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21 juin 2007

Fin du statu-quo

Le Président Bachar El-Assad
(photo Reuters)

Si le pire n’est jamais certain, il est pourtant souvent probable. Voir très probable. Particulièrement au Moyen-Orient, où les hommes semblent essayer toutes les possibilités issues de leur imagination. Pour cela, il suffit qu’ils aient des armes - c’est-à-dire de l’argent. Quand l’imagination est saine, elle produit de belles réalisations. Mais quand elle est détraquée, pour une raison ou pour une autre, malheur à celui qui ouvre la boîte de Pandore. C’est pourquoi l’identité moyen-orientale est paradoxale : en même temps qu’elle aura engendré de grandes civilisations - dont la dimension religieuse fût toujours fondamentale - elle aura été le creuset presque inépuisable de toutes les violences. C’est qu’au Moyen-Orient, l’âme humaine se révèle dans sa nudité. L’Histoire qu’elle raconte, pour parler dans un vocabulaire psychanalytique, est celle de la guerre à mort entre principe de réalité et principe de plaisir. Eros et Thanatos. Parce que la dialectique est intrinsèque à l’âme et aux sociétés humaines, elle n’admet, par essence, aucune solution. A moins de se laisser enivrer par l’illusion d’une réforme de l’homme. Si le pire n’est jamais certain, il est pourtant souvent nécessaire. Particulièrement au Moyen-Orient. Et malheur à celui qui l’oublie quand il aborde cette région.

Un événement politique considérable vient de se produire à Gaza avec la prise de pouvoir par la violence du Hamas. Cette fracture à l’intérieur du peuple palestinien est sans précédent. Fracture politique, mais surtout identitaire, qui remet en cause jusque l’idée de nation. D’une nation. Si la bande de Gaza est un territoire dont la surface est insignifiante, ce qui vient de se produire est en revanche très lourd de conséquences. Pour tout le Moyen-Orient.
D’abord, Al-Qaïda vient de prendre, pour la première fois, la parole publiquement. Pour annoncer que l’objectif unique est la révolution islamiste, universelle, sans considération des peuples ou des nations. Le message est clair : le Hamas doit être un instrument, et le peuple palestinien le fer de lance d’une nouvelle expérimentation. Singulièrement, les Frères Musulmans n’ont pas réagi à la prise de pouvoir du Hamas - silence. Silence très inquiétant. Mais une chose est certaine : l’objectif principal du Hamas n’est pas la construction de la Palestine. Il a en vue d’autres objectifs, à comprendre dans une logique plus complexe, régionale, même universaliste.
Ensuite, c’est la première fois qu’une organisation inscrite sur la liste des organisations terroristes internationales prend le pouvoir. Sans rencontrer de résistance. Fâcheux précédent pour la démocratie. Plus encore : très fâcheux précédent pour les démocraties arabes ou les pays arabes modérés. Gaza pourrait bien devenir la Tchécoslovaquie du 21è siècle. Car une chose est encore certaine : le Hamas trouvera des interlocuteurs politiques internationaux. On verra ainsi comment le culot politique le plus sanglant - le « fait accompli » dans la violence - trouvera sa légitimité politique, voire même juridique, d’une manière ad-hoc. Cela s’est passé ainsi pour toutes les révolutions du monde. Pour toutes les conquêtes. Ainsi fonctionne l’histoire des peuples et des hommes. Il faut s’attendre à entendre de « drôles » de choses ...

Mais le fait le plus inquiétant est le moment que le Hamas a choisi pour faire sa « révolution ». Le timing est intrigant : d’une part, le gouvernement du Liban a lancé une offensive contre le « Fatah-Al-Islam », au Nord. D’autre part, Égypte a durci sa législation, interdisant l’entrée au Parlement des groupes religieux (les Frères Musulmans). Ensuite, des « katiouchot » ont été lancées contre le Nord du territoire d’Israël (l’armée israélienne indique la responsabilité d’une organisation palestinienne, et non pas celle du Hezbollah chiite financé par l’Iran). Enfin, nous venons de l’apprendre aujourd’hui : il n’y a pas de négociations possibles entre Israël et la Syrie. Les États-Unis et Israël ont dit « non ». La Syrie ne remplissait pas les conditions pour une reprise des négociations. Voilà la nouvelle importante, qui jette une autre lumière sur tous ces événements. Le régime de Bashar El-Assad est affaibli politiquement. En revanche, d’un point de vue militaire, il s’est considérablement armé ces derniers mois. Sans compter les simulations et les entraînements. Pour survivre, Bashar El-Assad doit retrouver une légitimité. Dans une population majoritairement sunnite. Dans un pays qui « accueille » Khaled Meschaal et ses « organisations palestiniennes ». Dans une Syrie qui pense - à tort - qu’elle est humiliée et faible. Qu’elle doit retrouver toute sa place dans un monde arabe qui l’a somme toute marginalisée, et qui sous-estime singulièrement les facultés de résilience de la société et de l’armée israéliennes. Dans ces circonstances, et au vu de la psychologie régionale, il ne reste plus qu’une seule option au Président Assad. Si le pire n’est jamais certain, il est pourtant probable. Les hommes l’ont souvent essayé.

Quand Sadate a voulu s’éloigner de son allié traditionnel russe, et contraindre les États-Unis à le prendre au sérieux - sachant que pour ce faire, il serait amené à négocier avec Israël -, le grand Président égyptien a d’abord cherché à se mettre en position de force : on ne négocie jamais en position de faiblesse, plus encore au Moyen-Orient. Il a donc déclenché une guerre. Il n’était pas nécessaire que cette guerre soit absolument gagnée. Il suffisait juste deux choses : d’abord, pouvoir produire l’illusion, pour son peuple, qu’elle était gagnée ; c’était moins le nombre de morts, de blessés, et de prisonniers égyptiens qui comptait, que le nombre de morts, de blessés et de prisonniers israéliens. Ensuite, cette guerre lui permettrait, après la défaite de 1967 et la mort du légendaire Nasser, de montrer aux États-Unis que l’Égypte restait une puissance locale qui comptait - pour la guerre, pour la paix. Bref, l’Égypte redevenait pleinement un acteur politique. Certes, Bashar El-Assad n’est pas Sadate, et la Syrie n’est pas l’Égypte. Mais la fragilité du régime syrien, replacée dans la perspective générale de la région - politique, historique, voire même psychologique ; lue en parallèle avec les tout récents événements ; n’indique rien de très bon. L’avenir dira la direction du vent ... il y a de multiples courants d’air dans la région !

Isabelle Yaël Rose,
Jérusalem


20 juin 2007

Fadela Amara, une promotion bien méritée

Avec la nomination de la Présidente fondatrice de « Ni putes ni soumises » comme Secrétaire d’État à la Ville dans le gouvernement « Fillon 2 », Nicolas Sarkozy a probablement fait d’une pierre plusieurs coups : nommer trois représentantes des « minorités visibles » (avec Rachida Dati et Rama Yade) ; féminiser d’avantage encore son équipe ; faire entrer une nouvelle « personnalité de la société civile », après Bernard Kouchner ; poser clairement la priorité des banlieues et de l’avenir des jeunes issus de l’immigration, après les émeutes de novembre 2005 ; et enfin, porter un nouveau coup de canif à l’opposition en faisant entrer une nouvelle personnalité notoirement de gauche.

