31 janvier 2007
Quelques signaux positifs pour ne pas désespérer complètement ...
« Essayer » bien sûr, car à raison de 25 minutes d’émission tous les quinze jours et de quelques articles par semaine, rédigés ou repris ici, il n’est pas possible de rendre compte de façon exhaustive de tout ce qui concerne un univers de plus de 50 états et un milliard d’habitants ... Prenons juste un exemple : je n’ai pas parlé encore de l’assassinat du journaliste turc d’origine arménienne Hrant Dink (lire sur le site de RFI). Il y aurait pourtant matière à profonde réflexion, sur la thématique inépuisable du verre d’eau à moitié vide : faut-il se dire que la Turquie n’est vraiment pas mure pour respecter les minorités, et donc indigne de rejoindre un jour l’Union Européenne ? C’est l’avis de l’expert Alexandre Del Valle, plusieurs fois mon invité, qui a consacré un article bouleversant à ce courageux militant de la mémoire du génocide arménien, qu’il connaissait bien (lire sur son site "Un martyr de la démocratie turque : l'arménien Hrant Dink"). Mais on peut se dire aussi qu’une foule de 50 à 100.000 Turcs, de toutes confessions, a accompagné son enterrement, et que la presse turque a exprimé son écoeurement devant le meurtre - on aurait donc, ici, un vrai signe positif venu des parties les plus éclairées d’un grand pays musulman.
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Deuxième élément encourageant, la présence la semaine dernière (comme c’est d’ailleurs régulièrement le cas) de plusieurs ambassadeurs de pays musulmans au dîner annuel du CRIF. Aux représentants du Maroc, de la Tunisie, de l’Egypte et de la Jordanie s’était joint, pour la première fois, l’ambassadeur du Pakistan ! Toujours à propos du CRIF, un évènement qui n'est pas tout à fait une première : la visite du nouvel Ambassadeur d'Israël à Paris à la Grande Mosquée de Paris. Je reproduis ci-dessous le communiqué publié sur le site du CRIF:
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Troisième évènement positif, le vote à l’unanimité par l’Assemblée Générale des Nations Unies, d’une résolution condamnant la négation de la Shoah (lire en lien l'article sur le Haaretz). Vote unanime ... à l’exception de l’Iran, isolé et ridiculisé. Ah, comme il y a des journées fastes ! Imaginer la fureur de ces ordures fanatiques et antisémites qui ont organisé la soit disant « conférence internationale » négationniste de Téhéran des 11 et 12 décembre dernier, les voir « mouchés » ainsi par la Communauté internationale, comme cela fait du bien ! Mais le plus important vient sans doutes du ralliement silencieux du reste du monde musulman aux nations civilisées : malgré des décennies de négationnisme plus ou moins ouvert dans la plupart de ces pays, leurs représentants ont jugé nécessaire de prendre leurs distances avec le petit Hitler iranien. Dont acte !
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Autre preuve qu’il existe d’autres voix chez les Musulmans que celles de la haine et du fanatisme, et même s’il ne faut pas s’illusionner sur leur impact actuel, cette excellente compilation d’émissions télévisées produite par l’irremplaçable « memri » (cliquer sur le lien) : du poète Adonis à la « pasionaria » Wafa Sultan en passant par l’écrivain tunisien Moncef Al Marzouki, ce sont 14 intellectuels qui plaident pour l’entrée de leurs sociétés dans la modernité - un régal !
Pour suivre les différentes interventions : surligner l’invité choisi en déplaçant la souris ; puis, placer la souris en dehors de l’écran, l’enregistrement vidéo apparaît. Documents en langue arabe, sous-titrages en anglais.
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Libellés : Arméniens, Autres voix arabes, CRIF, Memri, Qatar, Shimon Peres, Turquie
30 janvier 2007
Eric Laurent reçu à mon émission : du pétrole au menu !
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J'ai eu l'honneur et le plaisir de recevoir hier soir, pour la première fois à "Rencontre", le journaliste et grand reporter Eric Laurent, qui a publié plusieurs ouvrages sur le Moyen Orient et sur le monde féroce du pétrole. De pétrole, il fut largement question dans cet enregistrement que vous entendrez prochainement ... rendez-vous la semaine prochaine pour la présentation de cette passionnante émission !
Libellés : Eric Laurent, Photo souvenir 2007, Pétrole
29 janvier 2007
Même lorsque les Palestiniens s’entretuent, ils trouvent le moyen d’assassiner des Israéliens innocents (Avi Pazner)
Ce commentaire d’Avi Pazner, porte-parole du gouvernement de Jérusalem, constitue - hélas ! - le meilleur titre pour commenter l’actualité de ce matin à Eilat : trois civils assassinés dans un attentat suicide, plusieurs grièvement blessés ; et cela, alors qu’un début de guerre civile a embrasé Gaza (30 tués en un week-end), avec étrangement les mêmes acteurs ; les « Brigades des martyrs Al Aksa » (branche armée des « laïcs » du Fatah) affrontent les « islamistes » du Hamas ; mais les mêmes « laïcs » ou « islamistes » (à ceci près que cette fois, c’est le redoutable et clandestin « Djihad islamique » qui revendique l’attentat) se disputent donc « l’honneur » d’avoir tué des Israéliens ... tandis que le gouvernement du Hamas, une fois de plus, vient approuver la boucherie.
Tant de guillemets en une dizaine de lignes ne doivent pas camoufler l’essentiel. Les deux tendances qui s’affrontent à Gaza reproduisent, en miniature et en gros, les deux camps qui se concurrencent de plus en plus nettement dans le monde arabe au Proche-Orient, celui des « nationalistes arabes » majoritairement sunnites, et celui des « islamistes transnationaux », majoritairement chiites et sous l’orbite de l’Iran - même si, et là est le paradoxe, le Hamas est l’émanation palestinienne des « frères musulmans » sunnites. Mais sur le fond, ni l’un, ni l’autre de ces camps n’a intégré l’acceptation d’un état juif indépendant dans la région ... et les attentats vont continuer, seuls des moyens sécuritaires (défensifs ou offensifs) permettant de les réduire à un niveau supportable. Pour mémoire, le dernier attentat suicide en Israël remonte à avril 2006, à Tel Aviv.
Découvrir ou redécouvrir sur le blog, à propos de cet avant-dernier attentat, le magnifique article d’un journaliste arabe, Nazir Majali - affaire de démontrer que tout le monde n’est pas fier de telles actions dans le camp d’en face (lire ici)
Libellés : Palestiniens, Terrorisme 2007
28 janvier 2007
Nouvelle adresse du blog
En désespoir de cause, et pour rétablir un lien avec le lectorat, j’ai donc créé une nouvelle adresse :
rencontrejfm@noos.fr
C’est celle qui s’affiche sous le bandeau titre du blog.
Merci pour vos prochains mails, et bonne lecture à tous !
Libellés : Actualité du blog 2007
Bravo, Michel Platini !
Michel Platini, élu Président de l'UEFA !
Tel est le titre de l’article en lien, qui relate l’élection de ce « très grand » du football français, à l’issue d’un scrutin qui fut particulièrement serré.
Au-delà de la fierté partagée avec tous les Français pour cette consécration ; au-delà du bonheur de voir (c’est bien rare) un très grand sportif réussir parfaitement la longue et redoutable seconde partie de sa vie professionnelle ; il me revient une autre image, celle-là récente et que j’ai choisie pour lui rendre hommage : c’était à Séville, entre Noël et Jour de l’An. Poursuivant imperturbablement son calendrier de manifestations - même si aucun dialogue politique de fond n’a pu reprendre et malgré la violence sur le terrain -, le « Centre Shimon Peres pour la Paix au Proche Orient » a organisé un match de football bien particulier à Séville : une équipe mixte, israélo-palestinienne, a affronté une sélection espagnole (qui devait triompher par 3 buts à 1). Souriants sur la photo, Michel Platini qui devait présider ce match pas comme les autres ; Jibril Rajoub, conseiller de Mahmoud Abbas, le Président de l’Autorité Palestinienne ; et Shimon Peres, Vice Premier Ministre israélien.
Et puis, je publie avec plaisir cette photo, un peu pour oublier d’autres matchs de football, ceux-là qui ont fait sombrer un peu plus l’amitié entre la France et Israël : celui entre l’Hapoel Tel Aviv et le PSG joué à Paris il y a quelques mois, qui finit tragiquement et où un jeune supporter juif faillit être lynché par les petites frappes néo-nazis de la tribune « Boulogne » ; et, plus loin dans le temps, le match disputé à Ramat Gan par l’équipe de France, où Barthes, gardien de but vedette, avait dit (avec tellement de doigté !) qu’il n’était pas du tout, mais vraiment pas du tout heureux de venir jouer en Israël ... le sourire de Platini à Séville répond magnifiquement à ce trouillard tricolore !
Libellés : Espoir de Paix, Michel Platini, Shimon Peres
26 janvier 2007
Bush peut-il réussir au Moyen-Orient ? par Alexandre Adler
Ces deux préalables étant énoncés, on peut envisager comment l'Amérique peut encore se sortir de ce piège qui se referme peu à peu sur sa politique moyen-orientale. À l'évidence, l'Amérique ne conserve qu'une carte dans son jeu, mais elle est forte : le gouvernement chiite de Bagdad. En effet, le maintien de ce gouvernement au pouvoir dépend de la présence américaine à Bagdad. Faute de ce facteur américain, la guerre civile pourra tourner au bain de sang, avec des sunnites qui ont eu l'habitude de constituer la seule élite militaire et policière du pays. Malgré une supériorité numérique évidente, les chiites peuvent être battus et le bain de sang s'étendre. Or aucun des voisins de l'Irak ne peut tirer profit d'une telle situation.
L'Iran, bien sûr, qui devrait alors intervenir militairement au profit des chiites irakiens menacés et qui perdrait ce jour-là toutes les sympathies patiemment emmagasinées dans le monde arabe, en raison de sa fermeté en matière nucléaire qui plaît à la rue antiaméricaine. Pire encore, il y a de grandes chances pour qu'une armée iranienne d'invasion s'enlise plus gravement encore que l'armée américaine aujourd'hui, provoquant l'isolement et l'affaiblissement à terme du régime de Téhéran. Il va de soi que la Turquie, qui souhaite toujours faire partie de l'Europe, ne peut envisager un seul instant davantage que des opérations de police très limitées dans le temps et dans l'espace, en territoire irakien. Si la Syrie soutient activement le djihad sunnite en Irak, en grande partie pour acheter sa sécurité face à ses propres islamistes sunnites, il est évident que l'émergence d'un quasi-État sunnite et intégriste sur sa frontière de l'Est ne pourrait aboutir à terme qu'à un renforcement dramatique de la composante sunnite intégriste à Damas. Quant à l'Arabie saoudite, son actuelle direction modérée aurait tout à perdre à se fourvoyer dans une intervention directe au profit des sunnites irakiens qui ne pourraient que radicaliser son opinion publique.
Dans ces conditions, comme tout le monde l'aura constaté, pas un État de la région n'élève la voix contre la décision de George Bush d'envoyer 20 000 hommes supplémentaires, les protestations véritables et sincères se bornant pour l'instant à l'opinion américaine. Que peut donc faire le président Bush d'un tel mandat de gestion conditionnel et limité dans le temps ? Il peut sauver, dans la meilleure des hypothèses, l'unité de l'État irakien et, ce faisant, s'acquérir la reconnaissance de deux types bien distincts de forces qui ont le même intérêt que lui à maintenir cette unité.
