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11 juin 2009

Dubaï, 1/2 : La fin d’un Eldorado arabe

La célèbre "skyline" de Dubaï

Le petit Émirat de Dubaï, à la réussite économique si insolente ces dernières années, est en train de vivre le pire. La chute brutale des prix du Pétrole a paralysé l’économie et la réalité de la crise financière internationale l’a rattrapé de plein fouet, au point que le rêve de Dubaï s’effondre comme un château de carte.

L’insolente prospérité De Dubaï et la notoriété qu’il s’est construite au fils des années et qui en font une destination de plus en plus prisées des Arabes, notamment des Nord-africains qui rêvent de ses pétrodollars, sont désormais sur le point de prendre fin. Plombé par des investissements immobiliers hasardeux, Dubaï s’enfonce dans le marasme. Fin février 2009, malgré l’émission de bonds du Trésor de 20 milliards de dollars pour refinancer sa dette, l’ombre d’une faillite généralisé se rapproche dans ce petit Émirat arabe qui a forgé son image sur le luxe exorbitant et les grattes ciels exotiques. Selon une étude en date du 5 février, 55 % des projets de construction, d’un montant de 582 milliards de dollars, ont été gelés. Et des menaces pèsent aujourd’hui sur les actifs de la plupart des banques. Selon Raed Safadi, chef économiste du gouvernement de Dubaï, la progression du PIB s’établira sous les 2,5% (prés de 9 % estimé en 2008), ce qui signifie que l’Émirat sera incapable de stimuler les dépenses publiques. Les agences de notation ont estimé récemment que la dette de Dubaï atteignait 47 milliards de dollars, soit 103 % de son PIB, précise Mary Nicola, économiste en charge du Moyen Orient à la Standard Chartered Bank . A quoi s’ajouteraient 70 milliards de dollars de dettes dans les comptes des sociétés contrôlées par l’Émirat de Dubaï.

Sous la direction du Cheikh Mohammed bin Rashid Al-Maktoum, Dubaï (un des 7 états des Émirats arabes unis) a invité les gens du monde entier à venir « faire de l'argent » et ils l'ont fait. Environ 83 pour cent de sa population de 1,4 millions d’habitants, sont étrangers. L’Émirat a exploité le boom de l'énergie. Dubaï est devenu célèbre pour la seule piste de ski dans le désert tropical, le seul hôtel 7 étoiles, et la tour la plus haute du monde. La publicité pour les grattes-ciel, par exemple, les présente comme « un exemple sans précédent de coopération internationale » et « un phare de progrès pour le monde entier. ».

Mais si Dubaï a semblé être une exception à la trajectoire musulmane générale, cela n’était qu’éphémère. Depuis six mois, la crise mondiale a ouvert quelques voies d’eau dans ce symbole démesuré de l’économie arabe. L’immobilier, qui devait être la locomotive de l’après-pétrole, est la première victime de la vague de la récession dans les pays du Golfe persique. Et les 800.000 travailleurs immigrés, qui représentent plus des deux tiers de la population de Dubaï, voient le rêve du plein-emploi s’évanouir. Pakistanais, Indiens, Philippins, sont directement exposés au chômage. Tandis que le gel de plusieurs chantiers, comme celui de la tour Burdj Dubaï, tour qui devait dépasser le seuil vertigineux des 1000 mètres, vient d’être décidé. Quand ce n’est pas le chômage technique, c’est le retour au pays d’origine. Car les autorités n’ont pas d’états d’âme. Les chômeurs étrangers ont un mois pour quitter le territoire. Aucune donnée précise n’est officiellement disponible sur l’ampleur de cet exode économique, mais la presse arabe avance le chiffre de 50.000 à 70.000 départs depuis le début de l’année. Des rapatriements que les chômeurs espèrent provisoires, pour ne pas perdre le bénéfice de leur précieuse carte de séjour, valable seulement six mois après leur départ.

