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11 septembre 2011

Un 11 septembre, il y a dix ans

Sur la terrasse du World Trade Center, été 1998

Je regarde toujours avec un drôle de sentiment cette photo. Banal souvenir de vacances où je prends la pose sur la terrasse d’une des « Twins Towers », rien ne la prédisposait à prendre une valeur à la fois historique et sentimentale. Plus jamais je ne remonterai là bas, pas plus que les millions de touristes qui, comme moi, ont du s’y faire photographier pendant les 28 ans d’existence de ces symboles new-yorkais. Plus jamais on ne pourra avoir cette vision, unique, du centre de Manhattan avec (reconnaissable par sa flèche en arrière plan), l’Empire States Building redevenu le plus haut gratte-ciel de la ville après la destruction de ses orgueilleuses cadettes.

Cette photo a donc été prise à l’été 1998, il y a 13 ans, au siècle dernier dirons-nous - vraiment au siècle dernier, car le notre, le 21ème a commencé réellement lors du méga attentat du 11 septembre 2001. Avez-vous remarqué que les siècles commencent vraiment quand commencent (ou finissent) des guerres ? Le 19ème débuta en 1815 avec Waterloo. Le 20ème avec la grande guerre de 1914. La destruction apocalyptique du World Trade Center a annoncé la vraie guerre qui ensanglante partout la planète, celle qui oppose l’islam politique et les sociétés démocratiques : une guerre sournoise, souvent terroriste et urbaine (attentats de Madrid, Londres, Casablanca, Bali, Bombay ...) ; un affrontement par endroits à coups de missiles (la dernière guerre du Liban entre Israël et le Hezbollah) ; un conflit ayant des allures de guérillas (Afghanistan) ou de guerre civile (Irak) ; et se transformant peut-être demain en un choc entre armées aux développements incalculables (possible attaque de l’Iran par les Etats-Unis).

Soyons lucides. Les Français, dans leur majorité, n’ont pas réalisé l'impact international de cet évènement, et ils n'ont pas su (ou pas voulu) le comprendre.
Je me souviens, cinq ans après, comment les trois attaques terroristes (la destruction des tours jumelles, puis l'appareil écrasé sur le Pentagone à Washington) ont été vécues par mes collègues de bureau, et combien - tout de suite - j’ai senti chez une majorité d’entre eux une absence totale de compréhension rationnelle de ce qui s’était passé, bien qu’il s’agisse comme moi d’ingénieurs. Beaucoup redoutaient un krach boursier ou (déjà !) la pénurie pétrolière - mais il s'agit de peurs paniques compréhensibles, par rapport à ce que j'ai entendu par ailleurs ... Ayant appris qu’un certain Ben Laden avait conçu l’attentat, l’un m'avait déclaré : « Ou c’est un fou, ou alors vraiment il avait vraiment des raisons de se venger » (CQFD : tuer 3000 personnes en ayant espéré en massacrer dix fois plus, ce serait du domaine du règlement de compte). Une collègue, très sûre d’elle, m’assurait : « Une fois une tel coup réussi, il ne va plus recommencer » (les centaines d’infirmes à vie des attentats qui ont suivi apprécieraient) ; et de vanter (sans l’approuver) le côté génialement médiatique de la chute des « Twin ». Un autre collègue devait dire : « Face à des fanatiques qui n’ont pas peur des attentats suicides, on n’a aucun moyen de résister » (bravo pour la lucidité ... les USA se sont-ils effondrés ? Al-Qaïda a-t-il pris le pouvoir dans le monde musulman ?). On entendait (avant de la voir théoriser dans plusieurs médias), la théorie de la « juste colère des opprimés » qui se serait exprimée à New York et Washington. J’ai réagi de façon très violente quelques mois plus tard en entendant un autre collègue dire « qu’on en avait marre des Américains qui nous font ch... pour deux tours ». Si par accident, il tombait un jour en surfant sur ce blog, qu’il consulte donc le site mémorial de CNN, où sont immortalisés les visages des victimes du plus grand attentat de l’Histoire ; et qu'il imagine de braves Français à la place des New-Yorkais.

Faut-il aussi rappeler que ces perles ont été proférées AVANT l’intervention américaine en Irak ? Même si Georges W. Bush ne suscitait pas alors le même rejet qu'aujourd'hui, ce que j’ai retenu de ces réactions a tout de suite été parfaitement clair : la population française, dans ses profondeurs, n’a pas manifesté à ce moment là de sympathie spontanée pour les Etats-Unis. Pas plus d’ailleurs, quatre ans plus tard, que je n’ai entendu de solidarité pour les Britanniques après les attentats de Londres. Lire sur le blog l'article titré "le dégoût", en date du 7 juillet 2005. Cela pour des tas de raisons qu'il m'est impossible d'exposer dans cet article peut-être déjà trop long ... mais c'est ainsi.

Le 12 septembre 2001 au matin, je fixais avec de l’adhésif sur la cloison de mon bureau une petite bannière étoilée, avec la légende « God bless America ». Elle y est toujours.

 J.C

Nota de Jean Corcos :
J'ai repris en ce jour anniversaire le texte publié le 11 septembre 2006, soit cinq ans jours pour jours après le méga-attentat : il n'y avait quasiment (hormis des correctifs de détail obligatoires) pas un mot à en ajouter ou en retrancher, car il s'agissait de souvenirs. Pas un mot  à retrancher aussi, hélas, si j'avais mis par écrit d'autres échanges passés entre collègues, cette fois concernant Israël : j'évite en règle générale de parler de ces sujets, tant les préjugés inculqués par les médias et le "politiquement correct" empêchent de vrais dialogues !