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12 mars 2007

« La Turquie, une chance », par Pierre Besnainou, président du C.J.E

Introduction :
Pierre Besnainou est le nouveau Président du Congres Juif Européen (C.J.E), et du Fonds Social Juif Unifié, principale organisation sociale et culturelle de la communauté en France. Autant dire que la voix et l’influence de ce natif de Tunisie, brillamment passé du monde des affaires aux responsabilités communautaires, porte dans la Diaspora et largement au-delà. Son plaidoyer en faveur de la Turquie (où il a rencontré dernièrement le Premier Ministre Erdogan) a donc beaucoup d’importance. On peut le trouver exagérément optimiste, ou ne pas le suivre sur tous les points ... sauf sur l’un, auquel je crois profondément : « Voilà un pays qui fait exception à toutes les théories selon lesquelles l'Islam est incompatible avec la démocratie. » écrit-il. Oui, et j’ajouterai que ces théories sont fausses, car la question centrale n’est pas celle des textes saints de l’un ou de l’autre, mais celle de la séparation de la religion et du politique.
Mais lisez donc cet article, publié dans le très sérieux « "Haaretz" le 15 février dernier, et dont le site du CRIF a eu la bonne idée de faire la traduction. Pierre Besnainou se fait donc l’avocat de la Turquie musulmane, comme avant lui d’autres Juifs, experts indépendants comme Alexandre Adler ou politique comme Pierre Lellouche. Un avis que ne partagent pas tout le monde dans la Communauté : ainsi je publierai plus tard un article très critique de Michel Gurfinkiel, dont le blog figure en lien permanent.
J.C


"Le monde musulman mérite un porte-parole plus respectable que la voix extrémiste et haineuse du Président Ahmadinejad. Depuis près d'un demi-siècle, le monde musulman a connu diverses tentatives d'unification : le nationalisme issu de la décolonisation, le panarabisme de Khadafi, Nasser ou Saddam Hussein et plus récemment le radicalisme islamique dans sa version sunnite avec Al Qaida et dans sa version chiite avec la République Islamique d'Iran. Nous sommes donc passés insensiblement du rêve d'une unité du monde arabo-musulman à l'utopie d'une unité du monde musulman dans sa globalité fédérant l'Oumma, la communauté des croyants. Aujourd'hui un homme prétend incarner cette unité, il s'agit du Président Ahmadinejad, qui appartient pourtant à un courant minoritaire au sein de l'Islam : le chiisme. Mais là n'est pas le plus grave. Le discours développé par le leader persan, centré autour de la notion de Jihad «Guerre Sainte» relève d'une violence sans précédent à l'égard de l'occident et naturellement des Etats-Unis et d'Israël dont il s'est promis la disparition. Cette rhétorique guerrière est perçue comme une menace jusqu’au sein même du monde musulman, les régimes modérés craignant la constitution d'un croissant chiite au Moyen-Orient qui pourrait être une redoutable force de déstabilisation. Nous le voyons au Liban avec la contestation orchestrée depuis plusieurs mois par le Hezbollah.

Or, à la frontière iranienne, au carrefour de l'Occident et de l'Orient, la Turquie parvient à conjuguer tradition et modernité avec un équilibre subtil. Pétrie d'une culture musulmane multiséculaire, la société turque semble avoir réussi très tôt sa transition vers la modernité en s'appropriant les valeurs occidentales : la laïcité, la liberté d'opinion et de croyance, et, bien sûr, la démocratie. La Turquie est aujourd'hui un pays unique dont les contradictions apparentes sont autant d'atouts pour affronter les défis de demain. Voilà un pays qui fait exception à toutes les théories selon lesquelles l'Islam est incompatible avec la démocratie. Au contraire tout en affirmant sans ambages sa culture musulmane, la Turquie parvient à assurer un Etat de droit à l'image des démocraties occidentales.

Une autre boussole du degré d'ouverture des sociétés musulmanes consiste à regarder les relations entretenues par leurs gouvernements avec les Etats-Unis d'une part, et avec Israël d'autre part. Même si le gouvernement d'Ankara s'était opposé en 2003 à l'utilisation de son territoire par la coalition anglo-américaine, le partenariat avec les Etats-Unis est solide et d'une importance stratégique fondamentale.

Par ailleurs, faut-il le rappeler, la Turquie a été le premier pays musulman à reconnaître Israël en 1949, et pendant trente ans le seul. Depuis plusieurs années, la Turquie est devenue un partenaire stratégique essentiel de la politique étrangère israélienne. Ce partenariat repose sur plusieurs piliers : une alliance militaire solide, une préoccupation commune pour lutter contre le terrorisme, des accords commerciaux dynamiques, notamment sur la question très sensible de l'eau, sans oublier que la péninsule Anatolienne est une destination touristique très prisée des Israéliens.

D'aucuns ont cru que l'accession au pouvoir du Parti pour la Justice et le Développement, issu de la mouvance islamiste, donnerait un coup d'arrêt à ce partenariat. Au contraire, après plusieurs années d'exercice du pouvoir, il faut admettre que l’alliance israélo turque est toujours aussi dynamique. Certes, le discours ou le ton ont parfois changé, mais aucune modification substantielle de la politique turque n'est intervenue. En 2005, le ministre des affaires étrangères Abdullah Gul était allé en Israël afin de consolider les relations bilatérales, et, quelques mois plus tard, c’était au tour du premier ministre Erdogan de se rendre en Israël et rappeler l’amitié de son pays à l’égard de l’Etat hébreu.

Lors de ma récente visite à Ankara, j’ai fait part au Premier Ministre Erdogan de ma conviction qu’il a un rôle de premier plan à jouer au Moyen-Orient. Respecté par l’ensemble des pays musulmans, depuis les monarchies du Golfe jusqu’aux Etats d’Asie Centrale et Orientale, des islamistes du Hamas aux Palestiniens modérés, la Turquie est également un partenaire solide et confiant des Etats-Unis et d’Israël. Elle possède donc la légitimité de pouvoir dialoguer avec tous les acteurs influents de la région. Ce positionnement fait de la Turquie, un leader régional naturel en lieu et place de l’influence néfaste de l’Iran. Le premier ministre Erdogan qui partage cette analyse est, sans aucun doute, disposé à oeuvrer pleinement pour le rapprochement entre Palestiniens et Israéliens. Il nous appartient maintenant de prêter une oreille attentive à ce discours d'amitié et de mesurer à sa juste valeur le rôle que peut jouer la Turquie dans le processus de paix. Il amènerait enfin un affaiblissement significatif du pouvoir du Président Ahmadinejad, lui faisant perdre son leadership et soutenant la contestation d’une partie du peuple iranien.

Voilà pourquoi le voyage du Premier Ministre Ehoud Olmert à Ankara est particulièrement important. Il peut permettre à la Turquie d'émerger comme un acteur central au Moyen Orient, servant de modèle pour les sociétés musulmanes éprises de liberté, rappelant que l'Islam n'est pas incompatible avec la démocratie et, surtout, consolidant un partenariat stratégique avec l'Etat hébreu.

Voilà également pourquoi, pour l'Union Européenne, le rapprochement avec la Turquie permettrait de consolider une démocratie dans cette région du monde où elle est une valeur bien rare, d'étendre la sphère d'influence de l'Europe à une aire géostratégique centrale et d'endiguer la contagion du radicalisme islamique.

Evidemment, ce n'est pas une démarche simple. Elle demande une vision politique audacieuse, du courage, et de la détermination. Mais ce n'est qu'à ce prix que nous parviendrons demain à mettre un grain de sable dans la logique qui prévaut actuellement, celle d'un affrontement des civilisations.
Peut-être ce grain de sable sera-t-il porteur d'un vent nouveau qui soufflera demain au Moyen-Orient, apportant la liberté aux peuples, et faisant taire les armes. Qu'il me soit permis d'espérer que le prochain prix Nobel de la paix soit celui qui, au sein de l’Islam, a su faire barrage à la logique de la haine et du ressentiment, en apportant la lumière et la paix à une région depuis trop longtemps plongée dans l’obscurité de la violence."

