Notre radio

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01 novembre 2005

Rabin, dix ans déjà

Itzhak Rabin (1922-1995)
Premier Ministre d'Israël, assassiné le 4 novembre 1995
Prix Nobel de la Paix
Ancien Chef d'état Major de Tsahal et Ministre de la Défense, signataire des accords d'Oslo (1993)


Il y a dix ans Itzhak Rabin tombait sous les balles de l'assassin extrémiste Ygal Amir. Je me souviens comme d'hier de la nouvelle de l'attentat, un samedi soir à la radio. Dois-je l'avouer ? Contrairement à la majorité des gens, l'identification de son meurtrier m'avait soulagé sur le coup : si le terrorisme palestinien avait pu tuer un Premier Ministre d'Israël, non seulement le processus de Paix aurait été stoppé net (il l'a été de facto cinq ans après du fait de la deuxième Intifada), mais surtout les ennemis de l'état juif se seraient sentis encore plus pousser des ailes, pour faire pire que pire. Par ailleurs, même si le traumatisme fut profond en Israël, même si ce meurtre a révélé la face noire du fanatisme qui y existe là bas comme partout ailleurs, je n'ai jamais cru ni à une guerre civile, ni à la perte des valeurs démocratiques par la majorité du peuple israélien. La cohésion de cette société l'été dernier, avant et après le retrait de Gaza, l'a en pratique amplement démontré. Et la réaction exemplaire d’Ariel Sharon suite à l’attentat anti-arabe de Shfaram (lire ici) a confirmé que la démocratie y reste solide, même s'il y a eu (et il y aura encore) provocations et violences de l'extrême-droite.

Là dessus une autre remarque : des dizaines de chefs d'états et de personnalités viendront du Monde entier pour l'hommage rendu au Premier Ministre disparu ; et on redira, dans la plupart des médias, combien LUI était un homme de Paix. En faisant du mauvais esprit, j'y retrouverais presque cette détestable habitude de pleurer les Juifs morts en critiquant les Juifs vivants ... par exemple, en considérant Shimon Peres (1) comme un "mauvais" parce qu'il a rejoint deux fois Sharon dans un gouvernement d'Union Nationale. Qu'aurait fait Rabin dans la même tourmente ? Et a-t-on déjà oublié qu'Ehud Barak avait accepté à Camp David (juillet 2000) beaucoup plus que ce que tous les gouvernements israéliens précédents avaient pu consentir ? Apprenant que le gouvernement avait accepté le partage de Jérusalem, sa veuve Léa Rabin avait dit : "mon mari doit se retourner dans sa tombe" ... elle même devait disparaitre quelques mois plus tard, au tout début de l'Intifada. Mais cela aussi a été vite oublié, car à force de vouloir faire simple les médias refusent tout paradoxe, toute complexité dans la marche de l'histoire !

D'où une dernière question, peut-être provocatrice : et si, à force de dire et répéter que "lui seul aurait pu faire la Paix" (on n'ose plus en dire autant d'Arafat ...) mais que "malheureusement il n'est plus là", le message subliminal était : "donc la Paix n'est pas possible" ?

J.C

(1) Que j’ai eu la chance de rencontrer de près à quelques semaines de son retour au gouvernement (cliquer ici).