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05 mai 2008

Napolioune ! Napolioune !

Napoléon en Egypte, toile de Job

Une toile sur la Toile
- mai 2008

Quel étrange titre pour cet article ... Il s’agit, on l’aura compris, d’évoquer Napoléon - au plus précisément le général Bonaparte pour cet épisode de sa flamboyante épopée ; et l’expédition d’Égypte, illustrée par cette toile peu connue.

Mais quelques mots, d’abord, pour expliquer donc ce « Napolioune » et les souvenirs personnels qu’il m’évoque. C’était il y a une trentaine d’année, lors de l’un de mes multiples voyages en Israël. J’attendais un bus à la lisière de la ville historique de Saint Jean d’Acre (« Akko » en hébreu), et je vis un Arabe israélien interpellant d’une voix forte un taxi en lui demandant s’il pouvait le conduire à « Napolioune » ... un lieu dit chargé d’histoire, puisqu’il se situe à l’exact emplacement du campement de l’expédition française, qui se brisa net au printemps 1799, après des mois de siège et d’assauts infructueux contre la ville forteresse, défendue par le cruel Pacha El Djezzar (littéralement « le boucher »). Le Pacha, féal local des Ottomans contre qui Napoléon faisait la guerre après avoir défait leurs alliés locaux en Égypte, les Mamelouks ; et lui-même conseillé par un officier britannique et ... un émigré français, De Phéllipeaux, ennemi juré de Bonaparte depuis l’école militaire et le siège de Toulon - comme quoi la vie est vraiment un roman !

Voilà donc planté le décor, et le pourquoi de « Napolioune » alors qu’il s’agit, vous l’avez compris, d’évoquer un épisode crucial de l’histoire égyptienne. Pour en savoir plus sur cette campagne militaire, je vous invite à découvrir l’ouvrage du Général Michel Franceschi « Bonaparte en Égypte ou la sublime hésitation de l’Histoire » d’où est tirée cette illustration (aller sur le lien). Je me permets de reproduire un petit extrait, celui de l’adresse aux soldats lue sur les navires de guerre avant la conquête. Elle résonne, étrangement, comme le premier acte de la « politique arabe » de la France, quelques décennies avant la conquête de l’Algérie.

« Soldats, vous allez entreprendre une conquête dont les effets sur la civilisation et le commerce du monde seront incalculables. Vous porterez à l’Angleterre le coup le plus sûr et le plus sensible, en attendant que vous puissiez lui donner le coup de mort. Nous ferons quelques marches fatigantes. Nous livrerons plusieurs combats. Nous réussirons dans toutes nos entreprises, les destins sont pour nous (...). Les Beys mameluks qui favorisent exclusivement le commerce anglais, qui ont couvert d’avanies nos négociants et qui tyrannisent les malheureux habitants du Nil, quelques jours après notre arrivée n’existeront plus.
Les peuples avec lesquels nous allons vivre sont mahométans. Leur premier article de foi est celui-ci : il n’y a pas d’autre Dieu que Dieu et Mahomet est son prophète. Ne les contredisez pas. Agissez avec eux comme nous avons agi avec les Juifs, les Italiens. Ayez des égards pour leurs Muftis et leurs Imams, comme vous en avez eu pour les Rabbins et les Évêques. Ayez pour les cérémonies que prescrit l’Alcoran et pour les mosquées, la même tolérance que vous avez eue pour les couvents, pour les synagogues, pour la religion de Moïse et de Jésus-Christ. »


Mais je voudrais aussi évoquer un autre livre, qui m’a beaucoup marqué puisque je lui ai consacré deux émissions il y a déjà 8 ans : « Le passé d’une discorde, Juifs et Arabes du VII ème siècle à nos jours » de Michel Abitbol (Éditions Perrin). Dans son ouvrage, Abitbol fait dater l’irruption de la modernité dans le monde arabe, précisément par cet évènement historique, je le cite :
« En 1798, un nouveau seuil est franchi avec l’expédition française en Égypte qui conduit une partie des élites musulmanes à prendre conscience de l’infériorité technologique et militaire de leurs pays ».
Une prise de conscience qui aboutira - après quelques années de flux et reflux géopolitiques entre l’Angleterre et la « Sublime Porte » ottomane, qui se disputèrent le pays après la fin calamiteuse de l’expédition française - à un nouveau régime en Égypte. Et qui inspira Muhammad Ali, Sultan réformateur qui modernisa l’administration, construisit une armée puissante lancée à l’assaut de la Palestine et de la Syrie ... et se montra tolérant vis-à-vis de la petite minorité juive du pays !

J.C