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19 décembre 2005

Guerre d’Algérie, mémoires plurielles : Benjamin Stora a été notre invité le 16 janvier 2005

Benjamin Stora, photo tirée du site du journal "Maroc-hebdo"

Benjamin Stora est né en 1950 à Constantine, ville qu’il a quittée enfant avec ses parents, comme des centaines de milliers de Français, pieds noirs et juifs naturalisés qui ont du fuir leur terre natale. Cela a été un choc car ses parents ont tout perdu, commerçants là-bas ils sont devenus prolétaires ici, peut-être cela explique-t-il en partie pourquoi il a attrapé le virus révolutionnaire en mai 1968, et pourquoi il a été ensuite un militant trotskyste convaincu. Et puis, progressivement, sa passion pour l’histoire contemporaine va s’affirmer, et il s’est intéressé à sa terre natale, l’Algérie, en particulier à la sanglante guerre d’indépendance. Il a écrit une vingtaine d’ouvrages autour du sujet, réalisé des documentaires pour la télévision, et publié d’innombrables articles. Au fil de son travail, il a consolidé de nombreuses amitiés algériennes, en particulier avec l’historien Mohamed Harbi avec lequel il a publié en 2004 un monumental ouvrage intitulé « La guerre d’Algérie. La fin de l’amnésie », chez Robert Laffont. Lors de notre émission du 16 janvier dernier, nous avons parlé des mémoires plurielles de ce conflit, en prenant comme fil conducteur "La gangrène et l’oubli", œuvre magistrale qui a été publiée en 1991 aux Editions de la Découverte.

La mémoire coloniale est redevenue une des lignes de fracture qui fragilise la société française, comme le blog s’en est fait l’écho tout au long des dernières semaines. Or ce ne fut pas le cas dans les années qui ont suivi la guerre d’Algérie. Benjamin Stora rappelle dans son livre combien après 1962, les commémorations d’autres guerres, puis mai 68 vont aider à l’oubli de ce passé immédiat. Et plusieurs autres raisons expliquent cette amnésie : conspiration du silence pour ne pas voir à quel point l’état et toutes ses institutions (armée, police, justice) s’étaient salis, d’abord dans la répression du F.L.N avec l’usage généralisé de la torture ou les exécutions sommaires, puis quand l’indépendance a été acceptée, en accueillant tellement mal les rapatriés, et en abandonnant les harkis à une mort horrible ; réécriture gaulliste de l’histoire contemporaine, pour donner aux Français l’illusion d’une nation toujours unie, comme après le triste épisode de l’Occupation ; entrée du pays dans la société de consommation, et désir d’oublier des années amères ...

Mais cette réécriture de l’histoire ne fut pas uniquement française, et Benjamin Stora a eu l’immense mérite (malgré son passé militant et son profond amour de l’Algérie), d’analyser aussi dans « La gangrène et l’oubli », combien les nouvelles autorités algériennes ont nié la guerre civile secrète qui opposa le F.L.N et le M.N.A, ou le massacre en masse des harkis à l’été 1962. Au nom d’un peuple mythique, réduit à sa composante arabe et musulmane, qui n’aurait jamais eu d’influence française autre que la mémoire d’une oppression, prisonniers d’une idéologie à la fois millénariste et totalitaire, Ben Bella puis Boumediene ont légué un lourd passif à la mémoire algérienne, et laissé des fractures profondes au sein de leur peuple, y compris parmi les centaines de milliers devenus des franco-algériens avant et après l’indépendance.

Une interview passionnante, et un livre à (re)lire !

J.C 

22 novembre 2005

Fascination orientale


 
 
Le repos des baigneuses, huile sur canevas d'Etienne Dinet (1861-1929), collection publique, source : site artrenewal.org

Une toile sur la Toile
- novembre 2005

Curieuse destinée que celle d’Etienne (Nasreddine) Dinet !

Né dans le Loiret, il fit des études à l’Ecole des Beaux Arts de Paris, et il découvrit grâce à une bourse l’Algérie à l’âge de 23 ans. Ebloui par les paysages du Sud, lié ensuite profondément à un jeune Algérien, il devait s’établir à Bou Saada où il réalisa l’essentiel de son œuvre orientaliste, une des plus renommées. Il apprit aussi à parler l'arabe, à comprendre l'âme algérienne, les us et coutumes et à aimer la religion musulmane au point de se convertir lui-même à l'islam en 1913 sous le glorieux nom de Nasreddine, « Le triomphe de la religion ». Il mourut au retour d’un pèlerinage à la Mecque, et fut enterré à Bou Saada. On se reportera à un excellent résumé de sa biographie publié sur le WEB (cliquer ici).

Pour moi, il incarne la « fascination orientale », celle à laquelle ont succombé des intellectuels, artistes ou diplomates. Cette fascination peut conduire - au-delà d'une féconde curiosité et d'une nécessaire empathie - à idéaliser une autre civilisation et à nier sa face sombre, jusqu'à renier ses propres racines. En rendant hommage à sa peinture, je pense aussi à un courant qui a été trop souvent aveugle aux autres populations présentes en Orient. Voir aussi sur le blog l’extrait tellement lucide de Jean-Claude Milner (cliquer ici). Ce ne fut pas le cas de tous les peintres, en tout cas pas de Delacroix dont les « carnets de voyage au Maroc » exposés à l’institut du Monde Arabe il y a quelques années sont aussi un reportage extraordinaire sur la vie juive dans ce pays.