Les énormes recettes pétrolières qui ont été versées n'ont nulle part où aller, sinon de plus en plus dans la spéculation immobilière. C'est un grand commerce pour les promoteurs et leurs fournisseurs occidentaux et asiatiques. La formule, de leur point de vue, est très simple : vendre les terres désertiques à des investisseurs « at premium » (à prime). Ensuite doubler les profits par le financement de la construction d'îles artificielles, de lacs, de centres commerciaux. Avec une récession dans le monde entier et le prix du pétrole chutant de plus des deux tiers, nul n'a été touché plus durement que la machine à rêve de Dubaï. Tout comme elle s'était élevée avec panache, elle coule maintenant. Un exemple, comme l'a indiqué Robert F.Worth dans le New York Times : « Avec l'économie de Dubaï en chute libre, les journaux ont rapporté que plus de 3.000 voitures se trouvaient abandonnées partout dans le parc de stationnement, à l'aéroport de Dubaï, laissées par la fuite des étrangers surendettés (qui peuvent en fait être emprisonnés s'ils ne payent pas leurs factures.) Certains ont dit avoir crevé le plafond de leur carte de crédit, et des notes d'excuses ont été fixées avec du ruban adhésif sur le pare-brise. »

Ce syndrome de la voiture abandonnée, et des chômeurs qui perdent leur visa de travail : tout cela a pour effet de réduire les dépenses, de créer des logements vacants et de faire baisser le prix de l'immobilier, dans une spirale descendante qui a laissé des parties de Dubaï - saluée comme la superpuissance économique du Moyen-Orient - ressemblant à une ville fantôme. Les routes de Dubaï, généralement surchargées de trafic à cette époque de l'année, sont maintenant pour la plupart dégagées. Les expatriés sont maintenant en baisse dans le pays .Certains voient cela « comme si c'était une arnaque depuis le début. ». Une spécialiste des Émirats Arabes Unis à l'université de Durham, note que « Quand Dubaï était riche et prospère, tout le monde souhaitait être son ami. Maintenant qu'il n'a plus d'argent en poche, personne ne désire plus être copain avec lui. »

Les prix de l’immobilier, qui ont augmenté de manière dramatique pendant les six années du boom de Dubaï, ont chuté de 30 % ou plus sur les 2 ou 3 derniers mois. Des dizaines de milliers de personnes sont parties, une multitude de grands projets de construction de Dubaï ont été suspendus ou annulés. Le mois dernier les journaux locaux ont rapporté que Dubaï annulait 1.000 visas de travail tous les jours. Certains disent que le véritable chiffre est bien supérieur. Personne ne connaît l'étendue du mal. Au lieu de s'orienter vers une plus grande transparence, les Émirats semblent se diriger dans une autre direction. Un nouveau projet de loi sur la presse considèrerait comme un crime d'endommager la réputation du pays ou de l'économie, passible d'amende jusqu'à un million de dirhams (272.000 dollars). Certains disent que ça a déjà un effet frigorifiant sur les analystes de la crise. La panique est à son maximum à Dubaï. Comme le gouvernement refuse de donner des chiffres, les rumeurs vont bon train, endommageant la confiance et sapant l'économie un peu plus. Les méchantes rumeurs se répandent vite : le Palm Jumeirah, l'île artificielle qui est un des développement phare de la ville serait en train de couler. La vulnérabilité de Dubaï était prévisible. L'establishment avait espéré que de grosses constructions se substitueraient aux hydrocarbures et que la ville serait, du jour au lendemain, un centre financier. Surgis de terre en l’espace en vingt ans, des centaines de grattes-ciel donnent à Dubaï de faux airs de Frankfort ou Manhattan.

Il faut voir ici le résultat d’un aveuglement politique des cheikhs, rois, émirs et leurs amis qui n’ont aucune perception de la vraie richesse qui réside essentiellement, non pas dans le béton armé ou le luxe vulgaire mais dans l’investissement dans l’intelligence humaine. L’État juif par exemple n’a pas de pétrole, mais il a des femmes et des hommes créatifs. Faute de ressources naturelles, les Israéliens misent sur la matière grise. Seulement, voilà les riches émirats, à l’instar de la plupart des pétro monarques de la région, n’ont pas le même attachement pour le savoir et la connaissance que les pionniers juifs en Israël.
Ftouh Souhail,
Tunis

16 octobre 2008

Malédiction de Babel ?

La tour du "Burj Dubaï", photo prise en septembre 2008

Quelques explications pour ce titre surprenant, et à propos d’un article qui détonne un peu par rapport aux autres publications du blog ... Rassurez-vous, je ne vais pas m’aventurer trop souvent dans des réflexions mystico-politiques, ni me livrer à mon tour à de savantes interprétations de textes sacrés - un exercice bien dans la tradition juive, et qui inspire par exemple régulièrement le blog « géopolitique biblique » en lien permanent ! Mais ce que je vais écrire ici m’a été inspiré par un débat bien concret, entre des commentateurs qui n’ont rien de gourous religieux et qui évoquaient notre période troublée au micro de la Radio BFM - une excellente référence, en ces temps de tourbillons financiers.

