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02 janvier 2006

Meilleurs voeux de guérison pour "l'homme malade de l'Europe"


Introduction :
Nicolas Baverez, économiste, historien et avocat, tient une chronique sans langue de bois dans l'hebdomadaire "Le Point". Ce disciple et biographe de Raymond Aron vient de préfacer l'édition chez Gallimard de textes de son maître, "Penser la liberté, penser la démocratie", dont le journal "Libération" a fait une critique aigüe mais de qualité (numéro du 22 décembre). Du grand théoricien français du libéralisme, toujours mal vu dans un pays où le principe du verbe l'emporte celui de la réalité (on a toujours le Premier Ministre que l'on mérite), il a hérité la lucidité et la rigueur intellectuelle. Nicolas Baverez l'avait démontré avec "La France qui tombe" (Editions Perrin), constat clinique du déclin français. Il l'a encore prouvé, avec talent, dans deux tribunes libres publiées - étrangement - dans le quotidien de la "gauche bien pensante", "le Monde" : au moment de la formation du gouvernement De Villepin, avec un papier titré "On ne change pas une équipe qui perd" ; et la semaine dernière, avec une brillante analyse de la situation, intitulée "La France, homme malade de l'Europe" (numéro du 30 décembre), analyse s'achevant - heureusement ! - par un espoir de redressement. Les lecteurs abonnés pourront se reporter dans les archives du journal à l'article complet, dont je reproduis juste le début et la conclusion. 
J.C

"Pour la France, 2005 restera une année terrible mais aussi un tournant. Une année terrible, rythmée par les échecs et les crises qui, dans le droit-fil du collapsus social de 1995 et du krach civique de 2002, ont acté le déclin du pays et l'éclatement de la nation. Au plan extérieur, l'échec du référendum a brisé net un demi-siècle d'engagement européen, qui constituait le dernier axe stable de la diplomatie et de la vie politique nationales. La défaite de la candidature de Paris face à Londres pour l'organisation des Jeux olympiques de 2012 a cristallisé la marginalisation de la France en Europe et dans le monde et souligné l'archaïsme d'un pays musée, en rupture avec la modernité du XXIe siècle. Enfin les émeutes urbaines, dans leur double dimension sociale et raciale, ont sanctionné la désintégration du pseudo modèle français, le blocage de l'intégration, la balkanisation d'une société atomisée par un quart de siècle de chômage de masse. (...)

(...) Il reste que le moteur de la modernisation peut embrayer, pour peu que les Français se mettent en mouvement et imposent de centrer le débat, par leur mobilisation et leur engagement, sur la situation réelle du pays et les moyens de l'améliorer. La modernisation de la France ne dépend ni de la mondialisation ni de l'Europe, mais des Français qui conservent la maîtrise de leur destin. A condition de surmonter les tentations protectionnistes et sécuritaires, nationalistes et xénophobes, pour examiner et trancher, non pas de manière passionnelle ou démagogique mais de manière rationnelle, les questions cardinales qui ont été éludées lors des derniers scrutins : comment rétablir le couplage de l'autorité et de la responsabilité du chef de l'Etat ? quels principes utiliser pour refonder une nation ? quels changements instaurer dans l'Etat pour lui permettre de jouer son rôle de réassureur des risques globaux de l'économie et de la société ouvertes ? quels positionnements pour le système productif et le territoire français à l'horizon des années 2010 ? quelles transformations apporter au modèle économique et social pour concilier efficacité et équité, compétitivité et solidarité dans l'univers de la mondialisation ? quels leviers employer pour débloquer la société, l'ouvrir en direction des jeunes, des immigrés, des exclus ? quelles voies pour contribuer à rétablir l'unité des démocraties et relancer l'Europe ?
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Pour prix des échecs et des revers dont ils sont les premières victimes, les Français ont acquis le droit de percer la bulle de démagogie et de mensonge qui dévaste la vie politique nationale depuis de trop longues années et d'accéder à une information objective sur la situation de leur pays et l'état du monde. Leur responsabilité vis-à-vis de leur patrie comme des générations futures consiste à cesser de s'en remettre à un président de droit divin ou à l'Etat pour exiger de ceux qui aspirent à les gouverner des choix cohérents dont ils assument les conséquences prévisibles. A conjurer les tentations de régression vers un passé mythique et les passions extrémistes, à sanctionner sans faiblesse les cyniques et les démagogues pour ouvrir résolument la voie à une nouvelle génération, en rupture avec la République des truqueurs et des gérontes, à qui il reviendra de reconstruire un pays moderne, puissant et respecté dans le monde du XXIe siècle."

Nicolas Baverez

Sur le blog :
- à propos de la "République des truqueurs" qui fait la morale à l’Étranger tandis qu'il y a le feu à la maison, relire le paradoxe français, tribune libre d'Isabelle Rose.
- à propos des "tentations de régression vers un passé mythique", relire l'article sur la "fracture coloniale".