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05 juin 2008

"Ni vierges, ni soumises" : signez la pétition !

Une manifestation de "Ni putes ni soumises"

Vous avez certainement été à la fois estomaqués et écœurés en apprenant la décision du Tribunal de Grande Instance de Lille, qui a annulé un mariage au motif de la non virginité d’une jeune musulmane ... lire un petit rappel des faits et de la vague d’indignation qui a suivi, sur le site de l'Union des familles laïques : féministes, militants de la laïcité et associations diverses se sont émus, mais pas seulement ; car, en utilisant avec habilité la lâcheté de trop de représentants de la République, magistrats, enseignants ou autres, l’intégrisme islamique n’en finit pas de grignoter ce que des siècles de combat progressiste avaient obtenu, et trop c’est trop !

L’association « Ni putes ni soumises » a mis en ligne une pétition, que je vous invite à signer en allant lire le texte complet en lien ci-dessous. En voici le début :

« Parce qu’elle n’était pas vierge, son mariage a été annulé par le tribunal de Téhéran? De Kaboul ? NON !! Par le tribunal de Grande Instance de Lille. Le verdict est tombé comme une fatwa contre la liberté des femmes de France. L’appel par le parquet de Douai est une première victoire, mais la bataille est loin d’être gagnée.
Le tribunal a reconnu la virginité comme une qualité essentielle d‘une femme pour valider un mariage. Cette décision est une véritable régression qui va à l’encontre de l’évolution des mœurs et de nos principes républicains. En donnant raison à cet homme, on donne raison aux bourreaux de notre féminité, aux barreaux de notre liberté ! Même si incontestablement la justice de notre pays est indépendante et souveraine, il n’en demeure pas moins que le débat est lui aussi libre et indépendant. L’écrasante condamnation de cette jeune fille, s’inscrit dans un contexte social, et condamne avec elle des millions de jeunes filles qui, rappelons le, vivent en permanence sous la pression et le poids des traditions patriarcales (...) »


J.C

20 juin 2007

Fadela Amara, une promotion bien méritée

Avec la nomination de la Présidente fondatrice de « Ni putes ni soumises » comme Secrétaire d’État à la Ville dans le gouvernement « Fillon 2 », Nicolas Sarkozy a probablement fait d’une pierre plusieurs coups : nommer trois représentantes des « minorités visibles » (avec Rachida Dati et Rama Yade) ; féminiser d’avantage encore son équipe ; faire entrer une nouvelle « personnalité de la société civile », après Bernard Kouchner ; poser clairement la priorité des banlieues et de l’avenir des jeunes issus de l’immigration, après les émeutes de novembre 2005 ; et enfin, porter un nouveau coup de canif à l’opposition en faisant entrer une nouvelle personnalité notoirement de gauche.

Avec autant de risques d’être « instrumentalisée », Fadela Amara affirme qu'elle ne servira pas d'alibi. Mais sa défection à la gauche traduit, aussi et au niveau de beaucoup de « Beurs » longtemps compagnons de route du Parti Socialiste, la grande amertume face au manque de reconnaissance des anciens « parrains » ... Pour ne prendre qu’un exemple, Malek Boutih, ancien Président de SOS Racisme où il forma au militantisme notre nouvelle Secrétaire d’État, n’a eu droit pour les dernières législatives qu’à un misérable « parachutage » dans une circonscription de Province, où par manque de soutien, il fut logiquement éliminé au premier tour. Pour être tout à fait juste, il faut aussi dire que les électeurs n’ont pas, non plus, montré beaucoup d’enthousiasme à soutenir des candidats issus de l’immigration et soutenus par la droite, comme par exemple Lynda Asmani et Jeannette Bougrab à Paris.

Mais je voudrais, ici, évoquer quelques souvenirs personnels concernant Fadela Amara. D’abord dire combien je regrette de l’avoir « ratée » lors d’une émission consacrée à « Ni putes ni soumises » il y a deux ans et demi : fortement grippée, elle fut remplacée alors au pied levé par sa Vice Présidente, Safia Lebdi (lire en lien). Et évoquer son audition par la « Commission pour les relations avec les Musulmans » du CRIF en janvier 2004, réunion passionnante où j’ai noirci trois pages de notes que je viens de relire.
Elle nous avait d’abord exposé, très clairement les trois paramètres qui expliquent la montée de l’intégrisme : échec de l’intégration et racisme ; chômage de masse dans les cités, avec perte de prestige et d’autorité des chefs de famille, remis en cause par les « fils aînés » jouant la carte de l’économie parallèle ; montée de la mouvance intégriste, qui a semblé au départ redonner un sentiment de dignité. Elle avait évoqué, ensuite, la problématique des intellectuels rejetés par la société, ces « Bac + 5 » devenant les vecteurs du « fascisme vert » et qui professent un antisémitisme structuré : elle avait témoigné avoir entendu des prêches en français d’imams salafistes venus du Pakistan, et avoué sa peur devant une telle propagande. Fadela Amara avait évoqué, enfin, les « fatwas » lancées contre elle et sa famille, les menaces lors de meetings en banlieue, parce que l’on reprochait à son mouvement d’avoir pris position à la fois contre les intégristes en Algérie et pour la Paix au Proche Orient, une Paix fondée sur la reconnaissance mutuelle. A l’époque, elle se disait fâchée contre Sarkozy que l’on disait « communautariste » et favorisant l’U.O.I.F ... décidément, bien des choses peuvent changer en trois ans !

