’il y a pu avoir des ambigüités dans les déclarations de J.M Le Pen mais qu’importe", et il ajoute : "la communauté juive en France c’est 600.000 personnes, la communauté musulmane c’est plusieurs millions….   Il y a donc un combat commun à mener aujourd’hui, pour défendre le judéo-christianisme contre l’islam". Mais ce discours, heureusement, ne passe pas dans la majorité des organisations  juives en France, il est même combattu, et ces organisations dont le CRIF, sont à la pointe du combat pour détourner les Juifs d’un vote suicidaire. Le Front National use de deux méthodes pour gagner un vote juif qui lui permettrait de se débarrasser de son image de parti d’extrême droite : la première, en  minimisant  le rôle du CRIF, sa représentativité au sein de la communauté juive, en jouant la base, "le petit peuple", je cite Louis Aliot, "les Juifs de banlieues qui souffrent de l’islamisme radical et de l’insécurité"  contre les élites qui vivent dans les beaux quartiers ; la seconde, sachant que  le CRIF et d’autres organisations ont,  pour habitude, de s’aligner systématiquement sur les positions prises par les Israéliens, Mme Le Pen essaie d’obtenir un billet d’entrée au sein de la communauté juive en se faisant recevoir officiellement en Israël. Quel meilleur brevet de démocratie pour effacer aux yeux des juifs de France mais aussi des non juifs, les accusations d’antisémitisme : si Israël me reçoit je suis "cachère", et vous pouvez donc voter pour moi.

Il ne faudrait pas que les responsables israéliens se laissent séduire par les bonnes paroles de Mme Le Pen, son parti est toujours  antisémite et négationniste ; qu’ils n’oublient pas que  Jean Marie Le Pen, qui reste Président honoraire du Front National, a soutenu Saddam Hussein, le droit pour l’Iran de se doter de l’arme atomique et plus récemment  Kadhafi et  Bachar el Assad. La maison Le Pen a rajeuni, les peintures ont été refaites, la vitrine est plus attrayante mais, le socle idéologique, racisme et  xénophobie, est resté identique, la cible première en est, aujourd’hui, les arabes mais il ne faut pas trop gratter le nouveau vernis, pour retrouver celle des juifs.

Gérard Akoun    
Judaïques FM, le 15 décembre 2011