Pierre Besnainou

11 mars 2007

"La politique arabe de Chirac, un échec cuisant" : un bilan sans concessions d'Amir Taheri

Jacques Chirac devant l'Elysée,
le 24 février 2007 (photo Patrick Kovaric)

Introduction :
Après plusieurs mois de faux suspense, Jacques Chirac vient donc d'annoncer qu'il ne se représenterait pas aux élections présidentielles. Alors que les colonnes des journaux ont depuis déjà quelques semaines commencé à faire le bilan de ses douze ans de mandat, deux choses frappent pour ce qui concerne le monde musulman, objet de ce blog : d'une part, un concert général de louanges, de l'extrême droite à l'extrême gauche, tout les candidats se félicitant de l'opposition aux États-Unis au moment de l'invasion de l'Irak (un sentiment très fort des Français, que l'on aurait tort de mépriser et qui mériterait un article particulier) ; mais d'autre part un oubli de tout le reste de la fameuse "politique arabe", dont on évite soigneusement de faire un bilan analytique. "Chirac d'Arabie" (écrit par deux journalistes de Libération, Eric Aeschimann et Christophe Boltanski, Editions Grasset) a été le seul ouvrage qui ait tenté de le faire. Hélas (pour "Rencontre"), ce livre fut le thème de l'émission "Trente minutes pour convaincre" sur notre radio, je n'allais donc pas produire un "doublon"... mais j'espère que j'aurais l'occasion de revenir sur la fameuse "politique arabe de la France" dans une émission après les élections ! En attendant, et pour marquer ce départ, je reproduis un article sans concessions d'Amir Taheri, publié à l'origine dans le journal en langue arabe Alshark al-Awsat, et traduit dans "Courrier International" (numéro du 1er février 2007) : merci à nouveau à Albert Soued pour sa diffusion. Si certains passages son maintenant obsolètes (le rêve de Chirac de tenter un troisième mandat à la faveur d'une crise internationale), le reste mérite vraiment d'être lu. Enfin, et plus tard, j'espère publier un autre article sur la question, bien troublante et que tout le monde a du se poser : comment expliquer que le président le plus proche de la communauté juive de France, celui du discours du Vel d'Hiv sur la responsabilité de Vichy dans la déportation ... ait été, de façon continue, le plus résolument éloigné d'Israël ?
J.C

La presse arabe adule depuis toujours le président français. Mais ses récentes initiatives en direction de l’Iran chiite irritent les sunnites. Le quotidien panarabe Asharq Al-Awsat, financé par Riyad, est sévère.
Alors qu’à l’Elysée le rideau se baisse sur Jacques Chirac, ce dernier continue d’entretenir le doute sur un troisième mandat. Tandis que ses derniers amis essaient de le peindre en "vieux sage" de la politique internationale, il joue ses dernières cartes diplomatiques et rêve d’un grand coup de politique internationale. Avant la fin du mois de mars, date à laquelle il a prévu d’annoncer s’il comptait se représenter ou non, il veut tenter sa chance avec la République islamique d’Iran. Son objectif est de l’amener à réduire ses ambitions nucléaires, à renoncer à soutenir le Hezbollah et à se joindre à la France dans un nouveau "front du refus" de la domination américaine au Moyen-Orient.
L’idéal aurait été d’obtenir quelque chose de retentissant avant le sommet consacré à la reconstruction du Liban qui s’est tenu fin janvier à Paris. Selon certaines sources, un envoyé français, l’ancien chef des services de renseignements Jean-Claude Cousseran, serait allé à Téhéran pour rencontrer le Guide suprême Ali Khamenei et lui faire part de quelques informations censées être secrètes, souligner le déploiement d’activité de la marine américaine dans le golfe Arabo-Persique et faire comprendre que les Anglo-Saxons s’apprêtaient à lancer une opération militaire contre l’Iran. Pour épargner ces ennuis à Téhéran, Cousseran aurait suggéré à Khamenei de désigner l’ancien président Hachemi Rafsandjani [réputé modéré en politique étrangère] pour gérer la question nucléaire et pour marginaliser l’actuel président, le bruyant Mahmoud Ahmadinejad. Si les Iraniens avaient émis des signes encourageants, Chirac aurait envoyé son Premier ministre, Dominique de Villepin, conclure le marché : annonce de l’arrêt du programme iranien d’enrichissement d’uranium et annulation de la réunion du Conseil de sécurité prévue pour mars. C’est ce qui aurait permis au "doyen de la politique internationale" et au "héros de la paix" d’annoncer sa candidature pour la présidentielle et d’appeler ses "chers compatriotes" à le réélire afin qu’il puisse sauver le monde de la bêtise de George Bush. En s’appuyant sur les sentiments traditionnellement antiaméricains et anticapitalistes des Français, il aurait fait passer Nicolas Sarkozy pour "inféodé à Bush" et pour un "chantre du libéralisme économique", un mot qui effraie les Français.
Or, depuis deux ans déjà, tous les sondages indiquent que les Français sont las de Jacques Chirac et souhaitent qu’il s’en aille le plus tôt possible. Pis, la plupart de ses amis l’ont abandonné, et d’autres trouvent indigne de se servir de l’Iran pour préparer une nouvelle candidature. Le problème, c’est que Chirac n’a pas appris grand-chose de sa longue expérience politique : ce n’est pas la première fois qu’il est victime de ses illusions. Entre 1974 et 1976, quand il était Premier ministre, il a soutenu le programme nucléaire irakien en contrepartie de subsides versés par Saddam Hussein au RPR. De nouveau Premier ministre de 1986 à 1988, il a refusé à l’aviation américaine le survol de l’espace aérien français pour bombarder la Libye. Il comptait ainsi gagner l’amitié de Muammar Kadhafi. Mais quand, plus tard, celui-ci a choisi de sortir de son isolement diplomatique, ses premiers contacts ont été avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, et non avec la France. De même, en 1987, Chirac a permis à Vahid Gordji, coordinateur des activités terroristes iraniennes à Paris, de quitter la France en contrepartie d’une promesse iranienne de ne pas perpétrer d’actes terroristes sur le sol français. Promesse vite rompue, puisque Téhéran n’a pas tardé à lancer une campagne d’assassinats contre des opposants iraniens réfugiés en France. Finalement, en 1991, Chirac [alors dans l’opposition] a milité contre le renversement de Saddam Hussein. Il espérait que les régimes "laïcs et progressistes" l’emporteraient contre les régimes "réactionnaires proaméricains" et comptait faire de la France le principal allié occidental des Arabes. Et, là encore, il s’est trompé et s’est fourvoyé.
La diplomatie chiraquienne n’a rien apporté ni à la France ni à personne, puisqu’elle a encouragé les tendances extrémistes d’aventuriers de la pire espèce - tels Saddam Hussein, Muammar Kadhafi ou Khomeyni. Aujourd’hui, Chirac joue une fois de plus son vieux numéro de claquettes et cherche à permettre aux mollahs iraniens de tromper le monde entier et de narguer le Conseil de sécurité. Son action risque surtout de précipiter une nouvelle guerre au Moyen-Orient.

Amir Taheri

10 mars 2007

Solidarité avec les infirmières bulgares et le médecin palestinien : une émouvante soirée le 8 mars à Paris

Monsieur Michel Taube au micro,
au fond, l'emblème de la solidarité (1)
Monsieur François Frison-Roche au micro

Jeudi dernier, c’était - on vous l’a assez répété - la journée internationale des femmes. Justement, cinq femmes dont les médias ne parlent presque plus vivent un calvaire depuis maintenant huit longues années : ce sont les cinq infirmières bulgares, accusées d’avoir volontairement empoisonné par le virus du Sida des centaines d’enfants à l’hôpital de Benghazi, et condamnées à mort deux fois ; et avec elle - ne l’oublions pas car la barbarie n’a pas épargné le « frère arabe » des Libyens - le malheureux docteur palestinien Ashraf Juma.