La première, et la plus évidente de ces forces, c'est le bloc sunnite modéré qui se groupe autour du roi d'Arabie et inclut la monarchie jordanienne, les orphelins de Hariri au Liban, le Fatah en Palestine et surtout cette minorité substantielle de sunnites arabes d'Irak d'école hanafite qui ne veulent pas être représentés sur le plan politique par le bloc des orphelins de Saddam Hussein et des sectateurs d'Oussama Ben Laden. Parmi eux, la puissante tribu des Shammar est établie sur les trois grands États de la région, Irak, Syrie et Arabie saoudite, et le roi Abdallah lui-même en fait partie par sa mère, tout comme en faisait partie le premier président provisoire du nouvel Irak, Ghazi Yawar. Tous ces sunnites modérés pourraient, avec des garanties sérieuses, accepter la nouvelle hégémonie kurde et chiite à Bagdad pour peu que les extrémistes chiites de Moqtada Sadr et ses coupe-jarrets de l'Armée du Mahdi soient mis au pas définitivement. Or il se trouve que, pour quelque temps encore, les modérés iraniens, qui procèdent calmement et systématiquement à l'encerclement politique de leur président énergumène Ahmadinejad, peuvent accepter tacitement l'écrasement des hommes de Sadr qui n'ont de rapport à Téhéran qu'avec l'extrême droite chancelante des hodjatieh.
Si, par l'usage d'une violence réparatrice contre les plus violents, les Américains agissent à présent non pas en missionnaires allumés d'une démocratie inexistante mais en brokers honnêtes des intérêts à long terme des modérés saoudiens et iraniens, ils peuvent encore se sortir d'Irak la tête haute. On aimerait voir le visage ébahi des critiques pacifistes qui, aujourd'hui, avec la présidente Nancy Pelosi, pensent avoir déjà le scalp de Bush et de Rice à portée de leur tomahawk.
Alexandre Adler,
"le Figaro", 13 janvier 2007
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Libellés : Alexandre Adler, Le Figaro, Politique américaine
24 janvier 2007
"Ch’ah, la gargoulette et les élections présidentielles", par André Nahum
Petite parenthèse avant de vous laisser le plaisir de lire ce billet. Hier soir se tenait le 22ème dîner annuel du CRIF, où l’invité d’honneur est traditionnellement le Premier Ministre. Quatre candidats à l’élection présidentielle y ont fait une apparition, plus ou moins prolongée (Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy, François Bayrou et Corinne Lepage) ! Et alors que j’évoquais - pour vous présenter le petit film mis en ligne hier - la présentation souvent déplorable d’Israël dans nos médias, il a été largement question dans les discours officiels de l’amitié retrouvée avec la France. Sans surprise, l’ombre des menaces génocidaires de l’Iran a aussi marqué le discours du Président du CRIF, Roger Cukierman, qui achève son dernier mandat cette année (lire sur le site du journal "Le Monde" et le texte complet sur le site du CRIF).
Cette fois la campagne électorale est bien commencée.
Chaque candidate ou candidat déclaré ou potentiel nous assure la main sur le coeur de sa sincérité et son désintéressement et nous promet des lendemains particulièrement lumineux. Tous ces hommes et ces femmes ne sont mus, bien sûr que par le désir d'améliorer notre destin. Comme dit l'autre, nous le valons bien.
Mais qui faut-il croire ? A qui peut-on faire le plus confiance ? Qui faut-il choisir ? C'est une autre question.
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Tout d'abord, lorsque quelqu'un vous annonce franchement que ce qu'il vous propose ne vaut rien et que vous n'en tenez pas compte parce que vous persistez à vous fier à l'apparence, vous ne devez vous prendre qu'à vous même.Ensuite si vous achetez du miel ou n'importe quoi d'autre, ne vous contentez pas d'un examen superficiel, mais assurez vous que la marchandise que l'on vous propose correspond bien à ce que vous en attendez.Pourquoi est-ce que je vous raconte cette édifiante histoire de Ch'hâ alors que je voulais vous parler des prochaines élections Je ne saurais vous le dire. Mais tout de même, avant d'arrêter votre choix sur un candidat ou une candidate, assurez vous que c'est bien du miel qu'il ou elle va vous apporter et pas seulement un leurre."
Libellés : André Nahum 2007, Ch'ha, Elections présidentielles
23 janvier 2007
Israël, la "success story" qui em... les antisémites !
Démission du Chef d'Etat Major suite aux "ratés" de la guerre du Liban, gouvernement impopulaire et scandales à la tête du pays ... les nouvelles ne sont pas très bonnes, alors que le pays se retrouve à un croisement dangereux de l'Histoire avec les menaces de l'Iran. Or Israël est une démocratie tout à fait transparente où les citoyens peuvent renverser les pouvoirs - et cela, sous les regards du Monde et des médias internationaux, plutôt friands de mauvaises nouvelles en provenance de l'état juif, et beaucoup moins disants quand il s'agit de rendre compte de sa montée en puissance régulière.
Si 2006 n'a pas été une bonne année sur le plan politique, elle a été remarquable sur le plan de l'économie, avec une croissance de 4,8 % malgré la guerre, des exportations en forte hausse, une baisse du chômage, une inflation quasiment nulle et des investissements records (23 milliards de dollars, un chiffre extraordinaire pour un pays neuf fois moins peuplé que la France). Ces résultats ne doivent rien au hasard : avec un niveau culturel et éducatif qui n'a rien à envier à celui de notre Europe, et surtout un effort unique au monde en termes de recherche, Israël (surnommé le "Silicon Wadi" pour ses entreprises "High Tech") s'est placé dans le peloton de tête des gagnants de la mondialisation. Cela, on comprend que les antisémites de tout aquabit le digèrent fort mal, et qu'ils préfèrent disserter sur les faiblesses du pays - qui bien sûr existent, à commencer par les fortes inégalités sociales. Comme Israël est mal vu ici, on peut également compter sur nos chaînes de télévision pour vous montrer des soupes populaires à Jérusalem, et ne jamais passer de reportages sur les laboratoires des multinationales qui ont poussé comme des champignons. En attendant, voyez pour changer ce petit film envoyé par "Ram Zenit" du blog ami PAF en lien permanent, où vous lirez (en anglais, hélas) un petit rappel sur les réalisations d'Israël, alternant avec de jolies vues touristiques. Pour celles et ceux qui l'ignorent, vous découvrirez ainsi que c'est dans ce minuscule pays, tellement décrié, tellement mal connu ici, qu'ont été mis au point plusieurs inventions qui ont changé leur vie quotidienne, du téléphone portable aux logiciels de leurs microordinateurs !
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Libellés : Economie, Israël, Vidéo 2007
22 janvier 2007
Que peut faire l'Europe face à la République Islamique d'Iran ? Monique Atlan et Fabrice Chiche seront mes invités le 28 janvier
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21 janvier 2007
Carnets de Jordanie, 5 : retour ou "French Cancan"
On ne dira jamais assez combien la connaissance de la géographie est nécessaire pour comprendre les hommes. Les comprendre, c’est-à-dire comprendre leur culture, ses codes, ce que l’on pourrait appeler d’une manière très étendue leur langue. Car les hommes ne parlent pas tous le même langage ; les sociétés ne communiquent pas toutes en empruntant les même voies. Et où trouver la raison de ces différences sinon dans l’esprit des lieux, que les Anciens allèrent jusqu’à représenter par autant de dieux? Un Dieu pourtant devait finir par s’imposer, le Dieu qui se révéla dans le désert, le Dieu du buisson ardent, le seul Dieu rebelle à toute représentation matérielle. C’est ce Dieu là que l’on prie encore, aujourd’hui, dans le Moyen-Orient, dans les synagogues, les mosquées, et les églises. Et même si certains le prient également en Europe, ce serait une illusion que de croire qu’ils s’adressent à lui - où qu’Il leur parle - de la même façon : les hommes du désert ne sont pas les hommes de la profusion de la terre et de l’eau. Cette carence se retrouve d’ailleurs dans l’utilisation qu’ils font du discours : les mots ne sont pas le principal de la langue ; les raisonnements, les explications, ne sont pas toujours à prendre ... au mot. Parce que le Moyen-Orient a sa raison à lui, qui le rend incompréhensible - quand on ne le méprise pas tout simplement - à certains esprits remplis d’eux mêmes et de leur logique. Une méta-raison, en quelque sorte, qui ne se laisse pas saisir par tout le monde : les hommes du désert se sont protégés - peuples longtemps asservis à des dominations étrangères, ils ont posé un code sur leur porte, pour rester inintelligibles à toute oreille autre que la leur. Eux seuls peuvent se comprendre.
Le taxi roule sur la route qui part d’Amman pour arriver à la frontière du Pont Allenby. Le ciel est clair, bleu, très différent du brouillard mouillé qui nous avait accueillie. Et de la nuit. En sortant de la ville, les collines se font plus hautes, deviennent presque montagnes escarpées, avec des ravins desquels les conducteurs sont protégés par un petit muret. Pourtant, un camion - à moins qu’il ne s’agisse d’une voiture - est tombé : les morceaux de bétons jonchent la route, sur laquelle il faut zigzaguer lentement pour les éviter, tandis que des enfants, des voitures, sont agglutinés sur le côté. Ils regardent le véhicule qui a plongé dans le vide. Le chauffeur est-il mort ? Probable. Le véhicule, sous l’effet du choc, s’est-il incendié ? Pas sûr. Pour les moins curieux, ou les plus pressés, il ne leur reste plus qu’à imaginer la chute, les tonneaux, les projections, avant que le véhicule ne se soit immobilisé. Les murets semblent une bien dérisoire protection face à l’imprudence des hommes.
Amman est maintenant derrière. Entourée par des collines ocres et vertes. Ce qui apparaît devant, brutalement, c’est le désert : en Jordanie, comme en Israël, la nature, et le temps, ne connaissent pas les transitions. Paysages, couleurs, climats, Histoire, événements, tout ce qui est change par soubresauts. C’est que la terre et le cycle des choses sont trop étroits pour ne pas être économes : il n’y a point de place pour la lente maturation des hommes et des choses. Le taxi roule, et un homme est assis, près de la route, sur le pas de sa maison : c’est un vieux, il porte un kieffeh à la manière saoudienne, et il regarde, légèrement courbé, les voitures qui passent devant sa porte. Celui-là a maintenant tout son temps : il a fait le tour de tout ce que l’on peut voir et aimer. Deux enfants, chacun sur un âne, cheminent en bavardant. Dans les collines ocres, comme des tout petits boutons, des tâches plus foncées bougent lentement : ce sont les chèvres, les chèvres noires et marrons, aux longues oreilles pendantes. Les virages se font plus souples, la terre est déjà aplanie, quelques villages, un champ de dromadaires, la pancarte indique la droite pour ceux qui cherchent la frontière. Allenby. Les frontières ont gardé la mémoire du mandat britannique.
Aujourd’hui, tout est très tranquille sur le pont Allenby. Les habituels embouteillages, les cortèges de véhiculent qui n’en finissent pas - aujourd’hui, rien de tout cela : le bus, où nous ne sommes que trois - un américano-jordanien et une australienne très australienne - roule rapidement. Par la fenêtre, quelques moutons. Depuis Amman, nous avons perdu de la hauteur pour arriver au niveau de la Mer Morte, au dessous du niveau de la mer. Cela se sent : il fait chaud. Alors tout d’un coup, les drapeaux changent. Au lieu du vert-noir-rouge-blanc, une simple étoile bleu ciel, flanquée de deux traits. Et puis ce sont les signes qui changent : si l’arabe ne disparaît pas, il est maintenant accompagné de petites lettres carrées. Les uniformes ne sont plus les mêmes. Seuls les hommes, le soleil et le ciel clair n’ont pas encore changé.
