Notre radio

Notre radio

31 janvier 2007

Quelques signaux positifs pour ne pas désespérer complètement ...

Au risque de radoter (sur ce blog ou au micro), je rappellerais ici la ligne d’honnêteté intellectuelle qui me sert de balise : essayer de ne taire à propos du monde musulman aucunes nouvelles, ni celles qui révulsent, ni celles qui réchauffent le cœur.
« Essayer » bien sûr, car à raison de 25 minutes d’émission tous les quinze jours et de quelques articles par semaine, rédigés ou repris ici, il n’est pas possible de rendre compte de façon exhaustive de tout ce qui concerne un univers de plus de 50 états et de plus d'un milliard d’habitants ... 

Prenons juste un exemple : je n’ai pas parlé encore de l’assassinat du journaliste turc d’origine arménienne Hrant Dink (lire sur le site de RFI). Il y aurait pourtant matière à profonde réflexion, sur la thématique inépuisable du verre d’eau à moitié vide : faut-il se dire que la Turquie n’est vraiment pas mure pour respecter les minorités, et donc indigne de rejoindre un jour l’Union Européenne ? C’est l’avis de l’expert Alexandre Del Valle, plusieurs fois mon invité, qui a consacré un article bouleversant à ce courageux militant de la mémoire du génocide arménien, qu’il connaissait bien (lire sur son site "Un martyr de la démocratie turque : l'arménien Hrant Dink"). Mais on peut se dire aussi qu’une foule de 50 à 100.000 Turcs de toutes confessions, a accompagné son enterrement, et que la presse turque a exprimé son écœurement devant le meurtre - on aurait donc, ici, un vrai signe positif venu des parties les plus éclairées d’un grand pays musulman.

Deuxième élément encourageant, la présence la semaine dernière (comme c’est d’ailleurs régulièrement le cas) de plusieurs ambassadeurs de pays musulmans au dîner annuel du CRIF. Aux représentants du Maroc, de la Tunisie, de l’Égypte et de la Jordanie s’était joint, pour la première fois, l’ambassadeur du Pakistan ! Toujours à propos du CRIF, un évènement qui n'est pas tout à fait une première : la visite du nouvel Ambassadeur d'Israël à Paris à la Grande Mosquée de Paris. Je reproduis ci-dessous le communiqué publié sur le site du CRIF:
"L’Ambassadeur d’Israël en France, Daniel Shek, a rendu visite le 23 janvier dernier au Recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur. Cette première rencontre s’inscrit dans le cadre d’une série destinée à renforcer la collaboration et le dialogue entre les différentes communautés en France et en Israël, et en particulier avec la communauté musulmane. Au cours de leur entretien, en présence du Président de la Commission des Relations avec les Musulmans du CRIF, Bernard Kanovitch, l’Ambassadeur d’Israël et le Recteur de la Mosquée de Paris ont souligné l’importance qu’ils attachent au dialogue interreligieux. « C’est dans un esprit de dialogue et d’amitié entre Israël et la France que je tiens à aller à la rencontre de toutes les communautés » a insisté l’Ambassadeur d’Israël. Ensemble, l’Ambassadeur d’Israël et le Recteur de la Mosquée de Paris ont exprimé leurs vœux de voir bientôt la paix s’installer dans la région du Proche-Orient."

Troisième évènement positif, le vote à l’unanimité par l’Assemblée Générale des Nations Unies, d’une résolution condamnant la négation de la Shoah (lire en lien l'article sur le Haaretz). Vote unanime ... à l’exception de l’Iran, isolé et ridiculisé. Ah, comme il y a des journées fastes ! Imaginer la fureur de ces ordures fanatiques et antisémites qui ont organisé la soit disant « conférence internationale » négationniste de Téhéran des 11 et 12 décembre dernier, les voir « mouchés » ainsi par la Communauté internationale, comme cela fait du bien ! Mais le plus important vient sans doutes du ralliement silencieux du reste du monde musulman aux nations civilisées : malgré des décennies de négationnisme plus ou moins ouvert dans la plupart de ces pays, leurs représentants ont jugé nécessaire de prendre leurs distances avec le petit Hitler iranien. Dont acte !

Autre preuve qu’il existe d’autres voix chez les Musulmans que celles de la haine et du fanatisme, et même s’il ne faut pas s’illusionner sur leur impact actuel, cette excellente compilation d’émissions télévisées produite par l’irremplaçable « memri » (cliquer sur le lien) : du poète Adonis à la « pasionaria » Wafa Sultan en passant par l’écrivain tunisien Moncef Al Marzouki, ce sont 14 intellectuels qui plaident pour l’entrée de leurs sociétés dans la modernité - un régal !
Pour suivre les différentes interventions : surligner l’invité choisi en déplaçant la souris ; puis, placer la souris en dehors de l’écran, l’enregistrement vidéo apparaît. Documents en langue arabe, sous-titrages en anglais.

Enfin, l'infatigable Shimon Peres continue à 83 ans de chausser ses bottes de sept lieues pour prêcher la bonne parole de la Paix : ce lundi, il s'est envolé pour le Qatar, où Israël maintient une mission diplomatique "low profile" malgré les années d'Intifada. Sa dernière visite remontait à ... 1996, alors que l'on croyait encore au processus d'Oslo.

J.C

30 janvier 2007

Eric Laurent reçu à mon émission : du pétrole au menu !

Eric Laurent (à droite) et Jean Corcos
dans le studio de Judaïques FM, le 29 janvier 2007


J'ai eu l'honneur et le plaisir de recevoir hier soir, pour la première fois à "Rencontre", le journaliste et grand reporter Eric Laurent, qui a publié plusieurs ouvrages sur le Moyen-Orient et sur le monde féroce du pétrole. De pétrole, il fut largement question dans cet enregistrement que vous entendrez prochainement ... rendez-vous la semaine prochaine pour la présentation de cette passionnante émission !

J.C

29 janvier 2007

Même lorsque les Palestiniens s’entretuent, ils trouvent le moyen d’assassiner des Israéliens innocents (Avi Pazner)

Ce commentaire d’Avi Pazner, porte-parole du gouvernement de Jérusalem, constitue - hélas ! - le meilleur titre pour commenter l’actualité de ce matin à Eilat : trois civils assassinés dans un attentat suicide, plusieurs grièvement blessés ; et cela, alors qu’un début de guerre civile a embrasé Gaza (30 tués en un week-end), avec étrangement les mêmes acteurs ; les « Brigades des martyrs Al Aksa » (branche armée des « laïcs » du Fatah) affrontent les « islamistes » du Hamas ; mais les mêmes « laïcs » ou « islamistes » (à ceci près que cette fois, c’est le redoutable et clandestin « Djihad islamique » qui revendique l’attentat) se disputent donc « l’honneur » d’avoir tué des Israéliens ... tandis que le gouvernement du Hamas, une fois de plus, vient approuver la boucherie.
Tant de guillemets en une dizaine de lignes ne doivent pas camoufler l’essentiel. Les deux tendances qui s’affrontent à Gaza reproduisent, en miniature et en gros, les deux camps qui se concurrencent de plus en plus nettement dans le monde arabe au Proche-Orient, celui des « nationalistes arabes » majoritairement sunnites, et celui des « islamistes transnationaux », majoritairement chiites et sous l’orbite de l’Iran - même si, et là est le paradoxe, le Hamas est l’émanation palestinienne des « frères musulmans » sunnites. Mais sur le fond, ni l’un, ni l’autre de ces camps n’a intégré l’acceptation d’un État juif indépendant dans la région ... et les attentats vont continuer, seuls des moyens sécuritaires (défensifs ou offensifs) permettant de les réduire à un niveau supportable. Pour mémoire, le dernier attentat suicide en Israël remonte à avril 2006, à Tel Aviv.

Découvrir ou redécouvrir sur le blog, à propos de cet avant-dernier attentat, le magnifique article d’un journaliste arabe, Nazir Majali - affaire de démontrer que tout le monde n’est pas fier de telles actions dans le camp d’en face (lire ici)

J.C

28 janvier 2007

Bravo, Michel Platini !

Séville, 27 décembre 2006 :
de gauche à droite, Jibril Rajoub, Michel Platini et Shimon Peres

Michel Platini, élu Président de l'UEFA !

Tel est le titre de l’article en lien, qui relate l’élection de ce « très grand » du football français, à l’issue d’un scrutin qui fut particulièrement serré.

Au-delà de la fierté partagée avec tous les Français pour cette consécration ; au-delà du bonheur de voir (c’est bien rare) un très grand sportif réussir parfaitement la longue et redoutable seconde partie de sa vie professionnelle ; il me revient une autre image, celle-là récente et que j’ai choisie pour lui rendre hommage : c’était à Séville, entre Noël et Jour de l’An. Poursuivant imperturbablement son calendrier de manifestations - même si aucun dialogue politique de fond n’a pu reprendre et malgré la violence sur le terrain -, le « Centre Shimon Peres pour la Paix au Proche Orient » a organisé un match de football bien particulier à Séville : une équipe mixte, israélo-palestinienne, a affronté une sélection espagnole (qui devait triompher par 3 buts à 1). Souriants sur la photo, Michel Platini qui devait présider ce match pas comme les autres ; Jibril Rajoub, conseiller de Mahmoud Abbas, le Président de l’Autorité Palestinienne ; et Shimon Peres, Vice Premier Ministre israélien.