Depuis la première manifestation à Paris sur le parvis du Centre Pompidou, en passant par des directs de nos journalistes avec Tripoli et une émission spéciale de « Rencontre » en janvier 2006 (rediffusée après la deuxième condamnation à mort du 19 décembre), je suis en contact avec l’association « Bulgaria France » (adresse : www.bulgaria-france.net) et j’essaie de vous informer de ce dossier : pour en revivre l’historique, cliquer en fin d’article sur le libellé « infirmières bulgares ». C’est tout naturellement, donc, que je suis allé jeudi dernier au rassemblement de solidarité au Centre Culturel Bulgare à Paris. Le modeste local ne suffisait pas pour accueillir les participants, bulgares en majorité avec quelques conjoints français ou militants pour leur libération, venus entendre plusieurs personnalités ; hélas, pas de grands médias présents, et plusieurs intervenants ont exprimé la crainte que ces otages (car il faut bien prononcer le mot) ne soient complètement oubliés ... 
Je ne vais pas vous imposer un compte-rendu trop long, juste donc un résumé des interventions des différents conférenciers, qui se sont exprimés sous la présidence du professeur Minko Balkanski.
- D’abord j’ai noté les liens très forts entre la France et la Bulgarie, où beaucoup d’intellectuels sont francophones : le premier intervenant a été un Français, Monsieur François Frison-Roche (photo), qui a même lui-même été conseiller d’un ancien président bulgare ! A l’exception d’un ex-député venu spécialement de Sofia, tous les Bulgares intervenants parlaient parfaitement le français, et ont souligné que c’est en France que la mobilisation pour cette affaire était la plus importante - en critiquant, aussi, pour leur indifférence présente d’autres pays, l’Allemagne qui a de très forts intérêts en Bulgarie, ou l’Italie (qui commerce tellement par ailleurs avec la Libye).
- Car la petite Bulgarie fait partie de l’Union Européenne depuis le 1er janvier ! Elle est donc en droit d’attendre plus de solidarité des pays membres de l’Union, en tout cas les participants ont exprimé l’espoir que les prisonniers de Tripoli seront mieux protégés de ce fait.
- Le rédacteur du quotidien de Sofia « Standart », Monsieur Georgi Gotev, devait témoigner de l’émotion qui est immense là-bas ; en reconnaissant aussi (effet d’un individualisme et d’un cynisme qui auraient marqué la fin du communisme, comme cela a été évoqué ?), que l’opinion publique a été longue à se mobiliser dans la patrie des infirmières.
- Tout le monde a compris que l’on a affaire à un procès purement politique, comme l’a dit le professeur Boyan Christoforov : les Libyens réclament maintenant comme dédommagements exactement la somme qu’ils doivent payer en compensation des attentats du Lockerbie et du DC 10 de l’U.T.A, vieilles affaires de terrorisme qui remontent aux années 80 et qui avaient conduit à l’isolement de Tripoli pendant de longues années ! C’est donc aux grandes puissances à se mobiliser pour défendre ces innocents.
- Ensuite, j’ai été particulièrement impressionné par l’intervention du docteur Raphaël Pitti, président d’une association (« Les enfants d’Hippocrate ») crée spécialement pour mobiliser le corps médical en faveur des prisonniers de Tripoli. Médecin militaire, il a rappelé la tradition de sa noble profession, celle de soulager la souffrance de tout le monde, même des ennemis prisonniers en cas de conflit. Avoir utilisé des otages comme on l’a fait pour les infirmières bulgares et le médecin palestinien, c’est une trahison contre l’éthique médicale, contre le rapport de confiance entre médecins et malades : si on laisse faire, tout médecin humanitaire pourra être menacé dans le Monde ! Des sommités de l’Académie de Médecine, le professeur Axel Kahn, les docteurs Xavier Emmanuelli, Bernard Kouchner, ont répondu à son appel.
- Le docteur Snejna Freche, présidente de l’Amitié Médicale France-Bulgarie (qui s’est dévouée sans compter pour les prisonniers de Tripoli), le docteur Ivan Sotirov (qui a rappelé les expertises scientifiques du professeur Montagné et la lettre des 114 Prix Nobel au Président Khaddafi), Monsieur Debout, président de l’Association Nationale des Infirmiers et Infirmières (ANFIIDE), ont porté témoignage également de la solidarité du personnel médical. Petite remarque strictement personnelle : l’absence de « Médecins du Monde » et de « Médecins sans Frontières » à une telle manifestation - alors qu’elles ont un tel prestige et qu’elles font tellement appel aux dons - ne m’en a paru que plus choquante.
- Michel Taube (photo), président de l’association « Ensemble contre la Peine de Mort » a rappelé son engagement personnel sur ce dossier (voir sur leur site), et a promis d’intervenir auprès des grandes ONG de défense des Droits de l’Homme. Détail encourageant, il a évoqué un début de prise de conscience (depuis la deuxième condamnation à mort de décembre dernier) dans le Monde arabe, où on réalise l’effet désastreux de cette prise d’otages déguisée pour les Libyens, et au delà.

Madame Freche a fait la suggestion, de créer une fédération de tous les groupes militant pour la libération des prisonniers. Une réunion à ce sujet est prévue d'ici une dizaine de jours pour les associations, qui confirmeront leur accord. Sera également à l’ordre du jour la suggestion de Monsieur Youriyv Vodenitcharov, de l’association « Bulgaria France », d’écrire à tous les candidats à l’élection présidentielle : à noter que seul Nicolas Sarkozy en a parlé lors de son discours d’investiture en janvier puis le 7 mars, et que Ségolène Royal - qui a évoqué les violences faites aux femmes en cette journée internationale - est restée bien silencieuse à propos des malheureuses infirmières torturées en Libye !

Jean Corcos

(1) Le symbole de la campagne de soutien a été créé par le journal "Standart". Il porte l'inscription "Ne ste sami" ("Vous n'êtes pas seuls"), gravée sur les couleurs de la Bulgarie. Ce journal a aussi créé un site pour informer des actions de solidarité, en plusieurs langues dont l'anglais et l'arabe (lien sur le site).

09 mars 2007

Gérard Akoun sur Judaïques FM, hier : face aux Palestiniens, face aux pressions internationales, Israël a-t-il vraiment le choix ?

Introduction :
Gérard Akoun - qui assure la direction de notre radio avec Iris et Vladimir Spiro -, lit tous les jeudi matin un billet politique. Il fait partie des chroniqueurs réguliers de l'actualité, et hier 8 mars il a évoqué le prochain sommet israélo-palestinien, et les pressions subies par Jérusalem pour lever le boycott sur le prochain gouvernement palestinien. Voici son intervention.
J.C

Je délaisse, cette semaine la campagne présidentielle pour replonger dans la politique moyen-orientale, non que les enjeux, ne soient pas déterminants, ici, pour l'avenir de la France, mais là-bas, les décisions que prennent les dirigeants, peuvent être lourdes de conséquences ; ils sont confrontés à des questions existentielles, la voie de la Guerre, celle de la Paix sont chaque fois mise en balance, quel risque raisonnable est-il possible de prendre ?

Dimanche prochain en principe, Ehud Olmert et Mahmoud Abbas doivent se rencontrer, le second informera son interlocuteur des avancées dans la formation du gouvernement d'union nationale Fatah Hamas, qui jusqu'à ce jour achoppe sur le nom de la personnalité du Fatah qui occupera le poste de ministre de l'intérieur et contrôlera, donc, une bonne partie des forces de police. Un poste sensible s'il en est et pour le Fatah et pour Israël. Mahmoud Abbas essaiera bien sûr de persuader Ehud Olmert que le Hamas, s'il n'accepte pas les trois conditions posées par le Quartet - conditions que je ne pense pas avoir besoin de vous rappeler -, fait quand même un pas important, en s'engageant à maintenir une trêve de longue durée, donc l'arrêt total du terrorisme : plus d’attentats, plus de kassams, y compris de la part du Djihad Islamique. En compensation Israël ne devrait plus s’opposer auprès du Quartet à ce que, une fois le gouvernement d'union nationale formé, les flux financiers puissent lui parvenir librement.
A première vue, accepter pour Israël serait perdre une des cartes maîtresses qu'il possède mais a-t-il le choix ? Est-il possible, de laisser l'anarchie gagner encore du terrain dans les Territoires Palestiniens et surtout à Gaza, d'autant plus que nombreux sont ceux qui dans les chancelleries européennes, et en particulier en France, ont considéré qu'en signant l'accord de la Mecque le Hamas avait reconnu implicitement l'État d'Israël ? Peu importent les démentis à cette thèse apportés par Ismaël Haniye, les voyages de Khaled Mechal en Iran et au Soudan - il n'y fait pas du tourisme -, l'Europe et la Russie sont prêtes à soutenir le gouvernement d'union nationale, bien que le Hamas ne satisfasse pas aux conditions posées. Israël devrait faire confiance à Mahmoud Abbas et au Roi Abdallah d'Arabie saoudite, ce qui n’est pas rassurant.
Samedi, doit se tenir à Bagdad un sommet sur l'Irak qui réunira des pays voisins dont l'Iran et la Syrie, ainsi que les cinq membres permanents du conseil de sécurité. Pour Washington cette réunion constituera « un test important pour savoir si l'Iran et la Syrie veulent être vraiment des forces constructives en Irak ».

Des résultats de cette conférence dépendra la réponse d'Israël aux sollicitations de Mahmoud Abbas, il sera plus difficile de répondre par la négative si les États-Unis obtiennent certaines assurances, quant à l'Irak , de la part des Syriens qu'il s'agit de couper de l'Iran

Gérard Akoun,
le 8 mars 2007

07 mars 2007

Juifs et Musulmans, ombres et lumières dans le "neuf - trois" : Sammy Ghozlan sera mon invité le dimanche 11 mars

Après une attaque au cocktail Molotov, Synagogue de Stains (Seine Saint Denis),
nuit du 13 juillet 2005 (source : ce site)

Sammy Ghozlan sera l'invité de ma prochaine émission.
C'est un invité un peu particulier puisque Sammy est une personnalité bien connue de nos auditeurs : il assure en effet l’animation un vendredi matin sur deux, et nous nous retrouvons parfois à Judaïques FM. Mais Sammy et moi nous-nous connaissons depuis bien longtemps, ce n’était pas difficile dans notre petite communauté de se rencontrer quand on fait du bénévolat ! Il est surtout une personnalité incontournable, avec pourrait-on dire plusieurs "casquettes" qui témoignent de son dynamisme et de son engagement : membre élu du Consistoire Israélite de Paris, président du Conseil des Communautés Juives d'Ile de France après avoir dirigé le "C.C.J 93" en Seine Saint Denis, il est président du "Bureau National de Vigilance contre l’Antisémitisme" (B.N.V.C.A), et donc un observateur parfaitement informé sur cette plaie que subit à nouveau notre communauté depuis plusieurs années.