Avec autant de risques d’être « instrumentalisée », Fadela Amara affirme qu'elle ne servira pas d'alibi. Mais sa défection à la gauche traduit, aussi et au niveau de beaucoup de « Beurs » longtemps compagnons de route du Parti Socialiste, la grande amertume face au manque de reconnaissance des anciens « parrains » ... Pour ne prendre qu’un exemple, Malek Boutih, ancien Président de SOS Racisme où il forma au militantisme notre nouvelle Secrétaire d’État, n’a eu droit pour les dernières législatives qu’à un misérable « parachutage » dans une circonscription de Province, où par manque de soutien, il fut logiquement éliminé au premier tour. Pour être tout à fait juste, il faut aussi dire que les électeurs n’ont pas, non plus, montré beaucoup d’enthousiasme à soutenir des candidats issus de l’immigration et soutenus par la droite, comme par exemple Lynda Asmani et Jeannette Bougrab à Paris.

Mais je voudrais, ici, évoquer quelques souvenirs personnels concernant Fadela Amara. D’abord dire combien je regrette de l’avoir « ratée » lors d’une émission consacrée à « Ni putes ni soumises » il y a deux ans et demi : fortement grippée, elle fut remplacée alors au pied levé par sa Vice Présidente, Safia Lebdi (lire en lien). Et évoquer son audition par la « Commission pour les relations avec les Musulmans » du CRIF en janvier 2004, réunion passionnante où j’ai noirci trois pages de notes que je viens de relire.
Elle nous avait d’abord exposé, très clairement les trois paramètres qui expliquent la montée de l’intégrisme : échec de l’intégration et racisme ; chômage de masse dans les cités, avec perte de prestige et d’autorité des chefs de famille, remis en cause par les « fils aînés » jouant la carte de l’économie parallèle ; montée de la mouvance intégriste, qui a semblé au départ redonner un sentiment de dignité. Elle avait évoqué, ensuite, la problématique des intellectuels rejetés par la société, ces « Bac + 5 » devenant les vecteurs du « fascisme vert » et qui professent un antisémitisme structuré : elle avait témoigné avoir entendu des prêches en français d’imams salafistes venus du Pakistan, et avoué sa peur devant une telle propagande. Fadela Amara avait évoqué, enfin, les « fatwas » lancées contre elle et sa famille, les menaces lors de meetings en banlieue, parce que l’on reprochait à son mouvement d’avoir pris position à la fois contre les intégristes en Algérie et pour la Paix au Proche Orient, une Paix fondée sur la reconnaissance mutuelle. A l’époque, elle se disait fâchée contre Sarkozy que l’on disait « communautariste » et favorisant l’U.O.I.F ... décidément, bien des choses peuvent changer en trois ans !

Pour en savoir plus : aller sur le site de « Ni putes ni soumises », en lien permanent.
Lire aussi le très bel article sous sa signature et celle de Mohamed Abdi, repris sur le blog le 7 février dernier.

J.C

19 juin 2007

Maurice Bismouth, peintre tune !

Toile de Maurice Bismouth, datée 1935
(collection Jean Corcos)

Une toile sur la Toile
- juin 2007

J’avais déjà évoqué sur le blog (lire ici) ma première passion orientaliste, celle de l’époque où plus de temps - et de finances ! - m’ont permis de débuter une petite collection de tableaux.

Parmi les œuvres acquises à l’époque donc, cette petite (17 x 12,5 cm) toile de Maurice Bismouth, mon compatriote de Tunisie. On se reportera, à nouveau, à l’irremplaçable site « harissa.com » pour lire une brève biographie de ce peintre, avec des reproduction de quelques tableaux : scènes des rues, rabbins en train de prier à la Ghriba de Djerba ou ailleurs, et aussi figures éternelles de la Tunisie, comme cette jolie bédouine. Comme à propos de Lucien Lévy-Dhurmer évoqué sur le blog il y a un an, je suis heureux d'évoquer à nouveau un grand peintre juif qui a su, si bien, immortaliser des personnages musulmans.

Qu’est-elle devenue depuis ... 1935, date mentionnée sur le tableau ? Elle est très probablement morte, ou alors extrêmement vieille, et méconnaissable par rapport à la fière jeune fille au turban, qui apporte toujours un peu de soleil de Tunisie dans mon appartement parisien !

J.C

18 juin 2007

Le pèlerinage à la Ghriba de Djerba vu par la presse tunisienne

Introduction :
Reparlons à nouveau ici du pèlerinage à la « Ghriba » de Djerba, qui est probablement la plus ancienne synagogue du monde, et qui voit se retrouver chaque année des milliers de Juifs d’origine tunisienne, à l’occasion des fêtes de Lag Baomer. Détail à signaler - alors que la propagande antisémite est virulente en terre d’islam, et que Al-Qaïda menace partout les Juifs qui s’y aventurent -, des touristes israéliens viennent régulièrement à cette occasion, en Tunisie comme au Maroc (lire ici). Et ils sont magnifiquement accueillis, comme d’ailleurs tous les « Tunes » de retour au pays ! En tout cas, les journaux tunisiens parlent avec beaucoup de fierté de ce pèlerinage à Djerba, comme dans cet article du journal « La Presse » du 12 mai 2007.
J.C

Une fête sacrée dans un havre de paix
Ils s’étaient donné rendez-vous sous un soleil presque estival et sur une île qui continue à séduire par sa magie légendaire : Djerba. «Ils», ce sont les pèlerins de la Ghriba, un des hauts lieux de culte juifs bâti sur nos terres et qui reçoit chaque année des pèlerins venus de par le monde accomplir un acte religieux.
Accomplir un acte religieux mais aussi faire la fête et se retrouver sur une terre d’Islam où les trois grandes religions monothéistes ont cohabité et continuent à cohabiter dans une atmosphère de paix qui fait cas de «rareté» aujourd’hui.
L’histoire de Djerba et donc de la Tunisie est chargée d’un grand message de dialogue entre les peuples ô combien exemplaire. Un message et une culture du dialogue que la Tunisie est bien déterminée à cultiver par ces temps de troubles qui secouent le monde. Pour nos visiteurs, c’est une exception que d’accomplir leur pèlerinage sur une terre d’Islam, et pour la Tunisie c’est une manière de prouver que le «vivre ensemble» et la culture du dialogue ne sont pas que des concepts.
Nous sommes à La Ghriba, dans la plus ancienne synagogue au monde. Les pèlerins arrivent par bus entiers déposer leurs offrandes et faire leurs voeux. Cette année, leur nombre est d’environ 5.000 sans trop de décalage par rapport à l’année dernière. On enregistrera cette année de nouvelles provenances comme le Canada par exemple ou l’Angleterre à côté des pays de tout le bassin méditerranéen. Rapy Sidney, qui vient pour la première fois en Tunisie, déclare : «Je crois que certains médias veulent défaire le monde. Sincèrement, ce n’est pas l’image que j’avais du monde musulman. Croyez-moi, j’ai pu me défaire de cette image dès le premier jour que j’ai passé en Tunisie. Il y a une impressionnante ambiance de paix et de sécurité. J’ai pu accomplir mon pèlerinage et j’ai fait la fête en toute sérénité. C’est une grande leçon de tolérance pour le monde entier... et avec quelle modestie!».
Rapy fait partie des 5.000 visiteurs qui ont fait la fête à Djerba, car le pèlerinage de La Ghriba comprend un volet religieux et un volet festif où on célèbre les rencontres et les retrouvailles. Laure Fontou n’a pas visité la Tunisie depuis une vingtaine d’années : «Je suis très émue, dit-elle, le moment était très fort lorsque j’ai retrouvé ma maison et mes amis. C’est le plus beau cadeau que j’aie eu dans ce pays qui rassemble et qui ne divise pas.» «La Tunisie a le courage d’assumer ses choix en organisant chaque année le pèlerinage de la Ghriba. C’est un pays qui a compris que nous sommes tous les enfants d’Abraham. Tout cela avec beaucoup de discrétion et d’élégance culturelle», dit Haym Demri.
«Ce n’est pas la première fois que je viens en Tunisie, dit Assor Fellous, je connais aussi Tunis, ce qui m’impressionne c’est qu’il y a toujours quelque chose de nouveau. C’est un pays qui bouge et puis il y a les Tunisiennes qui sont très évoluées. Elles ne portent pas leur féminité comme une tare. Pour moi, cela veut dire que la Tunisie a misé sur la modernité et l’ouverture sans perdre son identité. Une identité des plus sereines d’ailleurs !»
Sérénité, c’est l’impression qui se dégage de l’île de Djerba lors de ce pèlerinage et tout le monde a eu ce désir ulyssien : rester encore à Djerba ...