Et puis, je publie avec plaisir cette photo, un peu pour oublier d’autres matchs de football, ceux-là qui ont fait sombrer un peu plus l’amitié entre la France et Israël : celui entre l’Hapoel Tel Aviv et le PSG joué à Paris il y a quelques mois, qui finit tragiquement et où un jeune supporter juif faillit être lynché par les petites frappes néo-nazis de la tribune « Boulogne » ; et, plus loin dans le temps, le match disputé à Ramat Gan par l’équipe de France, où Barthes, gardien de but vedette, avait dit (avec tellement de doigté !) qu’il n’était pas du tout, mais vraiment pas du tout heureux de venir jouer en Israël ... le sourire de Platini à Séville répond magnifiquement à ce trouillard tricolore !

J.C

26 janvier 2007

Bush peut-il réussir au Moyen-Orient ? par Alexandre Adler

Introduction :
La pensée d'Alexandre Adler est parfois déroutante, souvent séduisante. A force de lire ses chroniques du "Figaro" (et celle du 13 janvier que je reproduis ici en est une belle illustration), je suis convaincu qu'il possède des dons rares parmi ses confrères : celui de prendre de la hauteur, en considérant une situation géopolitique dans toutes ses dimensions, géographique, économique, militaire ou idéologique ; et celui de révéler, parmi les acteurs, des clivages oubliés ou peu mis en valeur, et qui pourront expliquer des comportements inimaginables. A partir de là, tout devient possible, y compris des excès d'imagination ou des virages sur l'aile : ainsi le même Adler qui faisait partie des opposants résolus à la guerre en Irak soutient aujourd'hui le nouveau "plan Bush", qui vient de rejeter fermement les "recommandations" de la commission Baker-Hamilton. Soyons donc aussi complexe et analytique que cet illustre modèle, que j'espère avoir à nouveau comme invité ... Oui, la capitulation sans conditions préconisée par Baker était un désastre, et on espère que "Bush 2 nouvelle formule" pourra s'en passer. Mais non, la croyance en un fort courant "modéré" dans la République Islamique d'Iran est - probablement - un miroir aux alouettes. A vous de juger !
J.C

En ce début de 2007, on ne trouvera pas grand monde pour miser sur la réussite de George Bush au Moyen-Orient. Comme tout accusé, il a droit à une défense. Je vais essayer de montrer comment l'Amérique pourrait in extremis se sortir du bourbier actuel. Il faut, avant d'entrer dans les détails, rappeler deux évidences contradictoires : la première, que, de toutes les manières, l'ambition proclamée de transformer l'Irak en une vitrine démocratique du Moyen-Orient n'avait aucun sens ; la seconde, que l'explosion du conflit sunnite-chiite en Irak n'est pas en elle-même un échec des États-Unis, ou même de George Bush. Cette guerre civile à base religieuse n'avait été prédite dans son ampleur et sa barbarie par personne, et peu des acteurs de la région ne la souhaitaient véritablement. Il s'agit d'un processus et non d'un complot, qui ne fait les affaires ni des extrémistes ni des modérés, aussi bien en Iran qu'en Arabie saoudite.

Ces deux préalables étant énoncés, on peut envisager comment l'Amérique peut encore se sortir de ce piège qui se referme peu à peu sur sa politique moyen-orientale. À l'évidence, l'Amérique ne conserve qu'une carte dans son jeu, mais elle est forte : le gouvernement chiite de Bagdad. En effet, le maintien de ce gouvernement au pouvoir dépend de la présence américaine à Bagdad. Faute de ce facteur américain, la guerre civile pourra tourner au bain de sang, avec des sunnites qui ont eu l'habitude de constituer la seule élite militaire et policière du pays. Malgré une supériorité numérique évidente, les chiites peuvent être battus et le bain de sang s'étendre. Or aucun des voisins de l'Irak ne peut tirer profit d'une telle situation.

L'Iran, bien sûr, qui devrait alors intervenir militairement au profit des chiites irakiens menacés et qui perdrait ce jour-là toutes les sympathies patiemment emmagasinées dans le monde arabe, en raison de sa fermeté en matière nucléaire qui plaît à la rue antiaméricaine. Pire encore, il y a de grandes chances pour qu'une armée iranienne d'invasion s'enlise plus gravement encore que l'armée américaine aujourd'hui, provoquant l'isolement et l'affaiblissement à terme du régime de Téhéran. Il va de soi que la Turquie, qui souhaite toujours faire partie de l'Europe, ne peut envisager un seul instant davantage que des opérations de police très limitées dans le temps et dans l'espace, en territoire irakien. Si la Syrie soutient activement le djihad sunnite en Irak, en grande partie pour acheter sa sécurité face à ses propres islamistes sunnites, il est évident que l'émergence d'un quasi-État sunnite et intégriste sur sa frontière de l'Est ne pourrait aboutir à terme qu'à un renforcement dramatique de la composante sunnite intégriste à Damas. Quant à l'Arabie saoudite, son actuelle direction modérée aurait tout à perdre à se fourvoyer dans une intervention directe au profit des sunnites irakiens qui ne pourraient que radicaliser son opinion publique.

Dans ces conditions, comme tout le monde l'aura constaté, pas un État de la région n'élève la voix contre la décision de George Bush d'envoyer 20 000 hommes supplémentaires, les protestations véritables et sincères se bornant pour l'instant à l'opinion américaine. Que peut donc faire le président Bush d'un tel mandat de gestion conditionnel et limité dans le temps ? Il peut sauver, dans la meilleure des hypothèses, l'unité de l'État irakien et, ce faisant, s'acquérir la reconnaissance de deux types bien distincts de forces qui ont le même intérêt que lui à maintenir cette unité.

La première, et la plus évidente de ces forces, c'est le bloc sunnite modéré qui se groupe autour du roi d'Arabie et inclut la monarchie jordanienne, les orphelins de Hariri au Liban, le Fatah en Palestine et surtout cette minorité substantielle de sunnites arabes d'Irak d'école hanafite qui ne veulent pas être représentés sur le plan politique par le bloc des orphelins de Saddam Hussein et des sectateurs d'Oussama Ben Laden. Parmi eux, la puissante tribu des Shammar est établie sur les trois grands États de la région, Irak, Syrie et Arabie saoudite, et le roi Abdallah lui-même en fait partie par sa mère, tout comme en faisait partie le premier président provisoire du nouvel Irak, Ghazi Yawar. Tous ces sunnites modérés pourraient, avec des garanties sérieuses, accepter la nouvelle hégémonie kurde et chiite à Bagdad pour peu que les extrémistes chiites de Moqtada Sadr et ses coupe-jarrets de l'Armée du Mahdi soient mis au pas définitivement. Or il se trouve que, pour quelque temps encore, les modérés iraniens, qui procèdent calmement et systématiquement à l'encerclement politique de leur président énergumène Ahmadinejad, peuvent accepter tacitement l'écrasement des hommes de Sadr qui n'ont de rapport à Téhéran qu'avec l'extrême droite chancelante des hodjatieh.

Si, par l'usage d'une violence réparatrice contre les plus violents, les Américains agissent à présent non pas en missionnaires allumés d'une démocratie inexistante mais en brokers honnêtes des intérêts à long terme des modérés saoudiens et iraniens, ils peuvent encore se sortir d'Irak la tête haute. On aimerait voir le visage ébahi des critiques pacifistes qui, aujourd'hui, avec la présidente Nancy Pelosi, pensent avoir déjà le scalp de Bush et de Rice à portée de leur tomahawk.

Alexandre Adler,
"Le Figaro", 13 janvier 2007

24 janvier 2007

"Ch’ah, la gargoulette et les élections présidentielles", par André Nahum

Introduction :
J’ai souvent publié sur le blog des billets de mon ami André Nahum, qui a le rare talent de faire comprendre des analyses assez fines dans une langage clair et direct. Ce matin, il a lu un papier particulièrement savoureux, et bien dans la note « orientaliste » de mon émission et de ce site ... Nous avons eu droit en effet à une « histoire de Ch’ha », ce « bouffon mythique des bords de la Méditerranée » comme il le désigne fort justement ; et à partir de cette parabole, il nous a invité à nous méfier des promesses électorales, d’où qu’elles viennent !
Petite parenthèse avant de vous laisser le plaisir de lire ce billet. Hier soir se tenait le 22ème dîner annuel du CRIF, où l’invité d’honneur est traditionnellement le Premier Ministre. Quatre candidats à l’élection présidentielle y ont fait une apparition, plus ou moins prolongée (Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy, François Bayrou et Corinne Lepage) ! Et alors que j’évoquais - pour vous présenter le petit film mis en ligne hier - la présentation souvent déplorable d’Israël dans nos médias, il a été largement question dans les discours officiels de l’amitié retrouvée avec la France. Sans surprise, l’ombre des menaces génocidaires de l’Iran a aussi marqué le discours du Président du CRIF, Roger Cukierman, qui achève son dernier mandat cette année (lire sur le site du journal "Le Monde" et le texte complet sur le site du CRIF).
J.C

"Bonjour.

Cette fois la campagne électorale est bien commencée.