Quelques familles, des hommes seuls, tout le monde passe aux contrôles. Contrôles de papiers. Contrôles de bagages. Contrôles de visas. Contrôles personnels. Chacun doit entrer dans une espèce de portillon qui projette un souffle d'air, par plusieurs orifices, contre la personne. L’appareil prévient, de sa voix métallique : « projection ». Des hommes rigolent. D’autres font la tête. En tous les cas, personne ne sait ce que c’est. Une pancarte qui indique en arabe deux visages recherchés par la police : 10 000 dollars. Les deux hommes - à moins que ce ne soit le même, sous deux identités différentes - n’ont vraiment pas l’air sympas. Et puis encore des contrôles. Papiers. Visas. Papiers. Impossible de se tromper : nous sommes arrivés en Israël. Et en revenant en Israël, nous avons retrouvé la vieille bête, celle dont on ne veut plus entendre parler, mais que personne, cependant, ne peut se payer le luxe d’ignorer, et moins encore à une frontière : la guerre.
Dans la Tradition Juive, il est deux peuples avec lesquels Israël ne peut conclure d’alliance : Ammon, Moab. Pourtant, des entrailles de Ruth, une Moabite, et de surcroît une convertie, devait sortir le roi David, figure messianique pour un Juif.« Et d’Ammon ? Qu’est-ce qui sortira d’Ammon ? »
Jérusalem s’étire de tout son long. On voit au loin la Mosquée, le Dôme, au pied duquel se tient le Mur du Temple. Des Eglises, et puis des bâtiments modernes. C’est un sentiment délicieux que celui de rentrer chez soi. Surtout après ce qui devait apparaître, rétrospectivement, comme un long voyage. Celui d’Ulysse, d’Alice, tous les voyageurs ont le même visage et tous font le même voyage. Une sonnerie dans le taxi collectif. Pas une sonnerie, un french cancan téléphonique ! La petite musique française a trouvé le moyen de venir jusqu’ici. Le cancan parisien, avec ses farces et ses entourloupes, dans ce taxi. Comment ne pas rire ?
Quand le taxi insista pour que je descendis à cet endroit, je résistais dans un premier temps : il allait pas se débarrasser de moi comme ça ! Finalement, après un longue conversation en hébreu, où l’hébreu prit un accent arabe et un accent français, je descendis en pensant que le chauffeur avait certainement ses raisons : parfois, il faut laisser une place à l’inspiration de l’autre. Ce n’est qu’une fois descendue que je la vis, la porte : levant les yeux, elle était là, en pierres, animée, chahutée, bousculée comme une embarcation au milieu de la tempête, brinquebalée de tous les côtés, mais toujours là, comme si elle devait y rester pour l’éternité. La Porte de Damas. La Porte de Damas, devant moi, en plein Jérusalem. Les chauffeurs de bus de la place Abdali en aurait fait une drôle de tête !
Jérusalem, le treize janvier deux mille sept
Isabelle-Yaël Rose
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(1) Note de Jean Corcos : en phonétique, le désert se dit "midbar", le verbe parler "ledaber". Les racines hébraïques étant les mêmes, le "midrash" (collection de proverbes tirés de la tradition religieuse) souligne, bien sûr, cette coïncidence qui n'en est pas une, la parole divine ayant été délivrée dans un désert (celui du Sinaï).
Libellés : Isabelle-Yaël Rose 2007, Jordanie, Reportage
19 janvier 2007
Carnets de Jordanie, 4 : "l'Appel d'Amman", ou "le Chemin de Damas"
La gare routière du quartier Abdali est l'un des endroits les plus fantastiques de la ville. Entre les pots d'échappement des autobus - de toutes tailles et de toutes formes - des voitures, des taxis; des vendeurs ambulants font griller des cacahuètes, des pralines, des brochettes, le tout dégageant une fumée noire à l'odeur cependant alléchante. Beaucoup d'hommes, qui montent ou descendent des autobus arrivant ou partant pour le Liban, l'Arabie Saoudite, la Syrie. Toujours des hommes, qui apostrophent les passants pour les inviter à utiliser leur compagnie routière plutôt que l’autre.
Des dizaines de fois nous sommes passée, enchantée par tout ce tintamarre et une perspective géographique qui semblait ouverte. Semblait. Il arrive en effet que l'on se sente à l'étroit à l'intérieur des frontières - que l'on nous demande pourtant de rétrécir encore - du petit Etat d'Israël. Des dizaines de fois des messieurs nous ont approchée - très poliment - pour nous demander si nous étions intéressée à voyager. Toujours la même destination, car pas une fois on ne nous aura proposé autre chose : Damas. La grande Damas. Une fois, un homme nous accosta en nous expliquant qu'il lui manquait seulement un passager pour boucler : si nous avions la bonne grâce de nous sacrifier, l'autobus, qui n'attendait plus qu'une personne pour pouvoir démarrer, pourrait enfin partir, soulageant ainsi la dizaine de passagers qui attendaient entre les cacahuètes et les brochettes de poulet. Une autre fois, tandis que nous payons notre taxi, un autre nous ouvrit carrément la porte, prétendant nous embarquer directement dans son autobus qui partait incessamment pour la Syrie. A chaque fois, le même mot accueillait notre passage sur la grande place turbulente : Damascus, Damascus ! Nous finîmes par nous demander si les hommes n'étaient pas des Palestiniens déguisés qui avaient compris que nous étions israélienne : n'etait-ce pas un piège pour nous tenter? Et nous liquider au passage de la frontière ! A la vérité, sans doute avaient-ils compris que nous ne rêvions que d'une chose : aller à Damas. C'était écrit sur notre tête.
Nous pensâmes plusieurs fois, excédée, leur répondre tout simplement, histoire de voir leur tête a eux:" Ecoute, monsieur. Moi, je veux bien aller à Damas, et je veux même bien te payer dix fois le prix du voyage. Mais toi, peux-tu m'arranger le passage à la frontière, avec un passeport israélien, et un passeport français bourré de visas pour Israël ? " Nous contrôlâmes notre agacement: ils n'y étaient pour rien, les pauvres ! Ainsi la vie des petits est-elle parfois l'otage de l'Histoire et des calculs des Grands.
Nous-nous décidâmes, un beau matin, à taper haut. Nous étions-nous levée du pied gauche? Un songe nous avait-il visitée pour se jouer de notre conscience? L'idée : nous adresser directement aux autorités qui étaient effectivement compétentes. Un visa, cela se délivre dans une Ambassade. C'est ainsi que nous primes un taxi - on ne sait pas pourquoi, mais quand nous dîmes au chauffeur: "Ambassade de Syrie ! ", l'homme devint très jovial. Il resta d'ailleurs très jovial pendant tout le chemin, quoique silencieux, et quand nous arrivâmes devant l'Ambassade de Syrie, il refusa catégoriquement de nous donner un prix : à nous de décider ce que nous voulions. Toujours soupçonneuse, nous pensâmes que c'était une ruse mystique destinée à vérifier à combien nous estimions le prix de notre tête, C'est pourquoi nous payâmes au chauffeur une somme qui, sans être exagérée, nous sembla pourtant tout a fait réaliste et correcte.
Devant l'Ambassade de Syrie. On prend son souffle, comme un plongeur qui s'apprête a plonger en apnée. Certes, il ne faut pas trop non plus s'exagérer l'importance du danger - le touriste reporter aime se faire des frayeurs qui lui laissent penser qu'il est un héros - mais tout de même : l'Ambassade de Syrie, ce n'est pas non plus l'Ambassade de France ! On regarde le bâtiment, le drapeau, le garde, et on entre à l'intérieur. Comme un enfant, ou un somnambule qui se réveille brutalement au milieu de son rêve, pour se découvrir dans une autre pièce sans comprendre comment il y est arrivé, on n'y croit pas : ça y est, on est en Syrie ! La photo officielle du Président Assad est affichée au mur et nous regarde : nous, c'est a dire moi. Une question imbécile nous traverse la tête: un Juif est-il déjà entré dans cette Ambassade ? Un Israélien ? Monsieur le Président Assad a t'il déjà vu un Juif ? Et les personnes qui sont là, en train de délivrer des visas ? On préfère laisser la question en suspens : soudainement, on se sent comme le premier homme sur la Lune, sauf que nous n'avons ni combinaison, ni masque respiratoire, ni fusée. Et puis on n'a pas du tout dans l'intention de sortir notre drapeau israélien pour le planter.
Traversant la salle destinée aux visas, nous avisons une petite porte entrouverte qui mène vers des bureaux. Ayant interrogé du regard un homme, qui nous invite a continuer, nous entrons: et nous voila au coeur de l'Ambassade, devant des portes fermées. Un jeu vidéo, sauf que c'est la réalité. Des personnes vont et viennent, qui ne portent pas grande attention a notre présence. Notre coeur bat très fort. Nous sautons alors sur une jeune femme, à qui nous expliquons que nous écrivons pour un journal français, mais que nous souhaiterions rencontrer quelqu'un de l'Ambassade pour discuter d'un possible voyage à Damas. Elle nous demande si le Consul ferait l'affaire. "Le Consul ?! Mais certainement pas, Mademoiselle!" On pense en effet que si on rencontre le Consul, il va être très fâché contre nous quand on lui dira qu'on est bien française mais aussi juive et israélienne. Alors comme il n'est pas possible de dire comme cela tout de go à la jeune femme que nous sommes juive et israélienne - il faut respecter un protocole quand on entend faire ce genre de déclarations - on lui donne notre carte, pour le bureau vers lequel elle va, carte sur laquelle est écrit que notre journal est JUIF. Pourvu qu'il le voit, le monsieur à qui elle va parler: c'est pour ça qu'on l'a écrit sur notre carte personnelle!
Le message est passé: la jeune femme ne nous parle plus du Consul. Nous retournons dans la salle des visas ou un jeune homme nous demande ce qu'on veut. Et nous de balbutier : "on veut aller a Damas. Mais cela peut sans doute être problématique à cause de notre identité". Il nous demande notre identité. On se voit mal lui répondre avec les dizaines de personnes qui sont agglutinées autour de nous dans le hall. C'est d'une main tremblante que nous lui tendîmes les deux passeports : le français et l'israélien. Notre main en tremble encore.
Le jeune homme est beau, brun, la peau claire, les traits fins. Il regarde dans un premier temps le passeport israélien, et puis, que Dieu bénisse les Syriens, le jeune homme sourit. Il ne nous sourit pas, pas à nous: il sourit. Il sourit en regardant le passeport israélien. Combien en a t'il tenu dans sa main? Combien de passeports israéliens sera t'il amené à rencontrer ? Seulement le mien ? Des centaines ? Nous regardons la photo du Président Assad, et nous pensons: "tout dépend de cet homme. Lui seul a le pouvoir de décider." Mais déjà, nous sommes heureuse. Oui, heureuse: heureuse d'avoir tendu notre main à un jeune homme syrien qui a pris notre passeport israélien de notre main. Pour nous, nous sommes en train de vivre un moment très important : la rencontre entre deux univers qui ne sont pas faits pour se rencontrer. Dans notre émotion, nous pensons a Amman, aux Jordaniens, à leurs ancêtres, à leurs enfants, et à notre famille chrétienne, en France : ce sont eux qui ont permis, chacun à leur façon, cette rencontre. Le jeune homme sourit : on aimerait savoir ce qu'il pense.
