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11 novembre 2005

Sauvons les cinq infirmières bulgares et le médecin palestinien condamnés à mort par la "justice" de Kadhafi



Les cinq infirmières bulgares condamnées à mort, avec deux visiteurs dans une prison libyenne

Une course contre la montre vient de s’engager pour sauver la vie de six innocents, condamnés à mort par fusillade il y a un an et demi dans un quasi-silence médiatique, ce lourd silence qui hélas caractérise les télévisions et les gouvernements occidentaux dès lors qu’il s’agit d’horreurs se déroulant en terre musulmane et que l’on ne peut incriminer ni « aux méchants américains », ni à Al-Qaïda. Mardi 15 novembre doivent être rejugés en appel cinq infirmières bulgares et un médecin palestinien, incarcérés depuis 1999 et condamnés à mort en mai 2004 pour avoir volontairement inoculé le virus du Sida à des centaines d’enfants libyens dans l’hôpital de Benghazi où ils travaillaient. Cette semaine, les médias semblent se réveiller quelque peu en Europe. Ainsi, le journal « Le Figaro » de ce mercredi 9 novembre publie un article de Piere Prier révélant les démarches de l’Union Européenne et des Etats-Unis. Je reproduis ci-dessous un extrait de ce papier, posant bien l’arrière plan sordide du chantage libyen.
 
« Des rumeurs de compromis ont circulé. Mais pour l'instant, rien n'y fait : le régime du colonel Muammar Kadhafi se retranche derrière «l'indépendance» de la justice libyenne. «Les infirmières sont accusées d'avoir tué des innocents et ont été condamnées par un tribunal indépendant», a répondu à George W. Bush le ministre des Affaires étrangères, Abd el-Rahmane Chalgham. Derrière ces protestations vertueuses, Tripoli semble engagé dans un bras de fer avec l'Occident dans lequel les malheureuses Bulgares et le Palestinien servent de monnaie d'échange. Par crainte de subir le sort de Saddam Hussein, Muammar Kadhafi a accepté d'indemniser les familles des victimes des attentats perpétrés contre des avions de ligne américain et français à la fin des années 80. Dans la même veine, il a renoncé à l'arme nucléaire en décembre 2003. Tripoli est en outre devenu le meilleur ami de l'Occident dans la lutte contre le terrorisme et l'immigration clandestine. Les condamnés à mort paraissent faire les frais de ce retournement de veste. En juillet 2004, le ministre des Affaires étrangères bulgare se voit proposer un marché par son homologue libyen : la révision du verdict contre la prise en charge des enfants libyens, la construction d'un hôpital pédiatrique et surtout l'indemnisation des familles des victimes. Le rapporteur de la commission des droits de l'homme du Parlement européen, Tony Lloyd, a bien compris le sens du marché : «Il serait difficile de ne pas relever que les montants astronomiques réclamés par la Libye - 10 millions d'euros par enfant - équivalent aux indemnités versées par la Libye aux victimes de l'attentat de Lockerbie !», écrit le député britannique dans son rapport daté du 19 septembre. Dernièrement, Tripoli aurait ajouté une exigence : la libération des deux Libyens emprisonnés en Écosse après leur condamnation pour l'attentat contre le Boeing de la Pan Am au-dessus de Lockerbie. »

Le journal « l’Express » de cette semaine publie une longue enquête que je vous invite à lire d’urgence (cliquer ici). Elle donne tout l’historique de l’affaire, et rappelle que selon l’expertise réalisée par le professeur Montagné, spécialiste mondial du Sida, les contaminations dues à l’absence d’hygiène à l’hôpital de Benghazi sont bien antérieures à la venue du personnel médical injustement condamné. Elle révèle aussi l’ambiance d’antisémitisme hystérique venue infecter cette affaire, depuis « le complot du Mossad » soit-disant découvert par la police libyenne (un nouveau classique, hélas, dans une partie de la presse arabe : celle du sang contaminé par les Juifs, rumeur déjà véhiculée en Egypte à propos de bonbons porteurs de virus ...) jusqu’à la haine à visage découvert du responsable de l’enquête, Juam El Mesheri rencontré par l’Express : « Il parle haut et fort, c'est un homme d'autorité. D'obsessions, aussi. «Je sais que votre journal appartient à des juifs», prévient-il d'emblée ».

Pierre Prier a décrit dans « Le Figaro » les horribles sévices subis par des accusés qui ont avoué sous la torture :
« Les infirmières ont avoué sous des sévices dantesques, selon le rapporteur [de la commission des Droits de l’Homme du Parlement européen] Tony Lloyd : «Deux des infirmières ainsi que le médecin ont affirmé devant le tribunal avoir subi de graves tortures physiques (chocs électriques, suspension en hauteur par les bras, passages à tabac, flagellations, viols et agressions sexuelles, etc.) durant deux mois, parfois quotidiennement. En 1999, l'une des accusées, Nassya Nenova, a tenté de se suicider.» Une autre infirmière, Valentina Siropoulo, a été terrorisée par des chiens pendant un an et demi à l'école d'entraînement des chiens policiers. Le député Tony Lloyd décrit sa rencontre avec le mari de Kristina Vulcheva, le docteur Georgiev, libéré mais toujours en Libye, faute d'un visa de sortie : «Il m'a raconté les supplices atroces qui ont été infligés à son épouse... passages à tabac avec des câbles ou des bâtons, sur les jambes, les pieds, les mains, les seins ; chocs électriques, étendue nue sur un lit en acier ; étouffement par asphyxie et strangulation ; injection de drogues, etc.»

Voilà donc ce qui se passe à quelques heures d’avion de Paris, tandis que France 2 vient de consacrer une longue soirée « aux jeunes des banlieues » et « aux brutalités policières » qu’ils subiraient. Peut-être ne raconte-t-on pas assez « aux jeunes » ce qui se passe de l’autre côté de la Méditerranée ? Peut-être que José Bové, Mgr Gaillot et Noël Mamère - que l'on n'entend JAMAIS dans ce genre d'affaires - considèrent les droits des casseurs étrangers comme plus importants que ceux de ces malheureuses femmes, risquant leur vie dans une histoire kafkaïenne ? Peut-être que ce Palestinien ne mérite aucune attention dès lors que ses persécuteurs ne sont pas « d’horribles sionistes » ? Peut-être que Roland Dumas, ex ministre des affaires étrangères, juge plus importante l'impartialité de la justice pour un monstre comme Saddam Hussein ?
Allez sur le site de l’association Bulgarie-France (cliquer ici) qui publie des photos de ces victimes innocentes, et appelle à manifester lundi 14 novembre à 17 heures devant le Centre Georges Pompidou, à Paris. Soutenez l'association « Avocats sans frontières » qui s’est emparée du dossier ! Et lisez le bouleversant appel de la chanteuse d'origine bulgare Sylvie Vartan, sur le site « abolition.fr » (cliquer ici).

Et je promets, si ces innocents ne sont pas libérés d’ici là, de consacrer une émission à cette affaire et à la Libye du colonel Kadhafi, avec laquelle notre Pays entend renouer des relations amicales.


J.C