Chaque candidate ou candidat déclaré ou potentiel nous assure la main sur le cœur de sa sincérité et son désintéressement et nous promet des lendemains particulièrement lumineux. Tous ces hommes et ces femmes ne sont mus, bien sûr que par le désir d'améliorer notre destin. Comme dit l'autre, nous le valons bien.
Mais qui faut-il croire ? A qui peut-on faire le plus confiance ? Qui faut-il choisir ? C'est une autre question.
Sans rapport aucun avec les élections et les candidats, j'ai envie pour vous détendre un peu en ces temps plutôt moroses de vous raconter ce matin une des blagues les plus populaires de Ch'hâ, ce bouffon mythique des bords de la Méditerranée que l'on appelle aussi Djoha ou Jeha. Étant fort démuni, ce personnage remplit un jour une petite amphore, de bouse de vache qu'il recouvrit d'une couche de miel. Il la chargea sur son âne et parcourut les rues de la ville en criant : Ô toi qui achètes sans voir, je vends pour un dinar deux doigts de miel et le reste c'est des excréments.
Attirée par le prix particulièrement bas une dame trempa son doigt dans la gargoulette, trouva le miel bon et l' acheta . Rentrée à la maison, elle ne fut pas longue à réaliser que son miel n'était pas vraiment du miel, pour le moins qu'on puisse dire. Furieuse, alla se plaindre au juge du lieu, le cadi. Celui-ci fit amener Ch'hâ enchaîné entre deux gendarmes et le menaça de la prison pour avoir escroqué une cliente qu'il avait trompé sur la qualité de sa marchandise.
Prenant son air le plus innocent, Ch'hâ se défendit avec véhémence :
- Je n'ai jamais escroqué personne dit-il. J'ai bien prévenu cette dame que dans ce que je vendais il y avait seulement deux doigts de miel, le reste étant ce que vous savez.
- Est-ce exact demanda le magistrat à la plaignante ?
- Oui, répondit la dame, c'est tout à fait vrai. Il me l'avait dit.
- Et alors hurla le juge pourquoi avez-vous quand même acheté ?
- A vrai dire répliqua-t-elle en baissant les yeux, je ne l'ai pas cru. Je ne pouvais pas imaginer qu'il disait vrai et que sous deux doigts de miel il y avait cette matière horrible. Je pensais que c'était là un des tours dont il était coutumier.
- Dans ce cas déclara le cadi, voici mon jugement : Ch'hâ est innocent et sera immédiatement relâché et vous madame, êtes condamnée à cent dinars d'amende pour avoir dérangé sans raison la cour.

De cette histoire je retirerais deux morales :
Tout d'abord, lorsque quelqu'un vous annonce franchement que ce qu'il vous propose ne vaut rien et que vous n'en tenez pas compte parce que vous persistez à vous fier à l'apparence, vous ne devez vous prendre qu'à vous même. Ensuite si vous achetez du miel ou n'importe quoi d'autre, ne vous contentez pas d'un examen superficiel, mais assurez vous que la marchandise que l'on vous propose correspond bien à ce que vous en attendez. Pourquoi est-ce que je vous raconte cette édifiante histoire de Ch'hâ alors que je voulais vous parler des prochaines élections ? Je ne saurais vous le dire. Mais tout de même, avant d'arrêter votre choix sur un candidat ou une candidate, assurez vous que c'est bien du miel qu'il ou elle va vous apporter et pas seulement un leurre."

André Nahum

23 janvier 2007

Israël, la "success story" qui em... les antisémites !

Démission du Chef d'Etat Major suite aux "ratés" de la guerre du Liban, gouvernement impopulaire et scandales à la tête du pays ... les nouvelles ne sont pas très bonnes, alors que le pays se retrouve à un croisement dangereux de l'Histoire avec les menaces de l'Iran. Or Israël est une démocratie tout à fait transparente où les citoyens peuvent renverser les pouvoirs - et cela, sous les regards du monde et des médias internationaux, plutôt friands de mauvaises nouvelles en provenance de l'état juif, et beaucoup moins disant quand il s'agit de rendre compte de sa montée en puissance régulière.
Si 2006 n'a pas été une bonne année sur le plan politique, elle a été remarquable sur le plan de l'économie, avec une croissance de 4,8 % malgré la guerre, des exportations en forte hausse, une baisse du chômage, une inflation quasiment nulle et des investissements records (23 milliards de dollars, un chiffre extraordinaire pour un pays neuf fois moins peuplé que la France). Ces résultats ne doivent rien au hasard : avec un niveau culturel et éducatif qui n'a rien à envier à celui de notre Europe, et surtout un effort unique au monde en termes de recherche, Israël (surnommé le "Silicon Wadi" pour ses entreprises "High Tech") s'est placé dans le peloton de tête des gagnants de la mondialisation. Cela, on comprend que les antisémites de tout acabit le digèrent fort mal, et qu'ils préfèrent disserter sur les faiblesses du pays - qui bien sûr existent, à commencer par les fortes inégalités sociales. Comme Israël est mal vu ici, on peut également compter sur nos chaînes de télévision pour vous montrer des soupes populaires à Jérusalem, et ne jamais passer de reportages sur les laboratoires des multinationales qui ont poussé comme des champignons. En attendant, voyez pour changer ce petit film envoyé par "Ram Zenit" du blog ami PAF en lien permanent, où vous lirez (en anglais, hélas) un petit rappel sur les réalisations d'Israël, alternant avec de jolies vues touristiques. Pour celles et ceux qui l'ignorent, vous découvrirez ainsi que c'est dans ce minuscule pays, tellement décrié, tellement mal connu ici, qu'ont été mis au point plusieurs inventions qui ont changé leur vie quotidienne, du téléphone portable aux logiciels de leurs microordinateurs !
 
J.C

22 janvier 2007

Que peut faire l'Europe face à la République Islamique d'Iran ? Monique Atlan et Fabrice Chiche seront mes invités le 28 janvier


Mon émission essaie d’approfondir, sujet par sujet, parfois pays par pays, notre connaissance du monde musulman. A « Rencontre », nous avons reçu de nombreux experts ou témoins, en donnant la priorité à la réflexion sur l’émotion, et en ayant rarement le ton « militant » que l’on rencontre d’habitude sur la fréquence juive. 
L’émission du 28 janvier fera exception : en effet, la menace existentielle sur le peuple d’Israël avec l’hypothèque nucléaire, les prophéties lugubres de Mahmoud Ahmadinejad qui dit que l’état juif sera bientôt rayé de la carte, l’antisémitisme ignoble qui vient de s’étaler avec la pseudo conférence négationniste de Téhéran, bref tout cela fait que nous ressentons à tous les niveaux de la communauté juive une peur réelle et profonde. Pour répondre à cette peur, une seule question s’impose : « que faire ? ». C’est pourquoi j’ai invité deux personnalités qui ont déclenché une campagne de mobilisation auprès de l’opinion publique et de nos dirigeants : Monique Atlan est journaliste, et elle a été « la cheville ouvrière » de « l’Appel aux dirigeants européens » qui a démarré fin septembre ; Fabrice Chiche est le président du « Cercle » ; il a été le coordinateur d’un colloque sur la menace iranienne qui s’est tenu à Sciences Po le 14 décembre, colloque dont le blog a largement parlé ( cliquer ici, , et encore ici). Nous évoquerons cette soirée. Et puis, au-delà des pétitions et des déclarations d’intellectuels, nous réfléchirons ensemble aux moyens d’éviter le pire, alors que le Conseil de Sécurité de l’ONU vient enfin de voter des sanctions contre l’Iran. 

Plusieurs questions, tout à fait fondamentales et pour lesquelles il n’y a pas de réponses simples, se posent en effet : est-ce que nos sociétés européennes, qui vivent dans la Paix depuis plus de 60 ans, peuvent comprendre ce que sont la haine et la volonté génocidaire des islamistes iraniens ? Doit-on se dire, clairement, que si on ne va pas jusqu’au bout, y compris par une guerre préventive si les sanctions ne marchent pas, on aura une apocalypse nucléaire garantie ? Est-ce que la France, qui a massivement investi en Iran ces dix dernières années, peut exercer des pressions, ou est-ce que à l’inverse ce sont les Mollahs qui peuvent faire un chantage aux contrats ? Est-ce que des poursuites judiciaires pourraient être entreprises contre les dirigeants iraniens, par exemple contre le ministre des affaires étrangères Mottaki qui a présidé la « conférence » négationniste de Téhéran, ou contre le président iranien ? A entendre les « élites », ceux qui écrivent dans les médias, on a l’impression que tout est fait pour renverser le bon sens des Français, qui réalisent clairement la menace d’un Iran puissance nucléaire - et ce, en partie par hostilité vis-à-vis des États-Unis, en partie parce qu’il y a eu l’affaire irakienne des armes de destruction massive qui n’existaient pas : est-il possible de s’appuyer sur le cœur des gens pour gagner la bataille de l’opinion ?

J.C

21 janvier 2007

Carnets de Jordanie, 5 : retour ou "French Cancan"

Israël et la Mer Morte, vue depuis la Jordanie
(source pour la photo ici)

80% du territoire de la Jordanie est constitué par le désert. Car il est une constante dans les pays du Moyen-Orient, qui explique très certainement pourquoi les trois religions monothéistes naquirent dans la région : le désert, et tout ce qu’il dit à l’homme. En hébreu, les mots « désert » et « parler » s’écrivent en effet de la même manière (1). En Jordanie, comme partout ailleurs au Moyen-Orient, les hommes sont donc forgés par le désert - difficile école, mais école porteuse de sens.
On ne dira jamais assez combien la connaissance de la géographie est nécessaire pour comprendre les hommes. Les comprendre, c’est-à-dire comprendre leur culture, ses codes, ce que l’on pourrait appeler d’une manière très étendue leur langue. Car les hommes ne parlent pas tous le même langage ; les sociétés ne communiquent pas toutes en empruntant les même voies. Et où trouver la raison de ces différences sinon dans l’esprit des lieux, que les Anciens allèrent jusqu’à représenter par autant de dieux? Un Dieu pourtant devait finir par s’imposer, le Dieu qui se révéla dans le désert, le Dieu du buisson ardent, le seul Dieu rebelle à toute représentation matérielle. C’est ce Dieu là que l’on prie encore, aujourd’hui, dans le Moyen-Orient, dans les synagogues, les mosquées, et les églises. Et même si certains le prient également en Europe, ce serait une illusion que de croire qu’ils s’adressent à lui - où qu’Il leur parle - de la même façon : les hommes du désert ne sont pas les hommes de la profusion de la terre et de l’eau. Cette carence se retrouve d’ailleurs dans l’utilisation qu’ils font du discours : les mots ne sont pas le principal de la langue ; les raisonnements, les explications, ne sont pas toujours à prendre ... au mot. Parce que le Moyen-Orient a sa raison à lui, qui le rend incompréhensible - quand on ne le méprise pas tout simplement - à certains esprits remplis d’eux mêmes et de leur logique. Une méta-raison, en quelque sorte, qui ne se laisse pas saisir par tout le monde : les hommes du désert se sont protégés - peuples longtemps asservis à des dominations étrangères, ils ont posé un code sur leur porte, pour rester inintelligibles à toute oreille autre que la leur. Eux seuls peuvent se comprendre.