Sur la place Abdali, toujours les même invitations : Damascus! Damascus ! Les hommes politiques parlent de leurs conditions: le Golan, les frontières. La sécurité, les armes, peut être la guerre. Et puis la France, l'Iran, la Russie, les USA, l'ONU, l'Europe. Et puis Khaled Meschaal, le Hamas, le Hezbollah. Et puis les autres. Des frontières plus certaines que n'importe quelles barrières qui me séparent de mon rêve: les calculs - nécessaires eux aussi - des Grands. Mais les jordaniens de la gare routière sont têtus : Damascus ! Damascus ! Je les regarde, je leur souris, avec en l'esprit les visages superposés du Président Assad, du Premier Ministre Olmert, et du jeune homme de l'Ambassade de Syrie : "Damascus! Damascus ! Inch Allah, bientôt ! "
Le douze janvier deux mille sept, Amman
Isabelle-Yaël Rose
Libellés : Isabelle-Yaël Rose 2007, Jordanie, Reportage
18 janvier 2007
Carnets de Jordanie, 3 : l'église copte, ou "Amman Code"
Nous avons souvent tendance a négliger l'importance - et l'influence - des Arabes chrétiens au Moyen-Orient : si l'on s'en tient aux chiffres, douze millions de personnes peuvent paraître quantité négligeable. En fait, nous ne parlons des chrétiens du Moyen-Orient que lorsqu'ils sont menacés dans leur existence - comme ce fut le cas en Irak au début de la guerre - ou lorsqu'ils peuvent devenir une carte politique maîtresse : ainsi de la présence des Maronites au Liban. Mais pour ce qui est de leur contribution a l'histoire de la région, pour ce qui est de leur influence dans la société, de leurs rapports avec les musulmans, nous en restons souvent aux stéréotypes : tantôt brandis en victimes de leurs frères arabes musulmans, tantôt accusés de complaisance.
Si la Jordanie est un pays musulman, ou l'Islam est religion d'Etat, la constitution du Royaume Hachémite garantit néanmoins aux chrétiens certains droits. Certes, le pourcentage des chrétiens dans la population totale a sérieusement chuté : une étude menée en 2001 par Clarisse Tchatchou pour le Centre d'Etudes Oecuméniques d'Amman indique qu'en 1952, pour une population de 580.000 habitants, les chrétiens représentaient entre 10 et 12 pour cent de la population, quand ils ne représentent plus aujourd'hui que 3,4 pour cent au maximum (population d'environ ... six millions). Cette chute s'explique de multiples façons : les chrétiens, plus favorisés socialement et financièrement, ont eu la possibilité d'émigrer pendant les périodes de guerre et de crise économique sévère. Ce mouvement de départ fut doublé d'un mouvement inverse d'immigration qui conduisit en Jordanie des populations musulmanes qui fuyaient pareillement la guerre et la pauvreté (principalement Palestine et Irak, quoique tous les réfugiés ne se soient pas non plus installés ; certains Palestiniens continuèrent leur route vers le Liban, tandis que les Irakiens fortunés changèrent carrément de continent ; car il serait faux de croire que tous les immigrés étaient pauvres : il se trouvait aussi de riches immigrés à être arrives en Jordanie pour chercher la paix et la possibilité de continuer, à partir de la Jordanie, une vie normale et leurs affaires). Enfin, une dernière raison vient compléter les autres, qui est simplement à chercher dans les mathématiques : les familles musulmanes font davantage d'enfants que les chrétiennes. On en revient toujours la : les nombres !
Il se trouve à peu près mille coptes égyptiens en Jordanie. Leur Eglise, située en face de la grande Mosquée bleue construite pour rendre hommage au Roi Abdallah (le premier, grand père de feu le Roi Hussein), se situe tout près de l'Eglise catholique. Car une chose frappe la vue lorsque l'on arrive - ou lorsque l'on se promène - dans la ville : Amman compte de nombreuses Eglises. Ce n'est pas seulement que les bâtiments se partagent l'espace urbain, ou l'on peut voir une Croix à coté d'un Croissant, les chrétiens et les musulmans se partagent également la tonalité de la ville, dans ce qui est peut être aussi une compétition : les cloches des Eglises répondent aux appels du Muezzin - et inversement. Et si compétition il y a, il est remarquable qu'elle puisse avoir lieu : on ne peut pas en dire autant partout dans le monde.
L'eglise copte est en rénovation. Des hommes travaillent à reconstruire les murs intérieurs du bâtiment. Seule une immense chaire, et une grande fresque recouverte d'un plastique, sont visibles pour le passant. La fresque représente classiquement une Cène, entourée par le visage des douze apôtres. Cependant, si la représentation est classique, et sans doute d'une fabrication assez récente, la mise en scène est tout a fait surprenante : il manque tout bonnement ... un apôtre ! Au lieu des douze disciples qui accompagnent le Christ dans son dernier repas, le repas qui fonde le sacrement fondateur de l'Eglise - l'Eucharistie - le peintre n'a représenté que onze apôtres. Jean est tout a fait reconnaissable, à la gauche du Christ. A sa droite, Judas nous sembla t-il, est assis, tandis que deux apôtres debout désignent du doigt celui qui va trahir pour un peu d'argent. Onze. Onze apôtres. Six fois nous recomptons. On n'imagine dans aucune Eglise un peintre qui aurait pris tellement de libertés avec le Canon. Quand nous demandâmes au prêtre le nombre des apôtres, il nous sourit, amusé de notre étonnement : sans doute cette question lui avait-elle été déjà posée. Avec le même étonnement. Mais sa réponse, loin de nous éclairer, devait tout au contraire nous plonger dans une encore plus profonde perplexité : il n'y avait que onze apôtres, parce que Judas, le traître, n'était tout simplement pas représenté - au moment du repas, il n'était pas la ! Notre Yehuda s'était donc envolé ...
Nous demandâmes à plusieurs chrétiens les raisons de cette absence. Tout le monde nous regarda comme si nous étions une démente: une Cène sans Judas, impensable, impossible, incohérent. Judas avait bien assisté au dernier repas du Christ. L'artiste avait-il tout simplement oublié un apôtre ? Le prêtre avait-il décrété - contrairement a ce que semblait indiquer la représentation et le geste accusatoire des deux hommes - que cet apôtre ne pouvait être que Judas ? Et comment interpréter son interprétation? Fallait-il s'en réjouir ? S'en scandaliser ? Parce que finalement, les intentions de l'artiste, par défaut de renseignements sur son identité et la période de la composition, ne pourraient qu'être laissées à la spéculation. Seules restaient les intentions du prêtre et son interprétation.
En Occident, si l'on regarde avec attention les Cènes les plus célèbres, on remarquera que Judas est finalement le personnage le plus important : alors que le Christ est toujours représenté de la même manière, Judas admet plusieurs versions. Il est le personnage qui permet à l'artiste de s'exprimer, d'interpréter en fonction de sa personnalité et de ses convictions le traître et le moment qui précède la trahison. Sans Judas, et aussi bien d'un point de vue artistique que d'un point de vue théologique, il n'y a pas d'histoire, ni de tableau : Judas est la clé. Cette importance du personnage, qui devait devenir le prototype du juif, la Synagogue aveugle en face de l'Eglise, conduisit l'Europe vers ce que l'on sait : d'abord, la déformation historique, qui tendait à faire de Judas le juif, et des apôtres des chrétiens dépouillés de leur judéité. Avec tous les contresens qui en découleraient. Ensuite, cette centralisation sur Judas devait se transformer en une obsession contre les juifs qu'il représenterait dans tous leurs vices, jusqu'a finir par le thème du complot des juifs contre la chrétienté. La réponse du prêtre pouvait alors être lue de deux manières : soit il tendait tout bonnement à liquider physiquement le traître, ce qui révélait une impossibilité psychologique à comprendre la présence du traître au moment de la fondation du sacrement central de l'Eglise. Hérésie au regard du Canon. On peut supposer également que Judas étant le prototype du juif, c'était alors toute l'origine juive du christianisme qui était niée parce que inadmissible d'un point de vue culturel, psychologique. Soit, sa réponse témoignait de ce que pour lui, le traître n'était pas le centre de l'histoire, pas plus que la trahison. Le motif principal, c'était la Cène, le Christ, le sacrement, et les apôtres[1].
Nous ne saurons jamais ce que le copte pensait quand il nous répondit. Pas plus que le sens de son sourire énigmatique. Nous ne saurons pas plus pourquoi l'artiste n'a representé que onze apôtres. Reste ce phénomène peut être unique dans l'histoire du christianisme : une Cène à onze apôtres - lequel manque ? - est exposée dans l'Eglise copte d'Amman. C'est quand même quelque chose !
Amman, le onze janvier deux mille sept
Isabelle-Yaël Rose
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[1] Les Occidentaux font souvent un parallèle entre d'un coté les persécutions dont les juifs ont été l'objet en Europe, de la part des chrétiens; et de l'autre, le statut de dhimmi des non musulmans en terre d'Islam. Si cette comparaison peut être commode, en ce qu'elle établit une équivalence entre les chrétiens et les musulmans ("eux aussi l'ont fait, nous ne sommes donc plus tout à fait coupables"), elle nous semble cependant fausse : les juifs étaient persécutés en Europe parce qu'ils étaient juifs ; en revanche, quand ils ont été persécutés en terre musulmane, c'est parce qu'ils n'étaient pas musulmans. La distinction peut sembler indifférente, elle a pourtant une très grande importance : en Europe, c'était l'identité juive en tant que telle qui était insupportable et qui devait être éradiquée. C'est pourquoi une entreprise comme celle d'Hitler et son idéologie toute entière, est née en Europe et n'était possible qu'en Europe chrétienne : l'antisémitisme était ontologique et systématisé. Chez les musulmans, on ne reprochait pas au juif d'être juif, on reprochait au juif de ne pas être musulman : ce n'était pas l'identité qui était visée, mais le manque, le fait de "ne pas être". D'ou une coexistence mieux réussie, jusqu'à ce que la forme occidentale de l'antisémitisme ne vienne contaminer les musulmans exactement au moment ou, par la colonisation, ils rencontraient la culture européenne. Ce nouvel antisémitisme se diffusa alors, dans sa forme ontologique, obsessionnelle, en Orient.
Libellés : Isabelle-Yaël Rose 2007, Jordanie, Reportage
17 janvier 2007
Carnets de Jordanie, 2 : le Musée Militaire, ou "au nom du nom" (1)
Il n'est point de peuple sans histoire. Point d'identité sans mémoire. Telle fut la grande intuition du Roi qui restera dans la mémoire collective - israélienne et jordanienne - le Roi de la paix : une fois les frontières déterminées, la société sécurisée, le temps était venu de fixer l'identité de la Nation par une histoire commune et partagée. Plus encore quand on sait que la Jordanie, construite elle aussi par des vagues successives de ce que l'on pourrait presque appeler "immigration", serait et resterait un refuge dans la région. Elle accueillit trois vagues d'immigration palestinienne (1948, 1967, Guerre d'Irak), et, évidemment, des réfugiés irakiens. Devant cette composition complexe et multiple de la population, sans cesse en évolution, la consolidation d'une identité nationale était une nécessite politique pour la sécurité de la aussi toute jeune Nation. Tout le monde se rappellera des talents diplomatiques du Roi Hussein de Jordanie. Que beaucoup considèrent aujourd'hui encore comme le véritable constructeur du pays. Mais le Roi Hussein était également un fin politique, qui regarda toujours loin dans le temps. A cela seulement se reconnaît le véritable homme politique, porteur d'un projet et d'une vision : il travaille pour ses petits enfants.
