Notre radio

Notre radio

15 janvier 2012

Pour le chef du Mossad, la menace nucléaire iranienne n'est pas forcément existentielle pour Israël

Tamir Pardo


La traduction originale

- janvier 2012
 
Tamir Pardo a dit qu'Israël utilise divers moyens pour déjouer le programme nucléaire iranien, mais que même si l'Iran acquiert l'arme nucléaire, cela ne signifiera pas la destruction d'Israël.

Un Iran nucléaire ne constituerait pas nécessairement une menace pour la pérennité d'Israël, a laissé entendre le chef du Mossad, Tamir Pardo, en début de semaine.


Ce mardi soir, Pardo s'est adressé à un auditoire d'environ 100 ambassadeurs israéliens. Selon trois ambassadeurs présents à la séance d'information, le chef du renseignement a déclaré qu'Israël a utilisé divers moyens pour déjouer le programme nucléaire iranien et continuerait à le faire, mais si l'Iran obtenait l'arme nucléaire, cela ne signifierait pas la destruction de l’État d'Israël .
"Quelle est la signification de la menace existentielle à terme ?" a dit Pardo d'après des ambassadeurs présents, avant de demander : «Est-ce que l'Iran constitue une menace pour Israël? Absolument. Mais si l'on dit qu'une bombe nucléaire dans les mains iraniennes serait une menace existentielle, cela signifierait que nous aurions à fermer boutique et à plier bagages. Ce n'est pas la situation. Le terme "menace existentielle" est utilisé trop librement. "

Les ambassadeurs présents ont déclaré que Pardo n'avait fait aucun commentaire sur la possibilité d'un assaut militaire israélien sur l'Iran.

"Mais ce qui était clairement impliqué par ses remarques, c'est qu'il ne pense pas qu'un Iran nucléaire serait une menace existentielle pour Israël", a dit l'un des diplomates.

Les remarques de Pardo ont suivi un débat public animé ces derniers mois sur une possible attaque israélienne contre les installations nucléaires iraniennes. Une des figures au centre de ce débat public a été le prédécesseur de Pardo à la tête du Mossad, Meir Dagan. Dagan a fait valoir qu'Israël ne doit recourir à la force militaire que "lorsqu'il aura le couteau sur sa gorge et commençant à le découper dans sa chair." Il a également critiqué le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Ehud Barak, ministre de la défense, les accusant de pousser à une attaque israélienne sur l'Iran, en avertissant que tel assaut aurait des conséquences désastreuses.

Au cours des dernières années, M. Netanyahu a défini un Iran nucléaire comme une menace existentielle pour Israël. Le Premier ministre a même comparé le président iranien Mahmoud Ahmadinejad à Adolf Hitler, et fait valoir que l'Iran devrait être traité comme l'Allemagne nazie aurait du être traitée en 1938, juste avant la Seconde Guerre mondiale. En revanche, Barak a déclaré en avril 2010 que l'Iran «ne constituait pas une menace existentielle pour l'instant", mais a averti qu'il pourrait le devenir à l'avenir.

Dans le cabinet, Netanyahu et Barak ont ​​été les principaux promoteurs d'une frappe préventive sur les installations nucléaires de l'Iran. Jusqu'ici, cependant, ils n'ont pas réussi à convaincre une majorité pour appuyer leur position ni du forum des huit principaux ministres, ni du sous-cabinet pour la défense et la diplomatie.

Parmi les dernières nouvelles, le site "Daily Beast" a rapporté hier un aspect du différend entre Israël et les États-Unis sur la question nucléaire iranienne. Il a déclaré que Washington et Jérusalem en sont à discuter sur les «lignes rouges» pour le projet nucléaire de l'Iran qui, une fois franchies, justifieraient une frappe préventive sur ses installations.

Le reporter du site sur les questions de défense, Eli Lake, a écrit que l'ambassadeur d'Israël à Washington, Michael Oren, a déposé une protestation officielle auprès de l'administration américaine après un discours il y a quelques semaines par le Secrétaire à la Défense, Léon Panetta, devant le Forum Saban, au cours duquel le chef de la défense américaine a mis en garde contre les conséquences d'une attaque sur l'Iran. Le "Daily Beast" a rapporté que les remarques de Panetta ont exaspéré le gouvernement d'Israël, et que Oren a été chargé d'envoyer une protestation.

Un peu plus tard, la Maison Blanche a transmis un message de réconfort à Israël, disant que si l'administration Obama a ses propres lignes rouges pour attaquer l'Iran, il n'y a donc aucune nécessité pour Israël d'agir unilatéralement. La réaction israélienne a également été suivie par un changement dans la rhétorique Panetta : dans une interview à la chaîne de télévision américaine CBS, Panetta a déclaré les États-Unis n'excluraient aucune option sur la table pour empêcher l'Iran d'obtenir des armes nucléaires.

Le nœud du désaccord entre les deux pays tourne autour de la question de savoir dans quelle mesure l'Iran a réussi à développer des sites clandestins d'enrichissement d'uranium. En conséquence, Israël et les États-Unis auront des difficultés pour définir en commun les "lignes rouges".
Patrick Clawson, de l'Institut du "Washington Institute for Near East Policy", a déclaré au site "The Daily Beast" que "si l'Iran est démasqué en train de faire une percée vers l'arme nucléaire, alors les conseillers du Président sont fermement persuadés qu'il allait autoriser l'usage de la force militaire pour l'arrêter. " Toutefois, a-t-il ajouté, "quand l'occasion arrivera, nous ne savons pas comment le président va réagir."
 
Barak Ravid,
Haaretz, le 29 décembre 2011

Traduction Jean Corcos