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06 janvier 2006

Amir Peretz et Benyamin Netanyahou – la faucille et le marteau

Tribune Libre

Introduction :
Quelques jours avant la deuxième et foudroyante attaque cérébrale d'Ariel Sharon, Isabelle Rose m'avait envoyé depuis Jérusalem cette tribune consacrée à ses deux "outsiders", alors que les sondages prévoyaient le triomphe de son nouveau parti centriste "Kadima". Les observateurs se sont accordés pour dire que la situation politique était bouleversée, cependant il n'est pas dit que le choix centriste des électeurs israéliens soit remis en question (voir le sondage publié hier par le journal "Haaretz" et la chaîne de télévision "Channel 10"). Reste qu'Amir Peretz le novice en politique et Benyamin Netanyahou le démagogue déjà expérimenté, semblent rivaliser dans les déclarations irréalistes. Et l'auteur de cette tribune a raison de pointer du doigt leurs contradictions, quelles que soient par ailleurs les sympathies légitimes - et diverses - des lecteurs de ce blog !
J.C

A première vue, rien ne semble rassembler ces deux hommes : le premier, sépharade originaire du Maroc, est issu d’une famille modeste ; c’est en faisant carrière dans le syndicalisme, qui lui ouvrit les portes de la politique, qu’il devint le Président du Parti Travailliste. Le second, ashkénaze, né d’une famille bourgeoise, fit des études aux États-Unis avant de commencer sa carrière politique dans le Likoud dont il est aujourd’hui le Président. Les parcours, de même que les personnalités, semblent donc séparer les deux hommes.

Poussons plus loin la comparaison.
Le moto de la campagne de Benyamin Netanyahou lors des toutes récentes Primaires se concentrait dans une formule : « Jérusalem ne doit pas être divisée ». D’une manière plus générale, Netanyahou a insisté sur son refus de céder d’une manière unilatérale aucun territoire à l’Autorité Palestinienne. Une première remarque doit être faite : l’électorat de Netanyahou ne s’est pas arrêté sur la nuance du « unilatéral », mais a voté pour lui dans la perspective d’un refus catégorique de toute cessation de territoire à l’Autorité Palestinienne. Seconde remarque : au même moment, des élections ont lieu dans les Territoires qui semblent annoncer une victoire du Hamas sur les partisans du gouvernement actuel. Tout se passe donc comme si le Hamas, fort d’une victoire aux élections, était destiné à devenir le futur interlocuteur d’Israël. Ce qui placerait donc un hypothétique gouvernement de Netanyahou dans l’obligation de négocier avec le Hamas, puisque la négociation est la condition sine qua non que Netanyahou a posé comme préalable à toute évacuation. A la lumière de cette nouvelle donne, on comprend alors mieux pourquoi l’actuel gouvernement a préféré la voie du retrait unilatéral, qui ne le place pas dans l’obligation de négocier avec le Hamas. Mais on comprend alors beaucoup plus mal comment Benyamin Netanyahou, dont l’électorat est par principe opposé à toute évacuation, pourra lui imposer des négociations avec le Hamas. La réponse est simple : Benyamin Netanyahou est pour le statu quo.
Un dernier élément doit être pris en compte pour évaluer cette position : l’électorat de Netanyahou ne souhaite pas évacuer les Territoires, tout en rêvant en même temps d’un Israël libéré de la présence arabo-musulmane. D’où une dernière question, à laquelle Netanyahou se garde bien de répondre : que faisons-nous avec les 2 300 000 Arabes (chiffres 2005 de « La Paix maintenant ») ? Car si l’on prétend à la souveraineté juridique et politique sur ces territoires, il faudra alors ouvrir le droit à la citoyenneté israélienne à leurs habitants. Tous les démographes s’accordent à dire qu’une telle extension mettrait en péril le caractère juif de l’État d’Israël. De toutes façons, les électeurs de Bibi ne sont pas prêts à une telle décision : finalement, ils veulent la terre, mais sans les habitants. 2 300 000 Arabes : comment ?

Inversement, Amir Peretz, ancien « combattant » de « La Paix maintenant », a annoncé très péremptoirement que s’il venait à être élu, les Territoires - dont Jérusalem-Est - seraient évacués d’ici cinq ans. Nous avons vu que l’évacuation du Koush Katif, où l’on ne parlait que de « quelques » milliers d’habitants, ne s’est pas faite si facilement : d’abord, il y eut le déchirement de la population qui n’était pas encore tout à fait prête à accepter le principe de l’évacuation ; ensuite, le coût budgétaire de l’évacuation - sans compter les pertes sèches des investissements en infra-structures et en locaux ; les indemnisations - furent une très lourde charge qui n’a toujours pas, au jour d’aujourd’hui, reçu l’intégralité de son financement ; enfin, les personnes déplacées ont besoin d’être accueillies pour pouvoir s’intégrer : écoles, services publiques, travail, logement, etc. Il est encore de nombreuses familles du Goush Katif à vivre dans des hôtels, sans travail, dont les enfants n’ont pas trouvé à se scolariser et qui développent des troubles psychologiques. D’où une première question : quand nous parlons des Territoires, nous parlons de 243 000 Juifs (sans compter une population équivalente pour Jérusalem Est). Qui va financer leur évacuation ? Sur la base du coût du départ de la bande de Gaza (8000 personnes), cela représenterait 60 milliards de dollars, sept mois du PNB d’Israël ... La construction de nouvelles écoles, de nouveaux logements, le versement des indemnisations ? Et la population israélienne est-elle préparée à cette évacuation beaucoup plus massive ? Qui touche à des lieux très symboliques ? Seconde question : Que faire avec les « grands blocs d’implantations »? Peut-on envisager une présence juive dans certains territoires sous souveraineté palestinienne - comme on voit une présence arabe dans certains territoires sous souveraineté israélienne ? Nous n’abordons là que quelques problèmes. Or, force est de constater qu’à aucun moment Amir Peretz ne les traite : quand il ne « braille » pas, il se tait.

Quelles conclusions en tirer ? Le discours de Benyamin Netanyahou comme celui d’Amir Peretz ne font preuve d’aucune responsabilité : ils alignent les slogans, les dogmes, les mots d’ordre, sans jamais s’inquiéter des nuances complexes que commande la réalité. Ils sont devenus les porteurs d’une idéologie schématique qu’ils utilisent pour flatter leur électorat. Est-ce de la politique ? Nous appelons cela du marketing. Au mieux : de la publicité. Leur électorat ne leur pardonnera jamais de les avoir trompés d’une manière si vulgaire ...

Isabelle Rose

P.S :
Question souvent posée à propos de notre radio : comment vous situez-vous par rapport au conflit israélo-palestinien ? Et quel est votre positionnement par rapport aux autres antennes de la fréquence juive de Paris ? Impossible de répondre en quelques phrases, ceci fera l'objet d'un autre article. Pour faire court : la ligne générale est (stratégiquement) le soutien aux grands principes définis par le manifeste "deux Peuples - deux États" (voir en lien permanent) ; mais ceci sans illusions sur les probabilités d'une Paix en court terme, et avec toutes les nuances représentés par les différents journalistes, chroniqueurs et producteurs d'émissions !
A propos du soutien à la nouvelle politique initiée par Ariel Sharon, lire le billet d'André Nahum (cliquer ici).