Pour arriver au Musée Militaire, il faut remonter un petit chemin qui traverse, impeccable, une forêt. On arrive alors sur une grande esplanade, de laquelle il est possible d'avoir une vue générale sur Amman : la ville prend des allures athéniennes, vallonnées, avec des maisons que l'on croirait - effet de perspective - superposées. La perspective, avec ses lois, ses angles morts, ses reflets, ses illusions, est le compas qui dessine le cercle que forme l'histoire des hommes. Il faut alors monter quelques marches d'un escalier pour arriver sous des drapeaux : toujours les mêmes couleurs - rouge, vert, noir, blanc - que l'on retrouve pareillement sur les drapeaux de la Syrie, de l'Irak, et du Liban. C'est que les pays ne sont pas tout a faits étrangers : crées d'une révolte arabe contre les Ottomans avec le soutien - parfaitement stratégique - des Anglais. Des tribus qui avaient résolu de se défaire d'une domination étrangère : noir, comme les Abbassides ; blanc, pour les Omeyyades ; vert, de la couleur des Fatimides, et rouge, pour les Hachémites qui seraient appelés à régner sur l'Irak et ce qui n'était encore que la Trans-Jordanie (2). Le drapeau de la révolte arabe unifierait les hommes et les couleurs sous la bannière d'une liberté qui prendrait, dans un premier temps, la forme de la souveraineté. Le reste, du moins l'espérait-on, viendrait après.
Le bâtiment, blanc et nu, est d'une forme carrée. Seul un bandeau noir, où sont gravés des versets du Coran, vient habiller cette nudité de la couleur et de la forme. Au milieu de la façade, la porte, sombre et lourde qu'il faut pousser comme lorsque l'on entre dans un bâtiment sacré, n'interrompt pas la perfection de la clôture du bâtiment : massif, protecteur de la mémoire et de ses morts, mais aussi de l'histoire et de l'espoir des vivants. Parce que les deux sont liés, nécessairement.
Deux soldats sont assis derrière la réception. L'un, la peau très foncée, les yeux noirs et petits. La vivacité du regard, très fin, contraste avec les traits quelque peu grassouillets de l'homme. Il porte un uniforme militaire, dont on serait bien incapable de dire quel grade il indique. L'autre soldat, très grand, presque maigre, avec deux grands yeux bleus et clairs, comme sa peau qui rappelle quelque chose du Kabyle ou du Berbère. La Jordanie a des visages très différentiés. Ainsi de son armée visiblement. Le premier, qui parle difficilement l'anglais, nous accueille à la manière jordanienne : partout, la même phrase, répétée à tout moment, met a l'aise l'arrivant - "bienvenue en Jordanie". Il nous indique un registre où le visiteur est invité à écrire son nom, sa nationalité, sa profession. Nous disons notre nom, qu'il nous laisse écrire en lettres latines parce qu'il n'a pas, manifestement, très bien compris : quoique les arabes et les juifs soient deux peuples sémitiques, et que de nombreux mots partagent une racine commune quand ils ne sont pas tout bonnement les mêmes, il se trouve certaines sonorités qui ne sont pas compréhensibles. Communauté ne veut pas dire identique. Il nous demande alors notre nationalité. A quoi nous lui répondons que nous sommes française et israélienne. Le soldat a alors une réaction tout simplement ... extraordinaire : tel un enfant surpris, il ouvre la bouche et nous regarde avec ses petits yeux, maintenant immenses, sans rien dire, incertain de ce que nous venons de dire. Française et israélienne ? Cela existe ? A moins qu'israélienne, à lui seul, ne suffise ? L'homme se reprend, et nous demande avec ce même air d'enfant : "Israeli ?" Le langage a sa logique. La communication a ses malentendus mais aussi ses moments d'inspiration. Aussi, quand il nous interroge sur qui nous sommes, c'est en hébreu que nous lui répondons : "ken, Israeli". Décidément, l'homme n'en revient pas. De la même manière que nous rencontrions notre premier Jordanien il y a quelques jours à peine, sans doute sommes-nous sa première rencontre juive, et de surcroît israélienne. Quand il écrivit en arabe sur son registre "franco-israélienne", après avoir semble t-il demandé a son camarade s'il devait écrire les deux et avoir reçu une réponse positive, nous montâmes en haut.
Toute l'histoire de la révolte arabe s'étale, devant nos yeux. En 1916, de la Mecque jusqu’à Damas, des milliers d'hommes se lèveraient ensemble dans un même mouvement qui changerait pour toujours le visage de la région. Du monde. A ceux qui ne croient pas dans le pouvoir de l'homme, qui se lamentent devant l'impuissance des peuples et des Nations, comme si l'histoire, monstre hégélien, n'était qu'une mécanique autonome : il faut venir a Amman regarder l'oeuvre des hommes. Des émirs, des bédouins, des couteaux, quelques fusils et quelques pistolets, des chameaux, face à de l'artillerie et des chevaux. Et puis les visages, émouvants de dignité - et les règnes - se succèdent jusqu'a ce que l'on arrive à la bataille de Jérusalem. 1948. Pas seulement une date - un mythe. Pas au sens ou l'entendent les négationnistes et les trafiquants de vérité. La bataille de Jérusalem que le Musée qualifie invariablement de lutte contre "l'ennemi", qui n'est jamais nommé. L'israélien ne recevra son nom que quelques vitrines plus tard - nous sommes en 1973 - à l'occasion de trois bérets israéliens abandonnés.
Cette absence de nomination est-elle une faute au regard de la déontologie de l'historien ? Oui. Pourtant, ce simple soldat, ce Jordanien de maintenant, en disant à voix haute notre nom et notre nationalité, en l'écrivant en toutes lettres et en arabe, sur son cahier, vient de faire sans le savoir un acte historique : il a nommé celui qu'il ne faut pas nommer. Que toutes les personnes que l'on qualifie de "modestes", que ceux que l'on appelle les "humbles", qui ne croient pas dans leur pouvoir et dans leur prise sur le cours des choses et de la réalité, viennent visiter ce Musée et réclament de voir le petit cahier : le nom y est. Ce que le passé, le passé officiel, n'avait pas réussi a surmonter, ce soldat, innocemment et comme en passant, vient de le rectifier.
Au tout dernier étage, le Mémorial. Des noms gravés en lettres d'or sur des plaques. Est-il interdit à un Israélien d'être ému devant les noms des morts de ceux qui furent ses ennemis? Qui tuèrent son peuple, sinon sa propre famille? Il est interdit à un Israélien d'oublier son peuple, sa souffrance, sa famille. Il est interdit à un Israélien d'oublier son histoire. Interdit d'oublier ses ennemis d'aujourd'hui. Interdit d'oublier ses morts de tous les temps. Il n'est pas interdit à un Israélien de pleurer sur tous les morts. Car c'est cela que devrait être un Mémorial : un lieu où chacun vient à la rencontre des morts de l'autre pour rendre possible la paix, et la rencontre, entre les vivants. Un jour peut être - pas forcément bientôt - notre soldat jordanien viendra à Jérusalem, ou à Tel Aviv, pleurer sur les morts de ceux à qui il vient de rendre un nom.
Amman, le dix janvier deux mille sept.
Isabelle-Yaël Rose
Libellés : Isabelle-Yaël Rose 2007, Jordanie, Reportage
15 janvier 2007
Carnets de Jordanie, 1 : le Troisième cercle
Première matinée : le touriste se met en quête du Ministère du Tourisme jordanien où il sait pouvoir trouver un plan complet et détaillé. La mission, a première vue, semble aisée : trouver le Troisième cercle. Sauf qu'au Moyen Orient, rien n'est jamais joué sur le papier : les distances estimées a vol d'oiseaux sont des pièges, plus encore a Amman où la ville, construite a l'origine sur sept collines, alterne avec grâce et caprice entre pentes, virages et cotes. Un défi au plus solide sens de l'orientation.
Jebel Weibdeh, quartier d'habitation populaire et tranquille, se tient en retrait de l'agitation du quartier Abdali : tout ce qui est en mesure de rouler circule, vers Damas et Beyrouth, a partir de lui. Car la Jordanie, quoique modeste au regard des titans qui la regardent - la Syrie, l'Irak, l'Iran, l'Egypte - est la carte centrale, nécessaire et inévitable, de la région : tout part et tout mène a Amman.
Le plan sommaire indique qu'il suffit de descendre de Jebel Weibdeh vers le Troisième cercle pour trouver le Ministère du tourisme. En fait, il faudra descendre, tourner brusquement sur soi même, remonter une cote très raide, en passant devant une école, pour arriver au ... Deuxième cercle! Ce qui semble être dans l'ordre des choses et de la géographie du nombre.
Les Jordaniens, s'ils peuvent, quand les circonstances le commandent, se révéler froids, sont des gens qui aiment aider. Et bavarder. C'est de bonne grâce qu'ils répondent aux questions du passant qui cherche son itinéraire. La question innocente - il n'est de questions innocentes qu'en apparence - peut, à l'occasion provoquer, une vive conversation a laquelle se joindront d'autres personnes, jusqu'à ce que celui qui parlera avec le plus de conviction finisse par imposer sa réponse. Mieux vaut vérifier, cependant, et à quelques mètres de distance, auprès d'un nouvel interlocuteur qu'on aura pris le soin, cette fois, de sélectionner : solitaire et isolé. Poser des questions, interpréter les réponses diverses et parfois même contradictoires, cela est un art. Car cette recherche d'itinéraire, et toutes les stratégies humaines qu'elle oblige à mettre en place, font toucher à quelque chose de très profond dans la culture et les habitudes mentales de celui qui interroge et de celui qui parle.
Le chemin qui conduit du Second au Troisième cercle est calme. Droit. Ce simple fait, habituel en Europe, doit ici nous alerter car sans doute est-ce une ruse pour mieux tromper : au bout du chemin, juste avant que l'on n'arrive a ce qui ressemble fort a l'arène dangereuse d'un cirque romain où des chars se livrent une compétition sans pitié, se tapit un bâtiment qui porte le nom "Ministère du Tourisme". L'esprit engourdi par la ligne droite, moyennement attiré par la perspective de se jeter dans l'arène de la place, se réjouit en pensant trop rapidement qu'il a trouve le Ministère, comme si sa quête pouvait, d'une manière aussi facile que soudaine, se terminer. A bons frais. Et son désespoir de redoubler quand il découvre qu'il n'est pas arrivé - parce qu'il y a plusieurs bâtiments du Ministère du Tourisme - et qu'il devra affronter l'épreuve suprême : la traversée du Troisième cercle. Il est des épreuves nécessaires...