Le taxi roule sur la route qui part d’Amman pour arriver à la frontière du Pont Allenby. Le ciel est clair, bleu, très différent du brouillard mouillé qui nous avait accueillie. Et de la nuit. En sortant de la ville, les collines se font plus hautes, deviennent presque montagnes escarpées, avec des ravins desquels les conducteurs sont protégés par un petit muret. Pourtant, un camion - à moins qu’il ne s’agisse d’une voiture - est tombé : les morceaux de bétons jonchent la route, sur laquelle il faut zigzaguer lentement pour les éviter, tandis que des enfants, des voitures, sont agglutinés sur le côté. Ils regardent le véhicule qui a plongé dans le vide. Le chauffeur est-il mort ? Probable. Le véhicule, sous l’effet du choc, s’est-il incendié ? Pas sûr. Pour les moins curieux, ou les plus pressés, il ne leur reste plus qu’à imaginer la chute, les tonneaux, les projections, avant que le véhicule ne se soit immobilisé. Les murets semblent une bien dérisoire protection face à l’imprudence des hommes.
Amman est maintenant derrière. Entourée par des collines ocres et vertes. Ce qui apparaît devant, brutalement, c’est le désert : en Jordanie, comme en Israël, la nature, et le temps, ne connaissent pas les transitions. Paysages, couleurs, climats, Histoire, événements, tout ce qui est change par soubresauts. C’est que la terre et le cycle des choses sont trop étroits pour ne pas être économes : il n’y a point de place pour la lente maturation des hommes et des choses. Le taxi roule, et un homme est assis, près de la route, sur le pas de sa maison : c’est un vieux, il porte un keffieh à la manière saoudienne, et il regarde, légèrement courbé, les voitures qui passent devant sa porte. Celui-là a maintenant tout son temps : il a fait le tour de tout ce que l’on peut voir et aimer. Deux enfants, chacun sur un âne, cheminent en bavardant. Dans les collines ocres, comme des tout petits boutons, des tâches plus foncées bougent lentement : ce sont les chèvres, les chèvres noires et marrons, aux longues oreilles pendantes. Les virages se font plus souples, la terre est déjà aplanie, quelques villages, un champ de dromadaires, la pancarte indique la droite pour ceux qui cherchent la frontière. Allenby. Les frontières ont gardé la mémoire du mandat britannique.

Aujourd’hui, tout est très tranquille sur le pont Allenby. Les habituels embouteillages, les cortèges de véhiculent qui n’en finissent pas - aujourd’hui, rien de tout cela : le bus, où nous ne sommes que trois - un américano-jordanien et une australienne très australienne - roule rapidement. Par la fenêtre, quelques moutons. Depuis Amman, nous avons perdu de la hauteur pour arriver au niveau de la Mer Morte, au dessous du niveau de la mer. Cela se sent : il fait chaud. Alors tout d’un coup, les drapeaux changent. Au lieu du vert-noir-rouge-blanc, une simple étoile bleu ciel, flanquée de deux traits. Et puis ce sont les signes qui changent : si l’arabe ne disparaît pas, il est maintenant accompagné de petites lettres carrées. Les uniformes ne sont plus les mêmes. Seuls les hommes, le soleil et le ciel clair n’ont pas encore changé.
Quelques familles, des hommes seuls, tout le monde passe aux contrôles. Contrôles de papiers. Contrôles de bagages. Contrôles de visas. Contrôles personnels. Chacun doit entrer dans une espèce de portillon qui projette un souffle d'air, par plusieurs orifices, contre la personne. L’appareil prévient, de sa voix métallique : « projection ». Des hommes rigolent. D’autres font la tête. En tous les cas, personne ne sait ce que c’est. Une pancarte qui indique en arabe deux visages recherchés par la police : 10 000 dollars. Les deux hommes - à moins que ce ne soit le même, sous deux identités différentes - n’ont vraiment pas l’air sympa. Et puis encore des contrôles. Papiers. Visas. Papiers. Impossible de se tromper : nous sommes arrivés en Israël. Et en revenant en Israël, nous avons retrouvé la vieille bête, celle dont on ne veut plus entendre parler, mais que personne, cependant, ne peut se payer le luxe d’ignorer, et moins encore à une frontière : la guerre.
Une idée farfelue, où peut être une vision, qui semble toujours extravagante tant qu’elle n’arrive pas à réalisation : le Grand-Moyen Orient de Peres. Libre circulation des marchandises, libre circulation des hommes, libre circulation des idées, des volontés, des projets, tout cela dans une région en paix où les hommes se sont enfin entendus sur leur véritable intérêt. Plus personne ne songe à rayer de la carte les Juifs et Israël. Dans vingt ans ? Dans deux siècles ? Jamais ? On aurait fortement envie de poser la question à celles qui se sont auto-proclamées « grandes puissances ». Mais on connaît déjà la réponse. Reste ce jeune Jordanien, originaire de Palestine, qui termine ses études d’économie, avant de peut être partir pour l’Arabie Saoudite, auprès de membres de sa famille qui ont réussi. Avant de revenir en Jordanie, pour se marier. Reste ce père de famille musulman, qui refusait de rester assis en nous parlant, parce que cela était insultant pour moi, mais marquait aussi peut être une trop grande familiarité. Peu importe : quand on venait vers lui, il se levait, d’un bond, presque au garde-à-vous, pour nous parler. Reste ces deux jeunes filles voilées, à qui nous avions demandé notre chemin vers la Mosquée que nous souhaitions visiter, qui avaient insisté pour nous mettre elles même dans le taxi et discuter le prix. Dès fois que - mais cela n’arrive jamais ! - on se fasse rouler. Restent tous ces visages, toutes ses rencontres - de bonnes et de moins bonnes - reste ce dernier Jordanien que nous avons salué, en passant la frontière : « come back ! ». Oui, certainement, nous avons pensé : la Jordanie et les Jordaniens ne nous sont plus du tout étrangers. Mais quand viendras-tu en Israël que je puisse te rendre le bien que tu m’as fait, mon frère ? Dans vingt ans ? Dans deux siècles ? Jamais ?
Dans la Tradition Juive, il est deux peuples avec lesquels Israël ne peut conclure d’alliance : Ammon, Moab. Pourtant, des entrailles de Ruth, une Moabite, et de surcroît une convertie, devait sortir le roi David, figure messianique pour un Juif.« Et d’Ammon ? Qu’est-ce qui sortira d’Ammon ? »

Jérusalem s’étire de tout son long. On voit au loin la Mosquée, le Dôme, au pied duquel se tient le Mur du Temple. Des Églises, et puis des bâtiments modernes. C’est un sentiment délicieux que celui de rentrer chez soi. Surtout après ce qui devait apparaître, rétrospectivement, comme un long voyage. Celui d’Ulysse, d’Alice, tous les voyageurs ont le même visage et tous font le même voyage. Une sonnerie dans le taxi collectif. Pas une sonnerie, un french cancan téléphonique ! La petite musique française a trouvé le moyen de venir jusqu’ici. Le cancan parisien, avec ses farces et ses entourloupes, dans ce taxi. Comment ne pas rire ?
Quand le taxi insista pour que je descendis à cet endroit, je résistais dans un premier temps : il allait pas se débarrasser de moi comme ça ! Finalement, après un longue conversation en hébreu, où l’hébreu prit un accent arabe et un accent français, je descendis en pensant que le chauffeur avait certainement ses raisons : parfois, il faut laisser une place à l’inspiration de l’autre. Ce n’est qu’une fois descendue que je la vis, la porte : levant les yeux, elle était là, en pierres, animée, chahutée, bousculée comme une embarcation au milieu de la tempête, brinquebalée de tous les côtés, mais toujours là, comme si elle devait y rester pour l’éternité. La Porte de Damas. La Porte de Damas, devant moi, en plein Jérusalem. Les chauffeurs de bus de la place Abdali en aurait fait une drôle de tête !

Jérusalem, le treize janvier deux mille sept
Isabelle-Yaël Rose

Nota de Jean Corcos :
(1) En phonétique, le désert se dit "midbar", le verbe parler "ledaber". Les racines hébraïques étant les mêmes, le "midrash" (collection de proverbes tirés de la tradition religieuse) souligne, bien sûr, cette coïncidence qui n'en est pas une, la parole divine ayant été délivrée dans un désert (celui du Sinaï).

19 janvier 2007

Carnets de Jordanie, 4 : "l'Appel d'Amman", ou "le Chemin de Damas"

On se plaint souvent de l'ignorance historique des écoliers français. Pourtant, quelques dates résistent - ou semblent résister - au trou noir temporel que deviennent parfois leurs petites têtes. Parmi elles, l'Appel de Londres. Eh bien nos charmantes petites têtes blondes - et les moins blondes également - devront rajouter une nouvelle date qui deviendra fondamentale dans l'Histoire moderne du monde: "l'Appel d'Amman".

