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22 novembre 2005

Fascination orientale

Le repos des baigneuses, huile sur canevas d'Etienne Dinet (1861-1929), collection publique, source : site artrenewal.org

Une toile sur la Toile
- novembre 2005

Curieuse destinée que celle d’Etienne (Nasreddine) Dinet !

Né dans le Loiret, il fit des études à l’Ecole des Beaux Arts de Paris, et il découvrit grâce à une bourse l’Algérie à l’âge de 23 ans. Ebloui par les paysages du Sud, lié ensuite profondément à un jeune Algérien, il devait s’établir à Bou Saada où il réalisa l’essentiel de son œuvre orientaliste, une des plus renommées. Il apprit aussi à parler l'arabe, à comprendre l'âme algérienne, les us et coutumes et à aimer la religion musulmane au point de se convertir lui-même à l'islam en 1913 sous le glorieux nom de Nasreddine, « Le triomphe de la religion ». Il mourut au retour d’un pèlerinage à la Mecque, et fut enterré à Bou Saada. On se reportera à un excellent résumé de sa biographie publié sur le WEB (cliquer ici).

Pour moi, il incarne la « fascination orientale », celle à laquelle ont succombé des intellectuels, artistes ou diplomates. Cette fascination peut conduire - au-delà d'une féconde curiosité et d'une nécessaire empathie - à idéaliser une autre civilisation et à nier sa face sombre, jusqu'à renier ses propres racines. En rendant hommage à sa peinture, je pense aussi à un courant qui a été trop souvent aveugle aux autres populations présentes en Orient. Voir aussi sur le blog l’extrait tellement lucide de Jean-Claude Milner (cliquer ici). Ce ne fut pas le cas de tous les peintres, en tout cas pas de Delacroix dont les « carnets de voyage au Maroc » exposés à l’institut du Monde Arabe il y a quelques années sont aussi un reportage extraordinaire sur la vie juive dans ce pays.

A noter aussi que le dilemme des Orientalistes (au sens cette fois d’universitaires étudiant les sociétés orientales, et non pas d’artistes) a toujours été, en gros, le même : soit la fascination et un rêve de symbiose parfaite (par exemple celui, colonial puis néo-gaulliste de « la France, puissance musulmane », nous y reviendrons) ; soit le dénigrement et la « boite à fantasmes » (les Arabes et les Musulmans comme les archétypes de l’ennemi féroce). De ce dilemme, j’ai eu le plaisir de parler avec l’écrivain israélien Abraham.B Yehoshua en direct de Haïfa dans une émission consacrée le 14 décembre 2003 à son beau livre « La fiancée libérée » (Editions Calmann-Levy, prix : 25 E). Le héros du roman, Yonathan Rivline, est un orientaliste de renom, professeur d’université ; et beaucoup de personnages sont des Arabes israéliens ou des Palestiniens.


J.C