Je reçois les différentes informations que diffuse par mail le B.N.V.C.A, et je me suis appuyé sur ce que j’ai appris de certaines affaires au cours de cette interview (déjà enregistrée). Il a enfin, sur ces évènements, un regard particulièrement riche pour deux raisons : commissaire de police à la retraite, ayant conservé de précieux contacts parmi ses collègues, il peut froidement analyser les faits, les chiffres, les profils des agresseurs, et faire la part du réel et de la rumeur ; et puis également, il a noué dans le cadre de ses responsabilités communautaires des relations avec des représentants musulmans, dans son département où ils sont particulièrement nombreux : « Juifs et Musulmans, ombres et lumières dans le neuf-trois », tel sera donc le thème du prochain numéro de "Rencontre" !

J.C

Stamboul, porte du bonheur ...

Illustrations tirées de l'ouvrage"Deri Se'adet"
ou "Stamboul, porte du bonheur, scènes de la vie turque"
d'Adolphe Thalasso. Oeuvres de Fausto Zonaro

Une toile sur la Toile
- mars 2007 (1)

Dans le cadre du "mois de la Turquie", voici deux illustrations tirées d'un ouvrage rare, publié en 1908 à 300 exemplaires seulement, et vendu aux enchères à Paris (catalogue de la vente orientaliste Gros et Deletrez, Paris, avril 1996).

Bien oublié aujourd'hui, Adolphe Thalasso était un écrivain et poète français, fasciné par l'Orient et particulièrement par la cité mythique qui se nommait encore Constantinople dans l'imaginaire européen. Digne contemporain de Pierre Loti, il fut en particulier l'auteur de "l'Art Ottoman : les peintres de Turquie". Il a publié plusieurs articles sur l'art moderne de l'époque dans ce pays, dont on peut retrouver les références en faisant une petite recherche sur Internet.

Les oeuvres reproduites dans l'ouvrage sont de Fausto Zonaro (1854-1929), italien originaire de Padoue et peintre attitré auprès du Sultan Abdul Hamid II. Victime de la vague nationaliste des "Jeunes Turcs" (les mêmes qui allaient commettre le génocide arménien en 1915), il dut quitter le pays comme nombre de ses compatriotes en 1911.

Petit rappel : en cliquant sur l'illustration, vous pourrez l'agrandir et en apprécier les détails !

J.C

06 mars 2007

Les valeurs européennes face au nucléaire iranien, par Cynthia Fleury

Cytnhia Fleury

Introduction :
J’ai évoqué à plusieurs reprises l’action du collectif « Appel aux dirigeants européens » (cliquer sur le libellé ci-dessous pour avoir accès à l’ensemble des articles), et j’ai reçu il y a quelques semaines un recueil intitulé «Fermeté face à l’Iran » (Editions Le Manuscrit, © Le Cercle), contenant l’ensemble des textes écrits par les intellectuels engagés dans ce collectif. J’avais entendu certains d’entre eux à Sciences Po le 14 décembre dernier, d’autres absents ont tenu à faire parvenir une contribution, et je publierai sur le blog quelques extraits de certains auteurs.
Aujourd’hui, j’ai choisi de commencer par l’intervention de Cynthia Fleury, que j’ai jugée particulièrement intéressante, à plusieurs titres. Jeune et brillante (elle a 32 ans), cette philosophe ne s’est pas laissée enfermer dans des réflexions théoriques et solitaires. Elle enseigne à Sciences-Po et à l’American University of Paris, et elle est l’auteur principal ou associée de plusieurs ouvrages sur les relations entre cultures ou sur les systèmes politiques. En voici une compilation incomplète : « Dialoguer avec l’Orient » (PUF, 2003) ; deux ouvrages auxquels j’ai consacré deux émissions dans ma série, « L’Islam en France » (hors série de la revue Cités, 2004, sous la direction d’Yves Charles Zarka), et « Difficile tolérance » (Editions PUF, 2004, toujours sous la direction d’Y.C. Zarka) ; et deux oeuvres récentes, un essai intitulé « Les pathologies de la démocratie » (Editions Fayard) et aux PUF, « Imagination, imaginaire, imaginal ». Collaboratrice du « Web de l’Humanité » (donc a priori fortement marquée à gauche), elle ne donne pas du tout dans le « politiquement correct », bien silencieux lorsqu’il s’agit des menaces de l’Iran ou des pressions de l’islam politique dans notre pays. Son intervention à Sciences Po a mis, clairement, l’Europe face à ses responsabilités à propos de l’Iran. Et elle m’a d’autant plus frappée que ces paroles, très fermes, étaient dites par une jeune femme à l’apparence frêle et fragile !
Extrait ...
J.C

« Aujourd’hui, les Européens souffrent de voir cette Europe se renier elle-même, renier ses idéaux quand elle hésite à affronter l’Iran sur la question nucléaire. Pour la communauté européenne, cela devrait être un point de solidité absolue, voire la préfiguration de ce que pourrait être une diplomatie européenne unifiée. Céder sur le nucléaire iranien, c’est céder sur nos valeurs, sur ce qui fait la base de notre union, sur nos fondamentaux. Car s’il est au final illégitime d’empêcher les uns d’accéder au nucléaire civil et militaire (dissocier les deux ne sert à rien car pour accéder à un niveau de développement de la société iranienne, il lui faut en passer par un nucléaire dont le niveau d’uranium enrichi peut être utilisé à bon ou à mauvais escient), alors que d’autres y accéderaient, il est en revanche tout à fait légitime d’empêcher tous ceux qui déclarent conjointement à la demande d’accession au nucléaire l’éradication d’un Etat relevant de la communauté internationale. Cette opération qui consiste à désarticuler le droit à la souveraineté nucléaire et le discours d’éradication d’un Etat, en somme l’appel au développement et l’appel à la guerre, est proprement malhonnête, dangereux et annihilant pour nous - peuples de la paix et du pacte social - qui mettons dans la parole et dans le dialogue nos espoirs, notre dignité, notre exigence. Pour l’Europe de la norme, la parole faît politique, fait acte. La parole est solennelle. »

Cynthia Fleury

05 mars 2007

Un café turc à Istanbul


« Le voyageur découvre une part de son passé dont il ne savait pas qu’il le possédait » (Italo Calvino).

Amis lecteurs, connaissiez vous cette citation, et avez-vous eu la chance de réaliser combien elle était riche de sens ? Ne vous êtes-vous jamais demandé en débarquant dans un pays inconnu : « Et si j’étais né ici ? » « Et si j’y avais grandi, et si ma mémoire s’était forgée à l’ombre de ces façades, et sous ce soleil particulier ? »

Il est temps de l’avouer ici ... Au-delà de mon inquiétude plus que fiévreuse pour ma communauté toujours menacée, au-delà de ma curiosité pour l’actualité qui façonne l’avenir et risque d’avoir d’effroyables conséquences, je me suis lancé dans tant de lectures et tant de recherches avec aussi la curiosité du voyageur d’Italo Calvino. Je me suis un peu imaginé Égyptien voyant débarquer les troupes de Bonaparte, Berbère du Rif plongé dans les guerres civiles du siècle passé, et souvent aussi Ottoman, et quant à faire résidant dans la Sublime Porte, Istanbul qui fut Constantinople après s’être nommée Byzance. 

Et le rêve est presque devenu réalité lorsque j’ai découvert ce merveilleux petit film musical qui va, j’en suis sûr, vous envoûter comme je l’ai été ! Des images d’aujourd’hui, mais prises en noir en blanc et qui apparaissent hors du temps, comme ces minarets pointus ou les antiques bateaux-promenade en bois, qui ont du croiser Pierre Loti. Le film commence par une vue en plongée de la Tour de Galata, cœur du quartier juif déjà évoqué sur le blog. Et puis, tandis qu’une voie chaude et aux mots magiquement incompréhensibles vous porte, comme des douces ailes qui vous feraient planer, vous allez rencontrer successivement un pêcheur dormant sur sa barque, l’intérieur d’une Mosquée, des écolières en uniforme, des vieux tramways luisants comme des jouets, des amoureux enlacés au bord du Bosphore, des pigeons immortels et une tasse de café ... turc, bien sûr, qui doit vous avoir attendu depuis très longtemps. Et le film s’achève par un sourire bien charmeur, mais je ne sais pas si c’est celui de la chanteuse Gülseren !

Si vous voulez en connaître plus : sur Valérie Cuscito qui a réalisé ces merveilleuses photos, allez à l’adresse : http://www.manzara-photo.com/.

J.C

04 mars 2007

C'est le mois de la Turquie !

Photo tirée de de ce site

Voici donc arrivé, chers lecteurs, le premier "mois à thème" sur le blog ! Un pays du monde musulman que je vais donc essayer d'évoquer par toutes ses facettes, des moins sérieuses aux plus graves.

