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25 février 2007

Le 11 septembre, presque un détail pour Le Pen

Une fois n’est pas coutume, j’ai emprunté tel quel le titre de « Libération » du 22 février. Une façon de renvoyer la dernière provocation du leader de l’extrême droite française à ses propos au micro de RTL, il y a presque 20 ans, où il déclarait que les chambres à gaz étaient un « point de détail de l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale ».

Rendons cette justice au « borgne fou » qui revient à chaque fois polluer les élections présidentielles - en attendant d’en être expulsé, par la force de l’âge ou (on peut rêver) le retour à la raison d’une partie de son électorat, suffisamment grande pour lui envoyer une claque : son message, même s’il évolue au gré des électorats à conquérir, reste remarquablement stable en ce qui concerne le nazisme. Jamais évoquée en termes négatifs (« l’occupation allemande n’a pas été aussi inhumaine que cela », entretien à l’hebdomadaire « Rivarol », janvier 2005), couverte d’un halo de confusion mentale (ainsi son père, mort accidentellement après que son chalutier ait heurté une mine allemande est-il dans sa bouche « mort pour la France »), la guerre entre Alliés et Forces de l’Axe est toujours évoquée en termes défavorables aux premiers. Retour donc sur sa dernière et scandaleuse interview à « La Croix », et sur son « les 3000 victimes de attentats du 11 septembre, c’est beaucoup moins que les bombardements de Marseille ou de Dresde à la fin de la Seconde Guerre Mondiale » ... CQFD, d’après Le Pen et implicitement, les nazis n’ont jamais EUX bombardé de cités européennes, et les seules victimes civiles ont été visées intentionnellement par les Américains ... pour ne rien dire des camps de concentration ou d’extermination, sur lesquels (bien sûr) « il faut laisser les historiens discuter » (une fois supprimé la « scélérate Loi Gayssot »).

Le candidat du Front National crachant à la figure des malheureuses victimes du 11 septembre en banalisant l’évènement, cela n’a rien non plus d’inattendu quand on pense à son tournant violemment anti-américain, que j’avais déjà relevé sur le blog (lire ou relire l’article "Le Pen, candidat des Mollahs"). Mais faisons un retour sur l’article de Christophe Forcari dans « Libération » :
« En relativisant la portée des attentats du 11 septembre, Le Pen renoue avec le discours traditionnel de l’extrême droite pour qui les États-Unis représentent avant tout la patrie du capitalisme apatride. Dans son entreprise de séduction tous azimuts, il adresse également un signal fort à l’électorat d’origine maghrébine, hostile à la politique américaine au Moyen-Orient et à celle de son principal allié dans la région, Israël ».
«Le Pen n’a choqué que le petit monde politico-médiatique, pas le peuple » a dit à « Libé » un autre dirigeant du F.N, Louis Aliot. Hélas, en repensant aux réactions pas très nettes entendues au moment même du méga attentat (voir sur le blog), j’ai bien peur qu’il n’ait raison sur cette triste analyse !

Je me suis demandé enfin quelle « réponse » faire à une telle abjection, une réponse qui puisse rasséréner un peu les lecteurs. Et puis, le hasard a voulu que Irène Elster (dont on a pu apprécier des photos et un article sur le blog) me signale un extrait vidéo sur « Youtube » de « Adieu », cette chanson de Bruel "censurée sur les ondes françaises" (en fait, jamais passée à la radio comme le disait mon article). Une chanson consacrée justement, aux attentats terroristes, et dont le dernier couplet - celui évoquant le 11 septembre, à travers le regard d’un survivant - me semble tout à fait à propos. Une vraie émotion contre une vraie abjection. Regardez et entendez donc Patrick Bruel chanter au piano que ce n’était pas un « détail » !

J.C



Adieu Patrick bruel par jasmin16