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11 décembre 2009

MOSAIC, une nouvelle Fédération musulmane à suivre

Introduction :
Je publie, avec un peu de retard, un communiqué de presse annonçant le premier colloque de MOSAIC, la « Fédération Nationale Laïque des Citoyens de Sensibilité Musulmane ». « Sensibilité musulmane », tout est (presque) dit dans cette appellation, dans la mesure où elle regroupe des citoyens d’abord français, et qui voient dans leur religion d’origine soit une foi personnelle, soit une culture s’ils ne sont pas croyants, mais certainement pas un programme politique, comme le voudraient les Tariq Ramadan et autres agitateurs ...
Sans surprise, j’ai retrouvé parmi les intellectuels ayant soutenu cette initiative et devant participer au colloque de Nice, plusieurs anciens invités de mon émission : Mohamed Abdi ; Ghaleb Bencheikh ; Dalil Boubakeur ; Dounia Bouzar ; Mezri Haddad ; Rachid Kaci. Sans surprise, aussi, la Fédération MOSAIC et le CRIF ont déjà pris contact, et on peut espérer que cela permettra d’établir une nouvelle « passerelle » entre Juifs et Musulmans dans notre pays !

J.C

Paris, le 9 octobre 2009

COMMUNIQUE DE PRESSE

Née le 1er juin 2009 après deux ans et demi de gestation, MOSAÏC, la Fédération Nationale Laïque des Citoyens de Sensibilité Musulmane organise le 31 octobre prochain de 8h30 à 18h son premier grand colloque National sur le thème:«Citoyenneté et Français de sensibilité musulmane: Ensemble, changeons la donne !»« 15 intervenants feront un état des lieux concernant la situation de ces 6 millions de citoyens français. Nous débattrons également des meilleures pistes d'actions, de nouvelles idées et de notre méthodologie pour faire évoluer les mentalités, le quotidien et le Mieux Vivre ensemble dans la République. » indique le Dr Marouane Bouloudhnine, Président National de Mosaïc .

Parmi les femmes et hommes d'actions ayant répondu favorablement à cette initiative, on note la présence de Abdel Aïssou, Président du Conseil national des entreprises pour la banlieue et Directeur Général délégué de Randstad, Mohamed Abdi, Conseiller spécial de Fadéla Amara, secrétaire d'Etat chargée de la Politique de la ville, Michel Auboin, Directeur de la Direction de l'Accueil, de l'Intégration et de la Citoyenneté, Ghaleb Bencheikh, Président de la Conférence mondiale des religions pour la paix, Emmanuel Bertin, Responsable de l'Agence nationale pour la Cohésion Sociale et l'Égalité des chances, Dalil Boubakeur, Recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dounia Bouzar, Anthropologue du fait religieux, Fayçal Douhane, Directeur Général Adjoint de l'Association des Maires d'Ile de France, Mezri Haddad, Ecrivain et philosophe, Rachid Kaci, Sous Préfet, Bariza Khiari, Sénatrice, Fadila Méhal, Présidente des Marianne de la diversité, Eric de Montgolfier, Procureur de la République, et Aziz Senni, Président Fondateur du fond d'investissement Business Angel des Cités.Placé sous le haut patronage de Christian Estrosi, Ministre chargé de l'industrie, Maire de Nice et Président de Nice Côte d'Azur, ce premier colloque doit servir de « think-tank » pour Mosaïc et les membres de ses 23 bureaux régionaux. Il permettra notamment de définir ses actions prioritaires futures.

« Laïque, culturelle et apolitique, Mosaïc oeuvre dans un esprit démocratique, d'ouverture et de tolérance, pour une démocratie apaisée. Nous ne souhaitons plus voir notre image bafouée. Les actions de Mosaïc, locales ou nationales, sont avant tout centrées sur la promotion de la citoyenneté, le respect des valeurs républicaines, l'image des citoyens de sensibilité musulmane, et l'égalité des chances quant à l'accès à l'emploi, à l'éducation, la formation et l'emploi. » explique encore Fouzi Bettache, Secrétaire Général National de Mosaïc.

Ce Colloque, l'une des premières actions menées au niveau national par Mosaïc, est gratuit et ouvert à tous. Il se tiendra au Centre Universitaire Méditerranéen de Nice (65 promenade des Anglais)

La presse et les leaders d'opinion français pressentent unanimement que la naissance et le développement de Mosaïc signe le point de départ d'une nouvelle façon de parler des citoyens de sensibilité musulmane, qu'ils soient originaires d'Afrique, du Moyen-Orient, du Maghreb, de Turquie, d'Europe ou d'ailleurs, comme en attestent les nombreuses retombées médiatiques obtenues depuis juin.