Ce mois-ci, nous commencerons par la Turquie. Géant de plus de 70 millions d'habitants ; pomme de discorde au sein même de l'Europe, avec le débat "pour ou contre l'entrée dans l'Union Européenne" ; premier et seul pays de population musulmane à avoir adopté une constitution laïque, mais aussi gouverné aujourd'hui par des "islamistes modérés", ce qui a abondament alimenté les inquiétudes ; allié régional d'Israël, mais ayant pris ses distances avec les États-Unis depuis l'invasion de l'Irak ; une des toutes dernières "terres d'islam" où subsiste une communauté juive, mais qui semble douter de l'avenir ; symbole historique, enfin, du "choc des civilisations" entre monde chrétien et monde musulman, dont on a vécu les séquelles il y a une dizaine d'années avec la naissance douloureuse de la Bosnie en ex-Yougoslavie ... parler de la Turquie, c'est ouvrir des dizaines de portes - mot qui évoque, encore un clin d'oeil à l'Histoire, le défunt Empire Ottoman et Istanbul surnommée, justement, la "sublime porte" !
En attendant le premier des nouveaux articles, je vous invite à passer en revue tous ceux déjà publiés sous ce mot clé dans le blog (cliquer sur les libellés "Turquie") et à ré-entendre, si vous ne les avez pas encore entendus, mes deux interviews d'Alexandre Del Valle et Semih Vaner. Et puis, comme c'est un très beau pays, je vous invite à commencer la visite par le joli site touristique de Bodrum - dont le site en lien sous le drapeau donne un bel aperçu !

J.C

Le blog a deux ans !



Bonjour amis lecteurs du blog, et en particulier visiteurs fidèles au rendez-vous ce dimanche après une petite semaine de pause.

Ce jour est un jour de fête, comme je vous l’annonçais dimanche dernier.

D’abord et avec un peu de retard, j’aimerais célébrer avec vous les deux ans du blog, né le 27 février 2005. Comme l’année dernière - et même si c’est symbolique - vous avez droit à un morceau de gâteau pour fêter cela. Et même, en cliquant ici, vous pourrez aller sur le site où j’ai trouvé l’illustration et entendre jouer « Happy Birthday » !

Deux ans et donc un « bébé » qui marche maintenant tout seul, ou presque : ainsi, même si je ne l’ai pas « alimenté » ces jours derniers, vous avez été plus d’une centaine à venir le visiter quotidiennement. Beaucoup viennent consulter un article vieux de plusieurs mois, voire de plus d’un an, mais qui reste très bien référencé sur les principaux moteurs de recherche. Certains ont ensuite la curiosité de visiter longuement l’adresse découverte, et mon logiciel « sitemeter » me permet de connaître le temps minimum passé ou le nombre de « pages » tournées. Hélas, le « ratio » pages sur visite reste collé aux alentours de 1,5, les « très curieux » (minoritaires) faisant cette moyenne avec la majorité qui ne va pas plus loin que l’article référencé ; parmi ces derniers, et même s’ils sont minoritaires, beaucoup hélas dont la recherche reflète des motivations bien peu sympathiques - le blog jouant le rôle de « thermomètre » d’un antisémitisme de plus en plus ouvert : mais ne gâchons pas cet anniversaire, ceci sera le thème d’un futur article.

Ne voulant pas faire trop long, je vous renvoie au lien vers l’article fêtant ... les un an du blog pour ceux qui n’auraient pas encore compris à la fois l’objet et la ligne générale de « rencontrejudaiquesfm ». Comme l’année dernière, je voudrais tirer mon chapeau à celles et ceux qui y ont apporté leur contribution, par des articles inédits ou repris d’ailleurs, ou en venant comme invités à mon émission - remerciements particulier à la fidèle Isabelle-Yaël Rose qui m’envoie des articles percutants depuis Jérusalem (et parfois même de plus loin encore, voir dans les archives de janvier ses reportages en Jordanie).

Le blog, ce sont aujourd’hui 442 articles publiés, pas tous remarquables bien sûr, mais où vous pourrez trouver sûrement trouver des choses qui vous intéressent si sa thématique - le monde musulman, et toute l’actualité qui le concerne - vous intéresse, bien sûr. Nouvel outil très puissant dont je vous ai déjà parlé : les « libellés » en fin de chaque « post », qui vous permettent d’un simple clic de lire tout ce qui a été publié sur un thème donné. Le blog, c’est aussi et surtout - un des principaux « plus » par rapport à des publications analogues -, le support d’une série radiophonique qui va, elle, fêter bientôt ses dix ans : déjà 12 émissions disponibles sous forme de « podcasts » ; pour les trouver, il suffit de taper « podcast » dans le moteur de recherche « blogger » (sur la barre en haut de page), ou « technorati » (le petit sigle vert, colonne droite) ; mais je publierai prochainement un article vous donnant directement les liens pour aller directement sur les émissions. Le blog, ce sont enfin des « séries » thématiques, certaines bien vivantes (« le sourire du mois », « une toile sur la Toile ») d’autres beaucoup moins et que je vais essayer de relancer. Ce sont aussi, à partir d’aujourd’hui, des « mois à thème » qui vous feront voyager.

A nouveau, votre fidélité et les quelques témoignages d'amitié reçus à l'adresse du blog (rencontre@noos.fr) sont ma seule récompense, n’hésitez pas à m’écrire - cela rendra moins déprimant le nettoyage quotidien des horribles « spams » qui la polluent !

Enfin il est temps, pour ceux des lecteurs qui appartiennent à ma communauté, de leur souhaiter - de nous souhaiter - une joyeuse fête de Pourim. Petit rappel : les Juifs commémorent ce jour là leur sauvetage miraculeux dans la Perse antique, à une époque où le Mahmoud Ahmadinejad d’alors s’appelait Haman ... un jour de fête, donc, où l’on mange aussi beaucoup de sucreries, l’illustration est donc bien à propos ... et l’occasion, aussi, de relire l’évocation de la fête, cet article ou celui-là.

J.C

25 février 2007

Un peu de repos …

Près de quatre mois, maintenant que ce blog n’avait pas connu la moindre pause. Sauf un faux arrêt au moment de la « trêve des confiseurs » ... mais, comme les lecteurs fidèles ont du le remarquer, il y eut aussi du boulot d’étalé à la fin décembre, avec en particulier de nombreux liens ajoutés et commentés.

Vous êtes près de 120 par jour à venir vous connecter en ce moment, pour 200 pages ouvertes ! Le blog est maintenant riche de centaines d’articles, et beaucoup viennent à partir de références anciennes de publications : je suis donc parfaitement tranquille pour le nombre de visites la semaine prochaine, choisie pour marquer un temps de repos. Sauf évènement exceptionnel, méga attentat, assassinat d’un candidat à la présidentielle ou nouvelle guerre au Moyen-Orient (évitons quand même de broyer du noir), le prochain article sera publié dimanche prochain 4 mars. Il sera temps, alors, de fêter avec un peu de retard les deux ans du blog, né le 27 février 2005.

Juste une dernière indiscrétion, pour ce qui vous attend à la « rentrée ». Au-delà de l’actualité et des « posts » mis en ligne au fil de l’eau, au-delà des libellés en fin d’articles qui permettent de retrouver classés par thèmes l’ensemble des publications, j’ai imaginé une nouvelle manière, plus vivante, d’aborder le monde musulman sur le blog : faire un vrai voyage en abordant, certains mois, un pays différent sous différentes facettes. La première série sera "le mois de ... " mais rendez-vous le 4 mars pour le savoir !

J.C

Le 11 septembre, presque un détail pour Le Pen

Une fois n’est pas coutume, j’ai emprunté tel quel le titre de « Libération » du 22 février. Une façon de renvoyer la dernière provocation du leader de l’extrême droite française à ses propos au micro de RTL, il y a presque 20 ans, où il déclarait que les chambres à gaz étaient un « point de détail de l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale ».

Rendons cette justice au « borgne fou » qui revient à chaque fois polluer les élections présidentielles - en attendant d’en être expulsé, par la force de l’âge ou (on peut rêver) le retour à la raison d’une partie de son électorat, suffisamment grande pour lui envoyer une claque : son message, même s’il évolue au gré des électorats à conquérir, reste remarquablement stable en ce qui concerne le nazisme. Jamais évoquée en termes négatifs (« l’occupation allemande n’a pas été aussi inhumaine que cela », entretien à l’hebdomadaire « Rivarol », janvier 2005), couverte d’un halo de confusion mentale (ainsi son père, mort accidentellement après que son chalutier ait heurté une mine allemande est-il dans sa bouche « mort pour la France »), la guerre entre Alliés et Forces de l’Axe est toujours évoquée en termes défavorables aux premiers. Retour donc sur sa dernière et scandaleuse interview à « La Croix », et sur son « les 3000 victimes de attentats du 11 septembre, c’est beaucoup moins que les bombardements de Marseille ou de Dresde à la fin de la Seconde Guerre Mondiale » ... CQFD, d’après Le Pen et implicitement, les nazis n’ont jamais EUX bombardé de cités européennes, et les seules victimes civiles ont été visées intentionnellement par les Américains ... pour ne rien dire des camps de concentration ou d’extermination, sur lesquels (bien sûr) « il faut laisser les historiens discuter » (une fois supprimé la « scélérate Loi Gayssot »).