Un des invités remarquait donc que, curieusement, c’est toujours au moment où les sociétés humaines symbolisent matériellement l’orgueil de leur réussite en édifiant des tours toujours plus hautes, qu’éclate ce genre de crise économique, démontrant ainsi qu’elles sont des « colosses aux pieds d’argile », et reproduisant régulièrement la malédiction de la « Tour de Babel » qui devait toucher le ciel ! Ainsi, « l’Empire State Building » (qui est redevenu le plus haut building de Manhattan depuis la destruction des « Twins » le 11 septembre), fut inauguré le 1er mai 1931, deux ans après le krach de 1929, et alors que les États-Unis allaient rentrer au plus profond de la dépression deux ans après. Les tours jumelles « Petronas », longtemps les plus élevées du monde, furent édifiées en 1998 à Kuala Lumpur, capitale de la Malaisie pétrolière : l’Asie allait alors sombrer dans une grave crise financière. Aujourd’hui, c’est à Dubaï que se construit la tour la plus haute du monde, le « Burj Dubaï » (lien sur le site du building : ici), sa hauteur finale (entre 800 et 950 mètres ?) restant un mystère, à moins d’un an de son inauguration - et l’ensemble du monde risque de souffrir à cause de la crise financière. Profiteurs hors catégorie de la hausse vertigineuse du cours du pétrole, les Émirats du Golfe ont vu l’or noir perdre presque la moitié de sa valeur la semaine dernière, et leurs bourses ont aussi plongé ... au diapason de celles d'Europe et d'Amérique.

Petit rappel, donc, à propos de la Tour de Babel, dont le récit est donné dans la Torah (Genèse, chapitre 11), et dont on pourra lire différentes interprétations sur Wikipedia.
Ci-dessous la traduction courante de ce passage :
« Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots. Comme ils étaient partis de l’orient, ils trouvèrent une plaine au pays de Chmunter, et ils y habitèrent. Ils se dirent l'un à l'autre : Allons ! Faisons des briques, et cuisons-les au feu. Et la brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de ciment. Ils dirent encore : Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre.
L'Éternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes. Et l'Éternel dit : Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c’est là ce qu'ils ont entrepris ; maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu'ils auraient projeté. Allons ! descendons, et là confondons leur langage, afin qu’ils n’entendent plus la langue, les uns des autres. Et l’Éternel les dispersa loin de là sur la face de toute la terre ; et ils cessèrent de bâtir la Ville. C’est pourquoi on l’appela du nom de Babel, car c’est là que l’Éternel confondit le langage de toute la terre, et c’est de là que l’Éternel les dispersa sur la face de toute la terre. ».


J.C

26 août 2008

Georgie, 1 : une géopolitique et des enjeux complexes

Carte de la Georgie et de ses voisins

Dans mon article publié dimanche, j’évoquais une « grille de lecture autrement plus complexe que l’affrontement islamistes / états occidentaux » à appliquer à ce conflit de l'été - et en écrivant « islamistes » je pensais presque « musulmans », car hélas à en croire trop de blogs communautaires, l’ensemble des conflits du monde se résument à un choc entre l’Islam et les « autres ». Considérons donc la géopolitique locale, autour de la malheureuse Georgie. Deux axes s’affrontent : d’abord les « pro russes » comprenant la Fédération de Russie, les minorités rebelles (Ossètes et Abkhazes), l’Arménie - complètement enclavée et sans façade maritime - et ... la République islamique d’Iran ; et puis, en face mais ne leur opposant pas un front continu, les « pro américains » comprenant la Turquie (membre de l’OTAN), la Georgie (qui voudrait en faire partie) et l’Azerbaïdjan, riche État pétrolier des bords de la Caspienne. Quelques rappels : les Azéris, sont de bons musulmans comme leurs frères turcs ; tout comme les Adjars, vivant au Sud Ouest de la Georgie et qui ne semblent plus avoir de velléités d’autonomie - ils sont en tout cas restés fidèles pendant le dernier conflit. Par contre, les Russes comme les Ossètes (bien que ces derniers parlent une langue persane) et les Arméniens sont des chrétiens ... comme les Georgiens ! Les Abkhazes, eux, sont en majorité musulmans - mais il y a aussi des chrétiens dans cette population, et l’épuration ethnique qui a visé les Georgiens lors du conflit du début des années 1990 - plus de 200.000 réfugiés - ne semble pas avoir eu une connotation religieuse. Compliqué, non ?