La gare routière du quartier Abdali est l'un des endroits les plus fantastiques de la ville. Entre les pots d'échappement des autobus - de toutes tailles et de toutes formes - des voitures, des taxis; des vendeurs ambulants font griller des cacahuètes, des pralines, des brochettes, le tout dégageant une fumée noire à l'odeur cependant alléchante. Beaucoup d'hommes, qui montent ou descendent des autobus arrivant ou partant pour le Liban, l'Arabie Saoudite, la Syrie. Toujours des hommes, qui apostrophent les passants pour les inviter à utiliser leur compagnie routière plutôt que l’autre.

Des dizaines de fois nous sommes passée, enchantée par tout ce tintamarre et une perspective géographique qui semblait ouverte. Semblait. Il arrive en effet que l'on se sente à l'étroit à l'intérieur des frontières - que l'on nous demande pourtant de rétrécir encore - du petit État d'Israël. Des dizaines de fois des messieurs nous ont approchée - très poliment - pour nous demander si nous étions intéressée à voyager. Toujours la même destination, car pas une fois on ne nous aura proposé autre chose : Damas. La grande Damas. Une fois, un homme nous accosta en nous expliquant qu'il lui manquait seulement un passager pour boucler : si nous avions la bonne grâce de nous sacrifier, l'autobus, qui n'attendait plus qu'une personne pour pouvoir démarrer, pourrait enfin partir, soulageant ainsi la dizaine de passagers qui attendaient entre les cacahuètes et les brochettes de poulet. Une autre fois, tandis que nous payons notre taxi, un autre nous ouvrit carrément la porte, prétendant nous embarquer directement dans son autobus qui partait incessamment pour la Syrie. A chaque fois, le même mot accueillait notre passage sur la grande place turbulente : Damascus, Damascus ! Nous finîmes par nous demander si les hommes n'étaient pas des Palestiniens déguisés qui avaient compris que nous étions israélienne : n'était-ce pas un piège pour nous tenter? Et nous liquider au passage de la frontière ! A la vérité, sans doute avaient-ils compris que nous ne rêvions que d'une chose : aller à Damas. C'était écrit sur notre tête.
Nous pensâmes plusieurs fois, excédée, leur répondre tout simplement, histoire de voir leur tête a eux:" Écoute, monsieur. Moi, je veux bien aller à Damas, et je veux même bien te payer dix fois le prix du voyage. Mais toi, peux-tu m'arranger le passage à la frontière, avec un passeport israélien, et un passeport français bourré de visas pour Israël ? " Nous contrôlâmes notre agacement: ils n'y étaient pour rien, les pauvres ! Ainsi la vie des petits est-elle parfois l'otage de l'Histoire et des calculs des Grands.

Nous-nous décidâmes, un beau matin, à taper haut. Nous étions-nous levée du pied gauche? Un songe nous avait-il visitée pour se jouer de notre conscience? L'idée : nous adresser directement aux autorités qui étaient effectivement compétentes. Un visa, cela se délivre dans une Ambassade. C'est ainsi que nous primes un taxi - on ne sait pas pourquoi, mais quand nous dîmes au chauffeur: "Ambassade de Syrie ! ", l'homme devint très jovial. Il resta d'ailleurs très jovial pendant tout le chemin, quoique silencieux, et quand nous arrivâmes devant l'Ambassade de Syrie, il refusa catégoriquement de nous donner un prix : à nous de décider ce que nous voulions. Toujours soupçonneuse, nous pensâmes que c'était une ruse mystique destinée à vérifier à combien nous estimions le prix de notre tête, C'est pourquoi nous payâmes au chauffeur une somme qui, sans être exagérée, nous sembla pourtant tout a fait réaliste et correcte.

Devant l'Ambassade de Syrie. On prend son souffle, comme un plongeur qui s'apprête a plonger en apnée. Certes, il ne faut pas trop non plus s'exagérer l'importance du danger - le touriste reporter aime se faire des frayeurs qui lui laissent penser qu'il est un héros - mais tout de même : l'Ambassade de Syrie, ce n'est pas non plus l'Ambassade de France ! On regarde le bâtiment, le drapeau, le garde, et on entre à l'intérieur. Comme un enfant, ou un somnambule qui se réveille brutalement au milieu de son rêve, pour se découvrir dans une autre pièce sans comprendre comment il y est arrivé, on n'y croit pas : ça y est, on est en Syrie ! La photo officielle du Président Assad est affichée au mur et nous regarde : nous, c'est a dire moi. Une question imbécile nous traverse la tête: un Juif est-il déjà entré dans cette Ambassade ? Un Israélien ? Monsieur le Président Assad a t-il déjà vu un Juif ? Et les personnes qui sont là, en train de délivrer des visas ? On préfère laisser la question en suspens : soudainement, on se sent comme le premier homme sur la Lune, sauf que nous n'avons ni combinaison, ni masque respiratoire, ni fusée. Et puis on n'a pas du tout dans l'intention de sortir notre drapeau israélien pour le planter.
Traversant la salle destinée aux visas, nous avisons une petite porte entrouverte qui mène vers des bureaux. Ayant interrogé du regard un homme, qui nous invite a continuer, nous entrons: et nous voila au cœur de l'Ambassade, devant des portes fermées. Un jeu vidéo, sauf que c'est la réalité. Des personnes vont et viennent, qui ne portent pas grande attention a notre présence. Notre cœur bat très fort. Nous sautons alors sur une jeune femme, à qui nous expliquons que nous écrivons pour un journal français, mais que nous souhaiterions rencontrer quelqu'un de l'Ambassade pour discuter d'un possible voyage à Damas. Elle nous demande si le Consul ferait l'affaire. "Le Consul ?! Mais certainement pas, Mademoiselle!" On pense en effet que si on rencontre le Consul, il va être très fâché contre nous quand on lui dira qu'on est bien française mais aussi juive et israélienne. Alors comme il n'est pas possible de dire comme cela tout de go à la jeune femme que nous sommes juive et israélienne - il faut respecter un protocole quand on entend faire ce genre de déclarations - on lui donne notre carte, pour le bureau vers lequel elle va, carte sur laquelle est écrit que notre journal est JUIF. Pourvu qu'il le voit, le monsieur à qui elle va parler: c'est pour ça qu'on l'a écrit sur notre carte personnelle!
Le message est passé: la jeune femme ne nous parle plus du Consul. Nous retournons dans la salle des visas ou un jeune homme nous demande ce qu'on veut. Et nous de balbutier : "on veut aller a Damas. Mais cela peut sans doute être problématique à cause de notre identité". Il nous demande notre identité. On se voit mal lui répondre avec les dizaines de personnes qui sont agglutinées autour de nous dans le hall. C'est d'une main tremblante que nous lui tendîmes les deux passeports : le français et l'israélien. Notre main en tremble encore.

Le jeune homme est beau, brun, la peau claire, les traits fins. Il regarde dans un premier temps le passeport israélien, et puis, que Dieu bénisse les Syriens, le jeune homme sourit. Il ne nous sourit pas, pas à nous: il sourit. Il sourit en regardant le passeport israélien. Combien en a t-il tenu dans sa main? Combien de passeports israéliens sera t-il amené à rencontrer ? Seulement le mien ? Des centaines ? Nous regardons la photo du Président Assad, et nous pensons: "tout dépend de cet homme. Lui seul a le pouvoir de décider." Mais déjà, nous sommes heureuse. Oui, heureuse: heureuse d'avoir tendu notre main à un jeune homme syrien qui a pris notre passeport israélien de notre main. Pour nous, nous sommes en train de vivre un moment très important : la rencontre entre deux univers qui ne sont pas faits pour se rencontrer. Dans notre émotion, nous pensons a Amman, aux Jordaniens, à leurs ancêtres, à leurs enfants, et à notre famille chrétienne, en France : ce sont eux qui ont permis, chacun à leur façon, cette rencontre. Le jeune homme sourit : on aimerait savoir ce qu'il pense.

Sur la place Abdali, toujours les même invitations : Damascus ! Damascus ! Les hommes politiques parlent de leurs conditions: le Golan, les frontières. La sécurité, les armes, peut être la guerre. Et puis la France, l'Iran, la Russie, les USA, l'ONU, l'Europe. Et puis Khaled Meschaal, le Hamas, le Hezbollah. Et puis les autres. Des frontières plus certaines que n'importe quelles barrières qui me séparent de mon rêve: les calculs - nécessaires eux aussi - des Grands. Mais les jordaniens de la gare routière sont têtus : Damascus ! Damascus ! Je les regarde, je leur souris, avec en l'esprit les visages superposés du Président Assad, du Premier Ministre Olmert, et du jeune homme de l'Ambassade de Syrie : "Damascus! Damascus ! Inch Allah, bientôt ! "

Le douze janvier deux mille sept, Amman
Isabelle-Yaël Rose

18 janvier 2007

Carnets de Jordanie, 3 : l'église copte, ou "Amman Code"