Pour en savoir plus : aller sur le site de « Ni putes ni soumises », en lien permanent.
Lire aussi le très bel article sous sa signature et celle de Mohamed Abdi, repris sur le blog le 7 février dernier.

J.C

08 février 2007

Au nom de Dieu, on voile, on tue, on brûle, on lapide – Fadela Amara et Mohamed Abdi

Fadela Amara
Introduction :
Voici que l’on reparle de l’affaire des caricatures de Mahomet, à l’occasion du procès intenté contre « Charlie Hebdo » par la Grande Mosquée de Paris et l’UOIF. Les deux dirigeants de « Ni putes ni soumises », la présidente Fadela Amara et le secrétaire général Mohamed Abdi, ont exprimé très clairement leur soutien à l’hebdomadaire, dans un « Rebond » publié dans le journal « Libération ». Vous en trouverez ci-dessous le texte intégral. A noter que ce quotidien a sorti un numéro spécial en soutien lui aussi à son confrère, et abondamment illustré ... j’y reviendrai plus tard, car il est riche en informations !
J.C

Les violences faites aux
femmes sont l'un des aspects les plus criants de ce que notre société peut produire de pire. C'est pour dire non à la dégradation lancinante que subissaient les filles des quartiers que nous avons lancé ce cri de colère «Ni putes ni soumises». Qu'est ce donc ce cri si ce n'est le combat pour la liberté et l'émancipation de tous. Ici et là-bas. Comment notre société peut-elle tolérer que Sohanne ou Chahrazad soient brûlées par un garçon en plein coeur de leur quartier ? Au nom de qui ?
Que dire de cette cohorte de jeunes filles mariées de force ou menacées de mariages que nous accueillons dans nos permanences tous les jours. Au nom de qui ?
Comment ne rien dire face à ces attaques de clinique qui pratiquent les IVG aux Etats-Unis ou en Pologne ? Au nom de qui ?
Comment accepter que des femmes tadjiks aient recours a l'immolation pour échapper à un quotidien, à une oppression et des violences quelles ne supportent plus. Au nom de qui ?
Comment tolérer que des femmes au Moyen Orient soient lapidées ou pendues parce qu'elles auraient enfreint la loi des hommes. Au nom de qui ?
Comment pouvons-nous dormir avec l'idée que des femmes soient gavées tel des oies de Noël, en Mauritanie, parce que, plus elles sont grosses, plus la dote de mariage sera importante ? Au nom de qui?
Comment pouvons-nous accepter qu'Hina en Italie ou Padima en Suède soient victimes d'un crime d'honneur de la part de leur père parce qu'elles fréquentaient un jeune d'une autre confession. Au nom de qui ?
La liste est longue. Nous pourrions aussi parler de la Chine, de l'Amérique latine , de l'Inde, de l'Europe de l'Afrique mais aussi de la France. Autant de pays et continents où la femme peut être battue, brûlée excisée, vendue tuée dès la naissance.
Alors oui ! la question est posée. Au nom de qui s'arroge-t-on le droit de disposer de la vie des femmes ou de les maintenir dans un statut de perpétuelle mineure.
Au nom de la tradition, certes. Mais derrière cela, et souvent de manière fort, hypocrite se cache le véritable «au nom de qui». Au nom de Dieu !
Oui, aujourd'hui au nom de Dieu, on voile, on tue, on brûle, on lapide des femmes ! Au nom de Dieu, on dicte un mode de vie, on dévoie la culture, on légitime la régression.
Ce «on» n'est autre que les sinistres «apôtres» des mouvances intégristes qui ont décidé de mettre nos sociétés en coupe pour mieux les contrôler, pour imposer des diktats religieux qui n'ont d'ailleurs rien à voir avec les préceptes des religions qu'ils entendent défendre et dont ils sont pour la plupart ignares. Ces gens-là ne sont pas des religieux. Ce sont des militants politiques qui entendent nous imposer un modèle totalitaire en instrumentalisant les institutions démocratiques. Que s'est-il passé pour que certains connus et reconnus pour leur engagement démocratique cèdent à cette tentation ?
On ne peut que s'étonner donc du procès inique fait à Charlie Hebdo. Ce journal a été à tous les rendez-vous pour soutenir la justice, la liberté, l'émancipation et la lutte contre le racisme et l'antisémitisme. Il a hissé le combat pour le progrès de l'humanité au-dessus de toute autre considération.
Charlie est provocateur et populaire. C'est un poil à gratter. Tant mieux ! Ce sont la non-critique, le non-dit, le non-débat qui sont source de confusion. Sans aucune hésitation, Ni putes ni soumises soutient Charlie Hebdo. Au nom de qui ? Au nom du vivre ensemble et la démocratie !