Autre élément géopolitique clé dans ce conflit, le pétrole : la presse aura révélé au grand public l’importance du pipe-line reliant la Caspienne à la Mer Noire à travers la Georgie, seule route évitant la Fédération de Russie, et les menaces d’étranglement par le régime qui la dirige actuellement ! Petit détail (jamais évoqué, alors que l’on aura abondamment parlé des ventes d’armes israéliennes à la Georgie, elles-mêmes fortement ralenties avant la guerre du mois d’août suite à des pressions russes), l’Azerbaïdjan est un des principaux fournisseurs de pétrole de l’État d’Israël ... avec d’autres pays musulmans, comme l’Égypte et le Nigeria !

Alors, « gentils chrétiens » contre « méchants musulmans », toujours votre grille de lecture ?
Il y a enfin une autre dimension, celle-là de principe et par rapport à laquelle - même si nous avons eu droit à des articles dégoulinants de complaisance envers la Russie, mais j’y reviendrai dans un autre article - je crois nécessaire d’avoir une position à la fois claire et définitive : celle de la dialectique opposant « l’intangibilité des frontières », et « le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Plusieurs décennies après la décolonisation et près de vingt ans après la disparition du dernier empire colonial de la planète (l’URSS), force est de constater que toutes les frontières sont artificielles, et qu’il y a des peuples répartis sur les territoires d’États voisins. Cela a donné et donne encore quelques millions de victimes lors d’interminables conflits en Afrique. En Europe, quinze ans après la guerre des Balkans, les Occidentaux - en contravention flagrante de la résolution 1244 du Conseil de Sécurité - ont reconnu l’indépendance de la province serbe du Kosovo, qui risque rapidement de devenir partie prenante d’une « grande Albanie ». Un précédent dangereux, qui pourrait servir demain par exemple aux Arabes israéliens de Galilée réclamant d’abord leur indépendance, puis leur rattachement à un futur État palestinien - on notera d’ailleurs qu’Israël s’est refusé à reconnaître l'indépendance de cette province ! Exploitant ce prétexte, les Russes viennent de se venger en venant « au secours » des Ossètes ... qui réclament le rattachement à leurs frères d’Ossétie du Nord, elle-même partie intégrante de la Fédération de Russie. Et en pratiquant la même technique de grignotage à d’autres populations vivant de part et d’autre de leurs frontières, Poutine risque de reconstituer demain l’empire soviétique disparu !

Alors, « gentils Américains » contre « méchants Serbes », toujours votre grille de lecture ?

J.C

05 février 2007

Pétrole et islam, un mélange explosif ? Eric Laurent sera notre invité le 11 février sur Judaïques FM

Reproduction tirée de ce site

Eric Laurent est journaliste, grand reporter, et le public le connaît pour ses nombreux ouvrages à succès, consacrés surtout au monde du pétrole et aux différents conflits du Proche Orient : citons en 2003 "La Guerre des Bush", et l’année dernière "La face cachée du pétrole", publié aux Éditions Plon. J’invite aussi les lecteurs du blog à se reporter à son site, à l’adresse http://www.eric-laurent.com/ pour en savoir plus sur lui, on y trouve aussi en podcasts des liens pour écouter certaines de ses émissions, coproduites avec Thierry Garcin sur France Culture ; cette série s’appelle "Les enjeux internationaux", c’est tous les matins à 7h20, et je fais souvent partie de son auditoire !

J’ai eu le plaisir de rencontrer Eric Laurent à l’occasion du colloque intitulé "Le Moyen Orient face au XXIème siècle" organisé par l’Association AFIDORA à l’Assemblée Nationale, c’était le 9 décembre dernier ; ma série radiophonique, "Rencontre", faisait partie des partenaires du colloque, et j’en avais d’ailleurs parlé sur le blog (lire ici). Il était intervenu avec beaucoup de brio lors du premier débat consacré aux ressources naturelles et aux jeux d’influence dans cette région, tellement troublée. Et notre émission reviendra sur le mêmes sujets, avec le titre un peu provocateur que j’ai choisi : "Pétrole et islam, un mélange explosif ?". D’abord il y a le fait, que, du Golfe Persique à l’Indonésie en passant par les états pétroliers d’Asie Centrale, sans oublier l’Algérie ou le Nigeria, on a l’impression que les hasards de l’histoire et de la géographie ont associé, presque partout, l’islam et le pétrole. A l’heure où le fondamentalisme, ouvertement terroriste ou non, tente de prendre le leadership chez les Musulmans, n’y a-t-il pas un danger très réel ? On pense aussi au choc pétrolier de 1973, cet embargo qui a très peu duré, et là on se pose la question de la crédibilité de la menace sur les pays occidentaux. Et puis, bien sûr, nous n’oublierons pas que "l’après pétrole" se profile déjà, Eric Laurent a aussi fait des révélations inquiétantes dans son dernier ouvrage, alors nous verrons ensemble quelles sont les scénarios à moyen terme que l’on peut imaginer.