Le Troisième cercle est là, qui fait face. Une arène de voitures dectiques se pourchassant dans le brouillard et la poussière. Surplombée par le superbe Hôtel Royal dont la masse, solide et imperturbable, devient repère. Le Français est d'un naturel naïf et assisté. Ce n'est point génétique, seulement culturel : depuis son enfance, il est conditionné à croire dans les feux rouges, à suivre les parcours flèches, à chercher un passage clouté. Feux, flèches, passages protéges : tel est le credo de sa foi enfantine et occidentale. La traversée du Troisième cercle devient alors le rite initiatique - forcément rude - qui marque son entrée en Jordanie, son intronisation dans une autre civilisation, ou son passage tout court dans l'autre monde. Il y a toujours un risque.
Le Jordanien, nous l'avons déjà dit, aime aider. Il en fait même un point d'honneur, comme si sa réputation personnelle était engagée. Il y aura d'abord eu un chauffeur de taxi, et puis deux hommes, à tenter de dédramatiser la situation et à nous enjoindre de foncer. Tant d'insistance, et d'unanimité, finirent par réveiller nos réflexes ancestraux, taillés par des siècles d'histoire et d'expérience, nos réflexes judéo-israélo-francais : après tout, aucun ne se porta volontaire pour nous prendre par la main et traverser avec nous le Troisième cercle. Et quand nous vîmes quelques indigènes se lancer tout de go dans la tempête, nous nous dîmes que cela participait nécessairement d'un complot, d'une mise en scène. Mais l'argument décisif, c'est de la Jordanie elle même qu'il devait venir.
La ligne droite, violente et brutale, ne pouvait pas être la voie. Car la civilisation dans laquelle nous étions en train d'entrer était une civilisation hautement sophistiquée. Le Troisième cercle ne s'évitait pas. Il ne se traversait pas. Pour franchir le Troisième cercle, il fallait d'abord revenir sur ses pas et puis tourner, a contre-courant, jusqu'a dessiner un cercle inverse et superposé, qui serait le pont permettant de passer de l'autre cote. Le peuple jordanien est un peuple raffiné qui a le sens de la stratégie et de la complexité.
Quand nous arrivâmes au Ministère du Tourisme, un officier de police nous accueillit. Apres avoir cherché vainement un plan d'Amman, il s'excusa : il n'en trouvait pas. Cela n'avait déjà plus d'importance. Nous étions arrivée dans Amman.
Amman, le huit janvier deux mille sept .
Isabelle-Yael Rose
Libellés : Isabelle-Yaël Rose 2007, Jordanie, Reportage
14 janvier 2007
Carnets de Jordanie : un reportage inédit d'Isabelle-Yaël Rose
Vous avez certainement apprécié, depuis plus d'un an maintenant sur ce blog, la plume originale d'Isabelle-Yaël Rose. De son ancien métier (elle est agrégée de philosophie et a été professeur en France avant de rejoindre Israël, sa nouvelle patrie), elle a gardé un français de qualité, déroulant les phrases avec à la fois souplesse et rigueur. S'il fallait résumer son style, je dirais qu'elle sait doser avec grâce l'humour et la gravité, délivrant des analyses politiques assez profondes tout en ayant l'air de vous raconter un joli voyage ...
Or voici justement qu'elle vient d'en effectuer un de voyage, et qu'elle a bien voulu livrer pour "rencontrejudaiquesfm" la primeur des ses impressions sur un pays arabe clé, voisin direct d'Israël avec qui il a signé la Paix il y a plus de douze ans : la Jordanie. De ses quelques jours passés à Amman, alors qu'elle n'a rencontré ni ministres, ni personnalités éminentes, Isabelle-Yaël a rapporté un carnet de reportage où l'anodin devient une mine d'informations, et où les plus humbles personnages rencontrés deviennent les acteurs de l'Histoire en marche ! Vous la découvrirez donc, et successivement, chercher sa route dans la ville aux sept collines où la traversée d'une place tient des jeux du cirque romain ; marquer de sa signature franco-israélienne un Musée où sont honorés les morts des guerres passées avec un "ennemi sans nom" ; entrer dans une Eglise copte et nous livrer une analyse talmudique d'une Cène où manque Judah ; dévorée de l'envie d'aller à Damas en avant première d'une Paix tellement rêvée, et foulant le territoire syrien par Ambassade interposée ; et enfin, de retour et toute mélancolique, retrouvant Israël par le poste-frontière du pont Allemby, un état de Guerre oublié quelques jours ... et portant le rêve d'un "Grand Moyen Orient" réconcilié !
Vous lirez donc, à partir de demain lundi et pendant toute la semaine prochaine, ses cinq "Carnets de Jordanie" qui inaugurent un genre nouveau sur le blog : le reportage en terre musulmane !
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Libellés : Isabelle-Yaël Rose 2007, Jordanie
On parle du blog sur la toile (suite)
Je ne peux tous les citer, bien sûr et ce serait fastidieux, en voici quelques uns qui témoignent de leur diversité, en vous invitant à lire les liens :
Le blog "Le Troisième Temple de Jérusalem" recommande chaudement mon émission, cela fait bien plaisir de découvrir un auditeur fidèle et intéressé !
L'historien israélien Ygal Bin-Nun avait été mon invité en juin 2005, nous avions parlé des relations secrètes entre Israël et le Maroc. Il évoque cette émission sur son blog, où figurent aussi beaucoup de documents sur le sujet. Malheureusement, il semble avoir rapidement cessé d’actualiser le site.
"Zizou from Djerba", mon ami originaire de Djerba et dont le blog est en lien permanent sur le mien, a entendu le podcast de mon interview de Pierre Vermeren. Elle l’a intéressé, et il a lui-même mis un lien dessus ! A noter que Zizou, après avoir vécu un an au Liban vit maintenant aux Etats-Unis. Son blog a été récemment enrichi et embelli.
Ma dernière interview de Houchang Nahavandi a été enregistrée sur un site iranien d’opposition, où elle peut être entendue ... mais cela, j’en avais déjà parlé sur le blog.
Un blog américain se fait l’écho de la traduction par « Memri » d’un article de Mezri Haddad publié en exclusivité sur le blog - cela, je vous en avais également déjà parlé ici.
JC Durbant a publié un salut amical à « Rencontrejudaïquesfm » ... en reprenant mes deux « posts » sur les nouveaux blogs en liens permanents ... où je vous avais invité à découvrir le sien ! Le début, j’espère, d’échanges fructueux entre nos deux médias.
On parle même de mon blog en langue portugaise ! Le blog « Observatorio da Jihad » est un média très engagé contre l’islamisme, et il a repéré mon adresse, en indiquant même les heures d’écoute pour suivre l’émission à distance, sur Internet.
Merci à tous ! Et faisons le pari que 2007 sera très riche en nouveaux liens croisés et échanges.
Libellés : Actualité du blog 2007, Liens
12 janvier 2007
Kadhafi, portrait inédit

Le Cox du mois
- janvier 2007
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Cox et Forkum sont deux dessinateurs talentueux dont je vous recommande le site, si vous ne le connaissiez pas encore. En particulier, une série de « cartoons » qui font mouche ont été publiés à propos de l’affreux Ahmadinejad.
Cox a réalisé des portraits plus vrais que nature des dirigeants du monde musulman, certains sympathiques, d'autre beaucoup moins. J’en publierai un chaque mois cette année, en commençant par l’inénarrable Kadhafi ... qui vient de décréter un deuil de trois jours à l’occasion de la pendaison de Saddam Hussein.
Libellés : Cox du mois, Kadhafi, Libye
11 janvier 2007
Guerre d’Algérie, mémoires plurielles : écoutez Benjamin Stora sur le Web
Ce jour là, j’ai eu l'honneur d’avoir comme invité un très grand historien, Benjamin Stora, qui est une réelle référence pour ce qui concerne la guerre d’Algérie. L’interview a été bâtie autour de son livre, « La gangrène et l’oubli », et je vous invite à découvrir ou à relire l’article déjà publié sur le blog (cliquer ici).
Ce jeudi 11 janvier, « France 2 » doit diffuser une émission intitulée « La bataille d’Alger ». Beaucoup de réactions sont à prévoir, car on y verra comme invitées d’anciennes « poseuses de bombes du FLN » ... Décidément, après une période d’occultation parfaitement analysée par Benjamin Stora dans son livre, les blessures de ce douloureux conflit n’ont pas fini de cicatriser.
Vous pouvez écouter le podcast en appuyant sur play ou en le téléchargeant ici
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Libellés : Algérie, Benjamin Stora, Fracture coloniale, Histoire, Podcast
09 janvier 2007
Après la conférence négationniste de Téhéran : commentaires et réactions
Or les réactions d’authentiques Juifs pratiquants ont été cette fois nombreuses, et beaucoup plus affirmées que lorsque les mêmes « Nétoureï Karta » (« les gardiens de la cité) », secte antisioniste ultra, avaient par exemple été se faire photographier avec Dieudonné, être les hôtes du Hezbollah à Beyrouth ou prier sur la place publique lors de l’agonie de Yasser Arafat : la « photo de famille » avec Faurisson fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase ! Pour ceux qui n’auraient pas enregistré toutes les réactions, je vous en donne ci-dessous une petite compilation.
1. Une pétition pour exclure de la communauté juive les Nétoureï Karta , en leur interdisant tout contact avec le reste de leur peuple, toute fréquentation de synagogues et tout service communautaire a été mise en ligne, voici l’adresse pour la signer : http://www.petitiononline.com/Neturei/petition.html. A noter également qu'un groupe de Juifs New-Yorkais est allé plus loin, organisant une manifestation le 7 janvier dernier, et dévoilant sur le Web les noms et adresses des "traîtres de Téhéran". Un site Internet a même été créé à cet effet !
2. Elément remarquable, cette pétition a été signée par toutes les communautés orthodoxes, y compris par exemple les Loubavitch (l’obédience la plus nombreuse parmi elles en France), mais aussi par des communautés se définissant comme « anti-sionistes » comme l’obédience Satmar. En effet (et les Nétoureï Karta se revendiquent de cette école), le monde juif orthodoxe a refusé, à l’origine, le Sionisme en n’acceptant pas un retour en Terre Sainte non dirigé effectivement par le Messie ... personnage central dans la tradition religieuse juive. Les Loubavitch, par exemple, ont une approche nuancée, regrettant que l’histoire ne se soit pas déroulée conformément à des millénaires de prières - mais considérant le retour effectif du peuple juif dans son pays comme un cadeau qui ne se refuse pas ; les Satmar (qui sont une centaine de milliers sur 13 millions de Juifs au total) demeurent hostiles à Israël en refusant d’y vivre - mais cela ne les conduit pas à la trahison pure et simple comme la secte des « gardiens de la cité ».