Livre de prières copte, Egypte, 1518
(source : site expositions.bnf.fr)
*
Nous avons souvent tendance a négliger l'importance - et l'influence - des Arabes chrétiens au Moyen-Orient : si l'on s'en tient aux chiffres, douze millions de personnes peuvent paraître quantité négligeable. En fait, nous ne parlons des chrétiens du Moyen-Orient que lorsqu'ils sont menacés dans leur existence - comme ce fut le cas en Irak au début de la guerre - ou lorsqu'ils peuvent devenir une carte politique maîtresse : ainsi de la présence des Maronites au Liban. Mais pour ce qui est de leur contribution a l'histoire de la région, pour ce qui est de leur influence dans la société, de leurs rapports avec les musulmans, nous en restons souvent aux stéréotypes : tantôt brandis en victimes de leurs frères arabes musulmans, tantôt accusés de complaisance.
En fait, à cette quasi-ignorance, il se trouve bien des raisons : d'abord, leur statut de minorité qui a conditionné certains réflexes. L'hégémonie byzantine appartient définitivement au passé. Ensuite, des rapports de force - toujours si l'on s'en tient au nombre - qui peuvent effectivement obliger à une certaine prudence. Quoiqu'en Jordanie, les chrétiens ne sont point obligés au marranisme, et loin s'en faut : ils sont une minorité très active, sans doute parce que très instruite, de la population. Enfin, et peut être est-ce la raison principale, la multiplicité des Églises et des institutions a de quoi dérouter la personne qui essaye de comprendre la réalité de la présence des chrétiens au Moyen Orient : si l'on s'en tient à la Jordanie, et aux Églises membres du Concile des Églises du Moyen Orient, on peut compter jusqu'à dix cultes différents (Orthodoxes grecs, Catholiques Romains, Catholiques grecs, Syriens catholiques, Syriens orthodoxes, Coptes orthodoxes, Maronites, Orthodoxes arméniens, Anglicans, Luthériens). Sans compter les chrétiens d'Irak, les Baptistes et les Évangélistes. Quand on sait que la population chrétienne représente entre 2,6 et 3,4 pour cent de la population, il y a effectivement de quoi être dérouté par cette profusion. Retenons juste que les orthodoxes et les catholiques sont les plus nombreux en Jordanie : trente cinq mille catholiques, cent mille orthodoxes. Les orthodoxes de Jordanie et de Palestine étant placés sous l'autorité du Patriarcat orthodoxe de Jérusalem, tandis que ceux d'Irak, d'Iran, du Liban, du Golfe, de la Syrie, et de la Diaspora arabe dépendent de celui d'Antioche, en Syrie, qui fait figure de "grande sœur" (d'où une certaine concurrence avec le Patriarcat d'Istanbul et de Russie).

Si la Jordanie est un pays musulman, ou l'Islam est religion d’État, la constitution du Royaume Hachémite garantit néanmoins aux chrétiens certains droits. Certes, le pourcentage des chrétiens dans la population totale a sérieusement chuté : une étude menée en 2001 par Clarisse Tchatchou pour le Centre d’Études Œcuméniques d'Amman indique qu'en 1952, pour une population de 580.000 habitants, les chrétiens représentaient entre 10 et 12 pour cent, quand ils ne représentent plus aujourd'hui que 3,4 pour cent au maximum (population totale d'environ ... six millions). Cette chute s'explique de multiples façons : les chrétiens, plus favorisés socialement et financièrement, ont eu la possibilité d'émigrer pendant les périodes de guerre et de crise économique sévère. Ce mouvement de départ fut doublé d'un mouvement inverse d'immigration qui conduisit en Jordanie des populations musulmanes qui fuyaient pareillement la guerre et la pauvreté (principalement Palestine et Irak, quoique tous les réfugiés ne se soient pas non plus installés ; certains Palestiniens continuèrent leur route vers le Liban, tandis que les Irakiens fortunés changèrent carrément de continent ; car il serait faux de croire que tous les immigrés étaient pauvres : il se trouvait aussi de riches immigrés à être arrives en Jordanie pour chercher la paix et la possibilité de continuer, à partir de la Jordanie, une vie normale et leurs affaires). Enfin, une dernière raison vient compléter les autres, qui est simplement à chercher dans les mathématiques : les familles musulmanes font davantage d'enfants que les chrétiennes. On en revient toujours la : les nombres !

Il se trouve à peu près mille coptes égyptiens en Jordanie. Leur Église, située en face de la grande Mosquée bleue construite pour rendre hommage au Roi Abdallah (le premier, grand père de feu le Roi Hussein), se situe tout près de l’Église catholique. Car une chose frappe la vue lorsque l'on arrive - ou lorsque l'on se promène - dans la ville : Amman compte de nombreuses Églises. Ce n'est pas seulement que les bâtiments se partagent l'espace urbain, ou l'on peut voir une Croix à coté d'un Croissant, les chrétiens et les musulmans se partagent également la tonalité de la ville, dans ce qui est peut être aussi une compétition : les cloches des Églises répondent aux appels du Muezzin - et inversement. Et si compétition il y a, il est remarquable qu'elle puisse avoir lieu : on ne peut pas en dire autant partout dans le monde.
L’Église copte est en rénovation. Des hommes travaillent à reconstruire les murs intérieurs du bâtiment. Seule une immense chaire, et une grande fresque recouverte d'un plastique, sont visibles pour le passant. La fresque représente classiquement une Cène, entourée par le visage des douze apôtres. Cependant, si la représentation est classique, et sans doute d'une fabrication assez récente, la mise en scène est tout a fait surprenante : il manque tout bonnement ... un apôtre ! Au lieu des douze disciples qui accompagnent le Christ dans son dernier repas, le repas qui fonde le sacrement fondateur de l’Église - l'Eucharistie - le peintre n'a représenté que onze apôtres. Jean est tout a fait reconnaissable, à la gauche du Christ. A sa droite, Judas nous sembla t-il, est assis, tandis que deux apôtres debout désignent du doigt celui qui va trahir pour un peu d'argent. Onze. Onze apôtres. Six fois nous recomptons. On n'imagine dans aucune Église un peintre qui aurait pris tellement de libertés avec le Canon. Quand nous demandâmes au prêtre le nombre des apôtres, il nous sourit, amusé de notre étonnement : sans doute cette question lui avait-elle été déjà posée. Avec le même étonnement. Mais sa réponse, loin de nous éclairer, devait tout au contraire nous plonger dans une encore plus profonde perplexité : il n'y avait que onze apôtres, parce que Judas, le traître, n'était tout simplement pas représenté - au moment du repas, il n'était pas la ! Notre Yehuda s'était donc envolé ...

Nous demandâmes à plusieurs chrétiens les raisons de cette absence. Tout le monde nous regarda comme si nous étions une démente: une Cène sans Judas, impensable, impossible, incohérent. Judas avait bien assisté au dernier repas du Christ. L'artiste avait-il tout simplement oublié un apôtre ? Le prêtre avait-il décrété - contrairement a ce que semblait indiquer la représentation et le geste accusatoire des deux hommes - que cet apôtre ne pouvait être que Judas ? Et comment interpréter son interprétation? Fallait-il s'en réjouir ? S'en scandaliser ? Parce que finalement, les intentions de l'artiste, par défaut de renseignements sur son identité et la période de la composition, ne pourraient qu'être laissées à la spéculation. Seules restaient les intentions du prêtre et son interprétation.
En Occident, si l'on regarde avec attention les Cènes les plus célèbres, on remarquera que Judas est finalement le personnage le plus important : alors que le Christ est toujours représenté de la même manière, Judas admet plusieurs versions. Il est le personnage qui permet à l'artiste de s'exprimer, d'interpréter en fonction de sa personnalité et de ses convictions le traître et le moment qui précède la trahison. Sans Judas, et aussi bien d'un point de vue artistique que d'un point de vue théologique, il n'y a pas d'histoire, ni de tableau : Judas est la clé. Cette importance du personnage, qui devait devenir le prototype du juif, la Synagogue aveugle en face de l’Église, conduisit l'Europe vers ce que l'on sait : d'abord, la déformation historique, qui tendait à faire de Judas le juif, et des apôtres des chrétiens dépouillés de leur judéité. Avec tous les contresens qui en découleraient. Ensuite, cette centralisation sur Judas devait se transformer en une obsession contre les juifs qu'il représenterait dans tous leurs vices, jusqu’à finir par le thème du complot des juifs contre la chrétienté. La réponse du prêtre pouvait alors être lue de deux manières : soit il tendait tout bonnement à liquider physiquement le traître, ce qui révélait une impossibilité psychologique à comprendre la présence du traître au moment de la fondation du sacrement central de l’Église. Hérésie au regard du Canon. On peut supposer également que Judas étant le prototype du juif, c'était alors toute l'origine juive du christianisme qui était niée parce que inadmissible d'un point de vue culturel, psychologique. Soit, sa réponse témoignait de ce que pour lui, le traître n'était pas le centre de l'histoire, pas plus que la trahison. Le motif principal, c'était la Cène, le Christ, le sacrement, et les apôtres [1].

Nous ne saurons jamais ce que le copte pensait quand il nous répondit. Pas plus que le sens de son sourire énigmatique. Nous ne saurons pas plus pourquoi l'artiste n'a représenté que onze apôtres. Reste ce phénomène peut être unique dans l'histoire du christianisme : une Cène à onze apôtres - lequel manque ? - est exposée dans l’Église copte d'Amman. C'est quand même quelque chose !

Amman, le onze janvier deux mille sept
Isabelle-Yaël Rose

[1] Les Occidentaux font souvent un parallèle entre d'un coté les persécutions dont les juifs ont été l'objet en Europe, de la part des chrétiens ; et de l'autre, le statut de dhimmi des non musulmans en terre d'Islam. Si cette comparaison peut être commode, en ce qu'elle établit une équivalence entre les chrétiens et les musulmans ("eux aussi l'ont fait, nous ne sommes donc plus tout à fait coupables"), elle nous semble cependant fausse : les juifs étaient persécutés en Europe parce qu'ils étaient juifs ; en revanche, quand ils ont été persécutés en terre musulmane, c'est parce qu'ils n'étaient pas musulmans. La distinction peut sembler indifférente, elle a pourtant une très grande importance : en Europe, c'était l'identité juive en tant que telle qui était insupportable et qui devait être éradiquée. C'est pourquoi une entreprise comme celle d'Hitler et son idéologie toute entière, est née en Europe et n'était possible qu'en Europe chrétienne : l'antisémitisme était ontologique et systématisé. Chez les musulmans, on ne reprochait pas au juif d'être juif, on reprochait au juif de ne pas être musulman : ce n'était pas l'identité qui était visée, mais le manque, le fait de "ne pas être". D'où une coexistence mieux réussie, jusqu'à ce que la forme occidentale de l'antisémitisme ne vienne contaminer les musulmans exactement au moment ou, par la colonisation, ils rencontraient la culture européenne. Ce nouvel antisémitisme se diffusa alors, dans sa forme ontologique, obsessionnelle, en Orient.