Salem Trabelsi

Rencontre de blogueurs à Paris ...

Zied Mhirsi et Jean Corcos, Paris le 15 juin 2007

J'ai enfin pu rencontrer Zied, le webmaster du blog zizoufromdjerba en lien permanent sur mon site ! De passage à Paris - de retour des États-Unis où il a passé presque un an et sur le chemin de Tunis -, il m'avait dit qu'il viendrait ici quelques jours, et ce fut pour moi un vrai plaisir que cette rencontre, dans un vrai café parisien (et nous n'avions pas choisi de faire cette photo avec de l'autre côté de la vitre une station de métro) ...

Petit rappel pour les nouveaux lecteurs. J'avais relevé il y a plus de deux ans ici son blog, où il parlait, avec beaucoup de sympathie, du pèlerinage de milliers de Juifs d'origine tunisienne sur l'île de Djerba. Une ile chère à son cœur, car sa famille y plonge aussi ses racines. Depuis, nous avons correspondu de temps à autres, et j'avais pu suivre dans ses voyages autour du monde ce jeune médecin plein d'idéal, à la fois dans son domaine de travail (il s'est dédié à la lutte contre le Sida, et a obtenu des fonds internationaux pour ses missions) et dans son amour des contacts humains et des échanges (on n'est pas "blogueur" par hasard !).

Je reproduis ci-dessous la présentation qu'il a placée sur son blog, à remettre à jour donc puisqu'il vient d'achever son passage à Seattle.

"Je suis né à Tunis, passé mon enfance à Nabeul et Bizerte. J'ai fait médecine à Tunis, santé publique à Beyrouth (AUB) et actuellement santé internationale à Seattle (UW). J'ai été président de l'Association des Étudiants de la Faculté de Médecine de Tunis, membre fondateur du Leo Hannibal et membre de l'Association Tunisienne de Lutte contre le Sida depuis 1997. J'ai également été coordinateur de la région arabe pour le compte de la fédération internationale des étudiants en médecine et sélectionné par les Nations Unies en tant que Global Young Leader."

Comme je vous le disais, Zied est quelqu'un d'une très grande ouverture d'esprit : ainsi par exemple, il a repris un extrait de mon article publié pour l'anniversaire des évènements de Tunis, lors de la Guerre des Six Jours. Et cette publication lui a valu des dizaines de commentaires que l'on pourra lire en lien ... Bravo pour son courage, et bravo pour avoir ouvert un débat sur la mémoire historique de la Tunisie !

Il me reste à vous recommander la lecture régulière de ce blog ami, et à te dire, Zied, bonne chance dans tes nouvelles aventures.

J.C

17 juin 2007

Gaza : répétition générale avant la prochaine guerre ?

Palestiniens tentant de fuir vers Israël
au point de passage d'Erez, samedi 16 juin 2007
(photo Associated Press)

J'ai été frappé par cette photo poignante, publiée sur le site Internet du journal Haaretz : des Palestiniens, affolés, courant à toutes jambes vers la frontière et espérant que "l'ennemi" israélien leur permettra de fuir la mort. Après une semaine terrible à Gaza, qui s'est soldée par plus de 120 tués et des centaines de blessés, avec des scènes d'une rare sauvagerie (prisonniers jetés dans le vide du haut de tours d'habitation, lynchage de captifs, fusillades dans les hôpitaux), le Hamas a submergé les forces loyalistes au Président Abbas, pourtant supérieures en nombre mais visiblement peu motivées pour résister ...
"Le cauchemar devient réalité" ont titré certains journaux israéliens, évoquant le risque que se constitue, à la frontière Sud, un nouveau "Hezbollahland", un "Hamastan" devenant une sorte de mini-état taliban, surarmé comme ses alliés du Liban par le même "sponsor" iranien, et partageant naturellement le même fanatisme islamiste. En reliant entre eux les évènements terribles de ces dernières semaines - avec l'assassinat d'un nouveau député anti-syrien dans la banlieue de Beyrouth, tandis que l'armée libanaise n'arrive pas à réduire le réduit terroriste du "Fatah el islam" dans le nord du pays - , on ne peut pas en effet, ne pas penser à une sorte de répétition générale pour une prochaine guerre, préparée conjointement par l'Iran et la Syrie.

Je reviendrai, bien sûr, sur cette actualité brûlante en reprenant peut-être certaines analyses pertinentes que l'on peut déjà trouver sur le Web ou ailleurs. Mais - en pensant à cette photo, tellement chargée de symboles -, je me dis que peut-être du pire peut surgir le meilleur ; et que, portés par une peur partagée face à un ennemi commun, Israël et les Arabes les plus modérés pourront peut-être s'unir pour l'écraser ...


J.C

Tunisie, carrefour des cultures


L'Histoire de la Tunisie a été d'une extrême richesse : par sa position de carrefour en Méditerranée Occidentale, elle a vu passer tous les envahisseurs - des Romains aux Français, en passant par les Vandales, les Espagnols, les Turcs et ... les tribus arabes, qui ont importé très tôt l'islam en arrivant en Afrique du Nord. Pays de plaines, elle a pu - beaucoup plus facilement que le Maroc ou l'Algérie - assimiler ses divers envahisseurs, empruntant à la culture des uns et des autres tout en façonnant, assez rapidement, une vraie identité nationale.

On ne comprend rien, donc, à la Tunisie et à la personnalité des ses habitants si on oublie qu'elle fut une "terre de métissage" : tel est le titre de cette petite vidéo de Kerim Bouzouita, à la riche iconographie que je vous invite à déguster, sur un fond de musique locale ...