4. Sous le titre "l'abomination de la désolation", Schlomoh Brodowicz, lui-même un Juif orthodoxe, a écrit un article remarquable sur le site d’information « Guysen Israël News », où il démonte les arguties des « traîtres de Téhéran », et notamment le discours insupportable sur la Shoah, « punition divine ». En voici un extrait savoureux : « Aussi, accommoder la plus grande tragédie du peuple juif à la sauce d’un sordide agenda politique, c’est déjà cracher sur D-ieu. Mais quand en plus, on porte un chapeau et une barbe, on mérite d’être roulé dans le goudron et les plumes. Quant à l’interdiction qui nous serait faite de déférer nos persécuteurs devant la justice, j’aimerais humblement savoir dans quelle mare croupissante nos doctes ont péché une ânerie pareille. S’inspirent-ils de Samuel, qui trancha lui-même la tête de Agag, le roi d’Amalek que Saül avait laissé fuir ? De Mardochée qui s’employa au châtiment de Haman ? Des Hasmonéens dont nous nous apprêtons à célébrer la victoire ? Et la Mitsvah qui nous est faite de nous souvenir de ce que nous a fait Amalek, en quoi consiste-t-elle ? À aller faire ses hommages à ceux qui veulent parachever son oeuvre ? »
3. En Israël où vivent (c’est un comble !) quelques centaines de membres de cette secte, le Grand Rabbin Yonah Metzger a immédiatement condamné des « brebis galeuses » et appelé à leur isolement. Le quotidien anglophone « Jerusalem Post » a publié un reportage de Larry Derfner qui est allé dans le quartier de Méa Chéarim à Jérusalem interviewer le leader local de cette secte ... où il apparaît que, même parmi les Nétoureï Karta, les excités du genre qui sont allés embrasser le fou furieux antisémite de Téhéran ne sont que quelques douzaines - de quoi bien relativiser l’impact de leur visite (mais l'impact des images sur des téléspectateurs mal informés est hélas une autre affaire !).
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Au-delà de ces enquêtes et réactions juives, le plus important est maintenant la réaction du monde civilisé. Les négationnistes de retour de Téhéran devraient être exposés à des poursuites judiciaires, là où existent des lois contre leur sinistre activité. Le plus important, à court terme, ce sont les condamnations morales de cette abjecte « conférence ». Le CRIF a publié deux réactions, que je vous invite à lire en lien :
Celle de la Conférence des Evêques de France ;
Celle de Dalil Boubakeur, recteur de l’Institut Musulman de la Mosquée de Paris.
Enfin, la plus belle des réponses consiste à travailler encore et encore sur la Shoah, en mettant en évidence de nouvelles preuves de ce que tous les antisémites du monde veulent relativiser, banaliser ou - au pire - nier. Le père Patrick Desbois a entrepris un travail fabuleux, allant en Ukraine mettre au grand jour les innombrables charniers où ont été fusillés et enterrés près d’un million et demi de Juifs : Guysen TV nous permet de suivre une interview remarquable de 17 minutes !
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Libellés : Iran 2007, Mémoire de la Shoah, Netoureï Karta, Négationnisme
08 janvier 2007
Choc ou dialogue des cultures ? Jacques Eladan sera mon invité le 14 janvier

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Depuis les années 2000, hélas, il y a eu le retour de la violence israélo-arabe, le 11 septembre, la vague islamiste qui semble balayer le monde musulman, et puis les menaces existentielles de l’Iran, et de tout cela nous avons beaucoup parlé ces derniers mois car la priorité, pour nos auditeurs, reste cette actualité menaçante. Mais avec cette émission nous allons nous accorder une respiration ; on va prendre un peu de hauteur en parlant de l’ouvrage que Jacques Eladan vient de sortir et qui traite, de façon à la fois très érudite et très agréable à lire, de la question de fond qu’il y a derrière tout cela : tout le monde parle du « Choc des civilisations », théorisé par Huttington. Et justement, son livre s’appelle « Choc ou dialogue des cultures, dans la littérature française et dans la conscience juive » (Editions Auteurs du monde, 20 E). J’en ai déjà un peu parlé, à propos de l’Andalousie (lire ici). Ce petit ouvrage (moins de 200 pages) nous fait enjamber les siècles et les civilisations. Dans la première partie, l’auteur analyse les différentes opinions formulées par les grands auteurs français sur les cultures étrangères ; dans la deuxième, il évoque les symbioses culturelles conçues par les Juifs dans leurs pays d’exil.
J’ai donc construit mon questionnaire de manière à faire passer au mieux l’actualité extraordinaire de textes anciens : est-ce que « Les lettres persanes » de Montesquieu n’annoncent pas le « relativisme culturel » d’aujourd’hui ? Est-ce que la charge de Jean-Jacques Rousseau contre la civilisation occidentale, ne se retrouve pas, de nos jours, dans un discours « altermondialiste » qui dénonce les société développées et, au contraire, est plein de compréhension pour toutes les violences importées des pays pauvres ? Qu’ont dit vraiment Gobineau et Renan, à propos des Juifs et des Musulmans ? Et doit-on penser que la symbiose judéo-française est sur le déclin ? ... Rendez-vous dimanche 14 janvier, sur le 94.8 FM !
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Libellés : Choc ou dialogue des cultures, Emission 2007, Jacques Eladan
07 janvier 2007
Le Pen, candidat des Mollahs
Kavéh Mohseni, qui a été mon invité déjà deux fois à mon émission, et qui est le responsable du remarquable site d’opposition iranien « iran-resist » (en lien permanent), a publié un article intitulé "Pourquoi Le Pen défend officiellement l'Iran et son droit à la bombe ?". Sa théorie est que, en politicien roué, le vieux leader de l’extrême-droite française sait parfaitement que la prolifération nucléaire, qui va se développer de l’Iran à l’ensemble du monde musulman, entraînera un contexte instable, favorable aux intégristes et qui, par réaction, donnera un coup d’accélérateur à une réaction nationaliste et xénophobe en France. Un calcul dangereux et désastreux, que Kavéh Mohseni a bien raison de dénoncer ! Mais ( et en toute amitié ) je trouve son analyse un peu limitée, car l’engouement de Jean-Marie Le Pen s’explique, à mon avis, par des raisons à la fois idéologiques et tactiques.
D’abord je pense (mais peut-être suis-je naïf ?) que les responsables politiques - et Le Pen en est un, même si ses propos furent souvent irresponsables - maintiennent un minimum de cohérence entre ce qu’ils disent et ce qu’ils pensent. A fortiori s’ils sont extrémistes, car leur exclusion du champ du décisionnel leur permet de rester fidèles à leurs idées ! Le grand parti d’extrême-droite a donc des partis « frères » aux côtés desquels il siège au parlement européen (en gros tous les populistes, les néofascistes italiens non repentis et les néo-nazis autrichiens de Jörg Haider). Et il ne peut que sympathiser avec la mouvance islamiste qui est la version musulmane des « bruns » européens (relire à ce sujet les propos de Latifa Ben Mansour sur le plateau de « Rencontre » : "Les frères musulmans sont un parti d'extrême-droite antisémite").
Antisémite, le mot est lâché et il prend tout son goût de cendre lorsqu’une grande capitale (Téhéran) est devenue, sans complexes, la capitale mondiale du négationnisme le plus abject. Mahmoud Ahmadinejad a tenu des discours répétés distillant que la Shoah est un mythe et que les Juifs en ont profité, et il vient d'organiser l'ignoble "conférence" que l'on sait ; Jean-Marie Le Pen avait dit il y a déjà presque 20 ans que les chambres à gaz étaient « un détail de l’Histoire » ; et la presse du Front National n’a jamais faibli dans la dénonciation des obscurs « lobbies mondialistes » exploitant le souvenir de la Seconde Guerre Mondiale.
Mais la sympathie de Le Pen pour les Mollahs ne s’explique certainement pas, non plus, par un amour inconsidéré pour la constitution de la République islamiste. Son vrai, son plus acceptable ami dans la région avait été le Président déchu de l’Irak, Saddam Hussein, dont il a condamné de la façon la plus véhémente l'exécution - ce qui ne manque pas de sel, venant du seul candidat à vouloir rétablir la peine de mort dans notre pays ! L’actualité va trop vite, et on rappelle assez peu son pitoyable voyage entre l’invasion du Koweït et la guerre du Golfe en 1991, sa réception à Bagdad et sa dénonciation - en parfait diapason avec l’extrême-gauche - de « la guerre pour le pétrole ». A l’époque (et toujours maintenant d’ailleurs), on pouvait entendre sur les ondes de « Radio Courtoisie » (la radio du « pays réel » - celui de Charles Maurras - et de la francophonie) moult éloges du régime baasiste, laïc et ami de la France. Saddam disparu, restent ses ex-ennemis iraniens aussi fanatiquement antisémites que lui, et qui l’ont remplacé comme challengers crédibles des Américains au Moyen-Orient.
Et voilà un dernier argument, qui curieusement fait partie des « non dits » de la classe médiatique face au vieux leader : l’anti-américanisme est tel en France que la dénonciation des USA par Le Pen, ses insultes à Sarkozy traité de « vassal de l’Oncle Sam » passent très bien ! Il faudrait être un peu politologue pour expliquer que l’hostilité aux Anglo-Saxons est aussi vieille que l’extrême-droite française, qu’elle se nourrit de la haine parallèle d’Israël et des Juifs, et que nous en avons connu un bel épisode sous l’Occupation, lorsque Radio Paris dénonçait les « bombardements barbares » de l’US Army ! Plus près de nous, Jany Le Pen présidait il y a peu l’association « SOS Enfants d’Irak » et dénonçait les « affameurs américains ».
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A propos des liens passés du Front National avec le régime de Saddam Hussein, lire le remarquable dossier du journal "l'Express".
Libellés : Dieudonné, Elections présidentielles, Iran 2007, Kavéh Mohseni, Le Pen
05 janvier 2007
Le vrai visage de Tariq Ramadan - un reportage de l'émission "Envoyé Spécial" à redécouvrir
Libellés : Européen de l'année, France 2, Mohamed Sifaoui, Morad El Hattab, Tariq Ramadan, Vidéo 2007
04 janvier 2007
Hier, sur Judaïques FM, André Nahum a parlé de la Somalie ; et des étranges positions de l'Union Européenne et de la Ligue Arabe
Il s'est passé ces derniers jours dans ce qu'on appelle la corne de l'Afrique, un évènement considérable dont nos medias ne semblent pas avoir pris la mesure.
Tout le monde se souvient de ce qu'était devenue la Somalie, un pays livré à l'anarchie la plus totale au grand dam de sa population réduite à la famine et à l'insécurité. On se souvient des sacs de riz que Bernard Kouchner et les organisations humanitaires tentaient de distribuer pour atténuer un tant soit peu les souffrances de ce malheureux peuple. On se souvient du massacre des soldats américains qui a entraîné le retrait définitif des GI.
En juin dernier un mouvement intégriste appelé "L'Union des Tribunaux Islamiques" (UTI) qui est à la Somalie ce que les Talibans sont à l'Afghanistan, s'empara du pouvoir pour fonder une république islamique, repoussant les troupes fidèles au légitime "gouvernement fédéral de transition" jusqu'à Baïdoa, obscure ville de province où ce gouvernement se maintint tant bien que mal en attendant l'assaut final de ses adversaires. Et non contents d'avoir conquis le pays, l'UTI rêvait d'en élargir les frontières pour fonder une "Grande Somalie" en arrachant quelques territoires aux pays voisins, l'Ethiopie et le Kenya.
Cette ambition causa sa perte. L'Ethiopie, puissance régionale déterminée, envahit la Somalie pour prêter main forte à son gouvernement légitime reconnu par la plupart des nations.En quelques jours, les soldats éthiopiens et l'armée somalienne bousculèrent les miliciens des " Tribunaux islamiques", leur enlevèrent la capitale Mogadiscio et les pourchassèrent avec succès jusqu'à leur dernier repaire. Et grâce à cette intervention musclée, le gouvernement somalien pu se réinstaller à Mogadiscio.
