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24 avril 2007

Mohamed Abdi : on se fait beaucoup d’idées fausses sur Israël

Introduction :
Mohamed Abdi a été mon invité, avec mon ami Karim Benkamla et David Chemla, pour une émission intitulée « Deux peuples - deux états » et diffusée en octobre 2004. On trouvera, en lien permanent ici, le site du même nom ainsi que celui de « Ni putes ni soumises » (dont il est le Secrétaire Général). Sous la signature de Marc Knobel, le site du CRIF a publié des extraits d’une interview où il a donné ses impressions sur son dernier voyage en Israël : un article qui mérite d’être reproduit sur le blog !
J.C

Mohammed Abdi, cofondateur et secrétaire général du mouvement Ni putes ni soumises, a participé en décembre 2006 au voyage de Ségolène Royal au Proche-Orient. Avec d’autres socialistes, il l’a accompagné en Israël et dans les Territoires palestiniens. Dans Le meilleur des mondes (printemps 2007) qui vient de paraître, il donne ses impressions à Florence Taubmann, du comité éditorial de la revue. Extraits :

« Ce voyage a marqué un véritable tournant dans ma vie politique mais aussi personnelle. C’était mon premier séjour là-bas, il fut bref, trois jours, mais extrêmement intense en émotions. La cause palestinienne, c’est évidemment quelque chose de fondamental pour moi. En même temps, j’ai découvert qu’on se faisait beaucoup d’idées fausses sur Israël. D’abord, en arrivant là-bas, je craignais en tant qu’Arabe d’être plus contrôlé que les autres à l’aéroport. Ce ne fut pas le cas. En fait, en tant qu’Arabe je me suis senti très à l’aise dans ce pays où coexistent des gens du monde entier, de toutes les couleurs, de toutes les religions. J’ai rencontré des dirigeants israéliens, j’ai eu des discussions très vives avec eux, mais à aucun moment je n’ai ressenti le moindre racisme de leur part. Ce n’est pas le cas en France où je me sens souvent, y compris au Parti socialiste, regardé comme un Arabe. D’ailleurs, j’ai rencontré les dirigeants du Parti travailliste, notamment le secrétaire général Amir Peretz, on a tout de suite sympathisé car un grand nombre d’entre eux sont d’origine marocaine, comme moi. Avec eux, le courant est passé, nous parlions en Arabe. Mes camarades français étaient surpris ! Israël, au lieu d’être haï dans le monde arabe, devrait être une sorte de modèle, en tout cas la démonstration que l’on peut dans cette région du monde, même sans pétrole, créer une société prospère, démocratique et multiconfessionnelle. Mais, il y a un préalable ; c’est évidemment, pour moi, l’existence d’un Etat Palestinien viable. »

A la question de savoir quelle leçon politique il tire de son séjour là-bas, Mohammed Abdi répond : « Cela tient en une phrase : il faut privilégier l’axe du pragmatisme (...) Cet axe du pragmatisme est une véritable chance pour la région car il représente un vecteur du développement économique et démocratique. Ce nouvel axe est porté à la fois par des représentants du pouvoir politique israélien ou palestinien, mais aussi par des pans entiers de la société civile, ceux-là mêmes qui sont à l’origine de nombreuses initiatives de paix comme le pacte de Genève ou l’initiative Ayalon-Nussebeh (lancée en 2003). Il faut que le monde arabe et musulman accepte, non une simple trêve, mais un vrai compromis historique avec le sionisme. Ce nouvel axe du pragmatisme nous montre qu’on ne doit pas raisonner en termes de pro palestiniens ou de pro-israéliens. Il nous indique clairement qu’il y a aujourd’hui deux camps : celui de la paix, du progrès, de la liberté et de la démocratie et celui de la haine, du passé, de l’obscurantisme et du totalitarisme. Dans ces conditions la France et l’Europe doivent mettre en place des mécanismes pour aider directement les populations sans prendre le risque de voir l’aide financière détournée par les ennemis de la paix ... »
Marc Knobel,
site du CRIF, 2 avril 2007