J.C


Les cultures de la Tunisie
envoyé par thedevilmaycry

15 juin 2007

Menace terroriste sur la France - Alexandre del Valle: « le danger est sérieux »

Introduction :
Alexandre del Valle a déjà été trois fois mon invité sur Judaïques FM. On pourra notamment entendre le podcast d’une émission passée en en allant sur ce lien. Je reproduis ci-dessous le texte d’une interview publiée dans le journal "France-Soir", et repris sur le site http://www.alexandredelvalle.com/. Bien inquiétant ... car cet expert en islamisme prend très au sérieux les menaces terroristes en France, au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy. A noter, aussi, la fin de l’interview, où Del Valle insiste sur la promotion des « musulmans modérés » : une réponse cinglante, à la fois pour ceux qui le présentent comme un « agité islamophobe », et pour ceux qui (réellement islamophobes), n’acceptent pas cette stratégie.
J.C

Alain Vincenot le 18/05/2007, Source : France Soir
 

Dans un message diffusé sur Internet, les Brigades Abou Hafs al-Masri menace la France d'une « campagne djihadiste sanglante » après l'élection à la présidence de la République de Nicolas Sarkozy, qualifié de « croisé sioniste ». Pour Alexandre Del Valle, spécialiste des questions de géopolitiques liées à l'islamisme, la menace est réelle.


- France Soir: Faut-il prendre ce message au sérieux?

- Alexandre Del Valle: Oui, très au sérieux. Les islamistes considèrent Nicolas Sarkozy comme un ennemi. Il entretient de bonnes relations avec Georges Bush et Tony Blair et a affirmé, le soir de son élection, le 6 mai dernier, son amitié envers les Etats-Unis. Certes, il n'a pas caché son désaccord sur l'écologie, mais il n'a parlé ni de l'Irak, ni de l'Afghanistan. Par ailleurs, dans le passé, il s'est dit proche d'Israël. Chez les islamistes, il est perçu comme pro américain et pro israélien. Et comme « juif », car bien que chrétien, ses ennemis mentionnent de façon obsessionnelle ses « origines juives » et fustigent son supposé « sionisme ». Je dis bien perçu car la réalité est bien plus nuancée et le nouveau président français n’est ni un pro américain forcené ni un pro israélien inconditionnel mais un chef d’Etat occidental solidaire des alliés naturels de la France et soucieux de l’équilibre dans le monde et au Proche Orient.

- Qui sont les Brigades Abou Hafs al-Masri?

- Il s'agit d'une cellule d'Al Qaïda. Ce sont elles qui avaient annoncé, puis revendiqué les attentats de Madrid qui, en mars 2004, avaient fait plus de 200 morts et plus de 1400 blessés. En général, elles annoncent puis revendiquent les attentats perpétrés par Al-Qaïda ou ses commandos affiliés, en l’occurrence les réseaux salafistes maghrébins pour la France. - La France est donc sur la sellette...- Effectivement. Et plus que jamais, comme d’ailleurs la Grande Bretagne ou l’Allemagne. Après la passation de pouvoir, Nicolas Sarkozy a rendu visite à Angela Merkel, en Allemagne, qui a récemment déclaré qu'Al-Qaïda est aujourd'hui la plus grande menace pour son pays et pour l'Europe. Or, la France va succéder à l'Allemagne et au Portugal dans quelques mois à la présidence de l'Union européenne. Le message des Brigades Abou Hafs al-Masri vise donc à la fois la France et l'Europe, notamment les pays européens afin de les dissuader d'élire, comme la France, des candidats solidaires de l'Alliance Atlantique.

- Que peuvent faire la France et l'Europe?
- Surtout ne pas sombrer dans le syndrome Zapaterro, le premier ministre socialiste espagnol élu après les attentats de Madrid et qui croit être épargné par Al-Qaïda en critiquant l'Amérique et Israël. En fait cette attitude munichoise ne garantit pas la sécurité de l'Espagne qui continue à être menacée. Les islamistes ne demandent pas seulement le retrait d'Irak et d'Afghanistan. Ils veulent diviser le front occidental, ne perdant pas de vue leur objectif qui est la conquête de l'Europe par la terreur psychologique et l'instrumentalisation des frustrations des populations musulmanes.
D'où la deuxième réponse à apporter au message des Brigades Abou Hafs al-Masri. Il faut aider à constituer un islam européen afin d'empêcher les islamistes d'instrumentaliser les frustrations. Parallèlement, il faut accélérer l'intégration car n'oublions pas que les islamistes recrutent maintenant chez des beurs de troisième et quatrième génération, qui pour la plupart ne parlent même pas arabe, mais se sentent tenus à l'écart. Enfin, il convient de mettre en place une Union méditerranéenne qui renforcera le dialogue entre l'Europe et les pays musulmans modérés.

Alexandre Del Valle, 
géopolitologue, Secrétaire Général de la Droite Libre, (UMP), a notamment écrit, aux éditions des Syrtes, "Le totalitarisme islamiste", et, avec Emmanuel Razavi, "Le dilemme turc ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara", Paris, 2006.

14 juin 2007

J'y pense tous les matins en me rasant !

Le Président Habib Bourguiba
dans son palais de Carthage, 1964
(photo tirée du livre "Bourguiba", tome 2, Un si long règne,
Sophie Bessis et Souhayr Belhassen, Jeune Afrique Livres)


Le sourire du mois
- juin 2007


J'adore cette photo qui révèle une face très humaine d'un personnage historique ...

"Grand homme" Habib Bourguiba le fut, assurément, père de la Tunisie indépendante, "Combattant suprême" comme le désignait l'hagiographie officielle. Et son bilan est impressionnant : avoir obtenu la liberté de son peuple sans passer par la violence terroriste (qui fut la marque de fabrique du F.L.N dans l'Algérie voisine) ; avoir aboli la monarchie beylicale, sans massacres ou règlements de comptes comme devaient les connaître d'autres états du Tiers Monde ; avoir progressivement repris le contrôle des leviers économiques, sans provoquer (ou presque) de crise trop violente avec l'ex-colonisateur ; avoir gagné le respect du monde arabe, sans céder aux sirènes du Nassérisme, puis de l'islamisme ; et surtout, surtout, avoir tenté de laïciser la société tunisienne, en donnant tout de suite aux femmes musulmanes des droits qu'elle n'avaient nulle part ailleurs dans le monde arabe : un bilan remarquable, qui - sans vouloir oublier ses erreurs, ou le caractère autoritaire de son régime, ou sa triste fin cramponné au pouvoir dans l'hiver de sa vie -, doit être salué !
Mais simple humain, de petite taille et contraint aux obligations ordinaires de ses semblables, il le fut aussi : cette photo nous le montre, banalement, en train de se raser ... Alors j'ai voulu vous la montrer, en clin d’œil pour un autre Président, notre nouveau Chef de l’État.
Souvenez-vous : à Alain Duhamel qui lui demandait lors d'une émission de télévision si "il pensait à devenir Président le matin en se rasant", Nicolas Sarkozy répondit, avec beaucoup de franchise : "Non Monsieur Duhamel, pas seulement en me rasant !"


Question subsidiaire : à quoi pensait Bourguiba, tous les matins en se rasant ?


J.C

12 juin 2007

Un an de croissance sur le blog !


Voici un graphique et un tableau qui se passent de commentaires trop longs ...
Cliquer sur l'image pour l'agrandir, si nécessaire. Et admirez au passage le nouveau "design" offert par le logiciel "sitemeter" qui comptabilise les visites - en parallèle à "NeoCounter" installé il y a quinze mois, et qui donne la ventilation par pays d'origine des visiteurs ... les petits drapeaux qui s'empilent sur la colonne de droite.
Ce graphique et ce tableau vous donnent les statistiques détaillées (nombre de visites / nombre de pages ouvertes) de mai 2006 à mai 2007 : une audience multipliée d'un facteur 3,5, cela encourage à persévérer, et à faire encore mieux.
Merci pour votre fidélité aux visiteurs maintenant fidélisés, et qui constituent quelques 20 % des 120 à 150 "hits" quotidiens. Merci à celles et ceux qui découvrent cette adresse, et peut-être en même temps l'émission "Rencontre", en espérant les avoir prochainement à l'écoute, un prochain dimanche matin.

