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18 juin 2007

Le pèlerinage à la Ghriba de Djerba vu par la presse tunisienne

Introduction :
Reparlons à nouveau ici du pèlerinage à la « Ghriba » de Djerba, qui est probablement la plus ancienne synagogue du monde, et qui voit se retrouver chaque année des milliers de Juifs d’origine tunisienne, à l’occasion des fêtes de Lag Baomer. Détail à signaler - alors que la propagande antisémite est virulente en terre d’islam, et que Al-Qaïda menace partout les Juifs qui s’y aventurent -, des touristes israéliens viennent régulièrement à cette occasion, en Tunisie comme au Maroc (lire ici). Et ils sont magnifiquement accueillis, comme d’ailleurs tous les « Tunes » de retour au pays ! En tout cas, les journaux tunisiens parlent avec beaucoup de fierté de ce pèlerinage à Djerba, comme dans cet article du journal « La Presse » du 12 mai 2007.
J.C

Une fête sacrée dans un havre de paix
Ils s’étaient donné rendez-vous sous un soleil presque estival et sur une île qui continue à séduire par sa magie légendaire : Djerba. «Ils», ce sont les pèlerins de la Ghriba, un des hauts lieux de culte juifs bâti sur nos terres et qui reçoit chaque année des pèlerins venus de par le monde accomplir un acte religieux.
Accomplir un acte religieux mais aussi faire la fête et se retrouver sur une terre d’Islam où les trois grandes religions monothéistes ont cohabité et continuent à cohabiter dans une atmosphère de paix qui fait cas de «rareté» aujourd’hui.
L’histoire de Djerba et donc de la Tunisie est chargée d’un grand message de dialogue entre les peuples ô combien exemplaire. Un message et une culture du dialogue que la Tunisie est bien déterminée à cultiver par ces temps de troubles qui secouent le monde. Pour nos visiteurs, c’est une exception que d’accomplir leur pèlerinage sur une terre d’Islam, et pour la Tunisie c’est une manière de prouver que le «vivre ensemble» et la culture du dialogue ne sont pas que des concepts.
Nous sommes à La Ghriba, dans la plus ancienne synagogue au monde. Les pèlerins arrivent par bus entiers déposer leurs offrandes et faire leurs voeux. Cette année, leur nombre est d’environ 5.000 sans trop de décalage par rapport à l’année dernière. On enregistrera cette année de nouvelles provenances comme le Canada par exemple ou l’Angleterre à côté des pays de tout le bassin méditerranéen. Rapy Sidney, qui vient pour la première fois en Tunisie, déclare : «Je crois que certains médias veulent défaire le monde. Sincèrement, ce n’est pas l’image que j’avais du monde musulman. Croyez-moi, j’ai pu me défaire de cette image dès le premier jour que j’ai passé en Tunisie. Il y a une impressionnante ambiance de paix et de sécurité. J’ai pu accomplir mon pèlerinage et j’ai fait la fête en toute sérénité. C’est une grande leçon de tolérance pour le monde entier... et avec quelle modestie!».
Rapy fait partie des 5.000 visiteurs qui ont fait la fête à Djerba, car le pèlerinage de La Ghriba comprend un volet religieux et un volet festif où on célèbre les rencontres et les retrouvailles. Laure Fontou n’a pas visité la Tunisie depuis une vingtaine d’années : «Je suis très émue, dit-elle, le moment était très fort lorsque j’ai retrouvé ma maison et mes amis. C’est le plus beau cadeau que j’aie eu dans ce pays qui rassemble et qui ne divise pas.» «La Tunisie a le courage d’assumer ses choix en organisant chaque année le pèlerinage de la Ghriba. C’est un pays qui a compris que nous sommes tous les enfants d’Abraham. Tout cela avec beaucoup de discrétion et d’élégance culturelle», dit Haym Demri.
«Ce n’est pas la première fois que je viens en Tunisie, dit Assor Fellous, je connais aussi Tunis, ce qui m’impressionne c’est qu’il y a toujours quelque chose de nouveau. C’est un pays qui bouge et puis il y a les Tunisiennes qui sont très évoluées. Elles ne portent pas leur féminité comme une tare. Pour moi, cela veut dire que la Tunisie a misé sur la modernité et l’ouverture sans perdre son identité. Une identité des plus sereines d’ailleurs !»
Sérénité, c’est l’impression qui se dégage de l’île de Djerba lors de ce pèlerinage et tout le monde a eu ce désir ulyssien : rester encore à Djerba ...

Salem Trabelsi