Le candidat du Front National crachant à la figure des malheureuses victimes du 11 septembre en banalisant l’évènement, cela n’a rien non plus d’inattendu quand on pense à son tournant violemment anti-américain, que j’avais déjà relevé sur le blog (lire ou relire l’article "Le Pen, candidat des Mollahs"). Mais faisons un retour sur l’article de Christophe Forcari dans « Libération » :
« En relativisant la portée des attentats du 11 septembre, Le Pen renoue avec le discours traditionnel de l’extrême droite pour qui les États-Unis représentent avant tout la patrie du capitalisme apatride. Dans son entreprise de séduction tous azimuts, il adresse également un signal fort à l’électorat d’origine maghrébine, hostile à la politique américaine au Moyen-Orient et à celle de son principal allié dans la région, Israël ».
«Le Pen n’a choqué que le petit monde politico-médiatique, pas le peuple » a dit à « Libé » un autre dirigeant du F.N, Louis Aliot. Hélas, en repensant aux réactions pas très nettes entendues au moment même du méga attentat (voir sur le blog), j’ai bien peur qu’il n’ait raison sur cette triste analyse !

Je me suis demandé enfin quelle « réponse » faire à une telle abjection, une réponse qui puisse rasséréner un peu les lecteurs. Et puis, le hasard a voulu que Irène Elster (dont on a pu apprécier des photos et un article sur le blog) me signale un extrait vidéo sur « Youtube » de « Adieu », cette chanson de Bruel "censurée sur les ondes françaises" (en fait, jamais passée à la radio comme le disait mon article). Une chanson consacrée justement, aux attentats terroristes, et dont le dernier couplet - celui évoquant le 11 septembre, à travers le regard d’un survivant - me semble tout à fait à propos. Une vraie émotion contre une vraie abjection. Regardez et entendez donc Patrick Bruel chanter au piano que ce n’était pas un « détail » !

J.C



Adieu Patrick bruel par jasmin16

22 février 2007

"Monseigneur Vingt - Trois en Israël, un pèlerinage inattendu", par Josiane Sberro

Les pèlerins devant l’église du Mont des Béatitudes,
près du Lac de Tibériade (photo Josiane Sberro)

 
Introduction :Mon amie Josiane Sberro est une militante infatigable de deux nobles causes : la défense d’Israël, et celle de la République française laïque - deux combats où hélas on rencontre souvent les mêmes extrémistes en embuscade ! Directrice à la retraite d’un établissement scolaire, elle trouve encore l’énergie de se battre par la parole et par la plume, et elle fait partie des dynamiques dirigeants de « Primo Europe », site ami en lien permanent sur le blog.
Elle a été invitée par l’Office Israélien du Tourisme (ONIT) à couvrir le voyage de l’Archevêque de Paris, Monseigneur Vingt - Trois, invité en Israël avec 600 pèlerins catholiques. Elle rend hommage à ce dignitaire de l’Église, en témoignant de ses qualités à la fois d'humanité et de diplomatie en Terre Sainte, tellement déchirée entre Juifs et Musulmans.
Merci, Josiane, pour ce reportage et cette photo ramenés d’un très beau voyage !
J.C

Dès mon arrivée à l'aéroport, je me suis demandé. Suis-je bien à ma place et pourquoi suis-je là. Je me sens si étrangère, si seule en cette foule disciplinée. Je redoute un peu ce qui m’attend et me contente d’observer tout autour de moi. Des enfants qui attendent de rencontrer le Messie sur cette terre qui à mes yeux, lutte sans répit pour sa simple survie.

L’embarquement est long dans ce monstre au ventre inépuisable. Près de six cent pèlerins accompagnent en effet Monseigneur Vingt - Trois archevêque de Paris pour un pèlerinage en Terre Sainte.
Quatre longues heures de vol sans un mot échangé. Je suis stupéfaite de ce calme courtois. Un vol à destination d’Israël c’est habituellement le droit à toutes les dérogations, le bruyant, chaleureux et joyeux désordre de l’appartenance à la même famille.
Le passager devant moi, plie religieusement le certificat de cacherout de son plateau repas, et le glisse dans sa poche. Premier contact dans doute avec la langue hébraïque.

Mes doutes s’estompent dès l’arrivée à destination. Arrivée impressionnante. Le monstre crache un flot humain ininterrompu par ses nombreuses passerelles. Drapeaux et soleil à flot. Une cérémonie nous attend.
Sur le tarmac Monseigneur Vingt - Trois est invité à rompre le pain et le sel selon la tradition hébraïque.
« Cet avion est un oiseau de printemps par les amis chrétiens qu’il mène vers nous, et nous espérons d’autres nombreux oiseaux de printemps à venir ». Ce sont les mots d’accueil du directeur de l’aéroport. Pour le ministre du tourisme, « Vous pèlerins chrétiens, êtes un pont entre les Israéliens et les Palestiniens qui veulent la Paix ». L’équipage de l’avion tout en haut de l’appareil ne veut pour rien au monde manquer une séquence de ce spectacle hors du commun : Le Primat des français célébrant le motsi entouré d’une foule immense, pétrifiée par la solennité du moment. Chacun de nous serre le petit rameau d’olivier reçu en posant pied à terre.

Mais bien vite les autobus attitrés nous sont désignés, c’est une caravane de treize voitures. A Tel Aviv, premier déjeuner israélien chez « Gino le roi du falafel ». Connaissez vous le falafel mangé à la fourchette ? C’est le « comment-ça-s’appelle-mais-c’est tellement bon ».

Première messe à St Antoine de Jaffa. La journaliste officielle des franciscains de Jérusalem m’explique que l’itinéraire du voyage est changé à la demande des religieux du pays. Ce voyage doit aussi se préoccuper de visiter les minorités chrétiennes palestiniennes. Il y aura donc passage à Nazareth comme à Bethléem. Pour la première fois et ce ne sera pas la dernière le terme de « manipulation » est avancé.
La soirée nous fera oublier ce flottement .Dans le superbe amphithéâtre de l’Université de Tel Aviv, nous sommes près d’un millier à assister à ces discours de « Responsa » entre L’archevêque de Paris et le Grand Rabbin Amar. Tous deux emportent enthousiasme et conviction par la richesse de leur propos et leur amour de la paix, comme la presse s’en est déjà largement faite écho.
Le lendemain un autre temps fort nous mène en Galilée à Bethsaida. Plantation d’arbres et départ d’un chemin des « chrétiens amis d’Israël »...

Soulignons cependant après la messe de Nazareth la rencontre avec un maire quelque peu soupçonneux de « manipulation »encore ce vilain mot. La réponse de l’archevêque fut longuement applaudie « Ce voyage est soupçonné d’être manipulé ; sans que l’on puisse dire qui manipule qui, et à qui profite le plus, la manipulation. Je refuse de prendre position » Sans commentaire, mais la messe est dite.

Nous ne pourrons faire le récit détaillé de tout notre périple, tant les stations, les émotions , les rencontres avec la terre, son histoire, les évènements à jamais inscrits dans le sable nous ont été généreusement offerts. Le sermon sur la Montagne des Béatitudes nous laissera un souvenir particulier. Naissance d’un courant religieux, leur point origine pour nos visiteurs, superbe mouvement de révolte politique pour nous qui avons gardé le chemin.

Jérusalem offrira le contraste de l’irréparable douleur et de l’infinie douceur. Yad Vachem restera un temps fort très fort de ce voyage. Je suis si étonnée d’avoir entendu un nombre significatif de fois « on devrait nous dire tout ça en France » ! On le dit, justement en France ; mais en ce reposoir les faits prennent une tout autre dimension et l’on ne peut sortit indemne du mémorial des enfants. La négation du crime est un crime plus grand que le crime lui-même .C’est à peu près en ces termes que l’archevêque à résumé sa pensée en ce lieu.
Quitter Yad Vachem et se retrouver face à la Ville Sainte dans le jardin du Monts des Oliviers exceptionnellement ouvert pour nous, c’est un ressourcement dans la paix de Jérusalem et la certitude du sens de ce lieu, de la poursuite de la route.

Bethléem enfin, nos treize guides israéliens descendent des autobus au pied du « Mur ». En trois jours de vie commune des liens intenses se sont tissés. Cela nous fait froid dans le dos de les « jeter » ainsi sur le bord de la route après tout ce qu’ils nous ont généreusement offert. Dans tout le convoi c’est un mouvement d’indignation. Trop brève indignation cependant car les foules sont versatiles et adhèrent à la dernière fracture, à la dernière émotion. Et cette émotion on ne peut le nier est celle de ces boutiques fermées de cette impression de vie en voie d’extinction qui règne ici. Les pèlerins en sont bouleversés et l’expriment abondamment.

A la mairie discours particulièrement éloquent du maire de Bethléem, politisé à l’extrême on ne pouvait mieux. Là encore il nous faut le souligner la réponse de Monseigneur Vingt - Trois faite de paix, de sagesse et de sens des réalités a jeté des ponts de fraternité. Il a tenu à souligner la souffrance des deux côtés du Mur, rappelant que si les uns ne pouvait sortir d’autres ne pouvaient entrer et l’image détestable de nos guides sur la route illustrait le propos. Nous sommes décidés à jeter un pont un lien entre les hommes des deux côtés de ce mur, a-t-il martelé.