17 janvier 2007

Carnets de Jordanie, 2 : le Musée Militaire, ou "au nom du nom" (1)

A l'intérieur du complexe sportif d'Amman, tout juste à l'arrière du stade dont les énormes projecteurs sont visibles depuis la rue Al-Melakia Alia, le Musée Militaire, également connu sous le nom de Mémorial des Martyrs, fut construit en 1977, a l'initiative du Roi Hussein de Jordanie.
Il n'est point de peuple sans histoire. Point d'identité sans mémoire. Telle fut la grande intuition du Roi qui restera dans la mémoire collective - israélienne et jordanienne - le Roi de la paix : une fois les frontières déterminées, la société sécurisée, le temps était venu de fixer l'identité de la Nation par une histoire commune et partagée. Plus encore quand on sait que la Jordanie, construite elle aussi par des vagues successives de ce que l'on pourrait presque appeler "immigration", serait et resterait un refuge dans la région. Elle accueillit trois vagues d'immigration palestinienne (1948, 1967, Guerre d'Irak), et, évidemment, des réfugiés irakiens. Devant cette composition complexe et multiple de la population, sans cesse en évolution, la consolidation d'une identité nationale était une nécessité politique pour la sécurité de la aussi toute jeune Nation. Tout le monde se rappellera des talents diplomatiques du Roi Hussein de Jordanie. Que beaucoup considèrent aujourd'hui encore comme le véritable constructeur du pays. Mais le Roi Hussein était également un fin politique, qui regarda toujours loin dans le temps. A cela seulement se reconnaît le véritable homme politique, porteur d'un projet et d'une vision : il travaille pour ses petits enfants.

Pour arriver au Musée Militaire, il faut remonter un petit chemin qui traverse, impeccable, une forêt. On arrive alors sur une grande esplanade, de laquelle il est possible d'avoir une vue générale sur Amman : la ville prend des allures athéniennes, vallonnées, avec des maisons que l'on croirait - effet de perspective - superposées. La perspective, avec ses lois, ses angles morts, ses reflets, ses illusions, est le compas qui dessine le cercle que forme l'histoire des hommes. Il faut alors monter quelques marches d'un escalier pour arriver sous des drapeaux : toujours les mêmes couleurs - rouge, vert, noir, blanc - que l'on retrouve pareillement sur les drapeaux de la Syrie, de l'Irak, et du Liban. C'est que les pays ne sont pas tout a faits étrangers : crées d'une révolte arabe contre les Ottomans avec le soutien - parfaitement stratégique - des Anglais. Des tribus qui avaient résolu de se défaire d'une domination étrangère : noir, comme les Abbassides ; blanc, pour les Omeyyades ; vert, de la couleur des Fatimides, et rouge, pour les Hachémites qui seraient appelés à régner sur l'Irak et ce qui n'était encore que la Trans-Jordanie (2). Le drapeau de la révolte arabe unifierait les hommes et les couleurs sous la bannière d'une liberté qui prendrait, dans un premier temps, la forme de la souveraineté. Le reste, du moins l'espérait-on, viendrait après.

Le bâtiment, blanc et nu, est d'une forme carrée. Seul un bandeau noir, où sont gravés des versets du Coran, vient habiller cette nudité de la couleur et de la forme. Au milieu de la façade, la porte, sombre et lourde qu'il faut pousser comme lorsque l'on entre dans un bâtiment sacré, n'interrompt pas la perfection de la clôture du bâtiment : massif, protecteur de la mémoire et de ses morts, mais aussi de l'histoire et de l'espoir des vivants. Parce que les deux sont liés, nécessairement.

Deux soldats sont assis derrière la réception. L'un, la peau très foncée, les yeux noirs et petits. La vivacité du regard, très fin, contraste avec les traits quelque peu grassouillets de l'homme. Il porte un uniforme militaire, dont on serait bien incapable de dire quel grade il indique. L'autre soldat, très grand, presque maigre, avec deux grands yeux bleus et clairs, comme sa peau qui rappelle quelque chose du Kabyle ou du Berbère. La Jordanie a des visages très différentiés. Ainsi de son armée visiblement. Le premier, qui parle difficilement l'anglais, nous accueille à la manière jordanienne : partout, la même phrase, répétée à tout moment, met a l'aise l'arrivant - "bienvenue en Jordanie". Il nous indique un registre où le visiteur est invité à écrire son nom, sa nationalité, sa profession. Nous disons notre nom, qu'il nous laisse écrire en lettres latines parce qu'il n'a pas, manifestement, très bien compris : quoique les arabes et les juifs soient deux peuples sémitiques, et que de nombreux mots partagent une racine commune quand ils ne sont pas tout bonnement les mêmes, il se trouve certaines sonorités qui ne sont pas compréhensibles. Communauté ne veut pas dire identique. Il nous demande alors notre nationalité. A quoi nous lui répondons que nous sommes française et israélienne. Le soldat a alors une réaction tout simplement ... extraordinaire : tel un enfant surpris, il ouvre la bouche et nous regarde avec ses petits yeux, maintenant immenses, sans rien dire, incertain de ce que nous venons de dire. Française et israélienne ? Cela existe ? A moins qu'israélienne, à lui seul, ne suffise ? L'homme se reprend, et nous demande avec ce même air d'enfant : "Israeli ?" Le langage a sa logique. La communication a ses malentendus mais aussi ses moments d'inspiration. Aussi, quand il nous interroge sur qui nous sommes, c'est en hébreu que nous lui répondons : "ken, Israeli". Décidément, l'homme n'en revient pas. De la même manière que nous rencontrions notre premier Jordanien il y a quelques jours à peine, sans doute sommes-nous sa première rencontre juive, et de surcroît israélienne. Quand il écrivit en arabe sur son registre "franco-israélienne", après avoir semble t-il demandé a son camarade s'il devait écrire les deux et avoir reçu une réponse positive, nous montâmes en haut.

Toute l'histoire de la révolte arabe s'étale, devant nos yeux. En 1916, de la Mecque jusqu’à Damas, des milliers d'hommes se lèveraient ensemble dans un même mouvement qui changerait pour toujours le visage de la région. Du monde. A ceux qui ne croient pas dans le pouvoir de l'homme, qui se lamentent devant l'impuissance des peuples et des nations, comme si l'histoire, monstre hégélien, n'était qu'une mécanique autonome : il faut venir à Amman regarder l’œuvre des hommes. Des émirs, des bédouins, des couteaux, quelques fusils et quelques pistolets, des chameaux, face à de l'artillerie et des chevaux. Et puis les visages, émouvants de dignité - et les règnes - se succèdent jusqu'à ce que l'on arrive à la bataille de Jérusalem. 1948. Pas seulement une date - un mythe. Pas au sens ou l'entendent les négationnistes et les trafiquants de vérité. La bataille de Jérusalem que le Musée qualifie invariablement de lutte contre "l'ennemi", qui n'est jamais nommé. L'israélien ne recevra son nom que quelques vitrines plus tard - nous sommes en 1973 - à l'occasion de trois bérets israéliens abandonnés.
Cette absence de nomination est-elle une faute au regard de la déontologie de l'historien ? Oui. Pourtant, ce simple soldat, ce Jordanien de maintenant, en disant à voix haute notre nom et notre nationalité, en l'écrivant en toutes lettres et en arabe, sur son cahier, vient de faire sans le savoir un acte historique : il a nommé celui qu'il ne faut pas nommer. Que toutes les personnes que l'on qualifie de "modestes", que ceux que l'on appelle les "humbles", qui ne croient pas dans leur pouvoir et dans leur prise sur le cours des choses et de la réalité, viennent visiter ce Musée et réclament de voir le petit cahier : le nom y est. Ce que le passé, le passé officiel, n'avait pas réussi a surmonter, ce soldat, innocemment et comme en passant, vient de le rectifier.

Au tout dernier étage, le Mémorial. Des noms gravés en lettres d'or sur des plaques. Est-il interdit à un Israélien d'être ému devant les noms des morts de ceux qui furent ses ennemis? Qui tuèrent son peuple, sinon sa propre famille? Il est interdit à un Israélien d'oublier son peuple, sa souffrance, sa famille. Il est interdit à un Israélien d'oublier son histoire. Interdit d'oublier ses ennemis d'aujourd'hui. Interdit d'oublier ses morts de tous les temps. Il n'est pas interdit à un Israélien de pleurer sur tous les morts. Car c'est cela que devrait être un Mémorial : un lieu où chacun vient à la rencontre des morts de l'autre pour rendre possible la paix, et la rencontre, entre les vivants. Un jour peut être - pas forcément bientôt - notre soldat jordanien viendra à Jérusalem, ou à Tel Aviv, pleurer sur les morts de ceux à qui il vient de rendre un nom.