Fadela Amara et Mohamed Abdi
« Libération », le 7 février 2007

09 mars 2006

Samira Bellil, in memoriam

Samira Bellil, 1971-2004
(illustration tirée du lien en fin d'article)
Cette belle jeune femme nous a quitté en septembre 2004, à l’âge de 33 ans, après avoir écrit un bouleversant livre autobiographique, « Dans l’enfer des tournantes » (éditions Denoël), où elle racontait les viols collectifs qu’elle avait du subir dans sa cité des banlieues. Un autre visage de la « barbarie » dont on a tellement parlé, il y a un mois à propos de l’assassinat d’Ilan, et en novembre au moment des émeutes où partirent en flammes des dizaines d’écoles.

J’avais évoqué son souvenir quelques mois après sa mort, en janvier 2005 lors de mon interview de Safia Lebdi, vice-présidente de l’association « Ni putes ni soumises » (voir article sur le blog). Je pense très fort à Samira au lendemain de la journée internationale de la femme, et alors que le Président de la République a inauguré la « Maison de la mixité » dans le 20ème arrondissement de Paris, ouverte par l’association. 
Extrait de son discours d’après l’agence Reuters :
"Aucune tradition, aucune coutume, aucune croyance ne saurait prendre le pas sur les lois de la République (...) Il faut que les jeunes filles comprennent qu'elles ne sont pas coupables de vouloir vivre leur vie normalement. Il faut qu'elles comprennent que, ce faisant, elles ne renient en rien ni leur famille, ni leurs origines ».

Et je pense également à Shérazade brûlée vive par un autre petit macho de banlieue l’automne dernier (voir aussi sur le blog) et à toutes les femmes courageuses qui finiront par sortir la majorité du monde musulman du Moyen Age (voir l'article "trois femmes").

A propos de Samira Bellil et de son livre, un lien qui résume l’essentiel : cliquer ici

J.C

27 août 2005

Des femmes courageuses


Le 30 janvier dernier mon invitée fut Safia Lebdi, vice-présidente de l’association « Ni putes ni soumises ». Une manière pour « Rencontre » de rendre hommage à ces femmes courageuses (ce fut d’ailleurs le titre choisi pour présenter ce numéro).

Le combat pacifique de "ni putes ni soumises" (voir le site en lien permanent) a brisé le mur de silence qui recouvrait la condition d’un grand nombre de femmes musulmanes des cités, victimes de violences morales et physiques. Après la mort atroce de la jeune Sohane, brûlée vive à Vitry en 2002 parce qu’elle refusait de se soumettre à la loi d’un petit caïd de banlieue, cette association a posé sur la place publique ce problème refoulé par la République, en organisant une grande marche à travers toute la France en février-mars 2003, marche constitutive du mouvement. Organisation sœur d’« SOS Racisme », elle a aussi travaillé et lutté pour l’intégration des jeunes d’origine maghrébine ou africaine, une intégration non encore pleinement réalisée, ce que comprend enfin notre pays après hélas une longue période de déni. Du courage, il leur en a fallu aussi beaucoup, pour dénoncer de façon extrêmement claire la montée en France d’un antisémitisme nouveau, véhiculé par un islamisme, minoritaire mais très dangereux qui manipule une partie des jeunes d’origine maghrébine. Et enfin, femmes courageuses elles le sont aussi, en étant membres d’une association qui soutient une paix de compromis entre Israéliens et Palestiniens, paix fondée sur la coexistence de deux états viables (voir également en lien le site du collectif "deux peuples - deux états" dont « ni putes ni soumises » fait partie des membres fondateurs).

J’avais eu la chance l’année précédente d’écouter Fadela Amara, leur présidente, présenter ses analyses devant la « commission pour les relations avec les Musulmans » du CRIF, à laquelle j’ai le plaisir de participer. Grippée, elle fut remplacée avec brio par sa jeune vice-présidente que j’ai reçue à Judaïques F.M, et avec laquelle nous avons eu une discussion passionnante en abordant presque tous les sujets, du « foulard islamique » au personnage du « grand frère » dans les cités, en passant par la fracture du front antiraciste depuis le retour des violences entre Juifs et Arabes.

J.C