A toutes et tous, je donne rendez-vous dans quelques semaines pour un ou plusieurs articles où je rappellerai les nombreuses fonctionnalités de ce blog, la plupart du temps ignorées par les Internautes.

J.C

11 juin 2007

Législatives en banlieue (suite)

J’ai évoqué, à deux reprises (posts du 27 mai et du 3 juin), l’émotion soulevée par la candidature de Djamel Bouras sous les couleurs du « Modem », en Seine-Saint-Denis. Ne pouvant pas tenir ce blog comme je le ferais d’un journal - si j’étais un chroniqueur professionnel et à plein temps ! - je ne vous ai pas, en temps réel, fait part de la plaidoirie « en défense » de l’intéressé, qui a rencontré des responsables locaux de la communauté juive le mardi 5 juin, dont le président des C.C.J mon ami Sammy Ghozlan, qui en a immédiatement informé le maximum de journalistes et responsables par mail circulaire.

Djamel Bouras a, par ailleurs, pu s’exprimer au micro de mon confrère de Radio J, Michel Zerbib, ce jeudi 7 juin. Bernard Koch, responsable du site « diasporablog » (en lien permanent) en a donné une retranscription complète que vous pourrez lire ici. Autant de publications qui ont entraîné à leur tour une avalanche de mails de commentaires (dont j’ai eu à nouveau le bonheur de me retrouver en copie !) et qui, pour beaucoup, doutaient de la sincérité du « mea culpa » de l’ex-judoka, souhaitant une prise de position sur un media non communautaire pour plus de crédibilité.

Dont acte. Je ne me permettrais pas de trancher, ayant cependant (et par un minimum de déontologie) transmis ces dernières informations à propos d’une affaire traitée ici « à charge » uniquement.

Moins discutable, en tout cas, le caractère ouvertement communautariste de la candidature de Faouzia Zebdi-Ghorab, dont j’ai reproduit l’affiche en illustration ... Candidate sous les couleurs de « Résistance citoyenne » dans la quatrième circonscription des Hauts de Seine (lien sur le site), elle combat ouvertement la loi de mars 2004 prohibant le port ostentatoire des signes religieux à l’école, loi qualifiée de « liberticide » !

Petit post-scriptum :

Le Ministère de l’Intérieur ayant publié les résultats officiels pour toutes les circonscriptions, il est donc intéressant d’examiner les scores obtenus par ces deux candidats « de la diversité » (« mot-valise » pour désigner les Français d’origine maghrébine ou africaine) :
- Dans la 2ème circonscription de la Seine-Saint-Denis, le candidat du Modem a obtenu 9,57 % des voix ; ce n’est pas ridicule, compte tenu de la contre-performance du globale du parti de François Bayrou en ce premier tour des législatives, mais ce n’est pas tellement plus que pour d' autres candidats présentés sous les mêmes couleurs, partout ailleurs en France ; moralité, malgré sa notoriété médiatique et sa popularité chez les jeunes beurs, l’ex-judoka n’a pas drainé de « vote ethnique ».
- Dans la quatrième circonscription des Hauts de Seine, la candidate voilée jouant ouvertement la carte du communautarisme n’a rassemblé que 1,99 % des voix : encore un échec de ce genre de démarche, dans une circonscription (Puteaux), où pourtant la population d’origine maghrébine est nombreuse.

J.C

10 juin 2007

Colloque de Tunis 7, 8 et 9 mai 2007, 3 : encore des photos !

A la tribune, le Professeur M'Hamed Hassine Fantar,
titulaire de la Chaire Ben Ali pour le Dialogue
des Civilisations et des Religions
Arrivée (deuxième à partir de la gauche)
du Professeur Lazhar Bouaouni, Ministre tunisien de l'Enseignement Supérieur

Monseigneur Marouan Lahham, Evêque de Tunis

Ofer Bronchstein, Président du 
Centre International pour la Paix

Sonia Fellous, Chargée de Recherche au CNRS

Le Professeur Christian Lochon, 
qui a déjà été deux fois l'invité de "Rencontre"

Robert Bismuth, Président du Comité de Coopération
Marseille Provence Méditerranée
 
Et voici encore des photos du colloque de Tunis ... celles-là, de meilleure qualité que celles de mon reportage précédent, ont été prises par le photographe accrédité !


Mille merci à Imed Ben Abderrahim, le jeune et dynamique administrateur de la "Chaire Ben Ali pour le Dialogue des Cultures et des Civilisations", qui m'a envoyé de nombreux clichés par mail. Bien difficile de faire un choix ... mais ces portraits vous donnent, sûrement, une idée de la diversité des intervenants au cours de ces trois journées, très riches en enseignements et en rencontres.

J.C

Colloque à Tunis, 7, 8 et 9 mai 2007, 2 : mon intervention



Photo officielle prise à la tribune, lors de ma présentation (9 mai 2007)

Introduction :
Rassurez-vous, je vais vous épargner la publication intégrale de ce « papier » qui sera publié, normalement, dans les actes du colloque ... Juste quelques extraits, et un petit rappel en guise d’introduction. Mon exposé portait sur la série radiophonique « Rencontre », cette production originale dédiée à la connaissance du Monde musulman sur la fréquence juive de Paris, mi-enquête à la France Culture, mi-passerelle ayant permis de maintenir sur les ondes des espaces de dialogue. Je publie donc ici le début de mon intervention, où j’ai évoqué mon émotion de revenir là-bas, et la fin, où j’ai cité tous les invités tunisiens reçus au fil des années à mon émission, ainsi que mon admiration - sincère - pour l’ouverture d’esprit des Tunisiens. Bonne lecture !
J.C


« Monsieur le Président, Monsieur le Professeur Fantar, Mesdames, Messieurs,

Avant de vous lire cette rapide présentation de la série radiophonique que j’ai l’honneur de produire sur les ondes de la bande FM, à Paris, je voudrais vous faire part de ma reconnaissance pour l’invitation de la Chaire Ben Ali, et de mon émotion particulière d’être ici parmi vous.

Reconnaissance, car je me sens un peu gêné de prendre la parole dans cette assemblée, où sont venus d’éminents experts en matière de sociologie, d’histoire des religions ou de philosophie. Expert je ne le suis pas, mon seul domaine d’expertise étant purement technologique et correspondant à ma formation et à mon travail d’ingénieur. Mais homme de bonne volonté, je pense l’être un petit peu, ayant œuvré de façon bénévole dans ma communauté depuis une trentaine d’années, et plus particulièrement, donc, comme journaliste producteur d’une émission de la radio « Judaïques FM », émission qui essaie, au-delà de l’actualité brûlante ou des préjugés, de faire mieux connaître le monde musulman. Ce fut donc un vrai plaisir que de pouvoir entendre ici plusieurs participants venus de nombreux pays, je le ressens en tout cas avec le même bonheur que celui que j’éprouve en recevant, à notre radio d’éminents hommes de foi, historiens, écrivains, journalistes, personnalités de la vie politique ou de la société civile.