Mais nous voilà au terme de cet inoubliable voyage clôturé par un repas collectif. Repas de fête de joie, farandoles, chants en hébreu, échanges d’adresses, promesses de poursuivre la route vers ce « pont » promis ... Nous partîmes 600 en Terre Sainte, et revînmes un seul coeur d’Israël !

Pour tout cela, une infinie Gratitude pour cette initiative
Au Père Desbois et à l’incroyable Albert Benabou de l’ONIT.
Josiane Sberro

21 février 2007

Islam-Occident : un dessin et cinq commentaires

Dessin de Chappatte
© Chappatte, dessin tiré du site globecartoon.com

Comme les lecteurs fidèles ont du le remarquer, il m’arrive de publier sur le blog des dessins de presse dans la rubrique « le sourire du mois » : Plantu a ainsi déjà apporté une touche d’humour entre des dizaines d’articles, parfois bien roboratifs. Je n’avais pas encore mis en ligne d’œuvres de Chappatte, talentueux dessinateur du quotidien suisse « le Temps », et dont les publications alternent avec celles de Delize sur le site de news de «Yahoo» que je consulte quotidiennement. Pourquoi ? Soyons sincère avec mon modeste audimat, comme je l’ai été avec l’artiste lui-même en lui écrivant pour obtenir le droit de publier ce « cartoon » : Chappatte, lorsqu’il traite de l’actualité au Moyen Orient et plus spécialement de chaque conflit où est engagé Israël, fait preuve de bien peu d’empathie pour l’état juif - dont les habitants, jamais représentés en civil, n’apparaissent que revêtus d’un uniforme et en train de causer des souffrances à leurs voisins. Nous avons eu un premier échange parfaitement courtois sur la question, et bien entendu je me ferais un plaisir - le Web 2 étant un outil d’échanges et de libre expression - de publier tout droit de réponse de ce journaliste-dessinateur, sur cette question ou à propos du présent article.
 
Mais parlons de ce dessin très récent, publié lundi 19 février : en effet, il me semble parfaitement dans la veine du « politiquement correct » partagé en Europe ; en gros, l’actualité du monde musulman, de l’Irak à l’Afghanistan en passant par l’Iran et la Palestine est ressentie à travers moult reportages comme celle d’un univers de « bons sauvages », authentiques et heureux, s'ils n'avaient pas été dérangés par des méchants étrangers occidentaux. Chappatte pourra, s'il le souhaite, nous préciser s’il a mûrement réfléchi son « cartoon » avant de trouver l’idée, ou si l’idée lui est venue spontanément ; dans tous les cas le public aura reçu une « image subliminale », que je vais essayer de résumer en cinq commentaires !

A) Le Muezzin venu appeler à la prière au sommet de son minaret découvre une enseigne de Mac Donald plus haute que sa mosquée (et toutes les autres qui constituent la toile de fond). On peut sourire de l’idée (le « M » stylisé de Mac Do reprenant la forme de voûte de la pointe des minarets), mais l’idée principale est là : une construction allogène est venue gâcher le paysage, et en plus elle domine avec arrogance le panorama.

B) L’Occident est représenté par le double symbole de la « mal bouffe » (les fast foods) et des États-Unis, double symbole haï par un candidat moustachu aux élections présidentielles, démonteur (justement) de Mac Do, faucheur d’OGM, pourfendeur de la « mondialisation », et très populaire en France ... message subliminal, le Muezzin est (par glissement de la pensée) bien brave par contraste face aux « méchants » venus s’installer chez lui.

C) Troisième idée, sous-tendue par l’enseigne du Mac Do : l’Occident, c’est fatalement et uniquement l’Amérique ... mais est-ce seulement vrai sur le plan de la restauration ? Il y a présentement plus de sushi bars ou de marchands de chawarma que d’enseignes Mac Do dans les rue de Paris, et l’on doit maintenant trouver de très bons chinois ou indiens à Dubaï ou à Casablanca. Et puis « l’invasion occidentale », ce sont aussi les musiques mélangées qui ont donné le Raï en Algérie, ou les courants intellectuels de l’Europe qui ont inspiré les meilleurs des enfants du Maghreb ou du Machrek venus y étudier : trop compliqué à évoquer dans un dessin ?

D) Quatrième idée, l’Occident, c’est Mac Donald (ou Nike, ou Sony, ou tout ce que vous voudrez) mais uniquement ce qui relève de la « société de consommation »). Opposition du matérialisme à la spiritualité authentique - dans ce contexte musulmane -, un message que ne renierait pas une radio d’extrême droite, très proche de Judaïques FM en terme de fréquence, et où l’on cultive la nostalgie des « vraies valeurs » (celles-là, catholiques et opposées aux destructeurs "judéo-ploutocrates-protestants-anglo-saxons"). Bien entendu, d’autres « chocs des cultures » ne sont pas évoqués : libération des femmes ici et infantilisation chez eux ; populations éduquées versus analphabétisme record ; démocraties versus régimes despotiques ; sociétés ouvertes et mélangées versus intolérance et épurations ethniques en tous genres ; laïcité ici, charia (au pire) ou endoctrinement religieux (au minimum) là bas ; Silicon Valley versus culture du hashich dans la plaine de la Bekaa ou en Afghanistan : trop compliqué à représenter, sans doutes !

E) Enfin, dernière idée, le « choc des civilisations » ne se vivrait qu’exporté vers l’Orient ... et quid de cette mouvance islamiste sectaire et violente qui essaie maintenant de s’imposer en Occident, dans les rues, les hôpitaux ou sur les campus universitaires ? Chappatte a un bon coup de crayon, qu’il vienne un peu dessiner le désarroi des Européens qui croisent ce genre de look chez eux (voir photos sur le blog, par exemple ici ou bien encore là). Et puis, pour en finir, qu'il nous dise dans le fond ce qui l'inquiète le plus : de la pub sur fond de Mosquées ; ou bien des intellectuels contraints à vivre cachés (comme Redeker) ou en exil (comme Aayan Irsi Ali) parce qu'ils ont défié des fatwas ?

Jean Corcos

20 février 2007

Dieudonné vient pêcher en eaux troubles au procès de Charlie Hebdo

Dieudonné

Introduction :
Je reproduis ci-dessous un article de Caroline Brancher, publié sur le site laïc militant www.gaucherepublicaine.org . Il y avait beaucoup de monde au palais de justice pour ce procès, oh combien symbolique, et malheureusement l’agitateur antisémite Dieudonné est également venu, non pour assister aux débats ou apporter son soutien, mais pour tirer bénéfice - avec beaucoup de perversité - de cette affaire. Extrait choisi de ses déclarations : " Il faut qu'on puisse cracher à la gueule de tout le monde" ...
Voir le lien sur l'article original que je me permets de reprendre, avec mes remerciements à l’auteur pour sa dénonciation de ce personnage ; voir aussi grâce au libellé "Dieudonné" sous l’article, tous les « posts » où il fut évoqué dans le blog. A noter enfin que l'ex-humoriste - qui se prend pour un grand acteur de la politique - vient d'être rattrapé par des déclarations antisémites anciennes (*).
J.C

Un indésirable s'invite au procès de Charlie Hebdo

La venue de Dieudonné au procès de Charlie Hebdo n'a pas de quoi faire rire ou alors rire jaune, c'est comme on veut. Le trouble fête, qui s'est déplacé au prétexte de soutenir la liberté d'expression, a bien sûr provoqué la colère des journalistes de Charlie.
Pour rappel, lors de la republication des 12 dessins par Charlie Hebdo, les troupes de Dieudonné[1] elles mêmes étaient venues insulter les journalistes de Charlie Hebdo en bas de la rédaction.
En réalité, Dieudonné a une toute autre définition de la liberté d'expression que celle de Charlie Hebdo.
Comme il l'affirmera sans aucune gêne devant la caméra d'un bloggueur, la liberté d'expression est pour lui " la liberté de dire n'importe quoi " " On a le droit de dire tout et n'importe quoi " clamera-t-il.
Dieudonné, qui s'est déplacé mais n'a assisté à aucun débat, considère que l'issue du procès va déterminer si " on le droit de cracher à la gueule des musulmans " donnant ainsi du grain à moudre à ceux qui assimilent les caricatures de Mahomet à du racisme.
Revendiquant " un droit au crachat ", Dieudonné ajoutera : " Il faut qu'on puisse cracher à la gueule de tout le monde " Dieudonné s'est d'ailleurs lui même défini comme un " cracheur professionnel " devant les caméras.
C'est à se demander si Dieudonné n'a pas besoin de se faire psychanalyser. C'est en tout cas ce que lui suggérera Caroline Fourest qui, s'étant avancée pour questionner Dieudonné sur sa présence au procès, n'obtiendra comme seule réponse que pitreries et grimaces de la part de son interlocuteur. Preuve par là que Dieudonné ne brille guère pas la force de ses arguments mais excelle plutôt dans la bêtise, tout particulièrement quand il s'agit de se montrer devant les caméras.
On ne sait pas très bien quelles sont les raisons qui poussent Dieudonné à confondre blasphème et racisme. Est-ce par malhonnêteté intellectuelle comme c'est le cas de l'UOIF, la mosquée de Paris et la Ligue Mondiale Islamique qui veulent instaurer un délit de blasphème de manière détournée ?
Ou est-ce par besoin de se complaire dans la fange, tout spécialement quand les caméras sont là pour ne pas en louper une miette ? Plus simplement encore, Dieudonné a-t-il choisi de se reconvertir dans des sketchs frisant la débilité, croyant peut être que certains seraient eux mêmes assez débiles pour en rire (et auquel cas c'est loupé) ?
Quoiqu'il en soit, ce qu'on comprend très bien c'est pourquoi Dieudonné attend avec impatience l'issue du procès de Charlie Hebdo : une non condamnation de Charlie serait pour Dieudonné le feu vert tant rêvé pour tenir des propos antisémites et racistes.
Que les choses soient donc très claires :
Dieudonné n'est pas un défenseur de la liberté d'expression, Dieudonné est un raciste qui revendique le droit à tenir des propos racistes.
Pour ses prochaines sorties médiatiques, le nouvel ami de Le Pen devrait peut être se contenter des rassemblements Front National.
Néanmoins, la venue de Dieudonné au procès de Charlie Hebdo aura eu au moins le mérite de nous rappeler quelque chose :
Si l'activisme des intégristes mettent en danger la liberté d'expression, il est une liberté fondamentale qui a encore de beaux jours devant elle dans ce beau pays qu'est la France : celle de dire n'importe quoi devant une caméra de télé.