Le site internet de Mosaïc ( http://www.federationmosaic.com/ ) donne plus de détails sur la fédération elle même, et sur ce colloque en particulier, et notamment sur les horaires des 4 tables rondes organisées le 31 octobre.

Direction de la Communication
Mosaïcpresse@federationmosaic.com

24 avril 2007

Mohamed Abdi : on se fait beaucoup d’idées fausses sur Israël

Introduction :
Mohamed Abdi a été mon invité, avec mon ami Karim Benkamla et David Chemla, pour une émission intitulée « Deux peuples - deux états » et diffusée en octobre 2004. On trouvera, en lien permanent ici, le site du même nom ainsi que celui de « Ni putes ni soumises » (dont il est le Secrétaire Général). Sous la signature de Marc Knobel, le site du CRIF a publié des extraits d’une interview où il a donné ses impressions sur son dernier voyage en Israël : un article qui mérite d’être reproduit sur le blog !
J.C

Mohammed Abdi, cofondateur et secrétaire général du mouvement Ni putes ni soumises, a participé en décembre 2006 au voyage de Ségolène Royal au Proche-Orient. Avec d’autres socialistes, il l’a accompagné en Israël et dans les Territoires palestiniens. Dans Le meilleur des mondes (printemps 2007) qui vient de paraître, il donne ses impressions à Florence Taubmann, du comité éditorial de la revue. Extraits :

« Ce voyage a marqué un véritable tournant dans ma vie politique mais aussi personnelle. C’était mon premier séjour là-bas, il fut bref, trois jours, mais extrêmement intense en émotions. La cause palestinienne, c’est évidemment quelque chose de fondamental pour moi. En même temps, j’ai découvert qu’on se faisait beaucoup d’idées fausses sur Israël. D’abord, en arrivant là-bas, je craignais en tant qu’Arabe d’être plus contrôlé que les autres à l’aéroport. Ce ne fut pas le cas. En fait, en tant qu’Arabe je me suis senti très à l’aise dans ce pays où coexistent des gens du monde entier, de toutes les couleurs, de toutes les religions. J’ai rencontré des dirigeants israéliens, j’ai eu des discussions très vives avec eux, mais à aucun moment je n’ai ressenti le moindre racisme de leur part. Ce n’est pas le cas en France où je me sens souvent, y compris au Parti socialiste, regardé comme un Arabe. D’ailleurs, j’ai rencontré les dirigeants du Parti travailliste, notamment le secrétaire général Amir Peretz, on a tout de suite sympathisé car un grand nombre d’entre eux sont d’origine marocaine, comme moi. Avec eux, le courant est passé, nous parlions en Arabe. Mes camarades français étaient surpris ! Israël, au lieu d’être haï dans le monde arabe, devrait être une sorte de modèle, en tout cas la démonstration que l’on peut dans cette région du monde, même sans pétrole, créer une société prospère, démocratique et multiconfessionnelle. Mais, il y a un préalable ; c’est évidemment, pour moi, l’existence d’un Etat Palestinien viable. »

A la question de savoir quelle leçon politique il tire de son séjour là-bas, Mohammed Abdi répond : « Cela tient en une phrase : il faut privilégier l’axe du pragmatisme (...) Cet axe du pragmatisme est une véritable chance pour la région car il représente un vecteur du développement économique et démocratique. Ce nouvel axe est porté à la fois par des représentants du pouvoir politique israélien ou palestinien, mais aussi par des pans entiers de la société civile, ceux-là mêmes qui sont à l’origine de nombreuses initiatives de paix comme le pacte de Genève ou l’initiative Ayalon-Nussebeh (lancée en 2003). Il faut que le monde arabe et musulman accepte, non une simple trêve, mais un vrai compromis historique avec le sionisme. Ce nouvel axe du pragmatisme nous montre qu’on ne doit pas raisonner en termes de pro palestiniens ou de pro-israéliens. Il nous indique clairement qu’il y a aujourd’hui deux camps : celui de la paix, du progrès, de la liberté et de la démocratie et celui de la haine, du passé, de l’obscurantisme et du totalitarisme. Dans ces conditions la France et l’Europe doivent mettre en place des mécanismes pour aider directement les populations sans prendre le risque de voir l’aide financière détournée par les ennemis de la paix ... »
Marc Knobel,
site du CRIF, 2 avril 2007