Reconnaissance donc, mais avant tout émotion : en venant en Tunisie pour quelques jours, j’ai tout à fait l’impression de « revenir à la maison » : je suis en effet natif de ce beau pays, et vous savez combien les années n’effacent pas les premières émotions de l’enfance, lorsque l’on découvre la vie à travers un ciel, des paysages, des odeurs, une atmosphère que l’on n’oublie jamais. Né dans une vieille famille judéo tunisienne, j’y ai vécu jusqu’au baccalauréat préparé au Lycée Carnot de Tunis, et après avoir expérimenté - mais sans le deviner - ce qui constitue le bel idéal de la chaire Ben Ali : le dialogue des civilisations et des religions était une réalité dans la ville cosmopolite où j’ai grandi, où les enfants musulmans, juifs et chrétiens venaient recevoir en partage à la fois la culture française et un savoir vivre ensemble exceptionnel. Deux clins d’œil, à ce sujet : ma première émission le 15 mai 1997 - nous fêtons donc ce mois-ci nos dix ans - avait pour invité le président et la trésorière de l’Association des Anciens Élèves du lycée Carnot de Tunis, un juif et une musulmane ; et j’ai consacré il y a trois ans une émission à un livre magnifique, « Les lycées français du Soleil », où sont racontés les souvenirs des anciens élèves ou professeurs illustres d’Algérie, du Maroc ou de Tunisie : combien leur témoignage est précieux, et combien on aimerait voir prise en exemple cette émulation, cette sélection par le haut, alors que les écoles françaises n’arrivent plus à intégrer à la République de trop nombreux jeunes issus de l’immigration, en particulier maghrébine !
(...)
Je parle donc de pays un peu lointains, mais je m’aperçois que j’ai évoqué aussi la Tunisie, ce pays qui n’est pas pour moi, dans le fond, «à l’Étranger » comme je vous le disais en introduction. Il m’est vraiment agréable d’évoquer ici les personnalités nées ici et avec qui j’ai eu l’honneur de dialoguer : le brillant Abdelwahab Meddeb, auteur d’un ouvrage de référence, « l’islamisme, la maladie de l’islam » ; le très grand Albert Memmi, qui a tellement réfléchi sur les relations entre Juifs et Arabes et rêvé de les voir plus apaisées ; le philosophe Mohamed Talbi, doyen de l’université de Tunis ; le député Pierre Lellouche ; des représentants, donc, des anciens élèves du Lycée Carnot ou de l’association « Arts et traditions populaires des Juifs de Tunisie » ; et puis bien sûr, bien sûr, je voudrais lui rendre hommage ici, mon ami Mezri Haddad, philosophe et théologien rigoureux qui s’est engagé, avec beaucoup de courage à mon micro et si souvent par écrit, contre la barbarie obscurantiste. Mezri a déjà été trois fois mon invité ! Et enfin, je ne voudrais pas oublier plusieurs universitaires tunisiens de la Faculté de Tunis Manouba, le professeur Kazdaghli, le professeur Chater, qui travaillent dans le cadre de la « Société d’Histoire des juifs de Tunisie », une magnifique société savante laïque et internationale qui étudie les archives de ma communauté, cette communauté dispersée mais encore tellement vivante par sa mémoire. Un de mes plus grands bonheurs aura été de réaliser en commun avec la radio « Beur FM », deux émissions à propos d’un colloque de cette société tenu à La Sorbonne il y a deux ans.

Monsieur le Professeur Fantar, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, arrive donc la fin de cette présentation et je la finis par la Tunisie évoquée en introduction. Voyez-vous, j’ai été amené à lire des dizaines d’ouvrages dont il a été question dans mon émission qui tient plus, vous l’avez compris, de France Culture que de France Info comme référence radiophonique. Et au bout donc de dizaines de livres et de centaines d’articles lus je me suis demandé : « pourquoi ? » Pourquoi la Tunisie a-t-elle eu la chance d’éviter les soubresauts qui ont ravagé des pays voisins ? Pourquoi la Tunisie conserve-t-elle, même si elle est bien amoindrie, une minorité juive qui est rejointe en ce mois de pèlerinage par des milliers d’originaires, qui viennent et reviennent à la « Ghriba » de Djerba ? Pourquoi, alors qu’ailleurs, une partie du passé est occultée, ici des universitaires ont le grand mérite d’étudier d’autres religions ou de s’intéresser au passé des minorités ? Les historiens qui ont étudié le grand naufrage moral de la nation allemande après la première guerre mondiale, ce naufrage qui a produit le nazisme, provoqué une autre guerre et permis la Shoah, ont décrit presque tous un vertige identitaire, un doute mortifère lorsque rien de solide ne paraissait résister à la défaite, et à la crise économique. Lorsque l’on n’est pas sûr de soi et de sa valeur, la haine de « l’autre », vécu comme un miroir insupportable de son propre échec, apparaît comme le seul exutoire. En contraste, l’unité nationale jamais démentie de la Tunisie, la profondeur des racines de ce petit pays qui a su assimiler ses envahisseurs sans jamais perdre son âme, ses succès économiques qui doivent tant à des choix intelligents faits dès l’Indépendance, tous ces atouts lui permettent d’aborder sans crainte une mondialisation tranquille. La main tendue de la Tunisie, vers les Juifs comme vers les Chrétiens, témoigne de sa confiance en elle-même, et en fait, sans nul doute, un acteur qualifié pour parler du « dialogue des religions et des civilisations », sans doutes le plus grand défi pour le siècle qui commence.

Je vous remercie. » 

Jean Corcos

08 juin 2007

Colloque à Tunis, 7, 8 et 9 mai 2007, 1 : mon photo-reportage

A la tribune, deux éminents orientalistes, les Professeurs Paul Fenton et Tony Lévy
Le Grand Rabbin de la Région Provence,Charles Bismuth, faisant un exposé sur
"La foi et la raison selon la traditionà travers Maïmonide"
Au premier rang de l'assistance, onreconnait au centre le Professeur Mohamed Arkoun,qui fit une présentation remarquable

L'ouverture du colloque par le Ministre tunisien de l'Enseignement Supérieur,
de la Recherche et de la Technologie

La magnifique piscine de l'Hôtel : hélas, des sessions bien remplies et une
météo moyenne m'ont empêché d'en profiter !

L'Hôtel El Mouradi est situé dans lecadre verdoyant de Gammarth,
station balnéaire au nord de Tunis

Je vous reparle donc, comme promis, du colloque tenu à Tunis il y a quelques semaines sous l'égide de "La Chaire Ben Ali pour le Dialogue des Civilisations et des Religions", à l'Hôtel El Mouradi de Gammarth (voir mon article du 10 mai sur le blog).


Voici d'abord, donc, un petit photo-reportage.


On s'en veut toujours de ne pas avoir eu le temps de prendre plus de photos intéressantes. Et le temps a filé tellement vite entre les exposés des quelques 75 intervenants, et les conversations bien intéressantes avec certains conférenciers - dont certains ont été, ou seront mes invités - que je réalise qu'il manque une photo souvenir de moi en compagnie de quelques personnalités ... ce sera pour la prochaine fois, en tout cas je conserve un souvenir vraiment agréable de ce bref séjour "de retour au Pays" !