Notes[1] Pour preuve des véritables intentions de Dieudonné envers Charlie Hebdo, ses troupes avaient appelé à manifester devant Charlie Hebdo en février 2006. Pour l'occasion, un partisan de Dieudonné avait composé une chanson. Voici ce que donne la liberté d'expression (liberté de dire n'importe quoi) dans la bouche des sbires de Dieudonné qui ont suivi la leçon du maître à la perfection : http://lesogres.info/article.php3?id_article=1521

Caroline Brancher

Source : www.prochoix.org/

(*) : "Pour moi, les juifs, c'est une secte, une escroquerie. C'est une des plus graves parce que c'est la première", avait dit Dieudonné M'Bala M'Bala dans l'hebdomadaire lyonnais « Lyon capitale », en janvier 2002 (année record en termes d’agressions antisémites violentes). Poursuivi par le Consistoire central et la LICRA, il avait été relaxé par la Cour d’Appel de Paris. La Cour de Cassation vient d’annuler cette décision, et ce dossier va de nouveau être examiné par la justice.

19 février 2007

Le Maroc à la croisée des chemins : Pierre Vermeren sera l'invité de Judaïques FM le 25 février


J’aurais le grand plaisir de recevoir à nouveau sur le plateau de Judaïques FM l’historien Pierre Vermeren. Je rappelle que nous avions fait deux très belles émissions avec lui, c’était il y a un peu plus de deux ans à propos de son livre « Maghreb, la démocratie impossible ? » publié aux éditions Fayard (ces enregistrements peuvent être entendus sur le blog, en cliquant sur son nom dans les libellés en fin d’article). Pierre Vermeren est ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, professeur agrégé d’histoire, et surtout arabisant, il a vécu 8 ans en Egypte, en Tunisie et au Maroc. Et il est, depuis cette année, maître de conférence en histoire du Maghreb contemporain à l’Université de Paris I Sorbonne.

Nous allons parler avec lui d’un pays qu’il aime particulièrement, le Maroc. Ce pays a fêté l’année dernière le cinquantième anniversaire de son indépendance, et cela a été l’occasion pour Pierre Vermeren de rééditer, aux éditions « La Découverte », un livre intitulé justement « Histoire du Maroc depuis l’indépendance ». Nous revenons, avec ce pays, à une zone actuellement plus calme que le Moyen-Orient, dont nous avons beaucoup parlé au cours des dernières émissions ; mais notre série veut apporter le plus large éclairage possible sur l’ensemble du monde musulman et nous n’avons pas le droit de négliger un grand pays de près de 30 millions d’habitants. Et puis le royaume chérifien nous concerne, nous Français, au premier plan. Un autre livre, intitulé « Quand le Maroc sera islamiste » vient de paraître aux mêmes éditions « La Découverte », et cela, un tel basculement à deux heures et demi de Paris, d’un pays arabe pro-occidental et modéré, fait très peur ; il faut dire aussi que l’image que l’on se fait des Marocains en Europe n’est pas très bonne en ce moment - les auteurs des attentats de Madrid en 2004 venaient du Maroc, comme Bouyéri l’assassin de Théo Van Gogh la même année, c’est un jeune marocain qui a menacé de mort sur Internet le professeur Robert Redeker, et les leaders des associations islamistes comme l’U.O.I.F ou la F.N.M.F sont souvent d'origine marocaine : alors notre invité nous dira s’il partage l’analyse des auteurs de cet autre livre, Nicolas Beau et Catherine Graciet. 

J.C

18 février 2007

Charlie Benyahya, in memoriam

J’écris ce petit article sous le choc d’une nouvelle, apprise seulement ce matin : Charlie Benyahya, homme d’une grande bonté, est décédé prématurément. Sincèrement engagé dans les actions de dialogue entre Juifs et Musulmans, il avait été évoqué sur ce blog, au travers de photos inédites qu’il m’avait envoyées (voir ici et ), et on peut aussi voir son visage à mes côtés, lors d’une cérémonie à la Grande Mosquée de Paris (reportage sur ce lien).

D’origine algérienne, il avait vécu comme toute sa Communauté un exil à la fois brutal et douloureux, qui a laissé à la majorité des Juifs d’Algérie - plus qu’à leurs frères de la Tunisie ou du Maroc voisins - une grande amertume, et beaucoup de méfiance vis-à-vis d’une réconciliation possible. J’y pense particulièrement, ces jours ci, ayant tout juste fini (première étrange coïncidence) le dernier livre de Benjamin Stora « Les trois exils, Juifs d’Algérie » (Editions Stock). Ce sera bien sûr, le thème d’une prochaine émission. Mais en pensant aux blessures de cette génération dont faisait partie Charlie Benyahya, je n’en suis que plus admiratif pour lui comme pour d’autres originaires d’Algérie, un peu plus vieux comme mon ami Emile Moatti, ou plus jeunes comme Stora, justement, qui ont cherché à renouer les fils du dialogue de l’autre côté de la Méditerranée.

Je le rencontrais donc régulièrement à la Commission du CRIF pour le dialogue avec les Musulmans, présidée par Bernard Kanovitch. En novembre 2004, il a fait partie tout naturellement des pionniers fondateurs de « l’Amitié Judéo-Musulmane de France », où il travaillait dans le bureau, apportant (aux dires de tous) beaucoup de diplomatie et d’humanité aux côtés des deux co-présidents, le Rabbin Michel Serfaty et Djelloul Seddiki.

Contrairement à quelques autres - hélas outrageusement valorisés par de grands médias - pour qui la main tendue aux Musulmans doit s’accompagner, comme un impôt obligatoire, d’un reniement envers les siens (et Israël en particulier), Charlie Benyahya s’est beaucoup dévoué pour les œuvres communautaires : c’est ainsi qu’il était le délégué français des « Rendez-vous du cœur » qui s’occupent, à Jérusalem, des enfants nés dans des familles défavorisée ou éclatées (voir informations sur ce site). Homme d’une grande modestie, il ne venait sur les ondes de la fréquence juive (dont notre radio) que pour lancer des appels aux dons pour ces enfants nécessiteux.

Enfin, deuxième et dernière coïncidence, j’aurais appris sa disparition (survenue en décembre), au lendemain d’une autre, celle-là d’une personnalité particulièrement sinistre et associée à l’exact contraire de Charlie: Maurice Papon, criminel contre l’humanité, est mort tranquillement à 96 ans, après avoir si peu payé pour sa participation à la Shoah. Ainsi va notre monde, qui voit des Justes partir tellement vite, et des salauds vivre si longtemps ... En ce dimanche, me reviennent aussi les paroles du Rabbin Gabriel Farhi entendues ce matin sur Judaïques FM, dans son billet consacré justement à la mort de Papon. On pourra lire toute sa chronique sur le site TOP J en lien. J’en reproduis juste un extrait, qui traduit, si fortement, ma tristesse en pensant à la disparition de Charlie Benyahya, un homme de bien.
« Tout cela paraît si injuste. Les Psaumes bibliques s’interrogent sur le bien-être des méchants et la souffrance des justes sans bien entendu y apporter la moindre réponse si ce n’est dans le fait de poser cette question. Ce n’est pas normal et cela ne s’inscrit donc pas dans le dessein divin tout comme la mort de 6 millions de nos frères et sœurs. Oui il y a des êtres infâmes qui vivent longtemps et dans le confort alors que des hommes justes sont frappés par la pauvreté et la souffrance. »

J.C