A noter aussi que le dilemme des Orientalistes (au sens cette fois d’universitaires étudiant les sociétés orientales, et non pas d’artistes) a toujours été, en gros, le même : soit la fascination et un rêve de symbiose parfaite (par exemple celui, colonial puis néo-gaulliste de « la France, puissance musulmane », nous y reviendrons) ; soit le dénigrement et la « boite à fantasmes » (les Arabes et les Musulmans comme les archétypes de l’ennemi féroce). De ce dilemme, j’ai eu le plaisir de parler avec l’écrivain israélien Abraham.B Yehoshua en direct de Haïfa dans une émission consacrée le 14 décembre 2003 à son beau livre « La fiancée libérée » (Editions Calmann-Levy, prix : 25 E). Le héros du roman, Yonathan Rivline, est un orientaliste de renom, professeur d’université ; et beaucoup de personnages sont des Arabes israéliens ou des Palestiniens.


J.C

29 juin 2005

Latifa Ben Mansour : les Frères musulmans sont un parti d'extrême droite antisémite

Latifa Ben Mansour, docteur ès lettres et sciences humaines, est chercheur au CNRS. Née à Tlemcen en Algérie, elle a du renoncer à vivre dans son pays après avoir été menacée de mort par les intégristes du Front Islamiste du Salut (FIS). Réfugiée en France, elle n’a jamais cessé de dénoncer la barbarie de l’islamisme combattant. Utilisant les outils de la linguistique et de la psychanalyse, elle a décodé des centaines de discours enregistrés par les leaders du FIS Ali Belhadj et Abassi Madani, en faisant la matière première d’un livre magistral "Frères musulmans, frères féroces. Voyage dans l'enfer du discours islamiste" (Editions Ramsay, 20 E). J’ai pu avoir un entretien passionnant avec cette femme courageuse, dans l’émission « Rencontre » du 3 novembre 2002. Voici l’extrait de mon interview à propos de l’antisémitisme des « Ikhwan » (« frères »), sujet sur lequel nos journalistes sont trop souvent bien discrets. 

Jean Corcos :
Dans votre livre, vous dites donc que le parti islamiste est un parti totalitaire, d’extrême droite, se camouflant derrière la religion, et vous avez le mérite de souligner l’antisémitisme forcené des islamistes. Curieusement, la presse française reste relativement discrète sur ce dernier point qu’il s’agisse de l’assassinat abject de Daniel Pearl au Pakistan, ou de l’attentat contre la Ghriba en Tunisie. De même, il est rarement rappelé que la nébuleuse Ben Laden s’appelle le « Front islamique international contre les juifs et les croisés ». Vous êtes d’ailleurs assez claire sur ce sujet dans votre livre puisque vous dites que le terme « El Yahoud », les juifs, employé dans un contexte antisémite, est un référent de base des discours islamistes.

Latifa Ben Mansour :

Absolument, le terme « juif » comme celui d’ailleurs de « franc-maçon » est un référent que l’on retrouve dans les discours des mouvements totalitaires d’extrême droite. J’aimerais à ce sujet vous citer une phrase d’un grand linguiste nommé Klemperer : « Les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic qu’on avale sans y prendre garde et qui un jour font leur effet ». Il faut donc rester très attentif aux mots utilisés dans tout discours car ils ont tous des effets qui leur sont propres et qui peuvent avoir des conséquences importantes sur le comportement des personnes qui les écoutent.

Jean Corcos :

Justement. Prenons par exemple l’abbé Baruel, un des théoriciens de l’antisémitisme au XIXe siècle, qui avait inventé l’idée du complot judéo maçonnique et qui disait que les juifs étaient à l’origine de la révolution française, on remarque que Belhadj reprend les mêmes idées et tient les mêmes propos dans ses discours. Ce dernier dit d’ailleurs dans une de ses prêches que vous citez dans votre livre : « les juifs ont tué plus de 70 prophètes ». Cette affirmation qui ne figure pas dans le Coran, semble sortir de l’imagination de son auteur et non d’une quelconque interprétation d’un texte sacré. Est-ce que pour vous, le problème de l’antisémitisme est lié principalement au conflit israélo palestinien, ou est-il le pendant d’une idéologie d’un mouvement d’extrême droite ?

Latifa Ben Mansour :

Vous savez, ces mouvements extrémistes ont toujours besoin d’un ennemi potentiel qui leur permet de recourir à leur théorie du complot, théorie qui vise à faire croire en l’existence d’un soi-disant complot que cet ennemi fomenterait contre eux. Il n’y aurait pas eu de conflit israélo-palestinien, ces personnes auraient trouvé autre chose qui accréditerait leur idéologie et justifierait leurs actions. Je tiens à rappeler que ces personnes appartiennent à des formations d’extrême droite et qu’au sein de ces formations, elles n’ont rien de religieux, tant dans leur comportement que dans leurs pensées.

J.C

01 juin 2005

Sincères condoléances ... à toute la famille


Le sourire du mois  
- juin 2005

 La "une" du journal algérien "El Moudjahid" à l'occasion du décès du Pape JeanPaul II.
Source : site http://www.harissa.com/, envoyé sur le forum de discussion par un internaute

J.C