Amman, le dix janvier deux mille sept.
Isabelle-Yaël Rose

(1) En hébreu, "au nom du nom" se dit "le-man Ha-Chem" et veut aussi dire "au nom de Dieu"
(2) Nota de Jean Corcos
Il existe d'autres hypothèses pour la trilogie de couleurs "vert-noir-rouge" que l'on retrouve sur les drapeaux du Moyen Orient ; le vert est d'abord le drapeau de l'islam (c'est d'ailleurs le seul sur le drapeau de l'Arabie Saoudite, où la Sharia fait office de constitution) ; le noir est effectivement la couleur des Abbassides, celle qui a régné du temps du Califat de Bagdad, le plus glorieux ; et le rouge (pourquoi ?) est "la couleur des Arabes".

15 janvier 2007

Carnets de Jordanie, 1 : le Troisième cercle

Vue d'Amman
(source de la photo ici)

"Le Troisième cercle", ainsi Michel Audiard aurait-il pu intituler l'une de ses œuvres cinématographiques où il excellait à mettre en scène d'immortels tontons flingueurs. A moins qu'on ne soit enclin à quitter la référence classique pour imaginer derrière ce titre un film de Luc Besson, qui serait une suite au "Cinquième élément", dont le Troisième cercle serait le nom de code. Car les cercles - huit au total - sont le nom hautement mystique que les places centrales reçoivent a Amman: la ville toute entière est construite autour d'eux. Chaque ville a son vocabulaire. Les mots qui la disent et la révèlent, ses mots a elle, un langage secret et amoureux. A Amman, comme si nous devions, d'une manière inattendue mais finalement logique, naviguer en retour dans un univers kabbalistique, les cercles sont le code de lecture des gens et de la ville.

Première matinée : le touriste se met en quête du Ministère du Tourisme jordanien où il sait pouvoir trouver un plan complet et détaillé. La mission, à première vue, semble aisée : trouver le Troisième cercle. Sauf qu'au Moyen Orient, rien n'est jamais joué sur le papier : les distances estimées a vol d'oiseaux sont des pièges, plus encore a Amman où la ville, construite a l'origine sur sept collines, alterne avec grâce et caprice entre pentes, virages et côtes. Un défi au plus solide sens de l'orientation.
Jebel Weibdeh, quartier d'habitation populaire et tranquille, se tient en retrait de l'agitation du quartier Abdali : tout ce qui est en mesure de rouler circule, vers Damas et Beyrouth, à partir de lui. Car la Jordanie, quoique modeste au regard des titans qui la regardent - la Syrie, l'Irak, l'Iran, l’Égypte - est la carte centrale, nécessaire et inévitable, de la région : tout part et tout mène à Amman.
Le plan sommaire indique qu'il suffit de descendre de Jebel Weibdeh vers le Troisième cercle pour trouver le Ministère du tourisme. En fait, il faudra descendre, tourner brusquement sur soi même, remonter une cote très raide, en passant devant une école, pour arriver au ... Deuxième cercle! Ce qui semble être dans l'ordre des choses et de la géographie du nombre.

Les Jordaniens, s'ils peuvent, quand les circonstances le commandent, se révéler froids, sont des gens qui aiment aider. Et bavarder. C'est de bonne grâce qu'ils répondent aux questions du passant qui cherche son itinéraire. La question innocente - il n'est de questions innocentes qu'en apparence - peut, à l'occasion provoquer, une vive conversation a laquelle se joindront d'autres personnes, jusqu'à ce que celui qui parlera avec le plus de conviction finisse par imposer sa réponse. Mieux vaut vérifier, cependant, et à quelques mètres de distance, auprès d'un nouvel interlocuteur qu'on aura pris le soin, cette fois, de sélectionner : solitaire et isolé. Poser des questions, interpréter les réponses diverses et parfois même contradictoires, cela est un art. Car cette recherche d'itinéraire, et toutes les stratégies humaines qu'elle oblige à mettre en place, font toucher à quelque chose de très profond dans la culture et les habitudes mentales de celui qui interroge et de celui qui parle.
Le Second cercle est un nouveau point de départ pour persévérer dans cette odyssée: la recherche du Ministère du Tourisme. Cependant, il n'est qu'un nouveau point de départ possible: la ville ignorant superbement les lignes droites - ne jamais oublier cette règle quand on aborde un pays arabe - le Second cercle n'est pas le point nécessaire qui relie le Troisième cercle à votre point de départ. Avoir foi dans les virages, tel est le grand apprentissage.

Le chemin qui conduit du Second au Troisième cercle est calme. Droit. Ce simple fait, habituel en Europe, doit ici nous alerter car sans doute est-ce une ruse pour mieux tromper : au bout du chemin, juste avant que l'on n'arrive a ce qui ressemble fort a l'arène dangereuse d'un cirque romain où des chars se livrent une compétition sans pitié, se tapit un bâtiment qui porte le nom "Ministère du Tourisme". L'esprit engourdi par la ligne droite, moyennement attiré par la perspective de se jeter dans l'arène de la place, se réjouit en pensant trop rapidement qu'il a trouve le Ministère, comme si sa quête pouvait, d'une manière aussi facile que soudaine, se terminer. A bons frais. Et son désespoir de redoubler quand il découvre qu'il n'est pas arrivé - parce qu'il y a plusieurs bâtiments du Ministère du Tourisme - et qu'il devra affronter l'épreuve suprême : la traversée du Troisième cercle. Il est des épreuves nécessaires...
Le Troisième cercle est là, qui fait face. Une arène de voitures dectiques se pourchassant dans le brouillard et la poussière. Surplombée par le superbe Hôtel Royal dont la masse, solide et imperturbable, devient repère. Le Français est d'un naturel naïf et assisté. Ce n'est point génétique, seulement culturel : depuis son enfance, il est conditionné à croire dans les feux rouges, à suivre les parcours flèches, à chercher un passage clouté. Feux, flèches, passages protégés : tel est le credo de sa foi enfantine et occidentale. La traversée du Troisième cercle devient alors le rite initiatique - forcément rude - qui marque son entrée en Jordanie, son intronisation dans une autre civilisation, ou son passage tout court dans l'autre monde. Il y a toujours un risque.

Le Jordanien, nous l'avons déjà dit, aime aider. Il en fait même un point d'honneur, comme si sa réputation personnelle était engagée. Il y aura d'abord eu un chauffeur de taxi, et puis deux hommes, à tenter de dédramatiser la situation et à nous enjoindre de foncer. Tant d'insistance, et d'unanimité, finirent par réveiller nos réflexes ancestraux, taillés par des siècles d'histoire et d'expérience, nos réflexes judéo-israélo-francais : après tout, aucun ne se porta volontaire pour nous prendre par la main et traverser avec nous le Troisième cercle. Et quand nous vîmes quelques indigènes se lancer tout de go dans la tempête, nous nous dîmes que cela participait nécessairement d'un complot, d'une mise en scène. Mais l'argument décisif, c'est de la Jordanie elle même qu'il devait venir.
La ligne droite, violente et brutale, ne pouvait pas être la voie. Car la civilisation dans laquelle nous étions en train d'entrer était une civilisation hautement sophistiquée. Le Troisième cercle ne s'évitait pas. Il ne se traversait pas. Pour franchir le Troisième cercle, il fallait d'abord revenir sur ses pas et puis tourner, à contre-courant, jusqu’à dessiner un cercle inverse et superposé, qui serait le pont permettant de passer de l'autre cote. Le peuple jordanien est un peuple raffiné qui a le sens de la stratégie et de la complexité.

Quand nous arrivâmes au Ministère du Tourisme, un officier de police nous accueillit. Après avoir cherché vainement un plan d'Amman, il s'excusa : il n'en trouvait pas. Cela n'avait déjà plus d'importance. Nous étions arrivée dans Amman.


Amman, le huit janvier deux mille sept .
Isabelle-Yael Rose

14 janvier 2007

Carnets de Jordanie : un reportage inédit d'Isabelle-Yaël Rose


Vous avez certainement apprécié, depuis plus d'un an maintenant sur ce blog, la plume originale d'Isabelle-Yaël Rose. De son ancien métier (elle est agrégée de philosophie et a été professeur en France avant de rejoindre Israël, sa nouvelle patrie), elle a gardé un français de qualité, déroulant les phrases avec à la fois souplesse et rigueur. S'il fallait résumer son style, je dirais qu'elle sait doser avec grâce l'humour et la gravité, délivrant des analyses politiques assez profondes tout en ayant l'air de vous raconter un joli voyage ...

Or voici justement qu'elle vient d'en effectuer un de voyages, et qu'elle a bien voulu livrer pour ce blog la primeur des ses impressions sur un pays arabe clé, voisin direct d'Israël avec qui il a signé la Paix il y a plus de douze ans : la Jordanie. De ses quelques jours passés à Amman, alors qu'elle n'a rencontré ni ministres, ni personnalités éminentes, Isabelle-Yaël a rapporté un carnet de reportage où l'anodin devient une mine d'informations, et où les plus humbles personnages rencontrés deviennent les acteurs de l'Histoire en marche ! Vous la découvrirez donc, et successivement : chercher sa route dans la ville aux sept collines où la traversée d'une place tient des jeux du cirque romain ; marquer de sa signature franco-israélienne un musée où sont honorés les morts des guerres passées avec un "ennemi sans nom" ; entrer dans une Église copte et nous livrer une analyse talmudique d'une Cène où manque Judah ; être dévorée de l'envie d'aller à Damas en avant première d'une Paix tellement rêvée, et foulant le territoire syrien par Ambassade interposée ; et enfin, de retour et toute mélancolique, retrouvant Israël par le poste-frontière du pont Allemby, un état de guerre oublié quelques jours ... et portant le rêve d'un "Grand Moyen Orient" réconcilié !

Vous lirez donc, à partir de demain lundi et pendant toute la semaine prochaine, ses cinq "Carnets de Jordanie" qui inaugurent un genre nouveau sur le blog : le reportage en terre musulmane !

J.C