J.C

07 juin 2007

Pourquoi les Arabes doivent se débarrasser de Khaled Meschaal : un point de vue original d'Isabelle-Yaël Rose

Khaled Meschaal quittant le bureau
du Vice-Président syrien, 31 mai 2007 (photo A.P)

Le Moyen-Orient, comme l’Afrique ou l’Amérique du Sud, est une région violente : la vie d’un homme n’y vaut pas grand chose. Il se trouve en effet de nombreuses personnes qui pour quelques dollars - des sommes insignifiantes aux USA ou en Europe - sont prêtes à tuer utilisant mitraillettes, pistolets, ou bombes. Parfois, des moyens plus sophistiqués qui feront passer la mort pour un accident parmi tant d’autres. Tel est le quotidien du Moyen-Orient, où les hommes tombent comme des mouches. Pas seulement les hommes : la main assassine n’épargne pas les femmes et les enfants.
Actuellement, le Moyen-Orient compte ce que les diplomates appellent « trois points chauds » : l’Irak, le Liban, et Gaza. Mais rien n’indique que ces « trois points chauds » ne finissent par contaminer toute la région, et un jour l’Europe ; les actions terroristes ne connaissent pas de limites dans l’espace ou dans le temps - tel est le grand enseignement des attentats de Madrid et de Londres. Aussi, il devient urgent d’appliquer certaines mesures de précaution. Pour la stabilité de la région. Plus encore : pour la stabilité du monde. Mais pour parvenir à appliquer ces mesures urgentes de précaution, encore faut-il pouvoir espérer une entente minimale entre les acteurs locaux, les acteurs internationaux, et le nerf de la guerre : les centres de financement.
La semaine dernière, Khaled Meschaal, « chef politique » du Hamas, a fait une déclaration à un journal britannique : les attaques sur Sdérot doivent se poursuivre quelque soit le prix à payer par les habitants de Gaza. Dans le principe, rien de nouveau : il s’est toujours trouvé des leaders politiques pour sacrifier leur propre peuple à leur seule ambition - les Arabes n’ont pas le monopole. Ce qui est en revanche formidable, c’est le lieu à partir duquel Khaled Meschaal a fait sa déclaration : de sa retraite confortable syrienne. En gros, les Palestiniens n’ont qu’à faire le boulot, s’exposant aux représailles israéliennes - sacrifiant hommes, femmes et enfants - tandis que lui attend tranquillement. Pendant ce temps, il tire les ficelles de la guerre déclarée entre le Hamas et le Fatah, et puis une fois qu’Abou Mazen et Haniyé auront été liquidés - que ce soit au sens propre ou au sens figuré n’a aucune importance : l’important est qu’ils soient liquidés - Khaled Meschaal pourra, tel le sauveur tant attendu, sortir de son repaire. Mais d’abord, aux autres de travailler. Aux autres de s’entretuer. Meschaal ne quittera la Syrie que lorsque le champ sera libre : une fois que sa précieuse vie sera en sécurité. Drôle de leader politique qui encourage les siens à s’entretuer, pour lui faire la place libre, tandis que lui reste caché, planqué, bien en sécurité. Cela ressemble furieusement à Yasser Arafat qui profitait de son séjour en Tunisie pour envoyer le peuple palestinien en première ligne contre Israël. Du Liban, de la Jordanie, de la Syrie, de Gaza, des « Territoires occupés ». On ne peut qu’être admiratif devant un tel cynisme. Et on ne peut qu’être désolé au spectacle de ces hommes qui se massacrent pour le bénéfice d’un autre. Au moins, Arafat était un « combattant », dans la terminologie arabe. Du moins, au commencement.

Mais ce n’est pas seulement à Gaza ou en Cisjordanie que Khaled Meschaal tire les ficelles dans l’ombre. On peut aussi lire sa signature en Syrie ou au Liban. Jusque dans de tous récents événements. Que peut faire Bashar El Assad ? En vérité, pas grand chose. Il est coincé entre l’Iran et les organisations terroristes palestiniennes - et autres - qui sont installées sur son territoire. Lesquelles, à défaut de mettre en danger son pouvoir (mais allez savoir ?), lui imposent de grandes restrictions. On se rappellera en effet de ce qui s’est passé quand le Roi Hussein de Jordanie a voulu les expulser : tout simplement une guerre, où la vie du Roi lui même était en danger. Certes, la Syrie n’est pas la Jordanie : les Palestiniens ne revendiquent pas le pouvoir dans le pays. La seule chose qu’ils revendiquent : pouvoir utiliser le territoire au gré de leur volonté. Comme au Liban. Et l’on vient de voir ce qui se passe quand un président entend expulser des organisations terroristes de manière à récupérer sa souveraineté - pleinement. Aussi, voilà ce qui guette la Syrie, à moins qu’il ne soit déjà trop tard : devenir un Liban.

Aussi, de deux choses l’une : soit Assad est effectivement, comme il l’a déclaré dernièrement, le chef dans son pays. Auquel cas il doit expulser Meschaal immédiatement. Parce que Meschaal est en train de détruire Gaza, la Cisjordanie, le Liban, mais aussi, à long terme ... la Syrie. Si la Syrie tombe, nous assisterons de nouveau à une guerre, dont personne ne peut prédire la portée, dans le Moyen-Orient. Avec un Irak à feu et à sang, un Liban qui boite des deux jambes, une Égypte qui soulève des inquiétudes, un Iran qui prétend gouverner la région, le monde ne peut pas se permettre un écroulement de la Syrie. Impensable. Hors de question.
Soit, Assad n’a pas sa liberté d’action dès que l’on touche à la question « Khaled Meschaal » et aux « organisations palestiniennes » qui ont fait leur nid en Syrie. Jusqu’à infiltrer les institutions garantes de la stabilité de la nation. Si tel est le cas, c’est une catastrophe. Parce que Khaled Meschaal continuera à allumer des feux à Gaza, en Cisjordanie, au Liban - en fait, partout où il le pourra. Jusqu’en Syrie et en Jordanie. Jusqu’en Europe.

Les Arabes doivent se débarrasser de Khaled Meschaal. C’est dans leur intérêt. Mais il y a fort à parier qu’ils ne parviendront pas seuls à faire ce que le bon sens commande de faire. D’où deux questions :
- l’ONU s’apprête à faire un procès à la Syrie à propos de l’assassinat de Rafik Hariri. Elle cherche les preuves qui l’impliquent pour remonter jusqu’à elle. Attend-elle l’assassinat d’Abou Mazen, d’Haniyé, de Dalhan - de centaines de Palestiniens - pour faire un procès à Khaled Meschaal ? Sans doute l’Onu craint-elle pour son personnel. Si tel est le cas, qu’elle la ferme.
- Il existe un Tribunal International de la Haye. Lequel s’est rendu célèbre avec le pathétique procès de Milosevic. Les déclarations de Meschaal, qui appellent les Palestiniens de Gaza à continuer de lancer des roquettes sur Israël, sont-elles légales ? Dit autrement : Meschaal ne se rend-il pas coupable de tentative d’assassinat sur le peuple palestinien en l’incitant au terrorisme qui provoquera infailliblement la riposte d’Israël ? Et qu’en est-il de son implication dans les affrontements entre le Fatah et le Hamas ? Entre les groupes armés ? Ce serait tout de même le diable si un Tribunal ne voyait pas ce que le simple vendeur de patates comprend en regardant sa télé.

Le sang des Palestiniens est sur la tête des pays Arabes. Il est sur la tête des Institutions Internationales et du monde entier. La lâcheté n’a jamais protégé aucun pays du terrorisme - pas plus qu’aucun particulier. Meschaal doit donc être expulsé de Syrie : que je puisse tranquillement arpenter les rues de Damas sans risquer de buter sur lui, au risque de déplaire à sa majesté.