08 février 2007

Au nom de Dieu, on voile, on tue, on brûle, on lapide – Fadela Amara et Mohamed Abdi

Fadela Amara
Introduction :
Voici que l’on reparle de l’affaire des caricatures de Mahomet, à l’occasion du procès intenté contre « Charlie Hebdo » par la Grande Mosquée de Paris et l’UOIF. Les deux dirigeants de « Ni putes ni soumises », la présidente Fadela Amara et le secrétaire général Mohamed Abdi, ont exprimé très clairement leur soutien à l’hebdomadaire, dans un « Rebond » publié dans le journal « Libération ». Vous en trouverez ci-dessous le texte intégral. A noter que ce quotidien a sorti un numéro spécial en soutien lui aussi à son confrère, et abondamment illustré ... j’y reviendrai plus tard, car il est riche en informations !
J.C

Les violences faites aux
femmes sont l'un des aspects les plus criants de ce que notre société peut produire de pire. C'est pour dire non à la dégradation lancinante que subissaient les filles des quartiers que nous avons lancé ce cri de colère «Ni putes ni soumises». Qu'est ce donc ce cri si ce n'est le combat pour la liberté et l'émancipation de tous. Ici et là-bas. Comment notre société peut-elle tolérer que Sohanne ou Chahrazad soient brûlées par un garçon en plein coeur de leur quartier ? Au nom de qui ?
Que dire de cette cohorte de jeunes filles mariées de force ou menacées de mariages que nous accueillons dans nos permanences tous les jours. Au nom de qui ?
Comment ne rien dire face à ces attaques de clinique qui pratiquent les IVG aux Etats-Unis ou en Pologne ? Au nom de qui ?
Comment accepter que des femmes tadjiks aient recours a l'immolation pour échapper à un quotidien, à une oppression et des violences quelles ne supportent plus. Au nom de qui ?
Comment tolérer que des femmes au Moyen Orient soient lapidées ou pendues parce qu'elles auraient enfreint la loi des hommes. Au nom de qui ?
Comment pouvons-nous dormir avec l'idée que des femmes soient gavées tel des oies de Noël, en Mauritanie, parce que, plus elles sont grosses, plus la dote de mariage sera importante ? Au nom de qui?
Comment pouvons-nous accepter qu'Hina en Italie ou Padima en Suède soient victimes d'un crime d'honneur de la part de leur père parce qu'elles fréquentaient un jeune d'une autre confession. Au nom de qui ?
La liste est longue. Nous pourrions aussi parler de la Chine, de l'Amérique latine , de l'Inde, de l'Europe de l'Afrique mais aussi de la France. Autant de pays et continents où la femme peut être battue, brûlée excisée, vendue tuée dès la naissance.
Alors oui ! la question est posée. Au nom de qui s'arroge-t-on le droit de disposer de la vie des femmes ou de les maintenir dans un statut de perpétuelle mineure.
Au nom de la tradition, certes. Mais derrière cela, et souvent de manière fort, hypocrite se cache le véritable «au nom de qui». Au nom de Dieu !
Oui, aujourd'hui au nom de Dieu, on voile, on tue, on brûle, on lapide des femmes ! Au nom de Dieu, on dicte un mode de vie, on dévoie la culture, on légitime la régression.
Ce «on» n'est autre que les sinistres «apôtres» des mouvances intégristes qui ont décidé de mettre nos sociétés en coupe pour mieux les contrôler, pour imposer des diktats religieux qui n'ont d'ailleurs rien à voir avec les préceptes des religions qu'ils entendent défendre et dont ils sont pour la plupart ignares. Ces gens-là ne sont pas des religieux. Ce sont des militants politiques qui entendent nous imposer un modèle totalitaire en instrumentalisant les institutions démocratiques. Que s'est-il passé pour que certains connus et reconnus pour leur engagement démocratique cèdent à cette tentation ?
On ne peut que s'étonner donc du procès inique fait à Charlie Hebdo. Ce journal a été à tous les rendez-vous pour soutenir la justice, la liberté, l'émancipation et la lutte contre le racisme et l'antisémitisme. Il a hissé le combat pour le progrès de l'humanité au-dessus de toute autre considération.
Charlie est provocateur et populaire. C'est un poil à gratter. Tant mieux ! Ce sont la non-critique, le non-dit, le non-débat qui sont source de confusion. Sans aucune hésitation, Ni putes ni soumises soutient Charlie Hebdo. Au nom de qui ? Au nom du vivre ensemble et la démocratie !

Fadela Amara et Mohamed Abdi
« Libération », le 7 février 2007