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22 février 2007

"Monseigneur Vingt - Trois en Israël, un pèlerinage inattendu", par Josiane Sberro

Les pèlerins devant l’église du Mont des Béatitudes,
près du Lac de Tibériade (photo Josiane Sberro)

 
Introduction :Mon amie Josiane Sberro est une militante infatigable de deux nobles causes : la défense d’Israël, et celle de la République française laïque - deux combats où hélas on rencontre souvent les mêmes extrémistes en embuscade ! Directrice à la retraite d’un établissement scolaire, elle trouve encore l’énergie de se battre par la parole et par la plume, et elle fait partie des dynamiques dirigeants de « Primo Europe », site ami en lien permanent sur le blog.
Elle a été invitée par l’Office Israélien du Tourisme (ONIT) à couvrir le voyage de l’Archevêque de Paris, Monseigneur Vingt - Trois, invité en Israël avec 600 pèlerins catholiques. Elle rend hommage à ce dignitaire de l’Église, en témoignant de ses qualités à la fois d'humanité et de diplomatie en Terre Sainte, tellement déchirée entre Juifs et Musulmans.
Merci, Josiane, pour ce reportage et cette photo ramenés d’un très beau voyage !
J.C

Dès mon arrivée à l'aéroport, je me suis demandé. Suis-je bien à ma place et pourquoi suis-je là. Je me sens si étrangère, si seule en cette foule disciplinée. Je redoute un peu ce qui m’attend et me contente d’observer tout autour de moi. Des enfants qui attendent de rencontrer le Messie sur cette terre qui à mes yeux, lutte sans répit pour sa simple survie.

L’embarquement est long dans ce monstre au ventre inépuisable. Près de six cent pèlerins accompagnent en effet Monseigneur Vingt - Trois archevêque de Paris pour un pèlerinage en Terre Sainte.
Quatre longues heures de vol sans un mot échangé. Je suis stupéfaite de ce calme courtois. Un vol à destination d’Israël c’est habituellement le droit à toutes les dérogations, le bruyant, chaleureux et joyeux désordre de l’appartenance à la même famille.
Le passager devant moi, plie religieusement le certificat de cacherout de son plateau repas, et le glisse dans sa poche. Premier contact dans doute avec la langue hébraïque.

Mes doutes s’estompent dès l’arrivée à destination. Arrivée impressionnante. Le monstre crache un flot humain ininterrompu par ses nombreuses passerelles. Drapeaux et soleil à flot. Une cérémonie nous attend.
Sur le tarmac Monseigneur Vingt - Trois est invité à rompre le pain et le sel selon la tradition hébraïque.
« Cet avion est un oiseau de printemps par les amis chrétiens qu’il mène vers nous, et nous espérons d’autres nombreux oiseaux de printemps à venir ». Ce sont les mots d’accueil du directeur de l’aéroport. Pour le ministre du tourisme, « Vous pèlerins chrétiens, êtes un pont entre les Israéliens et les Palestiniens qui veulent la Paix ». L’équipage de l’avion tout en haut de l’appareil ne veut pour rien au monde manquer une séquence de ce spectacle hors du commun : Le Primat des français célébrant le motsi entouré d’une foule immense, pétrifiée par la solennité du moment. Chacun de nous serre le petit rameau d’olivier reçu en posant pied à terre.

Mais bien vite les autobus attitrés nous sont désignés, c’est une caravane de treize voitures. A Tel Aviv, premier déjeuner israélien chez « Gino le roi du falafel ». Connaissez vous le falafel mangé à la fourchette ? C’est le « comment-ça-s’appelle-mais-c’est tellement bon ».