Jérusalem,
Isabelle-Yaël Rose

06 juin 2007

Un voyage pour la Paix

Les membres du voyage sur la place du Trocadéro,
Paris, 3 juin 2007 Photo J. Ayissi, AFP

Le quarantième anniversaire de la Guerre des Six Jours nous aura valu une collection d’articles, dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils n’incitent ni à l’optimisme quant à la fin du conflit (les sites israéliens ou communautaires, de droite ou de gauche s’accordent là dessus), ni même à un espoir d’embellie pour les relations franco-israéliennes malgré le changement de Président ici (tant certains médias s’acharnent à diaboliser l’État juif par tous les moyens).

Restent, heureusement, de nobles initiatives comme ce « Voyage pour la Paix » qui a conduit à Paris de jeunes enfants, dix Palestiniens et dix Israéliens, pour témoigner que la coexistence est possible, et qu’ils croient encore à la réconciliation.
Cliquer sur ce lien
http://www.levoyagepourlapaix.com/main.html pour en savoir plus sur les différentes manifestations programmées cette semaine, avec le concours à la fois de médias (notre consœur Radio RCJ et Beur FM, cette dernière toujours impliquée dans ce genre d’initiatives - mais aussi LCI ou la chaîne d’info israélienne Infolive TV, en lien permanent), des institutions nationales comme le Sénat ou la Mairie de Paris, voire même des sponsors comme la FNAC ou Disneyland ... Mobilisation aussi de personnalités du « Show biz » comme Michel Boujnah, Emmanuelle Beart, Smaïn, la révélation de la « Star-Ac » Sofiane ou l’acteur Yvan Attal, et beaucoup d’autres !

Un seul regret, mais ce sera peut-être réparé la prochaine fois ... que notre radio n’ait pas été d’avantage associée à ce beau projet.

J.C

05 juin 2007

Le 5 juin 1967, à Tunis il y a quarante ans

Sefer Thora brûlé, Tunis 1967 (documentation Freddy Galula)

Les médias vont le rappeler abondamment cette semaine, c’est le quarantième anniversaire de la Guerre des Six Jours. Et sans préjuger de ce que l’on pourra lire ou entendre, ici ou là, je m’attends à nouveau au choc de deux mémoires.

- La mémoire « officielle » des peuples européens, à qui l’on ne rappelle (presque) jamais les circonstances de l’attaque israélienne le 5 juin 1967 au matin, alors que le pays était encerclé de toutes parts et menacé d’extermination par des foules arabes en transe : blocus maritime du détroit de Tiran, coupant les liens de l’État juif vers l’Asie (et à l’époque, l’approvisionnement en pétrole venant ... d’Iran) ; départ (à la demande de Nasser) des troupes de l’ONU faisant tampon dans le Sinaï, puis arrivée de divisions blindées égyptiennes près de la frontière ; volonté de revanche sur la défaite de 1956, exacerbée par dix ans de propagande ; refus de la France du Général De Gaulle de se joindre à une tentative internationale de briser le blocus ; et enfin (deuxième coup de couteau dans le dos, alors même qu’il n’y avait ni guerre, ni « territoires occupés »), embargo sur les armes à destination d’Israël décrété le 1er juin ce qui - faute de pièces détachées - risquait de rapidement clouer au sol l’aviation de Tsahal (à l’époque, mais tout le monde l’a aussi oublié, essentiellement de fabrication ... française !).

- La mémoire juive, dans toutes les Diasporas et singulièrement pour les minorités subsistant encore en terre arabe, qui voyaient en une sinistre résonance, à la fois le souvenir proche de la Shoah - avec les propos du leader de l’O.L.P, Ahmed Choukeiry, disant que « en cas de conflit, il ne subsisterait guère de survivants juifs en Palestine » -, et la peur de pogroms là où ils vivaient. Oui, Israël avait attaqué le premier car il risquait d’être submergé par un monde arabe réclamant unanimement (à l’époque) sa destruction, oui ses frontières étaient presque indéfendables (et les bombardements de Sderot ces dernières semaines et du Hezbollah libanais l’année dernière rappellent son manque de profondeur stratégique). Et si, à l’époque, les opinions publiques le comprenaient fort bien, 40 ans de regards biaisés et de propagande l’ont fait oublier. Un livre de Raphaël Delpard ("la Guerre des Six Jours : la victoire et le poison"), sorti pour cet anniversaire, vient à point pour rappeler un certain nombre de vérités !

Ayant 16 ans alors, je me souviens avoir vécu - à distance, heureusement - les émeutes anti juives de Tunis comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Bénéficiant de vacances à rallonges (le lycée étant traditionnellement fermé dès le mois de juin pour permettre les épreuves du baccalauréat), je suivais - en maudissant les piles faiblardes de mon transistor - le début de la guerre au Proche Orient, m’inquiétant plus en fait pour le devenir immédiat d’Israël (on ne savait pas très bien qui avait attaqué ce lundi 5 juin, à l’aube, et les radios arabes rivalisaient dans les communiqués de victoire) que pour ma propre communauté. Je me souviens donc de notre stupéfaction lorsque nous avons appris qu’une foule déchaînée avait mis à sac la Grande Synagogue, brûlé des commerces juifs en centre ville, avant de s’en prendre successivement aux Ambassades de Grande Bretagne et des Etats-Unis ! Je me souviens de « l’évacuation » de ma grand-mère, qui vivait dans le quartier Lafayette où venait juste de passer cet ouragan, et qui était venue dormir chez nous. Je me souviens avoir entendu, distinctement sur une radio française « Ce soir à Tunis, les Juifs ont peur », et avoir éprouvé la bizarre impression que l’on parlait aussi de moi : de ce moment précis date mon engagement personnel, et mon refus de subir l’Histoire sans réagir. Je me souviens enfin (et cela éclaire un autre engagement, mais qui est venu plus tard), qu’il y a eu aussi des « justes » dans le peuple tunisien après ces évènements qui leur faisait honte : des amis musulmans qui nous ont appelés pour nous proposer de « passer la nuit chez eux, à l’abri » ; et le Président Bourguiba, qui condamna immédiatement à la radio les pogromistes, et envoya l’armée pour sécuriser la capitale, après ce qui (mais on ne l’apprit qu’ensuite) apparut comme une provocation montée par une Ambassade arabe - celle d’Irak, déjà l’Irak !

Pourquoi le nier ? Cette terrible journée m’a marqué, longtemps, gravant dans ma mémoire un fort ressentiment pour l’ensemble de la Tunisie, alors que cette abjection fut le fait de quelques centaines d’émeutiers. Il m’a fallu des années pour revenir sur cette rancœur, les évènements vécus plus de trente ans après en France (avec un manque de solidarité effrayant de la part de la majorité de mes compatriotes), y ayant fortement contribué ...

Il ne reste pratiquement aucune photographie disponible sur la Toile de ce pogrom du 5 juin 1967 à Tunis, hormis l’image de ce « Sefer Thora » brûlé dans la Grande Synagogue de Tunis, que j’ai mise en illustration. Je l’ai trouvée sur le site « Harissa.com » dont je vous parlais il y a deux jours. 

Également sur le même site, deux témoignages émouvants, que je vous invite à lire en liens :

- Le témoignage d'Alain Madar


Jean Corcos