J.C

30 janvier 2007

Eric Laurent reçu à mon émission : du pétrole au menu !

Eric Laurent (à droite) et Jean Corcos
dans le studio de Judaïques FM, le 29 janvier 2007


J'ai eu l'honneur et le plaisir de recevoir hier soir, pour la première fois à "Rencontre", le journaliste et grand reporter Eric Laurent, qui a publié plusieurs ouvrages sur le Moyen-Orient et sur le monde féroce du pétrole. De pétrole, il fut largement question dans cet enregistrement que vous entendrez prochainement ... rendez-vous la semaine prochaine pour la présentation de cette passionnante émission !

J.C

12 octobre 2005

Donneurs de leçons, preneurs de bakchichs




Le sourire du mois
- octobre 2005


La "Une" du quotidien "Libération"
du 12 octobre 2005

Bravo au quotidien « Libération » pour son excellent dossier sur le scandale des détournements de fonds de l’accord « pétrole contre nourriture » ! C’est le seul quotidien de la presse française à être allé aussi loin dans l’enquête, en donnant tous les détails sur les « ripoux », diplomates de haut rang comme l’ex-représentant de la France au Conseil de Sécurité des Nations Unies ou l'ex-Secrétaire Général du Quai d’Orsay, financiers, hommes politiques et intermédiaires douteux en tout genre, qui ont profité des fonds sous contrôle de l’ONU pour se servir au passage ... et servir le régime assassin de Saddam Hussein ! 10 milliards de dollars furent détournés sur les ventes pétrolières, « un casse du siècle » au bénéfice des dignitaires baasistes tandis que le peuple irakien mourrait de faim, et alors que c’étaient la communauté internationale et les Américains que dénonçaient les « bonnes consciences ». Le professeur Halkawt Hakem, kurde réfugié d’Irak, avait parlé de ces détournements sur « Rencontre » le 15 décembre 2002, alors que Saddam était encore au pouvoir. Et à l’époque, ni les grands médias, ni le Quai d’Orsay, ni la Présidence de la République n’émettaient le moindre reproche vis-à-vis de cet ex-allié stratégique de notre Pays ...

Je reproduis ci-dessous la fin de l’implacable éditorial de Patrick Sabatier dans « Libé » :
« La mise en cause de diplomates de haut rang, qui ont longtemps influencé la politique étrangère de la France, et servi sa politique dite «arabe», jette la suspicion sur l'ensemble de cette politique. L'appât du gain et la peur de perdre les privilèges, y compris matériels, qui vont avec le service diplomatique, n'expliquent pas à eux seuls des dérives individuelles. C'est au sommet de l'état, où nul ne pouvait (et n'était censé) ignorer ces errements sauf à admettre une incompétence coupable, et dont ces hommes étaient de zélés serviteurs, que réside la responsabilité ultime. C'est par la tête que le poisson commence à pourrir. »
Mais puisqu’il est plus facile de critiquer que de faire son autocritique, mea-culpa ... Dans un article récent sur la « politique arabe de la France » (cliquer ici), je parlais de la complaisance des journalistes, c’est bien injuste pour « Libération ». Je disais aussi que personne ne trouvait rien à redire au manque total de contrôle du Parlement sur la politique étrangère, encore un sujet qui commence à faire débat, je me réfère également au « Libé » du 12 octobre et à la chronique d’Alain Duhamel intitulée « Monarchie diplomatique », dont je reproduis la conclusion :
« Dans tous les autres états, sans exception, le chef du gouvernement débat réellement avec ses ministres, a fortiori lorsqu'il s'agit d'un gouvernement de coalition, et s'expose au contrôle du Parlement, lequel s'exerce même parfois a priori. En France, rien de tel : le Président est politiquement irresponsable. Le Parlement ne peut le mettre en cause, le gouvernement lui obéit au doigt et à l’œil. Cela vaut dans tous les domaines mais cela culmine en politique étrangère.
Dans ce secteur, la démocratie française est un mythe absolu, ce qui, sauf à croire à l'infaillibilité présidentielle, est à la fois choquant et dangereux. »

J.C