Première messe à St Antoine de Jaffa. La journaliste officielle des franciscains de Jérusalem m’explique que l’itinéraire du voyage est changé à la demande des religieux du pays. Ce voyage doit aussi se préoccuper de visiter les minorités chrétiennes palestiniennes. Il y aura donc passage à Nazareth comme à Bethléem. Pour la première fois et ce ne sera pas la dernière le terme de « manipulation » est avancé.
La soirée nous fera oublier ce flottement .Dans le superbe amphithéâtre de l’Université de Tel Aviv, nous sommes près d’un millier à assister à ces discours de « Responsa » entre L’archevêque de Paris et le Grand Rabbin Amar. Tous deux emportent enthousiasme et conviction par la richesse de leur propos et leur amour de la paix, comme la presse s’en est déjà largement faite écho.
Le lendemain un autre temps fort nous mène en Galilée à Bethsaida. Plantation d’arbres et départ d’un chemin des « chrétiens amis d’Israël »...

Soulignons cependant après la messe de Nazareth la rencontre avec un maire quelque peu soupçonneux de « manipulation »encore ce vilain mot. La réponse de l’archevêque fut longuement applaudie « Ce voyage est soupçonné d’être manipulé ; sans que l’on puisse dire qui manipule qui, et à qui profite le plus, la manipulation. Je refuse de prendre position » Sans commentaire, mais la messe est dite.

Nous ne pourrons faire le récit détaillé de tout notre périple, tant les stations, les émotions , les rencontres avec la terre, son histoire, les évènements à jamais inscrits dans le sable nous ont été généreusement offerts. Le sermon sur la Montagne des Béatitudes nous laissera un souvenir particulier. Naissance d’un courant religieux, leur point origine pour nos visiteurs, superbe mouvement de révolte politique pour nous qui avons gardé le chemin.

Jérusalem offrira le contraste de l’irréparable douleur et de l’infinie douceur. Yad Vachem restera un temps fort très fort de ce voyage. Je suis si étonnée d’avoir entendu un nombre significatif de fois « on devrait nous dire tout ça en France » ! On le dit, justement en France ; mais en ce reposoir les faits prennent une tout autre dimension et l’on ne peut sortit indemne du mémorial des enfants. La négation du crime est un crime plus grand que le crime lui-même .C’est à peu près en ces termes que l’archevêque à résumé sa pensée en ce lieu.
Quitter Yad Vachem et se retrouver face à la Ville Sainte dans le jardin du Monts des Oliviers exceptionnellement ouvert pour nous, c’est un ressourcement dans la paix de Jérusalem et la certitude du sens de ce lieu, de la poursuite de la route.

Bethléem enfin, nos treize guides israéliens descendent des autobus au pied du « Mur ». En trois jours de vie commune des liens intenses se sont tissés. Cela nous fait froid dans le dos de les « jeter » ainsi sur le bord de la route après tout ce qu’ils nous ont généreusement offert. Dans tout le convoi c’est un mouvement d’indignation. Trop brève indignation cependant car les foules sont versatiles et adhèrent à la dernière fracture, à la dernière émotion. Et cette émotion on ne peut le nier est celle de ces boutiques fermées de cette impression de vie en voie d’extinction qui règne ici. Les pèlerins en sont bouleversés et l’expriment abondamment.

A la mairie discours particulièrement éloquent du maire de Bethléem, politisé à l’extrême on ne pouvait mieux. Là encore il nous faut le souligner la réponse de Monseigneur Vingt - Trois faite de paix, de sagesse et de sens des réalités a jeté des ponts de fraternité. Il a tenu à souligner la souffrance des deux côtés du Mur, rappelant que si les uns ne pouvait sortir d’autres ne pouvaient entrer et l’image détestable de nos guides sur la route illustrait le propos. Nous sommes décidés à jeter un pont un lien entre les hommes des deux côtés de ce mur, a-t-il martelé.

Mais nous voilà au terme de cet inoubliable voyage clôturé par un repas collectif. Repas de fête de joie, farandoles, chants en hébreu, échanges d’adresses, promesses de poursuivre la route vers ce « pont » promis ... Nous partîmes 600 en Terre Sainte, et revînmes un seul coeur d’Israël !

Pour tout cela, une infinie Gratitude pour cette initiative
Au Père Desbois et à l’incroyable Albert Benabou de l’ONIT.
Josiane Sberro