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Que croyez vous que firent alors les états arabes dits "modérés" et l'Union Européenne ? Ont-ils encouragé ou soutenu, comme on aurait pu s'y attendre ceux qui faisaient le boulot à leur place ? Eh bien non, figurez vous. Avant que l'Ethiopie n'envahisse la Somalie, l'Union Européenne avait déjà tenté une médiation d'une façon qui aurait prolongé et légitimé le contrôle sur le pays de l'Union des Tribunaux Islamiques. Quand l'action éthiopienne fut engagée, Louis Michel, médiateur de l'Union européenne a condamné l'Ethiopie et a appelé à une cessation immédiate des hostilités. L'Organisation de la Conférence Islamique (OCI) et la Ligue Arabe ont appelé chaque jour à un retrait des troupes éthiopiennes. Comme si chacune de ces organisations et de ces états pourtant théoriquement engagés dans la lutte contre le terrorisme voulait empêcher la défaite des islamistes.
Cela laisse perplexe quand on pense que l'Amérique étant aux prises avec les différents terrorismes en Irak, c'est Israël qui s'est battu contre le Hezbollah pour tenter de l'empêcher de transformer le Liban en une base iranienne et que c'est l'Ethiopie qui s'engage pour mettre en déroute les Talibans d'Afrique alliés à Al Qaïda. Et les autres puissances, où sont-elles ? Auraient-elles déjà succombé à la "tentation de la défaite" ?
André Nahum
Libellés : André Nahum 2007, Somalie
03 janvier 2007
Saddam Hussein : une affiche qui veut dire beaucoup ...
Libellés : Irak, Saddam Hussein
02 janvier 2007
Nouveau liens, 3 : les sites portails, d’information, multimédia ou engagés
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Desinfos : « le » portail incontournable, pour qui veut surfer dans les eaux bouillonnantes, parfois brouillonnes et souvent passionnantes des sites communautaires juifs. La porte d’entrée vers l’information sur Israël, à la fois au travers d’adresses spécialisées et avec deux menus de news déroulants en langue française. Ce portail est tellement riche qu’il serait ridicule d’essayer de le singer en vous donnant à mon tour des dizaines d’adresses, d’autant plus que mon domaine concerne un sujet légèrement différent. A noter aussi le coin des blogs, qui amène chaque jour des visiteurs ici.
Guysen Israël News : l’agence de presse francophone d’Israël, au nom un peu étrange (qui est en fait la contraction du patronyme de son directeur, Guy Senbel). Bien connue des internautes de la communauté juive de France (des milliers reçoivent tous les jours sa newsletter), je la trouve surtout intéressante par ses éditorialistes dont les opinions sont assez variées tout en restant dans un spectre allant du centre à la droite israélienne ; spectre bien au diapason du lectorat, à en juger par les réactions publiées après chaque tribune !
Infolivetv : encore plus fort, la télévision sur votre écran d’ordinateur, avec des reportages filmés de quelques minutes chaque jour en langue française ! Un service en provenance d’Israël gratuit (pour le moment), réalisé sous la direction d’Olivier Rafowicz, ancien porte-parole francophone de Tsahal, et qui fait preuve d’une grande ouverture d’esprit par l’éclectisme de ses invités (on y a même vu des membres du Hamas) ; à noter déjà une belle collection de vidéos en archive.
Mediarabe.info : je vous en avais déjà parlé sur le blog et j’ai déjà mis des liens sur certains articles. Ce site, consacré au monde arabe et qui comprend une revue de la presse quotidienne unique en ce genre, a été créé par d’anciens journalistes arabophones de « proche-orient.info », en particulier Chawki Freiha qui a été mon invité à plusieurs reprises. A suivre régulièrement, surtout pour ce qui concerne l’actualité tumultueuse du Liban en ce moment.
Jerusalem Post : site du quotidien israélien de centre-droit en langue anglaise. Jusqu’à présent, je n’avais mis que le Haaretz (libéral, de centre-gauche) en lien, mais comme cela vous aurez des sources plus équilibrées si d’aventure le blog vous servait de « portail » vers cette presse. Impossible de résumer en quelques lignes : disons que, plus que les nouvelles, ce sont à nouveau les éditorialistes qui font l’intérêt de ces adresses. Certains chroniqueurs du Haaretz commencent à me fatiguer avec leur défaitisme, et la guerre du Liban m’a fait découvrir des signatures de talent chez le concurrent !
France-Culture : cela fait un peu « pompeux » de mettre cette station parmi les sites d’information ... Mais au-delà des journaux qui sont bien dans le format de Radio France, il y a des dizaines d’émissions qui permettent (question d’espace temps disponible et de qualité, à la fois des invités et des producteurs) de prendre de la hauteur en traitant les sujets sur le fond. Mon modèle pour « Rencontre »! Ce site permet aussi de réécouter des émissions pendant une semaine, et de les « podcaster ». A noter en particulier Alain Finkielkraut (« Répliques ») le samedi à 9h10, et Abdelwahab Meddeb (« Cultures d’islam ») le dimanche à 18h10.
Al-Jazeera News : incontournable en raison de son audience dans le monde arabe, et bien au-delà. Inutile de se faire d’illusions, la tonalité générale oscille entre le nationalisme anti-occidental et l’islamisme plus ou moins soft (moins, en ce qui concerne le prédicateur antisémite Al-Qardawi). Là-dessus, la ligne générale de la nouvelle chaîne satellitaire en langue anglaise que j’ai mise en lien sera sans doutes moins agressive. Et puis, Al Jazeera a aussi permis à des Musulmans iconoclastes de s’exprimer, comme la célèbre Wafa Sultan
Memriblog : le célèbre « Middle East Media Research Institute » est une bible pour qui veut s’imprégner des média du Moyen Orient, arabes et iranien ; compilations d’articles traduits, d’enregistrements vidéo, synthèses analytiques. Tous les experts le connaissent, et j’ai eu récemment la surprise de voir que ... Memri s'intéressait à un article du blog ! Le « memriblog » que je mets en lien à la place de l’ancien est à la fois un blog avec des news plus lisibles, et un portail vers des extraits de la presse écrite ou télévisée.
La paix maintenant : un site militant, celui de l’association française des « Amis de Shalom Archav ». Il défend les positions de la « gauche sioniste », fortement battues en brèche depuis la deuxième Intifada. J’avais reçu à mon émission David Chemla, son président. Egalement en lien depuis l’origine sur le blog, le site « deux peuples - deux états » qui supporte une pétition soutenue par « la Paix maintenant ». A noter aussi sur ce site un lien sur l’émission de l’association sur Judaïques FM, un vendredi sur deux à 10h15.
Resilience TV : un autre site militant, celui-là totalement symétrique du précédent en ce qui concerne Israël ... puisque les signatures proches de la « droite nationaliste » dominent largement. « Resilience TV » a été lancé cette année par Lucien Samir Arezki Oulahbib, qui a été mon invité. Il publie des articles de fond dénonçant la complaisance occidentale vis-à-vis de l’islam politique, ce en quoi je me reconnais parfaitement ; il a aussi en lien des sites franchement hostiles aux Musulmans, ce en quoi je ne me reconnais pas du tout !
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Libellés : Actualité du blog 2007, Liens
Bye bye 2006 … et un petit coup d’œil dans le rétroviseur !
Adieu 2006, vive la nouvelle année 2007 !
Ce fut une année riche en publications et pleine de nouveautés sur le blog.
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15 janvier, Machination à Tripoli , invité : Maître Emmanuel Altit
29 janvier, Du Dar El Islam au Dar El Salam, invité : Morad El Hattab
12 février, Iran et la bombe, le dessous des cartes, invité : Kavéh Mohseni
26 février, Les Berbères, histoire d'un étouffement, invité : Lucien Samir Arezki Oulahbib
12 mars, Y a-t-il un choc des civilisations ? , invité : Emile Moatti
26 mars, Un point après les émeutes de novembre, invité : Mezri Haddad
9 avril, Que devient l'Amitié Judéo Musulmane de France ?, invités : Michel Serfaty et Djelloul Seddiki
23 avril, Les jeunes d'origine africaine en France, analyse d'un malaise, invitée : Diagne Chanel
7 mai, Le réveil chiite, invité : Antoine Sfeir
21 mai, C'est possible, histoire d'une intégration réussie, invité : Mohamed Khouttoul
4 juin, La presse arabe, langue de bois ou reflet de l'opinion ?, invité : Chawki Freiha
18 juin, Séfarades-Palestiniens, les réfugiés échangés, invités : Moïse Rahmani et Jean-Pierre Allali
2 juillet, Que devient le Conseil Français du Culte Musulman ?, invité : Didier Leschi
16 juillet, La nouvelle guerre du Liban, invité : Chawki Freiha
10 septembre, Spécial deux centième émission
22 octobre, Où va l'Iran ?, invité : Houchang Nahavandi
5 novembre, La deuxième guerre du Liban sera-t-elle la dernière ?, invité : Chawki Freiha
3 décembre, Est-il possible de critiquer l'islam ?, invité : Mezri Haddad
17 décembre, Le Moyen-Orient vit-il un entre-deux guerres ?, invité : François Heisbourg
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Au nom de Judaïques FM et de tous nos auditeurs, tous mes chaleureux remerciements à tous ces invités, en espérant les entendre à nouveau sur nos ondes ... et vous en faire découvrir beaucoup de nouveaux en 2007 !
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Libellés : Emission 2006
01 janvier 2007
Meilleurs voeux pour 2007 !
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------Comme vous le voyez, j'ai repris la sympathique habitude de sortir les coupes de champagne pour "trinquer" symboliquement lors des évènements heureux ... Je ne sais pas combien d'entre vous seront bien réveillés ce 1er janvier, ou si vous aurez envie de venir à cette adresse qui vous devient, peu à peu familière. Tchin-tchin à tous ceux qui liront cette carte virtuelle !
Vous étiez environ mille à venir le lire chaque mois au début de l'année 2006, vous êtes maintenant trois fois plus nombreux ; parmi vous, une vingtaine arrivant chaque jour directement à l'adresse, preuve qu'un "audimat" régulier s'est constitué, que je dois maintenant développer d'avantage.
Cette audience en hausse est peut-être due à la réactualisation permanente, et je n'ai guère chômé l'année dernière : 252 publications, soit presque 5 par semaine périodes de repos comprises : ce n'est pas mal comparé à d'autres blogs (et je vous recommande à nouveau de naviguer parmi les dizaines de nouveaux liens permanents mis récemment).
2006 a été l'année où le blog est vraiment devenu un vrai outil multimédia : émissions podcastées, vidéos diverses mise en ligne ... et je vous promets d'ajouter beaucoup, beaucoup de contenu à voir et/ou écouter en 2007.
Vous avez vu aussi la page d'accueil s'enrichir de "gadgets" sympas au fil des mois l'année dernière ... deuxième promesse, enrichir encore plus le blog, en vous rappelant prochainement les fonctions des différentes icones.
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Reste le fond, au delà de la forme : le blog, comme l'émission de radio dont il est le support, n'est qu'un modeste reflet de l'actualité, celle du monde musulman qui se confond avec celle du monde tout court avec la mondialisation des conflits ... et de l'info sur la Toile. 2006 n'aura pas été de ce point de vue une bonne année, avec des horreurs comme la deuxième guerre du Liban, l'assassinat d'Ilan Halimi, la victoire électorale du Hamas ou la "conférence" négationniste de Téhéran. Souhaitons des titres plus gais en 2007. Et que les hommes de bonne volonté, de toutes origines et religions, prennent un peu plus le dessus sur le fanatisme et la barbarie.
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Libellés : Voeux de Nouvel An













Annuaire de Référencement