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11 octobre 2005

L'immémorial européen

Citation on line

Jean-Claude Milner,
"Les penchants criminels de l'Europe démocratique"
(Editions Verdier, prix : 12 E)


« Jusqu’à la dernière guerre d’Irak, le Proche Orient et le Moyen-Orient étaient de part en part une œuvre européenne. L’orientalisme, que l’on suive Edward Saïd ou Bernard Lewis, en était la manufacture, au croisement du savoir et du rêve, de la conquête et du tourisme. Les fantasmes personnels de quelques anglais et de quelques français, de Lawrence à Genêt en passant par Massignon, y eurent une part non négligeable. Ils n’étaient que la forme accentuée d’une quête née du dix-neuvième siècle et du voyage romantique : la quête d’un immémorial.

Demande bien compréhensible de la part d’Européens, lassés d’un monde où l’on sait toujours que tout a eu un commencement, même le christianisme, même la philosophie, même la politique. L’inversion imaginaire a voulu que les voyageurs, les diplomates, les conseillers des décideurs aient cru trouver l’immémorial dans la conjonction des tard-venus de l’Orient : le nom arabe et le nom musulman. En sortit au vingtième siècle, après la fin de l’Empire ottoman, une politique de pacotille, où passèrent pour intrus, tous ceux à qui il manquait l’un des deux noms - Kurdes, Arabes chrétiens, Coptes -, moyennant tout au plus une exception pour les Turcs, en vertu du droit du plus fort. Mais ceux à qui les deux noms manquaient n’avaient rien à espérer. Quiconque est habité par la vision orientaliste du monde, tient tout Juif au Proche-Orient pour éternellement intrus ».

Nota : à propos de Lawrence d’Arabie, lire aussi l’article en cliquant ici.

J.C